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Full text of "Histoire generalle des Indes Occidentales et terres neuves, qui jusques à present ont esté descouvertes (1577)"

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: 1 























HISTOIRE 

generalle 

DES INDES OCCIDEN/ 

TALES ET TERRES N E V V E S, r 

quiiufquesàpreient ont 
eftédcfcouuertes. 

Traduite enfrançon par M.Fume Sieur 
deMarly leChaftel. 









EXTRAICT DV PRIVILEGE. 



Ar grâce & priuilege du Roy, il eft 
permis à Michel Sonnius,marchand 
Libraire iuré de l’Vniueriité de Pa¬ 
ris, d’imprimer ou faire imprimer, 

L mettre en vente & diftribuer, vn@ 
plufieurs, vn liure intitulé Biftoirc generJle 
des Indes er terres neuues , qui itifqncsk prefcnt ont efté 
defconneries. Et faiét defenfe ledift feigneur, à tous 
Libraires, Imprimeurs, ou autres de quelque qua¬ 
lité qu’ils foient,de non imprimer, pu faire impri¬ 
mer,vendre,ou diftribuer en fes pays,terres, & fei- 
gneuries, autres que ceux qu’aura faiét imprimer 
lediél: Sonnius. Et ce iufques au temps & terme de 
feptans,à compter du iour & date que lefdiéls li- 
ures feront acheuez d’imprimer,iur les peines con¬ 
tenues és lettres patétes dudiél Seigneur. Dônees 
à Bouloigne le 16.de Iuillet 1568. 

Par le Roy. 

,rt ) Signé de Vabres,& féellé du grand feau 

XJ encireiaune. 







A MONSEIGNEVR 


M O NS E I G N E V R 

LE MARESCHAL 
de Montmorency, 



ij Onseignevr , cn- 
> cor que iufqueshuyla 
! puiflancenemaytpcr- 
L mis de vous déclarer 
l par autres adions la 
* bonne afFedion que 
“ i’ay de côtinuer en vo- 
ftre maifon, le feruice encommence des 
long temps par feu Moniteur des Roches 
monpere,foubs Monfeigneurle Connc- 
ftable,que Dieu abfolue:fi eft-ce toutefois 
que la bonne volonté eiguillonnee parvne 
certaine paifion n’a peu en rien eftrc refroi¬ 
die, ains entant que l’aagel’apeu permet¬ 
tre a toujours cherche' les moyens ide le 
vous faire paroiftre, & mefme n’en ayant 
auiourd’huy autre que ccftuy-cy, encor- 
â ij 







qu’ilfoit petit, fi n’ay-ic ofc le laifler. Ainfi,* 
comme fi ja 1 auois efte' rcceu en la conti¬ 
nuation du fcruice queic prétends, ien’ay 
peu à autre qu’à vous offrir cefte mienne 
tradu&iô ,qu'i difeourt des Indes Occiden¬ 
tales^ des terres neuues,qui iufques à pre- 
fent ont efte defcoùucrtcs:en attendât que 
la fortune me prefcntevnc occafion plus 
fuffifante pour vous faire vn fcruice plus ag- 
grcable. Ievousfuppliedonc Môfeigneur, 
qu’il vous plaife receuoir ce mien œuurc 
comme au'ez accouftume' prendre tout ce, 
quiauec vne bonne intention part delvn 
des voftres. En ce faifant ie m’afteureque 
ce liure courant par entre les mains des 
hommes foubs l’ombre de voftre grandeur 
fera mieux reccu d’vn chacun, & me don¬ 
nerez courage de continuer le fcruice que 
ievous doibs. Qui fera pour fin où Mon- 
feigneur ie prieray le Créateur vous don¬ 
ner en fanté longue 8c heureufe vie. De 
voftre maifon de Marly le Chaftel,ce fept- 
iefme de Septembre. 

Fof.re tref-humble & tref-affeElionné 
Jèruitcar, M.Fumee. 







SONNET. 


Voulant ce monde en offrit comfajfcr 
Par le moyen dlvne vieille peinture, 
Ou bien par quelque ancienne IcElure 
Ses degreTfongs & larges amajfer. 
Soit que tu vuciUes quelque tempspajpr 
\Jsî rechercher les fecrets de nature. 
Soit que tu vueiües veoir en efcriture 
Harnoit par guerres ciuiles cajfr. 

Ce ne fl pas ajfezje veoir vn Mêla, 

Vn Ptolomee,Strabon,vn Sylla: 

Ce ne fl ajfiz, de feuilleter vn P line. 
Encor fault il pour contenter l'offrit 
Lire ce Hure,qui au clair defcrit 
Comme en rond cet vniuers Je termine. 


PROLOGVE DE L’AVTHEVR. 


L Emondeefi figrand,fi beau, (y fidilterfifié dechofes 
discrètes les "Vues aux autres quilrautfi en admiration 
cclny,qui le heult bit contempler: zyj a peu d'hommes ,J’tls 
ne binent comme befles brutes, qui quelquefois n’emploient 
leur efiprit à confiderer fies merncillcs. Car le defir de jçattoir 
efi hne chofe naturelle à hm chacun.ll.ed Lie hray qu'aucuns 
ont ce [le entuc plus grade que les autres pour atiotr l'art Cr 
lindnflrte comoinfls à leur inclination naturellc-Tcls perfon- 
nages entendent beaucoup mieux les fecrets , cr caufes des 
chofes que nature procréé. Mais encor qnilsjoicntfifiiibtils, 
çy fi curieux:ft efi ce qu'a la hérite'ils ne peu» et auec leur 
grand cfprtt,çy fiqauoir paruenir ittfqueiaiix attitrés mer- 
ucillenfes que Ufapicncc diutnc a failles auec de grands my- 
ficres , zy fatfl encor tottfioiirs. ce propos nous voyons 
le pajfage de l’Ecclefiajliqtie efirc hieritable, oit d efi dtft: 
Dieu a mis le monde en controtterfe, (y difimte entre les 
hommes,afin qu’aucun d’eux ne peu/} defcomtrir les attitrés 
qnclny-me(me a faill (y faid tout les tours- Mais encor 
que cela fbit hrdy,ainft que mefme le confirme le [âge Salo¬ 
mon dif tnt:yCttec difficulté nous ittgeos des chofes de cemd- 
' de, zy auec hngrand traitait ejpelttchons ce que mies attons, 
çr voyons datant nous, fi efi-ce que pour cela l’homme nefi 
point incapable, ny indigne d’entendre que c’efi que du mon¬ 
de, Zy quels font fes fecrets. Car Dieu a créé le monde pour 
l’homme, zy l'a mis en fa pufiqnc/, zy jouis fes pieds, zy 
comme Efdras diél'.Cenx, qui habitent la terre, peuttent co- 
gnoiflre ce qui efi en icelle. Vuifque donc Dieitamts le mon¬ 
de entre nous pour en pattuoir difi>aicr,zy nous a fai£l capa¬ 
bles de potittoir le comprendre, zy nous a donné hue inclina¬ 
tion holontaire, (y naturelle pourfçattoir, ne perdons point 
MfJ>ritsileges,zy les grâces qu'il nous a failles. 



V L E C T E V R. 


fourtcUtrnditir't&ttdon¬ 
ne)' cognaiJjance de beaucoup de chofes, defquelies on 
parle en t airpar un ouy dire feulement, qui oul- 
trepaffant toufioursfes bornes, félon la nature d'vn 
brui£t volatf'aicî biefounet chagcr le vray enfaux. 
Or ce qui mefeit choijïr ce liurc entre autres, ejloit 
que mon effritât edie de longue maladie ne requérait 
point vn ejlude plusfolide, & aujîi quil couenoit bie 
an temps turbulct.auquclpour lors nous cjlions. Car 
le quatriefme liure difeourt amplemetjitr lesguerres 
ciuilcs, qui font aduenues entre les Espagnols pour 
la domination du royaume du Peru. D'auantage ie 
voyou noxjnftoircs Françoifes manquer decejtecy. 
l’anois leu Iea Leon pour l'Afrique, Fraçois, Aluare; ç,. 
pour l'Ethiopie,Louys Eertoman pour l'Arabie, Per- 
fe, & Indie Orientale , eÿ* Antoine Lopez de Cafla- 
gneda,qui deferit de la def :ete des Portnguau a Cale- 
\t(t .l'auou vendes obferuatios de B ciopour la Grece, 

S iiij 




^ V LECT F. V R. 

ÎMfe mineur,Syrie, Paleftine,& t Egypte,& pour 
lesmefines pays la Cofmographie de Lettatfaillie par 
Theuet. Mais ic nattais peu recouttrer en nojlre lan¬ 
gue ny mefine en Latin aucune defiription des Indes 
Occidentales, que vulgairement par vn mot general 
nous appelions terres neuues. il ejl bien vray que ta¬ 
mis vett dix Hures tournexyn nojlre l'agite de vingt- 
huiSt ou tréte,qu’auoitfaiÊl en Fjfagnol vn certain 
Croniquettr du Roy £ Ejpagnc touchât les chojès no¬ 
tables qu'il auoit veucs en ces Indes. Mais tonte fon 
hijloire n'eü que de la feule ijle Efpagnole. i’attois 
veu aufi vn littre, qui parle des fingularitezjde la 
France *4ntarElique, oit Monfiettr de Viüegagnon 
alla il y a treize ans. c JMais , hors-mis la defcription 
du pays oit no^François défendirent, la plus grand' 
part de cefte hifoiren'efl farcie que de mefonges,non 
pas forgées par l'Autheur, mais par des mariniers, qui 
luyen comptaient ainfi qu’il recite. Vous y verrez^ 
de beaux comptes des Mmaxpncs,des fautes en la f- 
tuation des li:rtx,& des abttz, en l’interprétation de 
beaucoup de chofes, comme quand il veult de frire la 
. fiparution des terres du Roy d'Efagne, & du Roy de 
Portugal. Encor efl-il a exeufer, comme eflant le 
premier, qui nous a donnécognoijfance de ces Indes, 
& nefattlt eflimer tirer du premier coup la vérité 
d'vne chofe. Voyant donc telle défaillance entre noz, 
hi/loires iepenfepar la tradttélion de cet œuttre com- 



’^iV LE CT EV K. 
pofeparfaire quelque prof El au public, non pas tant 
pour les coujl/tmes, religions, & façons de faire des 
Indiens qui font camprinfies en ce Hure, corne pour la 
Géographie de toutes ces Indes deficrite de po inEl en 
poinEl par lAuthcur au fi doElemét qu’il ejl pofible. 
<Ainfi le Cofmographt, l’Hiflorien, & leguerriery 
apprendront , aiifiifera le Philofiophcfil veult ejflit- 
cher beaucoup de chofes qu’ily trouuera.Quat aufly- 
le tu le mimeras rude pour les f •nt'eces mal ioinkes. 

' Etcefiefaço d'efcrirceflfi comunea noflre authcur, 
qu’il enfl fallu chdger tout. Ce quefiieuffefaiEl,pofi 
fiblc eufl-il cflé trouué bo d’aucus,& mal des autres. 
Mais i’ay mieux aymé laifferleflyle de l'dut heur tel 
qu’il cfloit,efipcrat q tu fupportem aufiaifemet ccjle 
traduElio q celle de beaucoup d'autres,qfoit enfra- 
çois,fit en Latin, ont traduiÜgroffemet ce qefloit 
au fi rudement couchépar eferit. Encor ie m'affaire 
q tu ne militeras pas trop mauttais m o flyle doux,et 
flmple. Au refie ie teveuxaduertir,q m militeras en 
ce lirire des fautes,quifmlfuruenues en l’imprefion 
tant aux mots qu'aux poinEls mal fituez.Ie t’ay re¬ 
marqué les plus apparetcs,et te cofille de les corriger 
f ’iytiat ma correElion,deuat que tu te mettes a lire ce 
liure.Car autremet tu te mimeras empefehéà beau¬ 
coup depaflages.La necefité,qu'auoit celuy,q entre- 
print cefle imprefiio d’aller en Fladres pour fis vrges 
affaires,lors q la premièrefueillefie iettafitrlaprffi, 


\AV LE C T E V R. 
efl caufe de ce que tu a; cet ceuttre fi malpoly. ily a 
encor d’autres faultes, lefquelles ien’ay cotrees. Mats 
elles font fi legieres quelles rie retarderont la IcElure , 
çÿ* ne te cacherotancitnemét l’intclligéce delà lettre. 
Pour ccfle caufe ie maffeure que tu les exeufem aife- 
nient. T u trouuem au fi ces deux mots Adelantado, 
tyPefant afje^freq tiens en ccfle bifloire, qui ne font 
pas cognuxjt vn chacun, ^iinfi voulantfitisf aire à 
tous taduertiray ceux, qui en font ignorant, que ce 
mot adelantado efl vn nom de dignité appartenant 
proprement aux capitaines , qui courent la mer pour 
faire notiuelles coqtteflcs. Et ccfle dignité, <& tiltre de 
grad honeurfe baille a celuy,quipremier a defcouuert 
oufitbiuguc vnnouueau paisfuyuat l'interprétation 
du mot, qui defeend du verbe Efpagnol, quiflgnifie, 
non fiulemétpaffer,mais onltrepaffer. (fut tnt mot 
de Pefant,tu ftaurasquePe/ànt,& Caflillan efl tout 
vnfiy un Caflillan vault vn efeu & demy.Daua- 
tage,afin quetunet’esbahiffesde ce que tu verras cet , 
ceuttre diuiféen cinq Hures fans toutefois veoir leno- 
bre des chapitres finir à chafque Hure, ilfault que ie 
te déclaré m’oint entïo. L'autheurnaitoitfaicl qtt’vn 
Hure de toute fin hifloire,& ainfi nauoitfaiB aufii 
quvn nombre de tousfies chapitres.De moy trouttat 
vneincomoditégrande pour le LeEleur de nauoir où 
repoferfin efprit, i’ay tranché fin Hure en cinq pour 
plus grade facilité:ioin£l que ie voyais la matière du 





O* V LE CT EV R. 
linrey eJlredifpofce,ainfi que tu pourras iugerparla 
le£lure:Car le premier ne parle que du monde,de l'en¬ 
treprise de Colomb, & de fin execution, & defirit 
feu 1cm et l'ijle Efpagnolefins toucher encor a la terre 
ferme. Muficonal' Autheur commccefa géographie 
à la terre ferme, & ht pourfuit iufques au tiers,ou lors 
laiffintla fuittede fis Indes Occidentales failli vn 
difiours du voyage de Magellan aux ifles des Molu- 
ques, quif ont vulgairement comprinfisfoubs les I»- 
des Orientales, & parle des efiicerics, & du dijferet, 
qui ejl entre l’Efpagnol,(f le Portugais pour la iouyfi 
fiance&fieignjmrie d'icelles.Mu quatriefme il renient 
àfageographie,(f toutefois la laiffe des le fécond cha¬ 
pitre pour deferire bien amplement les guerres ciuiles, 
qui entre les Efiagnols ont duré dix ans au Peru. Ces 
guerres acheuees il repred au cinquiefme ce,qui reftoit 
defageographie. Par là tu ingéras que ie n'ay que bie 
faiEl, corne au cotraire tu dirois que i’euffe malfaict, 
fi à chafque liure l'eujjc recommccé nouueau nombre 
de chapitres. Car par ce moyen i’eujfi oflé la facilité 
an leSieur de conférer ma traduBion à l’original. 
Encor n auras-tu pas cejle hifloire at/J?i bië complété, 
corne i’eujfi voulu.Car la defeription de cejle grande 
ville Themijlitan, on Mexique tat defireed'vn cha¬ 
cun, & plus ejlimee que n’ejl yenifiey default,par ce 
que t Autheur la remettait en vnautre volume, où 
il voulait particulièrement deferire lesfaiEls &gc- 




V LE CT E V R. 

fies de Ferdinand Cartes,qui la conquefla:& ne m'À 
eflé pofiible recouurer ce linre en Paris. Mais cela 
nempcfchera point que tu ne rcpaiffe ton cfprit d’au¬ 
tres chofes, qui f ont aufi notables en ce Hure , & te 
penddt tu le ret iedr.es en appétit iufques à la fécondé 
imprcfiiOiOti lors iefat'uferay a ton defr. Reçois doc 
arny Le£leur,ce linre aufi amiablemët que libérale¬ 
ment il t'efl offert. Enle lifant ,il te feruira d'aide 
(corne il mafaitt enle traduifant ) a pouffer le tëps 
avec les efpanles durant ces guerres prochaines, qui 
cruellement nous menacct d accabler nojlre Frace. 
Et dema part,afn qiteienefou vn otieitx contem¬ 
plateur de noz, mif très, cependat qrt’vn chacü met¬ 
tra la main a lapaffe, ieferay comme Diogenes , qui 
voydt tous les Corinthîes empefchezffi la defenf de 
leur ville,& quon ne l’employait en rien,printfin 
toncan,& le porta an h .mit d'vn co!licule,& delà 
le laiffoit rouler en bas,&pttts le remontait,aymant 
mieux'faire continueüemët cet exercice, que d’efre 
vettfui ciffen fa ville,lors qu’vn chacun trauail- 
loit.Minf cepëdantq tons ferot employez, les vns 
pour la ruine,Us antres pour la defenf de ce royau¬ 
me,ie remueray mo to»cau,& tedeferiray les guer¬ 
resaduenues en la Tranffyluanie j depuis cinquante 
ans en ça entre le Roy de Polongne, l’Empereur, les 
Roys de Hongrie, & le Turc. Ce que ie teprefente- 
ray apres que t’auray cogneu q tu auras daigné gon¬ 
fler à bon efeient de ces premiersfrtiiSls. ' 



r 



PREMIER LIVRE DE 
l’histoire generale des, 

Indcs,& terres neuucs,qui iniques à pre- 

fentontcftcdefcouucrtcs; L 

Sji’il »’j <t qiihn momie (y non flùfieurs, comme aucuns 
Philofophcsompcnfé. chapitre i. 



» Luficurs, & grands Philo- 
I fophcs,qui onr.'cftépetfotii 
i nages tenuz civlcurs remps 
' pour dô&cs; £c fç.iu,îts,eô- 
v meünt-eftcjLUifcijipCi Dé¬ 
ni ocricc,E picurcj naximS- 
I der, & autres,’ ont eu ceftè 
opinion, qu’il y auoit plu- 
fieurs mondes efquels tou¬ 
tes chofcs s’engendroient & fe créaient dcs Ato¬ 
mes qui font certaines petites particules do rien 
comme celles que nous voyôs aux rayôs du foleil. 
Ces Philofophcs difoient qu’il y auoit piufîcuts 
mondes; &, comme feulement de vingt 8 c tant de 
letttes fe compofoicnt vne infinité de iiures r ainil 
ne plus ne moins dé ce peu, 8 c dé ces petitsatornes 
fifubtils fefaifoient plufieurs, Srdiucrsmondes. 
Ils tcnoienccefte opinion aireurcmcnt,parcc qu’ils 
croydient que touefutinfiny : Auflïil ftihblait.it 






Metrodorc chofc mal fêante , & mal proportion¬ 
née n’auoir en ceftinfiriy plus d’vn fcul mondé,ain- 
li comme ce feroit vue chofc ridicule n’auoir en v - 
ne grande vigne qu’vn fep , ou en vne campagne 
vn efpic feul. Orphæcpenfoit qucchafqueelloille 
fullvn monde fclon qu’clcrit Galien enl’hiftoire 
philofophicque. De celle opinion ont ellcz Hera- 
clidcs,& autres Picagoricics.telon que récite Thco- 
doret en fon.liurc de la matière, & du monde. Sc- 
leucc philofophc(comme eferit Plutarque) ne s’cll 
contenté de dire qu’il y auoit infinis mondes: mais 
encor difoit que chafque monde eftoit infiny, cô- 
mcquidiroit quecenepeut auoir commcncemct 
où il prend fa fin. Iecroyque le grand Alexandre 
.piintdclàenuie de conquérir, & aîTubiedir tout 
l’vniuers, puifque, comme eferit Plutarque, il fe 
printà pleurer quâd vn iouril ouytcelle queltion 
ellre debatuc par Anaxarque, lequel demandant la 
caufe de telles pleurs iettecs fans propos. Alexan¬ 
dre refpondit qu’il pleuroit non lins iullc & gran¬ 
de raifon, n’ayant fccu encor fubiuguervn monde 
de tant qu’il y en auoir,ainfi que difoit Anaxarque. 
Celle refponce dcmonlltebien que, quand il cô- 
mença fa conquelle de ce monde, il imaginoit plu- 
lîeurs mondes, &pretcdoit de Commander à tous, 
.mais la mort luy couppa chemin auant qu'il peulc 
fubiuguer la moitié de cellui.Pline aulfi difoit qu’il 
y auoitinfinrz mondes, & s’aduançoit de vouloir 
mefurer le monde par paz, qui cil vne chofe pleine 
de trop grande brauctè, encor qu’il die l’auoir fait 
li fubtilement,& auec li bon compte que ce (croit 
honte à ccluy, qui ne le croyroit. De l’opinion de 


tous CCS philofophes eft forty le prouerbe qui dit: 
que, quand on Ce trouuc neufien aucune chofe, on 
femblecftre en vn autre inonde. Nous aurions e- 
ftimcpeule dire de ces'gentils, puifque, comme 
f ditfainâ: Auguftin, ils s’ernbiouillchtninfienvne 
infinité de mondes ancc leurs folles, 8c vaines peiji- 
fees ? encor moins aufficcluÿ des liecctic'qUes dits 
Ophiens, 3c ccluy des Tamuldiftes, qui affirment 
auoir dix-neuf mille mondes, puis qu’ils efcriucnt 
contre l’Euangile , s’il n’y àuoit des'Tlieolbgiens; 
qui font mëtion de plufieurs mondes. Baruch par¬ 
le de fept mondes, comme dit Origéne,& Clemët 
difciplcs des Apoftrcs dit én vnefienneEpiftrc.fc* 
Ion Origene.cn fon liurc Péri arcon,qùe la mer O 
ceane n’eft nauigablc, &• que les mondes, qui 
font derrière iccluy fegouuernenr parlaprouiden- 
ce de Dieu. Semblablement fitinft Hiétblme allé¬ 
gué ccftc mefmc authoritë fur l’Epiftrc definnét 
Paul aux Ephefiens, où il eft dit: tout le monde eft 
inys eti malice. En plufieurs partages du noùueau 
teftament il eft fait mention d’vn autre monde, & 
iesvs christ, qui cilla mefmc vérité, difoic 
que fon règne n’eftoit point de ce monde,& appet 
le le Diable prince de ce monde: difant ccla,il fem- 
ble qu’il en y a d’autres pour le moins vn,& c’eft ce 
qui fait errer les'hérétiques Ophiens,lefquels n’en- 
tendans pas bien l’cfcripture lainûe inferoient par 
làqu’il y auoit innumerablés mondes, 8c qui croy- 
roit qu’il y euft plufieurs mondes comme le noftre 
il failleroit malheureulcment aucceulx. Tout ce 
monde que Dieu a créé ciel,terre, eau, & les choies 
vifibles,comme dit fainét Auguftin contre les Aca- 






I. LIVRE DE l’niST. 

demicicns,fe maintient l!vn l’autre. Ce qui eft ap- 
.prouué par tous les philofophes Chreftiés,Sc mef- 
me par les Gentils,fi ce n’elt Ariftote aucc les difei- 
plcs, qui fait lc ciel different du monde, au traidtc 
qu’il en acompofé, Çeftuy-cy eft donc le monde 
que Dieu a bafty felô qu’il eft tefmoigné par lâint 
-lean rEuangeliftç,& plus amplement par Moyfe, 
par cç que fil y en auoit d’autres eôme ceftuy-cy, 
ils nel’euflet pas celé.Lc Royaume de Iefus-chrift, 
qui n’eftqit pas de ce mode (afin que rcfpondions 
à ce point) eft fpirituel, & non materiel,& l’appel¬ 
ions autre m6de,ai)ifrcomme nous difons vne au¬ 
tre vie, & l’autre fieclc:ce que déclaré fort bien El- 
dras,difant : Le tout-puiftantafaitcc monde pour 
plufieùrs,& l’.àutrc,qui eft la gloire pour peu. Ec S. 

- Bernard appelle ce monde, inferieur, au regard du 
Ciel. Quant aux mondes que met Clemct derrière 
i ? Ocean,ils,fe doiuent entendre & predrepour cli¬ 
mats & parties delà terre. Ainfi Pline & autres au- 
tlieurs appellent la Scandienne, terre des Gots, ôc 
fille Taprobane, que maintenant ils appellent Za- 
motre. Epicure, felouque recite Plutarque,tenoie 
pour mondes femblables climats & parties de ter¬ 
re,feparees de la terre ferme',comme eft vne ifle: Et 
parauéeure telles pornos de terre fe doiuent predre 
pour la rôdeur qnel’efcriture appelle des terres, & 
quâd elle dit de la terre, ce doit eftrc tout ce mode 
terreftre. Or quant à moy,cncor que iecrqye qu’il 
n’y a qu’vn môde.i’en nômeray toutesfois fquuent 
deux en ce mien œuure, pour changer les noms en 
vne mefme chofe,&pour mieux m’entédre,appel- 
lantnouueaumondelesIndes defquelles i’efçris. > 


i 






Qui le mon Je eft rond, Cr non pUt, 

T L y a plufieurs raifons pour prouucr que le mon- 
■ de eft rôd,&non plat, mais la plus claire & plus 
vray-femblable eft le rour rond que le foleil chaf- 
que iourluy donne auecvne incrcdiblc legcreté. 
Eftant donc tout le corps du monde rônd;il eft ne- 
ccflàire que toutes fes parties foyct rondes, fpecia- 
lcmcnt les elements.qui font la tcrre.l’eau, l’air, & 
le feu. La terre qui eft le centre du mode (ainfi que 
le demonftrcnt les Equinoxes) eft fixe & ftable, rat 
& iî fort. Sc fi bien fondée fur elle mefme, que ja¬ 
mais elle nedefaudra.ny ne fléchira : & outre cela 
elle attire à foy pour fes extremitez la mer,laquelle 
encor qu’cllc foie plus haute que la terre, 8c plus 
grande.fi garde-cllc fa rondeur au milieu de ce 
monde.&tfurlatcrre.fans fcfpâdre.ny fimsla cou- 
urir, ne voulant rompre le commandement & les 
bornes qui luy ont efte baillées : mais enuironne, 
abbreuue,& raille en pltifieiirs lieux la terre.de tel¬ 
le manière qu’elle ne fe mefle aucunement aucc- 
elle.ee qui fcmblcvn miracle. Plufieurs ont pen- 
fé qu’elle eftoit comme vil œnf,ou vile pomme de 
pin, ou bien comme vne poire. Et Democrite l’a 
eftimec ronde commevn plat, mais non pas crcu— 
fe. Anaximander,Anaximenés,& La&ance,& ceux- 
qui nient les Antipodes* affirment que ce corps- 
rond compofé d’eau & de terre, eft plat : ils l’ap¬ 
pellent plat à comparaifon de rond,encor qu’on 
y voye plufieurs monragnes & valces. Quel home 
de raifon qu’on voudra prendre, encor qu’il n’ait 
aucunes lettres , trouuera incontinent le point où 


I. LIVRE DE L H I S T. 

çc, Si abfence du Soleil, & fur l’exccflhic chaleur, 
qui eft l'ouz la Zone torride pour la vicinité Si pre- 
féncc continue du Soleil. Le mcfmc eft confirmé 
par l’Efcot, & quafi pat tous les autres Théolo¬ 
giens modernes : mefme leanPicque delàMiran-r 
ciollc. Seigneur fort doétc, fouftint en fes condu¬ 
irons qu’il propofa à Rome, en prcfencc du Pape 
Alcxadrefixiefme, comme il cftoit impoffible que 
aucun homme peut viure, ny demeurer fouz la 
Zone torride. Mais maintenant le contraire fe 
prouuc par le dire de ces ïn'efmes efcriuains, Si par 
l’authorité des Pages anciens & modernes, par la 
fentence de l’eferiture fain&c, & par l’experience. 
Strabon, Mcla,& Pline, qui côfirment ce que nous 
auons dit de ces cinq Zones, difent qu’il y a des 
hommes en Æthiopie,en la Chcrlbnclfe dotee. Si 
en.Taprobane,que nous nommons auiourd’huy 
Gninee,Malaquc Sc Zamorrcjelquelspais routes- 
fois font fous la Zone torride. La Scandinanie, les 
monts Hyberbores, Si autres terres, qui font fous 
laTramontane dénotée parle pouce, font peu¬ 
plées^ toutesfois félon Hérodote en fon Melpo- 
mene. Si Solin en fon Polyhiftor, ces Hyperbores 
font fous laTramontane, combien que Ptolomec 
ne les mette fi voifinsdupole,ilne les met qu’à 
feptantc degrezde l’equinoxial, ce que nie Mat¬ 
thieu de Micoy.On felmerueille de Pline(autheur 
graue)dece'qu’en efcriuantde ces cinq Zones, il 
s’eft ainfi oublié, ou bien de fon petit fçauoir en la 
Géographie & Mathématique. Le premier qui af- 
feura que la terre eftoit habitable du collé des Zo¬ 
nes temperees, fut Parmenides, félon que dit Plu- 



tarquc. Solin récitant quelques autheurs anciens, 
mec lesHypcrbores oùvniour dure demy an , & 
vne nuift,vn autre demy: cela aduient.parcc qu’ils 
font à quatre- vingts degrez de FEquinoxial.viuans 
au refte fainemét,& fi long téps,que quand ils font 
faouls de viurc, ils fe tuent eux- mefrnes. Il dit aufli 
que les Arimphees qui font en ce climat mefme,lot 
fins cheucux & fans bônct.Ablauc hiftorien Gotlx 
efcricquclcs Adogites,qui ont le iour de quarante 
iours des noftres,& la nuift de quarate nuifts,à rai 
fon qu'ils font loing du Sur feptante degrez, viuét 
fins mourir de froid.Galcotc de Naruc en fon liure 
qu’il a f ùft des chofes incongneuës au vulgaire,af- 
leure qu’il y a de grâds peuples vers le quartier qui 
cft près & fous laTramontane.Saxc grâmairien,Sc 
Olauu Goth,Archeuefque d’Vpfalc,lequel i’ay h⬠
té longueméc à Bologne & à Venize,pour vne ter¬ 
re bien peuplee mettet la Scandinanie, qu’auiout- 
d’huy on appelleSuece,laquelle cft neatmoins fort 
Sepcécrionale. Albert le grand,qui tient pour mau- 
uaife demeure le pais,qui eft à clquatcfix degrez du 
Sur, croit qu’il eft impoflible qu’il y ait habitation 
fous la Tramontane: car où la nuift dure vn moys, 
lafroidurc,ce dit-il,eft intollerablc : Auflî Antoine 
Boufin en fon hiftoire des Hôgres &Bohemes dit, 
que es Ifles près la mer glaccec,les loups perdet les 
yeux,à caufe du froid.Quantà la Zone torride.plu- 
feursont eferit quelle eft peüplee,&qu’elle fepeut 
• habiter. Auerroïs le prouue par Ariftote au i, .liure 
du Ciel & du mode. Auicéneen fa doft.z.& Albert 
le grand au chap.d. de la nature des lieux, ont vou¬ 
lu prouuer par raifons naturelles que lacerre qui 



cil fouz la Zone torride,eilhabitablc:Std’auan- 
rage qu’elle cit plus téperee pour la vie de l'homc, 
que les Zones des Tropicques. Hcradides,Sc plu- 
fieursPytagoriciens, félon que recite Thcodoret, 
ont eftimé que chafquc eftoille fuft vn monde, Sc 
qu’il y auoit des homes qui demeuroient en icelle. 
Xenophanes côme rapporte Ladtance, difoit qu’il 
y auoit des hommes qui demeuroyent au fein Sc 
côcauité delà Lune. Anaxagoras,Sc Dcmocritc di¬ 
foit qu’il y auoit en icelle des montagnes, vallées, 
& des champs : Scies Pytagoriciens y mettoyenr 
des arbres, & animaux quinze fois plus grands que 
la terre,5c quelle cftoit de couleur de terre: qu’elle 
eftoir peuplée Sc pleine d’hommes comme nous. 
De là font venues les nouudles Sc fables que les 
vieilles comptent,eftans accroupies à leur feu. Il y 
a eu femblablcment des Stoiciens (comme dit La- 
étancc,allegat Scncque) qui ont douté s’il y auoit, 
ou non,des peuples au Soleil. Voyla comment les 
pciees, Sc les langues des hommes s’extrauaguent, 
quand en toute liberté on ofc proférer ce qui vient 
en la fantafie. Le Seigneur (dit Bfaye prophète, au 
chap.45.) n’a point créé la terre en vain,il ne Ta fai- 
dtc finô afin qu o s’y habitait, Sc qu’on y peuplait. 
Et Zacharie dit au commenccmét de fit prophétie, 
qu’ils cheminerét la tcrrc,Iaquelle cftoit toute peu¬ 
plée Sc pleine de gens.Et fi on croit que la mer foit 
pleine de poiifons en tous lieux autant aux lieux 
froids Sc chauds, qu’aux temperez, la terre ne doit 
pas eitre vaine, Sc vuyde d’hommes és Zones, que 
on feint eitre intemperees : Sc moins le froid, quel 
çiinemy ilpuiiTeeitreàlavie humaine, les empef- 




chcnt puis qu’ils y viuent longuement,&: vét telle 
nue à l’air, comme nous auôs dit des Elypci borees 
Sc Arimphecs : car fi la couftume naturelle de vi- 
ure fait qu’on fe conferue filin Sc entier,mefmes és 
lieux peftiferez, combien plus eft-il ayféfc confcrr 
ucr en pais froid? Il elt bien vray qu’il fait meilleur 
viure en la Zone torridc,ellan t le chaut plus amia¬ 
ble au corps humain.Et par ainfi la terre n’eft point 
depcuplce pour le trop grand chaud, ou pour le 
trop grand froid, mais bien par faute d’eau Scde 
pain. Outre ce que i'ay dit, l’homme eftant fait de 
terre, peut viure en quelque partie de la terre qu’il 
voudra : attendu mefmc que Dieu commanda à 
Adam Sc Eue qu’ils creuflent,multipliafsét & rem- 
plilTent la terre. L’cxperience.quile faitiourncllc- 
rnent à nauiguer la mer fi continuellement, &à 
voyager par terre, cil fi grande que nous fçauonsi 
comme toute la terre ell habitable, & comme elle 
eft habitée & pleine de gens. Gloire en foit à Dieu, 

& honneur auxElpagnols,lefquels en dcfcouuranc 
Sc conquellant, ont cheminé par terre, Sc nauigué ’ 
la grand mer Oceane, trauerfans la Zone torride, 

& palfims fouz le cercle Artique,qui feruôyét d’ef- 
pouuentauxànos anciens. 

JQjtily a des ^tntipodes, CT pourquoy ils s'appellent 
ainfi. Chap. 4. 

O N appelle Antipodes les homes, quichemi-r 
nentlurla rondeur delà terreau côtrafrcde 
nous autres, ou au contraire del’vn de l’autre, les¬ 
quels femblenr, encor qu’il ne foit pas ainfii tenir 
la telle balle & les pieds haults. Sur laquelle chofe 
comme diét Pline, y a grand difçord entre les da- 


ôes, & pcrfonncs dclettrc. Aucuns nyent ces An¬ 
tipodes, autres les approuuent, aucuns affeurans 
qu’il y en a, afferment qu’ils ncfcpeuucnt vcoir, 
ny trouuer, & ainli font vacillant,& font troubler 
les autres. Strabon.&autres qui ont elle douant,& 
apres les nient gaillardement, difans qu’il eft im- 
poffiblc qu’il y ait des hommes en l’Hemifphere in 
ferieur,ou on les met. Laiffant là les auchcurs gen¬ 
tils, ie dis qu’il y a auffi des Chrcfticns, qui nient 
qu’il y ait des Antipodes. Ceux qui tiennent la ter¬ 
re pour plate,les nient.Laitance Firmian y contre¬ 
dit auffi gentiment,croyant qu’il n’y a point d’ho, 
mes,qui marchent en terre au côtraire de nous,par 
ce que fi telle çhofe eftoit vraye,ils chemineroiént 
contre nature les pieds en hault, Sc la telle en bas: 
chofe en fon iugement faillite, & faiitc pour rire. 
Et pour celle raifon on s’ell mocquè grandement 
de ceux, qui croyoient que le monde fuit rond, Sc 
qu’ily cuit des Antipodes. Sainit Augullin les nie 
pareillement au feiziemcliurcde la Cité de Dieu, 
chap.neufieme, il les nie félon queiecroy pour 
n’auoir ttouué en l’efcripture làinite aucune mé¬ 
moire d’eux: & encor’pour s’olter hors de débat 
ainfi qu’on diit, par ce que s’il les eult confcffcz, il 
n’euft fccuprouuer qu’ils fuffent defeendus d’Ada 
& Eue,commc nous autres,qui demourons en ce¬ 
lte moitié du monde, & Hemilphere, lefquels il 
faifoit citadins, & voifins de fa cité de Dieu qu’il 
d’efcriuoit.Auffi l’ancienne, & comune opiniô des 
Philofophes,&Théologiens de ce temps là, eftoit 
qu’ccor’ qu’il y eult des Antipodes,ils ne pouuoiét 
toutesfois comuniquer auec nous autres, à caufc 



qu’ils dcuoicnt eftrc en l’autre hcmifpherc, &en 
l'autre moitié de la rondeur de la terre, ou il cft 
impollible aller ne venir pour la grande, & non na 
uigable mer, qui cft entre deux, & pour la Zone 
torride, qui nous coupe le chemin, Si palïàge.No 
ftre fainél I fi dore en les Etymologies didt,qu’il n’y 
a raifon de croire qu’il y ait des Antipodes, par ce 
que la conftitution de la ferre ne fçauroit compor¬ 
ter telle opinion, & auffi qu’il ne fc pcult prou- 
ncr par aucune liiftoire, linon parles Poètes, qui 
les ont inuenrez pour aiioir occafion delafer. La- 
élâce, n’ifidore n’ont eu aucune raifon delcs nier. 
Sainél Auguftin a elle poulie à les nier pour la cau- 
fe que i’ai diète. Mais encore qu’on ne trouue en la 
Bible ce nom d’Antipodes,. fi n’eft ce pas yn argu- 
gumcnt,qui nous oblige à croircqu’iln’y en ait 
point,puis qu’il cft elent en la Bible mefmc com¬ 
me la terre cftronde, Si commele Ciel & le Soleil 
l’cnuironncnttce qu’eftans ainfi tous hommes ont 
ncccllàirement leurs telles droiètes vers le Ciel, & 
les pieds fur la terre. Car. en quel colle d’icelles 
les hommes foient, ils font ne plus ne moins que 
les rayons d’vne roue d’vne charette,qui fe tiennet 
fermes au trou Ou ils fontfichcz,quandla charette 
eft menee, fans qu’aucun d’eux foit en la fouëplus 
droiét que l’autre ne plus hault, ny’plus renuerfé. 
Quafi tous Philofophes anciens ont tenu pour 
certain qu'il y auoit des Antipodes félon que re¬ 
cite Plutarque en fon Jiure des opinions, des Phi¬ 
lofophes, &fclon Macrobe fur lcfongc de Sci- 
pion. Ce nom d’Antipodes eft, fi commun que le. 
nombre de ceux , qui ne l’on.t congneu ne leur 



doit eftre bien petit, & croy qu’il atoufïours cflè 
en bruit iufques icy depuisle deluge. Le premier, 
que iefcachc, qui ait fait mention entre les Théo¬ 
logiens Chrefliens des Antipodes a cftè Clément 
dilciple des Apoftres, félon que difent Origcne Si 
■fainà Hierofme, de maniéré qu’il eft tout certain 
•qu’il y en a; . 

OÎi,ijni t Cr quels jfoht les ^tnlipoJet; Chafi. 5. 

L ’Element delà terre, encor’ qu’il foirparty en 
plufieurs lfles.n’eft qu’vn corps,qui eft rond en 
fa proportion, foit qu’il fembloplat comme nous 
auons cy deuant dift. Thaïes Milefien vn des fept 
Sages deGrece.eftoic de cefte opiniôn,& plufieurs 
autres Philofophes côme l’elcrit Plutarque. Mais 
Oecetes vn autre gradPhilofophePitngoricien fait 
deux terres de la noftrc, & de celledes Antipodes. 
Theoporhpe hiftorien, félon Tcrtnlian cotre Her- 
mogenes, di£t quc'Sileneaffirmoir au Roy Midas 
qu'il y àuoitvne autre rondeur de terre fins la no- 
ftre. Macrobe.pourabbreger, trai£te bien au lôg 
de ces deux Hemifphcres. Mais il faut fçattoir, 
qu’eucor qu’ainfi foit quêtons facent bien de met¬ 
tre deux parties de terre,chafque partie toutesfois 
ne faidt pas vnc terre, comme fi s’eftoient différé^ 
tes terres: car il n’y a point plusd’vn elementdc 
terre, finon qu’il eft taille par la mer ainfi que par¬ 
le Solin des Hyperborees : & qui contemplera l’i¬ 
mage du monde en vn globe. Si mappemonde -, il 
verra elairemet comme la mer part la terre en deux 
parties quafi cfgallement, qui font les deux Hemif 
pheres fufdits Afic, Affrique, & l’Europe font vne 
partie. Si les Indes l’autre, en laquelle font ceux 




\îi> 


CSNE RALE DES INDES. S 

qu’on appelle Antipodes. Il cft tout certain que 
ceux du Peru, qui habitent en Lima, au Cuzco, & 
Arequipa font Antipodes à ceux qui viuent à l’em- 
bouchcment du flcuue Inde, à Calccut & Zeilan, 
ifles & terres d’Afie. Les Molucquesfides des ofpi- 
ceries) font aufli Antipodes de l’Ethiopie, qu’au- 
ioutd’huy nous appelions Guince:Et Pline dit fort 
bié que la Taprooane cft des Antipodes,pat ce que 
ccrtainemct ceux de celle idc fôt Antipodes des E- 
thiopiés.qtii font à la riue du Nil,entre la fource.Sc 
Mcroc. Semblablcmét les Nexicquains.cncor que 
non du tout, font Antipodes de ceux de l’Arabie 
heureufc,& de ceux qui habitentau Cap de bonne 
efpcrace. Outre les Antipodes,il y en a encor d’au¬ 
tres qu’on appelle Parecques & A ntccques : Souz 
ces trois noms fc comprenait tous les habitans du 
monde. Les antipodes font dits, par ce qu’ils che¬ 
minent fur la terre dircûemcntl’vn contre l’autre, 
comme ceux du Cuzco & de Calecut: Les Antcc- 
ques de Guinee font ceux du Calccut,& les ParcC- 
ques de la mefmc Guinee fôt ceux de Cuzco: iccux 
ne demeurent point en pais contraire comme les 
Antipodes, ny diuers côme les Antccques, ains de¬ 
meurent en quartier de mefmc tempérament. En¬ 
cor que Antecqucs & Parecques ne foyer propre¬ 
ment Antipodes, lî fc pcuuent- ils ainfi appelle^ & 
de faift on les y nomme,& ainfi on côfondles vns 
auec les autres, ce qui elt caufe que i’ay remarqué 
pour Antipodes, de la nouuelle Elpagne ceuxdu 
Cap de Bonne efperance,qui font dos AntecqOeS. 
gjton pajfe Je ce pais aux^intipodes,contre la commune 
opinion des Philo/ophes. " chap. 6. -z 


T Ous'les anciens,l’entends les Philofophcs gé- 
tils,nient qu’on puilfe pafler de noftre Hemil- 
phereàceluy des Antipodes, àcaufeque la Zone 
torride eft au mcillicu,qui les fepare: & auflfi à cau- 
de l'Océan, qui enipeicîie le pàflâge, ainfi que plus 
amplement letraideMàcrobe/ur lelonge de Sci- 
pion que côpofa Cicerô: Quand aux Philofophcs 
Ghreftiens, Clément di£t qu’il n’y a homme, qui 
pui(TepaircrrOceâ:& Albert,quieft desnouueaux 
le confirme. le croy bien que iamais le chemin ne 
fut cogneu par eux, Sc puis les Indics.qu’on appel¬ 
le Antipodes, n’auoienc point vailfcaux fumlâns 
pour fi longue,& fi forte nauigation,côme ont les 
Efpagnols pour la mer Oceane.Mais le chemin eft 
def-ia II frequente, & cogncu que-chafque iour les 
Efpagnols y vont fort aifément,&ainfi l’ex periécc 
eft contraire à la PhiloJfophie ; le veux laiiferlàle 
grand nombre de nauire, qui ordinairement vont 
d’Efpagnc aux Indes, i’en cottcray feulement vue 
nommeelaVi&oire, quidonnalavolteàtout le 
rond de la terre,5t qui abordant au pays des vns ,8c 
des autres AntipodeSjdemôllra l’ignorance dü fça- 
uoir ancien, 8c s’en retourna en Efpngne,dedans le 
. troifieme an qu’elle eftoit partie,felô que plus am¬ 
plement nous dirons quand nous traiterons du- 
deftroit Magclanicque. 

De U fitHAtion Je U terre. chap. 7. 

I L fcmble eftre vne grande vanité de vouloir fi- 
tuer la grandeur de la teire,8c.tOutesfois cleft v 
n e chofefort facile. Sa fituation donc eft aurncil- 
lieu du monde, de la mer, qui l’enuironne, luy fert 
«Tailles, ic ne le fçaurois dire plus biiefuemenr, ny 
plus. 


plus au vray . Mcla pour lignes notables, Si poul¬ 
ies fins & limites,du ciel il marque, comme aufli 
faidb Dauid au Plainte io<>.l’Orient, le Ponent, le 
Septentrion, & le Midi, defquels mefmes ils bor- 
nent auili la terre,& par l‘e moyen d’iceux ils tien¬ 
nent le compte des voyages qu’il coniiiéc faite par 
icelles. Eratofthcncs ne mettoit pour fes ailles que 
les deux pôles, la Tramontane, & le Midi, diuifant 
la terre felô le chemin du foleil.Marc Vario louoit 
fort celte partition à caufe qu’elle elb côformc à la 
raifon,qui nous didt que ces pôles font fermes,fia¬ 
bles, & immobiles, corne ceuxquifoufticnnentle 
ciel, & autour defquels il prend fon' ntôuuement. 
Outre que ces lignes fufdits,qu’vn chacii cognoift, 
pour entedre vers quel cofté du ciel nous fommesj 
ils aidét encor’ à entendre à combien cft le deftroit 
de Gibaltar, delà Tramontane. Mettons Efpagnc 
pour cxcple.clle eft vers Tramontane,&à cinquan 
te degrez d’icelle,ou pour mieux dire, du point de 
de la terre,qui eft ou pcult eftre fous la mefmeTra 
môtane,qui font neuf cens Si quatre vingts lieues: 
félon le cômun compte des Cofmographcs,& ma¬ 
thématiciens, elfe eft à trente fix degrez de l’Equi- 
noxialjCè qui reuient ànoftre compte.Età celle fin 
quedelàenauâtonentcde quelle chofe eft degrés 
ie veux dire ce qui en eft. Ilfault aulfi fçauoir que 
les mariniers Efpagnolsprennent quatre mil pour 
lieuçs.&les Italiés en prennent cinq,& nous ptem 
drons touliours quatre mil pour vnc licuë. 

Que font-ce dcgrc'fj ch<tp. 8. . 

A Nciennement,on comptoit & on mefuroit la 
terre,& le monde par ftades,paz,&picds félon 


qu’on lit en Pline, Strabô, & autres autheurs.Mais 
depuis que Ptolomce inuenta ces degrcz,cent cin¬ 
quante ans apres la paflïon de i É s v s christ, 
on laifTa ce compte. Ptolomee donc partit tout le 
corps, & tour que faiél la terre, & la mer en trois 
césl'oixâtc degrezde lôgueur,&cn autât dclargcur, 
car le monde eftant rond, il cft auffi largc,quc lôg, 
& donna à chacun degré foixante mil,qui font dix- 
fept lieues Scdemye d’Efpagnc,de façon que le rôd 
de la tcrre,en cheminât droit par quelle part qu’on 
voudra des quatre fuf- nômees, a de circuit fix mil¬ 
le deux cés lieues, qui font vingt quatre mille, huit 
cents mille.Ce compte efl fi certain,que tous en v- 
fent & le louent, &efl d’autant plus à louer celuy 
qui l’a trouué de ce que lob, Sc l'Ecdcfiaflique ont 
eftimé eftrc difficile qu’aucü peut trouuerla mefu- 
re, & latgeur de la terre. On appelle les degrez de 
longueur ceux, qui fc cbmptcnt d’vn foleil a autre 
par equinoxial,qui tire de l’Orient à Poncnt parle 
meillicudelarondeurdel.iterre: Iceux nefepeu- 
uentpasbien comprendrcà caufe qu’il n’y a point 
au ciel de ce cofté là figné aucun, qui foie fiable. Si 
arreflé par ce que le foleil, encot'^que ce foit vn li¬ 
gne bien clair & euidét, châge çhafque lotir quel¬ 
que peu, Si iamais ne repréd fon cours par la voyc 
mefme,par laquelle il a ia paffi* félon l’aduis de plu- 
fieurs Aftrologiés.On ne içaitle nôbre de ceux,qui 
fe font tourmentes à chercher les moyens,depou- 
uoir comprendre, Si remarquer les degrez de Ion - 
gueur, [comme on remarque ceux de la largeur SC 
haulteur, tant y a que perfonne n’a peu encor’ trou 
uer ces moyens. Les degrez dehaultcur, oular- 



GENERALE DES INDES. 10 

gcurfont ceux qui fe comptent de la Tramontane, 
lefqucls font certains, Sc s’accordent de poinél en ' 
poinft, a raifon que la Tramôtane eft ferme,& fia¬ 
ble, & fer: de blanc où on vife.Par ces degrez ie re- 
marqueray la terrc.Iceux fe diuifent en quatre par¬ 
ties cfgalleSjde.la Tramontane à l’Equinoxial,il y a 
quatre vintgs dix degrez,dc l’Equinoxial au Midy; 
il y en a autât,de ïvlidy à l’Equinoxial encor’ autât: 
& d’iceluy à laTramontanc s’en côpce aütant.Mais 
nous n’auôs aucune relation des terres, qui font en 
vnc fi grade diflace,corné de ceIles,quidoiucteftre 
fousle Midy,qui eft l’autre efTeuil du ciel,de la veue 
dcfquellcs nous foinmes priuez,carcômeily a des 
hyperborees, ilyaaufii des hypcrnocques, ainfi 
quedidtHérodote, quifontvoifinsduMidy, & 
parauenture font ce ceux, qui habitée és pays du 
deftroit Magelanicque , qui fiiit la voye de l’autre 
Pôle, laquelle,n’cli encor cogncu. Partant ié con- 
cluds que la rondeur,6c grandeur de la terrenc fera 
entièrement cogneuc iufques au temps quelqu’vn 
l’ait enuironné par deffous les deux Pôles, comme 
Iean Scbaftien de la Canel’a entourée par deffous 
l’Equinoxial. 

Quifut inumettr de l'ejquille marine. Chap. 9 . 

À Vant que commencer la defetiption & cofmo" 
f* graphie ie veux dire quelque choie delà naui- 
gation, par ce que fans icelle on n’euft rien fccu de 
celle dclcription.Car on n’expedie pas tant de che¬ 
min, ne fi ville par terre,comme par eau,& fans les 
nauires iamais les Indes n’eulfent elle trouuees, Sc 
les vaiflfeaux fc fulfent perdus en la mer oceane,s’iIs 
neulfent porté l’efguille ! tellement que celle, el- 



1-.1IVRE DE l’hIST, 

gùillecftla priricipalle partie pour bien nauiguer. 
Le premier^ainu qu’eferiuent Blonde, 8c Malphcc 
Girard,qui trouua cefte cfguillc marine 8c l’vlance 
d'icell.e fut Flauc, natif de M elphe, cite du Royau¬ 
me de-Naple, où encor auioutd’huy ils fen glori¬ 
fient, 8c non fans grande raifon, puis qu’vn de leur 
voyfins a trouué vne chofe fi necelfairc, fi profita¬ 
ble, 8c fi fubtilc. Les anciens n’ont feeu trouucr ce 
fecretjCiicor qu’ils eu fient le fer Scl’aymat qui font 
les matières pour côpofcr cefte efguillc. Ceux qui 
font plus obligez à Flaue fôt les Elpagnols, qui na- 
uigent beaucoup. Ce fecret fut inuété,peut eftre,il 
y a deux cens cinquante ans : ou,tout au plus, trois 
cens ans. Aucun ne fçait lacaufepourquoylcfcr 
touché à l’aymant, regarde toufiours la Tramon¬ 
tane: tous l’attribuent à vne certaine propriété oc¬ 
culte, aucuns en dônent la vertu à la Tramontane, 
8c les autres à la mixtion que font cnfemblele fer, 
Sc la pietrc.Si c’eftoit propriété delà Tramontane, 
il feferoit, cômc difent les Nochers, mutation en 
' l’efguille quadle vent eft de Nordcft,qui c-ft le vent 
Grec,hors delTfletroifiefme des Azotes à ftuiét 
^és mil d’Efpagne,vers Ponét l’eft,ou eft,c’eft à dire 
Leuanr,Ponét. Encor moins aülfi cefte efguille per 
droit fa vertu quâd on pa(Te,comme dit Olanu.par 
delfous l’Ifle d’Aymant, mais foit que ce foit, l’ay- 
mant regarde toufiours laTramôtanc,cncor qu’on 
nauiguc près du midy.L’Aymant a pieds 8c tefte,8c 
encor dit-on qu’il a des bras : le fer qui y eft fuit la 
tefte,iamais ne farrefte qu’il ne regarde direéteméc 
la Tramontane, ainfi fait-on les quadrants pour le 
foleihles pieds feruent pour le midy, 8c le refte féit 













pour les autres parties du ciel. 

Opinion jHcJffm,Afrique Europe,ne font que 
ljlcs. Chip. 10. 

L Esanciésont party noftrchcmifphcre en trois 
parties,Afic,Europc & Afrique. Ils ont feparé 
l’Afie de l’Europe par le fleuue Tanais,ainfi que re¬ 
cite Il'ocratcs en ion Panegyricque, & ont diuifé 
l’Afie de l’Afrique, par le fleuue du Nil, & pofliblc 
la diuiflon euft cfté meilleure par la mer rouge,qui 
quafi trauerfe la terre depuis la merOceaneiufques 
à l’autre Méditerranée. Ccluy qu’on nome Berofe 
dit que Noé donna les noms à l’Afrique, l’Afie, & 
l’Europe, & les diftribua àfes trois fils, Cam, Sem, 
& Iaphct, & qu’il vogua par la mer Méditerranée 
l’efpacc de dix ans. Nous demonftrerôs à la fin que 
ces trois fufdites prouinccs occupent la moitié de 
h terre. Tous en general afferment que l’Afie cft 
plus grande qu’aucune des autres ,Si mefin'e que les 
deux autres enfemblctmaisHerodore fe moque en 
fon Melpomcne de ceux qui font l’Europe efgale à 
l’Afic, difant qucl’Europc cft efgale en longueur à 
l’Afi’c & Afrique,& les paffe en largeur,ce qui n’eft 
hors de vérité : Mais laiflant cela pour ccfte heure, 
iedis queHomere autheurfort ancien difoitque 
le rond, qui fe diuife en l’Europe, Àfie & Africque 
n’eftoit que vncIfle, comme racompte Pompone 
Mêla en fon troifiefmc liure. Strabon, au premier. 
de la Géographie diéf que la terre qui eft habitée 
eft vne Ifle toute enuironnee de l’Océan. Higin, 
& Solin confirment ccfte opinion, encor que So¬ 
lia erre en Pimpofition des noms de la mer, pen- 
fant que la'mer Cafpe fuft partie de l’Océan7 qui 
b. iij 



toutcsfois eft mediterrancc, c’cfb à dire, entre des 
terres,& ne participe en rien de la grand mcr.Stra-, 
bon racompte comme au temps du Roy de Ptolo- 
mceEuegctcsvn certain Eudoxenauigea trois ou 
quatre fois de Caliz en Indie, qui a prins fon nom 
d’vn fleuuc:& que les gardes delà mer Arabicquc, 
qui eft la mer rouge apportèrent audit Roy vn In¬ 
dien en prêtent. Le Royluba confirme cefte na- 
uigation felô que didt Solin,& a efté toufiours bu¬ 
tât celebree comme aufli elle eft notable, & encor 
àuiourd’huy l’cft elle plus qu’elle n’a efté, on faid 
ce chemin par terre, partant par pays fort chauld, 
mais il n’eft point fi pénible, comme au contraire, 
Ï1 eft trefperilleux,& dangereux voguant par le co- 
ftéde laTramôtane,où fontles grâdilïîmcs froids: 
Aufli il n’eft mémoire entre anciens, qu’il foit ve¬ 
nu de l’Indie à Çaliz par ce chemin plus d’vn naui- 
felequel, félon Mcla,& Pline alleguans Cornélien 
arriua en Allemagne.Et leRoy des Suanubes qu’au 
cuns appellent Saxons, prefenta certains Indiens 
dccc vailîeauà Quinte Metclle Celer, quience 
temps la gouuernoit.la France fous le peuple Ro- 
main.Mais polfiblc ces gens eftoient du pays de la¬ 
beur , & les prindrent pour Indiens abufez de la 
couleur,car on did aufli que-du temps de l’Empe¬ 
reur F.edericBarberoufle certains Indiens arriueréc 
a Lu bec en vne barcque. Le Pape Pie fécond did 
que la mer Sarmaticque &Scyricque eft aufli cer¬ 
taine que la mer Germanicque &ïndicque-.auiour. 
d’huy nous fçauons par experiécc certaine comme, 
on pcult flotter depuis Noruegue iufqucs à paflèr. 
par deflouslaTraraôtane,&vdguerlelôg &laco- 





GENERALE DES INDES. Il 

ftc vers le midy iufques à la Cinna. Olan Goth me 
comptoir phificurs chofcs de ces pays, & de celle 
nauigation. 

Confins (y limites des Indes pur luhoye dcTritmm- 
unt. Cbsp. II. 

L E pays qu’on appelle Indie, ell encor’vne ifle 
côme ell ce pais de deçà,il cômcncc fes limites 
vers laTramôtanc,qui eft vn ligne ceutain.Ie com- 
pteray par degrez qui cft le meilleur, & le pl“ vfité 
ie ne mefureray,ny n approcheray de l’Europe,Af- 
friquc,&Afie,puifque plufieurs en ont allez eferit. 
Les confins donc,quifonr plus proches ,&plus re- 
jnarquablesvcrs le Septétriôjfont les files d’Kland, 
& GrûtlHd.lflâd ell: vne ifle enuirô de cinq ces mil,. 
fitucc à feptâte degrez de haulteur:mefmes il y ena 
quelques vns,qui la veullent mettre plus haulr, di- 
fans que le îoury dure-quafi deux de nos moys. Ce 
mot d’iflad veut dire ifle,ou terre gelec,aufiî à lave 
rite non feulemét la mer fe gele àl’enrour d’icelle, 
mais lagcleeaulfieftfi forte au dedas de celle ifle 
que la terre s’en efclate auec vn mcrueilleux bruir, 
tellemét qu’il femblc que ce foit vn gran d nombre 
d’hommes brayants, & fe lamentans : de là vient 
quelcshabitanspenfentquele purgatoire foit là, 
ou bien qu’on y tourmétc quelques pauuresames. 
Ilyatroismontaignes ellranges,qui iettentlefeu 
au pied, eftants toutesfois toufiotirs gelees à la ci¬ 
me. Auprès de l’vne d’iceIlcs,qu’on nomme Hecla, 
fort vn feu, qui ne prend point à l’ellouppe, & 
neantmoins brufle fur l’eau, & la confomme. Il y 
aencoresdcux fontaines notables, l’vne, quiie- 
<fte certaine liqueur comme cire a demy fondue ou 
b ijij 




I. LIVRE 


: T. 


caillée, Sc l’autre iette fou eau bouillante, qui tour-, 
ne en pierre tout cequeonyieite (ans changer la 
forme &■ figure. Les ours y font blancs, aufli font 
les regnards,lieures,faucôs,corbeaux,&: autres oy- 
feaux,& animaux féblables. L’herbe y croid haute 
Sc cfpaill'e, & y en a tant qu’ils ne Pen foucict: aufsi 
le bcflial y profite merueillcufcmcnt, & cd-on c6- 
traint de l’ofter de pafturage de peur qu’il ne crcuc 
de grailfe.La laine ed groflepnais le beurre eft bon 
à perfection, lequel auecle poiflon eft le principal 
foùdenemct de tous les habitans.Les Baleines fré¬ 
quentent fort le tour de cède Ifie: elle y font fi en- 
rageesquelles rompent & callènt lesnauircs. Ils 
ont fki'dfc vne Eglife des codes Sc os de ces baleines, 
Sc autres grands poiflons. Les Iflandois font bien 
difpos de leurs corps,mais font fort gourmands Sc 
füjetsàleur bouche. Aucuns ont penfcquccede 
iflcfudThyléjifle dernicre de celles que lesRo- 
mains fubiugucrent vers la Tramontane, mais ils 
f abufent, par ce qu’il n’y a pas long temps quelle 
ed defcouuerte,&aufli cd-elle plus grande Sc plus 
tirant vers la bize.Thilé proprement ed vne petite 
ifle, qui cd entre les Orcades & Faré, tirant vn peu ■ 
vers l’Occident & ed à foixante-fept degrez,encor 
. que Ptolomec ne la mette fi haut, Sc Ifland cd a céc 
foixante mil, de Faré, & deux cens quarâte dcThi- 
lé,& plus de quatre cens des Orcades. Vers la par¬ 
tie fepcentrionaled’Ifland cd Gruntland,ifle fort 
grande, laquelle ed à cent foixâte mil de Laponie, 
&vn peu plusdeFinir.archic, qui font pais de la.. 
Scandinauie, portion de l’Europe. LcsGruntlan- 
doi$ font vaillans, & beaux hommes. Leurs vaif- 



, 


féaux font couucrs de cuir, de peur du froid Si des 
poillons. Gruntland, fclô aucuns,eft à deux cés mil 
des Indes,vers le pais de Labeur : on ne fçaic encor 
il ce pais eft joint à Gruntland,ou fil y a entre deux 
quelque deftroit : fi les deux fe joignent, les deux 
ronds & hcmifphercs de ce monde fe couplent au¬ 
près delà Bizc, ou bien dcflbus,puis qu’elle n’eft 
point plus de cent foixante mil, ou deux cens mil, 
de Finraarchie.Et encor qu’il y euft vn dcftroit,ces 
pais font aiTez voyfins,puis que de Celui de Labeur 
on ne compte félonie commun) rapport des ma¬ 
riniers, que cent foixante mil iufques au Faial, qui 
eft vne des ifies des Azores, & deux mille mil iuf¬ 
ques à rifle d’iiland, 8c deux mille quatre cens mil 
iufques en Efpagnc. 

De lx ftuutionàes Indes. 

Chup. 11. 

L E cofté des Indes, qui eft le plus Septentrional, 
cftvers la partiede Gruntland,& d’Ifland. Il 
fcftendlelong de là cofte huiét cés mil iufques au 
fleuue de Neige, qui eft à foixante degrez de hau¬ 
teur : Cefte cofte toutefois n’eft encor gucres bien 
recongneuc, dclàilyaautre huiét cens mil iufques 
à la plage des Molues, & toute celle cofte eft quafi 
ficueefous le mefme foixantiefme degré, & c’eft 1c- 
pais qu’on appelle de Labeur : cefte cofte encloft 
l’idc des Démons. Des Molues iufques au cap de. 
Mars, qui cftêu cinquare-fixiefmc degré, on copte 
deux cés quarante mihd&là iufques au Cap de Ga- 
do deuxceds mil: de ce cap, qui eft à cinquante & 
quatre degrez de hauteur, fuiuant la cofte droieen 
Panent on compte huiét cens iufques à yn grand 



flcuuc didt fiùndt Laurent,qu’aucuns croyent cftre 
bras de mer, & a on vogue delliis plus de 800. mil 
en tirant contremonr: de là eft venu qu’on l’a ap¬ 
pelle le deftroidt des trois freres. Il fy fait vn goul- 
fe quafi quarré, qui tourne iufque à la poindte de 
Baccaleos plus dcS00.mil. Outre cefte poindtc,Sc 
le cap de Gado,onvoit pluficurs ides bié peuplées, 
qu’on nomme Cottes Reales, lcfquellcs referrenc 
& couurcnt ce goulfe quarré, C’cft vn lieu en ce 
quartier làfort notable.De la poindte de Baccaleos 
à la Floride on met 3440 .mil, en comptant ainfl 
parle menu-.prcmiercmét de la poindte de Bacca.- 
leos.qui eft à 4S.degrcz &: demy,on compte 180- 
mil iufques à la plage du fleuue :& de cefte plage, 
qui eft vn peu plus qu’a 45.degrcz, y a autres i8o„ 
mil iufque à vnc autre plage, qu’on nomme de If- 
leos,qui eft quafi a 44.degrezde ccft plage iufques 
au fleuue Fonde on marque 180.mil,& de la en vn 
autre fleuue qui fappelle-dc Gamas.y à i40.mil,& 
tous les deuxfleuues font à 43. degvez du fleuue de 
Gamas, on compte 100. mil iufques au cap deS. 
Marie,aupres duquel eft le cap Bas à i<îo.mil,&dc 
là iufques au fleuue de S. Antoineon met plus de 
400.mil : de ce fleuue on copte en tournant par la 
cofteàl’étourd’vn goulfe310. mil,iufques au cap 
des Arènes,qui eft quafi à 35>.degrez des Arenes au 
port du prince,y a plus de 400.mil, &dc là iufques 
aufleuuc Iourdam8o.& de ce fleuucÔu cap.S.Hc- 
lene.quieft a 31.deg.ya ido.mil-.dc ce cap au fleuue 
. Secy aautre iGo.mibdeceSec.qui efta 31.degré, 
on compte 80.mil iufques à la Croix,& de là à Câ- 
naucral, qui eft à i8.degr.y a autre ido.iufques àla 






poindte de la Floride. La Floride eft comme vnc 
langue de terre, quis’eftend enlamcrbien 400. 
mil droi£t vers leMidy. Et il a à l’oppofite de foy 
loing enuiron de ioo.mill’illedc Cuba, & port de 
la Habane,& vers le Lcuant elP a les ifles de Baha- y 
ma & Lucaia. De la poinilcde la Floride, qui eft à. 
25.degrez,& qui tient So.mil dclôgueur.on copte 
4oo.mil,ou pluSjiufqs au goulfe bas,qui eft à 100. 
mil,du fleuue Sec de Ponent enLcuâr,qui eft la lar 
gcur Floride.Du goulfe bas on met 4a0.mil iufqs 
à la riuiere des neiges : de là iufques au fleuue de 
fleurs, y a 210.mil, autant iufquc à plage du fàindt 
Efprit, laquelle, par vn autre nom ils appellent la 
Culatc,eir a de codé 1 zo.mil,de cefte plage qui eft 
à i9.degrez,y a plus de 280.mil, iufques au fleuue 
des pefchcurstdc ce fleuue,qui eft à vingt huift de- 
grez & demy on met 400. mil iufques à la riuiere 
des palmes , au près de laquelle pallê le tropicquc 
de Cancer.De cefte riuiere iufques au fleuue Panu- 
co,on compte plus de 110.mil, & de là à la Riche 
ville,ou bien, la vraye Croix, y a 180.mil, Alracrie 
eft comprife en ceft cfpace de la vraycCroix,qui eft 
à vingt-neuf dcgrez,ÿ a plus de I 20 .mil,iufqucsau 
fleuue Alaurado que les Indiens appellent Papalo- 
apan:de ce fleuue à celuy de Coazacoalco on met 
100.mil, de là au fleuue de Gritalua vers le cap rod 
y a jio.lelongdela cofte, en laquelle font fituez 
Ciampoton,& Lazaro,du cap rond à celuy de Co- 
tqcé, ou Iucatan on compte 360. & eft enuironà 
vingt & vn degrez, tellement que le ro.ut bien co¬ 
pte, on trouue 3600. mil en coftoiant toufiours la 
mer depuis la Floride iufques Iucatan.qui eft vnç 


autre Promontoîre,qui fort de terre,& fauancc c n 
la mer vers la Tramôtane,8c d’autant qu’il s’eften d 
en l’eau d’autant plus il s’eflargift. Il y a à deux ces 
quarâce mill’IfledeCuba vers l’Orient,qui enferre 
le goulfc,qui cft entre la Floridc,& Iucatan.Aucus 
appellent cegoulfc,legoulfeMexicain: autres le 
goulfe de la Floride,quelques vns le goulfe de Co r 
tes. La mer entre en ce goulfe, entre Iucatan, Sc 
Cuba.aucc vn courant roidc, 8cfort entre Cuba,&: 
la Floride,& iamais ne monte au contraire.De Co 
toce, où Iucatan, y a 4 40. iufques au grand fleu- 
ue. Il y a en chemin la pointte des femmes,ou da¬ 
mes, 6c la plage dcl’Afccnfion. De ce grand fleuuc 
qui cft à feize degrez 6c demy, on compte fîx cens 
mil, iufques au cap de Cameron, lcfquels on diuï— 
fe en ceftc forte. On en compte l 20. depuis lcdi< 5 fc : 
fleuuc iufques au porc de Higueras,ou Fichorc: j 
de Higueras,au porc de Cauallios autant, 6c encor’ 
autant de là, iufques au porc du Triomphe delà 
Croix :6c de là au porc dç Honduras, on en met 
trente, 8c d'ê ce port au cap de Cameron 80. d’où 
on compte 180. iufques au cap de Grâces à Dieu, 
qui eft à i4.degtcz : on voyt en ceftc coftc Cartha¬ 
ge. De grâces à Dieu on marque 1S0. mil, iufque ; 

à Scignato, qui vient du la c de Nicaragua : de là a 
Zorebaro y a ido.mil, 6c plus de 200.de Zoreba- j 
ro,iufques au nom de Dieu: Vcragua eft au milieu. j 

Ces 3d0.mil, font à p.degrez 6c demy, ainfi nous 
auôs 19do.mil, de Iucatan iufques au nom de Dieu, 
qui cft notable pour le peu de terre 6c le peu d’ef- 
pacc,qui eft de là iufquesalamer,demidy.Duno 
de Dieu y a 28o.iufques aux Farellons de Daricn, 






qui font a 8.degrcz:le long de la Cofte on voit A- 
cla,&le port de Mifas:& puis fuit le goulfe d’Vra- 
ba,qui contient en fon cmbouchcure 24.mil, & j 6 
de longueur.De ce goulfe on compte 180.mil, iuf- 
ques a Carthagenc.On trouue entre deux le fleuue 
de Zcnu,& Caribana, d’où prennét nom les Cari- 
bes. DcCarthagcneon met 200.mil, a S.Marthe, 
qui eft enuiron a n.degrezde hauteur,fur la cofte 
on voie le port de Zambre, 8c le grand fleuue de S. 
Marthe y a 200.mil, iufques au cap de la voile, qui 
eft à n.degrez, & à 400.mil, de S. Dominiq,de ce 
cap on copte i6o.mil,à Coquibocoa,qui eft vn au¬ 
tre cap de la mcfme hauteur,au derrière duquel co- 
mëcc le goulfe de Venez ucla,qui faiftde tour 310. 
mil,iufques au cap de S.Romamdc ce cap au goul¬ 
fe malheurcuXjOÙ tôbelaCuriane,onmetioomiL 
De ce goulfe à celuy de Cariari on mec 400. mil,il 
eft à 8.degrez,il contient le port de la Cane fiftule, 
Ciribici, 8c le fleuue de Cumane,& la poinële de 
A raja,à 16.mil, d’Araja,cft Cubagna,qu’ils appellét 
Ifle des Perles: 8c de ccftc pointe à celle des Salines 
on copte 140. mil, de la pointe desSalincs au cap 
d’Anegat y a pl’de i8o.mil,parle goulfe de Parias, 
qui fe fait entre la terre ferme,& l’Iflc de laTrinité. 
d’Anegat,qui eft à 8. degrez,on mec zoo.mil, iulqs 
au fleuue doux,qui eftà 6.degrez:decefleuucàce- 
luy de Orellane qu’on dit le fleuue des Amazones, 
y a 44 o.tellemenc qu’on compte 3ioo.rail,le long 
de la cofte depuis le nom deDÎcu iufques à la riuic- 
re d’Orellanc, laquelle entrant en lamers’eftend 
îoo.mil,en largeur eftant droiâ foubs la ligne E- 
quinoxiale. De cefte riuiere on copte 4 oo.mil,iuf- 


qiics à celle de Maragnon,qui fcfpand en la mer a- 
ucc vne eftéduc de 6 o.mil,& eft à 4 .degrez de l’E- 
quinoxial vers leMidy. De Maragnon au pays de 
Humos fur lequel pâlie la réglé du dcpartemét,on 
compte autres 400.mil. Delàiufqucs àf Angle de 
fainft Luc on en compte encor autanc.De cet An¬ 
gle iufques au cap premier y a encor 400. mil,& 
de là au cap d£fainit Auguftin, qui eft à 8.degrcz 
&C demy au delà de l’Equinoxial, on compte z8o. 
mil: & à ce compte, d'Orellane iufques à ce cap on 
trouue noo.mil. De toutes les Indes ce cap eft le 

{ >lus proche d’Afrique,& d’Efpagne: car il n’y a de 
à iufques au cap verd, félon le commun récit des 
mariniers point plus de 1000. mil,encor en dimi- 
nuentils. Du cap de faillit Auguftin on met 400. 
mil, iufques à la plage de tous les fainits, qui eft à 
treize degrez fumant la cofte vers le Midy:il y a au 
mcillieule flcuue de fainit François, &c lefleuue 
Ii.oyal.De tous les fainits on compte 400.mil,iuf¬ 
ques au cap de Apte, qui eft a 18. degrez ou en- 
uiron de ce cap iufques à ccluy, qu’ô appelle froid 
on met 400.mil, le cap froid eft quafi comme vne 
Ifle:& de lày a 400.mil,iufques à la pointe du bon 
Abrigo.par laquelle pafle le tropique de Capricor¬ 
ne: & la raye de la partition du bon A brigo on co¬ 
pte 100.mil , iufques à la baye de fainit Michel,5c 
de là au flcuue de fainit François,qui eft à vingtfix 
degrez, y a 140.mil. De faillit: François àla riuierc 
deTibiquiri.on met 40o.mil,oùeftle port dePar- 
tos,&celuy deFariol,&autres. De Tîbiquiriàla 

riuiere de la PIatte,oud’Argét,on marque plus de 
2oo.mil,& ainfi on compte 1640.du cap de fainit 


GENERALE DES INDES. l5 

Auguflin iufqucs à ceftc riuiere,qui eft à jj.degrez* 
elle tient d’cmbouclicuïc iufqucs à fainéte Helenc 
260.mil,de là iufqucs aux grolTes Arènes y a 120.& 
de ccs Arcnes aux rochers d’Anncgacs 160. & de la 
à la terre baffe 200. & de ceftc terre à la plage fans 
fond 260.de celte plage qui eft à4t.degrez,on met 
160.iufqucs aux Arracifes des loups: de ces loups, 
qui eft à 44. degtez.on comptciSo.iufques au cap 
de Tainét Dominique, de ce cap iufques à vn autre 
qu’on nomme Blanc y a 240.qui eft près d’vnflcu- 
uc nommé fainét Ican le Serran,qui eft à quarante 
néufdegrez,autres appellét ce flcuuc des trauaplx, 
depuis lequel on côptej2o.mil iufques auPromô- 
toitedes vnze mille Vicrges.qui cftà J2.degrez Sc 
demy,& en l’emboucheurc du deftroit Magelani- 
qucjequcl dure 440. mil d’vne mcfme hauteur,& 
droit de Lcuant en Ponent,& cftà 4800. de Vene¬ 
zuela tirant de Midy vers laTramontane, du cap 
De(ïré,qui eft à l’autre embou.chcure de ce deftroit 
en la mer de Midy qu’on nomme Pacifique,on co¬ 
pte 280.mil iufqucs au cap prcmicr,qui eltà49.de- 
grezj&dececapàlariuiere des Salines, qui eft à 
quarate quatre degrez,on met plus de 620und.De 
cefte riuiere on compte 442.mil, iufques ail cap So 
litaire, & de ce cap à la riuiere de fainét François y! 
a 240.mil.de celle riuiere,qui eft a quarate degrez,- 
au fleuue Sainét.qui eft J j.degrez, y a 480. mil: ce 
fleuuen’eft loing de Ciriuara.qu’aucuns appellent 
le port Defiré de Chillé. De Ciriuara,qui eft à jrv 
degrez,on nauiguc quafi par la Tramôtane,& par 
le Midy par le moyen du flçuuede l’Argent. Du 
fleuue Sainét y a 800.mil, iufques à Cïnca & à la ri- 




ùiere dcpeuplee, qui ejl à vingt-deux degrez de ce 
fleuue y a 560* mil à Arcquippa,qui cft à dixhuidt 
degtez. D’Arequippa, on compte à Lima 560.mil, 
qui cft à douze degrcz-De Lima iufques au cap de 
l’Anguille on compte plus de 4.ooimil,qui cft à fix 
degrez 8c demi, fur ccftc cofte on voit Trufilio & 
& autres ports. De l’Anguille y a 160.mil au cap 
Blanc, & de la au cap de faindle Hclenc 140 . mil, 
TombeZj&Tumebamba font au milieu,& l’Iflc de 
la Pune . De faindtc Helene, qui eft à deux degrez 
de l’Equinoxial y a z8o . mil iufqu’à Quigcmis par 
ou il pafle fur la cofte font fituez les caps de fltindt 
Laurent & de Paflàôs.On compte le long de ccfte 
cofte iufques au cap de fainft Auguftin 4000. mil: 
tout cc pays pour eftre foubs 8c auprès de la Zone 
torride cft fort riche 8c opulent,comme bien l’ont 
demonftré les prouinces de Colao, 8c de Quito, 
ainft que dirons cy apres. De Quigemis y a 400; 
mil.iufqucsau porc &fleuuc de Peru,duquclapris 
lcnomla riche & fameufeProuince&Royaume 
dùPeru,encelongtrai£ton voitla plagedefaindt 
Matthieu,le fleuue de S. laques 8c celuy de S. Ican 
du Peru.qui cft à deux degrez deTEquinoxial en ti 
iant en ça. Del’Eqùinoxial on comte plus de z8o. 
iufques au goulfe de faindt Michel, qui cft à 6. de¬ 
grez de l’Equinoxial, & a de tour zoo.mil, & n’efl: 
quaioo.du goulfe d’Vraba. De faindt Michel on 
mec zzo. mil à Panama, qui eft à huidl degtez 8c 
demi de l’Equinoxial en ça, & n’eft qu’à 60 . mil du 
nom deDieu,fi ccfte efpace eftoit retranchée le Pe 
ru feroit vn Ifle. Ce Royaume de Peru a de largeur 
mille lieues, 8c delôgueur 1200.&donnant trois 


!- 

mil feulement pour vnc lieue (comme on compte 
pat terre) la largeurferoit de 3000. mil, & la lon¬ 
gueur de j6oo:il y a de tour 4063. lieues, & par çé 
que le circuit 0 edend pour vnc bonne partie fur la 
code de la mer, nous compterons à la. mode de la 
mer, qui cd de quatre mil pourvne lieue, telle¬ 
ment que le tour Ce montera iufqués à ididomiil: 
De Panama fuytiant toufiotns la code iufques à 
Tecoantepcc on comptca6oo.mil, en comptant 
en ccdc façon.De Panama on mefurc î8o. mtl,iuf- 
ques à là poinéte de la Guerre, qui cd enuiron à 
nx degrez, en ccdc code on trouuc Paris, & Na- 
tan.De la Guerre à Borrique,qui ed vn autre poin¬ 
te de terre à huitd degrez,y a 4 oo.mil.de Borrique 
on compteautres 400. mil, iufques au cap Blanc, 
où edlc port de la Ferraillcrie, duquel on compté 
encor’ 400.mil iufques au port de la pdllç(fipn de 
Nicaragua,- qui ed près de douze degrez de I’Equi- 
noxial. De la podèdion à la plage de Fonicquc y a 
6o.mil:delàtCiororega So. de Ciorotcga au gréd 
fleuueiao. &: de ce fleuue à celuy de Guatimala 
260. mil. De Guatimala à Catula y a 200. mil. Si 
tout au près ed le lac de Cortes,qui contient 200. 
mil delôgucur,& rrctedeux de large, de là au port 
Serrey a 400.mil, & delàà Tecoantepcc 160. qui 
ed tirant vers laTrnmôtanc,-& je midy a'ucç le fleu- 
uedeCoazacoalco,&edvn peu plus qu’a treize 
degrez,tellement qüeiudement finifl'enrlés 2600 
■ mil. Tout ce rraidt de pays cd fort edroiét d’vue 
met à l’autre, & femble que la mer d’vne part Si 
d’autre,ronge ces codes pour Ce joindre enfemblr, 
ainfi aufsi elle nous mondre comme il feroit aifé 


! 



faite vn p adage d’vn codé à l’autre. De Tccoante- 
pec à Colinia on met 400. mil, on voit fur la code 
AcapulcOj&Zacatula.De Coümaon compte 400. 
mil iufques au cap desCourans, qui cd à vingt de- 
grez ; le port de Nou'cl ed en ce quartier. Du cap 
des Courans y a 140.mil iufques à celuy de Cia- 
mctlan,par lequel palfe le tropique de Cancer : fut 
cede code font fituez les ports de Xalifco , 8c de 
Vandras.De Ciametlan y a 1000. mil iufques à l’cf- 
tang ou flcuue de Miraflores,qui ed quali à trente- 
trois degrez : en ces 1000. mil on voit le flcuue de 
fain£tMichel,le Guayaual,lc port de remede.le cap 
Roux, le porc des ports, 8c le port du partage. De 
Miraflores à la pointe des Baleines,qu'autres appel¬ 
lent Califormia, y a 8S0. en partant par le port ca¬ 
ché, par Belen.le port des Feux, 8c la plage de Ca- 
noa, 8c par l’Ifle des perlcs.La poinfte des Baleines 
ed fous le tropique,8cà 5z0.mil du cap des Courâs, 
par lefquels entre la merde Cortès,qui rertemble à 
l'Adriatique,8ced quelque peu rouge.’Dela pointe 
des Baleines iufques à la plage del’Abbey a 400. 
mil, 8c de là on en compte autant au cap de trom¬ 
perie,qui ed loingdcl’Equinoxial trente degrez 8C 
demy,aucuns y en mettent d’auantage, mais quant 
à moy ie fuis la commune opinion-.Dc la Trompe¬ 
rie au cap de la Croix y a quafi zoo. mil, 8c de ce 
cap y a quatre cens quarate mil iufques au port des 
Sardines,qui ed à rrétefix degrez: En cede code eft 
fitué le goulfe de fàinél Michel, la plage des Feux, 
8cla code blanche. Des Sardines au mont des nei¬ 
ges on compte 600. mil,partant par le port de tous 
les Ciindts, le cap de la galere, le cap de neige, 8c la 





GENERALE DES INdES. l8 

des premiers. Le mont de neige eft à quarante dc- 
grez, & eft le dernier pais remarqué en ce quartier 
là, fi cft-cctoutesfois que le refie delà code fuit 1* 
Tramôtane encor bien Ioing iniques à borner tou¬ 
tes les terres fufdiûcs auec la terre de labeur ; ou 
Gruntlandi en forme d’Ifle, & ce refte monte iuf- 
ques à z040.mil: & par ninfi on coftoye toutes les 
Indes decontrccen côtrcc iufques au dernier pars 
congneu & defcouuert. Quât à ce qui eft côngneû 
il contient de tour 9300. lieues & plus, qui font 
37100.ll y en a3J75.1ieucsparla coite de la mer de 
.Midi,&j9do.parnoftremer tirant du Nôrt,qui eft 
la Tramontane.Au furplus il faut entédre que tou¬ 
te la mer de Midi croift,& diminue beaucoup,& cri 
aucuns caps fix mil,& iufques à perdre la marée: & 
au contraire la mer de Nort ne croift qttafi point 
linon depuis Parie iufques au deftroit Magelani- 
que,&en quelques autres endroits. Peribnneiufi- 
ques auiourd’huy n’a peu cncOriçauoir ny com¬ 
prendre le fecret,nÿ la caufe de la croiirance & def- 
croifsacc de la mer,& encor moins pourquoy c’cft 
qu’en aucuns lieux elle croilt,en autres,non.Partît 
ce feroit chofe fuperflue d’en rraiéter icy quelque, 
chofc.Le compte que ieprens des lieues & degrez,- 
eft félon les cartes matines des Cofmographesdu 
Roy ,lefquels ncrcçoiuenr,ny ne font mémoire 
d’aucune relation de quelque pilote que ce foir fas 
auoir receu le fermer & bon tefmoignagc. le veux 
bien dire eficor qu’il y a autres Ifles &c pais en la rô¬ 
deur de la terre, fans ce que nous auons deferit cy 
deflus, entre lefquels eft le pais du deftroit Mage- 
lanique, qui regarde l’Orient, lequel eft de grande 




I. LIVRE DE L’HIST. 
cftcnduë à ce qu’on en peut vcoir, 8c eft bien près 
du pol AntartiquCjOn penfe qu’vn des codez dece 

f aÿsrcfpôndcvers le cap de Bonnc-efpcrance, 8c 
autre vers les M olucches,par ce que les pilotesdu 
viccroy Anthoine de Mendozzc rencontrèrent Yn 
■pays de Negres,qui durait iooo.mil,6ccroyoyét q 
ce pays fc côfinaft auec celuy que nous difons. Par 
ainfi on voit que la grandeur de la terre n’cû point 
encor toute defcouucrte,mais les pays que nous a- 
uons d’eferit font le corps de la terre,que nous ap¬ 
pelions Monde. 

Comment les Indes furent defcottuerlts pour U 
première fois. chup. IJ. 

C Omrne vne Carauelle flottoit par noftre grad 
mer Oceane,vint à s’efleuer vn vent d’Oft fi 
fort 6c impétueux, 6c fouillant fi continuellement 
que ladi&e Carauelle fetrouua envn paysinco- 
gncu,ny aucunement marque en la Mappemon¬ 
de, ou Carte marine. Elle retourna de la en bien 
plus long temps qu’elle n’auoit faid à aller, 6c 
quad elle arriua de par deçà elle n’auoit plus qu’vn 
Pilote,6c trois ou quatre Mariniers,lefquels eftans 
arriuez malades, 8c defaim 6c de trauail moururét 
enpeudcioursau port. Voila cornent fe defeou- 
urirentles Indes, auec l’infortune de celuy,quipre 
mier les vit,finiflànt fa vie auât que iouïr d’elles,ôc 
mefine fanslaiiTermemoire de fon nom, n’y d’où 
il eftoit,ny en quel an il les trouua. le croy bié que 
cenefutpasfafautc,mais cclaaduint par lamali- 
ce,6c mefchâceté d’autruy,ou bien parl’enuiede 
celle qu’on appelle Fortune. le m’cfmerueille des 
hiftoiros anciennes, qui de petits commencemens 

XM'ém 










nous recomptent de haults faiéls, 8c grandes en- 
treprifcs, puis que.no 9 fçauôs,qui eft celuy,qui de¬ 
puis peu de temps en ça a dcicouuert les Indes qui 
font il remarquâmes,& fi nouuellcs. Si lenom de 
ce Pilote au moins fuit reftc, puis que tout a prins 
lin auec fa mort. Aucuns font ce Piloted’Audeluz, 
lequel lors que celle fortune luy aduint côtraéloit 
és Ifles de Canarie,&Madere:autres le font Bifcain 
négociant en Angleterre,& en France: ôc autres le 
dilent auoir cfté Portugays,qui pour lofs alïüit ou 
venoit de la Mine.ou Indie,ce qui-accordeau nom 
que prindrenc ces nouuellcs lettres, aulfi üyena 
qui difcnt que cefté Carauelle arriua en Portugal, 
& autres qu’elle arriua à Fille de Madere, où à vnc 
aiitrc.des Ifles des Azores : mais pas vn n’aflèure 
rien,ils f accordent feulement en cela que ledift Pi 
lote mourut en la maifon de Chriftofle Colomb, 
en la puiflànce duquel dcmeurerét les regiftres de 
la Carauelle, & leraportde tout ce long voyage^ 
auec la marque , ÔC hauteur de ces terres nouucl- 
lement trouuecs, 

gjfi eftoit Chriftofle Colomb. Chafi. 14 . 

Hriftofle Colomb eftoit natif de Cugureo,ou 

comme aucuns veullent,de Nerui,vilagede la 
Seigneurie de Gennes, qui eft vne cité de grand re¬ 
nom en Italie. Il defeendoir des Pelleftreli de Plai- 
fance enI r ombardie.Au commencement il furpe- 
tit compagnon comme d’eftre marinier ,qui eft 
vn meftier auquel volontiers femployent tous 
ceux de la riuiere de Gennes. Ainfi il n’auigua plu- 
fieurs années;eh Syrie,& en autres pays de Leuant: 
depuis il deuint maiftre à faire des cartes marines. 


d’où luy ad'uint tout le bien,&la bonne aduenture 
qu'il rencôtra.ll vint en Portugal pour auoir con? 
gnoiirance de la code d’Afriquc,qui regarde le Mi¬ 
di,& de tout le refte des pais qu’enuironner lesPot 
tugays par leurs nauigatiqns. Or pour mieux faire, 
& pour bié védre fes cartcs,il fe maria en ce Royau 
me de Portugal,ou,côme aucuns vaillent,en l’ifle 
de Madcre,ou,à ce que ie puis croire, il demeuroie 
au temps qu’arriua laCarauelle cy dclfus mention¬ 
née; il receiit en fa maifonlc patron d’icelle,lequel 
}uj racompta tout le voyage qu’il auoit fai£t,&les 
terres neuucs qu’il auoit vcucs, afin qu’il remar¬ 
quait en vne carte marine qu’il achçtoit de luy : ce 
pendant mourut ce parron,quilaiflà pat ce moyen 
à Ion hofte la relation ,1a marque 8c la hauteur de 
ces terres neuucs. Voila comment ChriftoHc Co¬ 
lomb cutcongnoillànce des Indes. Et afin que ie 
n'oublie rien, aucuns o.nt voulu dire que Colomh 
fçauoit la langue Latine, & qu’il eftoit bié entendu 
enliCofmographie,qui l’incitoità ccrçherles pais 
des Antipodes, 8c la riche Cipanga,notee par Marc 
Paul, pour auoir leu Platon enfon Timee,&: en fo. 
ÇriciaSjOÙ il parle d’vnefort grade Ifle nômec At- 
lantea,&d’vnpaiscouuert plus grandqu’Afte & 
Affrique. Et aulïï pour auoir leu Ariftote.ouTheo- 
phrafte.qui dit corne certains marchas Cartaginois 
ftauigeas du deftroit de Gibaltar.vers Ponét & Mi¬ 
di,defçouurirct, apres Iogues iournees, vne grande 
Ifle depcuplee, bien pourueue coutesfqis, auecri- 
ttieres n.auigeables. Mais laflîànt là ces autheurs, ie 
dis que Chriftofle Colôb n'eftoit point dode.ains 
feulcmct de bô iugemét,&qu’ayant la cognoifsâce 



decesnouucaux pais , par le rapport de ce Pilote 
mort, il Pinforma depcrfoncs dodtcs fur ce que les 
anciens difoyenc des autres pnis,& autres mondes: 
entre autres il communiqua fort ancc vn frété lcan 
Pères de Marcene,qui demeuroitau monaftere de 
la Rabida : par telles cômunications,il creut pour 
certain ce que luy auoit lailfé de bouche,ou par ef- 
' crir,ce Pilote, lime fëble que fi Colôb euft côgneu 
par fô fçauoir où eftoyët les Indes,beaucoup deuât 
fins venir en Efpagnc, il euft traidté de ccft affaire 
ancc les Geneuois, qui couroyent tout le monde, 
mais iamais n’en creut rien, iufques à ce qu’il euft 
rencontré ce Pilo te Efpagnol, lequel il ttou.ua par 
la fortune d.c la mér,& par la volonté diuipe. 
Ctmbitn trMailla chrijlojlr Colomb, pour filer 
, aux Indes. Chip. IJ. 

A Prcs que le Pilote Sc ies Mariniers de la Cara- 
uellc fiifditefuret morts, Chriftofle Çolôb fe 
propofa d’allercercher ces Indes: mais autant que 
le defir eftoit grand, d’autant la puiflânee de Pa- 
çheminçr eftoit petite. Car outre qu’il n’auoit les 
moyens d.e fournir vn nauire, il auoit encoi; bc- 
foin.de la /aueur d’vn Roy, de peur qu’apres qu’il 
auroit delco,u.u,e,rt la richclTe qu’il imaginoit,onluy 
çn.leuaft ce bien . Or voyant le Roy de Portugal 
eftrç empefehéà la. çonquefte d’Afrique , & à les 
nauigations en Orient, que pour lors il ne faifoit 
qu’encominencer, voyant auffi celuy de Caftille, 
empefehéà, la guerre de Grenate,il enuoya fo frè¬ 
re Barthélémy (qui fçauoit auffi fon entreprife) au 
Roy d’Angleterre Henry feptiefme, qui eftoit fort 
rkhe 3ç opulent, & qui n’eftoit occupé en au- 
c iiij 


cunes guerres, pour négocier àucc luy, tendant à 
fin qu’il luy donnai!; des vailïcaux pour dcfcouurir 
les Indes & qu’il printenfa proteftion , luy pro¬ 
mettant^ l'afleut-anc de luy apporter en peu de 
temps de graridiffimes threfors. Barthélemy rap¬ 
portant mauuaifc defpefche, Chriflofle cômcnça 
à traitler de ce négoce aueele Roy de Portugal Al 
fonfe cinquiefme , aucc lequel il trouua peu de fa- ' 
• ueur, &ericor’ moins de deniers pour aller cher¬ 
cher ces richclfes qu’il promettoit, par-ce que ces 
raiforts cftoient rebutees par le Dodteur Calciadi- 
glia Euefquc de Vifeo,& parvn certain maiilre Ro 
derieperfonnages cfbimcz bien entéduz en la Cof- 
mograpliic,lefquels alfeuroienc qu’en l’Occident 
il nepouuoic auoir Or aucun, ny autre richeiTe co¬ 
rne affirmoieColôb. Cela le feift deuenir tout me- 
làncholiqne, ôcpenfif, ficïl-ceque pour cela il ne 
perdit colirage,ne l’efperacc defa bônefortune que 
depuis il eut.il fembarqua à Lifbonne,& C’en vint 
à Palos de Mogucr, où il cômuniqua aucc Martin 
Alfoiife Pinzon Pilote bien pratiqué, & expert; 
Sç foffrant à luy,luy racompta commeil auoit en¬ 
tendu qu’en nauigeât derrière le Soleil par la voiyc. 
tempcr;c,on trouùeroit de grands & riches pays. 

11 communiqua auffi auec frère Iean Perez de Mac 
cene Cofmographe, moine de l’ordre de S. Fran¬ 
çois , auquel en fecrct il déclara tout ce qu’il ima- 
ginoir en fon efprit. Cefrere l’encouragea d’auan- 
tàge en fon entreprife, & le çôfcilla de négocier. Si 
côferer de ceft affaire auec le Duc de McdincSido- 
nie Héry de Cuzman, Seignr grad & riche 8c auec 
do Loysde lacerde duc de l’autre Medine,furnômee 





Celi, qui auoir en fon port de S. Marie vn bon ap¬ 
pareil, pour luy donner vaiffeaux, & gens neccflàir 
res-.mais ces dcuxDucs ne voulurent entendre a tel 
voyage, reputant que ce n’eftoit qu’vn fonge,&vn 
compte d’vn moqueur, comme auoient ia faift les 
Roys d’Angleterre,& de Portugal. Alors le mcfme 
Çordelicr l’anima d’aller à la Court des Roys Ca¬ 
tholiques, qui prenoient grand plaiiir à tels deuis: 
& pour ccft eft'cû il efcriuit pour luy à frereFernad 
de Telcucre confelfeur de la Royne Ifabclle,Chrir- 
itofle Colomb f en alla à la Cour de Caftille ou il 
entra l’an 1486.& prefenta aux Roys Catholiques 
Fernand, & 1 (libelle les mémoires de fon entrepri¬ 
se. Iceux en feirct peu de côptc,par ce qu’ils auoiéc 
leus.cfprits empefehez à charter lès Mores, hors le 
Royaume de Granate, il faddreiToit à ceux que 
•l’on difoit eftre fauoriz du Roy, & qui.auoient 
quelque pouuoir près le Roy fur les affaires: 
niais attendu qu’il eftoit homme eftranger,paur 
urement vertu, Sc fans aucun crédit queccluÿ d’vn 
moyne de l’ordre des Freres mineurs, ils ne luy do- 
noient aucune faueur, & ne le vouloient efeouter: 
ce qu’il tourmétoit grandemét en fon elprit, il n’y 
-auoitqu’Ajfonfe de Quintaüille grand threforier 
qui luy donnait à viure, & qui volontiers preftoic 
l’orejlîe à ceschofes qu’il promettoit de ces pays in 
cogneu? : ce qiii luy lèruoit-d’èntretientpourne 
point perdre l’éfperâce de U'aidtcr quelque lourde 
eeft affaire auecles RoisCatholiques.Parle moyé, 
"dohCjd’Alfonfé de Quinrauillo, ’Colôb eut entree, 
•& audience,auec le Cardinal Gôzâlezde Mcdozze 
Arçheuefque de Tolede,qui ertoic fort fauorifè, & 


I. LIVRE DE l’hiST. 
auoit grande authorité près la Royne & le Roy. I- 
celuy le prefenta deuant eux, lefquels apres l’auoir 
diligemmec examinc,&bien entendu fon delfeing, 
commencèrent à luy prefter l’oreille, & prindrenc 
fes mémoires, Sc encor' qu’au commencement ils 
euflent pour vnc diofe vaine,& faulfc.tout ce qu'il 
promcttoitjluy dônerct toutesfois efperâced’eltre 
d.pcfché à fon fouhait apres qu’ils auroient nais fin 
à la guerre de Granate qu’ils auoiét pour lors entre 
les mains.Auec celle bonne rcfponce Colomb cô- 
xnença à elleuer les penfees encor’ plus hault,& àe- 
lire en eftime,& ouy de tous les _courtifans,qui iuf- 
ques à celle heure feftoient toufiours mocquez d.e 
luy, & ne fe foucioit aucunemét de Ion affaire,puis 
qu’il àuoit trouué occafion. la guerre de Granate 
acheucc;il pourfuiuitfon affaire de telle faço,qu’ils 
luy donnèrent ce qu’ïl.demandoit pour aller cher¬ 
cher ces terres neuues,oùilpromcttoittrouuerde 
■l’or, argent, perles, pierreries, elpiceries, & autres 
chofes riches. D’auantage ils luy donnèrent ladi- 
xieme partie des reuenus,& daces Royal!es,cn tou 
ses les terres qu’il d’efcouuriroit,& gaigncroit,fans 
preiudice,toutesfois,du Roy de Pprtugal. La capi¬ 
tulation de ce négoce fut palfee en la Çité de Sain- 
éle Foy,.&le priuilege accordé en la Cité de Gra¬ 
nate le 50. d’Àuril en l’an mefmc que celle Citéfut 
recouuerre des Mores.Ecparce que le Roy n’auoic 
pour lors aucuns deniers pour dcpefcherColomb, 
ayant elpuiféfon threforen celle longue guerre, 
qui dura dix ans.Louis de Sain£l Ange.fon Secré¬ 
taire luy prella fix eomptes dcMarrauedis qui font 
' feize mille ducats d’or,Sur çccy nous noteras deujc 


CENÏRUlE DIS INDES. 11 

chofes l’vnc ,'commc auec fi peu de comptant le re 
uenu de la couronne d’Efpagnc eft çreu en tant co¬ 
rne vallent aüiouïd’huy les Indes, l’autre qu’aufli 
toft que la guctrcdesMores,qui auoit duré plus de 
800. ans.printfin, celle des Indiens commcnça.a- 
fin quelesEfpagnols combatiirent toufiours con¬ 
tre les Infidclles, & ennemys dclaSainéteFoyde 
lefus Chrift. 

Comme Chrijloflc Colomb defcotnirit les Indes. 

Chnf. 1 6. 

C Hriftofle Colomb cquippa trois Carauellcs 
en Palbs.de Moguer aux defpens des Rois Ca 
tholiques en vertu de la prouifion qu’on auoic ob¬ 
tenue d’eux.ll mit cnicelles fix vingts hommes.tac 
mariniers que foldats. Il bailla la charge de l’vnc à 
Martin Alphonfe Pinzon, de l’autre à Frâçois Mar 
tin Pinzon, auec fon frere Vincent Iancs Pinzon, 
& quant à luy cpme grand Capitaine de toutel’ar- 
mee il fe mit auec fon frère Barthélémy, qui eftoic 
marinier fort adéxtre, en la plus grande,& meilleu 
■re des trois. Il mit les voiles au vent, &.commença 
à fortir du port vn vedredi, troifieme ioùr d’Aouft 
mille quattre cents quattre vingts & douze. Il 
palIàparGomere, qui eft vne des Ifles des Cana¬ 
ries, oùil print raffrefchiftement,:delàfuiuit (k 
routte qu’il feftoit imaginé, & apres plusieurs 
-tournées, rencontra tant d’herbe,qu’illembloic 
que ce feuft vn pré, ce quiluy donna vne peur, 
encore qu’il n’y euft aucun danger: & diél on 
qu’il P en vouloir retourner, ftd’àuenture.iln’euft 
veu bien loirig de luy certaines petittes cafés, 
qui luy.d.pnneïent affeurance quela terre n eftoic 



J.LIVRE DE L* H I S T. 

gnc pour raporterles nouuellcs aux Rois Catholi¬ 
ques de tout ce qu’il auoit ven:& deuaut que par¬ 
tit fift en peu deiours vn petit fort de terre &de 
bois.auecques la volonté du Cacique,& mefme a- 
uecqucs l’aide de fes vaflaux, dedans lequel il laif- 
fa trente hui£t efpagnols, foubs le capitaine Ro- 
deric d’Arenenatifde Cordube,tanr pour appren¬ 
dre la ligue que pour découurir les fecrets du pays, 
ôc de ce peuple: & les laiflà la,iufqu a tant qu’il fuit 
retourne d’Efpagne.Ce fut la la première demeure 
pour peupler que feircntles Efpagnols aux Indes. 
Colomb prit dix Indiens,quarante pcrroquets.plu- 
lïeurs Coqs,ConniIs,qu’ils appellent Hutias.Bata- 
tas.Axies.il emporta auffi du Maiz,duquel ils font 
leur pain & autres chofes effranges & differentes 
des noftres.pourtefmoignagc de ce qu’il auoit dé- 
ouuert : Il mit fcmblablement dedans fes vaif- 
ïaux,- tout l’or qu’il u oit trouuc, ou qu’il auoit 
a par efehange. Il dcfpefeha trente huiét compa¬ 
rons qui demeuteroient ü,& diefrà Dieu.au Ca- 
cique,qui pleutoit pour fa departie.f’en allant auec 
deux Carauelles,& tous les autres compagnons, 
faifànt voile du port RoyaI,& auecques vn temps 
à fouhait arriua en cinquante iours au port de Pa- 
los: Voila comme les Indes furent defcouuertes 
par Colomb. 

Pe l’honneur CTg'oce ‘jue les Rpys Cdtbollquesfriret a 
Colomb, pour U’wir defcouuert les Indes, Chip. 17. 

I ' Ors que Colomb fe delbarqua en Palos, & fe 
-'mettoir en chemin pourallcràlacourt.leRoy 
& la Royne eftoyent à Barcelone : & encor que le 
Voyage fuc long, ôc que les efehanges qu’il auoit 
faidb 



GENERALE DES INDES. Î4 

faift par delà fulTent grades'fi le mit il en chemin. 
Ce voyage luy eftoit honorable.pareequ’vn cha¬ 
cun fortoit dehors pour le voir, à raifondu bruit 
qui couroir là par tour, comme il auoit defcouuert 
vn nouueau monde, d’où il apportoit grandes ri- 
chcfl’es, 6e amcnoit des hommes de nouuclle for¬ 
me & d’autre couleur.Aucuns difoyent qu’il auoit 
trouué la nauigacion qu’autrcfois lesCarthaginois 
auoiét prohibée 6e deffendue: Autres que c’eftoit 
celle que Plato en fô Cricias met pour perdue auec 
fortune : Autres difoyent qu’il auoit acôply ce que 
Senccquc en (a Tragedie de Mcdee auoit deuinee, 
c’eft àfçauoir, qu’il viendroit par cy apres vn téps 
auquel on defcouuriroit de nouueaux mondes, 6c 
qualors l’ifle de Thillé ne feroit pas la dernierc. En 
fin ilentraàla court bien venu 6cbien fouhaitte, 
ôc auec grande ademblce de tous qui venoyent au 
deuant de luy : Ce fu't le troificfme d’Auril vn an a- 
pres qu’il en eftoit party.ll prefenta au Roy,l’or ÔC 
tout ce qu’il auoit apporté de l’autre mode, ce qui 
feift efmerueillcr vn chacun,voyat toutes ces cho- 
fes nouuellcs excepté l’Or. Ils louoyent les Perro¬ 
quets pour eftre de fort belle couleur : lesvnse- 
ftoyent verds,autres rouges,autres jaunes,auec frè¬ 
te fortes de plumes de diuerfes couleurs,6e peu d’i- 
ceux relTembloycnt à ceux qu’on apporte d’autre 
pais.Les Hutias,autrcment connils,eftoicnt petits, 
ayans les oreilles 6c la queue de fouris, 6c eftans de 
couleur cendree:lls efprouuerenc l’axies, qui eft 
vnedes fortes d’cfpice qu’vfentles Indiés, laquel¬ 
le leur brufloit la langucills taterent auili des Bata- 
tcs,qui font racines doucesills mangèrent auili des 




I.1.IVB.B DE l’hIST. 
gnc pour raporter les nouuelles aux Rois Catholi¬ 
ques de tout ce qu’il auoit veu:& deuaut que par¬ 
tit fift en peu deiours vnpetitfort de terre &de 
bois,auecques la volonté du Cacique,& mefme a- 
uecqucs l’aide de fes vaflâux, dedans lequel il laif- 
fa trente hui£t efpagnols, foubs le capitaine Ro- 
dericd’Atcne natif de Cordube,tanr pour appren¬ 
dre la ligue que pour découvrir les fecrets du pays, 
& de ce peuple: & les lai/Ti la.iufqu a tant qu’il fuit 
xetourne d’Efpagne.Ce fut la la première demeure 
pour peupler que feircntles Espagnols aux Indes. 
Colomb prit dix Indiens,quarante pcrroqucts,plu- 
fours Coqs,Connils,qu’ils appellent Hutias.Bata- 
tas.Axies.il emporta aullî du Maiz,duquel ils font 
leur pain & autres choies eftranges & differentes 

couuert:Il mit femblablement dedans'fes vaif- 
féaux, tout l’or qu’il uoit trouué, ou qu’il auoit 
euparefehange. Il defpefcha trentehuidt compa¬ 
gnons quidemeuteroient là,& dict,à Dieu,au Ca¬ 
cique,qui pleutoit pour fa départie,fen allant auec 
deux Carauelles, Sc tous les autres compagnons, 
faifant voile du port Royal,& auecques vn temps 
à fouhait arriua en cinquante iouts au port de Pa- 
los: Voila comme les Indes furent defcoutiertes 
par Colomb. 

Del'honneur CT grMe que les Roy s Cahotiques feiret à 
Colomb, pour u«air defcouuert les Indes. Chup- 17 . 

L Ors que Colomb fe delbarqua en Palos, Sc Ce 
mettoit en chemin pour aller à la court,lc Roy 
& la Royne eftoyent à Barcelone : & encor que le 
Voyage fut long, Sc que les efehanges qu’il auoit 
faidfc 




GENERALE DES INDES. 14. 

faiét par delà fulTent grades,' fi fe mit il en chemin. 
Ce voyage luy cftoit honorable,par ce qu’vn cha¬ 
cun fortoitdehors pour levoir,à raifondu bruit 
qui couroir là par cour, comme il auoit defcouuerc 
vn nouueau monde, d ou il apportoit grandes ri- 
chclTes, 8c amenoit des hommes de nouuelle for¬ 
me & d’autre coulcur.Aucuns difoyent qu’il auoit 
crouué la nauigation qu’aucrcfois lcsCarthagitiois 
auoiérprohibec & deffendue: Autres que c’eftoit 
celle que Platô en fô Cricias met pour perdue aucc 
fortune : Autres difoyent qu’il auoit acôply ce que 
Senecquc en (a Tragédie de Mcdee auoit deuinee, 
c’eft àfçauoir, qu’il viendroit par cy apres vn teps 
auquel on defcouuriroit de nouucaux mondes, 8c 
qualors l’ifle de Thillé ne feroit pas la dernierc. En 
fin il entra à la court bien venu debien fouhaitté, 
& aucc grande allèmblee de tous qui venoyent au 
deuant de luy : Ce fut le croilîefine d’Auril vn an a- 
pres qu’il en eftoit party.ll prefenta au Roy,l’or 8C 
tout ce qu’il auoit apporté de l’autre mode, ce qui 
feift efmerueillcr vn chacun,voyat toutes ces cho- 
fes nouuelles excepté l’Or, lis louoyent les Perro¬ 
quets pour eftredefort belle couleur : lesvnse- 
ftoycntvcrds,aurrcsrougcs,autresjaunes,aiiec frè¬ 
te ibrtes de plumes de ditierfes couleurs,& peu d’i- 
ceux reflenibloyent à ceux qu’on apporte d’autre 
pais.Les Hurias,autrcment connils.cftoicnt petits, 
ayans les oreilles & la queue de fouris, & eftans de 
couleur cendree: Ils efprouuerent l’axies, quieft 
vnedes fortes d’clpice qu’vfentles Indiés ; laquel¬ 
le leur brulloit la languetlls tarèrent a nlli des Bata- 
t«,qui font racines doucestlls mangèrentauffi de* 




Coqs du pays, qui font meilleurs que nos paris Se 
poulies. On fefmerueilloit qu’en ce pays il n’y a- 
uoitpoint de grain, &que tous niangeoient du 
pain fai£t de Maiz. Ce qu'ils regardoient le plus,e- 
Hoiries hommes qui auoient en leurs nez, & en 
leurs oreilles des pierres pendantes * qui n’eftoient 
ne blaches.ne noires, n’oliuaftres.mais eftoient de 
couleur depomme de coing cuidlc: ils eftoient fixj 
qui furent baptifez,le Roy&la Roync elloict par- 
rins.&leprince dom Iean,pourauthorifcr d’auan- 
tage en la perlonne de ces Indiens premiers Chre- 
ftiens le S. Bapcefmc: tous les autres que Colomb 
auoit amené,moururét deuât qu’arriuer à la court, 

Le Roy, & la Royne eftoient fort attentifs au récit 
que leur fiiloit Colomb de tout ce qu’il auoit veu. 
Usfemerueilloiét d’ouyr que ces Indiens n’auoiét 
aucuns vefterhens, ny lcttres,ny morinoyc, ny fer, i 
ny grain, ny vin, ny aucun animal plus grad qu’vn 
chien,ny aucuns nauires que peticcs barquettcs,fài 
tes àla femblancc d’clquifs,tclsquc les vendageurs 
vfent àRomei faits tout d’vne picce: mais quand 
ils entendirent qu’en ces llles & terres neuues, les 
hommes fe mangeoient l’vn l’autre.&qu’ils eftoiét 
tous Idolâtres,ils ne le peurent endurer ny fuppor- 
ter,&aufsi toft feirent promefle à Dieu que-fil leur 
donnoit vie, ils ofteroient celle grand’ cruauté', & 
defracineroiét par toute l’Indie, celle idolâtrie abo 
minable, fils pouuoient auoir vne fois commande 
ment fur eux: vn ycu, certes, d’vn Roy tres-Chre- 
/lien.Iis feirent grand honneur à Chriftofle Colôb 
le failânt feoir en leur prefence, qui cil vn ligne de 
grande faueur, & amitié, par-ce que pour l’hôneur 



GENERALE 


& reueréncc de l’autlioritc Royalle, c’eft vne an¬ 
cienne coullumed’Efpagne, que tous vaffitux & 
feruiteufj (oient toufiours debout deuât leur Roÿ; 
Ils luy confirmèrent la dixième partie des reuenus 
Royaux,&luy dônevét le tiltre & office de gvadAd 
mirai des Indes,&feirct fon frere Barthélemy Co- 
lôb Adelantado Chriftoflc Colôb mit à l’encour de 
l’Efcti de Tes Armes,que le Roy luy auoit données, 
ces deux vers en langue Efpagnole: 

I. ' Por Caftiglia, ypor Leon, 

Nucuo mpndohalla Colon. qui veulent di¬ 
re en François. ' 

PourCa(lillc& Leon, Colombe 
A dcfcouucrt vn nouucau Mode. De là on foup- 
çonnoit que la Royne fauorifoit plus ccdefcou- 
Uremcnt des Indes, que non pas le Roy. Mefinç 
cllcnepcrmettoitquepas vn autre de fes Çaftillâs 
paffiift aux Indes, & fi quelq Arragônois y vouloir 
aller,il falloit qu’il euft côgé exprès d’elle.Pluficurs 
deccux,quiauoictac6pagnéColôb en cesvoyages; 
demaderet grace,laquellc le Roy n’odtroya à tous, 
dequoy fafché le marinier de Lepe,fe retira en Bar¬ 
barie,où renia fa foy,tat pour ce que Colôb ne luy 
- dôna rien, que pour n’auoir obtenu fa grâce du 
Roy, encore que deuant nul autre il euft veu aux 
Indes le premier la lumière. 

Pourquoy on appelle tout ce pays lniie. 

Chap. 1 S. f 

A Vant que nous paffions plus auant,ie veux di¬ 
re ce qu’il me fcmblc de ce nom Indic, par-ce 
qu’aucuns croycnt que ce pays fappelle aiufi, à rai- 
fon que les hommes font femblables en couleur à 






ceux de l’Indic Orientale. Mais il m’eft aduis qu’ils 
font bien différons, & en couleur, & en façon de 
faire:& foit que de ces Indes ce païs foitdift In die, 
lndietoutcsfois eft proprement celle grande pro- 
uince d’Afie.où Alexandre le Grand feift la guerre, 
laquelleprint fon nô du fleuucInde,& fe diuife en 
pluficurs Royaumes, qui font aux enuirons de ce 
fleuue. De celle grandeIndie,qu’on appelle Orien¬ 
tale , font forris grandes compagnies d’hommes, 
qui descendirent, ainfi que récite Hérodote, pour 
fe peupler en I’Æthiopic,qui eftcntrelamerRou-- 
ge & le Nil,cc qui autourd’huy eft en la puillàncc 
de l'rete lan.Ils furent fi forts en ce pays qu’ils chai 
gerent les anciennes couftumcs de ce pays en les 
jeurs. De là vint que l’Ethiopie fappéllaaufsi In¬ 
dicée quia meu pluficurs,& mefine Ariftotc,&Se 
ncqtic, dcdirequel’Indiecftoit près d’Eipagne. 
De ccf Indes,donc,dc Prête Ian,où là negorioienr 
les Portugays a prins le nom d’.Indic ce pays,par ce 
qu’à dire vray , 1 a Caraucllc premicrc,qui aucc vn 
ventimpetueux fut poufi'ec en ce paysvenoitou 
alloit à ces Indes, & quand le Pilote vit ces terres 
neuuesjillcsappella Indes,& ainfi Chiiftollc Co¬ 
lomb les atoufiours depuis appellccs. Ceux, qui 
font Colomb pour grand Cofinographc, difenr 
qu’il les appella Indes pourl’Indie Oriétale, croiat 
que ces terres ncuucsfullcnt l’ifle de Cipango qu’il 
cherchoir, laquelle eft yiz à viz de la Cina, ou Ca- 
ray,& fi aùoit pluftoft le Soleil derrière foy que no 
pas dcuant:plufieurs,toutcsfois, croyent que celle 
Ifle de Cipâgo n’eft point.Or foit pour telle raifon 
qu’on voudra que ce pais fapellc Indie,fi s’appelle 
il aniourd’huy ainfi. 



La donation des Indes que frifl l e râpe aux Ttpys 
Catholiques. Chap. 19. 

A ViïitoftqucIes Roys Catholiques eurent ouÿ 
Chriftofle Colomb.defpefchercnt vn courrier 
à Rome, quiportoitla relation de ces terres nou- 
ucllemcnt trouvées pour la bailler à fes Ambafla- 
deurs, qui quelques peu demoys deuant eftôyent 
partis pour aller prclîer l’obedience au Pape Ale¬ 
xandre fixiefmc.ainfi qu’ont accoitftuméfaire tous 
les princes Chreftiens. Le courrier arriué les Afn- 
bailàdcurs prefenterentau Pape les lettres de leur 
Roy,& de leur Roync aucc la relation de Colôb. 
Ce (ut certainement vne grade noùuellc,à laquelle 
fa Saindtctcjes Cardinaulx,& toute la Court prirt- 
drent grand plaifir,& s’efmerueilloient d’ouïr cho 
fes fi eftranges & fi rares, tant de ce que les Ro¬ 
mains,qui ont gouuerné tout le mode, n’en auoicc 
iamais rien entcndu,qùc de ce que les Espagnols a- 
uoientfaift çedefcouu rement. Le Pape de fa pro¬ 
pre volonté, & de fon fcul mouucment, &c auec le 
confentcmcr dcsCardinaux dôna de grâce au Roy 
d’Efpagne toutes les i(les,& terre ferme qu’ils del- 
couuriroiét vers l’Occident, aux charges & condi¬ 
tions qu’en les çôquerant.ils enuoiroient des ptef- 
cheurs pour côucrtir les Indiens de leur idolâtrie, 
le deferiray icy la bulle du Pape,à fin que tous la li- 
fcnt,&qu’vn chacû fçache côme celle côquefte,& 
Côuerfion deslndes.que fonclcsElpagnols,eft aucc 
l’autorité &donatiô du gtad vicairede lefuschrilh 
La bulle Cr donation du Pape. 

A Lexandrc Euefque feruiteuf des ferai tcurs de 
Dieu ànoftre crefcher fils en lefuschrift Ferdi- 





I. LIVRE DE l’hisT. 
nandRoy, & à noftre trefchcrc fille en Iefu-Chrift 
Ifabelle Roy ne de Caftille, de Leon, d’Aragon, de 
Sicile, 8c de Granade falut, & beucdidlion Apo- 
ftolicque. 

Entre tous Jcsœuuresagreablesàlaraajefté di- 
uine, ôc que défirôs le pP c ft que la foy catholique 
&lareligion Chreftiênc foit principalcmct en no- 
ftretéps exaltee, & par toute amplifiée & cfpâdue, 
& que le falut des âmes foit procuré d’vn chacun, 
& que les nations barbares foyct fubiuguees & re- 
duiresà lafoy:cc qui cft caufc que nous citas parue 
nus parla feule diuinccleincncc, &nonpournos 
mérités, a celle facrce chaire de S.Pierre, nous do¬ 
uons à bon droit de noftre bon grc, & auec toute 
faueurvous donner les moyens &oecafionspout 
mettre à execution, Scpour pourfuiure de iour en 
iour auec vn ardat courage en l’hôneur de Dieu, & 
dcl’Empire Chreftié,vn il louable & fi laine cruure 
qu’auezcncômcccparrinlpiratiô de Dieu immor- 
tel.côfiderans quc,côme vrays roys & princes Ca¬ 
tholiques, tels que nous vous auons toufiours ca¬ 
gneuse corne allez cft notoire à tout le mode par 
vos grades entreprifes, vous n’auezpoint feulcmét 
vn tel defir que nous,mais qui cft d’auatagc,que de 
toute voftrepuilsâce,foing,&diligcce exécutez vo¬ 
ftre bon vouloir lànsefpargner aucuns trauaux,(as 
auoir clgard à aucune defpence, fans vous foucicr 
d’aucuns perils,mefme en efpandant voftre propre 
fang, &que vous auez voué tout voftre coeur,tou- 
res vos forces dés long reps à cela, comme aflèz le 
demôftrele rccouuremcc qu’auez naguère fait du 
royaume de Granade d’étre la tirânic des Sarrazins 


GENERALE DES INDES. IJ 

auecvnefi grade gloire devoftrenom. Nousauôs 
entédu côme par cy dcuant vous auiez propofé de 
faire ccrcher quelques ides & terres fermes lointai¬ 
nes & incongncuçs, & non encor pat aucuns def- 
couuertes pour réduire les habirans d’icelles à faire 
profeffion de la foy, & recongnoillce noftre redë- 
ptcurimaisque n’auiez peu côduirc celtefaindtc& 
louable deliberation à fa fin pour la guerre de Gra- 
nade.en laquelle cfticz pour lorsempefchez,&que 
du depuis.ee Royaume ellant recouuert par la per- 
mifsion diuinc.auiez.non fans grands périls 2c def- 
pences, enuoyé fur celle grande mer, où perfonne 
n’auoic encor vogué: Ch'rillofle Colomb,homme 
digne 2c recommcdablc, & propre à vn tel affaire, 
pour diligemmet ccrcher ces terres fermes & ifles 
loingtaines 2c incongneucsdefqucllcs, apres auoir 
finglé tout au trauers cet Océan, il auroit trouuces 
par fa grâdcdiligece auec l’aide de dieu,toutes peu¬ 
plées & réplies d’hommes, viuas paifiblemcrit cn- 
fcmblcjfc tenans nuds,& fc nourriiTàns de chair,& 
qui, félon le rapport de vos ambalfadeurs, croyent 
qu’il y a vn dieu créateur au cicl,&qui féblent dire 
allez idoines 2c capables pour cmbiafTec la foy ca¬ 
tholique, 2c dire intlruits es bônes mœurs : ce qui 
nous donc cfpcrace q le nom de noltre fauueur le- 
fus-chrilt feroit fàcilcmét cfpandu parmy ces terres 
&illcs,lï les habitans d’icelles elloyét endoélrincz. 
D’auâtage nous auôs elle aduertis côme ledit Co- 
lôb en vnc principale de ce s ifles a bafti vn fort,dâs 
leql il a mis quelques Chrelliés qui l’auoyéc fuiuy, 
tât pourlc garder q pour f enquérir des autres ides 
&terrcs fermesquiluy clloiét encorincôgncuës,& 




I I. LIVRE DE LHIST. 

qu'il a raporté qu’és lflcs qu’il a ià dcfcouncrtes,on 
tïouuoic de l’or, des efpiccrics, 8c plufieurs autres 
choies preçieufes. Ce qu’eftat pat vous diligément 
conlidctc, principalement ce qui concerne l’exal¬ 
tation 8c ampliation de la foy Catholique, (côme 
ilapparticntàRoys Catholiques) vous auez pro- 
pofe, fuiuantlabonnecouftumc devosprcdeceG 
leurs Roys d’etcrnclle mémoire,de fubiuguer auec 
l’aide de la diuine clemcnce toutes ccs'tcrrcs, iflcs 
fufdites, & to’ leurs habitas,& les ramener à la foy 
Chrcftiénc.Voyansvoftre deliberation tellc.nous, 
qui affeâucufcment délirons qu’vnc fi faillie 8c 
louable entreprife foit bien cncommcnccc, 8c en¬ 
cor mieux acheuee, 8c qui fouhaittons grandemcc 
que lenom de noftrc Sauucur foitprclchéen ccs 
pais incongneus,vous enhortons par le lainftBap- 
tefmc(par lequel elles obligez aux commandcmcs 
apolloliques) 8c vous fqmmôs par l’intérieur de la 
raifcricorde de noftrcScigneur Icfiis-Chrift, que 
quand auec vnbon zele delà lâinélcfoy,vous cô- 
mécercz celle expédition, vous vucillez induire les 
habicans de ces illes 8c terres fermes,à receuoirla 
religion Chrcllicnne, fans que les périls 8c trauaux 
vous en puiflent iamais deftourner, vpus fiansaf- 
feurement que le Dieu tout-puilfanr conduira en 
toure prolperité vps encreprinfes. Et afin que par 
la iargcllè applloliquc vous entrepreniez plus vo.- 
lonticrs 8c d’vn plus grand courage la charge d’v- 
lie fi haute entreprinfe, de noftre propre mouuc- 
| mène, fans auoir elgard à aucune requefte qui pat 

vous ou par autruynous pourroic auoir elle pre-: 
fçnrec, mais feulement efmeus par noftre pure 8c 
! ; . ' 

I ® r- . - 

L 


GENERALE DES IND'ES. 28 

franche libéralité,Scpôuf quelques fccretes caufes, 
nous vous dônons toutes les ifles & terres fermes, 
qui ont ja cfté trouuecs,& qui fût encor à trouuer, 
qui font defcouuertes& à defcouurir, vers 1’,Occi¬ 
dent & le Midy, tirât vne ligne droit du.pol Ar£ti- 
que au pol Anrarâiquc, foit que cesifles & terres 
fermes trouuecs& à trouuer, foit vers rindic,orv 
vers quelqueautre quartier.Nous entendons tou- 
tesfois qucceftc ligne foit diftante cent lieues vers 
l’Occident & le Midy des iflcs,que vulgairemct on 
appelle Azorcs,ou du Cap vcrd.Nous dôc par l’au- 
rhoricé de Dieu tout-puilfanr, qui nous a efté bail¬ 
lée en IX perfonne de S.Pierre, & de laquelle nous 
iouiflons en ce mode corne vicaire de Iefus-chrift, 
vo’dônons aucc lcursifeigneuries, villes,chafteaux, 
lieux,villages,droi6ts,iurifdiél:iôns,ôctoutes autres 
appartenances & dépendances, toutes les ifles & 
terres fermes trouuces &à trouucrydefcouuertes, 
& à defcouurir depuis ladiéte ligne vers l'Occidét 
& le Midy, qui par autre Roy ou prince Chreftien 
n’eftoyent point poiTcdee a&uellemét iufquesaU' 
iour de Noël dernier pa(Té,auquel cômence la prc- 
féte année 1495.lors que quelques vns des ifles fut- 
dites ont efté trouuees par vos Lieutenans &Capi 
raines. Lequel don nous eftendons en la perfonne 
de vos heritiers & fucceflcurs Roys de Caftille& 
de Leon, & les en faifons feigncursaucç pleine & 
libre puifsâcc,authorité & iurifdiétiô fur icelles,ne 
voulâs neatmoins defroger au droit d’aucun jprince’ 
Chreftien,qui aéfcuellemét en auroit polfede quel¬ 
ques vnes îufqu’au iour fufdit de la natiuitc noftrc 
feigneur Iefus-chrift.D’auatagcnous vous madons 
d îiij. 





que fuiüant la fainfte obédience que vous nous 
jouez:, 8c fumant la promette que vous nous aucz ' 
fa'ifte {laquelle nous ne doutons point que ne gar¬ 
diez entiereriiét pour la grande deuotion & royale 
majefté qui cft'«n vous)vous enuoyez aux fufdites 
ifles Se terres 'fermes des gens de bien, craignans 
Dieufdoftes; fçauans, &cxpcrs, pour inftruirc les 
habitans fufdits err k foy catholique, & pour les 
abreuuer de bonnes mœurs, vous enchargeans de 
vous employer fongnenlcment aux choies fufdi¬ 
tes. Et d’autre part nous deffendons fur peine d’ex¬ 
communication à toutes perfonnes de quelque di¬ 
gnité que fe foit,fülTc Impcriale.&Royalc de quel¬ 
que eftat.dcgre, ordre, ou condition qu’elles foycc 
d'aller ou enuoyer fans auoir permiilron de vous, 
de vos heritiers & fuccellciirs fufdits, à aucunes de 
ccs iiles&tcrres fermes qui lont/a dcicouuertcs,& 
fout encor àdefcouurir vers l’Occident & le Mi¬ 
di, fuiuant ladite ligne que nous entendons palier 
du pol Arctique,au pol Antarctique cet lieues loîg 
des-ifl.es dcsAzorcs, ou du cap verd, vers Occidëc 
&Midi, nonobftït tputes autres côftiturions.&or- 
donnances apoltoliqucs à cçcôtrairestayans bon¬ 
ne confiâcc que celuy quieft-dillributcur des em¬ 
pires 8c feigneurics, conduira vos aftions, lî vous 
potirfuiuez vne G fainfte & louable entreprife, 8c 
vos labeurs & trauaux auront en briéf vne fin tref- 
heureiilè quiaportera vne grade gloirc,& vne feli- 
cicé nomparcillc à tout le peuple Chreftien. Mais 
parce qu’il feroit difficile que ces prcfences fullent 
portées aux lieux oùil feroit belôiug, nous voulôs 
cjue'pareille foy foie adiouftee cômc à ces préférés,’ 




GENERALE DES INDES. 2 ? 

aux copies, qui feront fignees par main de notaire 
public, fur ce appelle & Icellees du feel de quelque 
pérfonne, conftituée en dignité ecclefiaftique, ou 
de quelque court d’Eglife. Qu’aucun donc ne foie 
fi tcincraire d’enfraindre 6c venir au contraire de 
ce,qui eft porté par cet noftre mandemet, exhorta¬ 
tion,requeftc,donation,c5ccffion,affignation,cô- 
fticution,decret,defFcnce,inhibition,& volonté.Ec 
fiquelqu’vn foit fi hardy d’attenter au contraire, 
qu’il falfeure d’écourir l’indignation de Dieu tout 
puifiànt &dcs apoftres S.Pierre&S.Paul, donné à 
RomcàS.Pierre l’an de l’incarnation de noftre Sei 
gneur 1493. le quatricfme des nones de May, & le 
premier an de noftre pontificat. 

lefccond'voyitgc que feift Colomb aux InAcs. Cbup. 1. 

L Es Roys Catholiques ayansfi bonne refponce 
du Pape,refolurét de renuoyer Chriftofle Co¬ 
lomb auec grand nombre de gens pour peupler ce 
nouueau pais, & pour cômencer la conuerfion de 
ces Idolâtres, fuiuant la volonté, & mandemet du 
Papc.Ils cômanderét à Ican Rodcric de Fonfecque 
Doyen de la cité de Serbie qu’il afséblaft vue bône 
armée de mer,& fciftprouiiion de viures, & de tel 
nôbrcdcvailTeaux qu’ils fuftènt capables pourre- 
ceuoir mil cinq cens hommes. Le Doyen fuiuant 
ce commandement équipa iufques à dix h mit na- 
uircs &carauelles, & de là en auant il eut toufiours 
l'œil fur les fàcicndes des indes,& vint à eftre prefi- 
dent du confeil d’icelles. Ils ccrchcrcnt douze Pre- 
ftres lettrez&dc bonne vie pour prefcher&con- 
uertir ce peuple, iceux fuiuoycnt frere Bucil Cata- 
lan.de l’ordre de S. Benoift, qui auec vn brieffeq 





a^loit par de-là comme vicaire du Pape. Au brui& 
des richeflcs de ces Indes, 8c pour eftre l’armee bô- 
ne, & pour plaire au Roys Catholiques, plufieurs 
Çheualiers, 8c courtifans fe hazarderent à ce voya¬ 
ge. Plufieurs autres gens aufli de meftier mécani¬ 
que fc ietteret aucc celle armée, comme O rfeurcs. 
Charpentiers,Goufturiers,Villageois,8c autres. On 
achepta aufsi aux defjjcns du Roy force lûmes,Va¬ 
ches, brebis, cheures, porcs, truyes,afnes, pour en 
auoir delà race, par ce qu'il n’y en auoit point par 

- de-là. Aufli on acheta grande quantité de grain 
d’orge,delegumes pourfemer, de vignes, cannes 
douces defuccre, 8c plantes de fruidts doux, 8c ai¬ 
gres,des briques 8c de la chaux pour baftir, 8c plu¬ 
fieurs autres chofes ncccflàircs pour édifier 8c cn- 
rctenirles villes qu’on baftiroit.Le Ro v feift gra- 
lc delpence en ces choies, 8c en la (ouldcde ces 

mille cinq cens foldacs qui eftoyent en celle ar¬ 
mée,laquelle Chriftofle Colomb feift forcir de Ca- 
liz le 25. de Septembre 1453. Et P ar ce qu’en naui- 
geant félon fa routé il panchoit touresfois plus à 
gauche qu’il n’auoit fait au premier voyage, fap¬ 
prochant plus près del’Equinoxial,il vint à rccon- 

- gnoiftre premièrement vne ifle qu’il appella Dcfi- 
rce,à laquelle il ne f arrefta,8c vint furgir au port de 
l’Argent, qui eft én 1’Ifle Efgagnole, & de 1 à aufli 
toft fe rendit au jlocc Royal/où il auoit laifle rren- 
tc-huidt Efpagnols. Orayâtenrédulà corne les In¬ 
diens auoyent tué tous ces Elpagnols, par ce qu’ils 
vouloyentprendre ou forcer leurs femmes,& leur 
faifoyen t autres delplailîrs, ou bien par ce qu’ils ne 
C’en alloyctpoint,ny ne C’en vouloyent allcr,il fen 


retourna pour peupler en rifabellc,qui eft vne cité 
faiéle en la mémoire de la Royne,8cfeift baftir vne 
fortcrdfe és mines de Cibao, où il mit pour Capi¬ 
taine le commandeur dom Pierre Marguerite. Il 
dcpçfcha auili toft Antoine de Torres aucc douze 
vailfenux, afin qu’ils ne fullcnt d’aucnturc perdus, 
4emcuranslàtrop Ionguemcr,pour porter la nou- 
uelle de la mort du capitaine d’Arane & de fes c6- 
pagnôs,& plufieurs grains d’or, entrelefquelsy en 
auoitvn pelant huidt onces, qu’Alphôfc d’Ogcde 
auoit trouué : Il cnuoyoic aufli aucuns Perroquets 
fort beaux,& certains IndicnsCatibcs,qui mangée 
les homes : Icçux font naturels d’vnc Ille nommée 
Ajay,qui auiourd’huy fc nome faindle Croix. Quât 
àluy il fen alla aucc trois Carauelles pour defeou- 
urir plus de pais, comme les Roys luy auoycnt cô- 
mandé.Il defcouurit l’illc de Cuba vers IeJVlidy,& 
la lamaicque,& autres petites iflcs,& cftat retour¬ 
né il trouua plufieurs Efpagnols morts de faim,au¬ 
tres malades,& plufieurs tout deçoulourez de faï : 
Il vfa de grande rigueur contre aucuns qui auoyét 
defobey à fes freres Barthélémy & Dicgue , & qui 
auoyenc fai et mal aux Indiens. Il feift pendre Gaf- 
par Ferriz Arrag5nois,& en feift foucter quelques 
vns fi cruellemér que to 9 les autres l’en blafmoyér. 
Eftat ainfi rigourcux.cncor que ce fuft par voye de 
iuftice, frere Bueil grand vicaire, pour obuier à la 
mort d’autres Efpagnols, & pour ofter le deshon¬ 
neur qui fen enfuiuoit, interdift Colôb : mais il ne 
fe foucioit de telles raifons, ny des autres preftres. 
Celle querelle ainfi fenflâba de plus en plus,& l'vn 
& l’autre en efcriuerent aux P^oys Catholiques,lcf- 







quels enuoyetét pat delàleâ Agnàde pour les ame 
net cnEfpaigoe cômc prifonniets,afin de redre rai- 
fan de leur different deuant leurs maieftez. Aucuns 
difent quele frété, & les autres quercllans vinrent 
deuant, qui informèrent mal le Roy SclaRoynei, 
Chriftofle Colomb arriuaà Medine du champ, où 
pour lorseftoitla Cour, & apporta au Roy plu r 
lîeurs grains d'or,&aucuns pefans quinze, & vingt 
onceSj&pIuficurs grandes pièces d’Ambrc,grande 
quantité & nacre de perles,plumes,&manteau;: de 
çotton.defquels fc veftoientles Indicns:il leur feift 
fbn.rapporc de ce qu’il.auoit defcouucrt denou- 
ueau, iSdeurloua grandement ces Mes fi riches, <Sc 
(ï cfmerueillablcs de ce qu’enDccembcc,qnad l’hy- 
icreften Efpagne, les oyfeaux font leurs nids aux 
.rbres parla campagne, & en Mars les raifins lâu- 
iiagesfemcurifFcnt, le grain femé au moys de Ian- 
uier, eftmeur en foixancc & dix iours, les melons 
font bons en quarante iours.lesracin cs,Sc Iaiducs 
en moins de vingt iours viennent à perfedion: La 
chair des Pigeonneaux fent comme rnufe, & celle 
des Cocodrilles, qui font en grad nombre en chaf- 
qne fleuue: Les habitans pefehent en la mer de fort 
grands poiflonsauee vn petit inftrumct qu’ils ap¬ 
pelles Gay-câ,les Efpagnols le nômetriuerfo,en ou¬ 
tre leur dit, côraeil péfoit qu’il y euft en ce pays de 
la canelle,girofle,&autres elpices,à caufe del’odcur 
doux,&fuaue,quiforroicdcplulîeurs vallées. Apres 
tout ce dilcours il préféra les procès desElpagnols 
qu’il auoir mis en iuftice . Les Roys catholicques 
pourmicux& plus aplcmctle defcharger.le remer ’ 
«ientponr Jesferuiçcsqu’il leurs auoir faits,&pour 



generale de 
les peines, & fatigues qu’il auoit enduré, le rc- 
prindrenr feulement de la trop grande feuerité, & 
&chaftiement,duquel il auoit vic,l ; admonneftanc 
de ce gouuerncr par cy apres auecplus graderno- 
deftic auec les Elpagnols, qui pour lé feruiccde 
leurs maieftez fe hazardoiét d’aller en pays filoin- 
ta.ins.fls feirent armer liuiét nauircs, auec lefquels 
voulurent qu’il retournait àdefcouurir encor d’a- 
uantagede pays & emmener gens, armes, vefte- 
mens Sc antes chofes neccflàires. 

le tyoifteme 1/oydge. tjtte Colomb feijl MX Indes, v 




E ces huiét nauircs que Colomb auoit armées 



sJ &equippeesauxdefpésduRoy, ilenenuoya 
deuant deux foubsla côduidle de fon frère Barthc- 
lemi, & luy auec les fix autres fe partit defaint Luc 
de Barramcdc à la/in deMay en l’an 1497.Au bruit 
dcsrichelTcs qu’on apportoit des Indes quelques 
corfaires François feietterent vers ce quartier. Ce 
qu’ayant entendu Colomb fe retira en l’Ifle do 
Maderé, d’où ilenuoya par le droiét chemin à 
l’Ifle Efpagnolc crois vaifleaux auccques trois cens 
homes qui cftoieut'là confinez,&luy fen alla auec 
les trois autres aux Iflesdccapverd pour prendre 
fon voyage plus près de l’Equinoxial.En cevoyage 
il tôba en de grands accidents rcncôtrat la mer cal¬ 
me auec grandiilîme chaleur. En fin il arriua en ter 
referme des Indes, vers le quartier qu’on appelle 
Paria, &dc làiufques au cap delà Voilecoftoya 
toufiours la terre par l’efpace de 13 io.mil, & puisfe 
mit à trauerfer la mer tirât àS.Dominique ville que 
fonfrere Barthélemy auoit fondée làariuiere du 






fleuue d’Ozame, ou il fut receu pour gouuerhcùf 
félon la forme delà prouifion qu’il portoit, cc qui 
ne fut fans grand murmure de pluficurs,qui eftoiét 
fort mal contens & de fon frere Adelantado, & dé' 
Diego Colomb,qui en fon abfence auoient le ma- 
niemet.de tout,foic en temps de paix ou en temps 
de guerre. 

De U film, , guerre -\itfoirc qu'ont eu les 

Efptgnols four je deffendre. Clntp. U. 

T Es Eipagnols ont efprouué l'air,& le pays auec 
■L/plufieurs fortes de maladies, entre autres ils en 
onrc/îâyé dcux,qui les ont plus longuement tour- 
mentezd’vne eftoit des bubes, laquelle maladie ils 

ne cognoi/Toient aucunement, l'autre eftoit d’un 
changement de coulcureniaulne.de forre qu’ils 
fembloieutcftrc cnlàfrancz. On pcnfoirqueccfte 
couleur vint d’auoir mangé des (erpens, qui le rc- 
paiilènt des petits lézards, Si phi (leurs autres raef- 
chantcs choies non acouftumces, lu necefiité les y 
contraignoit. Il mourut au(lî de faim plus de cin¬ 
quante mille Indiens parce qu’ils ne femoiét point 
de maiz.péfans par ce moyen charter lesElpagnols 
n’ayans rien à manger. Ce qu'ils faifoient à raifon 
qu’ils preuoyoicnt ia bien le mal, & la perte qu’il 
leur deuoit aduenir. Or comme ils les voyoient 
forci fiez en Ifabellc,&enIafortereflede S. Tho¬ 
mas de Cibao,d eu ils faifoient faillie fur eux pour 
emporter viures,& enleuerleurs femmes, qui leur 
donnoient ce mal de bubes, ou mal François, les 

Ciguayos affiegerent ceftefortereire deS.Thomas,. 

pour venger l’iniure faiétc à leurs femmes,& filles, 
penlàns les tuer cômc ceux de Guacanagari auoiét 





GENERALE DES INDES. 14 

fait du Capitaine d’Arenc.Mais ils leucrent le fiege 
vn mois apres qu’ils l’y auoienc mis,& fcn retour. 
nerent,parce que Colomb veuoit au fccours. Al- 
phonfe d’Ogcda, qui eftoit capitaine de ce lieu a- 
prcs Marguerite, feic des faillies fur eux, ou il en 
rua plusieurs. Colomb autfi toft qu’il futarriuc, 
enuoya le mefinc Ogcda pour traitterlap,aix auec 
le Cacique Coanabo , à qui eftoit celle contrée : il 
négocia fi bien,&auec fi grande aftucc qu’il amena 
, ce Cacique dedans la forrerellc, encor que pour 
lors il euft auec luy plufieurs Ambaflideurs d’au¬ 
tres Caciques,qui luy offroyent gens,& proui- 
fionspour tuer ou châtier de l’ifle les Efpagnols. 
Chriftoflc Colomb le feic prifonnier par ce qu’il 
auoit tué plus de vingt Etpagnols. Ce pédant qu’il 
tenoic ainfi prifon vn ficn frere alîèm blacinq mille 
hommes pour le deliurer,defquels lapins parte- 
ftoient garnis de fléchés, & d’arcs. Alphonfe d’O- 
geda fe mit en campagne au deuât d’eux auec cenc 
loldats Efpagnols, ôcquelques cheuauxque Colob 
luy auoit donnez.Le frere de Coanabo encor qu’il 
marchaft en bon ordre & qu’il combatift comme 
vaillant Capitaine, fi fut il rompu & prins prifon¬ 
nier auec grand nombre des tiens. Parle moyen de 
cefte viéloite les Efpagnols furent de la en suant 
plus crains, & mieux obéis en cefte contrée. Au¬ 
cuns difent que cefte guerre fut faifte en l’abfence 
de Chriftoflc Colomb & cn'la prefcnce de fon fre¬ 
re Bartclemi, lequel depuis cefte battaille vain- 
" quic encore Guarionex accompagne de quatorze 
Caciques,qui auoient plus de quinze mille homes 
en campagne près du village <îe Bouao, les ayant 




j.i 




î. LIVRE DE l’hisT, 
affrontez de nuidt par ce que iamais ils ne combat¬ 
tent de nuidt, il y en eut grand nombre de tuez,Se 
quatorze cariqucs prins auec Guarionex . Mais ils 
furent tous mis en liberté foubs la promené qu’ils 
feirent d’eftre amys,& tributaires des Rois Catho- 
licques. Celle viftoire, & celle liberté donnée à 
ces caciques feirent eftimer, & craindre les Efpa- 
gnols, qui des lors commencèrent à commandct 
aux Indiens, & iouyr du pays. 

Ltmprifonnementdc Chriftoflc Colomb. 

Chap. i J. 

B Artiieiemÿ Colomb fcnorgueilllit tant de la 
viétoirc de Guarioncx,& du cours,qu’il voyoic 
fi hcureufetricnt fuccedcr en toutes les affaires, Sc 
en celles de fon frère,qu’il commença à n’vfer plus 
entiers les Elpagnols delà courcoifie qu’il fouloit 
faire. Ce qu’irrita grandement RoldamXimcncz 
grand preuoll de l’Admiral, tellement qu’il l’cm- 
pefehoit d’vferdc fipuilTàncc abfoluc comme il 
vouloir,de là ilvindrentàauoir parolles aigres en- 
femble,& commencèrent à fe defdaignerl’vn l’au¬ 
tre. Encore dit-on que Barthélémy Colomb fen- 
flambaiufques àlà de le toucher, où que mcfmc il 
le toucha. Ainlî Roldan fe fepara de luy auec foixâ- 
te &dixfoldatsqui aulïi elloient irritez côtre Co-' 
Jomb. Mais ce fut en procédant par deuant Notai- 
res tous enfcmblc qu’ils ne fe lêparoiét point pour 
f exempter du fcruicc qu’ils deuoient, ny pourcô- 
treuenirau commandement du Roy,& que ce n’e- 
ftoit quepourne pouuoirfupporter l’orgueil des 
Geneuois. Ce fait ils fen allèrent à Xaragua, où ils 
demeurèrent quelques années. Vn peu apres Chri- 



GENERALE DES INDES. Jj 

ftophlc Colôb appella Roldan pour venir faire fa ‘ 
chargc,ce qu’il rcfufa.AinfiCblomb l’accufa corne- 
defobeï(Tant,traihrc,& mutin par lettres que pour 
ce fait il efcriuit aux Rois Catholiques, adiouhac 
qu’ilvoloit les Indics,forçoir les Indicncs.les tour 
mentoit & faifoitmaux infinis,& qu’il auoit arre- 
fté deux carauelles, qui fen retournoient'chargées 
en Efpagne,qu’il auoit retenu les hommes,qui 
choient dedans, par belles parolles, 8c. par trom¬ 
perie. D’autre part aulli Roldan, 8c fes compagnôs' 
efcriuircnt à leurs maichcz vnc infinité de maulx 
de Chriftophle Colomb,& de fes frères, les alfeu- 
riis comme il fe vouloit rebeller aucc tout le pays, 
& fc faire feigneur de tout,qu’il ne vouloit édurci:. 
qu’aucun autre que fes fcruitcurs 8i amys fouil-] 
laflent les mines,& cnleuaffent l’Or, qu’il trai&oit 
mal les Efpagnols fans aucune raifon, qu’il faifoit 
iuhicc à fon plaifir,quc l’Amiral auoit caché le def- 
couuremét des perles qu’il auoit trouucesen l’Jilc 
de Cubagia pour les enleuer pourluy feul, fans en 
faire part à aucun, encor que pour acquérir telles 
richehcs ils foient tombez en grandes maladies,fc 
le foient monhrez vaillans.Lc Roy ayant entendu 
tout ce faic, fut bic fafché de ce que les affaires des 
Indes choient en tel cliat, & encor l’ehoit plus la 
Royne. Us defpecherent incontinent Chrihophle 
de Gouadila Cheualicr de l’ordre de Calatraua 
pour ehre gouuerneur de ces paysauec puihànce 
8c authorite de chahter.i, & enuoycr prifonniers en 
Efpagne ceux qu’il trouucroient coulpablcs,lls’en 
alla en l’Ifle Efpagnolc auec quatre carauelles i’an 
1495.Il feic informer à S. Dominique felô ia com-. 




million qu’il portoit, &fcift prendreprifonniers 
Chriftofle Colomb, & fes freres Barthélémy, 8c 
Diego, & les enuoyacn Efpagne en deux carauel- 
lcs.Comme ils arriuerent à Caliz,le Roy,&la Roi- 
ne en furent aduertis, quiaufli toft enuoyerent vn 
Courtier pour les deliurer, 8c les laiflcr venir à la 
court: où eftans arriuez les Roys Catholicques rc- 
ceutent amiablement les exeufes que mit en auanc 
Chriftofle. Colomb mcflecs de larmes, 8c pour la 
peine qu’il deuoir endurer, oùpour obuier à telles 
contentions, 8c telles nouucautez, où afin qu’il ne 
penfaft qu’il deuft toufiours auoir le gouuernemét 
de ces Indes,,'ils le luy ofterent: ce qui luy futvn 
grand defplaifir, aufli luy fuflè vne grande faucur 
de le laiflcr retourner eftants ces affaires en fi mau- 
uaispdint. 

Le quatrième 'noyage que feit Chriftofle Colomb aux 
Indes. Chap. 24 . 

C hriftofle Colomb demeura trois ans en Efpa¬ 
gne, à la fin, quifurl’an iyoz. il eut aux dcfpcs 
du Roy quatre carauelles,aucc lcfquelles il pallà en 
l’ifle Efpagnole, & quand il arriua près le fleuuc de 
Ozamc,Nicolas d’Ouando qui pour lors gouuer- 
noit en l’ifle.ne le voulut laiflcr entrer en faint Do- 
minique. Ce qui luy defpleut allez, & manda feu¬ 
lement que, puifquc on ne le vouloir laiflèr entrer 
en la ville qu’il auoit peuplce,il f en alloit chercher 
vn port,où il fuft à feureté. Et ainfi 0 en alla au port 
Caché, &delà voulanctrouuervndeftroiét, qui 
paflàft de l’autre cofté de l’Equinoxial.comme il a- 
uoit donné à en tendre aux Roys Catholiques,fen 
alla droit rirat vers Ponétiufques au cap de Higuc- 


ras,&puis fe mit à fuiure la colle de Midy,&la cou¬ 
rut iufqucs au nom de Dieu, d’oùil tourna voy- 
leàl’ifle dcCuba, Se delà à Iamaique, & là per¬ 
dit deux carauelles, qui luy cftoiét reliées des qua- 
trcquelc Roy luy auoit baillées pour faire ce def- 
couurcmcnt,tellement qu’il demeura fans vaiiïcau, 
&ainlî ne peut regaigner Sainél Dominique. Il 
luiaduintde gr.adcsinfortunes,plufieursEfpagnols 
deuindrent malades,& ceux, qui eftoient fains, luy 
feirent la guerre, & les Indiens luy enleuerent fes 
prouifions. François de Porras capitaine de l’vne 
des caraucllcs,& Ion frère Didaco de Porras,qui te 
n oit le rcgiftre de l’armecjfe mutinèrent cotre luy, 
& prindrent fur les Indiens autât de Barques qu’ils 
appellent Canoaz, qu’ils peurent pour palferen 
l’Elpagnole . Comme ceux de l’iflc veirét celte cn- 
treprife, ils ne voulurent plus donner aucunepro^ 
uifionàccux de Colomb, ains pourpélbicnt de les 
faccagcr tous, Alors Chriltofle Colomb appella au 
cuns d’iccux, les reprintdu peu de charité qu’ils a- 
tioient, les pria qu’ils luy vcndilPent des prouilîôs, 
& les menaçoit, fils faifoient au contraire, qu’ils 
mourroient tous de pelle, & que pour monftrcr 
que cela ainfî aduiendroit, ils verroient envntel 
iour la Lune toute pleine de làng. Alors voyans la 
Lune ccclipfee en la mcfme heure, & iour qu’il 
leur auoit dit, adioufterent fôy aux menaces de 
Colomb, par ce qu’ils n’auoient aucune cognoif- 
fancc de l’Aftrologie, & luy demandèrent par¬ 
don pleurants à chaudes larmes le priants qu’il ne 
fuit plus indigne cotre eux. Ils lùyapporrerct tout 
ce qu’il demandoit,& le prièrent qu’il les mit en la 





bône grâce de la Lune. Par ce moyen aucc le bon 
traitement, S c feruice des habicans les malades 
prindtét gucrifon,& furet prells à combatte con¬ 
tre les deux freres de Portas, & leurs alliez, qui ne 
pouuans palier la mer , en fi petits vailTeaux nefai- 
foient que tourner,& voltiger pour voir fils pour_ 
r rient agraffer fur Colomb quelque vailfcau fi 
d’auentureil luy en cftoit venu depuis. Comme 
ils tournoiéc ainfi Bartclemy Colomb faillit a l’en¬ 
contre d’eux,ils com bâtirent, il y eut quelques vns 
de tuez.pluficurs blcflcz, les deux frères Diego , & 
François furen t prins. Ce fut là la première guerre 
ciuilc,qui aduint entre les Efpagnols aux Indes.En 
ligne de celle vitoire Chrillophlc Colomb nom¬ 
ma ce port Sainte Gloirc,quiellcnSenillc dela- 
maique,oùil fut vn an iufquesà ce qu’il eut moyé 
depalferà faint Dominique. 

lu mort de Chri/topble Colomb. 

CljAp. 25 . 

A, Près que celle diflention fut finie Clu iflophlc 
ixColomb fen vint enEfpagnc.afin qu’il ne fuit, 
noté,& accufé comme,à l’autre fois, &aullî pour 
rédre compte de ce qu’ilauoit depuis dcfcouuert, 
8c comme il n’auoit point ttouué de dellroit. Il ar- 
riua en Valladolid.&r là mourut en May. ijo 6 . On 
enlcua le corps pour le porter au monaflere de la 
Cueue de Scnille. C’elloit vn homme de bône lla- 
ture, membru, de vilàge long, roux, piqué, & en- 
flâbé,cruel,il fupportoitfort bien les peines, &tra- 
uaux. U fut quatrefois aux Indes,& en rcuint autat 
de fois, Il delcouurit bien au long la colle de terre 
ferme. Il conquill, & peupla vne grande partie de 


rifle Efpagnole que communément on appelle 
faillit Dominique.il trouua les Indes encor que ce 
fufl aux dcfpés du Roy.Il employabeaucoup d’an- 
nces aies chercher, &pourfçauoir comment on 
pouuoicles abordcr.il faduétura de flotter fur ce¬ 
lle grande mer, & en pays qu’il ne cognoifloit au¬ 
cunement, feulement par le dire,ôc relation d’vn 
piloteiôefi c’euft cité defon inucntion,comme au¬ 
cuns ont voulu, il meriteroit plus grande gloire'. 
Mais foit q ce foit qui l’ait meu, ôc incité fi a il fait 
choie,qui mérite grâdiflime gloire, ôc telle que ia- 
mais fon nora,&la renommée ferâmife en ôubly, 
& ne l’Efpagne ceflera de luy rendre graces,& lou¬ 
anges d’vn trauail fi glorieux : Audi les Roys Ca¬ 
tholiques dom Fernand, ôc dame llabelle, au nom 
ôcdefpenfe defquels ce dcfcouurcmct fut fait,pour 
rccognoiflanccdecesferuiccsluy donerent le til- 
tre, & eftat de grand Admirai perpétuel des Indes, 
ôc rcuenu conuenable à tel eftat,& tel que le ferui- 
ce qu’il auoit faidt, & l’honneur qu’il auoit acquis - 
le rcqueroient. Entre ces bônes fortunes il eut aufi- 
fi certaines aduerfitez ayant efté deux fois prifon- 
nier,ôc en l’vnc il fut mis à la cadcnetil fut mal vou¬ 
lu de fes foldats,&mariniers,qui fut caufe que Rol- 
dan Ximcnez ôc les frères de Porras,ôc Martin Al- 
phonfc Pinzon fc mutinèrent. Au premier voyage 
qu’il feift il combattift contre fes propres foldats, 
& en tua aucuns en la bataille qu’il eut«cotre Fran¬ 
çois^ Didaco de Portas.Il plaida contre le.Fifque. 
du Roy fur ce qu’il fen retournoit en Efpagne 
fans veoir la terre des Indes n’euft efté les trois 
freres Pinzons. Il laiflà deux fils , defquels l’vn 
c iij 






nomme dom Diego Colombe efpoufaDamcMa¬ 
rie deTolede fille de dom Fernand dcTolede grâd 
commandeur de Leon . L’autre nommé dom Fer¬ 
nand Colomb vefeut en liberté fans fe marier: il c- 
ftoitfortftudieux, &lai(Tavne fort belle librairie, \ 
ou il y auoit douze à treize mille liurcs,laqucllc eft t 
maintenant en la poflèflion des lacobins de fainét 
Paul deSenille:ce fut vne chofc mémorable,&d’vn 
fils digne d’vn tel pcrc. 

La funatio » </«/Vj/c Ejpujrnole. (y autres particularité^., 
chap. 16. 

A V langage de ceux de celle Ifle elle Pappcllc 
XA-Hayti, & Quifqueia. Hayti veult dire afpreté, 
& Quifqueia terre grande. Chriftoflc Colombia 
nomma Elpagnole, maintenant on l’appelle lâinft 
Dominique, ayant prins ce nom delà ville, qui eft 
la plus principale dedans icellc.Ceftc Mc contient 
en longueur de Leuant en Poncnt 6oo. mil, &c de 
large 140. elle a de tour itfoo. mil, & eft de l’Equi- 
noxial vers la Tramontane à dixhuiét, & vingt dc- 
grez. Elle a par les collez vers le Leuât Tille de Bo- 
riquen, qu'on appelle fainél Iehan, & vers Poncnt 
Ville de Cuba & lamaica: vers la Tramontane elle 
a les Mes des Canibales, & au Midy elle regarde le 
cap de la voile, qui eft en terre ferme. Il y a en icel¬ 
le beaucoup de ports qui font bons,de grands Heu- 
ues fort profitables comme Hatibanico, Iuua, O- 
zome, Neifla, Nizao, Nigua, Hayua, & laques, 
chacun entre en la mer: il y en a d’autres moin¬ 
dres comme Macorix,Cibao, & Cotui,de ceux- cy 
le premier eft riche en poillon, Sc les autres en or. 

Il y a deux lacs notables Tvn pour là bonté. Tau- 



u tï INDES. 36 

tic pont eftre eftrange. Il eft aux montagnes, d’où 
fourd la riuierc de Nizao, il ne rend aucun prof- 
fit, & eft tout couuert, & bien peu le voyent,l’au- 
tre Rappelle Xaragua, il eftfalé encore qu’il reçoi- 
uc pluUcurs ruifïèaux, 8c riuieres d’eau douce, qui 
eft caufc qu’il eft fort peuplé de poillon, & entre 
autres il y a de grandes tortues &dcs flammet- 
tes, eft près de la mer, 8c à de tour cinquante 
quattre mille. Outre les falines du port fauuagc, 
&du flcuucYaqucs, ilya vne haultc montaigne 
de Tel en Vaiuoa, lequel on tire comme àCardo- 
ne de Catalogue .11 y a force azur, qui eft bien fin, 
8c vne infinité de Brefil, beaucoup de cotton, 
& ambre, des mines d’or fort riches, lequel enco¬ 
re ils recueillent dedans les lacs, &fleuucs: ilya 
auffi de l’argent, & autres métaux. La terre eft bien 
fertile, auiü yauoit en ccfteiflc plus d’vn million 
d'hommes : la plus grand part n’auoient aucun ve¬ 
rtement, &cftoient tousnuds, 8c fils auoict quel¬ 
que rèbbe cftoit de cotton. Ils font de couleur de 
Chaftainc claire, de moyenne ftaturc, replets, ils 
ont vn mauuais regard, les dens laides, les nafeaux 
ouucrts, & le front large.ee que les mères ou fages 
femmes font tout exprès par certain art pour gen- 
tilertè, 8c force, tellement quefi on leur donne vn 
coup fur le front l’efpcc Ce rompera pluftoftque 
l’os du front aye mal. Les hommes, & femmes 
ont tous la peauliftce, & reluifante, aucuns difent 
quec’eft par art: tous ont les chcueux longs, polis, 
& noirs. 

Lit religion de l’isle Efpdgnole. 

Chup' 27. 

c iiij 



L E principal Dieu, qu’ont ceux de ccfte Ifle cft 
le Diable,lequel ils depeindét en chafque con- 
"ti'ec en telle forme qu’il f cft apparu à eux. Il fap- 
paroift à eux alTez forment, &c parle à eux. Ils ont 
encor vne infinité d’idoles, qu’ils adorét differem- 
ment,& les appellét cliafcun par fon nom propre, 
& leur demandent ce qu’ils penfent qu’ils ont en 
recommandation. A l’vn ils demandent de l’eau, à 
l’autre du m'ajz à vn autte fantc, & à vn autre vi¬ 
ctoire. Ils Jes font de croye,boys, pierre, Sc de cot- 
ton.lls alloiét en pèlerinage à Loaboina,qui eftoie 
vne grotte, où ils adoroientdeux ftatucs de boys, 
qu’ils appelloient Marobe, & Bintatcl,& leurs of- 
froient tout ce qu’ils pouuoient porter fur leur 
doz. Ils eftoient tant enchantez du diable qu’ils 
croioient tout ce qu’il difoit:il C'en alloit quelque 
fois entre les femmes,en forme de Satyre, & corne 
font ceux qu’on appelle Incubes, & qu’aulfi toit 
qu’il les auoir touchée au nôbril, il n’apparoiffbic 
plus-.mefmesil dilcnr,&rac6ptent encor’qu’vnl- 
dole nômé Conocotto,que louloit adorer le Caci- 
queGuamaretjfortoitdefonpetit oratoire, où il 
eitoit lie, pour aller baqueter, de fe récréer aucc les 
fémes de la ville,& d’cnuiron,lcfquelles puis apres 
acouchoiét de fils, qui jportoiér deux courôncs, en 
ligne qu’ils auoienceftecngédrez par leur Dieu.lls 
adiouftét encor’ que le mefine Idole f efehappa par 
delliisle feu côme la maifon du Cacique brulloit: 

- Ils côptent aulfi côme vn autre Idole qui eftoit au 
mefine Guamarec qu’ils appelloienc Epilguanic& 
qui auoit quatre pieds comme vn chien, l'en alloit 
parmy les môtaignes quadilslïrritoient,& alorsle 


rctournoiét. quérir en belle proccflïô,d’où illerap- 
portoict fur leurs efpauies. Ils tenoiét pour grande 
relique vne coquille, de laquelle ils diloienr que la 
mer eftoic forcie auec tous fes poiilonsiils croyoiéc 
aufli que d’vne certaine grotte le Soleil, & la Lune 
feullent forti, & d’vn autre le premier home, & la 
première femme.ll feroit trop lôg à reciter fembla 
blés folies,&moins iel’eufie eferit, fi ce n’euft cfté 
pour faire quclqmôftrc de leur fuperftitiô,& corne 
ils cftoict aucugléSj&pour oller aux Indlt-sdeterre 
ferme,fpecialemcnt aux Mexicains,legouft dccefte 
cruelle,dccndiablee religiô.On peut bië péfcrqtels 
cftoiét les preftres du diable,ils les appelétBohitis. 
Ils font mariez cômc lesautres,à plufieurs femmes, 
&ne différer des autres qu’c habits.lls fôt en grade 
rcputatiô,par-ce qu’ils font tncdccins,&: dcuins,en 
cor’qu’ils ne refpôdct pas roufiours pertincmét,ny 
ne guarifent.Quad ils veulct deuiner,& rcfpôdre à 
quelqu’vn,touchât ce qu'il dcmâde,ils manger vne 
herbe qu’ils nômét Cohoba,ou la pillét,ou bié, en 
prenent la fumée parle nez,depuis fôt troublez du 
cerueau,& fe reprefente à eux mille vifiôsiccfte fu¬ 
rie pafTcc,& la vertu de l’herbe appaifee,il recite ce 
qu’il a veu & entendu au confeil des Dieux, & diôb 
que ce fera ce qu’il plaira à Dieu, fans iamais 
refpondre à proposde ce, dequoy on l’arequis, 
oubicu ilrcfpondera en tels termes qu’on neles 
pourra entendre par fes parollcs, qui eft le ftille du 
perede toutes tromperies. Pour mcdeciner, ils 
prennent encore de ceflc herbe Côhoba / qui n’eft 
point en noftre Europe. Ils f enfermer auec le mais 
de.l’çuirôncc trois ouquatre fois,luy mettet de leur 





faliue en la bouche, font mille tours auec la telle, 
fouillent fur le patient, & puis le fuirent par le col, 
du codé droidt, difant qu’il luy o lient par là, tout 
fon mal : en apres il paiTe fes mains légèrement fur- 
tout fon corps,iufques à la plante des pieds. Alors 
fon entreprinfc fort effedt, & iettele mal hors de 
la maifon. Aucunefois il monftre vne pierre,ou vn 
os.ouvn morceau de chait qu’il auoit caché en Ci 
bouche,&luy faift à croire qu’il guérira inconti¬ 
nent, puis que c’eftoit cela,quicaufoit le m.il . Les 
femmes gardent, auec leurs reliques, foingneufe- 
ment ces pierres pour enfanter plus à l’aile. Si d’a- 
uenturc le patict meurt, ils n’ont point faute d’ex- 
cufe,nô plus que nos médecins, par ce que la mort 
n ’aduient point quelque caufe. S'il fe trouue quel- 
qu’vn qui ne ieune point,& qui ne garde point les 
Ceremonies requilcs en tel cas, les Boliiris le cha- 
flicnc.lly auoirplu/îeurs vieilles, qui eftoient mé¬ 
decines, qui donnoiem les médecines, & drogues 
auec leurs bouches par certains petits canaux. Les 
hommes, & femmes font fort deuots , & gardent 
les feltes rcligieufemcnc. Quand le Cacique célé¬ 
brait la feltc de fon Idole principal, tous vcnoienc 
àl’officc, ils aifeoient leur Idole iolimenr,les pre- 
ftres femetroient comme en vn rond, le Roy, ou 
Cacique eftoit aupres,â l’enerce du temple auec vn 
tabourin à fon codé,puis venoiét les homes peints 
de noir,rouge,bJeu,& d’autres couIcurs,courônez 
de chapeaux de fleurs,de plumes,& coquilles, ayas 
aux bras & iambes,des fônettes : Les femmes auflî 
vcnoienc auec femblables fonnettes, mais nues,& 
ft elles eftoicnc vierges,elles n’eftoient point pein- 



GENERALE DES INDES. , JJ 

des, 8c fi elles cftoient mariées .elles auoiént feu¬ 
lement des cottes,ou brayes,cllcs entroient en da- 
fantau fon de ces coquilles,& comme elles entrer, 
le Cacique lçs faluè auec fon taboutiri : cftans tous 
entrez au temple, vn chacun vomilt,fe mettâtvne 
baguette au goficr, pour monltcr àleur Idolcqu’il 
ne leur relie aucune chofc mauuaife en leurelto- 
mac,puis on s’afleoit à terre comme fondes cou- 
fturiers, 8c chacun faifoit fa pr'iere entre fes dents, 
tellement qu’il fcmbloic que ce fuflent mouchera 
miel en l’air, tant cftoit eftrangc ce bruidt. Apres 
arriuoient d’autres femmes auec panniets pleins 
de ga(teaux,& de pains qu’elles pottoient fur leurs 
telles, force rofes, fleurs, & herbes odoriférantes 
par deflus. Elles enuironnoient ceux,qui prioienr, 
8c commençoicnt à chanter en l’honneur de ce 
Dieu vne vieille chanfon, alors vn chacun fe leuoit 
pour refpondre : Celle chanfon finie, ils chan- 
geoient de ton,& en difoient vn autre en la louan¬ 
ge du Cacique,&puis offroient,lés genouls en 
terrc.du pain à cell Idole,les prellres les prenoient 
le benilToicnt, 8c le departifloient, comme nous 
faifons du pain bcnci(l,&ainfi finifloit la felte. Ils 
gardent ce pain tout l’an, & eftiment la maifon 
malheureufe,& fubiefteà plufieurs inconueniens, 
qui ell fans auoir de ce pain. 

Les Cotiftnmes. ch/tfr. 18. 

T ’Ay défia dit comme les habitans de ce pays font 
•^■toufiours nudsauecle chaud, & la bonne tem¬ 
pérature du pays, encor’qu’es montaignes il face 
froid. vn chacun fe marie auec autant de femmes 
qu’il veut, ou qu’il peut, 8c le Cacique Behecio 



auoit trente fcmçs.mais il y en a vnc qui cft la prin¬ 
cipale & légitimé pour le fait delà fuccelîioiv.elles 
dorment toutes enfcmble auec le mary en vnc cha- 
brc, côme font les poulies auec vn coq. Ils ne gar¬ 
dent point le lycn de parctagc,finon, auec la nacre, 
la fille & la fœur,& encor n’obferuoient ce lien en¬ 
tre telles perfomies,que pour crainte qu’ils auoiét, 
croyans pour certain que ccluy mourroit d’vne 
mort mal-heurcufe, qui en prendroit quclqu’vnc 
d’icelles. Auffi tort que l’enfant cft né, ils le lauent 
& plongent en esuè'froide,afinquclapcau fercn- 
forciirc,& deuicnne dure,ce qu’ils font fouuent,& 
n’en aduient aucun mal à l’enfant.Ils cftiment auilî 
eftre pediédormir auec l’enfant qu’on nourrit en¬ 
cor. Quand il n’y a point d’cnfans, les ncueux, fils 
de la faut font heritiers, difims que ceux-là font 
parensplus certains que les aurres,qui e/l vn argu¬ 
ment qu’il y a bien peu de foy &cha/lcté en leurs 
femmes : au/fi la compagnie d’vne femme n’cft pas 
bien difficile à auoir en ce pais là. Ils font pires que 
corbeaux & vipères, laiflant là leur fodomic,dc la¬ 
quelle ils font grandement entachez. Ils aymenrà 
trauailler peu, & prendre plaifir. Ils font grands 
mentcursjingratsmuablcsj&deshôncftes.De tou¬ 
tes leurs loix la plus notable eft qu’ils empalent les 
larrôs pour quelque larrecin que ce foit. Ils abhor¬ 
rent au/fi les auaricieux: ils enterrent auec les hom- 
mes, ipecialementauec les feigneurs, aucunes de 
leurs femmes. Scies plus-aymees, ouïes plus bcl- 
lcs, ce qu’ils font pour vn grand honneur &c fa- 
ueur.Quelqucs vhesfcnterrentelles-mcfmesauec 
jours maris,pour l’amour qu’elles leurs ontporté. 


L’enterrement eft magnifique : ils mettent le mort 
afsis en fa fepulture,& à l’entour de luy ils mettent 
de l’eau,du pain, du fel, du fruift, 8c des armes. Ils 
ne font pas fouuent la guerre, fi ce n’cft pour les 
confins, ou pour les pefeheries, ouauec les c(Lan¬ 
ges,& alors ils n’entreprennent rien fans auoir ref- 
poncc de leurs Idoles ', ou de leurs preftres, qui fc 
meflent de deuiner. Leurs armes eftoyent pierres 
Sc baftos.qu’ils leurs feruét de laces & d’cfpee,les¬ 
quels ils appellent Macanas.Quand ils veulent cô- 
batre ils ('attachent au front de petites images ou 
idoles, 8c allas à la guerre ils fc teindet aucc xagua, 
qui e(t vn fuc de certain fcuidt,qui les fait pl° noirs 
qu’ambre noir, ôcauec de la bize qui eft encor vn 
autre fruidt d’arbre,duquel les grains fattachét co¬ 
rne delà cire,& font vne couleur corne bole arme- 
nique.Les femmes fc teindent de cefte couleur,par 
ce qu’elle referre la chair,pour daccr 8c ballet leurs 
Areytos. (Areito eft comme la zambra des Mores) 
clics vont dançant & chantant des Romas.ou châ- 
fons en la louage de leurs Idoles & de leur Roy, & 
en mémoire des vùftoircs &dcs chofes aduenues le 
parte ,.n’ayans autre hiftoirequeccs chanfons: Ils 
danccnt beaucoup enfcmble, & font longuement 
fiir ces Arcytos,& quelquefois tout vn iour,& tou 
te la nui<ft : Ils finiftènt leurs chanfons par yuron- 
gncric , fenyurans d’vn certain vin , qu’on leur 
donne à boire ce pendant qu’ils ballcnr. Ils font 
fort obeiflans à leurs Caciques,iufqucsàlà,qucde 
ne femer fans leur volonté, ny pefeher, ny charter, 
qui fôt les principaux offices à quoy ils f cmploiét, 
maislapefchecft pour leur manger ordinaire, 8c 




I. LIVRE DE l’HISt,' 

pour cefte caufe ils dcmèuroient toufiours prcs les 
riuages des lacs, & desriuieres, dcfquclles le pays 
eft bien garny: Auffi cftoient ils grâds nageurs au¬ 
tant les femmes,que les hommes. Au lieu de grain 
ils mangent du Maiz: Ils font aufli du pain de Yu- 
ca , qui eft vnc grande racine blanche comme vnc 
raue,laquelle ils grattent, & efpreingnent pour en 
ofter le ius,qui eft vénéneux. Us ne cognoiiroicnt 
point la vertu des raifins, encor’qu’ils cilirent de la 

I vigne, & au lieu ils faifoient du vin de maiz, Sc de 

fruiâ.&d’autres bonnes hcrbes,quc nous n’auons 
point par-deça, comme caimiros.caiaguas, figues, 
auzubas.guanabanos, guiabos,iarumas,& guazu- 
ÿ\ mas.Les fiuidts, qui ont noyau.font hobos, hica- 

cos, macaguas, guaibaras, & mameyes, qui eft le 
meilleur de tous. Ils n’ôt point de lettres, ny poix, 
ne monnoye,encor’qu’ils ayenc grand nombre 
d’or,d argent, & au très merauxu'Jsncfçauoictquc 
c’eftoit que fer, ilfeferuoicncaa lie u d’vne pierre 
aguifee au feu, &pour n’eftre trop long,ie veux 
clorrece chapitre, & dire toutes leurs chofes font 
autant differentes des noftres , que leur terre eft 
nouuelle à nous autres. 

Que le mal des Lnbes , ou md François , eji yenu des Indes. 

I Chap. iç,. 

Eux de cefte IfleEfpagnole, font tous pleins 
V> de bubes,& comme les Efpagnols auoient af¬ 
faire auccles Indiennes ils furent incontinent fai- 
lïs de ce mal, qui eft vnc maladie fort contagicufc, 
& tourmente la perfonneauec douleurs cruelles. 
Pluficurs infc&ez de ce mal, fc fentans ainfi tour¬ 
mentez, &nc rcccpuoir auçun allégement fen rc- 


GENERALE DES INDES. 40 

tournèrent en Efpagne pour fc guarir, autres pour 
leurs affaires, lefquels feirent part incontinent de 
leur mal à des femmes, & courtifannes, & elles a- 
pres en abreuuerent d’autres hommes, qui pafïc- 
rent en Italie,à la guerre de Naples, foubs le grand 
Capitaine en la faueur du Roy Ferdinand fécond, 
contre les François.Par ce moyen ce mal s’attacha, 
& feftendit par de la,en fin ce prinr aufiî aux Fran¬ 
çois: Scoramc ce mal aduient en vn mefmc temps 
les François penfoient l’auoir prins des Italiens, & 
de la l'appcllerent le mal de Naples, & les autres 
l’appellcrcnt mal François, croyant que les Fran¬ 
çois leur euflènt donné. Autres l’ont nomme 
rongne d’Efpagnes. Iean de Vico mcdicin, Antoi¬ 
ne Sabellic hiftoriographe, 8c autres font menti5 
de ce mal, dilàns qu’il commença à eftrcaperccu, 
&diuulguéen Italicl’an 1494 .ôc 95. Louis Berta- 
uaneferit qu’au temps mefmc ce mal de bubes.ou 
vcrolle Ce print enCalecut,maladie,laqueJle ils n’a- 
uoient point encor’ vciie , &en feit mourir grand 
nombre de perfonnes. Or comme ce mal cft venu 
des Indes,lc remede auffi en a efté apporté, qui cft 
vn autre argument vray femblable, que fon origi¬ 
ne eft de la.Ce remede eft le boys fainét, qu’on ap* 
pclleauxindesGualacan.lesmôtaignes fontcou- 
uertes de ce bois. On guarift aufli ce mal auec la 
racinc,& bois d’cfquine, qui doibt eftre le mefine 
Gualacan, & eft tout vn. Au commencement ce 
mal cftoit bien violent, infeû , & deshonnefte, 
mais au iourd’huyil n’eftfi rigoureux, ny fidef- 
honnefte. 





Des cocuyos, O 4 Neg<ts, petits ttnimanx, l'yn bon ÿ 
Cr l’atitremitiitiAis. ebop. jo. 

L Es cocuyos ont quafila forme de mouche & 
font plus petis que chauluc fouris,ils ont qua¬ 
tre eftoillcs.qui luyfcnt à mcrucillcs: les deux leurs 
feruent d’yeux, & les deux autres font fous les aif- 
les, elles rendent fi grande clarté, qu’àla lueur d’i¬ 
celles on file,on faiél delà toyle,on peiné!,on bal¬ 
le, & faiél-onde nuiét autres telles chofes.mcf- 
mes les habirans châtient auec ces petites belles 
deriuiél àuxHutias, qui font comme nos con- 
nils, depefehent, Se vont parpais les portans atta¬ 
chées au gros ortucil de leurs pieds. de aux mains, 
cômevnc torche de flambeaux faits de bois de pin, 
LcsEfpagnols lifoyent leurs lettres auec ces be¬ 
lles,& ce qui cil le plus difficile à croire,ils fen fer- 
uoyentpourtucr les moufehes que nous appcllôs 
confins,qui leurs donnoyet grande fàfcheric,&no 
lcslaifibyctrepolcr,&pcnlcqu’i/sIes auoyét plus- 
to.ft en leurs-maifons pour ccll cffeél,quc pour en 
receuoirdarté.lls les prénent auec vn tifon de feu. 
Se les appellent par leur nom, de viennent plu lloft 
àlalumiere,quenô pas au fiflet,cômc aucûs croiét. 
Ils les prennét aulli auec des rameaux,o ù volôtiers 
ils fe viennent ietter, depuis on les fccoue, de eflâs 
tombez à terre, pour élire lourds, ils ne fe peuucnt 
leuer. Si on foingt les mains, oulcvifage auec- 
cespetites elloilles,ilfcmble qu'on brulle, r ce qui 
cllônoit beaucoup de ges: fi on les diftiloit ie croy 
qu’il en fottiroit de l’eau merueilleufe.LaNigua eft 
corne vne petite pulcc, qui faute, elle ayme fort la 
poudre,dle ne mort point, finô és pieds, où elle fe 
fourre 


fourre entre peau & chair,&aulfi toit elle ietrc des 
lentilles en plus grande quantité qu’on n’eftime- 
roit,attcndu fapetitfclïe, l'efquèllüS çn'êngéndrcnc 
d’autrés,& fi on les y laifiè fins y mettre ordre, el¬ 
les multiplient tant qu’on ne les cri peut chafl'er, 
ne y remedier-fi non auec le feu, ou le fer : mais fi 
on les ofte de bonne heure elles font peu de mal. 
Le rernede pôut les empefeher d’entrer ainfi és 
pieds chauflcz,ou bien enueloppez. Aucuns Efpa- 
gnolspour ce mal, ont perdu lcsdoigs des piedz, 
autres les pieds entiers. 

Des poijfons qtt'on appelle en l’ijle Efpagnole Manali. 

Chap. 31. 

A X Anaticrtvn poilfon qui n’elt point en noflrc 
IVl mer, il fengendre, & en la nier, & aux riuic- 
rcs.il refcmblc à vne peau enflée ayant deux piedz 
feulement, auec lefqucls il nage,& ceux qu’il a fur 
les efpauless’efpandent par le mdïllicu iufques à la 
queue. Il a la telle comme celle d’vnbeuf, mais 
plus dcfcharnce.&le poil plus groz&rude,les yeux 
pctits.il cil de couleur cendrcc, il a la peau dure fe 
mec de quelques petits poils, il cil long de vingt 
picds.&gros de dix, il eft fi lourd qu’il n’ellpofli- 
blc de plus, il a les pieds ronds auec quatre ongles 
faiéls comme ceuxd’vn clefanr.La femelle rendfes 
pecits comme vne vache, aufii a elle deux mamel¬ 
les pour les alaidter.En le mangeant.il fembleplu- 
lloft élire chair que poiflon,quand il efl frais vous- 
diriez que ce feroit vcau,fil ell filé il refemble à la 
Tonine.&cft meilleur toutesfois,&fe garde beau¬ 
coup mieux. Le beurre qu’on en tire ell fort bon,- 
& ne rancilt point, ny ne fent iamais le viel. Auec 





I. LIVRE DEl’hiST. 
ce beurre mefme ou conrroyc la peau, qui puis a- 
pies fert pour faire fouliers. Si autres chofes . Ce 
poilTon a certainespierres en latefte,dcfquellcs on 
le fert contre les douleurs de la pierre, 8c contre le 
mal de collé. On le tue ce pendant qu’à la riuc des 
riuieres ou delà mer il çaift de l’herbe on le prend 
auffi auec leretz quâdil eft petit. Le Cacicque Ca- 
ramataxi en print vne fois vu cncor’bicn petit,Sdc 
nourrit vingt- (ix ans en vn lac,qu’on appelleGuai- 
nabo.aupres duquel il demeuroit. Cet animal dc- 
uint fi fin,fi doux,& amiable qu’ô l’euft prins pour 
vn des daulphins, dcfquels les anciens font fi grad 
cas, il mageoit tout ce qu’ô luy bailloit de la main: 
il venoit abord quand on l’appclloit Matto, qui 
veult dire en langue Indienne Magnifique:méfait 
ilfortoit de l’eau pour venir manger en lamaifon, 
il fe iouoit furie bord du lac,aucc les petits enfans, 
& autres , il faifoir apparence de prendre plaifir 
quand quelqu’vn chanroir,ilenduroitqu’on mon¬ 
tai fur luy,&paiIoit fur fon dos lespcrfonncs d’vn 
bord à l’autre fans les ieûer dedans l'eau,il en por- 
toitpar fois dix fans affoiblir,cncc fiiilântil fer- 
uoitde grand paiTetcmps aux Indiens. Vn Efpa- 
gnol vn iour voulant fçauoir fil auoit la peau fi 
dure comme on difoitl’appclla Matto, Matto, 8c 
l'ayant aperceu luy lança vn dard, qui luy feift mal 
encor’ qu’il n’entraft dedas, cela fut caufe que puis 
apres il ne voulut plus fortirdel’èau quad ilvoyoit 
des hommes barbuz, & habillez comme les Chre- 
fticnSjOn auoit beau l’appeller c’eftoit pour néant. 
Il aduint quelefieuue Hatibonico féfla fort haut, 
tellement qu’il fortit hors fes riuagcs,& entra dans 





le lac Guainabo,qui donna moyen au gentil Mar- 
to de Te retirer en la mer d’ouileftoit venu, de- 
quoy les Caranctexiens relièrent mal contenSi 
Des vpuuernturs de l'Ifie EfpJgnolei 
Chap. 31. 

C Hrillophe Colôb gouuerna huit ans celle if- 
le,durant lelquels luy, Selon freré Barthélémy 
Colomb conqueftcrcnt la plus grand partie d’içel- 
le,&la peuplèrent.Il defpartit le pays, & plus d’vn 
milion d’indiens, qui eftoient là,entre fes foldats 
&ccux qu’il auoit menez pour pcupler,ôequelques 
officiers du Roy,& fes frcrcs.Tels Indiens demeu- 
roient vallàux, Attributaires à ceux à qu’ils eftoient 
dçlpartisjou leurs feruoient aux mines,ou aux Heu- 
ues.ou cftoit l’or, lien retrancha la cinquième ou 
quatrième partie d’iceux pour le Roy, de façô que 
tous trauailloient pour les Efpagnols.Quand Frâ- 
çois de Bonadillafutcnuoyé en ce pays pourgou- 
uerneur, apres qu’il eut enuoyé en Efpagne Chri- 
ftophe Colomb , Aefes freres prifonniers ,il de¬ 
meura trois ans en fon gouuernemét.ou il fe porta 
fanspleinte. Roldan Ximinez fe rendi t à luyauec 
les côpagnons.En fon temps on tira grande quan¬ 
tité d’or.Nicolas de Ouado luy fucceda en cegou- 
uernement.Iceluy paflà pn celleifle l’an ijoz. auec 
trente voeIes,&grandnombre de gens. François 
deBonadiIla,mit en cesvaiflcaux pf 9 dc cét mil poix 
d’or fin pour le Roy, & pour quelqs particuliers, 
qui eft la pi* grade richelïè qu’ô ait veiie de ce pais 
là enféble.ll mit encor’piufieurs grains d'or,Acén- 
tt’autres vn pour la Royne, qui pefoit trois mille 
trois cens Caftillans d’or pur ,vn càftillan vautvn 
fij 




ducat, 8i vn tiers de ducat d’or. Vnc Indienne de 
Michel Diaz Arragonnois auoit trouué ce grain.il 
f cbarqua en-vn fort mauuais temps,'auffi il fe per¬ 
dit enlameraucc plus de trois cens perfonncs.cn- 
tve lcfqucls eftoit Roldan Ximinez, & Antoine de 
Torrcs capitaine de l’armee,il n’efehappa point fix 
riauircSjdc toute i’armcc &ces centmillepoix,& ce 
grain d’or furent perduz. Nicolas d’Ouando gou- 
uernafept ans carhoJicqucmcncen homme plein 
de toute iufticc Sc équité. le croy que de tous ceux 
qui deuanr,&apres lùÿ ont eu charge aux indcs,de 
la iufticc, du gouuerncinenr,&dcs guerres,il n’y en 
a point qui mieux ait gardé les commandcmés du 
Roy,6c fur tout defendoitrigoureufement qu’au¬ 
cun homme lufpcét delà foy,ou quifiift fils, ou 
iièpuéu d’vn qui auroit efté condamnéparl’inqui-' 
• fitiô,nc fuft fi hardi d'entrer en ccftc iilc.ll côquift 
les prouinces de Hignei,de Zanana, de Ygnacaia- 
rima,qui eftoicnrpleincs d’hômes brutaux,qui n’a- 
uoiét ne maifon pour fe retirer&fe defedre des in- 
iures du tcmps,ny aucun pain pour fe fuftenter. Il 
pacifica celle de Xaragna ayant fait brufler quaran¬ 
te Indiens des principaux, &faitpendrele Cacic- 
que Guaorecuya, à la baibc duquel il feift aulfi 
pédre Anacaona,qui fut femme dcCoanabo.féme 
di<fte,laplus diflblue,quifuftcnccfteifle. Ilfeitdc 
grands peuplades de Chrcftiensjpar celle iflc,il cn- 
uoya eh Efpagne auRoy grade iomme de deniers: 
&pour retourner il fut contrainél emprunter ar¬ 
gent encor’qu’il euft plus de huift mille ducats de 
reuenupar an, fansl’eftatqu’il auoit du Roy,ce 
qui moindre bien à vn chacun comme il eftoit net. 



GENERALE DES INDES. > 43 

&non fouillé d’auarice.ll cftoit deuanr qu’aller en 
celle ifle commandeur de Larcz,maisilcn reuint 
grand commandeur de Alcantara. Depuis luy, ce 
gouuernement tomba entre les mains de Dô Die- 
go,Colomb grand Admirai des Indes.qiù l’eut 
ou fept ans. Il auoit le dodleur Marc d’Aguilar, 
pour fon grand prcuoft.il futteuocqiiCj&appellé 
en Elpagne, pour les pleinétcs qu’on faifoit de luy 
au Roy Cathoquc.Eftant de retour il plaida quel¬ 
ques anSjCÔtrele Fifcqué/urlcs priuileges,&prero 
gatiues de l'on office de grand Admiral,&pourfes 
reuenuz . Frere François de Cizncros Cardinal, & 
Archcuefquc, deTolcdo , qui pour la mort du 
Roy Catholique, & pourl’abfcnce deDora Char¬ 
les go uuernoit l’Efpagnc,enuoya en celle iflcEfpa- 
gnolc pour gouuerncurs des.mo.ynes, frere Louis 
de Figucora,frere Alfonfede S.o o m in ic.qu e,p rieur 
S.Ican d’Otegnc, & frere Bernardin de Manzane- 
do,tous de l'ordre de S.HicrofmejLefqueJs eurent 
pour allcireur.ledoftcur Alphonfedezuazo: 8c 
prindrent pourofficiers du Roy,&pourrcfiderles 
doéteurs Marccl de Villalobos, Ican Vrtiz de Ma- 
tieuzo.&LucValques de Villori.qui feroientiuges 
d’appel. Ces frétés o fièrent les Indiens aux Efpa- 
gnols tâtà ceux q.ui eftoiér prefens qu’abfcs par ce 
que-leur feruiteur en l’abfence deleurs maiftresles 
traiûoicnt màl,8des rcnuoycrent par le pays pour 
cftre mieux endoélrincz .Maisil euftmieux efté,fi 
on ne les euft mellc pour peupler aucc les. Efpa- 
gnols, par ce qu’ils dônncrent.par telle communi- 
catiô, la verollc qui eftoit vné maladie toute nou- 
uelle,qui en feit mourir beaucoup. Du temps de 
b iij . 





ces freres l’induftiie défaire le fucre crcut,& faug- 
mcnta’grandemenr. Depuis que ces freres retour¬ 
nèrent en Efpagne,on erigea en ccftc ifle vne Rot- 
tc ou Parlement, ou fut mis le feau Royal.Les pre¬ 
miers auditeurs de celle Rotte furent Marcel de 
Villalobos, Iean Vrtiz deMatieuzo,Luc Vafcquez 
de Villon,Cluiftophle Lcbron-.quelqucs ans apres 
oncnuoyaSebaftiéRamirczde Fuen Real pour y 
prefider, 6c toufiours depuis ccftc ifleaefté regie, 
'8cgouuernee par audireurs,& prefidens. 
gjte ceux de ccftc ijlc EfpAgnolc , auoicntpronoft tqitc U 
deftruftion, Cr Abolition de leur religion, (y liberté. 

Chap. JJ. 

L Es Cacicques,& Bohitis,entrelefqucls demeu¬ 
rent toufiours de main en main tout ce qui felt 
. iâidt,& didt anciennement, racomptoient à Chri- 
ftophle Colomb, & aux EfpagnoJs, qui allèrent a- 
uec Juy, qu’vne fois le pere duCacicquc Guario- 
nex,&vn autrepetir Roy vou/urét dénuder à leur 
Zemi,&idolc du diable,ce qui deuoit auenir apres 
leurs iours, Sc que pour en auoir refpôce il auoyét 
jcufné cinq iours entiers fins mager ne boire cho- 
fe aucune, llfcftoientlamentez,Ce macérez à mer- 
ueilles encenfans leurs dieux, ainfi que la ceremo¬ 
nie de leur religion le rcqueroit. Ces ceremonies 
achcucesils eurent reipôcc qu’encor’ que les dieux 
tinflènt en fecret les enofes , qui doibuent aduenir 
aux hommes pour leur meilleur, ncantmoins ils 
leur vouloient bien déclarer pour la faindtcreli- 
gion qu'il voyoienten eux: Ils deuoient doncfça- 
üoir, quedeuant qu'il fefcoulaft gucres d’annees, 
viendroienr en celte ifle certains hommes, qui 





GENERALE DES INDES. 44 

portcroicnt la barbe longue, & auroient tout le 
corps couuert, qu’iceux tailleroiét vn homme iuf- 
quesau milieu auec leurs cfpees luifantes, qu’ils 
porteroienr attachées à leur ceinture, qu’ils iette- 
roient parterre leurs anciens dieux, rcprouuans 
leurs anciennes couftumcs, & ceremonies : qu’ils 
cfpandcroientlelàng de leurs enfans, ou les nour- 
riroienc en toute mcfchanccté . Pour mémoire 
de celle elpouuentablc renonce, ils compoferent 
vne chanfon qu’ils appellent Areytos , Si la char,- 
toient aux feftes triftes,5damcntables.Suiuant ce¬ 
lle refponcc ils fuyoient quâd il voyoient des Ca- 
iibes,parcc que c’eftoitla coullume de ceuxcy de 
tuer, Si manger les hommes qu’ils rencontroient 
qui n’efloict de leur pays. Le tout aduint de poindl 
en poindl corne la refponce portoit,corne ces pre- 
ftres le côptoicnt,& chantoienr.Car les Elpngnols 
feirent mourir grand nombre d’indiens tant par le 
malheur de la gucrre,quepar le côtinuel trauail des 
mines,&mcircnc par terre leurs idoles,fans en par- 
dôner à pas vne,ils défendirent rigoureufemét l’v- 
fandelde toutes leurs ccrcmonics,&fupcrftiti6s.lls 
les feirét efclaucs,& ferfs,au departemét qu’ils fei¬ 
rent dupays. Elias ainfi traidlcz, &plus tourmétez 
qu’ils n'auoicntde coullume,les vns moururet,les 
autres furet tuez, tcllemétqued’vn milion de per- 
fonnes & plus,qui cftoient en celle ifle, il n’y en a 
pas pour le iourd’huy joo. Aucuns font morts de 
faim autres de trauail,plufieurs de la verolle.aucüs 
Ce lot faits mourir auec du ius de yuca, autres auec 
telles herbes veneneufes, quelques vns fe pcndoicc 
aux arbres,les femmes faifoict comme leurs maris 


I- LIVRE de l’hist. 
elles fe faifoient accoucher auant renne, à fin qn e 
leurs enfans , ne vinlîent point vif en lumière, ne 
voulans point qu’ils feruilîent à des homes cftran- 
gers.T elles miferes bien conlîderees on iugera que 
Dieu les enuoioit pour chaftier leurs pechez abo¬ 
minables,côbien que toutesfois ces premiers con- 
querans foient grandement à reprendre pour les 
auoir fi mal traitiez,pour vne pure auaricc, fans a- 
uoir aucun elgârd àlon prochain. 

Des mincies aduennz^ en U connerfion des 
Indiens. Cbnp. 54 . 

F Rere Buel,.&les douze preblires qu’il mena 
pour compagncc auec luy commencèrent la 
conucr/îon des Indes. Onpourroit toutesfois dire 
que ce furent les Roys Catholiques, puis qu’ils fu¬ 
rent parrins des fixIndiens, qui furenrlcspremiers, 
baptifczcnlacitédc Barcelone. Pierre Xuarez de 
Deza,qui fut le premier Eucfquedc la Vcguc,con- 
tinua cefte conucr/îon auec Alexâdre Girardin Ro¬ 
main,qui fut fécond Euefque de S.Dominique.Le 
premier n’y fut point,qui fut frère Garcia de Padil- 
îa, de l’o.rdre de S. Françoys, par ce que il mourut 
douant qu’il pafiaft par delà. Plufieurs autres preb- 
flres, & moynes f employèrent à celle conûerfion, 
&c baptiferent tous ceux de celle ifle, qui au com¬ 
mencement n’clloicnt point encor’morts.Ils leurs 
o/lerent par force leurs idoles, & les ceremonies 
qu’ils aupientjCe qui fut caufe qu’ils prcllcrent l’o- 
rcille,& adioullercnt foy à ces prefcheurs,qui con¬ 
tinuellement les prefehoient, & ainfiils creuréc in¬ 
continent en nollre Seigneur Iefus Chrifl & fc fei- 
TÇP.Ç Chre/liens. Lcprecieux çorpsfacramental de 



GENERALE DES INDES. 4 J 

lefus Çhrill qu’on mcit en pluficurs Eglifes y opé¬ 
ra graudeméc, par ce que fa prçfence dechafloit les 
diables, côme auifi fiiifoit le ligne de la Cro ix, tel¬ 
lement que le zemi ne parloit plus aux Indiens co¬ 
rne il fouloir, ce qui les rendoit bien eftonnez. U y 
en eut beaucoup de gueriz pat le moyen du fain£fa 
boys & delà bonne deuotion qu’ils auoient à l'a 
Croix que Chriftophlc Colomb en fon fécond 
voiage auoitlaillcc en la Veguc, qu’ils furnomme- 
rent pour celle caufc de la vrayeCroix.Les Indiens 
prenoient de celle Croix quelques coppeaux, les¬ 
quels ils gardoient corne reliques prccieufes. Ceux 
quifaifoient la guerre aux Chrcllicns fefforcerent 
de l’cnlaier, ce qu’ils ne peurent. LcCacicque de 
layallccde Caonau .voulant eflayer qu'elle elloit 
la force, & faindletédc la nouuellc religion des 
ChteflicnSjVOulut auoir la compagnee d’vue fem¬ 
me , qui faifoit fon oraifon en l’Eglife. Elle le prie 
ne vouloir fouiller la maifon de Dieu, autrement 
qu’il fecourrouccroit contré eux. Qjiad à luy il re^ 
Ipond qu’il ne fefoucic de fi grade faindletc, vfant 
de blalphcmcs au deshonneur du laindl làcremét, 
& qu’il ne luychalloit que Dieu fe Courrouçall.Il 
accomplift fon defir, &aulli toll deuient muet, &C 
ellropic de fes membres. Ce mal fi foubdain le fait 
repentir, auec deliberation de ne fortir iamais de 
celle Eglife, & ne voulut de puis que autre que luy 
la nettoyall.Les Indiens eurent ce faiéf pour grand 
miracle, & vifitoient fouuent celte Eglife. Quatre 
Indiens vnefoysfe cachèrent en vnc grotte pour 
letonnerre, & la pluye qui elloitforte. Vn d’entre 
eux fe reconimandoit à naître dame, les autres fe 



1 . lIYRt DE l’hisT. 

mocquoient d’vn tel Dieu, & d’vne telle prière. Le 
tonnerre les tua, ne faifant aucun mal à celuy, qui 
fi deuotieufement Peftoit recommandé. Les let¬ 
tres mifliues que les Efpagnols cfcriuoient les 
vns aux autres ont beaucoup ayde à telle con- 
uerfion. Par ce que les Indiens croyoient que 
les Efpagnols eurent l’efprit de prophétie, puis 
qu’ils fenccndoieUt l’vn l’autre fans fc veoir, & 
fans parler, ou bien ils penfoient que la milfiuc 
parlait, ainiîqu’il aduint au commencement, vn 
Efpagnol enuoyoirà vn ficn compagnon vnc dou- 

I zaincde hutias cui'éts, & froids, afin qu’ils ne fe 

corrompiilènt point au chaule : l’Indien qui les 
portoit fendormit, ou fe repofa par le chemin, 
& citant trop long temps à arriucr où on l’cn- 
uoyoit, la fin le print, tellement que ces deux hu- 
tias il en mangea trois. La refponcc qu’il r’appor- 
toirenvnc lettre à celuy qui i’auoitenuoyc, con- 
tenoit que l’autre le rcmercioir de neuf hutias. 
Aufsitoftquel’Efpagnoleut leu ceftc lettre, il fe 
colère contre l’indien,quifouftenoit en auoir bail¬ 
lé douze,mais penlant que ce fuit la lettre qui par¬ 
lait, il confelfa la vérité, demeurant tout honteux, 
& aducrtiiîànt fes compagnons comme les lettres 
j; partaient,à fin qu’ils fen gardalfcnt.Au lieu de car- 

rc,& d’encre,on cfcriuoit en fueillcs de Quibara & 
Copei,auec vn poinçon ou elguillc.Onfaifoitauf 
fi des cartes à iou'erdes feuilles de ce Copei,qui fôt 
allez fortes pour eftre marquées. 

les chojes Je noftrc Efpdgne, y nifont pour le iollrd'huy 
en l’isle Efpegmle. chef. jj . 



GENERALE' DES INDES. 4* 

E N tout le pays de celle iileil n’y agueres d’Ef 
pagnols, & cfclaues Ne grès , qui travaillent 
és mines , au fuccre, aprcsle beltail, & autres tel¬ 
les affaires, par ce que, comme i’ay diél, il n’y a 
que bien peu d’indiens, quimefme viuent en li¬ 
berté, & aucc tel repos qu’il vueillcnc prendre .Ce 
que l’Empereur leur a donné de grâce, à fin que ce¬ 
lle nation, ne lu il du tout perdue, & que le langa¬ 
ge de ce pays demeurait,qui à tant accrcu le domai 
ne du Koy d’Efpagnc. La plus noble ville de celle 
illc cil Saint Dominicque, qui fut fondée par Bar¬ 
thélemy Colomb, en la riuicre du flcuue d’Ozamc. 
Il luy donna ce nom par-ce que il arriuaen vn Di¬ 
manche , qui fappellc en Latin Dominica, auquel 
iour clloit auilî la feile deS.Dominiq,& auffi pour 
ce que fô pcrc f'appclloit Dominiquc,tellcmctque 
troiscaufcs concurrcrcnt enfemble pour luy dôner 
nom. Eu ceilc ville cil affis le parlement de la Rot- 
re Royale: c’cft auifi le fiege Archiepifcopal, 5c eft 
vn paiïïigepourtouteslesindes,qui à cité caufe que 
toutel’ifle a prins fonnô deceile ville. Le premier 
cucfque fut frercGarzia dePadilla cor,ôclc premier 
Archeuefque fut Alphonfc de Fucn Maior natif 
de Yangcs l’an 1548. En ceilc Ifle il n’y auoit 
aucuns animaux à quattre pieds, finon trois for¬ 
tes de connils, où pour mieux dire, gros rats, qu’ils 
appellent hutias, cory, mohuy, & quemis qui font 
corne heures, & petits chiens de diuerfes couleurs, 
quinelappoienr,ny abbayoientùls chailbicnt auec 
ques ces chiens, & puis apres élire deuenuz gras, 
ilsles mangeoiét. Mais maintenir il y a en ce pays 
toutes fortes de belles,qui feruét pour le mâger,5e 




pour porter. Les vaches y ont tac multiplié, qu’on 
bailloit la chair pour auoir la peauiLè Doyen Ro- 
deric de Baftidas a eu d’vnc feule vache quatre 
vingts peaux en vingt fix ans. Elles ont toùs les ans 
des veaux,&le plus fouuent elles en ont deux par 
an, elles vellent dans dix moys fi elles font jeu¬ 
nesses iuments font de mefmc.Les chiens qü’on y 
aportez,&qui C'y font procrécz,& nourriz par les 
montagnes, & deferts font deuenfizplus carnaficrs 
que les loups, défont grâddomage aux chciircs,& 
moutons. Les chars qu’on y aportez d’Efpagncnc 
crient pas tant comme ils font par deçà,ils n’atten- 
dentpoint lemoys de I.anuier, pour entrer en cha- 
Ieur,mais toùs les moys de l’an font en amour fans 
faireàucü brui£l,& fins grôder. Il y auoit en celle 
ifle de lavigne,qui portoitdcsgrappes,defqucIles 
ils ne font du vin, de quoyiem'ellonnc, attendu 
que ce/le nation e/l fort fubiedle à feniurer. On a 
apporté delà vigned'E/pagne, lesrailîns fcmeu- 
rilfent à Nocl.&'toutcsfoys on n’enfaiél poindl 
encor’ de vin. le ne fçay pourquoy fi ce n’cil pour 
iaparelfe, & nonchalance des hommes, ou pour la 
force du pays. Le grain y proffite fort bien encor’ 
qu’qn fy addône peu, à raifon que le maiz cil plus 
. facile à culriuer,& plus feur à recueillir, & faiél vn 
pain plus materiel, & aulïï qu’il fert de vin. A u cô- 
mencemétqueonfemadu grain il iettoiclc tuyau 
fort,&l’elpylî groz,qu’ily en auoit tel,qui rédoit 
deux mille grainsion ne vit iamais telle multiplica¬ 
tion , ce qui donc à cognoillrc que ce pays ell fort 
graz:&par là aulï onpeutiuger que les oliuicrs,& 
autres fruidliers,qui ont noyau,doibucnt cftr'c lie- 



GENERAEE DES INDES 47 

files, & fans fruiét : inefnie il y en a quelques vns 
cômc pefches,&tels autres, qui ne veulét prendre 
racine. Les palmiers toutesfoys rendét leurs dattes 
meures,mais elles n’ont point de bote. Au côtraire 
les arbres,qui ont pépin ou femëce y profitétfort 
bien : aucuncfoys ils porter leur fruidt doux,aucu- 
nesfoys aigre.ll y a pluficurs fortes d’arbres portas 
cannes,côme calfe naturellc,mais ils ne vallct rien. 
Les calîiers qu’ô a efleué de grain apporte d’Efpa- 
gne font fort excelles,& ont multiplié grandemeti 
les formis y font grand dômage-.Toutes les herbes 
deiardinage, qu’on a apporté d’Elpagne croillcnt 
en abondâcc,& font deucnuesfi vitieufes,quc rien 
ne fçauroit greuerla perfonne d’auantage,commc 
font des laiétues,ciboullcs,peiTil,choux, carrottes, 
raues,& côcombres. Ce qui a le plus multiplié eft 
le fucre,tclleméc que pour le faire &affincr il y a ia 
plus de trente engins, & la traficquc en eft fort ri¬ 
che. Le premier,qui planta ces cannes doulces, fut 
Pierre d'Acienza.Celuy,qui premierle tirades can¬ 
nes fut Michel arbaleftrier Catalâ:8c celuy,qui pre¬ 
mier en feit vne charge dechcual,fut ledodteur 
Gonzalle de Vclofa. Us onr encor’ en celle ifle du 
baulme baftard, qu’ils prénent d’vn arbre appelle 
Goaconax,qui téd vne odeur fuauc, il brufle com¬ 
me du fuc de pin. Le premier qui en printfut An¬ 
toine de ville faindle, par l’aduis de la femme qui 
elloit indiéne. Ils tiret encor’de ce baulme d’autres 
endroidls! Il n’elt fi bon que celuy d’Egyptc,ou Iu- 
dcc,il fertauxplaieSj&fappliqueaux douleurs.il y 
a grand nombre d’oifeaux en celle ifle, qui ne font 
point en Efpagne, & y en a aulli beaucoup des no- 




lires. Il n’y auoit de paons;ny de porrllcs. Les paos 
font difficiles à efleuer,mais les poulies y profitéc à 
fôuhait, fans eftre difFctcces de celles de par deçà, (î 
non que les coqs ne chantent point à minuiét. Les 
chofes qu'on apporte de ce pays pour marchandi- 
fe en Efpagne font fucrc.brofil, bauime,callc,cuire, 
&azur d’outre mer fort fin.Vay eferit ce chapitre, à 
fin qu’vn chacu cogncut quel adu.ïtâge fait,lequel 
fecours dône cepayspourleiourd’huy y ayâr méf¬ 
ié de nouueaux habitas. I’ay cftcdu ni5 papier a ef- 
crire plu/îeurs particularitez de ceftc ifle,parce que 
lefuiet de l’hifloire le requeroit,& auili quelle a e- 
ftéjlafource d’oùeft forty lercfte du defcouurc- 
menrqu’on à fai£t de ces Indes,pays, & régions fi 
grandes comme auezpeu entendre par nollrcgco- 
kaphie, au chap .12. La troifieme caufe aulïi efl: 
iourl’amourdeceux, qui vont aux lndcs,lcfqucls 
en fâifânr leur chemin prennent port à cet Iflc,&y 
defcendcnt,ou l’approchent de fi près qu’ils la tou¬ 
chent, ou pour le moins en pafiànt la regardent. 

LIVRE SECOND DE 


l’histoire general: 


des Indes. 

Comme les Efpognols ont troiinctoutes les Indes, cho.^ 36. 

§(uoit trouuez, plufieurs fuiuat 
CC c ^ em ‘ n mc hent fur mer 
pour en trouuer encore d’au- 
trcs,auctisà leurproprescouts 



GEN ER. A I E DES lvNDÏS. 48 

&delpés,autres aux defpés du Roy,péfans to’ fcn 
richir,&aquerir gloire,& faire mieuxlcuis affaires 
aucc celles du Roy. Mais toutesfois aucuns n’ont 
rien fait que dcfcouurir des pays, & fc confommer 
& fi n’eft demeuré mémoire de tous qucicfçachc, 
pour le moins de ceux,qui ont floté vers la Tramô- 
tanc coftoyants les pays de Baccalcos,& de labeur, 
qui ne font gueves riches . Lcmefmeeftaduenuà 
ceux, qui ont vogué vers la partie de Paras depuis 
1 a 1495.1’ufques à 1500. le difeoureray feulemét de 
ceuXjdefquels ay peu entédre quelque chofc,fànsa- 
uoir efgard à aucun, aifeurant en premier lieu quo 
touteslcs Indes ont efté trouues parles Efpagnols, 
exccptéla part que defcouurit Colomb, ccqueic 
dis, affin que les Roys Catholicqucs fçaehent 
qu’elles ont efté, Sc quelle cft la propriété qu’ils 
en ont en ayants prinspoiTeflion de toutes aucc 
la licence, & otrroy du Pape. 

Terre de labeur. Chap. 37. 

P Lu/ieurs ont coftoyè le pays de labeur pour fça 
uoir iufqucs où il feftendoit, & fi on ne trou- 
ucroitpoinc paflàge pour aller aux Moluques, Sc 
gaignerles cfpiceries, qui font commenous di* 
rons ailleurs foubs la ligne Equinoxiale, penfants 
accourcirlc chemin de beaucoup. Les premiers, 
qui ont cherché ce paflàge ont efté Caftillans, par¬ 
ce que les Ifles des efpices cft de leur departe¬ 
ment. Les Portugaloys ont faiét le femblablc, 
pour toufiours interrompre celle nauigation, 
C d’auenture ce paflàge fufttrouué , & pour ren¬ 
dre immortel débat qu’ils ont fur ces Ifles & n’en 



. ; *#■ 

2 . LIVRE DE L H I S T; 

Venir jamais à bout. Pour cefte éaufe Gafpar Cor¬ 
tès Real fy en alla auec deux carauellesl’an ijoo.IÎ 
en peut trouuer le deftroit qu'il-chcrchoit. 11 lailfa 
fon nô à des ides qu’il rccôtra à la bouche du joui 
fe Quarté à plus de 50.dcgrcz.il print efclaucs cn- 
ïiiron de foixante hommes, & s’en rcuint tout en¬ 
nuie, &defefperé de fon entreprinfe pour les gran¬ 
des neiges &glaccs,qui font quafi continuelles en 
ce quartier,ou rnefme la mer fe congèle. Les hom¬ 
mes de ce pays font bien difpos : ils font Moi cs,& 
bons au trauail. Ils fe chargent de painturc par ga¬ 
lanterie, & fe niettét aux oreilles des pendans d’ar. 
gentils fe veftent de peaux de Martre, Sc d autres 
animaux : l’hyuer ils mettent le poil en dedans, & 
l’cfte pat dehors.lls fe ferrent le ventre, & les cuif- 
fes auec des cordons de cottô, ôc nerfs depoilT’on, 
>ù d’autres animaux . Ils mangent plus de poilfon 
qued’aurrccho/è,<S;lpccialement duSaulmon en¬ 
cor qu’ils ayenr force oy féaux, & fruits. Ils font 
leurs maifons de bon bois, duquel ils ont grande 
quantités les couurent aueepéauxdc poilfon , & 
d’autres animaux au lieu de tuillc. Us difent qu’il y 
aen ce pays dcsgrifons,&des burs,auec plusieurs- 
autres animaux, & oifeaux tout blancs.En ce pays, 
& ésifles prochaines vont, & demeurent les life¬ 
rons,le pays dcfquels eft en mefinehauteur,&tem- 
peraturc que celle de ce pays. Des gens de Noruc- 
gucy foncaufîl allez auec le pilote Iehan Scolue, 
&les Anglois auccSebaftien Gauoto. 

Pour quelle cnufe fauteur commence h ce quartier Ihtdif- 
cotirirfurie clefeuurcment des Indes, chep. 38. 

I’ay 





GENERALE DES INDES. 49 

I ’Aÿ commencé à reciter le defcbuuremcnt des 
Indes du Cap de Lrtbettr pour fuÿacef ôtdré que 
i’ay gardé en defcriüdntleurfiruatidnjffi’eftant'ad- 

uis que c’eft le meilleur moyen, Sdç plus clct tant 
pour eferire que pourle dôner à entendre. Càtfui- 
uanr vn autre flilc ce ne feroit qu’vrie confufion. 11 
cft bien vray que ce feroit vn bon ordre fi on fui- 
uoit les tcnips,efquels elles ont cité trouùees. 

DcBuccaleos. chdp. 39. 

T L y a vne grande eftendue de terre,qui fe ietteen 
*poinétc dans la nier, laquelle oh appelle Bacca- 
leos fa plus grad’ haultetir eft <fe 44. degrez & de- 
my. On appelle ce pays Baccaleoc à l’occafiô d’au¬ 
cuns poiffos,quifont là en fi grade abôdance,qu'ils 
empefehét le cours des naulres. Celuÿ.qùi apporta 
plus certaines nouuelles de ces gés cy/utSebaftien 
Gauoto Vénitien , leql equippa en Angleterre aux 
defpés du Roy Héry feptiefme deux vaifleaux,ayâc 
grâd enuie de négocier aux efpices corne faifoienc 
les Portugais. Aucus difent qu’il arma cës nauires à 
fes propres defpés, & qu’il promit à ce Roy Henry 
d’aller au Catay parlaTramontt®b,&famener de' 
là des efpices en moindre temps que ne faifoienc 
les Portugais allans par le Midy,& qu’il entreprinc 
ce chemin pour fçauoir quel pays c’eftoit que les 
Indes,&pour y baftir. Il mena auecfoy trois cens 
hommes ,ÔC print la route d’ifland’au delTusdu • 
cap de Labeur iufqucs à ce qu’il fe troua» à j8. de- 
gtez & par delà.Il racomptôit que le moys de Iuil- 
leteftoitfi froid, & les glaçons fi grands, qu’il ne 
fut allez hardy de palier ourreiqueles iours eftoiéc 
fort longs qtiafi fans nuiél, Sf. tjouree peu qu’y en 




auoit encor eftoiét elle fore claire. C’eft vnc chofc 
certaine qu’à 60. degrez lesioùrs fôt de i8.heures. 

• Gauoto fentant le froid, & voyant la rudeflè de cc 
quartier,tourna vers Ponct,fc rafrefchiilàn t à Bac- 
caleos: & puis flotta le longdclacoftc iufqucsà 
38.degrez,& de la rebroufla l'on chemin en Angle- 
tcrrc.LesBretôs& Danois font le voyage de Bac- 
calcos, & François Cartier, qui eftoit François y a 
elle deux foisauec trois galcons: la première fut 
l’an 1534. & l’autre l’annced’apres. Il efprouua le 
terroir, & le trouua commode à demeurer depuis 
le 43. degré iufques au 51. Il difoit qu’il failloit fc 
fortifier en ce lieu là, par ce q le terroir eftoit auflî 
bô que celuy de Fracc,& qu’il eftoit côrnun à tous, 
principalcmct à ccux,qui premiers l’occuperoicnt. 

Lefieime de ftinfl Antoine. Cb*[i. 40. 

L ’An 132.5.Eftiennc Gomcz pilote Cc n alla en cc 
pays a uec vnc carauelle année aux defpcns de 
l’Empercur.Cc pilote vouloir chercher vndeftroit 
qu’il auoit promis trouucrau pays deBaccalcos, 
par lequel on peut pafleraux efpiccs parvn chemin 
plus court que vn autre, & rapporter doux de 
girofle, canelle, & autres efpiccries, & médecines 
qu on apporte de là. Cet Efticnnc Gomcz auoit ia 
quelque fois nauigué aux Indes, & auoit efté aucc 
Magellanesau defttoit Magellanique. Il auoit efté 
àl’ailèmblee que les Caftillïs,& Portugais auoient 
fait à Vcdaioz pour leur differét qu’ils auoient en¬ 
semble fur les ifles de Moluqucs. Sur celle dilpute 
il trouua vn bon expédient fi on euft peu trouuer 
vn deftroit en ceftc partie. Pour celle caufe Chri- 
Hophle Colomb,Ferdinand Cortez,Gillcs Gonza- 
1 z deAiiih, & autres n’ayans peu trouuer cc def- 


troit depuis le goulfre dçVraba iufques à la Flori¬ 
de, ce pilote conclud de paiTcr outre, mais il ne fut 
poflible de le trouucr, par ce qu’aufli il n ’y en a 
poinr.ll cofloya vn long traift de pays,qui n’auoit 
encor cllcdcfcouuert d’aucun,encor que Scbaftien 
Gaucto eufl: efté premièrement vers ce quartier là, 
Il print autant d’indiens qu’il en peut mettre en fa 
carauellc,& les emmena auec foy,contre la volon¬ 
té du Roy. Il retourna à Corona 8c ne fut que trois 
inoys à faire fon voyage. Quand il entra au pott il 
dit qu’il amenoit des efclaucs qui fappellenc en 
Efpagnol cfclauos: vn bourgeois de la ville n’ayat 
entendu qu’à demy, penfoit qu’il voulu!! dire des 
doux, qu’on appelle en leur langue clauos, quieft 
ce que nous appelions doux de girofle, lcfqucls à 
fon partemen t il auoit promis d’apporter.Cc bour¬ 
geois ayant ainfi mal entedu ce mot, print la polie 
pour aller des pmiers à la court.&acqucrir la grâce 
du Roy luy difant qu’Elliéne Gomçz amenoit des 
donx.Ccfte nouuelle fut incontinêt diuulguce par 
toute la coure, auec reflouilfance de tout vn chaf- 
cun.Mais vn peu de iours apres citant la vérité co- 
gneue corne ce bourgeois auoit entendu des doux 
pour des cfclaues, 8c corne le pilote ne rapportoit 
rien de ce qu’ilauoitpromis,onfe printà riredela 
grâce que ce bourgeois demandoit, & l’efpcrance 
fut perdue de pouuoir trouucr ce deftroit que tant 
on defiroit, & ceux qui auoient fauorifé Efticnne 
Gomez pour faire ce voyage rougirent de honte. 

Les ijles Leucuies. chsp. 41. 

L Es Illes Lucaies, où Iucaies font vers la Tra¬ 
montane au defloubs de Cuba, 8c Haiti,aurre- 

g Ü 



ment Efpagnole . On dit qu’il y a plus de 400.de.. 
ces Ifles,toutos petites,exceptée Lucaia, de laquel¬ 
le toutes lès autres ont prins le nom. Elles font fi- 
tuees à 17. & 18. degrez : entre icelles on compte 
Guanaliani,qui fut la première terre veue par Co¬ 
lomb, Mangua,Guanina,Zuguarco. Les gés de ces 
Ides font plus blancs, & mieux difpoz que ceux de 
Cuba, & de Haiti, & fpecialement les femmes : la 
beauté defquelles eftoit caufe que beaucoup d’hô- 
mes de terre ferme comme de la Floride, de Chi- 
cbréjde Iucatam alloicnt viure en ces Iflcs , ce qui 
. rendoitla ciuilité d’entre eux plus grande, qu’en 
pas vne autre Iflc, Si y auoit diuctfité de langage, 
lècroÿ qüedclàeft venulebruitt qu’il y auoit là 
des Amazones, & qu’il y auoit vnc fomeine,qui 
fàifoit raieunir les vieilles pet formes. Ceux de ces 
Jfles font tourtours nuds fils ne vont à la guerre, à 
la feflc,oi) aux dâfes. Car alors ils fc couurent d’vn 
vertement fait de cotton, & de plume bien agéeee 
auec vne certaine induftrie,& fur la tefte ils inettet 
de grands pennaches. Les femmes mariées, & cel¬ 
les qui fë lotit efbatucs auec les hommes, fe cou- 
u'rënt les parties honteufes depuis la ceinâurc iuf- 
ques au genouiî auec certains petits mâteaux-.mais 
lès vierges ne portent qu’vn petit rets de cotton, 
qui a dedas la maille des fucilles d’hcfbe, encorne 
portent elles ce rets que quâd elles ont leurs moys, 
autrement elles vont toutes nues. Et qùandleuts 
moys viennenr,ellcs inuitent leurs parens &|amys, 
fàiiâns vne fefte, comme ils feroient au iour des 
rtopccs. Il y a en ces Iflcs vn Seigncur,qui a le foin 
de la peichcjdela charte,& des femcces, & ordon- 





GENERALE DESINDES. JI 

ne à vn' chafcun ce qu’il faut qu’il face.'Ils enterrer 
le grain, & les racines qu’ils recueillent en leurs 
champs, ou en ceux du Roy,& puis.onlediuifeà 
y n chafcun félon la grandeur de leur famille-.its ay- 
incnc fort à fc refiouir. Leur richelfc côfifte en co¬ 
quilles de perles, & en autres coquilles rouges, 
qu’ils pendér à leurs oreillcsxn pierres prccieiifcs, 
comme rubis fi cftincelants, qu’ils femblent ictter 
vneflâme. Ils les tirent delateftedcccttaines.hui- 
tres qu’ils prenent en la mer,5e qu’ils mâgent pour 
vnc viande delicatc.lls portent des couronnes,car: 
cants,5e autres chofcs,qu’ils fe lier au .c.ol,aux bras, 
Seiambcs, 5e encor qu’elles.foret de petite valeur, 
les tr.ouuans par le fable, fi donnent elles bonne 
grâce aux femmes qui font nues.En la plus part de 
ces llles,ils n’ont point de chair, auili n’en mâgent 
ils point.Leurrepas eft de poilfon.pain demaiz,ra- 
cines.ôefruids. Les homes des l/les qu’on men.oif 
à S.Dominique,ou à Cubamouroient apres auoir 
mangé delà chair : pour celle .caufe les Espagnols 
donnoient à ces Indiens peu de chair! ou point du 
tout. En quelques vnes de.ces Ulcs il y a tant de pir 
geo ns, & autres oifeaux , qui font leurs nids fur les 
arbrcs,que ceux de terre ferme,de Guba,5c Haiti y 
viennent f y en fournir, les emmenât en leurs pays 
à pleines barques. Les arbres, où ils font leur nid 
referablét àgrcnadiers:ils ont l’efcorce quafi com¬ 
me candie quant au gouft,mais elle eft forte com¬ 
me gingembre,ôi à là fentir femble doux de gitou- 
flc-.elle n’eft point tout.esfois au ranc.de l’efpiccric. 
Entre plufieurs fortes de fruiâs.ilscn onr vn nom¬ 
mé Iaruma,qui eft de bô gouft,Sçqui eft filin : l’Ar- 







I. LIVRE D£ i’hiST. 
brcèft fcinblable au noyer,& a la fucille de figuier, 
Lcspetis rameaux,& fueilles de ce Iaruma pillées. 
■Si appliquées auec fon ius fur quelque playe, l f 
guetitrèrtt , tant vieille qu’elle foit. Vnefoysdeus 
Efpagnolsayansmisla main à l’efpee l’vn contre 
l’autre,l’vn couppa le bras à fon compagnon,os & 
tout.vnc vieille de Lucaia raficmblant l’os en vn,l< 
guarit feulcmét auec le fuc & fueilles de ccfl: arbre, 
Vn Lucaios charpétier, cftant à S .Dominiquc,pri| 
fonnicr,cn prifon libre toutesfois, creufii vn tronc 
de Iaruma,qui efl aulfi aifcà creufcr que le figuier, 
Jefàiiànt en forme débarqué, & ayant mis dedans 
,fâ prouifion demaiz, & del’eau dedàs des cruches, 
fe ietteen mer dedans cefte petite barqucrolcaucc 
de fes parés,qui le fuiuoient à nage,mais apres qu’il 
eut ia trauctfé la mer, l’efpace de cinquante lieues, 
des Eipagnols le rencontrercnr, qui le remencrenc 
à faillit Dominique. Les Eipagnols en vingt ans 
ontenlcué de ces/I/lesplus de quarante mille per¬ 
sonnes. Ils abufoient ces panures gens, leur fai fine 
à croire,qui les mencroient en Paradis: ce qui leur 
cftoit aifé à perfuadcr,par ce qu’ils croioiét ia,qu’ils 
deuilènt eftrc purgez de leurs pcchez,au pays froid 
de la Tramontane, & puis déjà, entrer en Paradis» 
lequel ils penfoient eftre vers le Midy. Par ce moyc 
les Eipagnols ont ruinéles Lucaioys,cn menantla 
plus grand part d’iceux à leurs mines. On di£t que 
tous les Chreftiés,qui fe font ainfi faifis de ces pau- 
ures Indics, ou qui les ont faidl mourir de trauail, 
ont finy malheureuièment,ou qu’ils n’ont iouy de 
ce qu’ils auoient ainfi gaigne. 
pnfeune IourtLm^uicft'ptifajsdtChicoré. Chdp.41. 




r 


GENERALE DES INDES. 5 ! 

C Ept bourgeois deS.Dominique,entre lefquels 
^ elloit le Licentié Lucas Vafquez d’Aillon,audi- 
teur de celle Iflc,cquipperent deuxnauires au porc 
de l’Argent, l’an 1510.en intention d’aller enleuer 
des Indicns,aux Ides Lucaiestmais ne trouuas pec- 
fonne à qui chager leurs denrees, & pour prendre, 
& emmener à leurs mines, ou pour penfer leurs 
trouppeaux de belles,& feruiràîeurs ccfcs,&mai- 
fons, délibérèrent de monter plus vers la Tramon¬ 
tane pour chercher pays nouucaux,& de ne retour¬ 
ner fans en trouucr.Suiuant celle deliberatiô abor¬ 
dèrent en vnpays nommé Chicoré, & Gualdapé, 
qui cil à j2. degrez. C’ell le pays qu’auiourd’huy 
on appelle le Cap deS.Heleine, 8c flcuue de Iour- 
dan. Aucuns difent coutesfois que ces Bourgeois 
n’entreprindrent ce voyage de leur bon gré, mais 
par la contrainélc des vents.Or l'oit corne on vou¬ 
dra,il cil certain que les Indiens acoururent vers la 
marine pour vcoirccs Carauelles commcchofcà 
eux toute nouuelle,& nô encor’ veücicar leurs bar¬ 
ques font fort pctices, encor’ aucuns péfoient que 
ce full'enc quelques môllrucux poilTons.Mais quâd 
ils veirent defeendre à terre des homes barbuz 8 c 
yelluzjfenfuirét incontinent le plulloft qu’ils pcu : 
rent. Les Elpagnols, qui elloicut def-embarquez, 
coururent apres, 8c attrapperent vn home, 8c vue 
fcmme,lcfquels ilsvcllircc à la façô d’Efpagne,&lcs 
rcnuoicrcnt appellcr les autres.Le Roy du pays les 
voyât aifi veltuz,fefmerueilloit de cell habit,parce 
que les fiés alloiéc tout nuds, ou aucc des peaux de 
quelques animaux,ll enuoya cinquate homes aucc 
desviures, vers lesvaiffeaux. Auec ceux-cy,plufieurs 

S i'Ü 



, 1 I y R E D I X. H I S T. 

Efpagnols f en allèrent par deuers le Roy, qui leur 
donna vn guide pour veoir.lc pays, Se par tout où 
ils alloicut, on leur donnoit imanger, Se de petits 
prefens de peaux, de petites perles& de 1 argent. 
Apres que ces Efpagnols eurent veu la richçflc, 6 c 
qualité du pays, Çc curent bien confidcre la façon 
de frire des habitans,& la fuffifance des viures, Ôc 
l’jbondâccd’çiUjilsinuiterent les Indiens avenir 
vcoir leurs nauires,ce qu’ils feiret, Sc entrèrent de¬ 
dans, fans penfer à aucun mal, alors les Efpagnols 
leuerent les ancres , & feirent voile, & auec celle 
prinfede Chiçorans fen retournèrent à S. Doitti- 
nique.Mais vnc des Carauelles fe perdit par le chc- 
min,&les Indiens qui eftoient dcdas,raucre,rnqu- 

rurcnc en peu de tctnpsjdc mclancholie,&de f rim, 

parce qu’ils ne vouloient.cn frçon aucune.mâgcr 
de ce q les Efpagnols leur prefcntoicnr,ains man- 
geoienr pluflofl des chiens,des afnes,&autres be¬ 
lles mortes qu'ils trouuoienr le long des murailles. 
Lucas Vafquez d’Aillon, auec la relation de toutes 
ces chofes vint à la Court, & amena auec foy vn 
Indien de ce pays nome François Chicoré, lequel 
racôptoit chofes,merueillcufes de ce païs.Ce Lucas 
demâdala c6quefte& gouuerncmcnt de Chicoré. 
L’Empereur luy dona ce qu’il demadoit, Se en ou¬ 
tre le feit Cheualier de S.Iaques.ElHc retourné àS. 
Dominique, il arma certains vailTeaux.l’an 1514.& 
le nicift en chemin auecintction d’y baftir,ayât cf- 
perace d’y trouuer de grads trefors-.mais la Capicai- 
nellèdc lès nauircs fe perdit aufleuue Ioiirdâ, auec 
plulîeurs Efpagnols, & en fin luy meftne eut pareil¬ 
le mort,fins auoir faiéè chofe aucune digne de mé¬ 
moire. 






Les confiâmes rtrs Chicorans. cbttp, 43. 

C Eux de Chiçoré font de couleur brune, hauts 
de corpulence,ayarjs peu de barbe: Ils ont les 
cheueux noirs,& longs iufques à la cein turevles fé- 
mcs les ont plus lôgs.mais elles les ont tous entor- 
tillez.Ceux delà prouirice deDuaré,qui eft proche • 
de ceftc-cy,les porcent iufques aux pieds.Leur-Roy 
nommé Datha, çftoit grand comme vn Geâr, & la 
femme de mefme : il auoit auifi vingr-cinqçnfans 
d’vne grâdeur non-pareille. Quand on leur demi- 
doitpourquoy ils croilloyenc tant,ils refpoijdoyct 
que cela aducnoit pour mâgercertaine viande Su¬ 
ède comme vue farce de plulieufs herbes enchan¬ 
tées, autres difoyét qu’on leur attcdtilfoit lçsjos a- 
uec certaines herbes cuites, & puis qu’on les eften 
doit. C’eftoyent qüelqucs Chicorans quiauoÿe 
cfté baptifez, qui rendoyent tellesraifons.: mais , 
croy qu’ils bailloyét ces bourdes en payemér poJ 
dire quelque chofe : parce qu’en montant contre- 
mot le flcuue de lourdan on voit les homes fi gras 
qu’ils reflcmblènt à Geans à copataifon des autres. . 
Leurs preftres fôt habillez differément des autres, 
Sc n’ont point de cheueux’.ils en laiflent feulement 
venir deux petits Hoquets fur les tempes qu’ils at¬ 
tachent fous le menton. Ces preftres pilent certai¬ 
nes herbes, & du fuc d’icelles afperget les Soldats : 
Ils ont la charge de beneiftre ceux qûivont à la 
guerre,& de péfer les bleflez,&d’éterrerlcs morts: 
Ils ne mangent point de la chair humaine comme 
les autres: Aucun n’a recours à autre médecin qu’à 
certaines herbes, les proprietez defquelles ils con- 
gnoifsét à quelles maladies& playes ellesfôt bônes: 
Auec vne herbe nômee guai ilsvomifTcnr la colère/ 






& tout ce qu’ils ont en l’cftomac, &'pour ce faire, 
ils la mangent,ou laboiuent, elle eft fort cogneuc, 
& eft fi falutaire,que par la vertu d’iccllc,ils viuent 
longuement,& retiennent fains & forts. Les Ptc- 
ftres font fort fpirituels à faire pluficurs fortes de 
fafcinationis,tellement qu'ils redent tous leurs ges 
eftonncz,&cfmerueillez de ce qu’ils font: Ils ont 
deux petits Idoles, lefquels ils ne monfttent en 
public que deux fois l’an, l’vnc fois en teps de fe- 
mencc, & lors ils font grand fcftc-.lcRoytoutle 
long de lanuiét delà veille de telle fefte ne bouge 
d’auprès telleimagc,&lematin venu, apres que le 
peuple eft allcblé,môftre d’vn lieu haut exaucé fes 
idoles,mafle&fcmellc,lefquels tout le peuple ado. 
refeproteftansen terre,& crians à haute voix, mi- 
fcricordc.Cela faiét le Roy deicend à terre,&don- 
ne des riches robes de cottô embellies de ioyaux à 
deux chcuaJiers,quiporrcnc ces idoles au champ, 
ou doit aller la proceftion :Ilnedemeure aucun, 
qui n’aillçà telle proccftîon,fil ne veut cftre repu- 
•té peu deuotieux: vn chacun porte la meilleure ro- 
bc,qu’ilait: aucuns fc teindent : autres fc couurcnt 
de fucilles: quelques vns Ce font des mafques auec 
des peaux:leshommes&les femmes chantent, & 
danfent,Ies hommes font pour leiour,& les fem¬ 
mes pour la nuiét, paflàns ceftp fefte auec prières, 
chanfons,danccs,oblations,perfuns, & telles cho- 
fes.Lc iour enfuiuant on reporte ces idoles en leur 
chappelleauec femblable pompe. Ils penfent pat 
le moyen de ccfte ceremonie recueillir bon nom¬ 
bre de grain. En vneautre fefte ils portent aulli en 
vn champ vne ftatuc de bois auec mefme folénité, 



GENERALE D E S I N D E S. 5 + 

& gardans pareil ordre, & puis la fichent là fut vnc 
gcoiTe pièce de bois, qu’ils mettent debout en ter- 
re,l’enuironnant tout à l’entour de peaux, coffres, 
baucs, & fieges : Tous les mariez,fans qu’aucuns y 
faille, viennent offrir quelque chofe, & mettent 
leurs oblations dans ces coffres, ou fur ces bancs, 
ou les pendent àces peaux-.lcs preftres.qui font dé¬ 
putez à ceft office remarquent l’oblationde cha¬ 
cun,& à la fin difent, qui eft ccluy, qui afaidt plus 
riche offerte, à fin qu’vn chacun en ait la cognoif- 
fance. Ccftuy là cft fort honoré de tous tat que la 
dure, cela cft caufe que plufieurs font leur oblatiô 
à l’enuic l’vn de l’autre : Les principaux, &les au¬ 
tres aufli mangent du pain, du fiuiét, & des vian¬ 
des qu’on a oftcrt,lc refte eft diftribué entre les fei- 
gneurs,&lcs preftres.Ils defeendét puis apres leur 
ftatuc quand la nui«5b cft venue, & la plongent de¬ 
dans la riuierc,ou dedans la mer,fi elle eft pres,afïn 
qu elle s’en aille auec les Dieux de l’caüe.Le lende¬ 
main de leurs feftes,ils deterrét les os d’vn Roy, ou 
d’vn Preftre,qui a efte en grande eftime,&bône rc- 
putation,ôdes mettent fur vn efehaufaut drefle en 
la campagne, les femmes feules le pleurent, tour- 
nans à l’entour,en forme d’vne dace rôde,& offtét 
ce qu’elles veulent,ou ce qu’elles pcuuent. Le iour 
d'apres ou reporte ces os en leur fcpulture, &lors 
vn preftre fait vnc oraifon en la louage de ceftui là: 
de qui ils font.&difpute de l’immortalité de famé, 
traidlc de l’éfer,du lieu ordôné pour les peines, le- 
ql les dieux ont eftabli en vn pays,&terre tresfroi- 
de,où fe doiuct purger les pechez.il traiéte aufli du 
Paradis,qui eft en vne terre fort teperec, poffédec 




U 11 V RE DE l’h I ST. 

patQuezuga,gradfeigneur,doux,&:boitcux,lcqucl 

donne grand palTc-temps aux amcs,qui vot en fon 
Royaume,les lailîant danfcr, chanter, & prendre 
plaifir auec leurs amoureufes. Par telle ceremonie, 
ces os demeurent canonifez, & le harangueur do¬ 
nc congé à fes auditeurs,& enfin prend par les na¬ 
rines de la fumee faite d’herbes, 8 c gommes odo¬ 
riférantes, fouillant corne vn enchatcur. Ils croy et 
qu’il y ait beaucoup de gens au ciel,&autant foubs 
terre, & qu’il y a des Dieux en la nier: & de to ut ce 
cy les preftres en ont des chanfons qu’ils chantent.. 
Quand vn Roy meurt, ces preftres font certains 
feuz, comme rayons, donnans parlai entendre,® 
voulans faire à croirc,quc ce font les ames qui font 
iortics du corps, lefquclles montent au ciel, & en¬ 
terrent le corps auec de grandes clameurs, 8 c com¬ 
plaintes. La reucrcnce qu’fis font à leur Cacique, 
cft pLiifame,ils luy touchenr le nez auec les mains, 
& le frottent,ôepuis Jes partent depuis le front,iuf 
ques dcrrierele col,alors lcRoy tourne la tefte vers 
l’efpaule gauche, fil veult faire hôneur à ccluy, qui 
.luy fajd la reuercnce.Vnc veufuc ne Ce peut rema¬ 
rier ,fi lôn mary eftmort naturellement: mais elle 
peut fe remarier fil eft défait par iuftice.Ils ne lajf 
lent point demeurer les filles auec celles qui font 
mariées. Ilsiouënt à.lapyle, &fexercent de l’arc 
comme fontlesTurcs.auffi tirent fis bien,& vifent 
fort droit: Us ont de l’argent, des perles, &.autrç s 
pierres :Us ont plufîcurs cerfs qu’ils npurrilfgn't.ep 
leurs maifons, & les enuoyent paiftre aux champs, 

& ne faille de retourner au foir en leurs maifons.Ils 
font du fromage d.ulait de leurs femmes. 







GENERALE DES INDES. 5 J 

Pc Borijucn. Chip. 44. 

A Dix-fept degrez,& à cent mil de l'Ifle Efpagnd 
le, vêts le Pou ont, eftfituee l’Ifle Boriqucn, 
furnommee pat les Chrcfticns Saindt Iean. Elles 
en longueur deux cents mille, &en largeur elle 
en a fcp tante deux, fa longueur eft de Leuanten 
Portent. Lequartier qui regarde la Bize cft riche 
en or, 8c ccluyqui tend au Midy, efl fertile' cil 
pain, fruits, herbes, & poiflons . On difoit que 
ces Boriquins ne mangeaient point de chair, mais 
cela fe deuoir entendre d’animaux à quattre pieds: 
car ils mangent force oifeaux, & mefme des chaula 
ue-fouris pelees en cauë chaude.Quan taux chofes 
qu’ils auoient anciennement, 8 c quant à ce qu’ils 
ont naturellement, ils font de mefme condition 
que ceux de l’Ifle Efpagnole,& mefme pourleiour 
d’huy c’eft encor tout vn. lis fontfeülement en ce 
differents que les Boriquins font plus vaillants 
que les autres,6c faydcntd’arcs& fléchés,fins tou¬ 
tefois les cnuenimerd’hcrbe.Ily a en cefte iflevne 
Gôme, qu’ils appellentTabunuco, qui eftmortel- 
le,& coulle côme fuif, d’icelle meflee auec de l’hiiy- 
lc,on oinft les nauires, à caufe de fon amertume,- 
elle fe defendbié cotre les vers qui ontaconflutné 
def’engendrer en la pourriture du bois , dedesaiz- 
des vailfeaux. Il y a aufli grande quantité de Güaia 
can, qu’on appelle bois faindt, qui fort à guarirle 
mal François, & autres maladies. Chriftofle Co¬ 
lomb dcfcouurit cefte Ifle en fon fécond Voyage. 
Iean Ponce de Leon,fy en alla l’art ijop.aiiGccôgc 
du gouuerneur Ouando, en vne Carauelle qu’il a- 
uoit à Saindfc Dominique, par ce quelques Indiens 




luy auoient dit que c’edoit vnelfle edimce riche. 
Ildefccnditau quartier ou dotninoit Agueibana, 
lequel le receut en toute amitié, & le feid Chredic 
aucc fa mere.freres & feruitcurs,& fi luy dôna vne 
fienne fœur pour amie,edant telle la couftume des 
feigneurs,qui veulent faire honneur à autres grâds 
perfonnagcs,qu’ils veulent receuoir pour amys,& 
hodes. Apres il le mena fur la code de la mer vers 
la Tramontane pour recueillir de l’or, qu’ils trou- 
uerent endcux|outroisfleuucs. Iean Ponce laid» 
certainsEfpagnols aucc Agueibana,&l’cn retour¬ 
na à S. Dominique aucc la monftre de l’or,& aucc 
quelques Indiens delà. Mais voyàt que le gouuer- 
neur Nicolas d’Ouando s’en edoit retourné en Ef- 
pagne,& qucl’Admiral Dom Diego Colomb e- 
ftoit gouuerné, il fen retourna à Boriquen aucc fa 
femme,& toute fa maifon,&luy donna le furnom 
dcS.Ionn: & delà elcriuit au grand commandeur 
Ouando qu’il lêift pour luy enuers l’Empereur que 
il eud le gouuernement de celte ifle, foubs le com¬ 
mandement toutesfois du Viccroy,&dcl’Admi- 
ral des Indestce qu’il obtint, & alors allèmbla gés, 
& guerroya contre ceux de celle IIlc. Il fonda la 
ville de Caparra, qui fe dépeupla puis apres pour 
edre mal faine,citant fituee en vn marets.ll peupla 
encor’à Guaniqua, quifutaufli incontinent des- 
habiteepourle grand nombre, & importunité de 
certaines petites mouches, & de pulces, & alors il 
peupla au deflous de Major,& fonda quelques au¬ 
tres villes. La conquede de celle Ille a coudé la 
mort de plufieurs Efpagnols,par-ce que les habitas 
cftoicnr courageux, & appellerétles Caribespour 




leur defenfe. Iceux tiroient des fléchés enuenimees 
aucc vne herbe fi mortelle qu’elle ne reçoir aucun 
rcmede.lls penfoient au cômcncemcnt que les Et 
pagnols fulTent immortels : 5e pour en fçauoir la 
vérité,Vraioa Cacique de Yaguacaptint ccfte char 
ge auecl’accord, ôc confentement de tous lesau- 
trcsCaciques,afin qu’il fuft fccouru de tous fi pour 
cela il luy aduenoit mal. Il commanda à quelques 
vns de fes fecuircurs qu’é paiTant le fleuue de Gua- 
rabo, ils iettalfent vn certain Efpagnol nôméSal- 
ccdc, qui cftoit logé en fa maifon, dans l’eaüe. Le 
portails donc fur leurs cfpaulcs comme fils l’eut 
lent voulu palier le fleuue, ainfi qu’ils auoient de 
couftume,lc iettent au milieu, où le compagnonfe 
noya. Le voyant ainfi noy é,creurent que tous les 
autres eftoient mortels: ce qui leur donna courage 
de faflocier enfemblc,& fe rebellèrent, 5e tucrenc 
plus de cent Efpagnols. Entre ceux qui ont efté à 
ccfte conqucftc le plus remarqué de tous cft Diego 
de Salazar. Les Indiens auoient tat de peur de luy, 
qu’ils ne vouloicnt combattre où il eftoit,5e pour 
ccfte caufe encor’ qu’il fuft tout eftropiat du mal 
des bubcs,ou mal François, fi le portoit on au câp, 
afin que les Indiens feeuflent qu’il y eftoit. Les In¬ 
diens de celle ifle, fouloient dire àvn Elpagnol, 
qui les menaçoit: le n’ay point peur de toy, pour- 
ueu que tu ne foyes Salazar. Ils auoiét aullî grand 
peur d’vn chien fur-nommé Vczcrrillo rouge, 5c 
metiz, qui gaignoit la foulde autant qu’vn arbale- 
ftricr 5c dcmy.Ce chien alfailloit les Indiens fière¬ 
ment, 5c aucc diferetion: Il cognoifloit les amis, 5c 
ne leur faifoit aucun mal,encor’qu’on le touchaft. 





il congnoifloit fi tel eftoit Caribe,ou riôn:ll pour- 
fuiuoitviuemét celuy quifuyoir,itirques au milieu' 
du câp de l’ennemi, ou le mertoit en pièces, fi feu¬ 
lement onluy euft di<ft,or fus vide,va le cerchcr : il 
ne f’arrelloit iufquesàccqu’ileuft fait tourner vi- 
f a tr e à celuy qui f’enfuyoit. Ce chien alTeuroit tant 
nôs gens, qu’ils ofoyent affronter les Indiens aulfi 
hardiment que fils eulTent eu trois homes de che¬ 
nal auec eux. Ce chien mourut eftant bielle d’vne 
fléché enuenimee, nageant apres vn Catibc. Tous 
les habitans fc font faite Chrcftiens, & leur pre¬ 
mier Eucfqucfut AlphonfeMâfo, rjn. Apres Ican 
Ponce de Leon, plufieursont gouucrné ceftclfle 
fous l’Admirai,& ont eu plus d’efgard à leur profit 
qu’à celuy des habitans. 

Le defcouurcmcntdcU Floride. chup. 45 . 

L ’Admirai ofta incontinent Jegouuernemct de' 
l’Ule de Boriquen à Iean Pocc de Leon. Alors 
fe vôyàt riche & fânsgouuernemet, cquippa deux 
nauires, & fe mift à cercher l’Ifle Boiuque, où les 
Indiens difoyent qu’eftoit la Fontaine qui faifoic 
raieunit lesperfonnes vieilles. U fut long temps en 
ce voyage comme perdu,&endura grand trauail 
bien l'efpace de fis moys entre plufieurs illes, fans 
trouuer aucune marque de telle fontaine: Il entra 
en Vimini, & defeouuric la Floride le jour de Pat 
ques FlorieSjl’an 15n.de pour ceflc occafion,don- 
na ce nom au pais. Or penfant trouuer de grandes 
richcires en cefleFloride, ilfen vint cnEfpagne, 
où il eut du Roy catholique tout ce qu’il deman- 
doit par le moyen de Nicolas d’Ouando, &de ce¬ 
lui à qui il auoit cfté page,qui eftoit PictreNugncZ 
de 





GENERALE DES INDES. J 7 

de Guzman gouuerneür de l'Enfant DomFerdi- ' 
nand.qui pour le iourd’huy eft Roy des Romains. 
Par l’intcrcellion de ccux-cy, il eut letiltre d’Atle- 
lantadode Vimini, Si eut le gouuernement delà 
Floride. Ayant faprouifion, il arme en la ville de 
Seuillc trois nauiresl’an ijij. &arriué à Guacana, 
qu‘on appelle auiourd’huy Guadalupé, il incft 
de fes gens à terre, poiir prendre del'cauë & du 
bois,il faiét auffi defeendre quelques femmes pour 
blanchir leur linge. Mais les Caribes, qui felloient 
embufquez dedans vn bois, Taillent, & tirent con¬ 
tre les Efpagnols leurs fléchés enuenimces,laplus 
grand part de ceux, qui dépendirent en terre fu¬ 
rent tuez,& les lauandicrcs prifes. Iean Pôce voy âc 
fi maüuais commencement (e retire de celle lfle,& 
de là prend terre à la floride,où citant defcédu auej 
fes foldats,& cherchât quelque ville cômode pou 
peupler, les Indiens vindrcnt à Ce mettre au deuant 
pour cnipefeher l’entrce,&: telle demeureûls com- 
batent fi vaillamment qu’ils le deffont, & tuant 
beaucoup d’Efpagnols', & le bleccnt auec vne flè¬ 
che, de laquelle atteindre il mourut en l’ifle de Cu¬ 
ba. Voila cômétilfinill fesiours.il côfommacn ce 
Voyage grade partie de la richefle qu’il auoir aflèm- 
blé en llllc de Boriqucn. Ce Iean Ponce elloitpaf 
féen fille Efpagnolc, atiec Chriltofle Colomb,- 
l’an 1493. Il fut vaillant foldat aux guerres, qui fe 
font nieuës en celle Ifle', tk fut depuis Capirainc 
en la prouince de Higuci foubs Nicolas dcd’O- 
uando,quila côquclla. Mais pour reuenir à noltre 
Floride,c’ell vnepoinéle de terre, corne vne lâgue, 
cU’ell allez remarquée aux Indes, & alfez cogneuë' 






pour plufieurs Efpagnols, qui font morts cniccllc. 
Elle eft félon le cômun bruitt, riche & bien pour- 
ueuë de toutes prouifions. Encor' que les habitans 
ffient fi vaillans hommes , Ferdinand de Sot- 
to en demanda toutesfoisla conqucftc Sclegou- 
uernemcnr. Ce Ferdinand auoit efte Capitaine au 
Pcru,. & f eftoit faidfc riche à la prife d’Atabalipa, 
ayîtcubône part au butin,cômeeftant homme de 
cheual,8c Capitaine, aulli eut-il le couffin couuctt 
de greffe perles, 6c ioyaux, fur lequel eftoit affis ce 
riche,8epuiffant Roy.il fen allai celle Floride aucc 
• bonne troupe de gens, 8e fuit cinq ans ne failanS 
■que chercher des mines, par-ce qu’il penfoit que ce 
pays fuft comme celuy du Pcru. Il ne peupla au¬ 
cune ville, & ainfi en ces pourchats il mourut, 8c 
ruina tous ceux qui l’auoict fuiuy.Iamais tous ceux 
qui fc mcilent de conquérir par deçà,ne feront bel 
aéle, fi dcuanc toute autre chofeils ne femployent 
à peupler quelque viile/îirla mer, Ipccialcmécaux 
pays où les Indiens font fi adroits de leurs arcs, & 
font fi brufqs, & prompts. Apres la mort de Fer¬ 
dinand de SottOjla court eftantà Valladolidjiy.^. 
plufieurs demandèrent celle conqucftc, entre lef 
quels furetIulia deSamano,& Pierre d’Alnimada, 
freresperfonnages fuififânts pour entrepredre tel 
affaire,&mcfine Ahumada,qui eft de bon iugemér 
bien expert en plufieurs chofcs,noble,& vertueux, 
aueclequeli’ay bôneamitié.Mais l’Empereur, qui 
eftoit en Allemagne,& Ion fils le Priuce Dom Phi- 
lippe,qui gouuernoit les Efpagncs,ne la voulurent 
donner à perlbnne,c 61 êillés de ceux quifonc ordo- 
nez pour le confeil des Indes,& d’autres perfônes, 




qui allée Vn bon zelc, ainfi que leur fcmbloit y cô- 
tredifoiehc, &: au lieu y cnuoycrcnt fccre Louys 
Canccl de Baluaftrcj aucc autres I'àeobkis ,i qui 
feftoient offerts de gaigncr ce pays,& conùeftit le 
peuple à la foy Chrcftienne, & les attirer au fcrui- 
ce de l’Empereur, feulement de parolle. Ainfi ces 
Moyncs fcn allèrent aux defpés de l'Empereur,l’an 
1549. Frère Louys aueefes quatrecompagnôsrforc 
en terre,& auec quelques mariniers fans armes,par 
ce qu’il deuoit ainfi commencer fil prcdication,plu 
fieurs Indiens accoururent à la marine, mais fans 
fefeouter le malîaerent auec deux de fes côpagnôsj 
& les mangent: ainfi ces trois moynes endurèrent 
martyr, 'pour prefeher la foy "de Iefus Chrift-,. les 
deux autres fe reiedfcerent dedans leur vailfeau, ay- 
mants mieux fe garder pourconfeflèu'rs, comme 
on didt. Ceux qui fauorifoienr l’entreprife de ces 
moynes cognoilîcnt bic maintenant qu’on ne ffau 
roit attirer ces Indiés à noftre amitié par telle voy'e, 
encor’ moins à noftre foy, encorcs que poffible ce 
fuft le meilleur. Vn Page aufii de feu Ferdinand de 
Sotto, fe vintvn peu apres fauucr danslcmefine 
vaifleau, lequel alfeura comme les Indiens a- 
uoient pendu en leur temple la peau, &: couronne 
de la tefte de ces moyncs, ik qu’il y auoit là auprès 
des hommes qui mangcoicnr du charbon. 

Duflemu des palmes. 

Ch‘tp. 46. 

A Vant pas vn autre Efpagnol François deGaray 
coiftoya la cofte, qui eft depuis la Florideiuf- 
ques au flcuue de Panuco. Ccfte cofte à 1000 





il LIVRE DE l’hIST. 
maifonsl meilleures &lcs perfonnes plus ciiiilcs 8c 
coùrtclis*Ccux-cyce veftant de peaux de cheureiix 
peinétes & marquetées, il ÿ en a de fi fines & fi 0 _ 
dotiferantesde leur naturel,que les noftrcs fen cf. 
memeilloient. Ils portent en cor des manteaux de 
■gros fil ,-Se des chapeaux,forts haults, &'amples,ils 
donnent vue Heçho enfigne d amitié,& labaifent. 
Auprcs.de ce.licuiil ya aufli vnc.ifie,qn’on appelle 
Malhado ,-qui a quarante hui&mil de tour, & cft 
à fixmil.de terre ; Les habitans dïccllc mangetent 
certains Efpagno.ls, defqucls les noms font l'anto- 
xa,Sotto Mayor,Fcrdiuand d’Efquiuel natif de Va. 
daioz.En terre ferme auffi en vn lieu nommé Xana 
bo ils en feirent autant-dcDiego Lopcz,GonznIlo 
Ruyz,Corral,Sierras Palacios,& d’autres. En celle 
file de Malhado, les habitans vont tous nuds.les 
femmes mariées fe couurcnt leurs parties honteu- 
fes auecques vn voile faid d’efcorce d’arbre,qui 
cftfideiice qu’il fcmblc que ce foit de lalaine : les 
filles fêles couurcnt auec des peaux de chcurcsSc 
autres. Les hommes fe percent vue mammcllc8c 
aucunsfe les percent toutes deux,.& trauerfenc 
par les trous certaines petites cannes dclalôgueur 
d’vne paulme Sc demie.Ils Ce percent auffi les fcflès 
& y pendent de fcmblablcs cannes qu’à leurs main, 
nielles.Ce font gens de guerre, & les femmes tra- 
uaillent fort, ils fe marient auec vne feule femme, 
mais les médecins en ont deux & plus fils veulent. 
1 efpoux ny fes païens n’entrët point le premier an 
de fes nopccs au logis de fon bcau-perc, ny ne luy 
donne à manger en fa.maifon, ny ne parlent à luy 
ny ne le regardent en face encore qu’on amène de 


fa maifon l’efpoufeiil ne mage que ce qu’il a prins. 
à la chalîè, ou à la pefche,lls couchent par ceremo 
nies dans vne peau fur vn matelats.Quand à leurs 
enfans, ils les nourrilFenc auec grandes mignoti- 
fes, & (i d’aucnturc ils viennent à mourir,ils entrer 
en grande cholere & fafcherie,& les enterrée auec 
grandes plaintes. Ce courroux & tourment dure 
vnan, & tous ceux delà ville pleurent trois fois le 
iour,&duranrque ccftandure , les pères, & les 
parens ne fe lauent point. Ils ne pleurent point les 
vieillards quand ils meurent.lls enterréttous ceux 
qui meurent excepté les médecins,lefqiiels ils brû¬ 
lent par hôneur,& ce pendant que le corps bru (le, 
ils dancent & chantent-.ils lailfent confommcrlcs 
os,&en gardent la pouldre, laquelle les parens & 
la femme du deffunét boiuent au bout de Fan, & 
en outre pour mémoire, ils fc dccouppenr. La cu¬ 
re de ces médecins cil: auec du feu, en fondant la 
playe. Ils couppent le lieu qui e(l intcrciTé & fuc- 
cent ce qu’il ont couppé, ils guerillènt le malade 
de telle façon, & font bien payez. LesEfpagnoU 
cftans là il mourut quelques Indiens de douleur de 
cftomach, & croyoit- on que ces médecins en fuf- 
fent caufe,mais ils fexeuferent : autres mouroient 
de froid, de faim, & des moufehes qui les man- 
geoiéht tous vifs,par ce qu’ils alloicnt nuds:ccla.a- 
nima derechef les Efpagnols contre ces médecins, 
& les vouloient tuer, mais ils fc contentèrent de 
leur faire rigoureux mandement de penfer les ma¬ 
lades. Eux peur de la mort commencèrent à y 
pourucoir, adiouftantàlctirs nicdecihes desorai- 
fons & fignes de la croix,& ainfiils guerirenr tous 
h iiij 



J, LIVRE DE l’HIST. 
ceux, qui toboient en leurs mains, ce qui leur f a i t 
acquérir grand bruic, & de médecins fçauans. Q t 
pour reuenir \ nos gens, de Malhado ils paiTerent 
par plufieurs villes, &arriuèrent en vnc qu’on ap. 
pelle Iaguazzi, les habitans d’icelle fonc grands 
menteurs, larrons, yurongnes, & dcuincurs. U> 
tuent leur propre fils fils fongent quelque mal : ils 
tuerentEfquiucl pour telle refuerie . Us courront 
vn cheureul iufquesà ce qu’ils l’ayenr tue tant ils 
fohr légers à4acourfc. Ils ont les mammelles per¬ 
cées^ lcsleures. Us font adonnez au péché dcSo- 
domie. Us changent leur demeure comme les Ara¬ 
bes de Barbarie, & portent vne forte de natte, de 
laquelle ils reueftent le dedans de leurs mailbnnct- 
tes.Les perfonnes vieilles, & les femmes fe vclient 
& chauffent de peau* de chcurcs, & de vaches,qui 
en certain temps del’an, viennent en leur pays de 
deuers la Tramontane,elles ont le col tomt.le poil 
long, lachaireneftfort bonne. La viande de ces 
habicans font arcignes, fourmys, vers, petites le- 
zardos,ferpens, petits coppeaux de boys, de la ter¬ 
re, & autres telles chofes, & encorcs qu’ils foyent 
fi pauures ,&fi mal nourrir,ils font ncâtmoins cô- 
tens,allègres, dilpos, toufiours danfins, ôc chan- 
tans.Ils achetée de leurs ennemis des femmes poui 
vn arc de deux fléchés,ou pour vn rets à pefcher,& 
tuent Ics-fillcs qu’ils font, à fin de ne les donnera 
leurs parens.ny à leurs ennemis. Ils font tous nudi 
6c u piquez demoufehes qu’ils fcmblentcftrc la 
■qres, encores qu’ils leur facent toufiours la guerre 
Ils portent des tifons de feu pour les efpouuenrer, 
ou font du feu de boys verd, ou mouille à fin qu 


GENERALE DES INDES. 6l 

la fumée les defehafle, & ainli ils font perpétuelle¬ 
ment alfaillizde ces moufehes, où enuironnez de 

| fumee,qui eft vn autre mal infupportable, mcfme- 
mencaux Efpagnols, quinefailoi'ent que ploret: 

Au pays d’Auanarcs Alphonfe de Caftille, guarit 
; plüfieurs Indiens du mal de telle, foufflant fur eux 
comme vn cnchanteur,&pour fon loyer ils luy dô- 
nerent des tunes, qui cil vn efpece de bon fruidt, 

8c delà chair de chcureul,& vn arc,&desflefches. 

Il guarit aulli cinq ellropiats ne faifans que forces 
] lignes de la croix non fans grande admiration des 
Indiens,&mefmc des Efpagnols, tellement qu’on 
l’adoroit comme homme celefte. Aubruidtdcfi 
belles cures les Indiens venoient de toutes parts 
deuers les Efpagnols, & ceux de Sufola le prièrent 
d’aller auçc eux pour guarirvn quidam, qui auoit 
clic blecé, Aluaro Nugncz, CabezxadeBecca, & 
André Dorantes, qui fc mcfloient aulîi de faire 
telles cures,y furent: mais quad ils arriuercnt,celuy 
qui elloit blecé clloitdefia mort, fe confians tou-_ 
tesfois en Icfus Chrill, qui donne la fanté, à qui il 
luy plailt, pour conferuer leur vie entre ces barba¬ 
res ils feirent le figne de la croix’fur ce corps mort, 
& Aluaro Nugncz fouffla dçlfus par trois fois, & 
aulli toit il reprint vie.qui fut vn grad miracle. Ain 
fi luy mefmelc no° à didt.&racôpté.Ils furet quel¬ 
que téps entre les Albardaos,qui'fôt fins guerriers, 
& combattent de nuit,dcaucc vne grade aftuçe, ils 
tirerôt cotre vn autre ellât debôut,en parlât,&fàu- 
tant d’vn coflé&d’autre.afin qilsnefoict touchez 
de leurs ennemis: ils fc baillent fort contre terre,& 
fils voyent quelque couardife en leur ennemis ils 




les ailàillent viucmér.au contraire fils y voient de 
la prouefTe, & du.courage, ils fe mettent en fuittee 
ils ne pourfuiuent point leur viftoirc,ny ne cou¬ 
rent apres leur cnncmy. Ils ont fort bonne vctie,&: 
bon ientimét:ils ne dorment point ny n’ont com¬ 
munication auec les femmes encein&cs, nyauec 
celles quifont acouchces iufqucs à ce que deuxans 
foient paircz.lls répudier leurs femmes fi elles font 
fteriles,& fc marient auec d’autres. Les femmes a- 
icdtcnt leursenfansiufques àl’aagc de dix,& dou- 
zeans,& iufqucs à ce qu’ils puilfcnt chercher à mâ- 
' gcr:Quâd les maris fonten débat l’vn contre l’au¬ 
tre, les femmes font l’accord. Aucun ne mange de 
ce que lcsfémes.qui ont leursflcurs.ont accouftré. 
Quand ils ont faidfc cuire leur vin,f ils ne bouchent 
bien le yaillèau, en le tranlportant cnicurs celliers, 
o.ù (ont les autres grands vaifleaux,dedans lefqucls 
ils le ypr/ênr, ils fenyurent eux Si leurs fcmmes,Sc 
alors ils Jcs.traidlcntmal. Ils marient vn homme a- 2 
.ucc vn autre quâd il font impuillàns ou eunuques, 
i&.tels font accouftrez comme femmes,& feruent, 
&foncl’cftat qu’ont accouftumé faire les femmes, 

Sç nepeuuenttirer,ny porter arc. Dclànos gens 
paflèrét par certains peuples, qui font alfez blancs, 
mais il font louches, ou bicles des le ventre de la 
mere: Les hommes fc fardent. Il prenoient force 
viufcs ,& n’en mangeoient fi premièrement les 



pour reuerence,qui leurs portoient,les habitans ne 
pieu roicnr, ny ne rioienr. Il y eut vne femme, qui 


■ 







GENERALE B E S IN D E S. 6l 

d’aduenture fe print à pleurer, elle fut piç.quee, cf- 
gratignee auec certaines petites dents,par le der¬ 
rière depuis le talô iufquesà la telle. Ils receuoient 
les Efpagnols en. tournant la veue vers la muraille, 
&tcnans la telle bailTce, eniettans leurs cheueux 
fur les yeux. En là vallce,qu’Qn appelle des Coraz- 
zons pourfix cens peaux de chcurestq.ue les Efpa¬ 
gnols leurs donnercnt.ils curent quelques fl.elchcs, 
qui auoientau lieu de fer des pointes d’efmeraudes 
artez bonnes, & eurent aurtides turquoifesü&'dcs 
pcnnaches. Les femmes portet en ce pays deache- 
mifes de cotton fin, garnies de leurs.manches, & 
des cottes pliflccs,trainàtcs iufques en tcrre,faiétes 
de peaux decheurcauxbien oonroiees,& ouuertes 
par deuant. Ils prennent ces ch'eurcaux leurs dref- 
fans quelques àppaz auec du miel aux fortes où ils 
viennent boire. De là noz Efpagnols fen allèrent 
à faindl Michel de Gulhuacan, qui eft, comme i’ay 
dit, en la code de la mer deMidy. Des trois cens 
Efpagnols,qui fortirent en terre auec Pamphile de 
Naruaez ie croy qu’il n’efehappa qu’Aluaro Nu- 
gncz,Cabczza de Bacca, Alphonfe de CaftillejMal- 
donado, André Dorantes de .Veggiar,& Elliennc 
d’Azamor,lefqueIs furent efpars ça &là tousnuds. 
Si faméliques durant l’efpacé déplus de neuf ans, 
fepourmenans par les villes, & paysey dertus dé¬ 
clarez, & par plufieurs autres, où ils guarirént plu¬ 
sieurs Indiens des fiebures, & ceux qui,.eftoient 
eftropiats, & blecez , ! & refufeiterent vn mort, fé¬ 
lon qu’ils ont rapporté. Ce Pamphile dc.Nsruacz 
eft celuy, qui vainquit, print & tira vn œil ^Fer¬ 
dinand Cortès en Zempoallan delano.uuelle'Ef- 



pagne,.comme plus amplement ic deferiray en 
l’hiftoiredc la conquefte de Mexique. Vnc Mo¬ 
re d’Homacios luy dit que fon armée auroit mau- 
uaife fin, & que peu efehapperoient de ceux qui 
fortivoient en terre. 

_ Detunuca . chdf. 47* 

A Prcs que lean Ponce de Leon, qui dcicouurit 
la Floride fut mort, François de Garayarma 
trois carauelles en Mede Iamaique l’an 1518. & 
s’en alla à la Floride penfanr que ce fut vne ille,pat 
ce que pour lors ils aimoient mieux peupler ésiil 
les que non pas en terre ferme. Il met fes gens en 
terre, qui auffi tort fontrompuz par les Indics blc- 
çans,& tuans grand nombre d’Efpagnols . Ce qui 
fut eau le qu’il ne f arrefta iufques à ce qu’il fut ar- 
riué à Panuco, quicftloingde la Floride en to¬ 
rt oyant U code de 1000. mil. U contempla bien 
celte colte,ilnela coftoyapas toucesfois de Ci près, 
ne Ci à loifir comme on fait auiourd'huy. Il voulut 
faire quelques efehanges en Panuco,mais les habi- 
tans,qui font vaillans,& grands bouchers d’hom- 
mes,n’cn voulurent point. Ains le traiftcrcnt mal 
en Cila,où ils mangèrent quelques Elpagnols que 
ilsauoient tuez, & fi les efcorchercnt & meirent 
leurs peaux apres quelles furent feches, en leur te-: 

piepourmemoirc,&pourvntrophée.Cepaïs tou 

tesfois luy fembla bô, encor qu’il luy eufl: mal fuc- 
cedé.IJ retourna à Iamaique, & equippa de rechef 
les vaifleaux, il Ce garnit de gens, & de prouifions, 
& retourna l’an d’apres,où il luy aduint pis que de- 
uant. Autres difent qu’il n’y fut qu’vne fois, mais 
qu on en compté deux pour le long temps qu’il y 


GENERALE DES INDES. 6 5 

fut. Soit qu’il y ait efté vnc ou deux fois, il cil cer¬ 
tain qu’il fen retourna fort content delà grande 
defpenfe qu’il auoit faiéte,& auffi de ce peu qu’il a- 
uoit fait.mefmemcnt pour ce qu’il luy eftoit adue- 
uu auec Ferdinâd Cortès en la ville de vraye Croix 
ainfi que i’eferiray en la conquefte de Mexique. 
Mais pour amender le default, & pour acquérir 
bruic tel que celuy de Ferdinand Cortès, qui eftoit 
ia tac reno mmé, Separce qu’il tenoit ce pays dePa- 
nuco fort riche, il poftula le gouuernement d’icc- 
luyàlacourt parlcan Lopezdc Torralua fonfa- 
<£lcur,rcmonftrant combié il auoit delpendu,pour 
le dcfcouurir. Ce qu’ayant obtenu auec tiltre d’A- 
dclantado,arma, &equippade toutesprouifions 
onze vaillèaux l’an ij 1 5. penfant par fa richelTe ve¬ 
nir en concurrence auec Ferdinand Cortès,Il meic 
en fes nauires plus defepe censEfpagnols,cent cin¬ 
quante quatre chcuaux,& plufieurs pièces d’artille. 
rie, 3c 0 é alla à Panuco où il fc perdit auec fon grad 
apparatjcarluy il mourut à Mexique,&lcs Indiens 
luy tuèrent plus de quatre censEfpagnols.defquels 
plufieurs furent faciificz Sc mangcz,& leurs peaux 
pendues en leurs temples, eftant telle leur cruelle 
religion,ou bien leur cruauté religieufe.Ccs habi- 
tans font grands Sodomites,& ont publiquement 
des bordeaux d’enfans, &hommcs,oulanuiéhIs 
f alTemblent plus de mille, plus où moins félon la 
ville. Ils farrachent les poils de la barbe, & fe per¬ 
cent les narines, & les oreilles pour y pendre quel¬ 
que chofe.Us fe liment les dens auec vnc lime tant 
pour la beauté que pour leur lancé. Ils ne fe ma¬ 
rient point qu’ils n’ayent quarante ans encor que 



les filles des l’aage de dix, où douze ans, foyent ia. 
faiftes femmes. Nugno de Guzman fut depuis en. 
ce pays gouuerneur l’an 1517. &lî ai alla fculemcc 
auec deux, où trois nauires, & quatre vingts Efpa- 
gnols.lccluy thallia ces Indiens pour leurspcchez^ 
&'lcs fèit tous efclaues. 

Ve l’ijle Imùijue. chdf>. 4 S. 

L ’Ifle lamaique qu auiourd’huy on appelle S.Ia- 
ques, eft fituee entre le 17.& iS. degré, & eft à 
100.mil deCubavcrsla bize, «cautant de l’Efpa- 
gnole vers le Leuant.Elleaioo. mil de longueur, 
&vn peu moins de 8o.cn largeur. Chriftophlc 
Colombladefcouutit.au fécond voyage qu’il feie 
aux Indes, fon fils dom Diego l’a conqucftee gou- 
uernât l’Ifle de S. Dominique par Iean de Squiuel, 
&: autres Capitaines. Lcplus richegouuerncurdc 
celle Ifle a cfté Fraçois de Garayjqui arma en iccl- 
ie tant de vaiflèauxcômci’ay dit, qui eft caufe que 
ie la delais maintenant. lamaique en toute choie 
refemble à Haiti, les Indiés aulfi y ont prins pareil¬ 
le fin qu’en l’autre. Elle produit l’or, & du cotton 
fort fin. Depuis que les Efpagnols l’ont poflcdce,il 
y a force beftail de toute forte,& les porceaux font 
icy meilleurs qu’en autre lieu. La ptincipalle ville 
l’appelle Scuille. Le premier Abbé qui y fut eft 
Pierre Martyr d’Angleria Milanois, lequel à efcric 
en Latin plufieurs chofes de ces Indes, eftant cro- 
niqueurdesRoys Catholiques.Aucuns ont voulu 
dire qu’il a mieux eferit en la langue Efpagnole. Il 
eft à louer de ce qu’il a efté le premier, qui a mis no 
lire lague en beau ftile, Sc nous a inuite à le fuiure. 
On pourra vérifier beaucoup de choies que ie dis 



GEKERAIE DES 1NDIS. 64 

par fcs cfcrits,& auoir recours àrluy, & à autres de 
ce que i’obmets. 

Unonuclle Efpagne. chip. 49. 

A Vfîitoft que François Hernandez de Cordube 
•fi-fut arriueàlâindt laques aueclesnouuellesdc 
ce riche pays de lucatan, comme nous dirons tan- 
toft, Diego Velafquez gouucrneur del’Ifle de Cu¬ 
ba deuint auaricicux, & conuoiceux de telles ri- 
chelTes,& y enuoya rat d’Elpagnols qu’ils peufTent 
faire refiftcnce aux Indiens,afin qu’il peuft efehan- 
ger auec leur or, argent, & autres bonnes drogues 
qu’ils auoient. Et pour cet effc6t efquippa quatre 
carauelles,& les donnailean de Grijalua fon nep- 
ucu,lequel mcitdcdâs deux cens Efpagnols, & feit 
voile de Cuba le premier iour de May,l’an 1518. ti¬ 
rant droit à Acuzamil.llauoitAlaminospourpi- 
lote, qui auoiteftéauec Hernandez de Cordube, 
d’Acuzamil ils voioient lucatan, ils tirèrent à gau¬ 
che pour l’enuironner,pcnfant que ce fuft vne Ifle, 
parce que lcdiét Hernandez auoit def-ia flotté pâl¬ 
ie cofte droift, & c’cftoit ce qu’ils defiroiët le plus, 
par ce que plus aifément ils pouuoient’afliibiettir, 
& manier ceux des Ifles, que les habitans de terre 
ferme. Ainfi coftoyans ce pays ils entrèrent en vn 
goulfre qu’ils appellerét baye, où plage de l’Afcen- 
uon, à raifon de celle fefte, qui efeheut ce ioui’là. 
Ce fut alors que ce trait! de terre, quieft depuis 
Acuzamil iufques à ladite plage fut defcouuert. Or 
voyas noz gens que celle cofte fuiuoit.rctournerct 
en arrière, & faccoftas de la terre, arriu'crent à Ci- 
ampotô,où ils furent aufli mal reccuz queFrançois 
Hcrnadez,parce que feulemét pour auoir de l’eau. 





quiluy défaillent,il luy couint combattre aueclej 
habitans,ou mourut Iean de Guetaria.&y eut cin¬ 
quante Efpagnols blccez.&Iean de Grijalua ciii 
vne dent rompue, & deux coups de flefehe. Poui 
cet accident,quiàduintainlïà Grijalua,&pour cc- 
luy, qui aduincaufli à Hermandez on appclla ceft e 
plage mauuaifeefcarmouche.Nos gens partant de 
là, ôccherchans vnportfeur furgirent deuantvn 
qu’ils nonimerentDefiré.Dc là fen allèrent en v nc 
riuierc, qu'ils nommèrent du nom de leur capitai¬ 
ne Gtijalua, où il eut cncontr’efchange les chofes, 
qui fenfuiuent : trois mafques de bois doré taillez 
à la inoClique, & enrichiz de turqudifes, vn autre 
mafquc doré tout plein’, vne telle bien couuer- 
tede pierres faulfes, vnc teftieredebois dorcaucc 
la cheuelure &les cornes, quatre plateaux de bois 
doré,&au aurrc,qui auoit quelques pierres cnchaf 
leesà l’entour d’vn Idole, qui eftoit enleuédeflus 
cinq greues faites d’cfcordc &dorces, deux efear- 
celies de bois couuertes de fueilles d’or, & autres 
chofes comme des forces, & fept rafoirs de pierre, 
où caillou efguifé,vn miroir double garny d’vn ccr 
clc d’or, cent dix chappelets dccroyc dorez, fepr 
verges de fin or,dcux pendans d’or, deux rondelles 
couuertes déplumés aucc leur petit rond au meil- 
leu quieftoitd’or,deux pcnnaches fort gentils, &: 
vne autre faite de cuir,&d’or, vne camilole de plu¬ 
me, vncpiece de cotton teinte en couleur, & quel¬ 
ques manteaux de mefme.ll donna pour tout cela 
vn iuppô de velours vcrd.vn bonnet de foye, deux 
autres, bonnets de frife,dcux chemifes.deux chauf- 
ios,vn cœuurechef,vnpignc,vn miroir,des fouliers 


GENERALE DÈS INDES. 
à vfage de pafteur, trois couteaux, des forces & ci- 
feaux,pluficurs' chappellets de verre, vnte ceinture 
auec fes pendans, & du vïn, mà'is iï'n’eri voulurent 
point boire;ilh’y a eu t'Cratésfois aucun Indien qui 
en aitrefùfé que ceux cy . De cefleuùc Grijaluail 
f en alla à'fainâ Ican de Vital*, d’où il pririt pofle- 
fion au nom du Roy pour Diego Velafqû'e'z,com- 
mc cfiant ccfte terre encor toute neuuè, & fref- 
chemcnttrouuee. Il parlementa là auec des Indiés 
qui eftoient bien veflnz à leur mode,&femon- 
flroient affables &debon'enrendemér.I leur d’eux 
plufieurs chofcs en contr’efchange,comme quatre 
grains d’or, vnc tefte de chien faidte de pierre Cal¬ 
cédoine, vn idole d’or auec des comtes 8c pendans, 
&au nombril il auoit vne pierre noire, vnc mé¬ 
daillé de pierre garnie d’or auec fa couronne de 
mefme, où il y auoit deux pendans, 8c vne crefte, 
quatre bagues pour attacher aux oreilles,qui cftoi- 
ent de certaines turquoifes à chacune dcfquellesy 
auoit hui il pendans d’oryvn collier riche, vne che- 
uelcurc d’or,dix chappclcts dccroye,vn carcanta- 
ucc vnc grcnouillcjfix colicrs,fix grains,ttois grads 
bracclets,trois chappclets de pierre finc,toutes ces 
chofes elloicnt d’or,cinq mafques dorez, & fraits à 
la mofaiqlie,plufieurs euantaux &peniiaches,ie ne 
fçay quantes chcmifcs&manteaux de cotron.Pour 
recomptenfte Grijalua donna aux chertiifes, deux, 
fayes bleuz & rouges, deux bonnets noirs, deux 
chaufTonSjdcux cceuurechcfs, deux miroirs, deux 
ceintures de cuir auec leur bourfe, d'eux forces, 
quatre coufteaux, qu’ils eftimerent beaucoup les 
ayans cfprouucz, quatre fouliers faits a l’antique. 





deux fouliers de femme, trois pignes, cent efpi u _ 
glcs, douze efguilles, trois médailles, deux cens 
patenoftres, &beaucoup d’autres chofes de moin¬ 
dre valeur. En fin de leur foire ils apporterét pour: 
dernier mets des partez de chair,auec force roufty, 
Scdcs paniers plein de pain tendre , & vncicune 
Indienne pour le capitaine cftant tel l’vfiigedes 
Seigneurs de ce pays. Silean Grijaluacuc peu co- 
gnoiftrela bonté de ce p»ys,& cmbrallcr fa fortu- 
ne,& qu'il fc fuft employé à peupler là comme fes 
compagnons l’enprioient.c'cuft cfté poflïblcva 
autre Cortès. Mais ce bien ne luy deuoit point ad- 
uenir, auill n'auoitil point charge d’y pcuplcr.II 
enuoya de ce lieu en vnc carauclle Pierre d’Aluara- 
do aucclcs malades&blcccz,& tout ce qu’il auoit 
eu de ces Indiens,à Diego Velafqucz,afin den’e- 
ftre mis en coulpc, &pourl’aduertir de ce qu’il a* 
uoiefah. Et quant à luy ayant faiét louer fes ancres 
ilnefcit quecoftoyeria terre pluficurs mil mon¬ 
tant vers la Tramontane iàns prendre terre,& efti- 
mant qu’il auoit defcouuert allez de pays,& ayant 
peur du courant de la mer,& du temps, parce qu’il 
eftoit en vn quartier, où au mois de Iuin il voyoit 
toutes les montaigncscouucrtcs de neigc,fc voyat 
aulfi court deprouifiôs,par le côfeil, & à la reque- 
fte du pilote Alain inos tourna vocle,& vint furgit 
aupiort S. Antoine pour prendre du bois, & de 
l’eau, où il demeura fix iours, contractant ce pen¬ 
dant auecques les habitans defqucls il eut au lieu 
de quelques petites merceries quarante haches de 
bronze, auec lequel y auoit de l’or meflé,quire- 
uint à deuxmille caftiglians, trois taflès où coupes 


GENE R ALE D FS INDES. 66 

d'or,vn vafe fait de plufieurs pierres,& autres cho- 
fesde peu de valeur , qui eftoient toutesfois fore 
bien élaborées,Les efpaghols voyans celle richef- 
fe,& la douceur de ces Indiens,receurent vn grand 
plaifir,& eurent bien voulu peupler là, mais Grijal- 
uane voulut point, ainsfe partit incontinent. Si 
feu vint à la plage qu’il appcllcrent des Termes 
entre le demie de Grijalua,& le port Defiré,où for- 
tans pour puifer de l’eau trouuerent entre des ar¬ 
bres vnc petite image d’or, & plufieurs autres de 
croye.deux hommes de bois l’vn fur l’autre, & vn 
autre de terre cuite,qui aucc les deux mains tenoit 
fon membre dcfcouuert corne font quafitousles 
Indiens de Iucacan.plus des hommes facrifiez.Cé- 
ftc rencontre ne contenta gitcres nos Efpagnols 
comme ellant vne chofc vilaine,& cruelle.lls par¬ 
tirent delà, &prindrcnt terre à Ciampotonpour 
prendre de l’eau, mais ie croy qu’ils n’eurent point 
courage deveoir ces Indiens fi bien armez, & fi 
vaillans qu’ils ne craignoicnt fc ietter en la mer 
iufqucsau col pour tirer apres eux leurs flefehes, & 
fi eftoient fi hardis, qu’ils ofoient bien approcher 
leurs petites barqucrolles, qu’ils appellent canoas, 
pour combattre les carauellcs. Ainfi ils feirét quit¬ 
ter à noz gens ce pays, qui f’en retournerét à Cuba 
cinq mois apres qu'ils en eftoient fortis . Icande 
Grijalua côfigna entre les mains de fon oncle Die¬ 
go Velafquez ce qu’il apportoit de change,& bail¬ 
la le quint aux officiers du Roy. Voila comment 
toute la cofte depuis Ciampoton iufques à S. Iean 
deVlhua,&plusauantfut defcouuerte. Tout ce 
traidb eft riche,& bon. 

i ij 




1. LIVRE DE L H I S T, 

Ve Ferdinand Cortès. Chap. 50. 

I Amais on n’a defcouuett fi grand monftre de ri- 
chclTcs ésIndes, ny faift de telles efehanges en fi 
peu de temps, depuis quelles ont cite ttouuccs, 
qu’au pays de Iean de Grijalua à coftoyé : auflî vti 
chacun depuis commença à tirer en ce quartier là. 
Mais Ferdinand Cortès fut des premiers, lequel y 
fut auccques cinq cens cinquante Efpagnols en 
onze vaifl’cauXjil f’atreila en Acuzamihil princTa- 
uafco,il fonda la ville de la vraye Croix,il gaigna la 
ville de Mçxiquc.que vulgairemcut nous app cllôs 
Themiftitan, & printle puilfimtRoy de Motec- 
zumatll conquefta, & peupla la nouuclle Efpagnc 
& plufieuïs autres Royaumes. A l’imitation de Po 
lybc,& deSalufte,defquels l'vn a d’eferit lesgeftes 
de MariuSjfid’autre ceux de Sçipiô,i’efcriray à part 
de ccCorres pour les grades guerres qu'il a Eiit,lef- 
juclles, finis preiudice d’aucun Efpagnol, qui ait 
cftépardelà, onte/léles meilleures, qui ayant cfté 
faiâcs en ce nouueau monde, i’en eferits auffi à 
part pour l’amour de celle nouuellc Efpagnc, qui 
eftla plus riche,& meilleure contrée de toutes ces 
Indes.bicn peuplce d'Efpagnols,& remplie de for¬ 
ces Indiens naturels, qui fe font tous faifits Chre- 
iliens,&auffi pour traifter plus amplement de 
I’eftrange cruauté, de laquelle les habitans vfoient 
en leur ancienne religion, Sc de leurs coullumcs 
tant anciennes, que modernes. Ccquidonnera 
plaifir, & admiration tout enfcmble aulefileur. 

Ve l'ijle de Cuba. Chip. 51 . 

T ’l/lede Cuba fut furnommee par Chrillofls 
-*~eColomb Ferdinandine ep l’honneur, &. me- 


GENERALE DES INDES. 67 

moire du Roy Dom Ferdinand, au nom duquel il 
la defcouurit. Nicolas d’Ouando commença à la 
conquérir parSebaftien de Ocampo . Depuis au 
nom de l’Admirai Dom Diego Colomb, Diego 
Velafqucz de Cnegliar la conquefta toute, la dé¬ 
partit entre les fiens, la peupla, & la gouuerna iuf- 
qucs à la mort. Cuba eftfaiâe comme vnefueil- 
lc de feugerc,ellc a en lôgueur i zoo. mil,& eft lar¬ 
ge de deux cens oftimte mil, elle n’eft pas droifte, 
mais elle eft quelque peu courbée: fon eftéduceft 
de Leuant en Ponent,&le meillieu d’icelle eft qua¬ 
rt au zi.degré,elle a fes coftez vers Oriéntl’Iflc de 
Haiti, qui eft 60. mil verslc midy elle a plurteurs 
IflcSjla plus grande defqùelles eft Iamaique, vers 
l’Occident elle regarde Yucatan, & vers la Tra¬ 
montane elle eft au deffous de la FJoride>& des Lu- 
cajes.Cuba eft vn pays afpre, rude, hault &mon- 
tueux:en beaucoup d’endroits la mer eft blanche. 
•Les flcuucs ne font pas grands, mais Ont vne bon¬ 
ne eau, & font riches en or, & poiiTdn . Il y a an(11 
plurteurs lacs, & eftangs, defquels.y en a aucuns, 
qui font (liiez. Le pays eftfort tempelcé,encor que 
y fente vil peu le froid . Les hommes de ceftelfle 
cnleurs façons de faire font en tout femblablesà 
ceux de l’ifle Efpagnolc, & pour cèfte caufcnous 
ne redirons point vne chofe deux fois. Toutesfois 
ils font différons en cécy, c’eft que leur langue eft 
toute differente, ils vont tous nuds hommes & 
femmes. Auxnopccs vn autre eft l’cfpoux, & par 
ainfi rt l’efpoux eft Cacique,tous les Caciques, qui 
font inuitez à la fefte couchent auec l’efpoufee de- 
uant l’efpoux,fil eft marchant,les marchans y cou- 



Z. LIVRE DF l’hiSI, 
chér,fil eft citadin,bourgeois,où labonreur,Ie fci- 
gneur couche le premier; où quelq preftre,&apres 
que tous y ont couché Pefponfee cil réputée vailli 
te,&fcouragcufe.Il répudient leurs fémespour eau- 
fe bié legiere,&elles pour caufe aucune ne peuuent 
abandonner leurs maris, mais fous couleur de ma¬ 
riage elles font de leurs corps ce qu’elles veulent, 
.par ce que leurs maris font fodomites. De ce que 
la femme va toute nue, cela inuite bien, & pro. 
uocque fortlcs hommes, &de ce que les maris 
fabandonnenf à ce péché abominable fait deue- 
nir les femmes mefehantes. Voiia comment les 
femmes fort aifement fc lailïcnt aller. Il y a en cc- 
■? fte ifle force or, mais il n’eft pas fin, il y a de fort 

beau bronze ,force grains,& diuerfiré de couleurs, 
Ilyavne fontaine, où mine, qui rend vnepafte 
comme poix, auec laquelle nieflcc auec de l’huyle, 
où dufuifils poiflènt les nauircs, & tout ce qu’ils 
veulent. IJ y a au/ïï vne veine de cailloux ronds, 
qui fans les accouftrerautremct qu’on les tire,fet- 
uét de balle pour les arquebouzes & y en a de gros 
pour les lombardes. Les ferpens de ce pays font 
grands, maïs doux, & fans venin, lourds, 8c pen- 
ians. Us les prennent legerement, 8c fans crainte 
- aucune les mangent. Ces ferpens fe repaiflènt de 
Guabiniquinazcs,& en a efté pris tel,qui auoit en 
fô vôtre huit de fes animaux fes Guabiniquinazes 
îefïemblentà vnlieurc, & renard, fi non qu’il aies 
pieds de connil, la telle de belette, la queue eft de 
renard, le poil eft gros 8c grand comme d’vn taif- 
jon, fa couleur eft roulMre, fa chair eft fauoureu- 
fe, & laine. Celle ifle eftoit fort peuplée d’indiens. 


GENERALE DES INDES. 68 

maintenant il n’y a que des Efpagnols, tous fc fei- 
rent Chreftiens, 5c puis la plus part font morts de 
faim,de trauail, Sc de vcroie, 5c plufieurs fen font 
allezàlanouuclle Efpagtiede puis que Cottes la 
furmonta, &ainfi il n’en eft demeuré icy race au¬ 
cune de ces Indiens. La principale ville eft Sainft 
Iacqucs. Le premier Euefquc fut Hernando de 
MclEi Iacobin ,il y eut quelques miracles faits au 
commencement que celleIflefutpacifiée,cequi 
feit pluftoft conucrtit ces Indiens à noftrefoy, & 
la vierge Marie apparut plufieurs fois au Cacique, 
par ce qu’il l’inuoquoit, & l’appelloit. le fait men¬ 
tion icy de Cuba, & non fans caufc puifquc 
d’icelle font forrisccux, qui ont defcouucrt, 5c 
ont conuerti la nouuellc El'paenole à la foy dclc- 
fusChrift. “ 

De ! lient un. chn/t. 5 1. 

T Vcatancflvne pointe de terre , 'qui eft au vingr- 
■*" vn degré, c’eft vne Prouince , qui eft fort gran¬ 
de. Aucuns l’appellent prefqu’-Ifle,parce quel¬ 
le Peflargifl d’autant plus qu’elle feftend en la 
mer,encore à l’endroit,où elle eft plus cftroi&e, el¬ 
le a quatre cens mil de large: caron en compte au¬ 
tant depuis Xicalanco , où plage des termes, iuf- 
ques àCetcmal, qui eft fi tué en la plage de l’Afccn- 
lion : Sc les cartes marines , qui Peftreignent d’a- 
uantage par ceft endroiét faillent. François Her¬ 
nandez deCordubeà defcouuert cefle Prouince 
l’an 1517. nô pas du rour,& fut en celle façon. Fra- 
çois Hernandez de Cordube , Cbriftophlc Mo- 
rît,& Lopez OcioadeCaizedo equipperétà leurs 
dcfpensà fainél laques à Cuba, trois nauirespour 


1 

î. XIVE.E DE L-ttlS-T. 

aller dcfcojuurir pays, & faire quelques efehanges 
autres difét que c eftoitpourenlcucr quelques ef- 
claues d,es ifles de Guanaxos po,ur les mettre en 
leurs mines,& à leurs l^beursicar ils n’auoient plus - 
d’indiens naturels,& aulfi qu’on leur defendoit de 
les faire plus trauailleraux mines.Ccux de Guana- : 
xos font auprès de Honduras,&font homes doux, h 
(impies, qui ne famufent qu’à pefeher: ils n'ont 
point d’armes, auffi ne font ils point guerriers. Or 
de ces trois v^ilTeaux Hernandez cftoit capitaine, ; 
il menoit cent dix hommes, auoit pour pilote. ,I 
Antoine Alaminosde Palosde Mogucr, & po U t : 

controleur pour le Roy il auoit Bernardin Inigucz 
de la Calzada, cncot dit-on qu’il menoit vne bar- : 
que appartenant au gouuerncur Diego Velafquez, i 
dans laquelle il portoit fon pain,dcs fêrremens, & 
autres chofes ncceüàires pour les mines , afin que 
s’ils eutfcrtrouué quelque chofelc gouucrheuren 
eut eu fit part. François Hernandez partit donc 
voyant vn temps fià propos qu’il ne le voulut laif- 
fer efchapper,où foit qu’il euft celte volonté d’ainii 
partir pour defcouurirnouuciles terres,& s’en alla 
droit en vn paysincogneu ny aucunement encor 
veu des noftresjouil trouuadcs falines en vnepoin 
te quilfurnomma des Femmes, parce qu’il y veit 
des rours de pierre auec degrez, & des chappellcs 
çouuertcs de bois,&de paille,dedans lefquclles e- • 
«oient arangez en tel ordre plufieurs Idoles, qui 
rcfiembloient à des femmes. Les Efpagnols s’ef- 
rnerueillerent deveoir des édifices de pierre, qui 
nauoiét point encor eltéveuz par delà, &auflide 
ce que les habitans eftqientfi richement fi 





GENERALE DES INDES. *9 

honneftemeut veftuz : ils auoyenc des chennlcSjCC 
des manteaux de cocton fort blancs , Sc de couleur 
aullî, les telles couuertes de beaux pennachcs ,lcs 
oreilles enrichies de pendâs,& royaux d or,6c d ar¬ 
gent. Les femmes auoient le vifage, & le lein ca 7 
chc. Hernandez ne farrella point là, & fen alla à 
vnq autre pointe qu’il nomma Corohe, ou y auou 
certains pefcheurs,qui de peur fenfuirent, & com- 
meles nollrcs lesappclloient,ils refpondoicnt Co- 
tohe,c’cflà dire maifon,pélàns, que noz gens leur 
demadalTènt quelle ville c’cftoit, ce qu’ils voioict 
comme /I ils y euflènt voulu aller, ôc _eux relpon- 
dojent que ce n’eftoit quVne rnaifon, &nonvne 
ville. De là ce nom ell demeuré à ce cap. Vnpeu 
plus auât ils trouucrent d’autres homes, à qu’ils ils 
demâderent comme fappclloit celle grande ville, 
qui eftoit là aprcs,ils refpôdirent Tc6letan,Tc£le- 
tan,qui veut dire, ien’entcns point. Les Efpagnols 
'penferentqu’elle fappelloitainfi,& corro/npans 
cemotjl’onttoufiours depuis appelleeYucatan.il' 
trouucrent en ce pays des croix de Jeton,& de bois 
fur les morts, de là quelques vnsprindrent argu- 
mct,queplufieursEfpagnols fe/loicnt cnfuj.s en ce 
pays,lors que l’Efpagne fut délimité, & ruinee par 
les Mores du temps du Roy dom Roderic, mais ic 
n en ctoy nen,pmfque és Mes cy delTus défaites ne 
«elt trouuee aucune de ces croix,par lefquelles 
toutesfois il faut necelTairemcnt paflèrauant qu’ar- 
" UCr ' Çy î ^‘,7 veut venir d’Efpagne, & n’ell pas 


vray-femblable qu ils eufTcnt laifletat de bon paVs, 

nfnr ft n CCS i fleS pour P affcr iuf q ucs en celle Pro- 
Wnce. Quand nous traiélerôs de l’Ifle d’AcuzapiiJ 


2. LIVRE DE l’HIST. 
ic parleray plus au long de ces croix. De celle villtf 
deYucatan Hernandez fen alla à Campezze , qtrî 
eft vnc place grade, laquelle il nomma Lazare par¬ 
ce qu’il arriua là le Dimanche du Lazare, qui eft en 
Karefmcûl fortit en terre,où le feigneur &luy fe en. 
reiTerct en amis: il eut en efchâge des mateaux, des 
plumes, des coquilles grandes, d’efereuiftes de mer 
enchaflces en argent,&cn or.On luy dôna des per¬ 
drix,tourterelles, oifons, coqs, licurcs,cerfs, & au¬ 
tres animaux bons à manger, force pain de maiz,8£ 
dufruift. Ceshabitans fapprochoient dcsEfpa- 
gnols,aucunsleurtouchoicntlabarbc,autres leurs 
robbeSjlcursefpecs, tous changeoicnt de couleur 
à l’étour d’eux.ll y auoit en ce lieu vne tour de pier¬ 
re carree,auec dcsdegrez.au haut d’icelle y auoit vn 
Idole, qui auoit àiescoftes deux beftescruelles, 
pourrraiéles en telle façon comme !î elles l’culTent 
voulu dcuorcr. Il y auoit aulli vn grand ferpent 
long de quarante Cep r pieds, & gros comme vn 
Bœuf, qui deuoroir vn Lyon, le tour cfto it fiait de 
picrre.Ceft Idole eftoit tout barbouillé du liangdes 
hommes, qu’on luy auoit facrifîez, félon qu’eftla 
couftuine detout cepays.De là Hernandez fen al¬ 
la à Ciampoton , qui eft vne grande ville, le Sei¬ 
gneur de laquelle fappclloit Mociocoboc, il eftoit 
homme de guerre, & courageux : Il ne voulut per¬ 
mettre que nos gens eulTent rien de luy en efehan- 
ge, cncores moins leur donna il viures, on feit 
pre/cns,ny melmes voulut leur laitier puiler de 
l’caüë, linon en efehange de leur fang. Her¬ 
nandez pour nelcmonftrer couard, & pourfea- 
uoir quelles armes, & quel courage, & quelle 


GENERALE DES INDES. 7O 

addfeffe auoient ces Indiens: feitfaillit en terre 
fes foldats, les mieux armez qu’ils pcurent, & 
commanda que les mariniers puifaflent de l’cauc, 
mettant fes gens en ordre prefts à combattre, 
fi ces Indiens les voulaient empefeher . Mocio- 
coboc voulant faire reculer nos gens delà mer, 
affin qu’ils n’euiTcnt leur refuge fi près d’eux, 
leur feit ligne qu’ils allaient derrière vne coli¬ 
ne où cftoit la fontaine. Nos gens eurent peur, 
voyant ces Indiens dépeints de couleur, char¬ 
gez de flèches , & ayants bonne contenance de 
vouloir combattre : ilsfeirent mettre le feuàl'ar- 
rillerie des vaiflèaux pour les efpouuenter. Les In¬ 
diens Permerucillerent bien de ce feu, & fumee, 
& f.cflourdircnc quelque peu pour le bruift, 3c 
tonnerre de ces bouches à feu, mais ils ne fenfui¬ 
rent point pour cela, ainsaffrontèrent, ieaflail- 
lircnt nos gens courageufemct, 8e tous d’vnc me fi¬ 
nie promptitude, cryans horriblement, 8e iettans 
des pierres, dards 8e fléchés : les noftres marchè¬ 
rent paufément à petit pas, 8c cftants près d’eux, 
d’cfbâdcrctleursarbaleftresjdefgainerctlcursefpees 
& en tueret grld nôbrc de coups d’eftocade,8emcf 
me du tréchât,qui ne trouuat que la chair nue,leur 
fendoit quafi la tcfle,&le corps en deux,taillans les 
mains,auallas les bras, couppans les iambes.Les In 
diés encor qu'ils n’euflène iamais efTayé tels coups, 
fi fouftindrecils la bataille, ftimulez parlaprefen- 
ce & courage de leur Seigneurie Capitaine, iuf 
ques à ce qu’ils I’euflènt gaignec, pourfuyuans vi- 
uement les noftres, defquelscntuerent vingrs,co¬ 
rne il? Pcmbarquoiét à la foule,&en blecerétpl’ d» 



cinquante, & en prindrent deux, qu’ils iàcrifièrent 
depuis. Hernandez demeura auec trente blccez, & 
fut contrainffc f embarquer en grande cholerc,&: 
durant fon retour fut toufiours pcnfif, & ni clan- 
cholique,& arriuaàfainûlaques,tout confus,rap. 
portans, toutesfois bonnes nouuelles de ce nou- 
ueau pays qu’ils auoit defcouucrt. 

La conjiltfie À'Ttitdun. Chdp. jy. 

F Rançoys deMontcjonatifde Salamanque eut 
la conqucfte & gouuernement d’Y ucaran,aucc 
le tiltre d’Adclantado. Il auoitdcmandcà l’Empe. 
leur ce gouuernemét, à la perfuafion de Hierofme 
d’Aguilare,qui auoit demeure long temps en ce 
pays,& difoit que c’cftoit vnbô pays 8c richetnufe \ 
il en eftoit autrement, ainfi que l’ilTuc 1 a dcmôftré, 
Montejo auoit elle bien party en l’Efpagne nou- 
uclle, & eftoit deuenu riche,tcllemct qucl’an ijtfi. 
il tncizen mer,à/ês de/pens,trois nauires, dans les¬ 
quels il auoit plus de cinq cens Eipagnols pour 
commencer fon entreprinfe.il arriua en Acuzamil, 
qui e(l vne Kledcfon gouuernement, & n’ayant 
aucun truchement n’entendoit, n’y n’eftoie enten¬ 
du,hnon auec vne grande peine. Vn iour comme il 
alloit pefeher vn Indien fapprocha de luy, qui luy 
dift Ciucana,c’eftà dirc,c6me vous appeliez vousî 
il e/criuit auiïï cefte parolle,à fin qu’il ne l’oubliaft, 
& demandant par ce mot comme ftappclloit toute 
chofc,il commençaà entendre les Indics, non tou¬ 
tesfois fans grande peine.De cefte Iflc,il fen alla en 
terre ferme,où il print terrepres de Xamâzal, il feic 
fortir Ce s gens dehors,fes cheuaux, 8c l’artillerie, 8c 
feit mettre dehors fesveftemcns,prouifions, fes 


GENERALE DES INDES. 7! 

merceries, & autres chofes pour efehager auec les 
habitas, ou bien leur faire la guerre. Son commen¬ 
cement fut doux,ôcpaifiblc. Il C'en alla à Pôle, à 
Mochi,&de ville en ville àCouil,d’où les feigneurs 
de Cinaca fortirent au deuant pour le veoir, com¬ 
me fils cuflent.Youlu fon amitié:mais ils leVoulu¬ 
rent outrager auec vndard qu’ils auoient prias à 
vn petit More, fil ne Ce fuit défendu auec vn fem- 
blable ballon. Il leur defplaifoit de veoircnleui 
pays des gens cltranges qui efloient de guerre, 6c 
cltoicnc merueilleufemcnt defpitez des moynes, 
qui iettoient par terre leurs Idoles. DcCouilMô- 
tejo fen alla à Aqui;& commença la conqueftc de 
Tauafco, il y demeura deux ans, par ce que les ha- 
bitans nele vouloicnt aucunemét receuoir.il peu¬ 
pla là vnc ville,qu’il nommaSainéte Marie de la Vi-- 
cloire. Il employa lîxou fept ans à pacifier celle 
prouince:durantlelquels il endura grande-famine, 
eue beaucoup de trauaux, & efehappa de grands 
dangers:cntre autres quand il cuida eltre tué à Ce- 
tcmal, par Gonzalle Gueriero, Capitaine des In¬ 
diens, lequel y auoirplus de vingt ans qu’il eftoic, 
marié en ce pays auec vne Indienne,fellant degui- 
fé à la façon du pays,il auoit les oreilles pcrcces, lés - 
cheueux couppez en couronne,il elloit venu en ce 
païs auecAguilare,maisil ne voulut retourner auec 
luy par deuers Cortès. Montcjo peupla en outre 
les villes de S.Erançois, de Campeze,dc Marida,de- 
Valladolid de Salamâque, & de Seuillc, & fe'com- 
porta bien auec les Indiens. 

Les couflilmes de TucMan « Chuji. 54» 




C Eux d'Yucatan font courageux: ils combatte! 

aucc la fronde, les dards, la pieque, l’arc, l'cfl 
pee, la rondelle, pottans vn cabalfet de bois en te- 
fte,& des cuyralfes de cotton: Ils fe peindent ordi¬ 
nairement levifage, les bras, & tout le corps de 
rouge & de noir: en temps de paix ils vont fans ar- 
mest& fans vertement, ils neportenr que de grâds 
pennaches.qui leur feent fort bien: Ils ne donnent 
point vne bataille, que premièrement ils ne facent 
de grandes expiations, auecpluficurs ceremonies: 
ils fe percent les oreilles, & le taillent les cheueux 
par deuant,cn rond,tellement qu’ils femblent eftrc 
chauue,& treflent ceux de derricre,lefqucls ils por¬ 
tent longs, &leslyent furie derrière de la telle: ils 
fe taillent la pellicule, qui couure la glande de leur 
membre, celle coullume rourcsfois n’cft pas fi ge- 
ncralle, qu’il n’y en ayt quelques vns, qui f en ab- 
fli cnncnr, ils ne dcfrobcnraucunement, & ne nia¬ 
ient point delà chair humaine, encor’qu’ils lacri- 
fient des homes à leurs Idoles, qui n’ell pas peu de 
chofe,eu efgard à la mefehante coullume de ces In¬ 
diens : ils f’eftudieutfort àla charte, & à la pcfchc, 
ayâs leurs pays abôdant à tel exercice: ils nourrillet 
grade quâtitédemouchcsàmiel,auflî outils beau¬ 
coup de miel,&decire:maisilnefçauoiét en faire 
delà bougie, iufques à ce que les nollres leur ayét 
enfeign é:ils barillet leurs téplcs de pierres, & la pl 9 
part de leursmaifons,fans aucii inllruméc de fer,du 
quel ils ontfautc.Peufontfodomites, mais to 9 fôt 
idolâtres,facrifiasà leurs Dieux: quelqfois lediable 
fapparoift à cux.fpecialemet en Acuzamil, & à Xi- 
calanco, &mefmes depuis qu’ils font Chreftiens 


GENERALE DES INDES. 7 i 

encor en ont ils cfté trompez aflez de formais ils 
f en font chaftiez. Les lieux les plus reuerez qu’ils 
eulïcnt, cftoient en Aeuzamil, & Xicalanco , aulli 
toutes les autres villes auoict là quelque petitTem 
pic, ou autel particulier, ou les habitans dcfdites 
villes alloient adorer leurs Idoles : parmy icelles il 
y auoit plufieurs Croix de leton ou de cuiure & de 
bois, qui donnoient à penferà quelques vns,que 
plufîcurs Efpagnols fen cftoient fuiz en ce pays, 
du téps de la deftruétion d’Efpagnc, aduenuefous 
le règne deDorn Rodcric. On cclebroit auflivnp 
grande fefte à Xicalanco,où de loingtains pays ve- 
noient plufieurs marchands pour y traffiquer, qui 
rendoient ce lieu fort renommé.Ces Yucatans vi- 
uent long temps : Alquimpcch,qui eftoit le grand 
Prcftre du peuple, ou auiourd’huy eft Mcrida,a 
vefeu plus de fix vingts ans,lcqucl encor’ qu’il fuft 
faidl Chrefticn,pIcuroitncantmoins la venue,&: a- 
lianccdcs Efpagnols, Scracoptoit à Motelo, cômc 
il y auoit quatre vingts ans paflez,qu’il vint vne in 
fluence pcftilentialc fur les hommeSjtclle qu’ils etc 
uoient, pour la grade abondance de vers, quif en- 
gendroient en leurs corps,& que de là vint vne au¬ 
tre mortalité d’aucc vne puâteur incrcdiblc,& que 
quarante ans,auant que les noftres entraflent ence 
pays, il y auoit eu deux batailles, cfqucllcs cftoienc 
morts plus de cent cinquante mille hommes,mais 
que les habitans fentoient la domination des Efpa¬ 
gnols plus gtiefue que toutes ces chofes pafTecs, 
par-ce qu’ils n’auoicnt point d’clpcrancc, qu’ÿs 
bougeaftènt iamaisdc là. 

Vit Cap de Honduras , Cltf. 55 . 






2. t I'V R E DE L’ H I S T. 

T ’An ijoz. Chriftophle Colomb defcouurit bië 
j j enuiron 1500.mil de code depuis le grâd flcu- 
ue d’Higueras,iufques au Nom de Dieu. Mais il ^ 
en a d’auues, quidifent que Vincent IanncsPin- 
zon,Se Iean Diez de Solis,qui ont cfté grands def- 
couurcurs, auoient faift ce defcouurcmét trois ans 
deuant. Lors que Colomb feit ce chemin, il auoi; 
quatre Carauelles , 8 c cent feptante Elpagnols’ de¬ 
dans j il cherchoit quelque deftroidt de mer, pou: 
p a (Ter vers la mer de Midy, penfant qu’il y en cud 
eti ce quartier là, &ainfi lauoit il didl au Roy Ca- 
tholique-.mais il ne feit autre chofc que dcfcouuri: 
du pays,& perdre fes vai(féaux, ainfi qu’il a cftç di: 
en vn autre chapitre. Il nomma le port de Caxinas 
qu’auiourd’huy on appelle Honduras. François de 
la Café, y fonda la ville dcTrufilio,l’an îjzj.as 
nom de Ferdinand Cortès, lors que luy, & Gilles 
Gonzalles,tuèrent Chriftoflc d’01id,qui les tenon 
prifonniers,feftant rebellé cotre Cortès, ainfi qne 
nous defduirons plus au long enla’conqueftcde 
Mexicque, parlât du pénible voyage que feit Cor¬ 
tès à Higueras. Honduras cft vn pays fertille eu 
toutes ptouifions. Il cft riche en cire, & miel. Les 
habitans ne fe meubloient point d’or, ny d’argent, 
cncot’ qu’ils eulfent de riches mines, de ces deux 
metàulx,ils n’en tiraient point,&moins l’auoient- 
il en eftimation. Leur manger cft pareil à celuy des 
Mexiquains : ilsfe veftent comme ceux de Caftiüe 
del’ortlls participent es couftutnes & fuperftitiôs 
de Nicaragua, qui eft quaft la mefrae Mexique. Us 
font méteurs,cupides de nouucllctezjfaidbneants, 
forrobciiïàns à leurs Maiftres,&Seigneurs,ils font 
grande- 


grandement add'onnez à paillardife. Ils ne fe ma¬ 
rient communément qu’a vne feule femme, mais 
les Seigneurs en prennent autant qu’ils veullenr. 
Lcdiuorcceft facile entr’eüx,ils eftoientgrands 
idolâtres, maintenant ils font tous Chreftiens, le 
doéleur Pedrazza eft leur Euefque.Quâd aux g OU - 
uerneurs de ce pays il y en a eu plufieurs,Lopcz de 
Salccdepour vn,qui fut einpoifonné en vn parte 
par les fiens. Vafco de Hcrrera fut en fa place, qui 
auflî fut tué à coups de poignatd,& cftranglé.Die- 
go dcAlbitcz eut apres luy le gouuerncment,il fut 
de mcfme einpoifonné en vn pafté.Eftas tels trou¬ 
bles entre les gouuerneurs, & leurs foldats au lieu 
de peupler le pays, ils defpeupleren t, 6 c ruinèrent 
tous les habitans. Apres ceux-cy André de Cere- 
zede fut gouuerneUr,& luy eftant mort, FrançoyS 
deMontejo’, Adclantado deYucataii eut le gou- 
ucrncmentjilf’y en alla l’an ijjy.ahec cent feptantc 
Èfpagnols tant foldats, que mariniers:il afliegea là 
forterefle de Cerquin,& lagaignaen fept moys 
non fins la perte de fes gens. Celle place eftoic 
merucilleufcmcnt forte , Sc les Indiens courageux 
aupoflîble. Ils perdirent ceux qui faifoient la lên- 
tinellc, par ce qu’ils feftoient endarmys à l’heure, 
que l’alfault fut dôné plus viuement,ce fut vn cha- 
ftiement faiél en gés de guerre. Ce Montcjo fmat 
encor’ par famine la forterefle de Ialnala leurjfyâs 
cfté bruflé quinze mille journaux de mayz'par 
Marquillos vray more. Il peupla en plufieurslieux, 
& entr’autres à Cumayagua,& S.George eh la val¬ 
lée de Vlanco, & rcmeit deflus autres places, qui 
eftoient ruinées comme Trüfïlio, & S.Picrre. au- 



près duquel il y a vn Lac, ou les arbres auec leur 
terre félon le v eut, fe changent de lieu en autre. Ce 
font petites lfles, qui fe font fur l’eau par l’amas de 
petites buchettcs.éc bourrics qui fc lient cnfemble 
par le moyen dulymon que ictte l’eau, &parfuc- 
celTion de temps elles fe fortifient fi fort, que des 
arbres y prennét racines fans fenfoncer dans le lac. 

De ycngtu,& Nom ic Dieu. ch<tp. $6. 

X T Elagua a le bruiû d’eftrepays riche, Chrifto- 
V phle Colomb le dcfcouurit l’an ijo i. depuis 
Diego de Niquefa en demanda la conquefte, & 
gouuernement au Roy Catholique,ilcquippa au 
port deleabcatade S.Dominicque fept vaiflcaux, 
tant nauires que carauclles,&dcux btigantins.L’an 
1508. il f embarcqua auec plus defept cens oftantc 
Efpagnols,& pour aller à Veragua il tira première-. 
ment à Carthagena.dc laquelle il auoit cognoiffàn- 
cc pour puis apres future la cotte,f ins faillit fa naui- 
garion. Qu,and il arriua à Carthagena il trouua là 
ion'amy Alphonfc de Hoieda, qui vn peu deuant 
eftoitparty de S. Dominicquc pour aller à Vraba, 
rompu, & défiait. Il les confola du trauail, & faf- 
cheric qu’ils auoient pour la mort de Ica de la Co- 
fà,& de feptâte Efpagnols que les Indiens auoient 
tuez en Caramairi,&faccorda auec luy pour ven- 
geiWfclle perte. Ainfi ilsfen allèrent de nui-û pour 
furprendre leurs cnnemysàladefpourueuë, où la 
bataille auoit cfté donnée. Il y auoit vn village qui 
contenoit enuiron centmaifons : Ils enuirônerent 
ce village, &y meircntle fcuùl y auoit dedans plus 
derroys cens habitans, Si beaucoup plus de fem- , 
m es & d’enfans, ils prindrint fix enfans, & tu erent 




quafi tout le telle tât de leur "laine q patle moyen 1 
du feu: Le feu eftcinôl, ils efpadircnt les cendres,& 
ttouuercnt vn peu d’or à départir entt’eùx.Ce cha- 
iliement ainfiachcué, Niquelà partit pour aller à 
Vcragua en pallânt il farrefta auec .le feigneur Ga- 
rctc, & de là f en alla deuant fa flotte auec les deux 
brigantirts, & vne carauclle, commandant aux au¬ 
tres qu’ils euflent à le fuiurc iufqucs à Vcragua. De 
ce département ne Iuy.aduinr que mal, par ce que 
fa carauclle où il eftoit outrepafli Veragua bien 
loing., fans le veoir, ôcLopede Olano Capitaine 
d’vn des brigantins f'approchade terre, & deman¬ 
dant où eftoit Veragua, on luy refpôdit qu’il eftoit 
derrière, il tourne la proue 8c rencontre Pierre de 
Ombrie, qui eftoit en l’autre brigantin,ils com- 
municqucnt cnfemblc,& fen vont au fleuuede 
Ciagré qu’ils furnommerét des leiàrds, poirtons de 
Cocodrillcs,qui mangent les hômes,ils trouuerent 
en cefteriuierc lercftc dclaflottc, & tousenfem- 
blc fen allerët à Veragua.Or penfans queNiquefa 
y fut, ils iettent les ancres à la bouche du fleuue, 
Pierre de Ombrie fe met auec douze mariniers en 
vne barcque pour aller vcoir quelque defeéte pro¬ 
pre. La mer elloit haulte, 8c fi enflee qu’il fe perdit 
ôc tous fes compagnôs hors mis vn qui efehappa â. 
force de nager. Les autres plus fagesau péril d’au- 
truy fortét en terre dedâs les brigâdns, 8c nô dedas 
les barcques. ils tiret auflî toft dehors les cheuaux, 
rartillerie,les armes, le vin, bifeuit & toutes autres 
chofes de guerre,& font frapper leurs n.auires de 
trauers contre terre,à fin de les briser, afin que les 
compagnôs n’eu fient plus d’efperâce de retourner; 

k ij 


i. LIVRE DE l’hiST. 

& pour euitcr plus grand inconucnicnt faccordce 
rentroutesfoystous d’appellerceftuy-cy. Niquefa 
rendit grâces telles que meritoient ces nouucllcs à 
Rodenc Enriquez de Colmcnares,qui cftoit venu 
àluy aucc v.ne caraucllc,& vn brigantin. Ce remer¬ 
ciement ne fe feit pas fans pleurs, & lamentations 
de fon mal'heur. Aiiifi fans confidcrer autres cho- 
fes, il fe meit fur mer aucc ce Roderic menant foi- 
xanteEfpagnols en vn brigantin qu’il auoit encor’. 
Or ce pendît qu’il cftoit fur mer à faire ce voyage, 
en racomptant toutes fes calamitez, & le mauuais 
confeil de quelques vns des fiens, comméça à par¬ 
ler trop incorifiderement contre ceux, quil’appcl- 
loient pour eftrc capitaine gencral,difant que pour 
miculx aftèurcr fon cftat il cOnuenoitcn cliaftier 
quelques vns, ofter les offices & charges aux au¬ 
tres , prendre leurs, perfonnes, & leursbiens, puis 
qu’ilsne les pouuoienc retenir/ans la volonté de 
Ho jcda,oudela /tcnnequi.eftoiente/lcus gouuer- 
neursparleRoy. Quelques vns delàcompagnee 
de Colmenares pen/èrentqucccsparolles fadref- 
foientà eux & les rapportèrent en Vraba entre les 
foldatz.Encizo,qui tenoit la partie de Hoieda corn 
me eftant fon grand preuoft&Valuoa chagerenc 
d’aduis,&eurentpeurde le receuoir:ainfmpn feu¬ 
lement ils ne le receurent,mais, qui plus cft, 1’iniu- 
rierenr, & le mcnacerét hardimër,6c mefmes aucûs 
veulent dire qu’ils ne le lailTerét point.defembarc- 
quer.Cecy ne pleut gueres.àplufîeurs de Vraba, qui 
eftoient gens de bié, mais il n’euflènt feeu en faire 
autre chofe, ayans peur du confeil, lequel Valuoa 
auoir ia irrité contre Niquefa. Ainfi lepauure Nie 



6ENER.AIE DES INDES.' # 7<\ 

qucfa fut côtraind fcn retourner auec fcs foixantc 
foldars fort ennuie, 8 c trille, fe complaignat gran¬ 
dement de Valuoa,& de Encifo.'ll partit de Darien 
le premier iour de Mars l’an ijn. en intétion de ti¬ 
rer droidl à S. Dominicquc, pour fe plaindre d’eux 
aux iuges de la Rotre : mais il fut perdu parle che¬ 
min iSiles poifTons le mangèrent. Autres penfent 
qu’apres auoir prins terre pour.prendre des proui- 
fiés, 8 c pour puifer de l’eau,il aye efté mâgé des In- 
diens:par ce q depuis on a trouué eferit envn arbre 
ces mots : Par cy a palTc perdu le malheureux Die¬ 
go de Niqucfa, mais il fe peult faire qu’il ayt eferit 
cecy quand il eftoit en Zorobaro. Voila la fin de 
Diego de Niqucfa, & de fon armée & de la riche 
côquefte de Veragua. Ce Niquefa eftoit de Baeza: 
il auoit pafle en ces Indes auec Chriftophle Co¬ 
lomb lors qu’ilfeift fan fécond voyage. Il perdit 
l’honneur, & tant qu’il auoit gaigne en l’Ifle Efpa- 
gnole,en entreprenant ce voyage de Veragua. Il 
dcfçouurit 160. mil de pays à compter depuis le 
Nom de Dieu iufqucs aux roches de Darië,il nom¬ 
ma le port de Mifiis, qui eft à la riuiere de Pito. De 
tant d’Efpagnols qu’il auoit menez auec luy, en 
troys ans n’en demeura foixante viuans & encor’ 
ces foixante fuflent morts de faim fils ne fen fuf- 
fent allez du port beau à Darien, ils mangèrent en 
Veragua tous les chiens qu’ils auoient. Il y a eu tel 
chien, qui a efté achepté vingt caftillans d’or, 8 c 
encor’ à vn ou deux iours de là ils feirent bouillir 
la peau, &la telle fans auoir horreur de ce qu’el¬ 
le eftoit puante, & pleine de verz & en vendoient 
l’efcullce de brouct vn caftillan. Vn Efpagnol feit 
v k iiij 





bouïllfiüdéux crappaux de ce pays de ceux qu’ont 
acccwftumé manger les Indiens, & les vendit auec 
grands prières fix ducats à vn malade. Autres Efpa- 
gnols magerent vn Indien qu'ils trouuerent mort 
en chemin comme ils alloient chércher du pain, 
duquel ils auoient grande dilette, & ne trouuoienc 
point de raaiz par la campagne, & les Indiens ne 
leur en vouloiét point baillcr.Ces lndics vont tous 
nuds,Se appellent l’homme Orne,les femmes font 
couuertes depuis le nombril,iufqucs en bas,& por 
tent des pendans aux oreilles .Scdcs bracelets Sc 
draines d’or. Philippe Gutiencz de Madrid, de¬ 
manda le gouuernement de Veragua parccquc 
c’eftoit vn pays riche:Il l’y en alla aticc plus de qua¬ 
tre cens foldats,I’an 1536.&la plus-grad part mou¬ 
rut de faim,ou pour mager des herbes cnucnimccs. 
Ils mangèrent les cheuaux, & les chiens qu’ils a- 
uoientmenez, Diego Gomez, &Iean d’Ampudia 
d'Alofrinimangerent vn des Indiens qu’ils auoient 
tuez, tomme la rage de la faim leur faifoit de 
plus en plus oublier toute honte , aulli les rendoit 
çlle plus cruelsîtellement qu’vn iour plufieurs, qui 
cftoient enragez de faim, fe vindret ictter fur Hcr- 
nando Arias de Seuille,qui cftoit malade,&le tue- 
renr, & mandèrent : vn autre iour aulli,ils mange-, 
renr vn nome Alphonfc Gonzalez, mais ils furent 
en fin tous chaftiez de telles inhumanitez. Les fol- 
dats de ce Philippe Gutiarrez tomberét en tel mal¬ 
heur , & dilgrace de Dieu, qui eft tout iufte, que. 
Die^o d’Ocampo pour ne demeurer fans fepultu- 
rc,fêheerra vif 1 uy mefme en vne folle qu’il voioit 
faidepour vn Espagnol mort. Depuis l’Admirai 



çenïRaee des Indes. 77 

Dom Loys Colomb cnuoyal’an 1546. peupler & 
conquérir ce pays donnant la charge de ceftc con- 
quefte au capitaine Chriftofle de Pêgua,auccqucs 
bonne ttouppe de foldats Efpagnols. Mais il ne 
luy eft pas mieux aduenu qu’aux autres : & ainfi ce 
pays cil demeuré indomptable. En l’accord, qui 
fut faiél entre le Roy & F Admirai i fut fes priui- 
legesonluy donna ce pays de Veragua.auccques 
tiltre de Duc, ôcenoultreon le feilt Marquis de 
lamaique. 

Ditrien. chtp. 57. 

L ’A N ijo 1. Roderic de Baftidas,arma à Çalix, 
à fes defpens,& aux defpcns dc'Iean de Ledef- 
rac,& de quelques autres fes amis deux Carauellcs, 
Sc prirtt pour pilote Iean de la Cofa voifin du port 
de faindte Marie,marinier fort expert,lequel com¬ 
me i’ay n’agueres racompté fut tué des Indiens, Sç 
f en alla à dcfcouurir pays,il flottalonguement par 
les terres de Chriftofle Colomb,finalement il def- 
çouurit denouueau lelongdclacofte 6oo.mil,à 
compter depuis le Cap de la voilc,iufqucs au goul- 
fe d'Vraba & Farallons de Daricn.En ce long trait 
de pays on marque vers le Leuant Caribana,Zenu, 
Çarthagena, Zamb.a & S.Marthe.De là il vint à S. 
Dominique, où il perdit fes Carauclles de pourri¬ 
ture, & fut prins par François de Bouadilla,à caufe 
qu’il auoit prins de l’or en efehange, & qu’il auoit 
prins quelques Indiés cotre les ordônâccs duRoy, 
Sc fut enuoyé en Efpaigne auec Chriftofle Colqb. 
Mais les Rois Catholiques luy firent grâce, & luy, 
aflignerét de reuenu annuel fur Darien deux cents 
ducats pour falairc du feruieequ’il leur auoit faift 


1 . LIVRE DE l’hiST. 
en ce delcouuremcnt.Toute celte colle, qui a elle 
defcouuertc pat Baftidas,&Niqucfa,&cclle qui cil- 
du cap de la voile,iufques à Paria cil d’indiens ,qui 
mangent,les hommes, & tirent de flèches enueni- 
mees.On les appelle Caribes ,à caufe de laprouiri- 
ce de Catibana pour eftrc braucs,5c hardis, & bien 
refpondans à leur nom : & par-ce qu’ils eftoient fi 

inhumains,cruels,Codomitcs,&idolatres,ils furent 

mis enproycpour les rendreferfs,ou pour les tuer 
&: maflacrcc, fils ne vouloient renoncer à leurs a- 
bominables péchez, & prendre l’amitié des Espa¬ 
gnols, & fe mire baptifer en la foy de lefus Chriil. 
LcRoy CatholiqueDô Ferdinand feit ceft ordon¬ 
nance auecl’aduis de ceux du côfeil,&dcs Théolo¬ 
giens /çauans i II donna pluficurs conqueftesaucc 
telle permiifion à Diego de Niqueiâ, & Alphonlc 
dcHo/eda, qui furent les premiers conqucrans en 
terre fe rme.Le Roy feit vue loy contenant dix ou 
douze chefs pour ceux qui iroient à ces Indes, que 
premièrement on prefehaft l’Euangile, que on fiil 
venir les habitans à appoin&cmét.Lc 8.chef eftoit 
que fils vouloiét la paix ils Aillent libres,bien trai¬ 
tiez, & priuilegez par fus les autres. Le neufiemc 
que fils perfeueroient en leur idolâtrie, & en leur 
inhumanité de manger les hommes,on les feit pri- 
Ionniers,qu’on les tuaft fran chem ét, â quoy il n’a- 
uoit confenti iufquesà l'heure. Alphonfede Ho- 
j eda natif de Cuença, qui fut vn des capitaines de 
Colomb contre Conabo,l'an 1508. équipa à làindb 
Dominicque quatre nauires à fes defpens, Sc meit 
dedans trois cens hommes, & laifla le bachelier 
Martin Fernandez d’Encilb fon grad p reuoft,poùr 





conduire apres luy vn autre nauirc, auec cent cin¬ 
quante Efpagnols,8camener des viurcs,artilleries> 
arquehouzes,lances, arbaléftes, munitions, grain 
pour femcr,douzc belles caualines alitât detruyes, 

8c verats pour peupler, &f'enalla'duport delà 
Beata au mois de Décembre, Ilarriua à Carthagc- 
na,il prefenta la paix aux Indiens, lcfqucls la refu- 
fans, furent par luy defiez, tuez, & beaucoup de 
prins. Il eut d’eux quelque peu d’or en ioyaux, 8c 
autres paremens, mais l’or n’efloit pas fin, il fere- 
peut dç Cela,8c entra plus auant en pays, iufques à 
quinze mil, menant pour guide fesprifonniers. Il 
arriua envnc petite ville,qui pouuoit cotenir cent 
maifons,8c trois cens habitans,il leur llura le.côbat 
mais il ne peue prendre celle villctte,par ce que les 
Indiens fc défendirent fi brauement,qu’ils tuèrent 
yo.Efpagnolsj&Icadela Gofa,qui eftoitlafecodé 
perfonne apres le capitaine Hojeda, &lcs mangè¬ 
rent tous-.Ils auoient des clpees de bois,& de pier¬ 
re, des flèches, qui auoient au bout vn os, ou vn 
caillou trempé au ius d’vnc herbe mortelle: ils a- 
uoient auffi certaines verges longues, 8c poin- 
étucs , que ils ieéloient comrriè dards, dés pier¬ 
res, 8c autres fortes d’armes offerifiues. Or com¬ 
me Hojeda elloitlà, Diego de Niqucfa arriua là 
auecques fon armee,ccquirc(ïouit l’autre gran¬ 
dement, 8c rousfes foldats. Ils fvnirent enfem- 
blc 8c s’cn allèrent par.vne nuiét à celle petite vil- 
lc:ils l’enuironnent, 8c y mettent le feu,qui brufla 
incontinent tout, par ce que les maifons eftoient 
de bois ,8ccouucrtes de fueilles de palme . Quel¬ 
ques Indiens efehapperentfoubs robfcuritédcla 



i, livre Dt i’hist. 
nui£t:Ia plus part toutefois paflèrent par le feu, ou 
par le tranchant del’efpee des Efpagnols, qui ne- 
pardonnèrent linon à fix p'etis enfans. Ainfi fut vc- 
gee la mort de ces feptante Efpagnols. Ils trouue- 
rent foubs la cendre dcTor, mais non pas tant c5- 
mcils culfcntbien voulu.Ccla faidl ils l'embarquè¬ 
rent tous &Niquefa print le chemin de Vcragiu& 
HoIeda,celuy de Vraba, paffant par l’ifle nommée 
forte', il print fept femmes, & deux hommes, & 
eut deux cens onces d’or en bracelets, pendans, & 
colliers. Il print terre à Cnribana, terroir des Cari- 
bcs,qui cil à l’entree du goulfc de Viaba. Il met fes 
foldats a terré, fes armes,cheuaux,& toutes autres 
çhofes de guerres, auecles prouifiôs,qu’il rnenoir, 
& commença aufli toft vne fortcrelTc pour falleu- 
rcrau mefmc lieu ou quatre ans de uanrlean de la 
Coiâi’auojrencpmencee. Ce facla prcmicrcplacc 
qu’curer les Efpagnols en terre fermc.Hojcda vou¬ 
lut à fon arriuee attirer les Indiens à lapaix fuiiiant 
le commandement du Roy j pour peupler & viure 
en plus grande fcurcté,Mais eux eftanshaultains, 
&lc confians fureuxmefmcs, & eftans ennemis 
mortels des 'ellrangers,contcmnerenr l’amitié, & 
communication des Efpagnols.Ce qu’ayant enten 
du Hojeda, tira à Tiripi, qui cil à douze mil de la 
nicr,pour le bruit qu’auoit ce lieu d’eftre riche, luy 
liurel’alîàult.mais en vain,par ce que les habitas le 
feirét fuir ausc dômage, St perre de fes gens,& de 
fà réputation,tant enuers les Indiens, qu’enuers les 
Elpagnols. Le Seigneur de Tiripi iettoic de l’or 
par dcllîis la muraille, & les liens tiroient de leurs 
arcs fur JesEj(pagnols,qui fabbaiffoientpour le te- 



GENERALE DES JLNDES* 73» 

cueillir j & celuy, qui cftoit nauré de leurs fléchés* 
mouroir comme enragé. Il vfoit de celle rufeco- 
gnoilTantleurauaricc. Les noftres fentoien: ia les 
prouifions leur defaillir,&_ainfi neceflité les feit al¬ 
ler à vn autr? lieu, où les ç'rifonniers leurs difoient 
qu’il y auoit force prouifions. Cequ’ils trouue- 
renc véritable, & en cnlcuerenc grande quantité 
de vidlualcs, & amenèrent des pril'onniers. Le ca¬ 
pitaine eut de là vne fcmme,lc mary vint pour trai- 
tlcr de fa liberté, 8c promeél d'apporter le prix 
qu’on demandoie : il f’en va, & retourne auec 
huiét autres côpagnons archers, 8c au lieu de bail¬ 
ler l’or qu’il auoit promis, ils blccerent le capi¬ 
taine en vne cuiflc,njais les foldatsles tuèrent tous 
huidt, auec leur Capitaine. Ce fut vn faidt d’hom¬ 
me courageux, &nô barbare,fil’iirue euft cllé tel¬ 
le que le commencement. Durant ce temps arriua 
là Bernardin de Talabera,auccques vn nauirc char¬ 
gé de prouifions, & de foixante homes qu’il auoit 
pris à faindlDominique, fans quel’Admiral, ny la 
iufticc en feeut rie . Il apporta grade cofolatio auec 
telle abôdance de munitiôs,& viures à Hojeda,qûi 
cftoit en neceflité & pauureté grande .Pour tel ré-= 
fort, toutesfois fes foldats nelaifloicnt pas àmur- 
murer, 8c Ce plaindre de luy, de ce qu’il les auoit a- 
menes à la boucherie, 8c qu’il leur tenoit les mains 
lices, & le courage fans C en pouuoir aider. Le ca¬ 
pitaine les tenoit toufiours en efpcrace de fccours, 
8c de nouuelles prouifions que le dodleur d’Encifo 
deuoit amener, & fefmcrueilloit de fa demeure. 
Quelques Elpagnols faccorderent defe faifir de 
dcux'brigantins de Hojeda, & fen retoürnërà 


i. LIVRE DE l’hisT: 
faindcDominique.ou bié f en aller aucc les foldats. 
de Niquefa. Hojeda ayant ouy le veut de celle en- 
treprinfc,pour parucnit, & fexcufer de telle muti¬ 
nerie, ôcdcfdaing, qui felleiioit entre fesgens,(è 
meit au nauire de TalabcralaifTant François Pizar- 
re pour fon licutenanr,&promettant de retourner 
dans cinquante iours,& que fil ne retournoit, que 
illes deliuroit deleut ferai en t,& que puis apres ils 
f’en iraient où bon leur fcmbleroit. Ainfi fc partit 
•Alphonfe de Hojeda de Vraba, tant pour guarir fa 
playe qu’il auoit receuë en la cui(ïe,que pour cher¬ 
cher le dodleur d’Encifo, ioindt aufli que tous les 
§ens fe mouraient. Il feit voele de Caribana en af- 
lez mauuais temps,& fen alla cheoir en Cuba, près 
le cap de la Croix. Il colloya ce pays.cndurargrâd 
faim, Sc trauail.-ilperdit qualî tous Jes liens,à la fin 
il arriua à S. Dominique fort malade de fa. playe, 
pourla douleur delaquelle, oupour 11e trouucr 
quelque apreft, quiluy donnait moyen de retour¬ 
ner en fon gouuernemen t, Sc furuenir à fon arm ec, 
il demeura la : mefme aucuns difent qu’il fc rendit 
cordclicr, Sc qu’il mourut en ccft habit. 

La fond Alton de f Antique de P Art au. 

Chap. 5 Si 

A Près que les cinquante iours furent palTez,de- 
XO.das lefquels deuoit retourner Hojeda aucc fe- 
cours d’hommes, & de prouifions,ainfi qu’il auoit 
promis:François Pizarre, &feptantcEfpagnols 
qu’il y auoit encor de relie f embarquerét en deux 
brigantins qu’ils auoient. Car la famine,&maladie 
les contraignoit de vuiderccpays, Sc laiifer celle 
petite ville quils commençoient à peupler. Or, 




GENERALE DES INDES. 80 

comme ils ciloient en mer, il aduint vn malheur 
quel’vn des brigantins fenfondra: vn grandpoif- 
Ton en fur caufc, qui, à raifon que la mer cftoit cf- 
mcue,fe tempeftoit fur l’eau, & fapprochant de cc 
brigantin fappuyoit contrc,leuant la telle comme 
fil l’euft voulu engloutir,& donna vn tel coup de 
fa queue qu’il rompit Scmeitcn pièces le timon. 
Celle fortuneles eilonnad’auantagc,confiderans 
que l’air, la mer & les poilTons les pourfuiuoienc 
comme la terre.François Pizarrc s’en alla auec fon 
brigantin à l'idc Forte,où les habitâs,qui font Ca- 
ribes , ne voulurent aucunement confentir qu’il 
defembarquaft. Il tourne vers Carthagena pour 
puifer de l’eau ,par-cc qu’ils mouroientdcfoif, & 
rencontra près Cochibocoa le Dofteur Encifo, 
qui amenoit vn brigantin, & vn nauire chargé de 
gcns,&dcprouilîons,au capitaine Hojedaùls cop- 
tent incontinent leurs fortunes bien parle menu. 
Si tout lefuccczj&commele gouuerneurfene- 
floit allé.Encifo ne vouloir pas aifément croire Pi¬ 
zarrc doutant qu’il f en fut fuy auec quelque larre- 
cin,ou pour quelque autre delidl .Mais voyant co¬ 
rne l’autre iuroit,& comme ils elloient touspau- 
urement vellus, les faces ternies, pales Si défailles 
pour la mauuaife nourriture qu’ils auoient eue, ou 
pour l’amour de l’air, il adioufta foy à fes fer mens, 
3£eut grand delplaifir de ce malheur ainfi aduenu 
&lcur commanda qu’ils s’en retournaflène auec 
luy d’où ils eftoient partis. Pizarre& fes trentecinq 
foldats qu’il auoit encor’ vouloient donner à En¬ 
cifo deux mille onces d’or qu'ils auoient, afin que 
illcs lailfaft alkràS.Dominiquc,ou biélàoùefloic 



faillit Dominique,ou bié fen aller aucc les foldats. 
de Niquefa. Hojeda ayant ouy le vent de celle en- 
treprinfc,pourparuenir, &fexcufer de telle muti¬ 
nerie, &defdaing, qui fefleuoit entre Tes gens,fe 
meit au nauire de Talaberalaillanc François Pizar- 
re p our fon lieutenant,&promettant de retourner 
dans cinquanteiours,& que fil ne retournoit,que 
il les deliuroit deleur ferment,& que puis apres ils 
f’en iroient où bon leur fembleroit. Ainfi fe partie 
•Alphonfe de Hojeda de Vraba, tant pour guarir fa 
playe qu’il auoit receuë en la cui!Te,que pour cher¬ 
cher le dodtcur d’Encifo ,ioindt aullî que tous fes 
gens fe mouroient. Il feit voele de Caribana en af- 
fez mauuais temps,8c f'en alla chcoir en Cuba,près 
le cap de la Croix. Il coftoya ce pays,endurât grâd ' 
faim, & trauaihil perdit quafi tous les Cens,à la fin 
il arriua à S. Dominique fort malade de fa playe, 
pourla douleur de laquelle, ou pour ne trouucr 
quelque apreft, qui lu y donnai! moyen de retour¬ 
ner en fon gouuernemen r, & furuenit à fon armée, 
il demeura la : mefme aucuns difent qu’il fe rendit 
cordelicr, & qu’il mourut en ccd habit. 

■La fondation de l'antique de Variait. 

Chap. 58. 

A Près que les cinquante iours furent paflez,de- 
xadaslefquelsdcuoit retourner Hojeda auecfe- 
cours d’hommes, &deprouifîons,ainlî qu’il auoit 
promis : François Pizarre, &feptantcEfpagnols 
quh’l y auoit encor de relie f embarquerét en deux 
brigantins qu’ils auoien t. Car la famine, &m aladic 
les contraignoit de vuidercepays, & lailfer celle 
petite yjllc qu’ils commençoient à peupler. Or. 




GE NE R AIE DES INDES. 80 

comme ils ciloicnt en mer , il aduintvn malheur 
quel’vn des brigantins fenfondra: vn grand poif- 
fon en fut caufc, qui, à raifon que la mer eftoit cf~ 
mcue,fc tempeftoit fur l’eau, & Rapprochant de ce 
brigantin Pappuyoit contrevenant la telle comme 
fil l’euft voulu engloutir,& donna vn tel coup de 
fà queue qu’il rompit &meiten pièces le timon. 
Celle fortune les ellonna d'auantage, confiderans 
que l'air, la mer & les poilTons les pourfuiuoient 
comme la terre.François Pizarrc s’en alla auec fon 
brigantin à fille Forte,où les habitâs,qui font Ca- 
ribes , ne voulurent aucunement confentir qu’il 
dcfcmbarquall. Il tourne vers Carthagena pour 
puifer de l’eau ,par-cc qu’ils mouroientdefoif, & 
rencontra près Cochibocoa le Doéteur Encifo, 
qui amenoit vn brigantin, & vn nauire chargé de 
gcns,&dcprouifions,au capitaine Hojeda:ils côp- 
tent incontinent leurs fortunes bien parle menu, 
Sc tout le fucccz, & comme le gouuerncurfen e- 
lloit allé.Encifo ne vouloir pas aifément croire Pi¬ 
zarrc doutant qu’il fen fut fuy auec quelque larre- 
cin,ou pour quelque autre deliél .Mais voyant co¬ 
rne l’autre iuroit,&comme ils elloicnt touspau- 
urement vellus, les faces ternies, pales & defaidlcs 
pour la mauuaife nourriture qu’ils auoient eue, ou 
pour l'amour de l’air, il adioulla foy à fes fermens, 
eut grand delplaifir de ce malheur ainlîaduenu 
& leur commanda qu’ils s’en retournafTent auec 
\uy d'où ils eftoient partis.Pizarre& fes trentecinq 
foidats qu’il auoit encor’ vouloient donner à En¬ 
cifo deux mille onces d’or qu’ils auoient, afin que 
illes laifTaft aller àS.Dominique,ou biélà où'eftoit 




mer la ville Sainte Marie deTAnticquc-, Ilfeit fon 
oraifon à genoux auec tous fcs.compagnôs,& puis 
nUaillirentleurs ennemis,, jls,combattirent comme 
g :hs qui en auoient bon befoing, Seuuçc.fayde de 
i>ieu ils fub?nt les vainqueurs, Gimaco,, & les fiés,, 
fénfuirentlping dedans kpays.nç .ppuuaiirs fnp- 
porter.les.çoups.dQS cfpeçsdcnos gens, qui entrè¬ 
rent en la yillc de ce Citnngo.où il^afTommcrcnt a- 
ueè force pain ,.vjtn fi;uiél.,.qui eltoiçlà dedans, 
la cruelle failli, qui les detenoiç. Ils prindijent pri- 
fon.niejrs q.ucl.qircsJ(D|dio^s r uuds J & dcs.feinmes ve- 
ftuesdepuis ja eciutureùqfques en bas. jhelendç- , 
main ils coufureiitJslqng de lariuiçrc; ôç çi>.chcr- 
chatcdrreirtptleflçuu/i.ywiiuqrenç lcsbicns,& ba- 
gaigç.qu’on auoit fâché <je,danj les cannes,& rou- 
léaux.Iiy auoit degrandsfar.deauxdc cquuçrcurcs 
de li(îès,&. de,manteaux, grande, quârité de.vaics de 
croyc,& de boys,#: autres,yt.éfilçs 4ç m.iilpji,deux 
milleliures d’or en colliers, bracelets;-pendans, .& 
autres ioyausd.cxtrement,cl4bourez.,l|s J renducpt. 
grâces à lçfus,Çhri : ft,Scà fa benpiÇentctcpç ut ce- 
ite viéloiEe, ;&encor poqr.auoir trouuç.fi riebe, 
pays,& (i abondât, Encifo enuoya là quatre .vingts. 

EfpagOPls, qui.eftoiét demeurez à VrshfiVà fin,q.uc 

JailTans cpftc point/: de terrefi malheurç.ulç.aux Ef- 
pagnolsjilsijfcn alaiTenceftié habitans 3ubaficn,eu 
celle viliçqu’ils auoientprife,.laquelle ils.nôrnçrct 
l’AntiqugjCefut l’an iyoj. Encifo faifoit l’ft^çc’de 
capitaine,- iSçfi eftoit grand preupilfuiuaptjapro^ 

ui/îon qu'il en auoit du Roy. Plufieurs çn niurmu- 
rpient cpme.eftls Fafchcz qu’ils fuflènt. gpuuérnez 
par yn.do&cur. Pour cela, ou pour quelque autre 




GENERALE DES INDES. 8 J, 

pafliô Vafco Nugnezde Valuoacôtredit à-Encifo,. 
nyat Cr prpuifiô cftre fortie du, Roy,allegât,en oul- 
tre qu’ils n’eftoiécpl* àBojedà,duqueLilcftoit feu- 
lemét gtâd prcuoft. Il fuborna plufieurs autres .qui 
eftoict au(lî aifez à fâcher que luy,&voulut empef- 
cherla iurifdidtion de Encifo,&mefrqe ne le vou¬ 
loir recognoiftrç pourcapitaine.fcn celle façon ce 
peu d’Efpagnols qui eftoient à l’Antique dcDatiejn 
fe diuiferent eu deux.Valuoa. eftoit chcf ( des.yn^ôe 
Encifo des autres, St fureiit vn an en çe débat. •- 
Lu partialité, çr wimitic,cntrcles Espagnols 

de Délit». f hép. 52 *j, 

"O OdericEnfiqqés deioimcnajres parfit du port 
J\*de la beara.de S Dominique,aueçdeux carauel 
les pourucucs d’armês,&d’hômes ppur.^ontier fc- 
coinaàfjpjçda,p,arcc qifilsa.uoiéç çumpuiielles.àS., 
Dominique de la grâd fwro qjj’il épd,uçRK.Sa naui-. 
gation futdâgcrcu.fe: quad ilarrhjàà.Gaà'a. ilmeit 
en rcrrcciuquâtc-cinq Elpagnols aüec leurs armes 
pour prendrc.de l’eau,parce qu’il en auoit faute. A- 
uât que puifer leur .eau , ils fe coucherét fur la terre 
pour fe rcpofcr.nc fc donnans autrement garde de 
leurs vics,Scau(Ii toft vindrétà l’impoiirueuëhuidt 
cens Indiens fe ietter fur eux auec leurs acres & flé¬ 
chés aiât.bône.volonté de mager ces Chrcftiés,. & 
lcs.facrifierà leur? Idoles. Us en tuerent quarante 
fept,&.en prindrent vn,mcirét la barque en piecesi 
& menacèrent les.nauires auantque les nqflr^s fe. 
peuifent mettre en ordre . Les fept,qui efchapp'cjtcc 
de ccfte meflee fe cacheért dâs'le creux d’vn arbre. 
Si quand le matin fut venu ils allèrent veoirfils- 
rrouueroient les caràuelles, mais elles eftoient ia 







1 . LIVRE DE l’hiST. 

, parties,-& furent puis'aptles mangez des Indiens 
Colmenàres aymàpjuftofl: endurer la foifquela 
liiôvt, 8ïnc f’arrèfta qu’il ne fut à Caribana.il entre 
iiàgoülFcde Vràba,& vint furgir où il péfoir trou- 
ucr'.Hoj‘(id:i,&Encifo,mais ne trouuat point aucun 
veftige de Ic.ciix,qu’il chcrcKoit,ileut peur qjils fuf- 
Fenïvnorts.ll feirfur les pP hauts lieux de là auprès 
de gtïdcs fumecs,& feit dcflachcr tout en vn coup. 
PàvtiUcric’des deux caràuellcs, afHn qu’ils enten- 
dilfent fa venue fi d'auchrurc ils feftoient retirez 
ailleurs en pays. CewcdcTAnticquc ayant enten¬ 
du le tonnerre de telle artillerie rcfpondircnt aucc 
des fc'tiz : Ce ligne eftaht apperceu par Colmcna- 
Fëî/Pen allà’àTAnticque: lamais Efpagnols ne fc- 
lifaderct àùec tât de pleurs pour le plai/îr qu'ils rc- 
ceuoiét de f’cfïrc rencotréz corne feirét ceux cy.lls 
feréfeirccifticc'laohair,lc.pain, 5c vin que ces vaif- 
Æaux a ù b'i en C.i pportc, fe ve/Hrénc de nouucau, 
n’ayans plus que des Jâbeaux,&pièces des acc’ou- 
ftremes qu’ils audiécportez,& rcnoUiielIcrct leurs 
armes. Aucc les foixâte de Colmenàres ils cftoienc 
quafî cët cinquate Efpagnols,& défia n’àuoiér plus 
peur deslndics,ny de la fortune puis qu’ils auoient 
deux nauires,& deux autres brigatins, ils pç fe fou- 
cioiétaufli plus du Roy fieftâs bâdezlès vus contre 
les autres. Colmenàres, Sc quelques Efpagnols gés 
de bien vouloientenuoyer à Diego de Niquefa, à 
fin qu ilvintprendrelegouuernemenfpuis qu’il c- 
(loiz pourueu par le Roy de tel eflar,cncor,'que ce j 
ne fuît en ce paÿs,& ofter tous les differés;&appai- 
1er les indignariôs,qui eftoicc entre lès Efpagnols, 
Enci(o,& Valuoa ne vouloiét point qu’autre iouift 






m GENERALE ut s INDES. ÿ’ 

de leur labeur, &induftrie,&difoient,que nô renie¬ 
ment eux, mais beaucoup d’autres aulfi. de,la com- 
pagnec pouuoient eftre capitainesSc chefs de tous 
aulfi bien & mieux que Niquefa. Encorestoutes- 
fois qu’il defplcuc aces deux fi L'enuoyercnt;ils qué¬ 
rir par Roderic de Colmcnares,en vn.btigatin,qui 
appartenoit à Encifo Colmenares alla dqnç,cher¬ 
cher Niquefii, quieftoie aunomdcDieuetuele- 
quippage que i’ay cy deffus rccitétout flacque,def 
coulouré, à demy nud, ayant auec foy foixântccô- 
pagnons à demy morts de faim, 8c defaidk. Tous 
fe prindrent àplcurer quand ils fc veirent,lcsvns de 
ioye, les autres jlecompaflion.Colmenarçs confo-: 
la Niquefa, &luyfcit entendre la chargeque luy 
auoient baillce ces foldats, 8c gens de bien de Da- 
ricn, &luy donna grande efperancedc remettra 
fus les pcrtes,& dommages rcccuz fil vouloir fe re 
tirer en vn fi bon pays,le priant de vouloir ainfi fai 
rc.Diego de Niquefa qui n’auoit iamais penfé à ce 
la,luy rendit grâces telles que,mcritoit vn tel amy, 
cofidcré mefme le malhcur,où il eftoic tôbé. ll-f é- 
barqua dôc auec ces fpixante foldats en vn brigan- 
tin,&feit voele auec Roderic deColmenarcs,mais 
aulfi toft il f enorgueillit plus qu’il ne dcuoit,& pé- 
Tant défia eftre capitaine general de trois cents Ef- 
pagnols, & d’vne ville commença à fortir hors les 
bornes de raifon difant,pluficurs çhofes cotre Val- 
uoa, & Encifo, &autres,qu’il en chaftiroit les vns, 
qu’il oftcroitles charges ail autres,& les dôneroic 
à d’autres,puis qü’aufti bien il ne les pouuoientte- 
nir fans l’authorité de Hojeda,ou de la fienne. Ces 
parollcs fi follement iectees,furent o.uyes/ga^ plu- 


< 1‘. LIVRE D E L’HIST. • 

ficurs,'Çjiii efloieut allez auec Colmenares,& à qui 
ccs'-méhàces'touchtiient' tant a eux qu’à leurs coin 
pagnons,fién feirent ils le récit en confèil inconti- 
herit,qu’ils fureht arriuez à l’Antique 8c poffible a- 
ue'c l’.itiüis de'Côlmenares, à qui telles' menaces & 
parolfcs-tdffieifairt's ri'auoient femblé bonnes.Tous 
Ccüx deTàntiquè fèriflabetcht grandement contre 
Niquéfii;fpeciaicméht Valuoa ScEncifo 8c ne vou¬ 
lurent' permettre qu’il defeendit à terre,où bien le 
feirent remontereh (on vailfeau auèc fes compai- 
gnons; l’iriiuriant vilàincmcc (ans qu’aucun les re- 
print.de façon que le malheureux Niquefa fut con 
f ratndfc C’en aller.ou il fe perdit. Aptfs que Niqucfa 
fut deflogé ceux de l’Antique demeurerct enaufli 
grande'difleritiô que douant, & en grade necefliré 
deproui/îons,& de vertement. Valuoa eftoitplus 
fort en la ville qu’Encifo parce qu’il auoic attiré 
Colmenares de fon codé, tellement qu’il fut allez 
hardi de faire prifonnierEncilb, & l’acufcr d’auoir 
vfurpé l’office de iuge fis aucune prouifiddu Roy, 
furtelle accufatiô il côfifqua tout ce qu’il auoit, & 
enebr le vouloir faire fouetter, fil n'euft eftè cpef- 
chc par prières 8c interceflîôs dcqlques vns.il me- 
ritoit mieiixcefté peine qu’Encifo: car luy mcfmc 
rdboir en la fautc,delaquelle il coulpoir l’autre,fe 
faifar iùge.capiraine & gouuerneur: il eft vray que, 
Encifoaufli mericoit ccftcpcinc pour la faute qu’il 
auoit faite de cha(Ièr,düfle receuoir, & de mal trai¬ 
ter Diego de Niquefa ®ncifo ne pouuoit môftrcr 
fa prouifiô de grâd puoft pour l'auoir perdue quâd 
fon nauire toucha en terre,& fc rôpit à Vraba & e. 
ftat Je jiffoible il ne luy apartenoit pas de côtcfter. 



&C fc deliurerp.-ir force. A la fin par prière il fut dc- 
liuré,&f embarqua pour aller àS.Dominiquc, en¬ 
cor' que de la part deValuoa on le priaft de demeu¬ 
rer aucc l’eftat de grand Preuoft, de S. Dominic- 
que.ll fc vint en Efpagne.ou il feit toutes fes plain 
£tesau Roy, Scprefentadcs informations contre 
Vafco Nugnez de ValuoaTan ijn. Ceux du cona 
feildes indes prononcèrent vnarteft fort vigou¬ 
reux contre Valuoa:Mais il ne fut exécuté pour les 
ftruices; qu’il feit depuis auRoy au defcouüremcnt 
delamevduMidy,& en la conqucftede Caftillede 
l’or comme nous dirons cy apres. 

De Pitnjni.lco,qiii donna nonnelles de lit mer de Midy. 
ch.tp. 6o- 

A Vilî toftquc Vuluoa-fb veid feula comman¬ 
der,il feftudià à bien gouucrner les deux cens 
cinquatc Efpagnols, qu’il auoit en la ville de l’An¬ 
tique . D’iccux il en prend fix vingt & dix auec foy 
• &Colmcnares auiïi, &fé alla à Coibaia pourcher- 
chcr à mâger pour tous, & de l’or fans lequel ils ne 
prenoict aucun plaifir. Il demada au feigneur Ca- 
reta,autres l’appellent Cimal.des prouifions,&par 
ce qu’il n’en vouloir bailler il le mena prifonnier à 
Daria auec deux de fes femmes,fes enfans, & ferui- 
teurs,&pilla fa villc.dedans laquelle il trouua trois 
Efpagnols de Niquefa, lefquels feruirent tel¬ 
lement quellemcntde truchement, Scfeirentré¬ 
cit du bon traiétembnt, qu’ils auoient receuz en 
fa maifon de Cateta , qui pour ceftecaufc fut dcli- 
uré auec fermét qu’il dôneroit fccours;&aidScôtre 
Pôca fon propre ennemy, & pouruooir fon eâp en 
ce voyage : ce pendant ils defpefchcrbnt Valdiiiia 
1 iiij 





fo rt-.a ffe <ft i o n n é à V a 1 u oi,\&. Za m u d i o pour aller ^ 
S.iinétDorninique.tant pour auoir gés, pain,& ar- 
i)içs,qùe pour porter vn procès.&informatiôs co¬ 
tre Martin Fernand d’Eii.cuo. Valuoa en tre plus de 
faisante ipil.cn pays foui»s La fàueur de Carcta, & 
faccage vue ville, où ils trouuérent quelque chofe 
d’or, mais ils ne peurent.uouucr le (cigncur Pôcn, 
par- ce qu’il C’en cftoit fuy, ôe.auoit mené.auec foy 
roue ce qu’il auoir peu. Il neluy fcmbloit bon de 
faire guerre fi auat en pays,principalemct pour ges 
qui ne doiuct gueres abandôner la code de la mer. 
il fen alla à Comagre, & feir paix auec le feigneur 
parle'moycn d’vn des gens de Carcta.Comagre a- 
uoit fept fils d’autant de femmes : fa maifon cftoit 
■de bois, fort ample, & bieu baftie, ayant vue falc 
large de quatrre vingt pas, & longue decent cin¬ 
quante: ilauoit vne cauc replie degrands vailleaux 
pleins de vin fait de grain,& de. fruir,blac,&rougc, 
doux,Hyen auotcaulli d’aigre fait de dattes,lcdoux 
refteinbloit à du mouil,ou vin cuit.Cefte rencôtre 
pleut fort à nos Elpagnols. Panquiaco fils aifné de 
Comagre donna à Valuoaicptante efdaucs, faits à 
leur couftume, pour feruir les Elpagnols, 8c quat¬ 
rre mille onces d’or enioyaux, 8c autres pièces 
ïùbrilcmenrelabourees, .Valuoa feit fondre tout 
ceft or auec celuy qu’il auoic défia eu par le chemin 
&puis en oftalequinr, qui appartenoitau Roy, 8c 
delpartit le refteentre les foldats,& c6mcil pefoic 
Iesparts,& portiôs à vn poix.qui eftoit attaché à la 
porte du Palais,quelques Elpagnols qui n’eftoient 
■point côtés de la part qu’on leur auoit faitcômécc- 
ret a quereller,aIors Paquiaco donna du poing fur 



UtnEKAl-tD IM DES. «5 

Iabalance où efloit^c poix,& feit choir tout l’or à 
tcircjlcur difant : ô Chreftiens fi i’eulfe.fceu que 
vo'us.deulficz quereller fur mon or, ie ne le vous 
eullè pas donnétcar i’aime paix,& côcorde.&m’ef- 
merueillc bié comme vous elles fi aueuglcz,& def- 
..pourueuz de fensd'auoir rompu cesioyaux, qui 
elloicnt fi dcxtrcmenc elabourez, pour en faneie 
ne fçay quelles picces,qui reflemblent à petits cop- 
peaux de bois, & encor plus ie m’eftonne comme 
vous,qui elles tant amis enfemble, querellez pour 
vne chofe fi yile,&de fi peu de yflleur.il vous feroit 
meilleur ne bouger devoftrepays, qui eltfi loing 
d’icy, fi les homes y font fi fages, fi honneftes, éc li 
prudens, comme vous vous en vantez, que venir 
• faire des querelles en ce pays eftrange,où nous au- 
-tres viuons contens, encor que vous nous appel- 
licz grofiiers,& barbares. Mais fi l’auarice, &con- 
uoitifed’auoirde l’orVOuscômandetât quepour 
icclity acquérir vous vo’trauaillez fi fort,&mefme 
tuez ceux,qui en ont,ie vous môllreray vn pays ou 
pofljble vous vous en foullerez:Nos Efpagnols ad 
mirèrent grandement le iugement, & les parolles 
dcceieune Indien, &c encor plus la liberté auec la* 
quelle il les proferoit. Les trois Efpagnols de Ni- 
quefa, qui fçauoient vn peu la langue du pays luy 
demandèrent comme fappelloit ce paysfil.le nom¬ 
ma Tumanama ,• & leur dit qu’il eltoit loing de fix 
iournees.mais qu’ils auoient befoing de plus gran¬ 
de compagnees pour palfer certaines montagnes, 
oùles Caribcs faifoiênt leurs demeurànce,auant 
qu’arriuer à leur mer, Quand Valuoa ouyt ce mot 
d’autre merjill’embrafiCTe remerciant des bonnes 



1. LIVRE DE LHIST. 

nouuellcs qu’il luy auoit di&#,& le pria de fe fai- 
re'Chreftien. Ce quel’Indien accorda Si fut bapti- 
zé,8cnômé dom Charles, du nom du Prince d’Ef- 
pagne, que nous voyons auiourd’huy eftrc Empe¬ 
reur. Dom Charles Panquiaco fût toufioursamy 
des Chrcftiens, Si promit d’aller aucc eux à 1 autrjs 
mer de Midy bic accompagné d’hommes de guer- 
re,pourucu qu’ils fuflent mille Efpagnols.Car il ne 
luy eftoit pas aduis qu’on peuft vaincre les autres 
Caciques, ny gaigner Tumanama aucc plus petit 
nombre. Il leur dit encor que, iî ils ne fe hoient de 
luy,ils le menaflent lie, & garrotté,& fi ce qui leur 
auoit dit n’eftoit vray qu’ils le pcdifTent à vn arbre. 
Mais certainement il dit vray : car par le chemin 
qu’il monftra on trouua vn riche pays,& la mer de 
Midy, qui tant auoit cftcdeiîree par ceux, qui f’e- 
Aoicc méfiez de deicouurir ces pays. Panquiaco fut 
donc le premier, qui donna cognoiilàncc de ceftc 
mer, encor'qu’aucuns veulent dire que Chriüo- 
phlc Colomb en eut nouuellcs dix ans deuat, quâd 
il fut au port Beau,& au cap de Marmol, que nous 
appelions au iourd’huy le nom de Dieu. 

■Lesguerres que feit Vtfco Nugnez, Je f'^luod a» 
goulfe Je'f'rds. Chap. 6l. 

T T Aluoa fen retourna à Darien plein de grande 
» eiperance d’eftre riche quand il auroit trtfuué 
la mer de Midy.elperant'y trouuer force perles, 
ioyaux & or, & penfoit bien faire, comme auffi il 
feir,feruice au Roy tel qu’il feroit recognu,&qu’en 
outre il aquetroit vn grand brui&.Il communiqua 
a tous la caulc de Ca rciîouiiTance,& donna aux au¬ 
tres Espagnols, qui n’auoient efté aueduy en ce 



voyage la paie de l’or qui leurs appartenoit: Mais 
elle cftoit plus petite que celle des foldats qu'il a- 
uoit menez au ce luy, & chuoya quinze mille pe- 
fans d’or au Roy pour fori quint, aucc la relation 
de Panquiaco - , afin qu’il luy enuoyaft mille hom¬ 
mes, il donna cefte chargé à Valdiuia,'qui défia 
cftoit de retour de S. Dominique ayant 1 apporté 
quelque peu de viurcs; Mais il n’arriua point en ' 
Efpagne.meiineil ne vint pas iufques à Haitij&fc- 
lon le bruic, facarauellefc perdit aux Viùorcs près 
Iamaiquc,ou à Cuba près le cap de la Croix, & luy 
auili&tous fesgens, & l’or qu’il portoit pour le 
Roy, Scpour quelques particuliers. Cefutlaprc- 
micte perte notable d’or qu’ô euft tiré de terre fer¬ 
me. Valuoit,de les autres Efpagnols de Darié auoiét 
grande ncceiïîté de pain,parce qu’vn grand cas 
d’eau auoit arraché, 5c noyé tout le maiz qu’il a- 
uoient femc. Or pour pourueoir à cefte neceflîté il 
délibéra de coftoycr le goulfe , & aufli pour fça- 
uoir fil cftoit grand, & riche. Il efquippa donc vn 
brigantin,& plufieurs barques,dedans lefquclles il 
mcit cent Efpagnols : il f en alla fe ietter dans vn 
grand flcuue qu’il furnomma de fainét Iean, & na- 
uigea contre-mont ce fleuue bien quarante mil. Il 
trouua plufieurs villages fut la riuc tous defgarniz 
d’homnies,& de prouifions, par ce que le feigneur 
de là, qui f’appelloit Dabaida, fen eftoit fuy pour 
la crainte que luy auoit donné Cimaco de Darien, 
qui fe vint faulucr icy, quand il fut vaincu par le 
docteur Encifo. Il feit chercher par les maifons, 
oùil trouua grands monceaux de rets à.pefcher 
des couuertures, & d'autres vtenfilles de maifon. 



force trouiïè de flefches,d’arcs, de dards, & autres 
armcs,& trouua encor de fix à fept mille pelas d’or 
en diiiçrfcs pièces,& iqyaux.ll l’en retourna aucc 
cela allez mal content de n’auoir trouué du pain, 
illuyauint vne fortune qu’il perdit vne barque a- 
uecles gens.quicftoient dedans,& pour Ja tempe- 
fte fut contraint iettet en la mer quafi tout ce que 
ilportoit excepté l‘or,ils fen retournèrent tous pi¬ 
quez de chauuefouriz, qui font en ce flcuue aufli 
grandes que tourterelles. Rodcric dcColmcnares 
alla par vn autre flcuue vers le Louant aucc foixan^ 
te compagnons & ne trouua que delà caflc. Val- 
iioa fc ioingnit auec luy, & ne pouuans plus viure 
iansmaiz entrèrent tous deux par vn autre flcuue 
qu’ils appelleront Noir. Le feigneur dolà fappel- 
loit Abenamaquei, lequel ils prindrenr auecqucs 
quelques autres des principaux, & depuis qu’il fut 
peins vn Efpagnolluy couppa le bras par ce qu’il 
l’auoirblccé en l’e/carinouche qu’ils feirentpour 
le prendre. Ce fur vn aéle vilain, & indigne d’vn 
Efpagnol. Valuoalailïïilàla moitié de les Elpa- 
gnols, & auec l’autre moitié fen alla vers vn au- 
treflcuue d’Abibeiba, où il trouua vnelogette ba- 
ftie fur vn arbre,de quoy fe prindret fort à rire nos 
Elpagnols comme de choie nouuclle, par ce qu’il . 
/êmbloit que ce fut vn nid de Cicongnc, l’arbre c- 
ftoit lï haut qu'on n’euft feeuietter vne pierre par 
delTus àplein bras, & li gros qu’à grand peine huic 
hommes fe renans en rond parles mains l’cuflènt 
peuembrafler. Valuoarequiftdepaix le Cacique 
Abibeiba, qui feftoit retiré en cet arbre , & s’il ne 
la vouloir, luy dift qu’il mettroit fa maifon à bas. 


GENERALE DIS INDES. S 7 

Mais ce Cacique fe confians en la hauteur, Sc gro G- 
feur de fou arbre,refpondit rudement,&commeil 
voyoit quoii commençoit à le coupper parle pied 
auec des haches,il eut peur detomber, & a'infifût 
côrraint faire là pàix,& dit'qu’il n’auoit point ifor* 
ëhco'rèflnoinà ch vouloir il auoir puis qû’ilneluy 
apportoit aucun pro(Ht,& qu’il n’en auoit qitefai- 
re . Mais comme on le pinçoit pour lujç faire dire 
vérité, demanda terme pour en aller chérchcr;& 
ne retourna depuis par ce qjj’il fe retira vers vn au¬ 
tre feigneur nomme Abraibt J ,'qui eftoit là auprès, 
aueelequel ilfccomplaignitdu deshonneur qu’5 
Iuy auoit fait pour le recouurcr' faccordèrent 
enfemble d’aflaillir les Efpagnols ; qui eftoientau 
flcuuc Noir,&les tuer. Ils allèrent dôclàaueeciiiq 
cens hommcsj inais pcnlans faire mal ; à aütrriy ils 
Asie féircnr eftans combattus, & ayaris perdu la 
bataille,ils s’enfuirent euxiniais les leurs furet qüa- 
fi tous'où mofts'i où prinS’. Ilstiëfurehtpbinc Çn- 
cor chàftiez■pouf celle foisidins fubornévent tbüs 
leurs voifins,8e.ees trois conîür'èïét enfemble, ! c’eft 
à fçauoir,Cimac'6,Abibeiba,& Abèmànaqdei^ qui 
auoit efté remis en libërtéVd’aller àla riû'ieredc 
Darien brufler là ville qu’auôient faictüles CKre- 
ft'icns, & les manger, iis eftoi'ént 1 cinq prirtcipaüiîj 
tellement qu’aiiecqués césItro : i , s ily ; en atiojtisnq 
cor d’eux, qui ërt equipperërit tous - chafcun vingt: 
barques, Sc mille hommes'chacun, cjüi ifoientpar: 
terre. Ils affignerent’Tiqùirrràoÿenne villepjaùr 
amalTer les' armes, & vi&ùniîl'éS'nëccflateeS pour 
le Camp. Ils partfflbieht def-ja entrè-eux lêsre'ftesj-. 
Si les biens dés Eipagrtoîs,qn ? i(sdeüoientt'uet^ Sc 


accprderent du iour, auquel ils deuoienc donner 
I’adâulc-, mais lçurconiuration fut de.fcouuerre eu 
cefte façon. Vafco JdugHczauoit pour femme, 6c 
e.fpouJTe vue Indienne la plus,belle de toutes celles 
qu’ilauDirprinfes,yn fieu frère ferujteurdq Çima- 
co.quifçauoit toute,la coniuration,la venqit veoir 
fqi)ucn.c,yn iour il print le ferment d’elle de,ne rc- 
uelcr,ce qu’il luy diroit, & puisluy compta tout le 
difcpùts de ce qui fedeuoit faire, ÔC la pria qu’elle 
fen-aUaftaucc luy qu’elle n’attendift point le 
danger,.auquel cllepourroic tomber. Elle fexcula 
qu’ejlç, uepouuoit pour lors f'cq aller,, ce qu’elle 
faillit,Qu.pour.le direà Valuôaqu’ellcaymoit, où 
bien à caule qu’elle pêfqit qu’il baftcroit pourlors 
plus mal aux Indiés qu if ne icmbloic.Ellejdéffcou- 
uric coûte l’enrreprinfc, afin qu’ils nç mbSétilFent 
pas tous. Valuoa attendit çjue cctl Indien fut venu 
cgjptJlQiil fauloifpcnkyeoit ù ieqjti.eftanrvenu il 
le,p'rend ,&lemer àl.rtonuie,ilconfdJc toûc.Val- 
U.oaauffi.foft fc m.et-etppays aueç.içptante Elpa- 
gnôls pouraller-çhetiçiier Çimacpjjjiÿçiboicà neuf 
mil de là. Il n.ele rrouua point,il amène feulement 
force Indiens prifonniers auec vn parent de Cima- 
co.Roderic de Colnjenares fen alla à Tiquiri auec 
ioixante compagnons en quatre Marques , menant 

pour guide ccftlndiéiqui auoit défcouucrt la con¬ 
juration, il arriua là deuant qu’il fuftapperceu, & 
faccagca la .ville, Sç print.plufiêurs prifonniers, 5c 
feitpendre celuy qui auoic la garde des armes, & 
des prouifions, à vn arbre que luy mefme auoit 
plan té, & le feift tirer à coups de flefehes auec qua¬ 
tre autres des principaux.En ces deux fâcs les Efpa- 




GENERALE DES, ItfDES. «g 

gnols fe munirent de bonnes prouifions,& clpou- 
uenterent leurs ennemis de telle façon qu’ils n’olè- 
rent plus depuis ourdir de telles toiles, llfçmblaà 
Valuoa,& auxaûtres voifins.de l’Antique quç^a ij* 
pouuoicqt mader au. Roy comme ils,auoient cçni-, 
quis la prouincc d’Vraba, & failemblcrent pour 
nommer des procureur? qui iraient pour tous en. 
Efpagnc,,& pour faire vn cp.nfeil, & vn gouuerne- 
ment, maisils nçfe.peuucnt.apcqtder en plufieurs 
iours par ce q Valupa y voulo.it aller, & tous l’era- 
pefehoient, aucuns pour la peur qu’ils auoient.des 
Indiens, autres p,ourla peur auffi de celuy ,qui luy 
fuccedcroit. Finalement ils efleurent Ican de.Qui- 
zedo officier du Roy, qui auoit là fa femme qui e T 
Hoir vn gaige affiez refponfabïe pour lesàHeurer 
de fon retour,& confiderans,qu’il auroitplusgran- 
de au thoritc enuers le Roy , & qu’il ferait plulioft 
creu, ils luy donnèrent pour çompagnee Rodcric 
de Colmenares, qui auoitcfté.touiîours capitaine 
aux guerres, & entreprinfes qu’on auoit faiétes en. 
ce pays. Ces deux procureurs partirent de Daricn 
en Scptcmbrel’an ijn.cn vnbrigantinauec la re¬ 
lation dc.touc ce,qui auoit cfté fait, portas defor* 
& ioyaux, pour demander au Roy renfort de mille 
hommes pour dcfcouurir,& peupler la mer de IMLi- 
dy,fr d’aduéturc Valdiuian’eftoicarriuè à ia.couiç.. 

: Le defcoituriment de lamer de Midy, Cty,. <>l. . 

V Afco Nugnez de Valuoa cftoit homme,qui ne 
pouuoit demeurer en repos, encor qu’il eufl:' 
pcu.de gens ,.attcndu le nombre que dqm Çharlçs, 
Panquiaço difoit.eftrc neceffiure. Ainlî fans auoic 
cfgardà ce peu d’hommes qu’il auoit fc délibéra 



L' 


i; t'rtil DE l’h I S T. 

d’àllerdèfcouurir la mer de Midy, afin qu’vn aulrS 
ne'le 'prëuint en telle expédition, & tieluy enleusft 
la berièdi&ion quilefpcrciic rccepuoiv d’vne en-- 
treptinfe fi renommee. ll'Ié fàifoit a'ulfi pour ado'rf 
ciïle Roy^quieftoit irritécontre luy.ll nieic donc’ 
en-ordre vne petite carau'elle,quivii pcudcuànc 
cftoit arrïuee de fajn'çt Dominique, & dix barques; 
chacune fa’ifte d’vn trôc d’arbre Tel oh l’vfancc des 
IndiénS, Il fembtttqüa dedans ces; petits vaillè.-tui 
au-ée heùf Vihgts'Êfpügnols d’eïli’tè,6claiflànt le re¬ 
lié bieWpOhruèü', partit de Darieh le premier iour 
de Sèptcmbrel’a'niyij.Il Ven alla à Carcta, oui! 
laiflàiesbarques, Statures vailfeauf, & quelques 
foldats pour les garder. Il print quelques Indiens 
poiirle'gUider , &férûir de truchement, Stfcnicit 
au chemin des montitghes, defqucllcs Pnftqiliacq 
luy au'&îrpàrlé.II entre au pays de Ponça,qui s’en-' 
fiiit comme â l’autrefois, deux E/pagndls ! fc polit'-' 
fuiüent àiiec deuxaurres Caretans, ilsTàmcncren't’ 
ailée làüfcdnduiél.ellant venu, II fait paix,& ami-' 
riéaücc Valuoa,& fes compagnôs,& en ligne d’af- 
feuraiiçeil donne cent dix'pelàns d’orenioyaux,& 
en'recompcnfe ilprend deux haches defer, 8c des' 
couronnes de verre, des fonettes, Si autres choies; 
dcpàl de valeur,.lesquelles toutesfois îleffimoir' 
préeicàfeSjil donna en outre grand nôbres d’hom- : 
mes, qui ont accouftumé porter la foriimc, 6C de- 
lire employez à ttauailler, afin qu'iccux ohurilTénf 
ies : 'chemins, qui font fort ellroits, Si n’ont iamaïs 
cllé plus larges, par ce qu'on necontrade point a- 
uecces Montagnars, & encore tels, : Si Ci ' éllroids 
qu’ils font,ils n'ont cité faits que par les belles, qui' 
hantent 





hantent en ces montaignes. Auec l’aide donc de 
cesgés les noftrcsfeirétouuertureàforcc de bras, 
&: du fer à trauers les montagnes & forets, & f c j_ 
rent des ponts furies riuiercs,n5fans endurer giâd 
faim:à la fin ils arriuererit à Careca, d’où eftoit fc'i- 
gneurTorcccia, qui fortit dehors accompagné de 
beaucoup de gens allez bien armez, pour les eiu- 
pefeher d'entrer enfonpays. Il demanda qu’ils e- 
ftoient.cc qu’ils chcrchoient,& où ils alloient-.ayât 
entendu qu’ils eftoient Chreftiens, qu’ils venoient 
d’Efpagne, qu’ils prefehoient vne nouucllc reli¬ 
gion,qu’ils chcrchoient de l’o r, Sc qu’ils alloient à 
la merde Midy , il leur dit qu’il fen retournalTcnt 
d’où ils venoient fins toucher à chofe qui luy ap¬ 
partint fur peine de la mort, & voyant que les no- 
llres n’en vouloient rien faire,liura le combat cou- 
rageufement,mais il y fut tué auec fix cens des fiés: 
les autres fenfuirét tant qu’ils peurét pcnfàns que 
les arquebouzes Aillent tonnerres, & que les bal¬ 
les fullcntle coup du tô'ncrre: aulfi eftoiétils ellô- 
liez de veoir tant de gens tuez en fi peu de temps,' 
les corps d’aucuns fans bras,autres fans iambes,au- 
tres fendus par le meillicu. En celle bataille il fut 
prins vn frere de Torruccia en habit de féme roya- 
lc,aulfi,n5 feulement en l’habit ,mais en tout le re¬ 
lie du corps il eftoit fémc,(înon qu’il ne conceuoit 
point. Valuoaentre en Careca, oùilnetrouuene 
pain,ny or,par ce que Toruccia auât que fe prefen- 
rer pour côbatre l’auoit enuoyé to° de hors.Il trou 
üa aucuns efdaues noirs, il demadaà ceux du pays 
d’où cftoient ces noirs* mais il ne peut autre cho- 
fç fçauoir, fi non qu’il y auoit là auprès des gens de 



1. LIVRE DE i'hiST. 

cefte couleur, auec lefquelles ils auoicnt ordinaire¬ 
ment la guerre.Ce furent là les premiers noirs, qui 
ayenteftéveuz aux Indes , ôdiie croy qu’il n’en 
a point cfté veuz d’autres. Valuoa chaftia cin¬ 
quante Sodomites qu'iltrouualà. Scies feiebruf- 
lcr.feftantprcmierement dcuëmét informé de leur 
péché abominable. Les voifinsde ce pays ayants 
entendu cefte viétoirc,Se cefte iufticc,luy amcnoict 
plulieurs Sodomites pour cftre depefehez comme 
les autres: Se ainft qu’on dit, les Seigneurs, Se ceux 
qui les fuiuent font fott adonnez à ce vice, Se non 
le commun peuple, ils fàifoicnt chcrc aux chiens, 
penfans qu’ils flirtent les exécuteurs de iuftice des 
dclinqùans.à caufe qu’ils les voyoient mordre.Dc- 
puis queToruccia fuft fi tort vaincu. Se lès gés mis 
en pièces les Eipagnols n’auoient que trop d’hom¬ 
mes. VaJuoa laiflà à Careca les malades,& ceux qui 
eftoicnrlaz, &aucc Soixante, Se fept, quieftoient 
làins, gaillards, & difpos , monta vne haute mon- 
tagne,du hault de laquelle on voyoit la nier de rni- 
dy, ainfî que difoientles guides. Vn peu deuant 
qu’arriucr en haut il commandaquc fon fquadron 
farreftaft, Se luy courut viftement en hault, pour 
voirie premier cefte mer que tant on dduoit.Auf- 

fi tort qu’il fut en haut il regarde vcrsle midi,il voit 
la mer,Sefagenouille à terre rendant grâces à Iefus 
Chrift de luy auoir fait cefte fiucur.il appelé fes cô 
pagnôs.Seleur nionftre la mer,Se leur dit: voyez a- 
mis ce que tant nous defiriôs voir,rendôs grâces au 
feigneur Dieu,qui a gardé,Sercferué pour nous rat 
de bien,Sehôneur,demadôs luy cefte grâce de nous 
aidcr,Se nous guider pour conquérir cepays,5cce- 

I 


GENERALE 1NDIS. pO 

fie nouuellc mer que nous defcouurons/qui ri’a ia- 
niais efté vcuë de Chreftiens, afin qu’on y preféhc 
fon fainéb Euangile, Si qu’on y cfpandele baptcf- 

mc:& vous autres faiûes que foycz tels qu’auez 
accouftumez d’eftre, Si me fuiuez:car auecqucs 
l'aide de Iefus Chvift vous ferez les plus riches Ef- 
pagnols, qui ayent patte en ces Indes,’vous ferez 
plus grand fcruiccauRoy, qu’oneques vallal ou 
lèigncur ne feit,& aurez l’honneur. Si prix de tout 
ce,qui fe dcfcouurira, conque liera, de conu.ertira à 
noftrc fainéle foy Catholique en ce quartier.Tous 
les Efpagnols, qui eftoient auecluy feirent leurs 
prières , Si rendirent grâces à Dieu, embrafTerent 
Valuoa, luy promettans de ne luy manquer. Ils ne 
fe pouuoient contenir de ioyc pour auoir defeou- 
uert celle mer,laquelle tant auoienr de/îrce. Et à la 
vérité ils auoient bonne raifon d’eftreioyeux, & 
côtens pour eftre les premiers, quil’auoiét dccou- 
ucrtc,& qui par ce moyé faifoit au Roy vn feruice 
remarquable, pour auoir ouuett le chemin, parlé 
quel on deuoit porter enEfpagne tant d’or, & ri- 
chcflcs comme de fait on en a depuis apporté du 
Peru. Les Indiens demeurèrent eftonnez de veoir ' 
endrenos gensfi grande ioye,& encor plus quand 
ils les veitent faire de grands monceaux de pierre 
qu’ils faifoient auec leur aide,en ligne delapottef- 
fîon qu’ils prenoict de ce pays pour le Roy, 6 cpour 
en lailfer quelques marques à la pofterité. Valuoa 
veitla merde Midyle 25 . iourde Septembrel’an 
1 jtj.à Midy.ll defeédit la môtagne faifant marcher; 
fes gens en bô ordre. Si arriua à vn lieu apparténat 
à Ciape,Cacique fort riche» & homme de guerre.il 


1 . 1IVRE DS L’HIST. 
le pria pal- truchement de le laifTer parta- en paix,& 
qu’il vouluft luy donner des prouvons, 6duy dit 
que fil vouloit accepter fon amitié, il luyreuele- 
roitde. grandsfecrets,&luy feroit beaucoup de 
oracesde la part du puilfant Roy d’Efpagnc Ion 
Seigneur. Ciapercfpondit qu’il ne vouloi t point 
luy°donner partage, ny aucuns viurcs, Si qu’il ne le 
foucioit de fon amitié ,&fe mocquoit quand il 
oyoit dire qu’on luy feroit des grâces,& difoit que 
telle offre n’eftoit qu’vne couleur pour en deman¬ 
der d’aucres, & voyant fi peu d’Efpagnols les me- 
riaçoit aucc force brauades f'ils ne l’en retournoiet 
ii fortit incontin ent en campagne aucc vn gros cf- 
quadron bien armé,&preft à combattre. Valuoa 
fait dcflachcr les chiens,&rircrles arqucbouzcs,& 
les aflàult de bon courage, & en peud’clpacc de 
temps les fait fui r & les pourfuir, Si en prend plu- 
ficutsjcfqucls il de fend aux liens de tucr,afïn d’ac- 
q acrirJc bruiftd ertre doux,&d’auoirpitic mcfme 
defes ennemis. Les Indiens fuyoient de peur des 
chiens,ainfi qu’ils confelfoicnr, Si principalement 
de peur du tonnerre que faifoient les arqncbuzcs. 
Si de la fumee, & odeur delà poudre, qui leur ve- 
noit au nez. Valuoa mcic en liberté quart tous ceux 
qu’il auoit prins en cefte bataille, Si enuoya auge 
eux deux E(pagnols,&quelques carecans pour fai¬ 
re venir Ciape,& luy dire que fil venoit ils le rece- 
ucroicnt pour amy, Regarderaient fon pays, ôc fa 
perfonne,& fil ne venoit qu’ils ruineroient toutes 
les lêmenccs Si fruits,ils mettraient le feu en leurs 
villeSj&rueroien t les hommes.Ciape eut peur,auf- 
fi ceux de Carcca l’intimiderent luy rccitans la vail- 




lantife, & inhumanité des Efpagnols : Cclalefeic 
vcnir,& fe donna au Roy d’Efpagne pour valïàl,& 
donna à Valuoa quatre cens pelâns d’or en o:uure, 
Sc au lieu on luy donna quelques chofes qu’ilefti- 
ma beaucoup pour luy ellre nouuelles.Valuoa dc«. 
meura la iufques à ce que les Efpagnols qu’ilauoic 
lailfez malades à Carcca fulfét arriuez .Ils f'é allaa- 
pres à la marine,qui eftoit encor loing de la,il prie 
polTeffion de celle mer en la prefencc de Ciape a- 
uec tcfmoir.s,& en print a'éle de notaire.Cefte poC 
felfion fut prinfeau goulfe de faindl Michel,que 
ainft il nomma, par ce que ce iour eftoit dédié àl» 
fellc de faindl Michel. 

Comme les perles furent defcomiertes m goulfe ie 
'[«mit Michel. ch«p. 6$. 

N Os Efpagnols fe recrecrcnt à celle felle de 
làint Michel le mieux qu’ils peurent pour fo- 
lcnnizcrd’auantage l’aéledc poltèlïïon. Valuoa 
laillà là quelques Elpagnols pouralTeurcr le der¬ 
rière, Sc trauerfavn grand’fleuuc auec neuf bar¬ 
ques que Giape luy fournit,& f en alla auecquatre 
vingts Efpagnols.fe feruant de Ciape pour guide, 
à vne ville , de laquelle le feigneur s’appelloit Co- 
quera, qui fe meit en armes,& en defenfe, il com¬ 
battit, Sc fucmisenfuitc.Mais parle côfeil,&prie- 
rcs de ceux de Ciape , qui furent par deuers luy 
pour le prier de la paix, il fe feit amy des nollres, 
& donna à Valuoa fix cens cinquante Caltillans 
d’or en ioyaux. Parle moyen deces deux vidtpires 
les Efpagnols acquirent grand bruidt en celle co¬ 
lle, Scvoyans qu’ils auoient Ciape,& Coquera 
amis ils penferent auoiràlcur deuotion tous les 





a. LIVRE DE l’hist. 
voifins, de façon que Valuoa f enhardifloit de plus 
en plus. Ilfeit emplire fes neuf barques de viures, 
& C'en alla auecques quatre vingt Efpagnols co- 
ftoyerce goulfe,pour veoir comme eltoicntlcs 
riucs, quelles Iflcs y auoit, & quels rochers . Cia- 
pe le pria de n’entrer.point en ce goulfc,parce 
qu’en cefte lune , & les deux fuiuantes il ibuloit 
courir de grandes tempeftes , des vents forts & 
impetùeuxvqui venoieht de tare à trauers ce goul- 
fe. Mais Valuoa luy rclpondit que pour cela il ne 
lailïèroirpoint d’étrer, par ce qu’il auoic fendu des 
mers plus grandes, & plus enflées que celle là, & 
que Dieu, la foy duquel fe deuoit publier par luy, 
l’aidcroit. Il f embarqua, èc Ciape fc ieéla dans le 
vaiffeau aucccjues luy , aflin qu’il ne fuft réputé 
■ couard,&pcu amy. A peine auoient ils abandonne 
la terre,qu’ils fe trouuerent entre les vagues fi hau¬ 
tes, &fi terribles que l’on nepouuoit manier les. 
barques,ny rcculler en arrière, ny pouffer en auanc 
ilspenfoient bien tous périr. Mais Dieu voulue 
qu’ils attiuenten vnclfle,oùils repoferent cefte 
nuiCt: cependant làmareefehaulfti tant que l’iflc 
futprefquecouuertc,ce quirendoitnoz gens fort 
eftonnez,par ce qu’en l’autre goulfc d’Vraba, & 
en la cofte Scptëtrionalelamerne croiftpoint,ou 
fi elle croift c’eft bien peu. Le matin ils voulurent 
décamper auecques la mareé.qui fabbaiffoit défia 
fort, mais ils nepeurent par-ce qu’ils trouuerent 
les barques plaines defablon, & autres chofcs,qui 
eftoient tombées dedans. Le premier iourils eu¬ 
rent grand peur de mourir en l’eau, mais à ccftuy 
iourils eurent plus grand peur de périr en terre, 



parce qu’ils n’auoicnt que manger. Mais auec ce¬ 
lle peur ils vuiderent les barques, raccouftrerent 
aucc cfcorce d’arbres,celles,qui eftoient rompues. 

Si les recalfeucrcrent auecques desfueilles, & puis 
allèrent prendre terre en vil lieu couucrt, où coin- 
parutaulli toftlefeigneurdelà, nomméTumaco 
auec bon nombre d’hommesarmez pour fçauoir 
quels gens c’eftoicnt,&cc qu’ils vouloient.Valuoa 
luy enuoya dire par quelques feruiteurs de Ciape, 
qu’ils eftoient E(pagnols,qu’ils cherchoiéc du pain 
pourmagcr,&de l’or en côtrechange d’autre cho- 
fede meime valeur. Tumaco les voyâs en petit nô- , 
bre répliqua auec vnc hardiefle, Si les tenant défia 
comme prins,il leur liura le combat où Valuoa fut 
vainqueur .Tumaco f enfuit aufïïhardiment qu’il 
auoit parlé. Quelques Eipagnols,& Ciapeficns, al- 
lcrct apres luy pour le prier de f en venir à nos bat- 
ques,& fie faire amy du capitaine,luy douant la foy 
pour aftèur.ancc, Si des oftages.il ne voulut venir, 
mais y enuoya vn fienfils, lequel Valuoa veftit, Si 
luy dôna de petites chofes,côme corones,forcetes, 
fonnettes,miroirs,& luy faifant autres grandes ho- 
neftetez le pria qu’il feit venir fon pcrc. Ce icunc 
fils f c retourna gay,& gaillard,& à trois iours de là 
amena fon pcrc. Tumaco fut bien reccu, &eftant 
interrrigué de l’or,& des perles que portoiét quel¬ 
ques vns des fiés,enuoya vn peu apres fut cens qua¬ 
torze pcfiins d’or,& deux cens quarate groftes per¬ 
les ,& grande fomme d’autres petites. Cefutvn 
prefent riche, qui feit làulter pluficurs Efpagnols- 
d’aife. Tumaco voyât qu’ils le louoyent tât, Si que 
ils eftoiét fi ioyeux auec ces perles,cômanda à quel- 
m iüj 



1. UTJU DE 'l’HIST. 
qucs vns de fes ferait eu rs d’en aller pefeher: il 
rapportèrent douze Jiiircs de perles en peu de 
iours, lefquelles encore il donna à nos gens, qui 
forent merucilleufemcnt ettonnez deveoir tant de 
perles, &comme les Seigneurs en faifoienf peu de 
- cas, par-ce que non feulement il les donnoient, 
mais encore ils les porcoienr attachées comme 
coufocs à leurs nuirons, ce qu’ils faifoient,à ce que 
ic croy, pour gentillcflc, ou pour monftrcr leur 
grandeur. Aulli, comme on a fccu depuis,le princi- 
palreueim, & la plus grande richcfle de ces Sci- 
, gneursieft la pefchc des perles. Valuoa diift à Tu- 
inàco qu’il auoit vn pays riche,fil fçauoit bien f ap- 
propticr de ce qui cftoit en iccluy, & qu'àfon re- 
tourilluycn diroit quelques bons fecrets : Mais 
l’autre, & Ciapc luy feirent refponcc que (à richcf- 
fcn’eftoit rien à comparaifon de celle du Roy de 
Terarcqui,qui cft vne ifle abondante en perles,qui 
eft là auprès,que les perles efloiét pl’ grolfes qu’vn 
mil d’homme,apres qu’elle cfloicnt tyrecs de l'hui- 
tre,oudelàmere-petlc laquelle eftoit grode corne 
vn chapeau. Les Efpagnols eurent bié voulu incô- 
'{ - tinéc palier en te quartier là.mais craignît vne for¬ 

tune pareille à la derniere,ils le lailferét pour le rc- 
tour.lls fe défirent deTumaco,&vindrét fe repo- 
ferau pays de Ciape, lequel, à la priere de Valuoa, 
enuoya trente de fes va(îàuxpourpefcher.Iceux,cn 
la prcfence de fèpt Efpagnols qui eftoiét allez aucc 
puxpour vcoirleurfaçon de pefeher, tirerét fix pe¬ 
tites pannerees d’huitres, quieftoient toutesfois 
perires,par ce qu’attendu qu’il n’cfloit pas la fitifon 
de tellepefche,il$ n’entroiét guercs auat en la mer, 






& n’alloicnt pas au fond,où eftoientles plus grof- 
fes. Ils ne pefclient point, non feulement aumoys 
de Septembre,mais ny aux autres trois fuiuans. Ils 
ne fe mettent point aufli durant ce temps fut mer, 
par-ce que les vents,qui courent fut ceftc met,du¬ 
rant ces moySjfont impétueux, 6 c les Efpagnols fe 
gardent bien de flotter par là, en tel temps, encor 
qu’ils ayent de plus grâds vaiffeaux. Les perles que 
ces Indiens tirèrent,n’eftoient pas plus groffes que 
poix, mais fines, & blanches. Aucunes de celles de 
Tumaco eftoient noires,autrcs verdes,autres azu¬ 
rées,& d’autres iaulnes.ee qui deuoit eftre par art. 

Ce que f'Juoafeit àf >» retour de U mer du Midj. 
chap. 64 . 

T TAfco Nugnez de Voluon.laiffa Ciape.qui pleu¬ 
ve roit de ce qu’il C’en alloit : il luy recommanda 
certains Efpagnols qu’il luy Iaifloit, Sc C’en alla bié 
aife de tout ce qu’il auoit fai6t,& trouué.auec deli¬ 
beration de retourner aufli toft qu’il auroit vifite 
fes compagnons qui eftoient à l’Antique deDa- 
ricn.Si qu’il auroit efctiç au Roy de toutes ces non- 
uclles. Il p a (là vn flcuuc fur des petites batquerol- 
les, & fen alla veoit Tcoca Seigneur de ce fleuue, 
qui rcceut les Efpagnols en toute allegteffe, pour 
leur proüeffe, Sc grand renom, 8c leur donna vingt 
liures d’or en œuure,8c deux ces groffes perles, qui 
n’eftoient pas trop blanches,à caufe qu’auant arra¬ 
cher les perles,ils mettent au feules coquilles pour 
manger l’huitre, qu’ils eftimenr eftre vn manger 
fingulier,& meilleur que nos huitrcs.il leur donna 
encor’ force poiflon falé, Sc des efdaues pour por¬ 
ter Je bagage , Si leur bailla vn de fes fils,pour les 



1. LIVRE DE i’hist. 
qu’en figne de tout dcuoir, & obeiflance, il prioit - 
d’accepter telles pièces d’or, qui eftoient des vafes 
dextrcment elabourez: ils eullent mieux aymé du 
pain,que dcl’or.IlspafTerent chemin cherchans du 
pain pour manger,& en paflant, ils veirent à la tra- 
uerfe certains Indiens,ctinns : ils attendirent pour 
veoir ce qu’ils vouloient, & quels gens c’eftoienr, 
Audi toft qu’ils furent arriucz ils iàlucrent le Ca¬ 
pitaine Valuoa, & dirent, félon que le truchement 
rapportoit-.Noftre Roy Corizo,ô homes de Dieu, 
nous a enuoyé pour vous faluer de fa part, ayant 
entendu combien vous eftcs courageux, & inuiti* 
cibles,& comme vous châtiiez les mefchîs:6c vous 
mande qu’il euft cfté bien aife fi vous enfliez peu 
prendre voftre chemin par fon Royaumc,pour luy 
taire quelque feruice en fon Palais, Si aufli qu’il ,t- 
noit bonne cmiie de veoir vos barbes, & la façon 
de vos vcûcmcns. Mais puis que maintenant il ne 
vous eft pas poflîbJe, attendu que vous aucz défia 
laide fon Royaume derrière vous, il fera trefeon- 
tent de fçauoir que pour le moins vous le rcceuiez 
pour voftre amy, foffrant à vous pour tehen figne 
dequoy il vous enuoye ces trente plats d’or fin : & 
en outre vous offre tout ce qu’il y a derefteen fa 
maifon,fil vous plaift y aller. Il vous veut biéaufli 
faire entendrc,qu’il a vn voifîn,grand & riche Sei¬ 
gneur,qui eft fon ennemy,qui tous les ans luy cour 
fus,brufle,&pille tout fonpays,ayant bonne efpe- 
rance que contreiceluy vous pourriez monftrcrla 
rigueur de voftre iurtîce, & la force de vos bras, Ci ■■ 
vous vouliez luy donnerfecours&ayde: &en ce 
faifànr vous vous enrichiriez, & noftrc Roy feroic 



GENERALE DES INDES. 9 J 

mis en liberté. Les Efpagnols eurent grand plaific 
de vcoir ces Meflagers nuds,parler fi bié,& de voir 
les coifttoifies & gratieufetcz, dcfquelles ils auoiét 
vfé en prcfentant ces plats d’or. Le Capitaine Val- 
uoa relpondit qu’il acceptoit Corizo pour amy.fic 
qu’il l’auoit toufiours réputé pour tel,qu’il luy def- 
plaifoit grandement de ce que pour le prefent il ne 
pouuoit (‘acheminer vers luy,pour le voir,&pour 
donner quelque remede aux ennuiz quefon enne- 
my luy caufoit : mais qu’il luy promettoit, fiDieu 
luy donnoit fanté,de faire en brief ce qu’il deman- 
doir,amenât auecfoy plus grade compagnec d’ho¬ 
mes, & que pour celle heure il luy pardonnai! fil 
ne pouuoit luy donner fecours, & que pour mé¬ 
moire de l’amitié qui cftoit entr’eux deux il print 
ces trois haches de fer, & autres petites choies de 
verre, de laine, & de cuir. Lcslndiens fen allèrent 
bien ioyeux auec tels prefens. Les Elpagnols n’e- 
ftoycnr pas moins contens auec leurs plats d’or, 
qui pcfoient quatorze liures. De là nos gens fen 
allèrent à la ville de Pocorola, oùils'curentfuffi- 
fiunmcnt à manger, ôc encor’ en eurent pour por¬ 
ter par le chemin. Valuoa print l’amitié de Poco- 
rofii : &pour quinze liures d’or,&certain nombre 
d’efclaues,il dôna en efehange quelque petite mer¬ 
cerie. Il laifià auec ce Seigneur quelques Efpagnols 
malades & débiles, par-ce qp’il deuoit palier par 
le pays deTumanama, de la vaiIlantife,Sc richelfc 
duquel Dom Charles Panquiaco luy auoit faiél 
grand recic, & addrelîàfa parolle aux loixan te au¬ 
tres,qui cftoient fains,& difpos,leur donnant cou¬ 
rage de facheminer, de combatre valheureufe- 



ment en la guerre qu’on deuoic attédre de ce pays. 
Tous les foldats feitcnt refponce qu’il ne fe fou- 
ciaft de rien, qu’il marchait feulement, 8c il yerroit 
ce qu’ils fetoient. Ils marcheréc par deux iours fer- 
rez,8c par fentiers cachez,affin de n’eftre aperccuz, 
ayants des guides que Pocorolà auoit fourny. Ils 
aiTaillirentfurla mi-nuidt lamaifonde Tumana- 
ma,le prindrent prifonnier aucc deux bardachcs,& 
qnattre vingts femmes, quiluy feruoient à deux 
endroits. Ils peurent aifément faire celle cxecmiô, 
par-ce qu’ils eftoient arriuez fecrcttement fansc- 
ftte defcouuerts ,'&aufli par ce que routcsles mai- 
fonsde lavilleeftoiét fcpareesles vnesdcsautrcsj 
tellement qu’on pouuoit facilement approcher de 
la maifon du Cacique fins que les autres en fentifi. 
fênt rien. Valaoale lendemain marin,eut auranr,& 
plus de piaindles de Tumanama, qu’il auoit eu 
de Pacra, au/îî eftoiril inhumain,&vfimt du peche 
contre nature, comme l’autre: mais non pas fi pu¬ 
bliquement: Il auoit hommes,& femmes,fe feruât 
autar desvns, comme des autres. Valuoa le reprinc 
alprement,& le menaça cruellement,Iuy faifint de- 
môftration de le vouloir noyer das la riuicrc: mais 
cen’eftoit quefeindte pour contenter les complai- 
gnans,& enleuerle threforqu’il auoir, par-ce qu’il 
l’aymoit mieux vif, & amy, que mort. Tumanama 
toutefois fe tenoit conftant,&ne vouloir defeou- 
urirfon threfor, ny déclarer le lieu où eftoient fes 
mines,où par-ce qu’il n’en fçauoit rien Iuy mcfme, 
ou de peur quo Iuy oftaft fon pays à caufe d’icelles 
& iî eftoit ioyeux,& facetieux,faifint à croire d’au¬ 
tres chofeg à Valuoa,& à tous. Si leur donna enui- 



CENIRA1E DES INDES. 

roncentliures d’or en ioyaux, Sc taUès. Cepen¬ 
dant les Efpagnols qui eftoient demeurez auecPo- 
corofaarriuerent, & làcelebrerent tous enfemble 
la feftcdeNoël, en toute allegreflè. Puis f efcarte- 
rent ça & là, pour vcoir fils ne trouueroient point 
quelques marques ou veftiges de rtiines.lls remar¬ 
quèrent envne montaigne quelque apparence de 

mine d’or : ils feirent vue folFe çreiue de deux 
paulmes, &faflcrent la terre, parmy laquelle ils 
trouucrent de petits grains d’or menus comme lc- 
tillcs, ils feirent lcmefme eflay en vn autre coftc 
&cn rccuillercnt de l’or. Cela non feulement les 
rcfiouit grandement, mais aufliles eftonna dece 
que auec il peu de trauail on trouuoit ce metail.En 
{ommeils trouuerét Panquiaco véritable en tout, 
excepté que Tumanama cftoit du de deçà les 
monts, & non de là comme ilauoitdiéb, Tuma¬ 
nama donna vn de fes fils à Valuoa, afîïn qu’il fut 
nourry entre les Efpagnols, & qu’il apprift leurs 
couftumes, leur langage, leur religion, & pour fc 
maintenir touliours en leur amitié. Aucuns difent 
que les Efpagnols cnleuerent de ce pays par force 
grande quantité d’or, & des femmes, &f en vin¬ 
rent à Comagre. Les Indiens portoient Valuoa 
fur leurs efpaulcs, par-ce qu’il eftoit malade de fle¬ 
ure. Ils po ttoient aufli les autres Efpagnols mala¬ 
des . En fin ils arriuerent au pays duquel dom Char 
les Panquiaco eftoit feigneur, qui leur dôna toutes 
foftesde prouifions , & à la départie leur donna 
encor’ vingt liures d’or en ioyaux de femmes,delà 
ils repaflèrent par chez Ponça, & entrerét en l’An¬ 
tique de Darienle i<>. de Ianuicnjty. 




Comment rAuoa ftil fùfl ^tdeUntodo de U mer 
du Midy. Chap. Gj. 

V Afco Ntigncz de Valuoa fut rcceü aucc les 
proçeffions en touteioyepourauoirdcfcou- 
uetc la met de Midy, d’où il appoitoit fi grande 
quantité d’or, & de perles. Ilfutatiiïi bien aifede 
ce qu’il trouua en ccftc -ville les Efpagnols en bon 
poin£l,bien fournys de viures, & accreuz de nom- 
bve,par ce qu’au bruiét de ce defcouurcment il vc- 
noittous lesioursgensdcS.Dominiquc en ccfte 
ville. Il employa quatre moys 8c demy à aller & 
venir,& exécuter tout ce quei’ay recité fommaire- 
ment cy defius.il endura des trauaux & la faim le 
prella plufieurs foys. Il rapporta,fans les perles, 
plus décent raille Caftillans d’or fin, aucc.f/pcran- 
ced'en rapporter bien plus grande richefle,li Dieu 
luy donnoit la grâce d’y retourner, demeurant ce 
pendant pour telle aduentureforr content de fon 
voyage,Sc courageux au poifiblc pour y retourner, 
lllaiflàplufieurs feigneurs, & villes en la grâce & 
feruicc du Roy, qui ne fut pas peu de cliofe. 11 ne 
perdit pas vn de Tes gens pour quelque bataille 
qu’il ayt eue, encor’ qu’il en ayt donné beaucoup, 
lefquellcs il a toutes emportées, &fi jamais il ne 
fut blecé : Ce que luy mefme eftimoit à grand mi- 
racleton rapportoit cefte grâce aux prières,& veuz 
qu’il iàifoit journellement. Quand aux peuples 
qu’il a defcouuerts ils fc tenoient nuds, exceptez 
les fcigneurSjles couttifans,& les femmes.lls man- 
gentpcujilsne boiuent quede l’eau,encor’qu’ils 

ayent du vin (qui n’cft pas toutesfois de vigne) ils 

ne faydenc point de tables, ny de nappes, ou fer- 




GENERALE DES INDES. 97 

Miettes pour manger, & fcfTuyer,, excepté le Roy, 
tous les autres fefluyent les doigts à la plante de 
leurs pieds, ou à leurs cuillês, voire auxbourccs de 
leurs tefmoings, Sc quelquesfoys à vne pièce de 
cottô. Ils font au relie fort nets,par ce que par iout 
ils fe baignent fouuent, ils font fort fubieéls à la 
paillardiïe, & font Sodomites publiques. Le pays 
cil pauure en prouifiôs, mais riche en or, ce qui fur 
caufc deluy donner le nom de Caftille de l’Or. Ils 
recueillent deux, Sc trois foys l’an du mayz, nulfi 
n’en gardent-ils point en leurs greniers. Valuoa,a- 
pres qu’il eut rnis àpart le quint, qui appartenoit 
au Roy, départit entre fes compagnons l’or, qu’il 
auoic apporté. Chafcun en eut beaucoup, mefnje 
le chien Lconcillo,filsdu Chien Vezerrillo,quifut 
tué à Boriqucn, & qui gaignoit plus qu’vn arcque- 
buficr.cutpour Ion butin plus de cinqcés Caftillas 
d’or, il appartenoit à Valuoa, il meritoit bien cela, 
félon qu’il combatoit les Indiës. Valuoa delpefcha 
apres vn nauire pour enuoyer Arbolancia de Vil- 
uao en Efpagne auec lettres au Roy, & à ceux qui 
auoient la fuperintendence fur legouuernemenc 
des Indes,adiouftât vne longue narratiô de tout ce 
qu’il auoic faiét.ll enuoya auifi vingtmil Caftillans 
d’or pour le quint du Roy, & deux cens groflès 
perles fines. Il enuoya quat&quat des plusgrof- 
fes coquilles, à fin qu’on veid en Efpagne d’où on 
tiroir les perles : Il enuoya auffi la peau d’vn tygrc 
malle remplie de paille pour monftrer la cruaulté 
d’aucuns animaux de ce pays. Ceux de l’Antique 
auoient prins celle belle en vne fofie, qu’ilsauoict 
fai&c fur le chemin, par où ell’auoic accoullumé 



de pafler,n’ayans aune aftuce pour la prendre, elle 
auçit mangé plu (leurs porcs dedans la ville, vaches 
moutons ,iumcnts, & mefme les chiens, qui gar- 
doient les trouppeaux. En fin elle tomba en ce piè¬ 
ge, elle iettoit des cris, & hurlements efpouucnta- 
blés, clic brifoit auec les pattes', & auec les dents 
autant de picques, & autres battons qu’on luy ti- 
roit, elle fut tuec d’vn coupd’arcbouzc.Ils l’cfcor- 
cherent,&puis la magerent, ic ne fçay fi ce fur par 
ncceffitc, ou par ftiandife, la chair fembloit à celle 
de vachc,& eftoit de bon gouft.Us fuiuirent la tra¬ 
ce pour fçauoiroù ellcauoit accouftumc de fc re¬ 
tirer : ils trouucrcnc deux petits faons fans la rncre, 
ils les attachèrent auec deux chaifnes par le col, & 
les laifTerct là à fin que Jamerelcs nourrift,& qu’⬠
pres qu’ils feroienr plus grands, ils les enuoiallcnt 
au Roy. Mais quand ils retournererpour les pren¬ 
dre, ils ne rrouuerent que les chaifnes entières, ce 
qui les cftonna,paree qu’il eftoit impoftîble de les 
ofter de leurs telles fins les romprc,& eftoit incrc- 
dible que la mere euft mis en pièces fes petits. Le 
Roy Catholique eut grandplailir de veoir ces let¬ 
tres , ce prefent & fon quint, Sc d’entendre le récit 
du defcouuremcnt de la merde Midy, laquelle il 
defiroit rant:& pourrecompcfeil rcuoqua l’arreft 
donné contre Valuoa, & le feir Adelantàdo de ce¬ 
lle mer. 

U mort de Fjluod. Chdf. 66. 

T E Roy Carholique dom Ferdinand feit gou- 
JL/ uerneur de Caftillc de l’or Pedrarias de Auilla, 
qui auoir cité eferimeur natif de Scgouic, auec le 
conlêntcment du confeil des Indes, par ce que les 




«ÏNERALE DES INDES; j)S 

Elpagnols de Daricn dcmandoienr iuftice, 8c fi 
Voulaient auoir vn Capitaine.qui fuft pourucu de 
cefte chargé & en eu fl lettres du Roy:ll eftoit aufî 
fi neceflairc de peupler, & conuertit ce pays. Vnk 
uoa eftoit pour lors mal renommé f 8c mal voulu 
pour les informations, & plcinétcs du dofteur En- 
cifo, cncor’qmc Zamudio Procureur de Darien le 
defendift le mieux qu’il peut. Ils n’appetoiët point 
aullï en Efpagnc ces pays de Veragua, &d’Vraba, 
parce qu’en iccux ils cftoient morts plus de mil 
cinq cens Efpagnols, qui y eftoient allez foubs la 
la charge de Diego de Niquefa,d’Alphonfede Ho- 
jeda, de Martin Fernandez de Enciio, de Rodcric 
de Colmcnares, 8c d’autres : Mais par la venue & 
rapport de Ican de Qmzedo,& du mefmcCol- 
menares Valuoa fut grandement loiié, & ce pays 
défilé d’vn chafcun, tellement qu’il y eut des prin-. 
cipaux chcualiers de la court, qui demandèrent au 
Roy ce gouuernemcnt, 8c la conquefte, 8c n’cuft 
eftclean Rodcric de Fonfccque Euefque deBur- 
gos prefident des Indes, le Roy l’eut ofté à Pedra- 
. rias,&l’eut dônéà vu autre,& cft certain qu’il l’eut 
mis entre les mains du mefme Vafco Nugnez de 
Valuoa.fi vn peu deuant Arbolancia fut arriué à la 
court. Le Roy doneques donna à Pedrarias cefte 
chargeauec vn ample, 8c fuffifant mandement, & 
lettres patentes,& luy feit bailler toutes chofes ne- 
ceflàires pour conduire mille foldats.quc deman- 
doit Valuoa,& luy commanda de garder cftroiéte- 
ment les inftrudlions, qui auoient efté baillées à 
Hojeda, & Niquefa, & fur tout entre plufieurs 
chofes,defquellesil le chargea,il luy recommanda 
n ij 




la conucrüon, & bon traitement des Indiens, Se 
lay défendit de mener aucun homme, qui Ce méf¬ 
iai): delà loy, afin que les procès ne prindrent ra¬ 
cine là oùilpeupleroit, qu’il fommaftlcs Indics de 
paix auant que leur dénoncer la guerre, qu’il die 
toufiours vne bonne partie de ce qu’il vouldroic 
faire à l’Euefquc,& auxprcbftres.Ieâ Cabedo Cor- 
delierprcdicateurduRoy,fut enuoyc poùr cftre 
Euefquc de l’Antique de Daricn. Ce fut le premier 
prélat inftirué en la terre ferme des Indes.Pedrariàs 
partit dcS.LucardeBarramcdalci4.deMay,iji4. 
aucc dixfcpt nauircs, dedans lefqucls il menoit mil 
cinq cens Efpagnols, douze cens aux dcfpens du 
Roy,& troys cens qui y alloicntà leurs fraiz. S’il y 
eufi: eu encor d’auantage de vairteaux, il y en fuft 
allé cncot’plusdc mille, par ce qu’au bruiéldcce 
.pays de Calîille dci’Or, il couroit tanc de gés qu'il 
n’y auoit pas placcpour la moitié. Pgur pilotes il 
menoit Iean Vclpucc Florentin,&Ican Scrrano, 
qui def-ia auoit efté à Carthagcna, 8c Vraba. Il ar- 
riuafans aucune perte de fes .vaifleaux à Daricn le 
u.deluin. Valuoa fut au deuant plus de trois mil 
auec tous les Efpagnols chantans Te Denm. Il le lo¬ 
gea en fa maifon, 8c luy feie récit de tou t ce qu’il a- 
uoitfiitj dequoy Pedrarias fefmerueilla grande¬ 
ment, & fut bien aife de trouuer la plus grand part 

du payspacifiee,pourpoiiuoirplusfacillemét peu¬ 
pler, où bien luy fembleroit,& pour plus aifémenc 
guerroyer les autres Indiens, ayant bonnevolonté 
de les rencontrer 8c faire quelques exploitas,qui le 
peu/Tcnr rccommandcr,comme ia auoient faiét les 
guerresdela ville, & Royaume d’Oran, qui eft en 



GENERALE DES INDES. «O 

Barbarie.où il auoit efté. Mais il ne peut ff bien fai¬ 
re comme il fimnginoit. Jlcommençaàpeuplcrà 
Cotnagrc,Tumanama,& Pocorofa.il enuoyalean 
de Ayora auec quatre censElpngnolsà Comasre. 
Ccftuy-cy pourauariçe, & conuoitife de tirer d’a- 
uantage d’or traidta mal les Indiens de dom Char¬ 
les Pâquiaco vallàl du Roy. & amy des Efpagnols, 
auquel on ell: oblige pour le dcfcouurcmentde.l» 
merde Midy, & tourmenta quelques Gacicques, 
&fcir autres cruautcz, qui cauferent la rébellion 
des Indies,& la mort de plufieurs Efpagnols. Crai¬ 
gnant d’eftre reprins il fenfuit auecfes.defpouïl- 
lcsen vnnauire, non fins la .coiiIpe.de Pedrarias, 
qui auoit toufiours diflimulé telles mefchancctcz. 
Gonzallo de Badajots fen alla au Nom de Dieu, 
auec quatre vingts Efpagnols, & de là tyra à la mer 
de Midy auec Louys de Mcrcado, où il feic 'ce que 
nous dirons quand nous parlcrôs dePanama.Frar.- 
çoys Vezcra print le quartier du fleuue d’Auaiua 
accompagnéde cent cinquante foldats, d’où il re- 
uint les mains à latcftecomme on didt en prouer- 
be. Le capitaine Vallejo fen alla auec feptante Ef¬ 
pagnols à Caribana, mais il tourna bride inconti¬ 
nent, ayant perdu quarante huidt des liens, qui fu¬ 
rent tuez par les Caribes archers. Bartelcmy Hur- 
tado fen alla auec bône compagnec pour peupler 
à Acla,&demanda pourfecours des-lndiens àCa- 
reta,qui féftant faidt Chreftien, fappelloitdoni 
Fernand,& eftoit vallàl du Roy, par 1 induftrie-, de 
Valuoa:Ces Indiens contre droidt,& raifon furent 
depuis pat ledidt Bartelemy vendus pour efclaues. 
Galpardc Morales mena cent cinquante compa- 
n iij 



gnons à U mer de Midy, comme nous dirons en 
lieu plus propre, & parta en fille de Terarequi 
pour auoir des perles par efehange. Sans ccux-cy 
que nous auons nommez’, Pedrarias en enuoya 
d'autres pour peupler à fainéle Marthe,& en autre 
quartier. Les affaires du gouucrneur ne fucccdoiec 
pas trop bien, de quoy Valuoa fc mocquoit, & fi 
encor’ ne vouloit apptouuet l’authoritc grande 
qu'il fe donnait, par ce qu’il auoit la charge de la 
mer de Midy,& en eftoit Adelantado. Pedrarias au 
contraire lc.dcfprifoit,abbaiirant le plus qu’il pou- 
uoitees hauts faidls,cn fin ils ne peurent le conte¬ 
nir qu’ils ne querellèrent enfcmble.L’Euefquc Ca- 
bedo toutesfoys les remeit en amitié,& Valuoa efi- 
poulâ la fille de Pedrarias. On penfoit que ce deuil 
c/lre vn moyen pour les contenir en celle amitié, 
parce q cous deux le debuoient ainfi délirer, mais 
vn peu après ils Ce dc/Haigncrent l’vu l’autre plus 
que deuanc. Valuoa cfloitàlamerdeMidy, d’oui! 
eftoit Adelatado, auec quatre caraucllcs qu’il auoit 
faiét faire,pour defcouurir, Sc conquérir d’auanta- 
gc.Pedrariasfenuoya querir,aulfi toft qu’il fut ar- 
riué à Darien,on le metjprifonnicr,on luy faiét fon 
procès, il eft condamnc,& luy couppe-on la telle, 
auec cinq autres compagnons. Les charges, infor- 
matios eftoienr,fel6 qu’auoientiuré les tcfmoings, 
qu’il auoient diél à festroyscens Elpagnols qu’il 
fe delpartilîènt de l’obeilîàncc du gouuerncur, Je 
qu ils l’en allaflènt en lieu où ils viueroicnt comme 
/êigneursen toute liberté, & fi on leur vouloit fai¬ 
re delplaifir qu’ils fe defenderoient.Valuoa toucef- 
fovs nia tout cela, & en iura le contraire. Auffi la 







vérité eftdefon coftc, par ce que fuelles depofi- 
tios euffcnc eftc véritables il ne fefuft pas rédupri- 
fonnier,Sc moins euft comparu déliant le gouuer- 
neur encor’ qu’il euft efté plus que fon beau pere. 
On adiouftoir à Tes charges la mort de Diego de 
Niquefaauec Tes foixâte l'oldats, l’emprifonncméc 
du dofteur Encifo, 8c en outre on luy obieéioit 
qu’il eftoit quercllcux, tumultueux, cruel, 8c mau- 
uais aux Indiés.ll cft certain que, f’il n’y a eu autres 
caufesfecrctes, il fut exécuté fans railon aucune: 
voila la fin de vafco Nugncz de Valuoa, qui a def- 
couucrt la mer de Midy,d’où tant de perles,d’or,& 
d’argét, 8c autres richelîês font venues en Efpagne, 
qui a efté vn de ceux qui a faiét grands feruices à 
fon Roy. Il eftoit de Xcrez de Baaajodz; noble, 8e 
yflu de parés honorables, il fe feit de fon aurhoritc 
priuce chef de faélion à Darien. Il alloit de grand 
cœur à la guerre, 8c fydcuouoit, il fut fort aymé 
des foldats,qui curct grâd delplaifir à fa mortjôfl'è 1 
regrettèrent puis apres non fans en auoir bon bc- 
foing.Lcs vieux foldats abhorroient Pedrarias,qui 
depuis futreprinsdefa charge en Efpagne,& priué 
de fon gouuernemét-.il eft bié vray qu’il demâdoit 
d’é cftre dcfchargc.mais c’cftoit qu’il fe voioithors 
defaucur.il peupla la ville du Nom de Dieu,8c Pa¬ 
nama, 8c ouurit le chemin,qui va d’vne villeà l’au¬ 
tre, c’cft à feauoir d’vne mer à l’autre auec grad pei- 
ne,8c fubtilité par ce q ce n’eftoict que môtaignes 
grades,8c hauts rochers, qui eftoiét pleins de lyôs, 
tygres,ours,Leopards,8c d’vne fi grade quantité dé 
cinges de diuerfes façôs, q par leuis criz.ils rédoiét 
four.ds ceux, qui trauailloient à prêcher le. chemin. 

n iiij 



Ces raefchàntcs beftes portoient d’en bas des pier¬ 
res aux liaults des arbres, & de là les iettoient con¬ 
tre ceux, qui pallbient.il y en eutvn qui rompit 
vncdcntà vnarbalefticr, niais de hazarc ii tomba 
mort auec fa pierretcar cômc il iettoit fa pierre l’ar- 

balefticr lafehoit auffi fôarbalefte.S.Marie de l’An¬ 
tique de Daricn fut peuplée parle dofteur Encifo 
grand preuoft de Hojeda, auec le vœu qu’il feit d’y 
baftir,f’ilvainquoit Cemaco fcigncutdc ce fleuuc. 
Elle fe dépeupla puis apres par ce qu’elle eftoit mal 
feine,humide, & fi chaulde que icttant de l’eau par 
la place pour la ballier il f’engédtoit des crappaux, 
& fi elle eftoit fteville en prouifions, fubiefte aux 
tygres,& autres animaux cruels. Les Efpngnols, 
qui y demeuroient deuenoient rousiaulnes. Ce¬ 
lle couleur aduienc bien à tous ceux qui dem curer 
en terre fermc,& au Peru, mais non pasfi mauuai- 
fe qu’à ceux qui demeuroient à Daricn. Ce teinft 
Ieurpeuc aduenir pourlc grand defir qu’ils ont a- 
pres l’or. D’auancage le'pays de Daricn n’cft point 
commode pour y lemer du grain,à raifon des tem- 
peftes , & grands tas d’eaux du ciel, qui y tombent 
îbuuent noyans toutes les fcmenccs. Le tonnerre 
y tombe ordinairement, & brufle les maifons, & 
les habitans. L’Empereur Charles le quint enuoya 
pour eftre en la place de Pedrarias Lopcz de.Sofa 
de cordube,qui pour lors eftoit gou uerneur de Ca 
narie. Ceftuy mourut arriuant à Darien l’anijio. 
ony enuoya apresPierredclos Riosde Cordube, 
& Pedrarias l’en alia à Nicaragua. Ledodleur Am 
toine de la Gama y allapour eftre fyndic, 8c depuis 
fiit enuoyé pour ( 'gouuerneur Françoys de Barri? 






GENERALE DES INDES, IOt 

Nueuo ch eu alier de Sturic, qui auoit cfté foldat à 
Boricquen, & capitaine en l’Ifle Efpagnolc contre 
le Cacique dom Henry.On y enuoya encor depuis 
le do&eur Pierre Vefquez,&depuis ledoCteurllo- 
bles,qui rcndoitiuftice en toute equité,laqucllea- 
uoir cftc rare deuant luy. 

Les fruifhy cr outres chofis, qui font \ 

Dorien. chtt[t. 67 . 

I L y a des arbres fruitiers en grâd nombre & fort 
bons comme Mamays Guauabanos, houosôc 
Guaiabos. Mamay cft vn tel arbre, verd comme le 
noyer, haut & touffu comme le cyprcs,il a la fueil- 
lc plus lôguc que large, le boys eft madré,fon fruit 
eft rond & gros, il a lç gouft de prelfe, fa chair ref- 
fcmble à celle de pomme de coing.il a trois & qua¬ 
tre noyaux cnfemble, & d’auatage, comme les pé¬ 
pins d’vue poyre, qui font amers au pofliblc. Gua- 
uabo eft vn arbre gentil,& haulr, fon fruit eft gros 
• comme latcfte d’vn homme,qui à la peau marquée 
en façon d’cfcailles douces, & lifïces, & cft tendre, 
la chair eft blanche, & coriaftre encorcs qu’elle fe 
fonde en la bouche comme feroit du caille, & Blac 
manger: elle a bon gouft, & cft bonne à inanger,lï 
cllen’auoit point tant de filets, qui donnent em- 
pefchemenc à mâcher: elle cft froidcj & pour ceftc 
caufe on la mange quand il faidt grand chaulr,Ho- 
uo eft vn arbre hault, & frais, aulli fon ombre eft 
, fort plaifantepouç fy repofer.Les Indiens couchét 

à fon ombrage,&les Efpagnols aufli.Desbourgeôs 
onfaidb de l’eau odoriférante pour lauer les jam¬ 
bes, & pour feruir de fard : on en faidi aulli de l'ef- 
çorce, qui eft propre pour referrer les porres-, la 

i 



1 . LIVRE DE l’&IST. 
chair, & la peau •. on en fait des bains pour cet eft 
fed. Elle fert bien à ceux, qui font laflèz d’aller à 
pied: car en enfrottant les iambes elle ofte celle 
laffi tude. Si on couppe la racine de cet arbre il cri 
fort dereau,quieftfingulicreàboire. So fruid eft 
iaulne, petit, ôca le noyau gros comme vn prune: 
mais a bien peu de chair il’cntour,il eft fain, & de 
facile digeftion, mais fafeheux au dents pour les fi¬ 
lets qu'il a. Guayabos eft vn arbre plus bas que les 
autres,qui rend vne bonne ombre, & porte vn bô 
bois,il ne dure pas longuement, il a fa fucille com¬ 
me celle de laurier, mais plus cfpaifïc, & plus lar¬ 
ge, lafleur rcflèmble à celle de l’orcngier, ou ci tron 
nier & fient plus doux que celle de Iallèmin . Il y a 
plufieurs fortes de Guayabos,&autant de diuerfité 
defruidsfon fruid eft couftumieremcnt comme 
vncpaflè pomme d’E/pagnc, les vns lont rôds, les 
autres non,mais tous font vcrds,ils ont par dehors 
petites corones, comme les neHes, dedans ils font 
blancs,ou rougeaftres,ayâs quatre quartiers, com- 
meles noix,& en chafque quartierya plufieurs 
grains,Quand le fruid eft meur il eft fort bô,mais 
«liant verd il eft fort afpre, il eftraind comme les 
cormes. S’il eft trop meur il pert fa couleur, & fa- 
ucur,& fy engendre force vers. Il y a auffience 
pays des palmes de neuf, ou dix fortes, la plus part 
d iceux rend vn fruid gros comme oeufs, mais le 
noyau eft gros, ce fruid eft alpre au manger, mais 
au lieu ils en font du vin, qui eft paflàblc. Les In¬ 
diens fondeurs piques,&fléchés de palme, parce 
que le bois en eft fi fort que fans le parer aucune- 
mec ny y mettre vn caillou efguifc au feu comme 




GENERALE DES INDES. IOt 

ils ont accouftumé, il entre aifément où on veult. 

11 y a des palmiers, defqucls le tronc rciremble à la 
telle d’vn ongriô, eftaiit plus gros au milieu qu’en 
haut,le bois en eft fort tcndrc,&pour celle caufe le 
pyuerd y faiéb pluftoft fan nid,le cceufantauecfon 
bec.Cet oifeau eft comme vn griuc rayé ayant vnc 
rayeverde de trauers, Sc vue amie noire tirant vn 
peu fu r le iaulnc,il a le col rouge, & quelques plu¬ 
mes de la queue. Les Efpagnols l’appellët Carpin- 
tcro.c’eft à dire charpentier. 11 n’eft gucres différée 
du pyucid,duquel parle Pline.qui creufc&faitfon 
nid au troc des arbres,&qui voyant letroudefori 
nid bouché apporte vne certaine herbe, qui pat fa 
vertu & propriété occulte le deftouppt: auttés dî- 
fent que c’cft le pyuerd rtiefme.qui a cefte vertu. U 
y a aulli grade quantité de perroquets de plufieurs 
lottes de gras,de petirs,dc verds.de bleuz.de noirs, 
derouges , &rde mellez : ils font beauxàveoir, & 
caufcnt affcz-.ils font bons à magerâl y a cncor’des 
coqs tât ptiucz que fauuages.ils ont les crcftes lon- 
gues,& le changent en diuerfes couleurs. Il y a des 
chaufucfouris aulli grofles que cailles .qui mordéc 
afprement fut la nuit-.elles tuent les coqs.lhellés les 
mordent àla crefte, & encor’ dit-on que l'homme 
mourroit.qui en feroit mordu, le remede eftdela- 
uer la playe aucc eau de mer,où y mettre le feu.il y 
a grande quantité de punaifes.qui portét des ailles 
des lefardes d’eau,autremét apellez CQCodriHes,qui 
magét les perfônes,lcs chics &toute autre chofe vi 
uate.il y a des porcs,q n’ôfpoit de queuës,dcs.chas 
qui ont la queue gtolfe,& des animaux, qui enfei- 
gnét à leurs petits à courir,des vaches.qui refteblét 




' 

a. LIVRE DI, IHIST. 

Htiftophlc Colomb arma fix nauiresaux dcf- 
pens du Roy Catholicque, fans en compter 
deux qu'il -bailla à Barthélémy Colomb fon frère, 
& partit de Caliz l’an 1497. Aucuns adiouftent vn 
an.lllaifla la route des ifles de Car.arie,pour crain- 
fte de certains Corfaires François, qui en ce quar¬ 
tier guettoient'ceux, qui venoient des lndes,& de 
ccsiflcs,&au lieu print le droiél chemin de l’ifle de 
Madcre, qui cft tirant plus vers laTramontanetde 
lsil cnuo.yatrois carauclles à l’lfleEfpagnolc,&luy 
auecqucs les trois autres vaiiTeaux feietta vcrsls 
câp.verdaucointention de rencontrer la zone tor- 
rrdenauigant toufiours droiél au midy, pourfça- 
uoir quels pays.eftoient fituez fousccftc zone. Il 
feït. voile de l’ifle de Bon-regard, & ayant couru 
plus de 800. mil vers le vent Lcuece, il fe trouua à 
cinq degrez del’Equinoxial fans vent aucun :C'e- 
Ûoic au moÿs de loin, &faifoitvnc chaleur fi ve- 
hemete qu'on ne la pouuoitfupporter,cllefaifoit 
pétiller les muyz,& corromprel’eau,lc grain mef- 
mc brufloit,& de peur que le feu ne print aux vaif- 
lêauXjleictrercnt en la merauee plufieurs autres 
biens,encor’ penfoient bien tous périr, remetrans 
• en mémoire l’opinion des anciens, quiafleuroient 
que la zone torride roftilfoit, & brufloic les hom¬ 
mes, & que partant elle eftoitinhabirable.lls ferc- 
pentoient d’auoir efté là.La mer demeura ainfi cal¬ 
me auecqucs c.eftegrande chaleur hindi iours, le 
premier fut clair, & les autres pluuieux, mars aucc 
cellepluye 1 ardeur faugmentoit, comme f..iét la 
fournailè d vn marefchal. A la fin Dieu ayant pitié 
d’eux leur enuoya vn vent d’enrre folaire & midy. 





GENERALE DES INDES. IJI 

qui les poullà en vne Ifle que Colomb furnomma 
la Trinité par deuotion, ou parçequ’il auoitfâidt 
tel vcuàladiuine maièfté citant en fi grande per¬ 
plexité, ou bien par ce qu e en vn mefme inftant il 
apperccut rroys haultes montagnes. Il rapprocha 
près de terre p our puifer de l'eau.par ce qu’ils mou- 
roient de foif, ôc vint furgirdâs vn fleuuc entre des 
grands phlmiers.mais l’eau cftoit falec,& mauuaifc 
à boirc:&pour celle caufeil nôma ce fleu.uc Salé. 
Il ehuironnal’ifle, &nctrouuantri.en.àpropos fe 
ietta dedans le goulfre de Paria par vne embou- 
chcurc qu’il nomma Dragon, ll.trouua là de l'eau, 
du fruiét,dcs flcurs.force oifeaux,& animaux eftra- 
ges. Ce pays leur eftoit fi fraiz, & fi odoriferât que 
ils pcnfoient tous que ce fuit le paradis terreftre; 
ainli Colomb Faflcuroit quand il fuc emmené pri- 
fonnier en Elpagne.il difoit en outre qu’il auoit 
veu parcelle nauigation quele monde n’eftoit pas 
rond côme vne balle, mais qu’il cftoit faidt en /or¬ 
me d’vne poircipuis qu’en tout fon voyageil auoit 
toufiours flotté contremont, & que Pana eftoit le 
piuotdu monde, puifquclàonne voyoit point la 
Tramontane.. Il difoit trois chofes notables Celles 
cuiront elle vrayes.Mais il elt certain q la terre com 
prenant la mer elt rôde, ainfi que Dieu l’a prudem¬ 
ment au commencement formée: car autrement le 
folcil ne la pourvoit enluminer de fa clarté côme il 
faidt tous les iours tournoyant à l’entour.Le fecôd 
poindt ell aufli peu crédible, q Paria foir plus haulte 
qu’Efpagne, car en vne figure rôde il n’y a point de 
poindt plus hault que l’autre, encor’ que vous la 
torniez de quelque collé que vous voudrez.Et fi le 



-i.: X l V R £ DE l' H I S T. 
monde eftrondjtl eft donc par tout efgal,& partît 
noftre Efpagriectlaulfi près du ciel que Paria,il eft 
bien vray qu’elle n’cft pas fi dircélemcnr fous le 
foleil.Plufieurs hommes ignares, & fans lettre onc 
fuiuy l’opinion de Colomb,&péfoicnt véritable-, 
ment qu’ils allalfent d'Efpagne aux Indes conrre- 
mont,& qu’ils en venoicut tirant cotre bas. Quad 
du tiers poinét que: Paria eftoit le paradis tcrreltre, 
ic croy bien qu’à là vérité il luy eftoit aduis que ce 
pays eftoit vn paradis, attendu la grande neccilîté, 
en laquelle il i’eftoit v'eu,& la grade affcûion qu’il 
aüoir de rencontrer terre : & qui ne l’cuft réputé 
pour paradis, forçant d'vn fi eminent danger î Au¬ 
cun n’a efté fi hardy de marquer ce paradis en vn 
Certain lieu.S.Auguftin futGenefe dit que toute la 
terre eftde paradis de plaifir. Pluficurs autres ont 
rftédefon aduis. Mais cela n’cft qu’interprcterlc 
reris deI’efcriiturc au pied delà lettre: Autres pren¬ 
nent ce paradis par vne allégorie pour l’Eglilè, 
autres pour le ciel,&autres pour la gloire.Or pour 
reuenir au voyage de Colomb il nomma l’entree 
du goulfrc de Paria Dragon, par ce que celle em- 
boucheureluyreprefenroit vn Dragon, & parce 
qu’il penfa eftre fubmergé, & englouty à celle en-, 

, tree où le courant eft fort, 8c véhément. La mer en 
cet endroit cômence à croiftre iufques au deftroiél 
Megelanicque,&croift bien peu en tous les autres 
pays que nous auons deferis cy delfiis.Le terroir,!», 
température , & fertilité de Paria eft femblable à 
celle de Cumana. Lcscouftumesauilî,& la reli¬ 
gion lônt dcraefme,cequiferacaufe que ic rien 
die ay îcy autre chofe. L an 1530. Antoine Sedeguq 



GENERALE DES INDES. 111 

pen alla auec deux carauelles & fepcante Elpagnols 
à la Trinité pour en eftre gouuerneur, & Adelan- 
tado,mais il mourut miferablcment. Apres fa mort 
on y enuoya Hierofme Anal de Sarragoce auec 
cent trente Efpagnols pour gouucrncr ce pays 
pour le peupler. Il peupla à GumanaàS.Michelde 
Neueri, Si en autres lieux. Ghriftophlc Colôb co- 
ftoya tout ce g. elt depuis Paria iufques au cap de la 
voile,& defcouurit Cubagua.l’Ifle des perles qui le 
jncit en mauuaile reputatiô à la court. Ce defeou- 
uremét fut le premier,qui fut fait destertes fermes. 
le defcouurcment que feit Vincent Tenet l'inTjm, 

Chap. 85. 

I L me fouuient auoir cy dciTus récité côme auec 
les nounelles du defcouurement des perles qu’a- 
uoit faid Colomb, vne auarice auffi tort entra au 
cccurdcplufieurs, qui leur donna courage detra- 
uerfer tant de mets pour lacisfaire à leur côuoitifc. 
Mais comme on did en Efpagne ils y allerentauec 
la joifon, & en rcuiudrent toufez. Entre ccux-cy 
furent Vincent Yanes Pinzon, & Arias Pinzon 
fon nepueu, qui mcirent fus quatre carauelles à 
leurs dcfpens. ils les equippetent à Palqs.licude 
leur naillànce, & les pourueurent de gens, d’artil¬ 
lerie , de vitires, & de marchandifcs pour changer. 
Ils pouuoient faire celle dcfpence aifément, par ce 
qu’ils feftoienr enrichiz aux voyages qu’ils auoiéc 
faids auec Colomb. Us eurent permiffion du Roy 
. Catholique pour defcouurit, & efehanger en lieu 
où Chriftophle Colomb n’cuft point elle. Ils par¬ 
tirent donc du port de Palos le 13. dé Nouembre 
l’an 1499. penfans bien apporter forcèperles, or, 
r Üij 


ioyaux, Sc plufieurs autres chofes riches. Il tira à 
1’ifle de Sainét Iaques.qui cft près le cap vcrd.&dc 
là.fçachat que.Colôb n’auoit trauerfé la Zone tor- 
ride,& qu’il en auoit feulement approché, fe meic 
à la trauerfcr, & vint furgit près vn cap qu’il furnô- 
ma de S.Auguftin. Ces delcouuteurs faulterent en 
terre à la fin de Ianuier,& là fe refrefehirent d’eau, 
&fe pourueurét dcbois.&remarqueict la haulteur 
du foleil.llsefcriuirent leurs noms,& le iour.qu’ils 
arviuerent.aux arbres & roçhers.&cnligne de pof- 
feflîon ils y marquèrent aufli les nos duRoy&de la 
Roine.Ce premier iour ils furet vn peu eftônczde 
n’auoir trouué perfonnepour fçauoit quel cftoit 
le l.agage du'pays, & quelle richclte y auoit.La nuit 
d’apres ils veirent quelques fcux.nô loin d’eux: du 
.grad matin ils C'y en allercnt,&voulurét faire quel¬ 
ques efchîges auec ceux, quieftoientà l’cntourdc 
ces fe ux.Mais ces Indiens ne voulurét accepter tel¬ 
le traficque, ains vouloicnrpluftoftcôbattrcaucc 
leurs arcs.&Iaccs: Les noftres auffi refufoiét venir 
aux raains,par ce qu’ils eftoienteftonnez de la gra- 
deur de leurs ennemis,qui furpafloient en hauteur 
les plus grands Alemans, & eftoient d’vne moitié 
plus hauts qu’eux,ainlî que les Pinzons ont rappor 
.té.Cela lesreit delloger,& allerct furgiren vn fieu- 
ue,qui n’auoit pas lefondailèz crcuz.au dcfliis du¬ 
quel fur. vne colline ils auoient apperceu des In¬ 
diens. Ilsfortirent en terre auecques les barques, 
&vn Elpagnol fauança, qui ietta au deuant d’eux 
•ynefonnette pour les attirçrjles Indiés, qui eftoiéç 
bien armezietterent vn boys dore, & comme Ef- 
f a §nol fabbailïoit pour je ramalTer, quelques vns 



GENERALE DES INDES. 
de leur troupe,coururent au deuant pour luy tran¬ 
cher chemin , Sclarrefterlcs autres Efpagnols ac¬ 
coururent incontinent pour fecourir leur compa¬ 
gnon , &c ainfi Te commença vne meflee, ou huidt 
Efpagnols furcnc tuez, & furent pfourfuiuis iuf- 
quesen leurs nauires par ces Indiens, qui mefme 
auec vn courage,& hardielle grande, l’eftoient ict- 
çezdedans le Heuue pour combattre, & rompi¬ 
rent vn efquif. Il pleut à Dieu qu’ils n’auoict point 
de poifon: car fils eulTent eu leurs flefehes enueni- 
niees, comme ont les Caribes, tous ceux, qui furet 
blcflcz fuflet demeurez morts . Vincét Yanes Pin- 
zoncogneut lors quelle différence il y a entre cô- 
battre , ou manier vn tymon. Envn autre fleuue 
nomme Mariatamba ils prindrent trente fix In¬ 
diens, & coururent toutela cofteiufqucs au goul- 
fede Paria. Ils touchèrent le cap premier, l’An¬ 
gle de Sainft Luc, pays de Humos. Ilspallèrent 
par le fleuue de Maragnon, d’Oreillan.par le fleu- 
uc doux, & autres lieux . Ils employèrent dix 
moys à aller, & venir. Ils perdirent deux caraucl- 
lesauecqucs tous ceux,qui eftoient dedans, ils a- 
menerent vingt efdaues, trois mille liures de bre- 
fil, &de Sandal , & grand nombre deioncs,qui 
font eftimez en Efpagne, grande quantité de gluz 
blanche,desefcorcesde certains arbres, quiref- 
femblent à la canelle, & apportèrent vne peau de 
vne belle, qui porte ces faons en vne poche qu’el¬ 
le a en l’ellomach, & quand ils furent arriuezils 
racomptoicnt pour vne chofe bien merueilleule 
d’vn arbre quefeize homrp« n’eùfïènr fees em- 
bralfer. 


i. 1IVRI DI L HI ST.- 
Vu flcuue d'Orcillan- Chup. 8 6. 

L E flcuue d’Orcillan, fil eft tel qu’on le didt cft 
le plus grand des Indes, & de tout le monde, 
encor qu’ori y mette le Nil. Ancuns l’appcllét mer 
douce, autres difentque c’eft vne branche du fleu- 
uc de Maragnon, qui prend fa fourccà Qijito près 

deMullubamba,Scentreenlamcriufques à 1100. 

mil de Cubagua, mais celle opinion n’cft pas bien 
encore alïcurec,& pour celle caufe nous y mertrôs ■ 
différence. Ce flcuue doncqprend toufiours fon 
cours quafi defloubs l’Equinoxial,& feftend en 16- 
gueur fix'mil mil,&plus,felon le récit d’Orcillla,& 
de lès côpagnôs, par ce qu’il fait plulîeurs cétours, 
.&de(lours,coulant en façon de lcrpét. Car du lieu 
d’où jl fourdiufques à la mer il n’y a que z8oo.mil, 
il faidi grand nombre d’Illes. La maree monte cd- 
rremontpluS400. mil, auec laquelle les poiflons 
nommez Manatis,Bufeos Sc autres montent loing 
de la mer plusdeizoo. mille, il peult ellre qu’il 
çroill en cercain temps comme fait le Nil,&le fleu 
ue d’Argent, mais cela n’ell pas encore defcouuerr, 
par-ce qu’il n’ell pas encore-peuple, le penfe qu’au¬ 
cune perfonne n’a tant nauigué fur flcuue quel qui 
foie qu'a faidl François d’Oreillan fur ceftuy cy . Et 
çroy qu’il n’y a grand flcuue, duquel l'origine, Sc 
l’entree en mer ait cité cognuc plullollque de cc- 
lluy cy, tellement quela fourccà elle auflitoll def- 
couuerce quel’emboucheute.Les Pinzôslontdef 
couuctt l’an ijoo. Oreillan la couru quarante Sc 
rrois ans depuis ce qui luy aduint parvnhazard tel: 

Il fenalloit en la compagnie deGonzalle Pizarre 
à laconqucfte,qu’onafurnommee de la canelle, 



generale des IHDM. 134 
de laquelle nous traiterons cy apres. Vn iour 
pour tirer quelques prouifiôs d’vne Ule de ccfleu- 
ueil (c iecta dedans vn brigantih, & quelques Ca- 
noas, ou barquerolles du pays auec cinquante Es¬ 
pagnols, Si ayant nauiguc quelques iours,fe voiâc 
Joing, &cfcarté de fon Capitaine, felaiflacou¬ 
ler aual le fleuueemportant auccquesfoy de l’or,. 
& efmeraudcs,&autres ricliefles.defquclles on Ce-, 
ftoit repofe furluy.fexcufanr toutes fois fur le cou¬ 
rant de l’eau, qui l’cinmcnoir d’vn deftroidt, où il 
fefloit trouué,&qu’il ne pouuoit remôter.DesCa- 
noas il feic vn autre bvigîtin, & fe defobligeât foy 
incfme,&rous fes côpagnôsdu fcrmétqu’ils auoiéc. 
fait à Gôzalle fur cil eu chef,Sc capitaine,&voulat 
cflùyer la forcunef arreftaen celle entreprife devou 
loir fçauoir quelle ciloit la richeife de ce fleuue, Sc. 
oùilpvenoit fa fin, ce qu’il exécuta tellement qu’il 
entra en la mer fuiuat toufiours le fleuue.Mais il ne 
peut palier tant de pays fain, & entier. Il perdit vn 
œil en combatant contre les Indiens. Pour conclu* 
fionil vintcnEfpagne, &prcfenta aucpnfcildes 
Indes, qui pour lors ultoir à Valladolid, vnc lôgue 
narra u ô de fon voyage, laquelle ainfi qu’onàfceu 
depuis,ne conceuoit que des mcnterics. Il deman¬ 
da lacoqueitedecc fleuuc.quiluy fut dônee auec le 
tiltre de AdeIantado.il defpcndit incontinent l’or, 
& les efmeraudes qu’il auoit apporté, & quand fe 
vint à retourner auec vnc armee, il n’auoit plus de 
pouuoir par-ce qu’il eftoit pauure. Se voyat en cclt 
cftar, cherchant les moynespourrecouurerargét, 
il fe marie, Remprunte des deniers de ceux, qui 
■y ouloicnt aller auccques luy, leur promettant des 



Je Peru.Pluficurs Efpagnols font entrez en ce flcii- 
ue depuis qu'il fut defcouuert par Vincent Pinzoa 
l'an 1499. encor' qu’il n’y ayent peuple. L’an ijyf. 
Diego de Ordas, quiauoitefté capitaine fous Fer¬ 
dinand Cortès enlaconquefte de.lanouuelleEf- 
pagnc,y futenuoyépoureneftrcgouucrncur, & 
Adelantado; mais’il n’arriua point iufqueslà, par¬ 
ce qu’il mourut fur mer, où fon corps fut icttea- 
pres. Il menoic en trois nauires fix cens Efpagnols» 
& frète cinq cheuaux. Apres on'y enuoyal'an 1554. 
Hierofnie Artal auec cent trente foldats,il narriua 
point encor làtCaril demeura à Paria,& fcmployà 
à peupler Sainét Michel de Neucri, & autres lieux, 
comme l’ay défia diéf. 

Le CÂp'JeSzitltx/fugtlflin. cb«f. 83. 

C E' cap efl fituc 8.degrcz Si derny par de là lali- 
gne Equinoxiale. Vincct Y-anes Pinzon le def- 
couuu'tl’an rjoo.au mois de Iauïer auer.quatce cà- 
rauelles qu’il auoit equippcesau port del’àlos deux 
mois deuat.LcsPinzôs ont eftégrâs défi, ou tireurs, 
& ont par pluficurs fois voyagé aux Indes. Mcfme 
Americ Vefpucc Florétinlesrcmdrq pour rcls.Ice- 
luy fut en ce mefme cap,& le nomma Saint Augu- 
ftinl’an ijor, ayant trois caràuellcsqueluy donna 
dô EmanuelRoy dePortugal;qui l’enuoioit pour 
chercher en ce quartier quelq partage pour gagner 
JesMolucques. De ce cap il nauigua iufques à.40» 
dcgrezpardelàrEquinoxial,Plufieursreprénét,& 
blafinent les cartes marines de Cet Amerieôm.e ori 
peur voir en quelques Ptolomees.'i,inpriraez à Lyô 
en France. le croy qu’il a nauigné-beaucoup •■•mais 
ie nr’aflèure que Vincent Piuzon ,.&.Iean Diaz dé 



generale des inds*; 136 
Solis l’ont outrcpallc.Ie ne parle point de Chriflo 
fle Colomb, ny de FerdinâdMagellanrcar vn cha¬ 
cun Içait ce qu’ils ont defcouuert. le parle encorcs 
moins de Sebalticn Gauoto, Se de Gafpar Cortès 
Rcales.dcfqucls le premier cftoit Italien, & l’autre 
Portugais, Se fi pas vn de ces deux n’entreprint ces 
voyages pour nos Rois d’Efpagnc.Mais il fault re- 
ucnir à no lire cap. Aucuns comptent depuis Mara- 
gnon iufques àcc cap iooo. mil, autres y en adiou- 
ftent.En celle code cfl la pointe de Humos,par où 
pafi'e la raye, quidcnorc la diuifion quifutfaiélc 
des Indes entre les Efpagnols,& Portugais, laquel¬ 
le efl vn degré & demy par de làl’Equinpxial, & 
cft cinq degrezloing du cap premier, qui ainfi à c- 
fté nomme,par ce qu’il femble premier à ceux, qui 
vôt par delà. On n’a point peuplé en ce pays.pour 
le peu d’apparoilTancc d’or,ou d’argét.Ie croy tpu- 
tesfois qu’il ne foit pas fi (lerile, comme ori le fait, 
attendu qu’il cil fitué foubs vn bon air, & de bône 
température, lls.laiirerent cncorcscc payspar-cc 
qu'il appartenoit auRo.y de.P.ortugal fuiuant la di-. 
uifion, de laquelle nous auôs patlc plus amplemét 

Lefleuut dclafUt*,*Htrcmctditl de FJtrgcS. Chdp. 89 . 

D V cap dc ; S,. Augullin, qui cil à lïuiél degrez de 
l’Equinoxial,.on copte i8oo.mil, de cofteiuC- 
ques au flcuue delà Plata. Ainericdiél qu’i If en al¬ 
la là par Je c.ommandcmct. de Dom Emanuel Roy 
de. Portugal J’an ijoi. pourcherclVcrpalTàgçplys, 
epurt pour aller aux Moluqucs,& àl’elpiceiie.Iean 
Diaz de : Solis. 1v3tif.de. Lç.brixa. çp.ftô.ydtour.ç.peilç. 
code de mil en mil, l’an r j r 1 aies propres'çlelpcs. 




i. IIVU de l’hist. 
il eftoit grâd Pilote du Roy. Il leua vne pcrmiflîon 
de fon maiftre, Sc Ce meit fut mer fuiuant la routte 
de Pinzon. Il arriua au cap de Saint Auguftin,& de 
là ptint le chcùiin de Midy,& coftoyanc toufiours 
la terre,fe ttouua à quarante dcgrez,& là il attacha 
des croixaux arbres, qui font fort grands,& haults 
en ce quartier là, & puis arriua à vu grand flcuue 
' que les habitans appellent Parauaguazu, c’cft à di¬ 
re mer,où grade eau . Il aperccut en iceluy quelque 
monftre d’or, & lefurnomma de fon nom, le pays 
luy fembloit beau, & bon, & les habitans de met 
me, ilyveid forcebreiîl, &puisfen retourna en 
Efpagne, où il feit récit au Roy de tout ce qu’il a-* 
uoitdefcouuerr, Redemanda la conqucftc,& gou- 
uernement de ce flcuue, laquelle luy eftant accor¬ 
dée, il arma trois nauiresà Lepe, &mcit dedans 
bon nombre d’hommes pour guerroyer, Repeu¬ 
pler. Ilfen retourna aumoys de Septembre l’an 
I jl j. parla mefme routte qu’il auoit tenue, h liant 
arriuéilfe med en terre auec cinquatcEfpagnols 
penfant que les Indiens le receuroicnt en paix, co¬ 
rne à l’autre fois, & comme mefme ils en faifoient 
encoreslelèmblant. Mais il fut trompé : carfortâr 
de la barque il fut allâilly par des Indiens , qui f e- 
ftoientcmbufquez dedans vnbois, & fut tué, & 
mangéauec tous les autres Elpagnols.qui fcftoiér 
mis en terre, la barque mefme fur mife en pièces. 
Les autres, qui eftoient aux nauires contemploict 
leconflid, &feirent leuer les voiles, &Ies ancres 
fans auoir la hardielle de venger la mort de leur ca¬ 
pitaine. Ils fe chargèrent de breiîl & de gluz blan¬ 
che,!^ f en retournèrent enEfpagne tous honteux. 


GENERAIS DES INDES. IJ 7 

ic pcrdiiz. Scbafticn Gauoto allât aux Molucgues 
pallà par ce fleuuel’an 152.6.auecquatre carauelles, 
& deux cens cinquante Efpagnols. L’Empereur le 
fournit de vaiflcaux,& d’artillerie,& les march.ms, 
& autres pcrfonnes.qui allèrent auec luy, luy don¬ 
nèrent ainfi qu’on didt mille ducats à la charge, 
qu’il départirait àvn chacun le gain , & profitait 
pro rata. De ces deniers il pourucut fon armee de 
vidtuailles,& de merceries pour changer auxln- 
dicns.ll arriua en fin à ce fleuue,& par le chemin il 
rencontra vn nature François, qui negocioit auec 
les Indiens du goulfc de tous les Sainfts.Eftât en¬ 
tré en ce fleuue il feit flotter fon armee contremôt 
ido.mil, & arriua au port deS.Sauucur.qui eft affis 
fur vn autre fleuuc,qui entre dedans ceftuy-cy.Les 
indiens luy tucrent deux Efpagnols,& ne les vou¬ 
lurent manger,difans qu’ils eftoientfoldats,&que 
ils auoict défia efprouué en la perfonne de SoIis,& 
de fes compagnôs quelle eftoit leur chair. Gauoto 
fe partit de là fans faire aucune chofe digne de me- 
moirc,& fen retourna en Efpagne tout fafehé. Ce 
ne fut pas tant par fa faute,ainfi qu’on didt,comme 
par celle de fes foldats. Apres ceftuy-cy Dom Pier¬ 
re de Mcndozza, voifin de Guadix,alla à ce fleuue 
l’a ijjjauec douze nauires,8c deux mille hommes. 
Ce fut le plus grand nombre d’hommes,&dc vaif- 
feaux que capitaine euft mené aux Indes . Il partit 
malade,& retournant par de ça à caufc de fa mala¬ 
die il mourut fur mer, l’arr 1541. on y enuoya pour 
gouuerncur,&Adelâtado Aluaro Nugnez Cabeza 
de Vaca natif de Xcrez,c’eftoit celuy, qui autrefois 
parmy les Indiens auoit faidt des miracles comme 



i’ay dit en vnauttelicu.il mena quatre ccnsEfpa- 
gnols foldats,& quarante fix de cfieual, il cuit peu 
luire quelque choie de bon,mais il ne feeut fc gou- 
uernet aucc les Efpagnols que Dom Pierre de 
Mandoze auoit laiilcz là, & encor moins aucc les 
Indiens, tellement qu’il fut enuoyeprifonnieren 
Eipagneauee vneinformatiô de toutes fesaétiôs. 
Ceux, qui le menoient citant aniuez demandèrent 
vn autre gouuerncur,on leur donna Iean deSana- 
briade Medeilin, lequel l'obligea de mener aucc 
foyàfcs defpenstrois cens hommes mariez, qui 
tant pour eux que pourleurs femmes,&cnfans luy 
auoient promis fept ducats &demy pont homme. 
Mais il mourut àScuilIc drcflànt ion cquippage, 
& le confeil des Indes commanda que fon fils con¬ 
tinuait l'entreprinfe. Pluficurs font cas de ce gou- 
uernement par ce qu'il y a ja beaucoup d'Eipa- 
gnols demeuranslà,& accouftuniez à l’air,qui lça- 
uent fort bien la langue du pays, & ont baily vne 
ville,qui contient deux mille maifons, en laquelle 
demeurent aucc les Efpagnols-grâd nombre d’in¬ 
diens^ Indiennes,qui fefont faits Chrcftiens.El- 
le eit affile à quatre cens mil de la mer fur ce fleuue 
vers le Midy en vn pays nommé Quirandics,où les 
hommes font grands comme Geans, & fi legiersà 
la courfe qu’ils prennét auèda main les cheurcux, 
ils viucnt cent cinquante ans.Tous les habitans de 
ce fleuue mangent chair humaine ,& vont quafi 
tous nuds.Mais nosEfpagnols depuis qu’ils ont eu 
vfé leurs chemifes, &accouftremens,fc font vertus 
de peaux de cheurcs contoyez anec grelfe de poifi 
foniils ne mangétouafi que du poiiTon, duquel ils 




GENERALE DES INDES.' Ij8 

ont grande quantité, &cft fort gras. C'eft la prin¬ 
cipale viande des Indiens encor' qu’ils prennent à 
la chaflc des cheureux, fanglicrs moutons comme 
ceux du P cru, Sc autres beftes.lls font grands guer¬ 
riers , Sc ont accouftumé de porter à la guerre vn 
gros pommeau attachéàvne longue,&grolIècor¬ 
de,lequel ils icttcntfur lcurennemyouaucol, ou 
aux iambes auec telle dextérité qu’ils-lie faillentà. 
l'entortiller de celle corde, & puis auec vne force 
grande le tirent à eux Sc puis le facrifient à leurs 
dieux, Sc le mangent. Le pays efttrcsfcrtile,ainli 
que Scbafticn Gauoto elfaya, ayant femé au mois 
de Septembre cinquâte Scdeux grains defroment, 
qui en rapportèrent au mois de Décembre cin¬ 
quante mille. llelt auffi fort fain combien qu’au 
commencement les Efpagnolsy furent malades, 
mais on n’c donne la caufe au poilfon, duquel.ils le 
repaiflbient plus que d’autre chofêifî elt ce routes- 
fois que depuis ils fengraifloient Sc proffitoient 
aucclamcfmeviande.il y a en cefleuue despoif- 
fons,les vns relTemblans entièrement des porcs les 
autres des homes. Il y a aulü fur terre des ferpens 
qu'on nome formates par ce qu’ils rendent vn fon 
en fc maniant.On y trouue pareillement de l’argét 
des pcrles,& autres ioyaux. Ce fleuue a efté nômé 
la Plata, Sc de Solis en mémoire de ceux, qui l’ont 
defcouuertûl contient en largeur cent mil, car on 
en compte autant du cap de fainéte Marieiufques 
au cap Blanc, qui tous deux font à trente cinq de- 
grcz del'Equinoxial vn peu plus, ou moins. 11 fait 
. plufleurs ifles.il croift comme le Nil, depenfe que 
ccfoit en vn mefmc tempsul prend fa fourceau 



a. LIYR.Ï DK i’hIST. 

Royaume du Pcru,& fenfle par le moyen des fleu- 
ues,qui entrent dedans,nommez Auançai, Vilcas, 
Purina,& Xauxa.qui ont leur fourceen Bornbon, 
quieftvn pays haut. LesEfpagnols,qui habitent 
fur ce flcuuc l’ont couru contrcmont iiauanr, que 
pluficurs font arriuez au Peru,cherchai» les mines 
de Potofli. 

Le port de Pitttos. chdp. JO. 

C E feroit vnc chofe trop longue, & prolixe de 
vouloir reciter par le menu les fleuucs, les 
ports, les pointes qui font depuis le cap defainél 
Auguftin iufques au fleuue del’Argcnr,&par ainfi 
ic me contcnteray d’efevire feulement les nos pour 
remarquer la co(le:On voyoitdonc comme en vn 
grand goulfc efgal le goulfe de tous les Sainéts, le 
capdcsBalïcs,quiellà dixhuiét dcgrczje cap Frio, 
qui cft qua/î comme vneifle ayât 2H0.mil de tour, 
la pointe du bon A brigo, par où paiTe le tropique 
de Capricorne, Si la ligne Si raye de la diuifion, de 
laquelle nous auôs cy deflùs parlé,qui ell vnc cho¬ 
fe à noter. Le Roy de Porcuga! a.fclô noftrc copte, 
en ce quartier,pres de mil joo.mil de pays à côpter 
dclaTramôtaneà Midy, &pres de cinq cés quatre 
vingts mil de Leuanc en Poncc,&pIus de deux mil 
huià cés mil de code de mer. Tout ce pays cil fort 
chargé de brefil.melme on y trouue des perles, fé¬ 
lon qu’aucuns recitenr.Lcs habitas font de grande 
corpuléce,&d’vn mefine courage,ils magent chair 
humaine.Quâd au porcdeParosileft fituéàvingt 
huiél degrez,& a au douant vne lfle nommée fliin- 
âe Cathcrine.Nos gens trouuerér en celle ifle des 
oilônsnoirs fins plume.ayasle bec de corbeau,& 



eftans fort gras,fengraillàns ainfi du poiflon qu’ils 
mangent.L'an 1558. Alphôfede Cabrera.qui cftoit 
parti pour aller au fleuue de l’Argét, Sc feruirlàdc 
côtrerolleut pour l’Empcrcur.fe trouua en ce port 
où il trouua trois Efpagnols qui cntédoier, Sc par- 
loient difertemcnt la langue du pays. Ccux-cy Pc- 
ftoicnr perdus au téps que SebaftiéGauoto vint en 
ce quartier. Vn peu apres frere Bernard d’Arméta, 
qui eftoit commilTairc, &autres quatre Cordeliers 
cômcncerent à prefeher la foy de lefus Chrift,fai- 
dans de ces trois Efpagnols pour fc faire entendre, 
Sc Ci bien proffircrét en ce peu de téps qu’ils bapti- 
zercr, Sc marierét à noftrcmode grâd nôbre d’in¬ 
diens . lis cheminèrent par le pays en pluficurs en¬ 
droits prcfchans,Sc conuertirfàns le peuple, eftans 
humainemét rcceuz par tour, où ils vouloiét aller, 
par ce que trois ou quatre ans deuat vn faint Indic 
nome O riguaraauoit couru partout cepaysprcA 
chant,ou bié annonçât corne en peu de téps arriue 
roict en ce pays des Chrcftiés pour les prefeher, Sc 
que fils vouloicnt bié fairc.il fappreftalfent à rcce- 
uoirleurloy,& leur religiô.qui eftoit faintc,&que 
ils donnaffent congé à tant de fémes, qu’ils auoict 
entre lcfquelles ils auoiét mefme leurs feurs,8c pa¬ 
rentes, & qu’ils fabftinflent des vices, quileursc- 
ftoient couftumiers.Er afin que telles remonftran- 
ces,&aducrtiiremens demeutalfcnt en la mémoire, 
de ces peuples il en compofa des rythmes ,écchan- 
fons qu’encor' auiourd’huy on chantepar les ruess 
Sc maifons en la louange de l’innocence de ccft In- 
dié.ll côfeillaen outre de bic traidlcrles Chrcftiés, 
Sc f en alla du pays en lieu, d’où depuis on n’eut 
fiij 



1 . LIVRE DI l’HIST. 

nouuellesdeluy.A raifon de telles admonitions'ce 
peuple.fut aufli toft enclin à rccepuoirla parollc 
de Dieu,Sc àfebaptifcr.Mefmedeuantlavcnuëdc 
ces religieux ils auoient porté grand honneur aux 
Efpagnols, qui f enfuyas dvnc méfiée,qu’ils auoiéc 
euëauecles Indiens du flcuue de l’Argenr, feftoiéc 
retirez à fauueté en ce pays. Ils leurs neroyoient le 
chemin,leurs pcefcntoient à manger , leur don- 
noient despennaches,&offroient de l’encens coin 
me à leurs dieux. . 

LIVRE TROISIEME DE 
l'histoire generale 
des Indes. 


U negocUtitii de Mugelldnfur l'efpicerie. 

Chtp. pi. 

S Erdinad Magellan,&Ruy Falero vin 
4 rent de Portugal en Caflillc pour 
f traidlcr au confeil des Indes d’vne 
G affaire, quieftoie telle, que moyen- 
» nant quelque bon party,ils foffroiér 
de defcouurir vne nauigation auxlfles desMolu- 
ques, qui produifentles efpices, par vn noùueau 
chemin plus court que n’eft celuy des Portugays 
paffans par Calecut, Mataca,& Sina. Le Cardinal 
Frère François de Zifueros gouuerneur de Caftil- 
le, & ceux du confcil des Indes leur rendirent gra- 
ces pour vne fi bonne volonté , & vn tel aduis, & 
leur donnèrent elperançe qu'ils, feroienc bien re- 



GENERALE-. U ti IN DBS. I4O 

ceuz par le Roy Dom Charles quand il feroit arri- 
uc de Flandre,&.qu’anlfi toflils (èroienr delpefi- 
chez. Aucc ccfte rcfponce ils attendirent la venue 
du Roy, & ce pendant ils feirent entendre ample¬ 
ment leur entreprinfe à l’EuefqueRoderic de Fon- 
feque Prclîdent des Indes, Sc aux Auditeurs. Ruy , 
F.ilero cftoit bon cofmographe, & bien verfé es 
lettres humaincs.&Magellan eftoit pilote fort ex¬ 
pert,dchardy,il difoit&aflèuroit queparla code du 
13 refil,& par le fleuue de l’Argent on trouueroit vn 
pairage pour allcrauxiflesdesefpices,qui feroit 
plus court, que d’aller par le cap dcBonne-efpera- ~ 
ce,&que pour le moins il ne failloit point tirenuf 
ques àfeptante degrez comme marquoit la carte 
marine,c6pofee par Martin de Bohême, qui cftoit 
par deuers le Roy de Portugal. Celle carte toutes- 
fois ne marquoit aucun pallàge tel qu’ils donnoiét 
à entendre,encor’ qu’elle delîgnaft bien les Molu- 
luques félon leur fituation, fi elle ne metroiepour 
pacage le fleuue de l’Argenr.ou quelqu'autre grâd 
fleuuedc ccfte cofte. Magellan-monftroit encore 
Vne lettre milliue de François Serran Portugais 
fon amy,& parent,datée des Moluqucs,par laquel¬ 
le il le prioic qu’il fen allait par delà fil vouloir in¬ 
continent deuenir riche, & l'aduertiflbit comme il 
eftoic venu del’Indieàlaua,où il feftoic marié, & 
depuis qu’il eftoit venu en ces Moluques pour la 
négociation de l’cfpiccrie. Il auoit aulfi pour lors 
par deuers luy le difeours du voyage de Louis Ber- 
toman Boulongnois, qui d’Iralieapres auoir pâlie 
toute la Grèce, l’Egypte, l’Arabie, Perfe,Calecut, 
eftoic allé à Bandan,Borney,Baciah,Tidoré, 6c au- 




tresifles des cfpices,qui font fous l’equinoxial.bien 
loing de Malaca,S amotra,Ciantan,& la code de la 
Sina. Ilauoit encor’ auec luy vn cfclauc qu'il auoic 
autres-fois amené de Malaca,lequel onappelloir 
Héry de Malaca, & fi auoit vne femme auflï cfcla¬ 
uc , qui edoit uatifuc de Samotra, qu’il auoit eue 
auflï àMalaca,celle femme entendoit beaucoup de 
lagages de ces illes.llimaginoit auflï d’autres cho- 
fes pour cftre pluftoft creu, Sc faifims des côfidera- 
tions telles: que ce pays deuoit tourner vers le Po- 
nent,comme le cap de Bonne-cfperancc tournoie 
verdie Leuant,puis que ia lean de Solis auoit flot¬ 
té par là iufques à quarante degrez par de là l’Equi- 
noxial.leuant la proue vn peu vers le Ponét: ôcfaf- 
feuroit en outre qu’au cas qu’il ne trouueroit paf- 
lâgeen celle endroit, colloyant toute la code il 
viendrait à furgirà vn cap, qüirclpondroit à ccluy 
deBonnc-elperancc, &quelàildefcouuiïroit de 
grands pays, & le chemin de.l’efpicerie. Cède na- 
uigation edoit trcs-longue,trefdangcreufc, & pc- 
nible,& de grands coups: plulieursnelapouuoiéc 
comprendre,autres n’en croyoient rien du tout, la' 
plus grand part toutesfoisyadioudoitfoy, cômc 
prouenate de l’elpritd’vn qui auoit demeuré fept 
ansenl'Indic, oùfefaiclatraiéle des efpiceries.il 
y auoit vne autre raifon quiincitoit les cœurs des 
pcrfonnesàles croire,encor’qu’il n’y eud pas gra¬ 
de alïèurace de vérité: c’cdoit qu’écor’ qu’ils fuflec 
Portugaises difoiét ncâtmoins queSamotra,Ma- 
Iaca,&autre pays plus orictaux, où on traffiquoit, 
e/loiétaflîfcslesfoircsderelpicerie, appartenoicc 
au Roy de Caftille, comme eftans fituez au dedans 



tH t R A L c U ES INDES. I 4 E 

de la portion qui luy eftoit cfcheuë par la diuilïon, 
de laquelle nous auons parlé cy deflus, & que la li- 
gnc,ou raye deuoit palPer plus de trois censfoixate 
lieues vers le Poncnt.loing des iiles duCap Vcrd ou 
Azorcs.Ils alTeuroicnt d’auatage que les Moluques 
n’efloient pas fortloing de Panama, ficdugoulfe 
deS.Michclquedefcouurit Vafco NugnezdeVal- 
uoa.Ils difoient encore qu’en ces pays 8c lflesqui 
nppartenoientau Roy de Caftillc on y trouuoit 
les mines Si le fablon d’or , Sc des perles. Si ioiaux, 
outre lacancllc, girofles, poiurc, noix mufeades, 
gyngébre,rheubarbc,fandal,camphre,ambre,mufc, 
8c pluficurs autres marchâdifes de tres-grâdpris,t!c 
pour la médecine, que pour le gouft, & plaifïr des 
perfonncs.Lc Roy Dp Charlcs,qui n’eftoit pas en¬ 
cor’ Empereur, citant arriué en Efpagne, ceux du 
Confcil des Indes, apres auoir bien confideré 
toutes ces chofcs luy confcillerent de mettre à exe¬ 
cution ce que ces Portugais propofoient. Etainfi 
pourlcur donner meilleur courage, le Roylesfeic 
Chcualiers de l’ordre dc.S.laques,auec la Croix, 8c 
leur donna les gens defquels ils auoiét befoing.au- 
tant de vaifleaux qu’ils demandoient, non-obftant 
que les Ambaflaaeurs du Roy de Portugal luy 
dirent plufieurs mefchancctez d’eux,comme eftans 
defloiaux, Si traiftres à leur Roy, Si qu’ils le trom- 
peroienr. Mais les autres fexeuferent amplement. 
Si contentèrent le Roy, fe côpleignans du Roy de 
Portugal.ll eft bié vray qu’ils promeirent à ces Am- 
bailàdeurs de n’aller aux Moluques par la voye que 
tenoientles nauires de leur Roy, ce qui conten¬ 
ta vn peu le Roy dp Portugal, qui eftimoit qu’ils ne 




trouiteroient iamais palPage ny autre nauigation 
pour aller aux efpices que celle par où les ficus paf- 
foicnr.En fin,ils feircntdepefcher les prouifions. 
Si lettres patentes de leurs charges à Barcelone, & 
de là f'en allèrent àSeuilIe,où Magellan fcmaria 
auccvnc fille de Duardo Barbofa Portugais Cha- 
ftelain des Atarazanes,& Ruy Falcro dctiint fol 8 c 

inceniépar-ccquepcrpetuellcmétilpenfoit à fon 
entreprinfc,laquelle il croioic ne pouuoir fortiref- 

fe<Sb, & là deflus fc tourmentoit de ne pouuoir ac¬ 
complir ce qu’il auoit'promis. Autres difent que 
ceftt folieluy aduint d’vne pure melancholie qu’il 
eut penfant àft defloyautc, & à la trahifon qu’il 
comincrtoit contre fon Roy. Cela fut caufe qu’il 
n’alla aux Moluques. 

DndefiroiàdeMtgtUnn. Ch*p. pl. 

C Eux.qui ont la charge de Lunaifon de la né¬ 
gociation de Indes.cquipperent cinq nauircs, 
&icspourueurent de bifeuit, de farine, de vin, de 
huyle, defroumage, de iambons & autres chofes 
propres à manger, & d’armes, & de merceries, & 
enrollerent deux cens foldats : Le tout au defpens 
du Roy. Auec vn tel apreft Ferdinand de Magel¬ 
lan partit de Seuille, & du port de S. Lucar de Bar- 
rameda aumoys d’Aouft.ijtp.quafi trois ans apres 
qu’il fut venu de Portugal en Elpagnc pour nego- 
ticr ceftc entreprinfe. Il mena deux cens trétc-iept 
hommes,tantioldats,que mariniers,entre lefquels 
y en auoit quelques vns Portugais. Le nauirc Ca- 
piraine Ce nommoit la Trinité, les autres auoienc 
ces noms, Vi&oire,S. Antoine,la Conception,& S. 
laques. Iean Serran feruoie de grand Pilote à celte 





fort exercice en fon art.DeS.Lucar.tJonc.Magella 
f'é alla àTenerefe.qui eft des Canaries, & de là aux 
lfles du cap Verd.&puis au cap de S. Auguftin pre- 
nàc fou chemin entre Midy, & Ponent.par-ce que 
fon intention eftoie defuiure ceftecofteiufquesà 
tant qu'il rencontrait vnpaflàge, ou qu’il en veid 
le bout coftoyant toulîours la terre de pics. Us Pat- 
refterent beaucoup de iours és pays,qui font fituez 
à vingt-deux, & vingt-trois degeez oultrel’Equi- 
noxialjiïiangcans en ce pays là des cannes de miel, 
defquellcs on faiétlc fuccre , & des belles que les 
1 ndiens appellent Autas, qui rcflcmblent àdes va¬ 
ches . La meilleure chofe qu'ils peurent tirer de ce 
pays en contre efehange furent des perroquets. 
Ces habitas magent d'vn pain fait d’vn bois grat- 
tc,&de la chair humainc.lls fe veftent d'accouftre- 
mens faits de plumes ayans de grandes queues, ou 
bien ils vont nuds. Ils fepercent les nafeaux.les le¬ 
ur es de delfo 9 ,&les oreilles pour porter des ioyaux 
de autres chofes tailles en os.Ils fc peindent tout le 
corps, les hommes ne portent point de barbe, S£ 
les femmes n’ont fur elles aucun poil,par ce qu’el- 
l’arrachcnt auec vn certain art.lls couchée en leurs 
Hamacques(ainfi appcllét-ils leurs lits)cinq à cinq 
& mefme dix à dix auec leurs femmes:ce qu’ils fôt, 
tant par leur coultumc ancienne, que pour entre¬ 
tenir leur fraternelle amitié: ils ont accoutumé de 
vendre leurs fils. Les femmes fuiuent leurs maris 
chargées de pain,& de flefches.&lescnfans portée 
les rets,& fillets. A la fin de Mars,nos gens arriuent 
à vne plage qui eft à 40.degrez,où ils hyuernerent 




J. LIVRE DE i’hut, 
les cinq mois en fui nas iufqucs en Aouft,parcc que 
le foleil ne faifât pour lois fon cours par la,le froid 
la glace, & les neges régnent en ce quartier durant 
ce temps^Ce peridât aucuns Efpagnols allerét voir 
quel pays c’eftoit,&porterct des miroüers.fônctes, 
& autres chofes pour chager.Les Indiens vindrenc 
fur la marine efmerueillez deveoirdes vaifleaüxfi 
grands,& des hommes fi petits: ilsmettoient & o- 
ltoienr par dedans leurgofiervne flechepour cftô- 
nernos gens ainfi qu’ils demonftroienr:Aucunsdi 
lent qu’ils ont accouftumé de faire ainfi voulus vo¬ 
mir quad ils font trop faouls. Us auoient leurs chc- 
ueux taillez en couronne comme ceux des preftres, 
& entortillez auecvn cordon de fil, auquel mcfme 
ils attachent leurs fléchés quand ils vont à la charte 
ou à la guerre. Us auoier.t des fouliers de pafteurs, 
& cftoient vertus depeaux d’animaux.Si vous cô- 
fiderez tels accourtremens en laperfonne de quel¬ 
que geanr,tels corne font ceux cy, vous direz qu’ils 
la rendent plus formidable, dcadmirablc, comme 
aufli à la vérité ils rendoient ces habitans.Ils com¬ 
mencèrent aueclignes (carle parler ne feruoirde 
rien) de faccofter l’vn l’autre:Nos gés les inuitoiéc 
de venir veoir les nauires,& eux inuitoienr nos gés 
à leurs maifons. En fin fept arquebouziers allèrent 
iufqucs à fix mil dedans le pays en vnc rnaifon cou- 
uerte de peaux,&qui eftoit aumilieu d’vn bois fort 
clpaiz.Ceftc maifô eftoitpartic en deux,l’vne pour 
les homcs,& l’autre pour les fcmmes,& enfans. Us 
vindret en icelle cinq geas,&i3.fémes,&cnfas tous 
plus noirs que ne requeroit la fragilité du pays. Ils 
donnèrent pour foupper k nos gens vne Anra mal 



GENERALE DES INDES. I43 

rofticjOU bien vnafine fauuagc fans leur donner à 
boire vnc goutte,Se puis leur donnèrent à chacû v- 
ue plilTc pour coucher, 8c fe rangerct alentour du 
feu fins dormir toutefois.ayans peur les vns des au 
très. Au matin nos gens les pricrét fort qu’ils vinf- 
fent aucc eux voir les nauircs,& faluer le capitaine, 
& n’en voulans rien fairc.ils les prindrent pour les 

mener par force,à fin que Magellâ les veid.Lcs In¬ 
diens fâchez de telle hardielTe faifans femblantdc 
vouloir marcher entrèrent dedans le logis des fc- 
mes, 8c vn peu apres fortircnt,ayans les vifages vi- 
laincmét dépeint de plulîeurs couleurs.&eftâs cou 
uers déplumes cftrages iufqucsà my iâbeauec vnc 
fierté manioiét leurs arcs, 8c leurs flèches menaças 
les Efpagnols fils ne fen alloiét de leur nuifô.Nos 
gés pour les cfpouuéter deflachcrent par haut vnc 
arquebouze.Ces geansalors demâderentpaix,cftô 
nez d’vn tel bruit,&de la flame.Etparcc moié trois 
d’entr’eux vindrent auec les Efpagnols. Ils chemi- 
noictfi à grad pas,quclcs noftresneles pouuoienc. 
fuiurc,encor’ il y en eut deux qui efchaperét faifant 
femblât de vouloir aller tuer vnc belle,qui paifloit 
près le chemin.Mais l’autre qui ne peut efehapper, 
fut mené deuant Magclla,qui le trai&a douccmér, 
affin qu’il print nos gens en amitié. Ccd Indien 
print plufieurs qu’on luy prefenta, aucc vn vifage 
toutesfois trille, il beut bien du vin, 8c eut peur de 
fc vcoir dedans vn mirouer qu’on luy donna: on 
voulut efprouuer quelle force il auoit, huiél Ef¬ 
pagnols ne le peurent lier. On l’enchaina,mais 
depuis il nefeit que crier, &pleurer, & par vn 
dcfpit grand ne voulut plus manger, 8c ainfi 




3 . EIY R.E DE L’iliST. 

mourut. On en print la mefurepour la porter cri 
Efpagnc,puis qu’ô nepouuoit y porterie corps : il 
auoiconzc palmes de hauteur, on die qu’il y en ï 
qui en ont treize, qui eft vne hauteur tres-grnndc. 
Ils ont les pieds fort difformes,pour laquelle caufe 
on les appelle Patagonis, ils parlent du gofier : ils 
mangent beaucoup,félon leur corpulence ,Ss à rai- 
fon delà téperaturede l’airrils font mal vertus pour 
■viurccnvnpays fi froid, ils lient leur membre en 
dedâs par entre les feflès:ilstcindcnt leurs chcueux 
de blanc,par-cc que cefte couleur leur plaift : ils Ce 
frottée les yeux,5cfèpeindétlcvifngc deiaune,mar- 
quans en chafque iouc vn cœurcfinalcment ils font 
accourtrez, & parez d’vne telle forte que vous ne 
diriez pas que ce fuffent hommes.Us font adextres 
à tirer de l’arc,ils ne font que chafTer:ils prennent à 
leur charte des autruches,des regnards,des chcurcs 
chauuagcsquifontfortgrandcs, &autres beftes. 
Magellan forrit en terre, Sc feir câper fes gcns:Mais 
par-cc qu’il n’y auoit aucunes villes ny perfonnes, 
qui pour le moins comparuffent en ce quartier : ils 
tomberét tous en vn piteux cftat, enduras fi grand 
froid,& telle famine qu’aucuns en moururét; Ma¬ 
gellan mettoit vne reigle cftroiéteaux viures, à fin 
que le pain ne defâillift point, voyant le defaut, la 
neceflîté,& le danger, Sc que les neiges, Sc Je raau- 
uais temps duroienttoufîours. Les Capitaines de 
l’armee,& plufieurs autres le prièrent qu’il vôulufl: 
retourner en Efpagne,& qu’ils ne les feit point 
mourir là tous Ci mifcrablement, cherchans ce qui 
n’eftoit point, & qu’il fe contentaft d’eftre venu en 
Jieuoùiamais Efpagnoln’auoit mis lepied.Magcl- 

• 



« E N F. R A L E DES INDES. I44 

lan leur feit rcfponcc que ce leur feroit vne grade 
honte de f en retourner pour fi peu de trauail, de la 
faim, & du froid qu’ils auoient enduré, fans veoir 
le pairage qu’il cherchoir,ou la fin de celle cofte,& 
que le froid fc pafferoic bien toft, & rcmedieroit à' 
la faim par vn bon ordre qu’il y dôneroit,& qu’on 
la pouuoit|repnmcr par la pefchc, & pat la chaffe: 
qu’ils prinffent courage d’endurer encor’le trauail 
de la mer pour quelques iours, que le prin-temps 
feroit bien toft, qu’ils pouuoientflotteraifément 
iufqucs à (cptante-cinq dcgrez,puis qu’on nauigue 
en Efcocc,Norucgue,Sc Iliade,& que mefmc Amc- 
ric Vtfpucc cftoir ia paruenu iufqucs à là, & au cas 
qu’il ne trouueroit en ce degré ce que tantildcfi- 
roit,qu’ilfenrcrourneroit. Non-oblhnttoutcf- 
fois telles remonllrances,la plus grand part iettans 
larmes, & Si foufpirs.le requirent vne, & plnfieurs 
fois que fans aller plus auât il rebrouffaft chemin. 
Mais Magellan entrant en grande cholcre,& grinf- 
lantlcs dents corne vn home courageux,&d’hon- 
neur,en feit prédre quelques vns qu’il feit chaftier: 
Ce qui anima d’auantage les foldats contre luy,di> 
(ans que ce Portugais les menoit à la mort pour 
rentrer en grâce aueefon Roy. Auec vnfi mauuais 
accord ils Rembarquèrent tous auec Magellan, & 
des cinq nauircs il y en auoit trois qui ne vouloiét 
point obéir, ce qui luy donnoit vne grand’peur 
qu’ils ne l’aiïiillillènt, ou luy feifTcnt quelque mal, 
Eftanten telle peine, vn de ces trois veifleaux re-. 
pouffé par les flots de la mer vers la riue, fans que 
les mariniers y prinffent garde,par-ce qu’il cftoir 
nuift, & qu’il eftoit defencré, vintfe ietter furie 



lien au moyen dcquoy il fe faifit incontinent d’vnc 
grand peur mais auffi toft il cogncut la faute.il ar- 
rcftacc nauire fans coup frapper., & fansfcfmou- 
uoir. Les autres deux voyans ccftuy cy en l’obeyC- 
fance du Capitaine fc vindrét auili renger vers luy. 
Il feit pendre Louys de mendoza, & Gafpar Cafa- 
do, & quelques autres,& meit,& lai (Ta fur terre Ica 
de Carthagene, & vn Preftrc ,qui cxcitoit vn cha¬ 
cun à difeorde leur laiflànt feulement leurs cfpees, 
& vn petit fie plein de bifeuit, affin qu’ils mourufi- 
fient là, ou qu’il s fuirent mangez des lndics,publias 
qu’ils auoient voulu le tucr.Tel chafticment cruel, 
& inhumain adoucit les cœurs des autres, depuis 
Magellan partit de ce lieu qu’il nomma S. Julien le 
iourdc S.Barthélemy,&côtcmplant attentiuemer 
tous les deftours des plages qu’il rencontroit pour 
voir fi ce n’cftoienr point quelques paflàgcs,il tar- 
doic beaucoup en chaque quartier,où il arriuoit,& 
vnioureflant visa vis de la pointe de S.Croix vint 
en vn inftat fefleuervn tourbillon de vent,qui em¬ 
mena fur des roches le plus petit vaifTcau des cinq, 
ou il fut brifé, & mis en pieces,!es hommes toute- 
fois,&toiit ce qui eftoit dedans fut fauuc. Magella 
eut de rechef vne grand peur,&perdoitfon fcns,& 
fon efprit comme celuy, qui fen alloit perir:lc ciel 
eftoit troubléjl’airremply detonnerrcs,&tepeftes, 
la mer enflee,la terre glacee: fi eft ce qu’aucc tout 
cela il ne laiflà a courir cent vingt mil,&arriua à vn 
Cap qu’il furnôma des Vierges, par- ce que c’eftoic 
le iourde Saint! Vrfule. Ilmefuraàlahauteur du 
Soleil, Sc fe trouua à cinquante deux degrez Sc dc- 
my de l’EquinoxiaI,& eftoit pour lors fix heures de 




nuiét,od la mi-nuiét; Celt endroit luy fembla dire 
Vne grade, defeeitte ou courante d’eausSc penfàiit 
que ce fuft le dcftioiéb qu’il çhercîioit, enuoÿa les 
nauircs pour f'en informer plus au vray,& leur cô- 
mandaque dedans cinq iours ils retournaient en 
ce incline lieu. Les deux rçuindrent, & comme la 
troificfmc,nonimee S.Ancoinc tardait trop, les am 
très feirent voile : Mais cflant puis apres de retour 
en ce lieu des Vierges, Sc ne trouuanticsautrcs AL 
ijaro de Mefchita qui en ciloit capitaine,&Eflien- 
ne G ornez Pilote, feiren t delàicher l’artillerie, & 
faire des feux pour-fçauoir des nouuelles de leurs 
compagnons, Sc attendirent quelques iours. Al- 
uaro vouloir entrer au de/hoiél,difànt que fon on¬ 
cle Magellan auoit prins t e chemin : Mais Gomez 
& quafi la plus-part vouloient retourner en Efpa- 
gne, & fur ce different il donija vn coup d’efpce à 
Mefchita & le meit prifonnicr, le chargeât d’auoir 
confcillé Magellan d’exercer telle cruauté fur Cat- 
tagene, &: furie Preftrc, Sc qu’il ciloit caufe delà 
mort d’autres CaftillansiSc puis feit voile en Efpa- 
gne. Ils etnportoient a.uec cuxdeux geas qui mou¬ 
rurent- fut mer. Ilsarriuercc en E (pagne huift mois 
apres qu’ils fe furent départis d’aucc Magellan,qui 
ce pendant tarda beaucoup à pafTer le deflroiét: 
Mais quand il eut veu l’autre Cap, il rendit infinies 
grâces à Dieu, & ne fc pouuoit contenir de ioyc 
d’auoir trouué vn paflàgc pour aller en la mer de 
midy.pat laquelle il croioit bien to'ft gaignerles 
Molucques, Sc la deffirs feftituoit l’hôme le mieux 
fortuné,qui euft jamais efté, il f’imaginoic des gra¬ 
des richelfes,il attédoit receuoir des grâces infinies 


dki Roy dora Charles pourvu feruicc fi remarqua¬ 
ble. Ce deftroic a de long 440.mil. aucüs en com- 
tcar 510.il va de Leiiât en Ponent, Se fes deux cm- 
bouchcures font cri vne rhefmc hauteur de ji. de- 
grez Se dcmyiil a en largeur hoiÛn>il,&ep aucuns 
endroids d'auantage , il eft fort profond, il croift 
plus qu’il né diminue, & court vers le midy, il eft 
couucu de plufieurs ifles,&eft garnie de bos ports: 
Ces deux coftes font tres-hautes,reucftucs de hauts 
rochefs.Éa'tetre&lc pays eft ftcrilc,par-ce qu’il n'y 
a aucun grain, Se le froid, Se les neges durent quafi 
toutl'an. Il y en a aucuns,qui diferit qu’en certains 
endcoicïs on a veude la nege de couleur celefte: 
itiais ce n eft que moquerie, ou bien l’erreur peult 
eftre venu 'de qüelquc terre qu’on a vcii de ccftc 
couleur. On’voit ce payscouuert de grands arbres, 
de cèdres hauts, & de certains arbres q portent vn 
fruicftrefcblantàdes noifettes.il y a des autruches, 
& aunes grands oilèau.\',p!ufieurs autres cftranges 
animaux. La tuer eft fertile en lardinés,&arôdelles 
demer,qui voilent, & fc rangent l’vn l’autre. On y 
vcoirauffi force loups marins, delà peau de (quels 
les habitas le veftet, des baleines, des os defquclles 
ils four des barques. Ils en font nuffi-d’efeorees 
d’arbrcs,& les calfeutrent auec de la liante d’nntas. 

£4 mort de MtgelUn. Ch*p. 93. 

4 Près que Magellan euft pàfle lcdeftroiét,il feit 
^"i-toamer les prouës à in'ain droiâcy Sc tira fon 
chemin quafi par derrière le S6leil,pour reprendre 
r£qtiinoxial, pac-ce que dcilous iceluy font fituez 
lesMoluqaes qtï’il cherchoit.il fucquaranteiours 
S: plus (ans veoir cerrc.Durant ce téps-il eut graud 


GENERALE DES INDES. 146 

Faute de pain, & d'eau : ils ne mangeoient que par 
inefure, 8 c chafcun tfauoient qu’vue once de pain: 
ils beuuoienc l’eau Fc bouchant lenez,à caiife de la 
puantcur,& faifoicnr cuire leur ris auec l’eau de la 
tner. Auec tout fccla il leur vint eiicor’ vn autre mal 
aux mâchoires qui leur vindrét enflccs, il-en mou-l 
rut vingt, 8 c en demeura autant de malades! Ils de- 
uindrent tous trilles àmcrueilles, 8 c plus mal con- 
tens qu’ils n’eltoient deuâr qu’ils eullent trouuéle 
deftroit. Auec telle mifere ils arriuerent à l’aiitrc 
Tropique, & à certaines Ifles, qui leür-feit perdre 
entièrement courage , 8 c les nommèrent mal heu- 
reufes, par-ce qu’elles ciloicnt toutes defertes, fans 
qu’aucun y habitait, 8 c fans y trouucr pronifion au! 
cune. Ils paiferent l’Equihoxial, 8 c puis arriüerét ü 
Iunagaua, qu’ils nomerent l’Iflc deBon-Signcfoù 
ils Ce repeurent aboiidammét. Celle iflc eit à onze 
dcgrez,ils y trouuerct du coral blâc. Apres ils ren- 
contrerét tant d’iiles emfemble qu’ils l’es nômerenc 
la mer Archipelago,mais ils dônetenr vn nom par¬ 
ticulier aux pmictSjles furnômans les lilés des Lar¬ 
rons, par-cc qles habitans dcfrobent.aufll fubtile- 
mentjCÔme font les Bohemics, ou Ægyptiés,entre 
noustauill ils difoient qu’ils citoienc defeédus d’Æ- 
gypte, ainfi q donnoit à entédre celle cfdaue qu’a- 
uoit Mageilan,qui bien les entédoit. Les hommes 
de celle Iile f eiludicnt à airoir les cheueux longs 
iufques au nôbril, 8 c les dents noires, ou rouges,& 
lés femmes les portent iufques au tal6,& les lient à 
l’entour de leurs corps en forme de ceinélurc.lls 
portét des chappcaux hauts efleuez,faiéls defucil- 
les de palmc,& lesbrayes de mefme. Pour conclu' 




J. LIVRE DE LHI5T. 

fion nos gés d’ifle en ifle arriuer ét à Zcbur, que les 
autres appellét Subo. Mngcllâ feit tedre vne enfei- 
gne de paix,& pour môftrer l’obeilTancc.il feit tirer 
quelques pièces d'artillerie.&cnuoya pat deuers le 
Roy de celle ifle fes Amballàdcurs aucc vn prefer, 
& autres chofes pour changer.Hamabar(ainfi fap- 
pclloit le Roy)ptinr grand plaifir de fon arriuee, & 
luyenuoya dire qu’iljlbrtiftdehors à la bône heure. 
Magellan, donc, faillie en terre, & feit fortir defes 
vailléaux bon nombre d’hommes, aucc quelque 
merceric.Ils drcllcrent fur la greuc vn grand taudis 
aucc les voiles des nauires, & force rameaux pour 
chanter la Meflè folennellemér,par- ce quee cftoit 
le iour de la rcfurredlion de lefus Chrift. Le Roy 
bien accompagné, y aflifta.efcoutanr atretiuemér, 
& y prenant grand plaifir.La Melle didte,nosgcns 
armerct vn home depuis la"te/le iufques aux pieds. 
Si puis frappoient delliis aucc leurs cfpccs, Si hal¬ 
lebardes , à fin de moriftrer que ny le 1er, ny force 
aucune n’eftoit allez fuffilàntc contr’cux.Lcs habi- 
tansfen cfinerueilloiencallez,mais non pas tant 
comme les naltres penfoient. Magellan donna à 
Hamabar vne robbe longue de foye violette, & 
iaune, vn bonnet tcinél en grenc, deux verres, & 
quelques couronnes de mclinc matière. Il donna 
auflî à vn ficn nepueu, 8 c heritier vn bonnet, vne 
cultode, & vne couppc de verre qu’il eftima gran¬ 
dement, penfant que ce full quelque chofe bien fi¬ 
ne. Il leur feit quelques admonitions touchant la 
religion par le moyen de fon efclaue Henry, qui 
lèruoit de truchcmér,& confirma l’amitié encom- 
mancec rouchantdcdnnslamain du Roy, 8 c beu- 



uantàluy. H,un a bac fcitlefcmbiable,5cfeitpre- 
fent de iis,de mil,figucs,mclons, micl,fuccre, gyn- 
gerabre, pain, du bruuage fait auec du tis, quatre 
porceaux, ebeures, poulies, 5c autres chofes pour 
manger,6c force fruidt, qui n’a fon pareil en Efpa- 
gne, 5c luy donna aduertiffement des Moluques 
5c de 1’efpiceric. Puis le priaàdifncr, Srfurleban- 
quec folcnncl.L’amitic,par telle familière conuer- 
fation,fut telle cntr’cux.quc Hamabar voulut cftre 
baptifé auec plus de huidt cés pcrfolmes. llfutnô- 
jné Charles comme PEmpcceur,la Royne fut nom- 
mcejfeanne.la princciTe Catherine, 5c le ncpueu,5c 
heritier Ferdinand.Magellan guarit vne autre nep- 
ueu du Roy de la fiebure, qui le tenoit il y auoit ia 
deux ans,encor' aucuns difent qu’il eftoit muet, 5c 
que pour ce miracle tous les habitans de Zebut fe 
baptiferét, 5c huidt ces autres,qui eftoient dcl'iflc • 
de Mafana. Le Seigneur delaquclle fut nômé lean, 

5cfa femme Ifabcllc, 5c vnMore, quialloit 5c ve- 
noiten Calccut,futnommé Chriftophlc.CeMore 
certifia, 5c aficura d’auantage Hamabac de la puif- 
fance de l’Empereur dom Charles Roy d'Efpagne, 
5c que c’eftoit luy qui eftoit Roy de Portugal.Ha- 
mabar enuoya meffiigcrs aux Ifles circonuoifines 
à la requefte de Magellan, les priant qu’il vinifient 
prendre amitié auec des hommes fi bons, 5f.fi par- 
faidts comme eftoyent ces Chrcftiens. Ils vindrét 
quelques vns des petites ifles prochaines pour voir 
le nepueu du Roy guary, 5c pour vcoir celuy qui 
l’auoit guary auec des paroles feulemét,5c de l’eau, 
reputans cela à vn grand miracle, Sc f offrirent au 
Roy d’Elpagne. Mais ceux deMautan,qui cft vne 



5 - Il y RE DE i’hist. 
autroifleàfeizemil de Zcbut ne voulurent venir,' 
ou n’oferent pour l’anioür de Cilapulapo leur Sei¬ 
gneur ,,auquel Magellaauoit enuoie pour le prier, 
& fommer qu’il vint, ou qu’il cnuoyaft quclqu’vn 
pour tecognoifttc en fon nom l’Empereur pour 
ion fouuerain Seigneur,& qu’il cnuoyaft quelques 
efpicerics, & viduaillcs. Cilapulapo refpôdit qu’il 
n’obeiroit à celuy qu’il n’auoit iamais veu,ny mois 
à Hamàbar : mais afin qu’on ne l’eftimaft reculé de 
toute humanité il luy enuoioit ce peu de chcurcs 
& pourceaux qu’il demandoit. Megcllan peniànt 
perdre fe réputation f'illailfoit ainli Cilapulapo, 
pafta auec quarante foldats en Mautan, où apres 
quelques aprochcs faiélesil bruila Bulaya petite 
forrereife de Mores. Les habitas voyât tel cxploift 
eurentpeurd’vneplus grande vengeance, & pour 
ccftc caufc, en cachette & en fccret, enuoyerent à 
Magellan quelque nombre de chcurcs, le priant 
qu’il leurpardonnaft, puis qu’ils ne pouuoient Eti¬ 
re d’auantageàcaufede Cilapulapo, quicontredi- 
ioit au traiété de la paix, Sc qu’il tournai! fes armes 
contre luy, ou bien qu’il leurs cnuoyaft quelques 
ETpagnols bien armez, qui fciflcnt rciiftence à fon 
enneiny,& que fans faute ils luy liureroient l’iile. 
Magellan ne fe doutant point de la tromperie, & 
d’vnc tellerufe, fçn retourna, & rcuint la nuicta- 
Uecfoixante foldats en bon ordre dedas trois bar¬ 
ques, il amenoit aufli Hamabar qui auoit trente 
barques pleines de fes fubie&s. Il euft bien voulu 
côba tre incontinent,mais par-ce qu’il feftoit obli¬ 
gé dcùat à Cilapulapo,par vn traiàé qu’ils auoient 
faiél enfemble, de fe défier l’vn l'antre deuant que 



GENERALE DES ISDIs] 148 

venir aux mains fi d’aducnturc ils venoient à auoir 
quelque guerre enfemblc, il luy enuoya dire par 
Chrifto'phle le more, f’il vouîoit élire amy ou en- 
nemy. Mais Cilapukpo luy feit vne refponce har¬ 
die, Se pleine d’iniures, Se auifi toft feit fortir trois 
mille hommes en campagne les rengeant en trois 
cfquadrons,& l’approcha de l’eau fe tirant à colle 
pour euiter l’artillerie qui tiroit,cn la feoptetie des 
arebuziers.Magellan ce pendât fort de lès barques 
aucc cinquace foldats, fe iettant en l’eau iufques au 
genouil, par-ce que les barquesnc pouuoient ap¬ 
procher près terre, à vaifon qeelariuc cil oit toute 
picrreufe.Sc puis alla charger fur les ennemys,mais 
auifi toft qu’il les veid arreftez, Se fans fe mouuoir 
l’atccndâs de pied-coy, Se qu’ils n’auoict receu au¬ 
cun dômage de fon artilleric,&de l’arcbuzeriCjil fe 
iugea incontinent perdu, Se euft tourné le dos fi la 
honte ne l’euft retcnu.Son iugemenr ne le trompa 
pointtcar combatrantil voyoit la perte des liens, 
il leur commâda de fe rctirer.Les Mautanois com- 
battoient vaillâment,ils tuerent aucuns Zcbutins, 
& huict Elpagnols auecMagellan, & en blcccrcnt 
vingt,defqucls la plus part cftoiér frappez auec 
flefehes enuenimecs aux iambes par ce qu’ils ne li- 
roiér qu’en celle partic,qu’ils voioict defarmcc.Ma 
gella fut tué d’vn coup de flefehe qu’ou luy tira au 
vifage apres auoir gdu fa làladc qu’ô luy auoit faidt 
tâber à coups de pierre,& depicq. Il fut aulïi frap¬ 
pé en laiâbe, & eut encor’ vn coup de picq depuis 
qu’il fut par tcrrc,qui le gçoit tout outre.Voila cô- 
métMagellâmeir fin à fa vie, & à fon entreprinfefi 
braue,& fi glorieufc lans toüir du bien qu’il deuoic 
’ r iiij' 




efperer des trauaux, quilûy auoicnc tât courte, ce-» 
rte récontre fut le vingtlèptiermeiourd’Auril,l’an 
ij ii. Aptes la mort dcMagellales Elpagnols cflcu- 
rcnt pout leur Capitaine leah Serran grand pilote 
de l’armec, & auec luy, félon aucuns, Barbofa. Ce 
Barbofa f efforça par tous moyens d’auoir le corps 
de Magellan fon gendre .mais ils ne voulurent le 
bailler encor’moins le môftrer. Car ils vouloicnt 
le garder pour feruir de mémoire à la poftctitc. Ce 
fut vn mauùais augure pout ce que depuis aduint, 
fils l’cuffcnt bien entendu. Nos gens f'araufoient à 
changer auec les habitas quelques merceries à de 
l’or.du fucrcjdu gyngcmbre,dc la chair,du pain, Sc 
autres, chofes pour aller aux Moluques, Sc ce pen¬ 
dant les bleccz fe guariiloicnt, de fondoient les 
moyens de conqucnrMautan.Et cômepour l’vnp, 
& l’autre cnrrcprinfc l’cfclaue Henry cftoit neccf- 
faire ilslcprcffoient defcleuer.mais eftât blecé de 
vue flefeheenuenimeeil ncpouuoit fe louer pour 
la grande douleur qu’il fcntoit,ou bien ne vouloir 
félon qu’aucuns péfoient. Serran fe tepeftoit con¬ 
tre luy,Barbofa le menaçoit.auffi faifoit damcBca- 
trix fa maiftteffe femme deMagella.en fin ou pour 
l’amour des menaces & iniurcs, ou pour auoir li¬ 
berté il parla en fecretauec Hamabar,& le côfeilla 
fil vouloir demeurer fcigneurdeZcbut de tueries. 
Efpagnols,difantqc’cftoientgens auares,& qu’ils 
vouloiét auec fon fccours, & ayde faire la guerre à 
Cilapul.ipo &c q puis apres ils vfurperoient encore 
fon iflcjfailànsainfîpar tout où ils auoient entrée, 
ffamabar lé creur,& incontinéc inuita à difner Sar- 
t qus les autres, qui y youdroiét aller, difapt 



qu’il luy vouloir bailler vn préfet pour l’Empereur 
puisqu’ils fcn vouloient aller. Ainfi Serran & trcrc 
Efpagnols C’en allèrent à la bonne foy au palais du 
Roy,fans péfer à aucii mal,& cft'as tous au mcillieu 
du difner ils furent tuez à coups de picques,8c d’cC 
pee excepté Serran , qui feftoit fauué. On artefta 
tous les autres, qui cftoient parmy l’Ifle,&d’iccux 
y en eut huiét depuis vcnduzà la Sina,&meiton 
par terre les croix; & les images que Magella auoit 
faict dreirer fins auoir cfgard au Baptefme qu’ils a- 
uoyenr rcceu , Sc moins à la promciïc qu’ils a-, 
uoient faiétc. 

De l'isle de Zjblll. chdj). 54. ‘ 

L ’Ifle de Zebut eft grande riche&abond.mte en . 

toutes chofes, elle eft deftournec dcl’Equino- 
xialdix degrez vers nous : elle produift de l’or, du 
fucre Sc du gyngembre, ils ont des porcellaines 
blanches qui ne peuucnt endurer aucun venin . Ils 
ont de largille qu’ils font recuire de cinquante ans 
en cinquante ans,& aucunefois d’auantage.Les ha- 
bitans de celle ifle vont nuds, pour la plus part ils 
foingnent le corps, Sclescheueux aucc de l’huile 
de coco, &f’eftudient àauoirkbouche,&lesdéts 
rouges, & pour les faire rougir', ils mâchent d’vnc 
areca, qui eft vn fruiét refemblantàvne poire, Sc 
des fueilles de Iaflcmin, Sc d’autres herbes.La Roi- 
nc'portoit vne robbe 15guc de toile blachc, Sc vn 
chappeau de palme, fur leql elle auoit vn hault dia¬ 
dème de melmc cftoffe,ayans la bouche, Sc les déts 
rouges,ce quincluyfeoit pas mahLeRoi Hamabar 
fe veftoit detoille de cottô,&auoitcn teftevne coif 
fe hic ouurce,il auoit vnc çourone paflee en fô col. 



J. LIVRE DE IH1ST. 

&portoit des pendans d'oc enricliiz de perles ,& 
de pierres fines, lliouoic d’vn infiniment faidl co¬ 
rne vn lut,qui auoit lés cordes faidles de cuiurc, & 
beuuoit dedans vn vafe de porcellaine auec vnc 
eâne,quieftoitvnechofcqui apreftoitàrireà nos 
gens. Ils ont en celle illc del’orge, du Mil", du Pa- 
nic,8c du riz . Ils mangent du pain taidl de Palmes 
gratcces.Ils font vne lortc de breuuagc auec du riz 
qui cil blanc,& clair, &qui cniurc aufli bien que le 
vin.llspcrçcnt encor’ les Palmiers,& autres arbres 
pour boire ce qui en diftillc. Il y a en celle illc vn 
fruidl qu’ils appellent Cocos, quieft comme vn 
melon eftant plus long quegros.il eftenucloppé 
dedâs plufieurs petites pellicules aullî délices que 
ccllcs,qui enuironnétle noyau d’vne dattetils font 
du fil de ces pellicules aullî bon,& aullî fort que fil 
cftoit faidl de chanure . Ce fruidl à l’efcorcc com¬ 
me vne courge feiche,maisbien plus dure,laquelle 
eftant bruflee, & mile en poudre lert de médecine: 
Sa. chair rellèmble a du beurre eftant ainfi blan- 
die,& molle, & cft treffàuoureufe & cordiale. Ce 
fruidl leur ferten plufieurs façons, fils en veulent 
auoit d’huile, ils remuent, & tournent fans de (Tu s 
deflems par plufieurs fois, & puis le laiftcnt repa- 
fer quelqs iours, la chair fe tourne en vne liqueur 
comme huile fort doucc,& falutaire,auec laquel¬ 
le ils foingnet fouuent.S’ils le mcrcent dans l’eau, 
celle chair le con.ucrtift en fuccre.S’ils le lailfent au. 
Saleilycllc Ce tournera en vinaigre.L’arbre eft qua- 
fî comme la palme, & porte fon fruidl comme vne 
grappe de raifin.Ilsfôt vn trou au pied d’vne fueil- 
le , & recueillent fongneufement en vne canne. 



GENERALE DES INDES. IJO 

groilc cômc la cuifle,la liqueur, qui en diftillc:c’eft 
vn brcuuagc fort plaifanr, & graticux treflàiu, ÔC 
autant eftiraé entr’eux,commeeltlebon vin entre 
nous autres. Il y a en celle ifle des portions qui vo¬ 
lent, 8c de certains petits oifeaux, qu’ils appellent 
Laganes, lcfqucls feiettent dedans la bouche delà 
baleine, & fc lailfent deuorer,& fe fentans dedans 
luy mangent le cœur,&ainfi la font inoiuir.ils ont 
des dents dedans le bec, ou pour le moins chofe, 
qui leur rclfemble, ils font bons à manger. 

Du Syripad* Ppy de Borney. Chup. g 5. 

C Eux, qui elloient reliez dedans les vailTeaux, 
quand ils entendirent le maflàcre qu’on auoic 
faid de leurs compagnonsleuerent les ancres, & 
les voiles, & fen allèrent de là fans prendre Iean 
. Serran, qui crioit apres eux à la riue de la mer, ne 
voulans retouruer vers terre, de peur de fentirfur 
eux vne fcmblable trahifon, encor’ que ce fuit leur 
capitaine & pilote, qui demeurait. Ainlîcespau- 
uucs foldats , & mariniers dolens, & melancolic- 
ques fc départirent plcurans& fc complaignans de 
leur infortune, cllans accompagnez d’vne peur de 
tomber en quelque autre plus grand accident, 8 C 
malheur.Ils n’elloicnt en tout que cent & quinze, 
tellement que ce nombre n’eltoit fuffifant pour 
gouuetncr , & deffendre trois nauires.Ils farrellc- 
rent incontinent en Cohol, &làbruflerentvn de 
leurs naûires,& racoullrerent les deux autres. Ce¬ 
la faift ils fapprocherét de l’Equinoxial par ce'quc 
ondifoit que fous iceluy elloient lïtuées lesMo- 
lucques. Ils abordèrent àplulîeurs ifles de Negres, 
& en partant par Calcnnado prindrent l’alliance 



aucc Calanat Roy de celle ifle qui la côfirma en ce- 
lie façon : il tira du falig de fa main gauche, & feri 
toucha la facc,Sc lalïgue.Us ont celte façô en tou¬ 
tes cesiiles,& pais. De Galénado ils vinret furgirà 
Borney.qui cft à cinq degrez, i’entéds leport où ils 
arriuerent-.carl’autre bout déride efl fousl’Equi- 
noxial.Dcuac qu’arriuer ils feirét ligne tel que doi- 
uent faire ceux, qui demandent paix, & demaderet 
permidion d’entrer dedans le port, & defeédre en 
terrc.Us vinret à nosvailleaux certains gérilshômes 
dedans des barcques, qui auoient les proues, Sc les 
pouppes dorées, embellies de beaux cftendars, & 
pénachcs,& auoiét des tabourins,&flcutcs,qui ne 
iouoiét pas mal,ii faifoit certainement bon voir tel 
apparat. Quand ils furent arriuez ils cinbraUcrcnt 
les noftres,&puis lcurdôncrct quatre ch cures aucc 
force poulies,lix vailleaux d’vnbrcuuagc trcf-gctil 
fâir de riz,lîx vailleaux de canes dc(ucrc,& vn grad 
pot de terre plein d’arcca,&dcfleursde iallcmin,& 
de orégers pour colorer la bouche,&la faire dcuc- 
nirrougc.il en vint incôtincntd’autrcs,qui appor¬ 
tèrent des œufs,du miel, de la côfcrue, Sc pluficurs 
autres choies,& dirét à nos gés que leur Roy,&fei- 
gneurSiripada prédroit grad plailïr qu’ils defeédif- 
lent en terre pour changer leurs m'archandifes, 8c 
pourlè fournir d’eau, 8c de boys, & de tout ce qui 
leur feroit necelliirc. Huit Elpagnols allèrent aucc 
ceux cy baiferlamain du Roy,&luy prefenterét v- 
ne robbe de velours vcrd.vn bônet teinél en gfei- 
ne, trois aulnes & demye de drap rouge, vnc coup- 
pc de verre couuerte,vn eferitoire garny de tout ce 
qu’il luy faut, & cinq guiternes faiétes fculeméc de 



GENERALE DES INDES.' I Jt 

carte.Ils prcfcnterencàlaRoync dcs efearpinsfaits 
à la Valcnticnne, vue coitppc de venc pleines d’ef. 
guilles de Cordubc, Si deux aulnes & vn tiers de 
drap iaulne: ils donnèrent au gouucrneur vne rafle 
d’argent, deux aulnes,Se vn tiers de drap rouge, 8c 
vn bonnct.lls portèrent aufli plufieurs autres clïo- 
•fes, qu'ils donnèrent à quelques vns de la court. Ils 
foupperent. Si couchèrent lur des matelats de cot- 
ton en la maifon du gouucrncut deuant que vcoit 
le Roy,- par-cc qu’ils arriucrcnt tard.Le lendemain 
on les mena au palays,douze foldats môtez fur des 
elefans niarchoicnt dcuant,& les rues eftoiét plei¬ 
nes d’homes armez aucc efpecs,picqi,ics,& targes.' 
Ils montèrent àla grand fallc,où il y auoit grad no. 
bre de gentils-luîmes vertus derobbes defoyede 
couleur, portans force aneaux d’or aucc pierres fi¬ 
nes, ôc des poignards cnriehiz dorade perles 8c 
joyaux.Ils faflîrent là fur vn tapiz,& apres auoir cr 
lié la lôg temps.il vint vn quida par deuers cux,qui 
leur dirqu’ils ne pouuoicnt’ entrer ny parler auRoy 
mais qu’ils luy difent ce qu’ils vouloient.Les.Efpa- 
gnols luy feirent entendre le mieux qu’ils peutct.ôc 
puiscefluy cy le dit à vn autre,&cev autre à vn tiers 
quile ditpar vne farbatane a trauersvn treillis à vn, 
qui eftoit dedans la fille du Roy , lequel auec vne 
grande reiiercncc rapporta au Roy l’ambafladcde 
nos gens,qui eftoiciu bicn.cnnuyczde telles cere¬ 
monies,attcndii mcfmc que les Éfpagnols fôt cou." 
ftnmicremct fort colcres, & la pl° part d’étr’eux ne 
fcpouuoiet cotcnir de rite. Siripadacômada qu’on 
les feit approcher de fa chambre,Ils palFerét.par.v- 
nc autre fallc quarrcc tendue de tapiflcric de foyc 



oùles feneftres eftoict fôptueufcmctcouuertcs de 
rappizpour fappuyerdeifus.En icelle y auoit trois 
cens hommes, qui eftoient debout ayans chacun 
vne cfpéc, ceux cy eftoient pour la garde du Roy. 
De celle laie ils approoherentpres vn grand trcil- 
lis‘,quircfpondoit dedans la falle du Roy:àtrauers 
lequel ils virent difnerle Roy auec certaines fem¬ 
mes , &auec fon fils. Il eftoit feruy feulement par 
des femmes,& n’y auoit dedans celle faleautte ho¬ 
me que le Roy, fon fils, & vn autre qui eftoit de¬ 
bout, qui elloit celuy, qui rapporcoit au Roy ce 
qu’on luy vouloit faire entendre. NosEfpagnols 
voyans vne fi grand maieftc,tatderichcfics, & ap¬ 
parat, n’ofoienc efleufirlesyeux hors de terre, & fc 
trouuas tous hôteux d’auoir’apportc vn pie lent, fi 
vil,&de fi petite valeur diloient bas cntr’cuxtqucl- 
le différence il y a entre celle nation ,& celle des 
Indes? 8c prioientDieu qu’il les vouluft ofter delà 
finsreccuoiraucun mal.Pourconclufion citas ve¬ 
nue ainfipres de ce treillis,ils feirent trois rcucren- 
ces clleuans leurs mains par deffus la telle tous en- 
fèmble,par ce qu’on leur auoit ainfi commandé,ils 
feirent leur ambaffade de la part de l’Empereur tât 
pour auoir paix auec lny,quepour auoir viures, & 
moyen de negotier cnfemble. Le Roy rcfpondit à 
celuy,quiluy rappor'toitlcs parolles des Elpagnols- 
qu’on leur feit,& qu’on leur donnaft tout ce qu’ils 
demandoient,& fcfmerueilla delà nauigationfi 
langue qu’auoient fai6le noz gens auec leurs vaif- 
leaux.Alorsilsdefcouurirent leurprefent non fans 
rougir de honte pour auoir veu tant d’or,d’argenr, 
dc'-foycs,&autres richelfcs, & fumptuofitez en ce 



GENERALE DES INDES.' 1J2. 

palais,& fur la table du Roy,& puis f en retournè¬ 
rent rapportans chacun vne piece de toillc. d’or, 
qu’on leur auoic raife fur l’efpaule. gauche par vnc 
ceremonie, qu’ilsont en ce pays.On lourapptcfta 
la colation de cannelle, &’clouz de girofle confits. 
Si les ramena on à cheual en la maifon du gonuer- 
ncur, qui les feftoya deux nuiûs, auec vu apparat 
no moins cfmerueillablc que magnifiquc.On leur 
apporta du Palais douze plats, & clcuelles de Por¬ 
celaine plaines de fruiéb,& viandes,mais la fump- 
tuofitcdugouucrncur ne fembloit point enrichie; 
pourcela. Latablefutcouuertede ttentcplats& 
plus, & y auoit trétc vafcs plains de breuuage fait 
de riz, qu’ils diftillent en certains petits vaifleaux, 
toute la chair cftoit roftie.ou mile en pafte.Les fau 
ces cftoient accouftrées les vnes auec de l’cfpice,lcs 
autres auec vinaigre,autrcs auec citrons, & toutes 
aucc fuccre, il y auoit cncoT des poiflbns tref déli¬ 
cats que noz gens ne cognoilfoict poinr, auflipeu 
de cognoiflàncc auoiét ils des fruits qu’ô leur pre- 
fenta en grande quantité-.entreiceux toutesfojsils 
recogncurent des figues 16 gucs.liyauoitpour.ef:. 
claircr des lampes&dcs grands chandeliers d’argçc 
aucc des flambeaux de cire. Tour le feruicc fur. fait 
en or,argent,& porcelaine, & les feruants c.ftoienr 
bien en ordre,&propremct veftuz félon Içur.fÀçp, 
Ces Efpagnols rapportoiét,qu’ils ne penfoiét po.u- 
uoir eftre Roy ,qui fufl: mieux feruy que ce gou- 
uerneur.Pour.reuenir à la flottc,ils partirent la vil¬ 
le fur des Elefans,&vcirent parmy la ville pluileurs 
chofcs notables, qui feroient trop longues àra- 
côpter. Le Roy leur dôna deux fommesd’efpicerie 





?• LIVRE DE i’hist. 
tant que pouuoicnt porter deux Elefans, & force! 
viures, & le gouuerneur les informa amplement 
des Moluqncs, 5e leur dit qu'ils les auoient lailTces 
en arrière vers le Lcuant. Voila ce quiaduintà nos 
sens.Quant à celle ifle elle cft fort grande, Si riche 
félon qu’auez cntédu,cllc ne porte point de grain, 
devin, ny de moutons. Au contraire elle cil fort 
abondante en riz,fuccre, chcures, porccaux, cha¬ 
meaux , bufles & elefans, elle porte la cannelle, le 
gyngembre,le canfre ,'qui cil vue gomme d'vn ar¬ 
bre nommée Copei, les mirabolans, Si autres mé¬ 
decines . Il y a certains arbres, dcfqucls les fucillcs 
tôbantcs en terre fetournent en vers.Les habirans 
vont cômunemcnt qualî tous nuds.ils portée tons 
des coiffes de cotton.Les Mores font circoncis, ÔC 
les Gentils piffent en faccroupiflànt corne les fem¬ 
mes,IcsMorcs fonc Mahometillcs, Scies Gentils 
Idolarres.Ces deux religions font quali efpanduës 
partoutl'Orienc.lls fe baignent fort fouuent ils fc 
pettoient le derrière auccla main gauche, referuâs, 
cedifentils, la main droiéle pour la bouchcrils et 
criuent dedans l’efcorcc d’arbre,comme les Tarta- 
res.qui ont couru iufques icy.lls elliment grande¬ 
ment leverre,la toilc,lalaine, 5cle ferpourfaire 
des clefs,5iferrures,Ics armcs,l’argent vif pour C'en 
frotter, 5c les médecines; Ils ne defrobbent point, 
ny ne tuent, iamais nerefufent leur amitiéàceux 
qui la demandent: ils combattent peu fouuent, ils 
abhorrent le Roy, qui ell guerrier , 5c pour celle 
caufelcmettent aupremierranc delà bataille. Il 
ne fort iamais.fi ce n’ell pour aller à la chalTe, ou i 
la guerre,perfonne neparle à luy fi ce n’ell par lar- 
batane 




GENERALE DES INDES, IJJ 

barane excepté fa femme, & fes cnfans. Ceux qui 
idolâtrent penfent qu'en ce monde il n'y a rien 
que naiftre & mourir.qui eft vne pauure bcflifc.La 
ville ou demeure le Roy a vn grand circuit , & eft 
toute dedans la mer, les imitons ne font que de 
bois excepté le Palais, quelques tcipples & ma i_ 
fons des Seigneurs. 

L'etilrce >le noZ.gcns es iJlesJes Mol tiques. Ch.fp, p<J, 

N Oz Efp.ignols partirét dcBorney biéioyeux 
du bon traiélement qu’ils auoient la rcccu, & 
pour cftrcia pies des Moluqucs qir’Üs çherchoice 
auec vn fi grad trauail .IlsarriuerentàCimbubon 
& f’arrefterent en celle ifle plus d’vn mois racou- 
liras là vn de leurs îiauircs, au lieu de poix ilsfefer 
uoiét de glu,& trouucrét là des cocodrilles,& plu- 
ficurs poilfons eftrages.qui font co° d’vn os,Sc ont 
fur l’efchine vne fclle, ils ont grad vétrc,&r la peau 
fort dure, & fans.cfcailles,ils ont le groin de por- 
ceau,& ont deux os fur le iront corne deux cornes 
droictes,en fommeils relïembiét à vn môftre.Ilsy 
trouuerét.deshuiftresqui portét les perles, ilsy en 
trouuçrcc.quelqùesvnes fi g'râdes que leur chair pe 
foit vingrcinq liures.Sc en curent vne qui en pefoit 
quarâte quatre,mais’elles n’elloiét pour lors char¬ 
gées de perles, ils demadercc côbien deuoiét élire, 
grandes grolTes les perles de fi grades coquilcs, 
on les alieura quelles font grottes comme œufs de ' 
pigeôs,& mefmc de poule,qui efl vne grotteur m- 
credible, & qui n'a iamais efté vcuc. De Cimbubô 
noz gés furet à Saragan, oùils prindrét des pilotes 
pour les côduire aux ifl.es des Moluques, ils entrè¬ 
rent à Tidoré, qui eft l’vne d’icelles, le huiéliems 




jour de Nouembre l’an iji I .ils dellachercnt l'artil- 
leriepout fiiluet la ville, ictterent les ancres, & ar¬ 
mèrent les nauires. Almanfor Roy de Tidorc ayat 
ouy le bruiSt de l’artillerie vint en vne barque voir 
que c’cftoit citant feulement vcftu d’vnc chemife 
ouurcc d’oraticc l’cfguille, mais c’cftoic vn amure 
beaucoup plus riche pour la façon excellente que 
pour la matière: il auoit encor vn drap blac de foyc 
ceint,qui pendoit iufques à terre. 8c auoit les pieds 
nuds,ilauoic fur la telle vn voile de foyc haut cfle- 
uéen façon de mitre,il tourna auec fa barque à l’en 
tour des nauires, 8c commanda aux mariniers qui 
accoultroientles cordes des ancres,qu’ils defeédit • 
fent dedans fa barque, 8c leur die qu’ils clloictlcs 
bienvenuz, 8c pluficuts autres bonnesparollcs. 
Puis il entra en vne des nauires,8c fe boucha le nez 
pour l’odeur des fileures. Les Efpagnols luy baife- 
rent la main, 8c luy dônerenr vne chairedc velours 
cramoy/î, vnerobbede veloursiaulne,vn faye de 
faulfe toillc d’or, deux aulnes Sc vn tiers d’cfcarlate 
vne piece de damas iaulne, vne autre de toile, vne 
feruiette piquée de foye, 8c d’or, deux couppcs de 
verre, fix chapelets de mef ne, trois miroirs, douze 
coulteaux.lix paires de cifeaux" Sc autat de peignes. 
Ils feirent prefent auflî à vn lien fils, qu’il auoit a- 
menéauec luy,d vn bonnet, vn miroir, 8c de deux 
coulteaux, 8c donnèrent aurres chofes à autres gé- 
rilshommes, Sc feruiicurs.quiauoiér accompagné, - 
8c fuiuy le Roy.lls feirent puis apresleur ambaflâ- 
de de la patt de l'Empereur,Sc demanderét permit 
fronde négocier en fon ille.LeRoy leur feir refpôce 
qu’ils eftoient venus à la bône heure,8c qu’ils pou- 




iioicc auffi facilcméc negbtiér parftjÿ fon i/lccôme 
fils cftoict en paysde l'Empercur,Scque fil y auoj'c 
aücujqui les fachaft, ils le tuaflcnt.il demeura long 
téps à côtéplcr vnc bâniere, qui,auoitlcs armesde 
FEmpercur: il demanda la figure dp l’Empereur, & 
voulut qu’on luy môftraft de la mônoye.&efpcces 
d’or.Ies poix,& mefures.qu’auoiet nos gésj&apres 
auoir le tout bien côfidcré il leur dit, comme eftat 
"bien entendu , Sc verfé en l’art d’A Urologie, qu’ils 
dcuoicnc venir en ce pays par le commandemét de 
l’EmpcrcurdcsChreftics pour chercher l’cfpicerie,. 
qui croiftcn ccs Hlcs,&que,puisqu’ils.efl:oient vc- 
nus,ils fen chargeaient corne ils voudioiem.eftac,. 
Sc fe rendant amy de l’Empcreur.&puis print cqge. 
d’eux, fouflcuancvnpeufamittre, & les embraf- 
fant. Allais difent qu’il ne fçauoit point ce qu’il di- 
foit par fcicnced’Aftrologie,mais qu’il aubit.fongc 
deux ans deuant qu’il voyoit venir par la mer cer¬ 
tains vaifleaux,& homes,qui refembloient en tout./ 
àcesEfpagnols,pourfubiuguer ces ifles,& eftrc Fei- 
gneurs de la ncgociatiô des efpiccs. Quât à moyiie, 
croy qu’il ne diloit cela que pat conicdturc fçaehat 
la traiéle qu’en faifoient les Portugais à Calecut, 
Malaca,Samotra,&à la cofte de la Sina.Lcs.no.ftres 
apres defeédiret en terre pourauoir desefpiccs pat 
efchangc,&pour voir les arbres,qui les produifenr. 
Ils furet plus de cinq mois à Tidoré côucrfans pai- 
fiblement, Sc amiabicment aucc les habitas.il vint 
làvn neucu d’Almanfor nommé Cotala feigneur 
de Terrenat.qui fe meit foubs la puiflance de l’Em¬ 
pereur. Ceftny-cy,qu’cucor aucuns appcllét Cola, 
auoit en fa maifon quatre cens femmes,qui eftoiéc 







véritablement Gcntiles Se deloy, & de leurs per- 
fonnes. Il en auoit encor cent,qui luy feruoient de 
pagcs,il y vint encor vn autre nomme Luz,Roy de . 
Gilolo grand amyd’Almanfor,ce(hiy auoit (ix cens 
fils,fi ou ne fabule au compte, car corne on dit au¬ 
tant peut on faire valoir lundi comme odtante. Si 
11 eftil pas impoflible toutcfoisd’auoir tant d’enfâs 
fi oh peut auoir tant de femmes. Plusieurs autres, 
feigneurs vinrent encor’par les prières d’Almafor, 
pour offrir leur amitié,& fe faire tributaires duitoy, 
d’EfpagneDom Charles Empereur. Almanfor a- " 
uoicvingt-fixfils, &fillcs, & deux cents femmes, 
quand il elloit àfon foupperil cômandoir que cel¬ 
le qu’il vouloit,allafifc coucher en fon lit. il faifoic 
bien du ialoux, ouïe faifoit pour le refpcdl des Efi- 
pagnols,qui pour tromper vue femme font de gra¬ 
des admirations, iertenr des foufpirs, &r fc feignent 
amoureux aupoffiblcjvncpartic des habitanspor- 
tenrdes brayes, les autres font tous nuds. Alman¬ 
for iura fur fon Aico'ra qu’il dcmcurcroit toufiours 
amy de l’Empereur Roy d’Efpagnc,&accorda que 
toutes & quâtefois que les Espagnols aborderoict 
en fon Royaume,il Saillcroit vnc fournie de doux 
de.giroflc en contre-efchange de 'dixhuidt aulnes 
'"de toile, douze aulnes de drap rouge, & quatre de 
iaulne,& les autres efpices félon ce prix.On trouue 
en ceftei/le certains petits oyfeaux qu’ils appellent 
Mamucos, lcfquels ôt moins de chair que le corps 
ne denionfhcjils ont les iambes longues d’vne pal¬ 
me, la telle menue, le bec fort long, ils ont le 
plumage'd’vnc couleur fingulierement belle, ils 
'n’ont point d’aides,.niffi ne volent ilspoint, mais 









faENfcRALK U h S INDUS, IJJ 

font portez par l’ait eftans lcgers.Sc ayants les plu- 
mesfifubtiles, qu’il n’cft polfible de plus, jamais 
on ne les void lut terre que morts,il ne fe çorrom- 
pét ny ne fe pourrifTcnt aucune met, on ne fçait d’où 
ils forrcnt.ny oùilsfcfleuct,ny dequoy ilsfcnour- 
riflent. Les Mores,'qui font Mahometiftes croient 
qu’ils facent leur nid en Paradis, par-ce que leur 
Alcoran leur compte des fables pareilles, & encor 
moins vray fcmblublcs que celte cy. Nous autres 
nous péfons qu'ils fe nourriirent,&mainticnnét de 
la rofee, 3c des fleurs des cipices. Mais foit que ce 
foie il cil pour le moins tout certain qu’ils ne fe cot 
rôpéc aucunemct.LcsEfpagnols ferrent foigneufe 
inet les plumes pouren faire des excelles pénaches, 
& les Moluchiés fen feruét pour guarir les playes. 

Des tloisz _ de girofle,cannelle, sçr autres efpiccs. Chi.Ç) 7. 

L Es ifles que cômunemét nous appelles Molu- 
ques font appcllees par les habirans Molucos, 

• elles font en grand nombre, mais toutes petites, 
3c non gucres diftantes les vnes des autres. Entr’au- 
tres on nôme Tidoré,Tcrrcnate,Mate,Matil,&Ma 
cien: Elles font fituees deflous, & aux enuirbns.de 
rEquinoxiaI,&à plus de cent foixacc degtez deno- 
ftre Efpagnc. Aucuns difent quel’Ifle deZebut en 
cil loing 180 . & que par telle fupputation clic faidt 
&marque le meillicu du chemin du monde fi vous 
fuiuez la route du foleil corne feitéc ces Efpagnols. 
Toutes ces ifics produifenr les doux de girofle, la 
cannelle, legyngembre, &noix mufeates, mais 
chafquelflencproduitpas ces efpiccs efgalemét: 
carl’vnc porte plus de doux que l’autre,&: vne au¬ 
tre plus de gyngébre. Matil fournit plus de.canelle 



que d’autres cfpiccs. La cannelle vient d’vn arbre,' 
qui refcmble fort au grenadier, i’efeorce fefend, 
8c fe creue pat la force du folcil, puis on l’arrache, 
êda nettoyé on au folcil.On tire de l’eau des fleurs 
de ccft arbre, tpii cft bien plus excellente que celle 
qu’on fait de fleurs d’orçnges,Ou citrons,il y a for¬ 
ce doux enTidoré, Mate, &Tcrrenatc, autremec 
Tcrratc où mourut lean Serran amy de Magellan, 
Sccapitaine de Corala fept mois deuant qu’arriuaf- 
fent ces deux vaifleaux. L’arbre, qui nous produit 
les doux cft grand, 8c gros, il a fafueillccomme 
celle de laurier, &l’cfcorce comme celle d’vn oli- 
uier. Il porte fes doux par grappes comme faidt le 
lierre, ou l’efpine vinette: au commencement ils 
font verds,depuis incontinent ils dcuicnncr blâcs, 
& en fc meuriilàn; ils rougillènt, 8c cftants fccs ils 
ïcmblent noirs. Quand on les a cueillis on les laue 
dedansl’eau de mer, & puis on les garde dedas les 
magazins. Ceft arbre demande les colincs, & en- 
gédre au delfus de luy vnc 8c plufieurs fois vne pe¬ 
tite nu'c,qui l’cnuironne. Si on le plante en des va¬ 
lets il ne proffire point, pour le moins il ne porte 
aucun fruift, encores moins'"fi on le mcdtcnvne 
plaine, & pour ccfte caufe c’cft vne chofe vainc de 
penfer en apporter du plan par deçà cnEfpagne, 
comme aucuns fimaginoient encorcs qu’il y faiét 
chault. Le gyngembre cft vne racine,qui rellemble 
à la garâce on faffran. On en pourroit poflîblc bie 
traniplantcr par deçà, l'arbre, qui porta les noix 
mufeates refembleau roure, auflî porte il fes noix 
corne du glad,ou corne ces dattes,qui ôt du maftie. 

Ou fameux maire nommé pi flo 'trç. Çh»p. pS, 




GENERAL! DES INDES. I$6 

XJOz Efpagnols ayans leurs vaiflèaux pleins de 
i-> doux de girofle, 8c autres efpices mcirent or¬ 
dre à leur départentéc pour retourner en Efpagnc, 
'& receurent les lettres 8c prefens qu’Almanfor& 
autres feigueurs enuoyoiét a l’empereur Roy d’EC- 
pagne- Almanfor les pria qu’à leur retour ils a- 
menallenr bon nombre d’Efpagnols pour venger 
' lamortdefon pere, & pour enfeigner enccpays 
lescouftumcs Efpagnollcs &inftruircvn chacun 
enlarcligiô Chrefticne. Noz gens ne peurétauoie 
plus ample informatio de ces Ifles,à faute d’vn tru 
chcmct,encor qu’ils feiflent leur deuoir devifiter 
prcfque toutes les Ifles pour les attirera la deuo- 
tion de l’Empereur, 8c pour fçauoirfi les vaiflèaux 
des Portugais flottoient iufques icy.lls enrendirec 
d’vn qui rencontrèrent à Bandan.nôme Pierre AI- 
fonfc, comme vnc caraucllePortugaifc auoitefté 
iufques là ou parefehange d’autre marchadilc clic 
feftoit chargée de doux de girofle. Ils partirent 
donques dcTidoréfortioyeuxtat pourle defeoù- 
urement qu’ils auoient faidfc de ces ifles, que potic 
la charge qu’ils auoient faicte de çloux de girofle, 
&autrcs efpiccrics.IIs portèrent encor pour' l’Em¬ 
pereur des efpees du pays 8c desMamucos,des per 
roquets rouges 8c blançs.quine font point aptes à 
à parlcr,du miel d’abeilles,qui pour eftre.fort peti¬ 
tes font appelleçs moufehes. La carauellc capitai- 
neflè nomec laTrinité tiroit grande quantité d’eau. 
Ils accordèrent enfcmble que Iehan Scbaftien de 
Cauo natif de la ville de Guetaria.qui cft la prouin 
code Bifcayc fen iroit en elpaignc dedans le vaif- 
feau nommé Vidoire, duquel il eftoit pilote, par 






$• LIVRE DE IHIST. 

le chemin que font les Portugais, 8c que la Trinité 
c liant rabillec,Sc calfeutrée de peur d’autre incon- 
uenient prédroit vneuauigatiô plus courte,&plüs_ 
feure palfant fculemét par les terres de l’Empereur' 
8c f'en iroit furgir à Panama, ou prendre port en la 
coite de la nouuellc Efpngnc. Cclt accord fait lean 
Sebalticn partie dcTidoré le treizième d’Auril aucc 
foixancc côpagnons,entre lefqucls y en auoit quel¬ 
ques vnsdcTidoré.llpallàpar plulîcurs ifles. Cô- 
mcilprenoit du (ândal blanc àTimoril fcfleuavn 
tumulte aueclcs habitani ou on vint aux mains, 
6c en fur tue quelques vns de nos gcns.Dc là ils fu¬ 
rent àEudc, où ilsfechargèrent dauantage deca- 
’nellc, puis palTerent près de Samorra titans droiét 
au cap de Bonne-clperance, lequel ils doublcrenr, 
6c arriucrent à Saine! Iacques, qui cil vnc des illcs 
du capvcrd.Le capitaine feitdcfccndrc dedans l’cf-, 
quif treize compagnons pour aller puifer de l’eau, 
quiluy dcfailloit, 3c pour acheprcr de la chair, 6c 
du pain,6c louer des nègres pour oltcr la fenrinede 
rcau,parcc que lenauirc riroit ia de l’eau,ôcn’êftoic 
reliez des foixâre compagnons, que trente vn,def- 
quels la plus part clloient encor’ malades. Le capi¬ 
taine Portugais, qui clloir là, arrella prifonnier ces 
treize voulant fçauoir oùilsf’eltoienc chargez de 
ceselpiceries.. parce qu’ils luy auoient dit qu’ils 
vouloient payer en doux de girofle ce qu’ils ache- 
teroient, & arrell.i aufli l’efquif, Sc encore en vou¬ 
loir autant faire du nauire: mais le pilote vaillant, 
& accort feit aufli tort leuer les ancres, ôc les voy- 
Jes,&enpeu deioursarriua àS.Lucar deBarrameda 
le fixieroe iour de Septébre l’an tjiz, auec dixhuiél 



GENERAI! UES INDES. Ij 7 

Efpagnols feulement les plus defaidls, Si rompus 
qu’il cftoir pofliblc.Les treize qui furent arreftez à 
fainét Iacqucs, furent incontinent deliurez par le 
commandement du Roy de Portugal. O.utrcce 
quenous auons recité, ils comptoicnt encore de 
leur nauig.uion comme ils auoient obferuc que 
ietrans dedans la mer vn corps d’vn Chreftienil 
floctoir fur les reins, Se iettans celuy d’vn Gentil ,il 
nageoirfur le ventre, & comme il leur auoitefté 
plulicurs fois aduis queleSolcil,&la Lunefaifoicc 
par delà leur tour au contraire de celuy qu’ils fonr 
deçà. Telle opinion leur procedoit, par ce qu’ils 
mettoient toujours l’efguillc vers le Midy. Cari! 
eft tout certain que ceux qui viucrà trente degrez 
par delà l’Equinoxe voyentle Soleil lcueràmain 
droiéfc pourueu qu’ils regardent la Tramontane, 
ils employèrent à aller, de reuenir trois ans moins 
quatorze iours, ils faillirent à leur compte, &par 
ce moyen il aduinc qu’ils mangèrent de la chair à 
vn Vendredy, de cclebrerent Pafque le Lundy. La 
faultc aduinc de ce qu'ils ne comptèrent point le 
biflexee, combien qu’il y en aie aucuns, qui philo- 
fophent la dcflus.mais ils errent plus que les mari- 
niers.Ilsfcircncplusdc îoooo.lieuës, de felonleur 
compte plus de i4ooo.qui reuiennent ( à prendre 
quatre mil pour vne lieue félon les mariniers Efpa- 
gnols, de non à prendre cinq mil comme font les 
mariniers italiens) à 56000. mil. On feroit bien le 
voyage plus court.quiferoit fa route droiéle.Mais 
ils furent contrainfts faire plufieurs tours : ils paf¬ 
ferent fixfois pardeflousla Zone torride fins fe 
brufler contre l’opinion des anciens. Us demeure- 







rent cinq mois àTidoré,où demeurent les Anti¬ 
podes de Guinée,& par cela on preuue contre les 
anciens que tous les Antipodes peuuent commu¬ 
niquer cnfemble.Ils perdirent de veüe k Tramon¬ 
tane,fi le gouuernoient ils toufiours par fon moyé 
par-eeque 1’cfguille, ou calamite citant mëltne a 
quarante degrez yers le Midy ne laifloit non plus à 
la regarder quel! elle cuit elle en la mer Mcdirer- 
ranee,il eft bien vray qu’aucuns difent qu'elle pert 
vn peu de Ci vertu. Presle Midy ouPole Antartic 
ils voioient toufiours vne petite nue blanche, Sc 
quatre eftoillcs en croix,& trois autres auprès,qui 
refemblcnt à noftre Septentrion. Ces eftoilles dé¬ 
notent l’autre ellucil du ciel, lequel on appelle Mi¬ 
dy. La nauigation que feirenr les vailTeaux de Sa¬ 
lomon eftoit grade,mais celle des nauires de l’Em¬ 
pereur dom Charles eft beaucoup plus grande. La 
nauirc de lafon nommé Argos tant réclamé des 
poctes,&hiftoriens feit peu en comparaifon de ce 
vaiflèau,quideuroireftrcmis pour triomphe,& 
mémoire en l’arlènac de Seuille. Les trauaux, Sc 
dangers d’Vlyflcs ne furent rien au refpeét de ceux 
de lean Scbaftien,aulïï il mcit en fes armes la figure 
du monde,& autour ces parolles, Erirntu emundedi- 
jî; wfjC’eftàdire, tu m’as le premier enuironne, ce 
qui eft bien côforme à fa nauigation. Telles armes 
feruirontd’vn grand trophée à fa pofterité, auffi à 
la vérité il tourna tout le monde. 

Du different tjisieft entre les Vorttigdis 

pour le tnffic de l'efficerie. ch/tp , 99. 

L Empereur receut vu contentemcnt,& vn plai- 
fir nomparcil quand il eut entédu que fes gens 




auoient dcfcouuert les Moluques, Scifles des effa¬ 
ces , Sc qu’on y pouuoit aller par fes pays mcfines 
fans porter prciudice aux Portugais, &auflî de cc 
qu’on luy rapporta qu’Almâfor,Luzfu,Coralla, Si 
autres feigncurs de l’eipicerie f eftoicnt réduz fes a- 
miSj&rtibutaircs.ll rendit infinies grâces à IeâSc- 
baftié pour les trauaux,qu’il auoit fouffcrs,&pour 
les fcruiccs qui luy auoit faits, & luy dôna des pre- 
fens en eftreine d'vne bône nouuclle, qui luy auoit 
rapportce:c’eft que ces Moluques,&autres ifles en¬ 
cor’plus riches , Si plus grandes cftoient fituées en 
la part que le Pape luy auoit diftribuée par fa bul¬ 
le. Cesnouucllcs fceucspar tout,le different qui ja 
auoit eftemeu pourle departemet qu’auoit fait le 
Papc,des Indes,&du nouueau mondc.fe rcnouueb 
la entre les Portugais parla venue de Sebaftien de 
Cauo, qui encor’ fouftenoit que jamais Portugais 
n’eftoit iufques huy entré en ces Iftcs, Ceux du 
confeil des Indes fuaderent auffi coftà l’Empereur 
qu’il feit continuer la nauigation, & trafic de l’cf- 
pfcerie.puis qu’il cftoit fien. Si qu’on auoit trouué 
partage par fes lndes,luy rcmonftrans que cc feroit 
vn moyen pour reccuoit de grands deniers,& f’af- 
feurcr d’vn reuenu ineftimable, que fes royaumes. 
Si fubieftsauecques cela f’enrichiflbient fans faire 
grande dcfpenfe. Comme ce confeil eftoitvray, 
aufile trouua il bon, & commanda de continuer’ 
ce trafic. Quand Dora Iehan Roy de Portugal 
eut entendu la détermination de l’Empereur,& 
le foing qu’en prenoient ceux de fon confeil, & 
ayant ouy le rapport qu’auoient fait lean Sebaftic 
tant de fon chemin que de tout ce qu’il auoit veu. 





il fcnfloit d’vn defpit grand, roaugreoit, & enta- 
«reoit, & tous les liens votiloicnt, comme on dit, 
raiiir le ciel à belles mains, f’afieurans bien de per¬ 
dre ce traffic,& commerce fi les Caftillâs vne foys 
l’cntreprcnoyent. Pour celle caufe le Roy.dc Por¬ 
tugal lupplia l’Empereur qu'il n’cnuoyail aucune 
armée aux Moluqucs que prcmiercmen- on n’cuft 
aduifé,& codud.à qui elles apparr en oient, Sc qu’il 
ne vouluflluy faire ce tort de luy oflcr celle nego- 
tiation,ny donner occalîon aux Callillans,& Por¬ 
tugais de f entretuer en ces Mes quand les années 
fe rcncontreroicnt les vneslcs autres. L’Empcreut 
encor’ qu’il veid bien que ce n eftoic que pour di- 
laycr, voulull qu’on y aduifalt, &que le toutfufl 
refolupariullicc pour iullificrd'auantage fa caufe. 
Et aiiifi cous deux furet d’accord que le tour feroit 
vérifié par hommes encéduz en la Cofmographic 
&par pilotes expers, prometrans auoir pourag- 
greable,& garder ce, qui lèroit ordonne par ceux, 
qui pour ce fait fcroicnc nommez,& outre la pro- 
meflè faidlc par.efcrit ils le iurcrerit encor’. • 
Departement des Indes,cr du nonueau monde entre 
lis Eÿmgnols,(T Portugais, chap. 100. 

C Eftc affaire des efpicerics elloit de grande im¬ 
portance pour la grande richeffe, qui f enfui- 
uoir. Pour décider le different, qui f en elloit meu, 
il eltoicneceflàirc de mefurer le nouueau monde 
des Indes, & pour ce fait ilfailloic auoir des per- 
fonnes doéles,&bien verlèz cane en la nauigation, 
qu’en lafcience de cofmographic, Sc es mathéma¬ 
tiques. L’Empereur pour fon regard nomma pour 
iuges le doéleur Acugua, qui elloit de fon confeil 


üF. N ER. A LE DES INDES, IJJ 

royal, 1= doéteur Barrictftos, qui eftoit du confeil 
des ordres.lc doéteur PierreManuelo Auditeur de 
la Chancellerie de Valladolid. Ceux-cy eftoicnr 

nommez pour adiugerlapoircffion,8cpourvuidcr 

le fond,Se la propriété, il nomma Dont Ferdinand 
Colôb fils de Chriftophle.le doéteur Sâcio Salaya, 
Pierre ruiz de Villcgas, le moyne ThomasDurand) 
Simô d’Alcazana, Sc lean Sebaflic de Cauo. 11 feie ' 
fon aduocat en celle caufe lean Roderiguez de Pi- 
(à,Se fon procureur fifcal le doéteur Riuera,Sepout 
fecretaire il efieut Barthélémy Ruic de Caftagneda 
Se cômanda que Sebaflié Gauoto,EiliéneGomez, 
SeNugno Riueuo,pilotes trescxccllens,8c maiftres 
à faire carres marines, fcruilïet pourproduirc glo- 
bes,mappemôdes, & autres inftrumcns neceffaires 
pour la deelaratiô de la fituatiô dcsMoluques.Ceux, 
cy ne deuoient encrer en l’alTemblceifils n’elloient 
appellez.Tous ces deleguez, &autresf en allèrent à 
la ville de Vadaioz,Scies Portugais vindrecâ Elbcs 
enaufligrad nombre,Se plus,par- ce qu’ils auoient 
deux Aduocats, Sc deux Procureurs: les principaux 
cftoicc le Doélcur Alfonfe d’Azenedo Cotino.Di- 
daco Lopcz de Scquira Almotacen, qui auoit elle 
gouuerncur en Indie, Pierre Alfoncc d’Aguiar,Fra- 
çois de Melo Preflrc.Simô dcTauira-.ie ne fçay les 
noms des autrcs.'Auat qu’ils fairemblaflcnt,Sc que 
ils fc veiflènt. Les Portugais demeurèrent àElbes, 
Se les Efpagnols à Vadajoz: ce pendit ils emploicr 
le temps à plufieurs ceremonies pourfçauoir où fc 
feroit la première veuc où ils falTembleroient, Sc 
qui parleroit le premier,par ce q les Portugais Par- 
reftét fort fur tels petits différés, côme fi leur auto- 



rite & grandeur en dependoient. A la fin ils fac- 
corderenc de fe venir & (efalucrà Caya, quieft vn 
ruifieau qui ferede borne aux Royaumes de Ca- 
ftille, 8e de Portugal, & cft au mcillieu du chemin 
deVadajoz à Elbes. Depuis ils f’aflembloicnt vn 
iourà Vadajoz, Se l’autre iour à Elbes.lis prindrent 
le fermét les vns des autres,8e vn chafcun promcit 
de dire vcricc,& iug<r en toute équité. Les Portu¬ 
gais reeuferétSimon d'Alcazana.parce qu’il cftoit 
Portugais,& frère Thomas durand, par-cc qu’il a- 
uoit efté prefeheur du Roy de Portugal.Simon fut 
par fcntencc ofté de la compngncc,& au lieu d’icc- 
luy,M. Antoine d’Alcaraz entrarmais pour caiTerle 
'Moyne on lie trotiua caufe aucune fumfanrc. Ils fu¬ 
rent plufîcurs iours icôrcmplerlcs globes. Se car¬ 
res marines, Se rapports des pilotes, Se cômc chaf- 
que partie propofoiclcs râlions, les Portugais di- 
foient que les Moluques Se autres Iflcs des efpices 
eftoient de leur conqueftc, Se eftoient fituees de* 
dâs la part qui leur eftoit cfcheuc.Se qu’ils y cftoicc 
allez,Se en auoient prins pollèlfion beaucoup dé¬ 
liant que Ican Sebaftien les veid, Se que la raye fe 
deuoit mettre fur l’Iflc de Bon-regard, ou fur celle 
du Sel,qui font les plus Orientales de celles du cap 
Verd, Se non fur celle de S. Antoine, qui cft plus 
Occidétale,Se eft feparceloing des autres 360.mil, 
mais l’vn Se l’autre cftoit du tout faux. Us cogneu- 
renr alors la faute qu’ils auoient faiifte de deman¬ 
der que la raye fuft mife plus vers le ponent des 
iiles du Cap Verd enuiron 14S0.mil, Se de ne fac¬ 
corder à la diuiiiô que vouloitfairelePape, qui ne 
ierroit la raye vers le Ponent defdiétes Ifies qu’en- 





GENERALE DES INDES. 1 60 

uiron 400. mil. Quant aux Efpagnols ils difoient 
& rcmonllroient que non feulement Borney, Gi- 
lolo, Zebut,&Tidoicaucc les autres Moluqnes: 
mais aufli Samotta, Malaca, & vnc grande part de 
la coltcdclaSina, cfloient de Caltillc, &deleur 
conqueftc,par-cc que Magellan, & Ican Sebalticn 
furent les premiers Chrcftiens,qui lesmaiftriferét 
Si acquirent au nom de l’Empereur, ainfi qu'il f c 
vérifie parles Iettres,&prcfens d'Almanfor:&en¬ 
cor' que les Portugais, y eulfcnt elle les premiers,il 
eft certain que ce fut depuis la donation du Pape, 
& fils voujoiét mettre la raye fur fille de Bon-Re¬ 
gard , les Efpagnols en eftoienr conrens : car ainfi, 
comme ainfi les Molucques, & l’cfpiceric, appar¬ 
tenaient toufiours au Royaume de Caftille:& fi y 
auoit d’auantage, c’eft que par ce moyen les I/lcs 
du Cap Vcrd tomboient encor’en la polTeifiô des 
Efpagnols, puis que mettant la raye fur Bon-Re¬ 
gard clics dcmeuroiët au de'das delà partie qu’eux 
me fines adiugeoient à l’Empereur. Us furent bien* 
deux moys fins pouuoir prendre aucune refolu- 
tiô,par ce que les Portugais dilaoient le plus qu’ils 
pouuoient en celle affaire refufans de donner fen- 
tcnce, amenans des exeufes Si raifons froides pour 
rompre celle allèmblee (ans donner aucune con- 
clufiôjCar il leur clloit neceffairc défaire ainfi. Les 
luges Efpagnols qui cfloict cômis pour la^ppricté 
marquerétla raye parle mcillieudu globe à 1480. 
mil de S. Antoine, qui cil fille la plus Occidentale 
de celles du Cap Vcrd, fuiuat la capitulatiô q auoit 
eflé faidle cnrrc les Roys Catholiques, &lcs Roys 
de Portugal,& là dcllus pronocerent fur le port de 







Caya vnc fétccc, douas toutcsfois delay aux autres 
jufqs au moys deMay iji4.Les Portugais ne pou- 
uoient empéfehet celte fentence, auiïï ne vouloiéc 
ils l’apptouuet encor’qu’elle fuit iufte, difans que 
le procès n’eftoit encor’ entier, & parfaidt pour c- 
ftre en eftat d’efixe iugc,& Te départirent aucc me¬ 
naces de faire mourir cous les Caftillas qu’ils trou- 
ucroient aux Moluqucs. Ces menaces n’cltoient 
point icdlccs à l’eltourdy. Car ils fçauoicnt défia 
bien commelcsleurs auoient attelle le nauirede 
la Trinité,&prinsprifonnicrs tous ceux qui cftoict 
dcdans.Les noltres P en retournèrent à la court, où 
ils feirët entédre à l’Empereur tout ce qu’on auoit 
faidfc, & luy monftrercnt la marque qu’ils auoienc 
faiîtcfurie globc.Suiuant celle dedaratio fc mar¬ 
quent Sc le doiuent marquer tous les globes, & 
mappemondes, que fonc les bons Cofmogrnphes, 
Srainlila ligne do.ic galTer vn peu plus ou moins 
■ j>ar la pointe de Humos, Sc du bon Abrigo, com¬ 
me aulli i’ay délia didlen vn autre lieu, & par ce 
moyen il fera tref-euidenr que les llles de l’cfpice- 
ric,&mefme l'idc de Sara ocra appartient à là co¬ 
lonne de Callillc. Audi par tel departement il eft 
certain quelcRoy dePortugal ell feigneur du pays 
de Brefil, où ell le Cap de S. Augultin, lequel fe- 
llend depuis la poinéle de Humos, iufques à celle 
du bon Abrigo,& contient de code 3100. mil, ti- 
rancdela Tramontane au Midy, &deLcuant en 
Poncnt, on racompte de largeur 800.mil. Auant 
que finir ce Chapitre, iereciteray pourrefiouirle 
Leéleur.ce qui aduint fur ce faidt auxPortugalois. 
Comme François deMelo, Diego Lôpez tic Se- 



queira Sc autres venoient à celte alfcmblee, &paf- 
foientla riuiere de Guadiana,vnpetit enfant qui 
gavdoit du linge que fa mere auoit Iauc,& là eften- 
du pour fecher.lcur demanda fils cftoient ceux qui 
deuoient venir pour départir le monde,aucc l'Em¬ 
pereur, Sc comme ils luy revendirent qu’o.uy, il 
leuale derrière dcfachcmife, &lcur monftra fes 
fefles, leur difint, mettez laligneparle mcilleude 
ce lieu.Cela fut incontinéc diuulgué par tout,&cn 
la ville de Vadaioz,& mcfmeenl’alTemblécde ces 
meilleurs : Les Portugais en eftoient fcandalifez, 
mais les autres ne fen faifoient que rire, l’ayeu 
grande familiarité aucc Pierre Ruiz de Viltiegas, • 
natif de Burgos, qui auiourd’huy de tous ceux de 
ccftealïcmblec eft relié feul, auec Gauoto, qui, Sc 
de fmg,&de meurs, cil vcritab'ement noble.forr, 
curieux, otuiert & deuot qui aime grandement à 
garder l’antiquité, portât toufiours barbe longue, 

& les cheueux de mcfmeùl cil fort doéle és Matlie. 
matiques,& grand Cofmogtaphé,& bien entendu 
és affaires d’Efpagnc, tant du temps pâlie, que du 
prefenr. 

ucsitfe pour laquelle les Indes furent départies. 

Ch». toi. 

I EsEfpagnols&Purtugais auoient grandemét 
côtcfté enfemble pour la mine d’or, qui auoit 
efté defcouuerre en Guinée l’an 1471. du temps 
qu’Alphonfe cinquième regnoit en Portugal. Ce 
different ne fefloit point efmeu pour des nefles 
comme on diét. Car c’eftoit vn qraffic tres-riche', 
& opulent, par ce que les Negres pour chofesdc 
petite valeur bailloient en efchâge de l’or à pleines. 


mains.ll y auoit encor’ entre ces dcuxRois vnc au- 
rrc occafion de quereller, c'eftoit araifon du Roy¬ 
aume de Caftille,lequel le Roy de Portugal pretc- 
doit cftre Tien, à caufe de fa femme Ieannc, qui fut 
vne femme fi excellente en fon teps, que la pofte- 
ritéen collaudera toufiourslc nom.Mais ces que¬ 
relles prindrent fin parla bataille que gaigna Fer¬ 
dinand Roy de Caftille contre ce Roy Alphonfeà 
Tcmulos, près la ville de T oro. Et quanta la mine 
de Guinée il la quitta aimant mieux guerroyer les 
Mores deGranadc,quc trafficquerauec les Nègres 
de Guinée. Ainfi le Roy de Portugal demeura fei- 
• gneut de celle minc,&dc tout ce qu’il pourroit co m 
quérir en l’AfFriqucaudcladu deftroitt de Gibal- 
tar.furlagrand mer.Cc qui eftoit raifonnablc: car¬ 
ie cômenccment de ces conquclles,fut par l'infant - 
D5 Henry de Portugal, fils du Roy Dôlcan lcBa- 
ftard,&maiftrc de l'ordre dcsCheualicrs d’Auis.Lc 
Pape Alexandre 6. Valentinois, ayant entendu les 
dclcouuremcns fhitts de nouuclles terres, par ces 
deux Roys, & les differens qui feftoient meuz en- 
tr’euxpourla domination d'icelles de fon propre 
mouuement,& de fit pure volonté dônaaux Roys 
de Caftille,les Indes,& aux Rois de Portugal toute 
la colle d’Afrique, à la charge de conuertir les ido¬ 
lâtres, & Gctils,à la foy de Iefus Chrift. Et afin que 
l’vn n'entrepriritrien furlautre cômanda de tirer 
fur le globe vne ligne tombâredc la Jramôtanc au 
Midy,qui pailèroit vers le Ponenc plus de 400.mil 
loing de l’vnc des Iflcs du cap vcrd,àfin quelle ne 
touchait pointfur l’Alfrique, qui appartenoitau 
Roy de Portugal.Ccfte ligne trâchoit en deux tout 



le monde, Sc feruoic de borne aux coquettes de ces 
deuxRois. La partie qui eftoir par delàlalignec- 
ftoitauxEfpagnols.&cellcdedeça aux Portugais.. 
Quad le Roy de Portugal Dô lcâ.fecôd de ce nom 
eut leu la bulle&donatiô du Pape;cncor’ q fes Am. 
balfadcurs eulTent fupplié fa faiuftetéde faire ainfi 
fi eft ce néanmoins qu’il ne fe peut contenir d’en¬ 
trer en colcre, Si fe tepefter pour telle diuifion, fc 
côplaignant des Rois Catholiques quicouppoiéc 
par là chemin à fes con quelles, viûo ires,& richef- 
fes.Il appclla de cette bullc,& dénuda qu'outre les 
400.mil,la ligne fut mifcplus vers le Ponétà 1100 
mil, & auffi toft depefeha des vailfeaux auec Pilo¬ 
tes, & Cofmographes expers pour coftoyer.fil 
cftoit poïïîblc toute l'Afrique.Les Rois Cathclic- 
ques lfibclle, & Ferdinand ayas le cœur généreux, 
ne feirent femblant aucun de telles pleinclesanais 
fc propoferent parce qu’il eftoit leur paren t,& que 
ilsauoient plus d’enuiede le côfcruerquc delerui 
ncr,dc luy côplairc,& accorder ce qu’il demâdoit: 
&pour cette caufc enuoyerctàlcursAmbairadcurs 
mémoires pour en drcfTcrvn accord deuant le Pa¬ 
pe accordans qu’outre les 400. mil, la ligne feroit 
mife plus vers Ponët à 1080. mil. Cccy fut depuis 
côfirmc en la ville de Tordelîglias le 7. de 1 uin.fan 
!494.NosRois pefans perdre du pays parl’oftroy 
qu’ils auoient faiél de ces 1080.mil, gaignerent au 
contraire lesMolucqucs.&plulîeurs autreslfles 
très-riches, & le Roy de Portugal par fa demande 
fe trompa, ou fut deceu par les liens mëfmes, qui 
ne fçauoiét pas encor’où eftoiét fi tuées les ifles des 
clpiceries. Car il luy euft mieux vallu que ces 108 0. 

x ij 



mil. luy eu fient efté retranchées vers le Leuant ti¬ 
rant près le Cap Verdt Sc encor’ aucc tout cela ic 
doute (î les Moluques Te fuilènt trouuccs en fa par¬ 
tie félon que comptent,& mefurent les pilotes, & 
Cofmographcs.Voila comment ccs Rois pour ob- 
uicr à tous diifetcns départirent entr’eux les Indes, 
auecl'authoritcdu Pape. 

Lu féconde txutigition aux Moluc/Jiies. 

Chuf. roi. 

A Pres que l’ailèmblec dcVadaioz euft efte rom¬ 
pue comme nous auons di<ft,& qu’on euft dé¬ 
claré où fe deuoit mettre la ligne, qui feparoitles 
Portugais des Efpagnols,l'Empereur feit drefler 
deux armées pour enuoyeraux Molucquesrvne 
apres l’autre. Ilenuoya fcmblablement Ellicnne 
Gomczaucc vn naùire pour chercher vn deftroie 
en la ccfte de Baccalcos &de Labeur,qu'il promet- 
toit trouuer,& qu’ildiioit eilre plus court chemin 
pour aller aux eipices ainiî que nous auôs recité en 
ce lieu.il commanda auifiqucla maifon decctraf- 
fie feroit eftablie à Corugna, encor’ que la ville de 
Scuillefyoppofaft,parcc quec’cftoitvn bon port 
&tref approposaux vaiffeaux qui rcucnoièntdes 
Indes pour eftre incontinent dcfchargez, à raifon 
qu’il eft plus près de Flandre,d’Alemagne,&autres 
pays Scptctrionaux.qui manger force eipices. On 
depefchadonci Corugnaaux defpensdel’Empe- 
reur fept nauires qu’on feit venir de Bifcayc, 5c les 
chargea-on deplufieurs marchandifes, comme de 
toileSjde draps de merceries,d’armes,&d’artilleriê; 
L’Empereur nomma Garzi IofFre de Loaifa cheua- 
lier de l’ordrejdc S.Iean,natif de la ville Reaile, ca- 




pitaine general de celle armée,&lùy don na quatre 
cens cinquante Efpagnols, defquels eftoicnt capi¬ 
taines Dont Rodcric de Acugna, Dom.George 
Manricho,Pierres deVera, Fraçois Hozesde Cor- 
dube,& Gucuara, & enuoya pour grand pilote; & 
lieutenant du general Sebaftien de Cauo.Le Che- 
ualier Loaila Fait le ferment entre les mains du Cô¬ 
te Dom Hcnand d’Andrada gouuerncur du Roy¬ 
aume de Galice, & les autres capitaines le fcitcnc 
entre les mains de Loaila, & chafque foldat entre 
les mains defon capitaine, & puis onbeneit l’e- 
ftendart Royal.Cela faiôt ilsleucrét les voiles auec 
vnc allegrelTe grande,& partirent au moys de Sep¬ 
tembre l’an 1525.Ilspalîèrcntle deftroiftdeMa- 
gellan cous cnfemblc: maisauffi toit ils fe dclban- 
derenr,& fe diuifecent.Lc plus petit vailfeau nom¬ 
mé Pataca,ou Pataxa vint furgir en la nouuclle Ef- 
pagne, autres fe perdirent par vnc tempefte. Le 
General mourut fur raerau moys de Iuillet, Sde 
moys de Ianuier enfuiuant ijay.fon vailTeau nom¬ 
mé Viétoire atriua à Tidoré, ou le Roy Raxamira, 
qui pour lors regnoit receut courtoifemcnt les Ef¬ 
pagnols, à fin qu’ils luy donnaient fecours contre 
les Portugais,qui luy faifoient la guerre. Fcrdinâd 
delaTorre natif de Burgos feit incontinent baftit 
vne forterellè en Gilolo ayaneaucc foy cent cin¬ 
quante Efpagnols. Dom George Manricho vint 
prendre port en l’ifle de Viceya:Lc.Roy de celte if- 
le nommé Cotoneo feignât élire amy entra cn.fon 
vailTeau auec quelque nombre de fes gens, & là le 
tua auec fonfrereDô Diego les naurant auec glai- 
ucs empoifonnez, &atrclla tous léf autres Efpa- 



gnols prifonnicrs. En Candiga vn autre vaifTeau Ce 
pcrdic.En fin tous.nos gés tôbcrent entre les raains- 
de ces infulans,& des Ponugais,dcfqucls pour lors 
eftoit capitaine Garzia Enriqucz de Euora,qui fai- 
foitla guerre de Terrcnatc,oùil auoic vn fort,à 
Raxamira,& aux autrcs,qüi ne fe vouloient rendre 
âu Roy de Portugal, ny moins luy dônet des efpi- 
ces.Nos gens feeurent là comme le vaiflèau de Ma¬ 
gellan nommé la Trinité, qui eftoit demeure à Ti- 
dorépour le racouftrer auoic prins la route de la 
nouuelleE(pagne,& corne cinq moys apres qu’il 
fut party il fut reicélc par vents contraires àTidoré 
mefmele capitaine d’iceluy fenommoit Spinofa. 
Quâdilfùtainfi reiedté il trouua en ccfte file cinq 
vaiflèaüx Portugalois fous Antoine de Bricto, qui 
Iuycnleua de fon vaifîcau iufques mille quintaux 
de doux de girofle, il veid là Gonzallo dcCampos, 
Louis de Moline, & trois ou quatre autres qui 
eftoientdcmourez auec Almanior. CcBritto en- 
üoya prifonniers à Malaca quarante luiiét Efpa- 
gnols, &demeuraà Tcrrenatepour baftir vne for- 
teirefle. Ce fut vn a été qui meritoit bien eftrc cha- 
ftié en Portugal quand on le feeut en Caftillc. 

P'Autres Efpagnols, qui ont cherché l’efpicerie. 
ch<tp. ioj. 

L ’Ani;i8. Ferdinand Cortès parle comman¬ 
dement de l’Empereur enuoya de la nouuclle 
Elpagne Aluaro deSaiauedra Ceron auec cent ho¬ 
mes, & deux vaiflèaüx pour chercher les Moluc- 
ques, & autres Ifles, qui portoient les eipiccs, & 
autres richeflès, Si aufli pour trouutr vn paiTage 
plus court que çeluy de Magellan, elperant en ou- 




GENERALE DIS INDES. 164 

trc rencontrer des pays , ou Ides trefriches, mais 
iufqucs àprefent que ie fâche on n’arien defeou- 
uert de ce qu’il fymaginoit. Vn long temps apres 
l’an 1542.Dom Antoine de Mcndozza Viceroy de 
MexicquCjCnuoya le capitaine Villalobos du port 
de laNatiuitc,qui cft en la nouuclle Efpagne. Ce- 
ftuy-cy dcfcouurit des lfles qu’il furnôma de Co- 
ral, où il feit fes befongnes : dé là Fcn alla à Min¬ 
danao,où auoit elle aufli Scjaucdra Ccron, & puis 
futà Tidoré, & à Gilolo, ou ilfutbicn'receudcs 
Roys, quiaimoient mieux les Efpagnols que les 
Portugais. Il perdit là par tempefte fes vai(Tcaux,& 
fes gens tombèrent.entre les mains des Portugais. 
En ce mefnie temps Bernard de la Torre natif de 
Granadé fen retournant à la nouuellc Elpagne ré¬ 
contra vn pays,qui duroit 2000.mil près del’Equi- 
noxi.il des Nègres,& apres des ifles des blancs: Se- 
baftien Gauoto l’an 1516. quand il retourna du 
fleuue de l’Argent commei’ay defia dift,penfoit 
en ce voyage allet aux Molucqucs, & de là porter 
fes cfpiccs à Panama,ou à Nicaragua deuant ceftui 
cyl’an mil cinqccnsvn. Americ Vcfpuce parle 
coramandcméc du Roy de Portugal alla chercher 
les Molucques auecques quatre carauelles, ce fut 
lors qu’il dcfcouurit le cap de fainftAuguftin.Mais 
il n’arriua iamais où il pretendoit, mefmc il ne par- 
uintpas iufques au fleuue de la Plata .L’ani5J4. 
Symon d’Alcazana alla aux Molucques aucc deux 
cens quarante Efpagnols, mais il ne feeut fc com¬ 
porter aueclcs liens, ny lesgouuerner, &ainfifut 
maflàcréà coups de poingnard par douze de fes cô- 
pagnons au cap de S. Dominicque, qui eft quall à' 
xiiij- 



}. LIVRE DE LUI ST. 

Tentree du deftroiâ: de Magellan. L’annce fuiuate 
Dom Guiterrez de Vargas Eucfquc do Plaifance 
parleconfeil defon coulînDom Anroine,&pcn- 
fant fenrichir plus que les autres y enuoya des na- 
uires, mais ils le perdiren't tous auanc qu’y arriuer. 
Il y en eut vn.quioutrepafla le deftroiét, & vint 
furgir à Arequipa.Ce fut le premier qui attefta, & 
donna aiTcurance de la cofte, qui eft depuis le dc- 
ftroiét iufques à Arequipa du Pcru . Il y en eut en¬ 
cor’ d’autres, qui fe hazarderct d’aller chercher ces 
ifles parla Tramontane, entre autres Gafpar Cor¬ 
tès Realcs,Sebaftien Gauoto, & Eftienne Gomez, 
ainfi que nous auons recité cy deflus. 

Des pajfages qu'on poilrroit cjfajcr pour aller enplnsirief 
temps aux Molncqties. Chap. 104. 

C Ommc ie difeourois vn iour aueeperfomiges, 
qui auoient long téps hante les Indcs,& auec 
autres Colînographes de la longue & peniblcna- 
uigation, qui fe fair d’Efpagnc aux Molucqucs' par 
le deftroidt de MagclIâ,nous dcfcouurifrnes vn bô 
partage,encor’ qu’il fut de couft.lcqucl non feule- 
' 1T1CC ieroit profEtable, ains aurtt apporterait grand 
hôneurà celuy,qui le feroit faire. Ce partage fe dc- 
ureroit faire en la terre ferme des indes couppat la 
terre d'vne mer à l’autre en l’vn de ces quatre en¬ 
droits,ou par le fleuue des Lcfatds,ou Cocodrillcs 
<]ui eft en la cofte du Nô de Dicu,8c préd la fource 
aCagre, qui n’eft qu’a douze mil dePanama par où 
les chariots partent ordinairemét. L’autre endroit 
eft par le fleuue de Xaguator, qui entre dedas le lac 
deNicaragua,par leql eutrét, & iortét fort grades 
barqtieSj&lelac n’eft pas plus de douze mil loin de 




la mer.Par lequel que vous voudrez de ces fleuries, 
le paillage clt défia à demy fait. U y a encor vn autre 
fleuue de la vraye Croix àTecoantepcc, par lequel 
ceux de la nouuclle Efpagnc font palier des bar¬ 
ques d’vue mer en l’autre. Du Nom de Dieuiuf- 
ques à Panama on compte 5 i.mil, & du goulfre de 
Vraba iufques à celuy de S. Michel 75. ce font les 
deux autres cndroidts, 5 c les plus difficiles à ouurir 
pour les haultes montagnes,qui fontentrc-deux.il 
y a routesfois des mains, qui les pourroient tran- 
chcr,& en venir à bout.Qu)on me donne des gens 
pour bcfongncr,&ie les rédray faidts. Le courage 
ne default point quand les deniers ne défaillent: & 
ne fçauroient défaillir,par ce que les Indes, à la co- 
modité defquclles fe feroient ces partages fourni¬ 
ront de deniers. Cccy fcmonftrc impolliblc, mais 
pour vne nauigatiô des cfpicerics, pour la richeflc 
des Indes, & pour vn Roy d’Efpagne, il eft porta¬ 
ble. Il fembloi t impoflîblc,c 5 me à la vérité il eftoit 
' de pouuoir abréger cent mil de tour de mer qu’on 
compte de Brindczzc à la Vellonc, fi eft-ce toutef- 
foys que Pirrhc &'Marc Varron l’eflayerent pour 
aller par terre de Italie en Grece. Nicanor aufli 
commécea bien à ouurir plus de jooi mil de pays, 
fans compter lés flcuues pour ttouuer les moyens 
de faire tranfporrer toufiourspar éau lcs efpices, & 
autres m'arcliandifes de la mer Cnfpic à là mer Ma- 
jeur,autrenaét diète Ponticque,qui tombe à Con- 
ftantinopleicc qu’il euft acheuc comme il cfl vray- 
fcmblablefi Ptolomce Ceranne l’euft tué. Pour le 
traffic de mefmes efpices Nicocles,Sefoftrc,Darie, 
Ptolomee, de autres Roysonteflayédeioindrela 




mer rouge au Nil faifâs Elire ouuerturc auec le fer, 
affin qu’on amena de la grand mer Occane en la 
mer Mcdirerranee toutes les marchâdifes de Leuât 
fans changer de vaiffèaux.Cefte cntrcprîfe euft efté 
par eux executee, & acheuee fils n’euflènt eu peur 
que la mer euft inonde touicl'Egyptc, ou quelle 
euft creuc & emmcnc les digues tk leuees,qui con- 
tiennétle Nil,& que par-cc moyen elle n’euft auflî 
engloury le fleuue.fans lequel l’Egypte nevaudroit 
pas l’Arabie defertc. Si ce paflage que nous auons 
remarqué fefaifoit, on abregeroit ccfte nauiga- 
tion des trois parcs,& ceux, quiyiroicntaux Mo- . 
luqucs partans des Canaries fuiuroient toufiours 
le Zodiaque, & vnc route en laquelle ils n endure- 
xoient aucunes froidures.&fi pallcroient toufiours 
par les mers,&pays,qui apparticnnéc au Roy d’Ef- 
pagne fins approcher des terres deleurs ennemis. 
Cepa/Iàge lcruiroir mefrne grandcmenc à nos In¬ 
des, par-ce que les mcfmcs nauires, qui partiroict 
d’Efpagne,j>aficroiét parlePcru,& autres Prouin- 
ces,&en ce faifimt on euiteroit de grades defpéfes, 

& fe foullageroir on de infinis trauaux, & dâgers. 

Comme l'Efpicerie fut engugee. Chap. ioy. 

L E Roy de PortugalDom Iean troifiemc-de ce 
nom ayant entédu que les CofmographesEs¬ 
pagnols auoict marqué la raye deleur departemëc 
par où nous auons di<ft,&voyant qu’il ne pouuoit 
nycr la vérité decefaift, eut peur de perdre cefte 
négociation des efpices, pour cefte caufe il fupplia 
l’Empereur de n’enuoyer point aux Moluqs Geof¬ 
froy deLoaifa,ny SebaftiéGauoto.afin que les Ef- 
pagnols ne fafriaudaftet point apres cefte négocia- 






CENÏR.ALI BES X N D H S. 1 66 

tion des cfpiccries, & qu’aufli ils ne veiffent point, 
ny n’entendilfent les maux qu’auoiét faidt les Por¬ 
tugais à ceux de Magellan en ces lfles. Il couuroit, 
6c pallioit le mieux qu'il pouuoit le faidt des Tiens, 
&cu oftroit de payer la defpcce de ces deux armées. 
Mais il ne peut obtenir ce qu’il demandoit, pat ce 
quel’Empercur eftoit bicinformé de tout.Vn peu 
de temps apres l’Empereur efpoufa Dame Ifabclle 
Teur de ce Roy de Portugais ce Roy réciproque¬ 
ment efpoufa dame Catherine feuv de l’Empereur. 
Par tcllcs alliacés le négoce de l’efpiccrie fe refroi- 
dift vn pciijôc le roy de Portugal pourfuiuoit touf- 
iours fa requefte offrant de beaux partis. L’Empe¬ 
reur fccut d’vn Bifcain.qui auoit fuiui Magellan cc 
que les Portugais auoiét faidt aux Efoaignols à Ti- 
dorc, cequi l’irrita grandement, &feit confronter 
ledit foldat aux Ambaflàdcurs de Portugal, qui le 
dementoient hardiment, l’vn d’eux eftoit capitaine 
general & gouucrncur en l’indic quand les Portu¬ 
gais conftiturent prifonnicts les Espagnols àTido 
rc, & defroberent le clou de girofle,la canelle, & 
autres marchandées qu’ils auoiét dedâslevaiffcau 
delaTrinitc.Mais comme le Roy denioit forteefl: 
adbc,& qu’il n’eftoit autrement vérifié,citant l’Em 
pçreur d’autre part neeelfiteux,voulant ncâtmoins 
drelfer vn grand apparat pour aller en Italie fe fai¬ 
re couronnerai engagea l’an 1519.lesMoluques, 5 c 
tout le trafEc dç l’épicerie pour la fôme de 350000 
ducats d’or fans adioufter à l’obligatiô aucun téps, 
demeurant le procès en mefmc eftat qu’il eftoit 
demouré au Pôt de Caia.Le Roy de Portugal cha- 
ftialcdodlcur Azenedo dç ce qu’il auoit ^pmis les 


LIVRE DE L HIST. 

deniers fans terminer autrement l'obligation.Ceft 
engagement fut faiét en cachette. Se en lecrct can¬ 
cre la volonté des Efpngnols^, aufquels l'Empereue 
ferapportoit de cet affaire,par ce que c’eftoict per- 
fonnages, qui entendoient bien le profile, & la rl- 
cheffcdeccfte negociation,qui pouuoient tous les 
ans, où bien, qui pouuoient en dcux,quatre,ou fix 
voyages rendre plus dedeniers que n’en bailloic le 
Roy de Portugal. Pierre Ruiz de Villegas cftac ap¬ 
pelle par deux foys à ce concraéfc, L’vnc en la ville 
de Grenade, Si l’autre à Madril difoic qu’il cftoit 
plus cxpcdiët engager la prouince de Scremadur», 
&laSercna,ou plus grand pays, que les Moluc- 
ques. Samotra.Malaca, Si autres riuiercs Orictales 
trcfriches, qui n’auoient pas encor’ efte bien def- 
couuertes, à caùfe que ces l’rouinces Ce pouuoient 
auec le temps rachepter, ou par alliance fe rccoù- 
urer, mais que les autres n’eftoient fi faciles à fa¬ 
lloir, par-cequelleseftoient fitucesbien loingde 
nous. Pourconclufion l’Empereur ne confiderok 
pas bien ce qu’il engagcoit,& encor’moins le Roy 
de Portugal fçauoit ce qu’il prenoit. On a plufieurs 
foys depuis di& à l’Empereur qu’il defengageaft 
ces ifies,puifque par le gain de peud’anneeson 
pouuoit recueillir plus que n’auoit baillé le Roy 
ac Portugal, & mefme l’an 1548. les procureurs de 
la Di erre fc trouuans à Valladolid voulurentde- 
mander à l’Empereur, qu’il donnaft à ferme pour 
trois ans au Royaume ce traffic des efpiccs à la 
charge qu’ils rembourceroient le Roy de Portugal 
des5J0000. ducats qu’il auoit baillez,& qu’ils def- 
chargeroient toutes les efpices au port de la Coru- 




GENERALE DES INDES. 1 67 

gna, comme fa maicfté auoit commande au com¬ 
mencement , & les troys ans expirez fa maicfté les 
continucroit, ou bien cniouiroit corne elle vçu- 
droit, mais elle commada de Flandres où pour lors 
elle eftoit,quc on ne parlaft aucunement de cet af¬ 
faire,ce qui rendit beaucoup de gens cftonnez. 
Comme les Portugais ont eisle traffc des cfoccries. 
chap. 10 6. 

L Ës Portugais faiCms la guerre aux Mores du 
Royaume de Fez en Barbarie, commencèrent 
à coftoyer,& guerroyer les frontières de l’Afrique 
près le dcftroiét de Gibaltar vers la mer Occane,& 
voyans que la guerre les fauorifoit, femploycrent 
àpourfuyurc continuellcmét leur entrcprinlê, {pe- 
cialement Dont Henry fils du Roy, Dom lean le 
baftard.& premièrement dcfcouurircnt en la Gui¬ 
née la mine d’or,& commencerct à traffiquer aucc 
les Nègres, l’an 1475. Ce fut du teps du Roy Dom 
Alphonfe cinquiefmedunom. Ccftuy-cy voyant 
quecesarmcesflottoiétpar ceftc mer fans aucune 
rencôtrc fc délibéra d’enuoyer vnearmee à la mer 
rouge,& emporter le traffic de l’cfpiccric.Mais dc- 
uât que dreller fes vai(Teaux,pour dire mieux acer- 
tené il enuoya l’an 1487. Pierre de Conillan, 8c 
Alphonfe de Payua par terre en Leuant pour fça- 
tfoir où eftoient lituez les pays,defquels on appor- 
toit les efpices & médecines, qui venoient de l’In- 
die en la mer Mediterrance par la mer rouge.Il en¬ 
uoya ces deux-cy par-ce qh’ils cntendoienr,&par- 
loient fort bien la langue Arabicque, fe.defiant du 
rapport queluy auoient faiéi d’autres qu’il auoit 
enuoyez ignorant celle langue.ll leur feit compter 



J. LIVRE DE L’HISt. 

aigefit,& leur donna lettres de creance,Sc vnc car¬ 
te, /muant laquelleilsfcdeuoicntgouucrner, la¬ 
quelle auoit eftéextraidled’vnc mappemonde de 
Martin de Bohême par le dodleurCalzadigliaEuef- 
que deVifeo, &ledo£teur Rodcric, parmaiftre 
Moylc, & Pierrede Alcazana: il leur dônavn mé¬ 
moire qui auoitcftcàChriftoflcColomb. Ilsfcn 
allèrent en Hicrufalem,& au Caire,& de là àAdcn, 
à Ormuz, à Calecut, & autres riches villes, & foi¬ 
res tant d’Ethiopie, Arabie, Perfe,qu’Indic.Payua 

mourutincontinentallant parlecoftc qu’il auoit 
pris,& Conillâ ne peut reuenir.par ce que le Prête 
leale retint en là cour, mais efcriuicauRoy tout ce 
qu’il auoit entendu. Rabi, Abraham , & Iofeph de 
Lamego allèrent en Pcrfc.&enuoyercnt nouuclles 
au Roy du trafic des efpiceries. Il les feit retourner 
pour chercher Conillan. Ils rapporterct fes lettres 
Arrous fes aducrti/Tcmens. Le Roy Dont Iean fé¬ 
cond du nom, qui auoit fuccedc à Alfonfe receut 
cesIpttrcs, &l’an 1494. enuoya fes carauclles ar¬ 
mées pour chercher l’e(piccric,mais elles ne paflè- 
' rent point le cap de Bonne-efperancc. L’an 1497. 
Vafco de Gaina le palfii, & arriua à Calecut, qui cft 
vnc ville, oùfefaifl tref-grand traficd’efpiceries, 
Sc de médecines, qui eiloit ce qu’ils cherchoient. Il 
chargea ièsvaillèaux de ces marchandifes à bô prix, 
& rapporta nouuclles auec grande admiration de 
la grandeur,& richeffe de celle ville, & du grad nô- 
bredcnauircs, quiclloient au porc. Ildiloityen 
auoir veu quinze ccns,qui cous elloienc là arriuez, 
pour le trafic de ces efpices,mais il racôptoit qu’ils 
eftoiét péris,&qu’ils n’efloiécpoint propres à faire 



GENERALE DES INDES. xtfg 

nauigatiôs.filsn’auoientle vent droidten pouppc 
ny luffiftms pour côbatrc contre nos vaiflcaux. Ce 
qui dônaoccafion aux Portugais def'cnhardiriufi- 

qucslà, que de entreprendre celle négociation il 

adiouftoir cncorcs qu’ils n'auoicnt point’ I’viàncc 
de la calamité, & qu’ils n’auoicnt point de bonnes 
ancres,ny voiles au refpedt des nofttes. Lan tjoo. 
le Roy donr Emanuel enuoya douze carauclles à 
Calccu t foubs la charge de Pierre Aluarez, d’où il 
apporta en la ville de Lifbone celle négociation & 
depuis acquift Malaca cftendant fanauigation iu£ 
ques à la coftc de la Sina.Lc Roy Dom lean fon fils 
à grandement amplifie ces nauigatiôs. Voila com¬ 
ment le traidl des efpicerics a efté apporte en Por¬ 
tugal, & comme par-ce moyen a efté rcnouuellce, 
'&mife à fus la nauigation qu’ancicnnemctlesEf- 
pagnols exerçoient en Ethiopie, Arabie, Pcrfe, & 
autres villes d’Afic pour le fàidt dcmarchandife,& 
principalement, ainfi queie croy, pour les efpiccs, 
& médecines. 

Les /ÇojjjCT' ntiions^ui ont iony ietritjie 
elesejpïccries. 107. 

L Es Efpagnols anciénemétaportoier par deçà, 
non pas en fi grade quantité cômc ils Font au- 
iourd’huy,les efpicerics,& medccinesdc la met rou 
ge,Arabiquc,& Gagcntique,portanspar delàmat- 
chandifes de noftrc Efpagne. Les Egyptiens ont 
iouy longuement de la négociation decescfpi- 
ces,odeurs, médecines, & drogues Orientales, 
lesacheptansdes Arabes,Perfes, Indiens & autres 
peuples de l’Afic, &lcs vendans aux Scythes, 
Allemands, Italiens , François, Grecs , Mores, 





& autres peuples de l’Europe.Ce traffic valloit to* - 
les ans au Roy Ptolomce Aulccespcre de Cleopa- 
tra douze talés,ainfi qu’eferit Strabon, qui valleut 
fept raillions denoftrcmonnoyc.Lcs Romains a- 
uec le Royaulme fe faifirent de cefte négociation, 
qui depuis leur vallut beaucoup d’auantage : mais 
elle déclina entre leurs mains auec leur Empire, & 
à la fin la perdirent depuis les marchant, qui pour 
gaigner courent la mer, & la terre, apportèrent ce 
traffic à Capha,& en quelques autres villes de Ta- 
nais .-ruais le trauail,& la dcfpenfc cftoient fort 
grands, par-ce qu’il falloir apporter ces cfpices par 
le fieuuc d’Inde au fleuue Oxo trauerfant Dater, 
qui eftoit anciennemct Badtriane,&d’Oxo.qu'au- 
iourd’huy on appelle Carnu.par chameaux les fait 
loir tranïporter en la met Capie,& de là on les dif- 
pcrfbit en pluficurs lieux, mais la plus grade quan¬ 
tité venoir à Cittaca, qui eft fituee fur le fleuue de 
Rha appelle pour le prefent Volga , & ceux, qui y 
venoienc cftoient Arméniens,Medcs,Parthes,Pcr- 
fiens,& autres nations.Dc Citraca le long du fleu- 
uedeVolgaon les conduifoit enTartarie,quiau 
parauîtfappclloit Scythie, &puis de là on les ap- 
portoitparfommes de chenaux à Capha, que les 
anciens nommoient Theodofia, & en autres ports 
près de Tanais,où les alloieut cnleuer les Alemâs, 
Latins, Grecs, Mores, & autres nations de noftre 
Europe: encor’n’y a pas long temps que les Véni¬ 
tiens,Gcneuoys,& autres Chreftics y alloient pour 
ce mefme traffic.Dcpuis de cefte mer Calpie on les 
apportoità Trebizonde, lesfaifant defeendre par 
le fleuue dcPüalîs,enlamer Ponticque .-Mais ce 
rraiét 





GENERALE DES irfDES. JÜç 

traidl fell perdu auec l’Empire que les Turcs ont 
ruiné. Il n’y a encores gueres,& mefmç cela ce con¬ 
tinue pour le prefent qu’on les apportoit par con- ,, 
trcmôt le llcuuc d’Euphrates,qui tombe en la mer 
Pcrficquc, Sc de là on les chargeoit fur des fom- 
micrs'qui les amenoient à Damas, Alçpe,Barut,5c 
Sucres-ports de la mer Medirerrance.LcsSouldans 
du Cayrcont autresfois ramené les efpicps en la 
mer rouge, Sc à Alexandrie par le moyen du Nil 
comme par le pa(Té:mais non pas en fi grade abon¬ 
dance. Les Roys de PorrugaHouiiTent maintenant 
de celle négociation par la maniéré quçyous aucz 
I entendue, Sc en ont cftably le fiege à Lilbonc, & 
à Anuers non fins l’enuie de plufîeurs nacfclians 
• auaricicux, qui ont importuné le Turc, Sc autres 
Roys de leur enlcucr celle richelTe, & leur donner 
empefehement, mais auec l’ayde de Dieu ils n’ont 
peu venir à bout de leur attente. Paul Centurion 
Gcncuoys fen alla expies à Mofcouic l’an tjio. 
pour perfuaderau Roy Bafilc qu’il entreprint ce¬ 
lle négociation ,lu.y promettant de grandilfimes 
gains auec peu de defpenfe,mais le Roy ne voulut 
feulement l’elïàycr, c’elloit bien loing de faire ce 
que l’autre difoiiyiyant entendu les longs,8c péni¬ 
bles voyages qu’il conueuoit faire . Car il falloir 
amener premièrement celle marchandife parlari- 
uiere d’Inde en Bâter, & de là fur des chameaux la 
- rranfportctfut le flcuue de Camu, & pat-ce fleuue 
la côduire à Ellraua,& puis à Citraca,qui font tous 
firuez aux deux extremitez de la mer Cafpie.-de Ci- 
traca les failloit amener par le flcuue Vloga dedans 
le grand flcuue Occa,&de ce flcuue entrer dedans 

y 




; 


4- LIVRE DH L’hIST. 

• celuy de Mofcouie. Et la grand peine, qui eftoit 
en cecy, c’eft qu’il failloit toufiojjjrs monter con- 
- tremont par les plus grands fleuues,qui font Inde, 
Volga, Si Occa, Et apres eftrc entre dedans le fleu- 
ue Mofcouu, on defeendoit iufqucs à la ville de , 
Mofcouie, Si de là les failloit porter par fon pays i 
la mer Germanique, Si Venediquc, où font lituces 
Ribalie,Rigue,Dantzic,Roftoc,& Lubec.qui font 
villes de Liuonic.Polonie, Frific, Si Saxongnc, où 
demeurent des peuples, qui confommcnt fort de 
telle marchandife, en leur viure. Les efpiccs qu’on 
apporterait par cefte voyc fcroicc blé pliiftoft cor» 
rompues,& cfuétees.que non pas celles, qui vien¬ 
nent parles carauclles de Portugal,qui ne font au¬ 
cunement maniées depuis qu’elles font chargées 
en l’indie iufques à ce qu’elles Toient arriucesen 
Li/bone. le ne dis pas cecy fans caufc:car ce Gene- 
uoys vouloic faire acroirc le contraire. Solyman le 
grand feignent a mis peine aullî de chaffer les Por- 
rugalois hors d'Arabie,&de l’indie, pour felàifir *? 
decefte trafficque, mais il n’a peu encor’ quepar 
mefme moyen il fe foitelforcé d’endommager les 
Perfcs, & d'eftendrefes armes, Si fon nom en ces 
quartiers pour les intimider. Il y enuoya Solyman 
Eunucque BalTà, qui de la mer Méditerranée feit 
palier par le Nil fes galères iufques auprès du Cay- 
re. Si de là par chameaux les feit tranfporter par 
pièces en la mer Rouge ,& l'an 1557. aueefon ar- • 
mee affigea la ville de Dio près le ileuue d’Inde, Si 
la battit furieufemcnr,mais ne la peur prendre,par 
ce que lés Portugais la dépendirent valeureufemér 
fâifânr merueillesparmer. Si par terre. Ce Balfa 

, 


GENERALE DES INDES. i 7 o 

éftoit peureux, & d’vn petit courage, mais au lieu 
trefcrucl. Il porta en Conftantinople à [on re¬ 
tour les orciics, Se les nez des Portugais, qu’il a- 
Uoittuéz.penfant femonftrcr par là vaillant,& 
courageux ,cene futqu’vn oeuure, &vna£te di¬ 
gne d’vnc belle brute. 


LIVRE QVATRIESME 

DE L’ HISTOIRE GENE- 

raie des Indes. 


Comme legrtnd Hoytumedu Périt fut defcoiiuert. 

Cbup. 108. 

Ejïoo.mil, qui font de collé 
I en colle depuis le dcflroit de 
| Magellan iufques au fleuuc 
* du Peru.il y en a 1000.qui 
y- font à compter depuis le def- 
i troit iufques à Cirinarà,oi 
' chili,qui ont efté dcfcouuers 
' par vne galiote de dom Gu- 
ticrez de VargasEuelque de Plailance en Efpagné 
l’an 1544. Les autres mil ont elle par plufieurs an¬ 
nées defcouuets par François Pizarrc, Diego d’Al' 
magro,& parleurs capitaines,& foldats. Pour def 
crirc ce dcfcouuremcnt, & ces conqucltes i’eulle 
bien voulu fuiurc l’ordre que i’ay obferué iufques 

y >i 




icy parlant des guerres, qui ont cfté fhiétcs en ce 
pays en chafqiie coftc,& conrree, gardant l’ordre 
de Géographie: mais pour ne répéter point vne 
choie plufictirs fois ie laide maintenant ce ftylc, & 
prens l’ordre d’vnhiftoriographc. le dis doneques 
qu’eftantPçdrarias d'Auil.igouucrncurdc Cailillc 
de l’Orrefid.ît pour lors à Panama,il y eut quel- 
-ques habitans de ccfte ville auares,ou bien conuoi- 
tcuxde chercher,& dcfcouurir nouueaux pays,dcf- 
quels aucuns vouloient aller vers le Lcuâr atiflcu- 
ue du Pcru,pour defcouurit les régions,qui font fi- 
tuces foubs l’Equinoxial, fimaginans de grandes 
richcflcs : les autres vouloient aller vers le l’onent 
au pays de Nicaragua,qui auoit bruit d’eftre riche, 
Sc d’eftre embclly de beaux iardins garnis de bons 
fruiefts, ainfiqu’auoit rapporte Vaico Nngncz de 
Valuoa,qui pour ce mefmcfaiét auoit dreflé qua- 
trenauires.Pedrarias tendoir plus à Nicaragua que 
vers I’Orienr,& y enuoya ccs quatre nauircs, com¬ 
me nous dirôs cy apres.Diego d’Almagro,& Fran- 
çoys Pizarrc,qui eftoient riches,& qui eftoient des 
premiers habitans de cc pays falTocicrét aucc Her- 
nand Luche feigneur de la Tauoga maiftre d’ef- 
collc, qui cft vne dignité en l’Eglifcdc la ville de 
Panama,c’cftcit vn prebftre richc,lcquel pour ce- 
ftc catifc on furnommedepuis Pazzo, c’cft à dire 
fol, &infenfé, par-ce qu’il ne peur fe contenir en 
fes riche liés. Ces trois iurerent de ne fe départir de 
leur focietépour quelque defpcnfe, qu'il conuien- 
droit faire, ny pour perte quelconque, qui pour- 
roit aduenir, Sc qu’ils departiroientefgaleinent le 
gain,Ies richelïès,&pays qu’ils defcouuriroicnt, Sc 




O >»CK1L Ji LIES INDES, 171 

«conquefteroient tous cnfcmble,où à part. Aucuns 
difcnt que Pcdrarias d’Auila entra en celle focictc, 
mais qu’il en fortic dcuatit qu’orieuft vieil entre- 
prins, pour les mauuaifcs noctuelles qluy apporta 
vn de fes capitaines nommé Françoys Vczerra,dcs 
pays,qui font foubs la ligne. Celle focicté àinfi 
conclue faccordcrent que Françoys Pizarre iroit 
defcouurir pays,& que Hernand Luche demeure- 
roit pour auoirlefoing des biens, & poflcffions 
d'vn chafcun, & que Diego d’Almagvo auroitla 
charge de fournir de foldats, d’armes, & de muni¬ 
tions , & autres chofes requifes pour Pizarre en 
quelque contrée qu’il fuit, & qu’il pourvoit auffi 
faire quelques conqucflcs félon que les moyens & 
occafions le prefenteroienr. Frâçois Pizarre donc- 
ques , & Diego d’Almagro partirent aucc le congé 
au gouuerncur Pedrarias, comme aucuns veulerçj* 
dire, l’an ijij. Pizarre partit le premier nuée 114. 
homes en vn vaiflèau : il flotta iufqucs à 400.mil, 
& voulant prendre terre il fur artailly par les habi¬ 
tas, & blece en fept endroits de Ion corps de coups 
de flefehes s ce qu’il le feit retourner à Cianciama, 
qui cft près de Panama. Almagto ,qui cftoit de¬ 
meuré derrière pour auoir vn vaiflèau f’en alla auec 
70.Efpagnols en vn fleuuc, qu’il furnomma fainét 
Jean ,»ù il eut deux mille pefans d’ortil mcit pied à 
terre, & par quelques Agnes il eut cognoillànce 
que les Efpagnols auoicntqa eftélà,& puis fen alla 
au lieu où fut blccé Pizarre, où il receut vne aufli 
mauuaife adueuturc que foncompagnon .-car en 
combatcan t il eut vn œil poché,& par defpir brufla 
leur ville, & f en retourna à Panama, peiifant que 
y iij 




I 


Pizarr* euft au (fi f.iift là fa retraite mais ayant en¬ 
tendu qu’il eftoit à Cianciama, il Py cnallaaufli 
tort pour aduifer enfemblcment du retour qu’ils 
deuoient faire au pays qu’ils auoiencdcfcouucrr, 
par ce que le pays eftoit beau, 8c cnrichy de mines 
d’or. Ils raflemblerenr làiufqucsà deux cens Efpa- 
gnols,& quelques Indiens de feruice. Ils f embar¬ 
quèrent tous en leurs deux vailfeaux, 8c en trois 
grandes Canoas qu’ils feirent frire, ils flottèrent 
auec grande peine, 8c trauail. Si non fans grand 
danger des courantes, qui régnent en ce quartier 
là, àcaufe du vent de Midy, qui quafi continuelle¬ 
ment loufflepar ces riuieres. Mais à la fin ils prin- 
drenr terre en vne cofte prefque toute fubmergee, 
eftant couuerte de fleuues, & paluz, & fi aquati- 

« ic,8c fangeufe qu’il eftoit quafi impoflïblc à 
ux,qui mertoiér le pied à terre de fe faulucr. Les 
habitans de ce pays viuentfurles arbres, ce font 
gens guerriers, & courageux, aufll defendirenc-ils 
brauement leurs pays,& tuèrent grand nombre 
d’Efpagnols. Ils accouroient à fi grande affluence 
auec leurs armes que la tiuc eftoit coure couuerte, 
ils crioienc apres nc>z gens, les appcllans enfans 
dol’efeume de la mer.gens fans pcre.homincs fans 
repos, qui ne fe peuuét arrefter en aucun lieu pour 
eultiuer la terre pour auoir à manger, lis difoiênc 
en outre qu’ils ne vouloientreceuoir en leurs pays 
perfonnes, qui euflent'du poil au vifage,ne qui 
fuflènt fi bragards, 8c fi mjgnôs, afin qu’ils ne cor- 
rompiflent point leurs faindles, 8c anciennes cou¬ 
tumes . Ces habitans eftoienc idolâtres, & fort 
addonnez à laSodomie, qui eftoit caufe quïls trai-î 




GENERALE DES INDES, I 7 Z 

éloicnt mal leurs femmes. Us font laid de vilàge, 
ayans le nez oucrageufement grand,& font mal 
gratieux en leur parler, parlans du gofier. Les fem¬ 
mes portent fur leurs telles des cœuurechefs, Sc 
banderolles de cotton, Sc des aneaux. Les hom¬ 
mes veftent vnc camitole fi courte qu'elle ne cou- 
urc pas leurs parties honteufes, ils portent leurs 
chcueux comme font les moyncs, finon qu’ils 
couppcnt entièrement tous les chcueux de deuat, 
Sc ceux de derrière laiftàns croiftre ceux des codez, 
ils portent en leur nez, Sc oreilles des cfmcraudes 
Turquoifes, 6c autres pierres blanches, Sc rouges 
aucc filets d'or. Pizarre, 8e Almagro defiroient 
conquérir ce Ipays pour l’apparence qu’il voyoit 
d’or, Sc de ioyaux : mais la faim, Sc la guerre leur 
ayant faufl perdre beaucoup de leurs gens ne pou- 
uoient en veniràbout fans nouueau lecours. Al- 
magro feu retourna à Panama pour quérir quatre 
vingts Efpagnols, parle moyédefquels Sc de quel- 
ques prouifions qu’il apporta il feit reprendre cou 
rage à ces pauures faméliques, Sc quafi morts de 
faim, qui efloicnt reliez. Il felloyent maintennz 
plufieurs iours aucc des dattes amercs, Sc aucc du 
poiflbn,8cauecvn fruidt, qu’ils appellent man- 
glari, qui cil fans fuc, & faueur, Sc fi on ne le garde 
aucunement il eft amer, Sc falc. Ces arbres naifient 
fur la mer, Sc mefme dedans la mer, Sc en terre fa- 
lee,lefrui6teftgros, Sc <à la fueillc petite Sc verte 
au pofliblc, ils font fort haults, droidls & forts, Sc 
pour celle caufe on en faift des arbres de nauiies. 

Continuation du defcouurcmcnt du P cru. 

Chap. rop. 

y iiij 






4 . LIVRE DÉ L’HIST. 

L Es Efpagnols eftoient fi flaques, & fi cfperduz 
patmy ces manglati,& fe fentoient fi foiblcs au 
prix des habitans de ce pays, que incline auec ces 
quatre vingts foldats.qui eftoient frefehement vc- 
nuz, ils n'ofoient leur taire la guerre, ains trouuc- 
rcntplus expédient pour eux de defloger incon¬ 
tinent, & fie retirer àCaramcz.qui eft vn pays, qui 
au lieu de manglari, eft bien pourucu de bon niaiz, 
5c d’autres prouifions: auflî u reftaurala vie à plu- 
ficurs, & fut caufc de donner grande rcfiouillàncc 
à toute l’armeç,par-ce que les habitas de là auoient 
leurs vifages tous macquetcz d’or, cftant telle leur 
couftumc de fe percer le vifiigc en plufieurs en¬ 
droits, & mettre dedans les trouz des grains d’or, 
où des turquoifes, ou cfmcraudcs fines. Pizarre.Sc 
Almagro voyans fi bon pays penfoient vcoir la fin 
de leurs trauaux, & fe faire les plus riches Efpa¬ 
gnols de tous ceux, qui culfent iamais cfté en ces 
] ndes, & ne Ce poiiuoicnc contenir pour le grand 
aile qu'eux,& les leurs auoient.Mais celle reliouif- 
fance ne dura guercs, 5c fut abbatue par vne gran¬ 
de multitude d’indiens armez, qui fortircnc con¬ 
tre eux, ils n’oferent les fouftenir, ny moins les at¬ 
tendre. Parquoy faccordercnt qu’Almagro jea- 
tourtreroit à Panama pourleuergens, & Pizarre 
l’attendroit en l’IlleduCoq. Tous les Efpagnols 
eftoient en fi grande frayeur, &fi mal contens, 
qu’ils ne Ibngeoict tous qu'à retourner à Panama, 
renians le Peru,& route la richelfe de l’Equinoxial, 
Sc eulîcnt bien voulu retourner auec Almagro. 
Mais on n’en voulut laitier aller aucun que ceux 
qu’Almagro auoic choifiz pour mener aucç foy,& 



ne voulut-on qu'aucun de ceux, qui rclloicc, eferi- 
uit à leurs amis,afin que par leurs lettres ils ne don- 
mirent point de mauuais bruit h ce pais, Je que par¬ 
ce moyë ils ne dcftournalTcnt le cneur de ceux, qui 
voudroict y venir pour dôner fecours. Mais on ne 
peut celer aux habitas de Panama les trauaux,&les 
aduerljrez.qui eftoicr auenues à nos ges en ce pais, 
par ce qu’il fut impolïiblc d’épefeher que quelques 
lettres ne fc defrobalïcnt, par lefquellcs aucuns fe 
plaignoicnt aigrement des trauaux cxccllifs qu’on 
leur faifoit endurer par dcl.\ . Entr’autres on mar¬ 
que Sarauia dcTruliglio.qui clcriuit ces nouuelles 
à Pafquald’Angoya, & enuoya (es lcttres(aulquel- 
lcs plulicurs auoient foubs-ligne ) cachées dedans 
vnc balle de cotton, feignantluy enuoyercccot- 
ton pour luy faire vnc mante par-ce qu’il eftoit 
nud, ayant jaconfommc, tous les habillements. 
Autresdifent que ce fut Antoine Quadrado, qui 
efcriuit ces lettres,&qu’elles cftoiét lignées de qua 
rantc,& qu’il les cluioy oit à Pierre de Los rios.Ces 
lettres cotcnoicntvn lôg difeours de tous les maux 
Si trauaux,qu’ils auoient foufters en ce defcouure- 
urement, Si combien y auoit de l’oldats mifcrablc- 
ment morts, Si comme les capitaines par force les 
empefehoient de retourner. La condufion delà 
lettre eftoit qu’ils prioient que le gouucrncur com 
mandaft,qu’on ne les retint plus eu ce lieu par for¬ 
ce, Si au bas de la lettre ils mçircnt ces vers. 

Nous tous Ions prions ,MonJieur mfregomicrncitr. 
Que lueille^ le toutJoirneuJement ejpiocher. 

Et croire que 1ers lotis s'en lu m umajjcnr, 

Pendent que pur deçà nous rejlc le boucher , 




Pour lors cftoit venu à Panama pour Gouticr- 
neur.quand Ahnagro y arriua,Pierre de Los Rios, 
lequel donna chargea vn lien domcftique nommé 
Tafur d’aller où eftoic Pizarre,& luy commander, 
■ fur griefues peines, qu’il euft à lailTerrcuenir libre¬ 
ment ceux qui eftoiétauecluy.Aullî-toft que ceux 
qui eftoienr auec Almagroprell à retourner, eurcc 
entendu la volonté du gouuerncur, fefearterent 
tous, & abandonnèrent leur capitaine: autant en 
feircnc les foldats de Pizarrc, excepté Barthélemy 
Ruiz de Moguerfon pilote, & autres douzc,entre 
lefquels eftoit Pierre de Candie Grec natifde celle 
111 e. On nepourroit dire quels delplaifirs rcceut 
Pizarre en ce faiélùl promeit monts Si merucilles 
à ceux qui relièrent auec luy,les louant corne bons 
fïdelles, & conftansamis. Sevoyant ainlî en fi pe¬ 
tit nombre, le retira en vne Iflc toute dcpeuplee 
Joing de terre 24.mil, Si l’appellaGorgone.ll y a- 
uoiren icelle force fontaines, & ruilleaux d’vne 
eau belle,&claire, de laquelle ilsfe lullenterët fins 
aucun pain, mangeans au lieu des cigallcs dç terre, 
&de mer, des ferpens grands , & tout ce qu’ils 
pouuoiét pcfcher.iufques à ce que le vaill'cau d’Al- 
magro fullreucnu de Panama,qui les rafrefi:hi(l,& 
de gens. Si deviurcs. Aulli toll que ce vaifi’eau fut 
arriué Pizarrefen allai Motupec, qui cil presde 
Tangarara,& de là f en alla au fleuuc de Cira, où il 
print quelques belles liuuages pour manger, & 
quelques hommes pour fc feruir de truchement 
parmy le peuple qu’ils appellent Pohecios : Il feit 
puis apres defeendre à terre Pierre de Candie à Tô- 
bez pour veoirlepays. Ureuint tout efmcrueillé 




GENERALE DBS INDES, I74 

fies richeflcs, qu’il auoit vcuè's en lamaifon d’Ata- 
balipa : qui fut vnc nouuclle, quirefiouitgrande¬ 
ment toute la compagncc. Pizarre voyant qu’il a- 
uoit decouuert vn pays, & vnc richeffe telle qu’il 
defiroir,feretiraincontinent à Panama, pour de là 
fen retourner en Efpagnc demandera l’Empereur 
le gouiiernemcnt du Peut. Deux Efpagnols de¬ 
meurèrent en ce pays, ie ne fçay fi ce fut par le cô- 
mandement de Pizarre, à fin qu’ils apprinlTent la 
lâguc, Si les fecrcts du pays,ou bien fi auarice lesy 
retint : inaisie fçay fort bien qu’ils furent tuez, & 
mangez par ces Indiens. François Pizarre fut plus 
de trois ans à faire ce defcouurement, non fans en¬ 
durer de grands trauaux, & fc mettre en des dan¬ 
gers pei illeux.endurant faim,& encor' au bout de 
tout cela receuant des broquarts, & mocqueries. 

Comme FrMiou Pierrefut j'oitt Gouticrneur du Peru. 

cb*p. no. 

P izarre eftant arriué à Panama communiqua à 
AlmagrOj&Luchc, la bonté,& lichette de T6- 
bez,& du fleuue de Cira.lls furent tres-aifes de ce¬ 
lle nouuclle, &luy donnèrent, pour fournir aux 
frais de fon voyage mil pefans d’or. Ils empruntè¬ 
rent vnc bonne partie de celle fomme-.car encore 
que ces trois fulfent les plus riches habitans de ce¬ 
lle ville, fi deuindrent ils pauures pour les grandes 
defpcnfes qu'ils auoient faites durant ces trois ans 
au defcouurement du Peru. Pizarre eftant venuen 
Efpagnc prefenta au confeil des Indes le rapport 
dç tout ce qu’il auoit defcouuert. Si demanda le 
gouuernementduRoyaume du Peru,rcmonftrant 
les delpenfes qu'il auoit faites. L’Empereur l’efleut 


Adclancado, 8c capitaine general, & gouuerncur, 
du Peru, 8c delà nouuelle Calhlle, vfant de ce no, 
afin qu’il nommait de ce nom tou tes les terres qu'il 
defcouuriroit.Pizarre promeit a l’Empereur luy dé 
couurir de grands Royaumes, 8c riclicilcs pour les 
filtres qu’il luy doonoic. Il failoit ces riclicilcs plus 
grades qu’il ne fçauoit.ençor qu’il ne les amplifiait 
pas tant comme à la vérité elles cfloient, allia qu’il 
attirait d’auatage de gésauecfoyill l'ebarqua pour 
fen rctourncr,ac6pagné de quatre de les frères qui 
cfloient Ferdi;ud,Iean,Gôzalle,& Fraçois, Martin 
d’Alcacara frète de mcrciFerdinad elloit feul legiti- 
me,Gôzalle,& Ican eftoicr frères d’vnc autre mere ' 
Ces Pizarcs cnrrcrccà Panama en grad’ pope.Mais 
ils nefurent guère bicrcccuzd’Almagro.qui fecô 
plaignoir fort de Pizarre de ce qu’citant fon ami fi 
intime,illauoit exclus, &priué deshôneurs & fil¬ 
tres, qu’il auoitprins pourluy feul, ce qu’il ne dc- 
uoit pas faire, attédu qu’ils auoient cfté côpagnôs, 
cndelpcnçc, & que pour celle caufe ils deuoient 
aulli dire compagnons au gain, entre lequel il c- 
fiimoit l’honneur, duquel il fevoyoit priué,puis 
qu’il ne luy reftoit lieu où commander, ny à gou- 
iterncr. Etcncorcs ce qui le fachoitle plus, c- 
lloic que Pizarre n’auoit point recité a l’Empe¬ 
reur comme en celle cxecutionil auoitperdu vn 
œil, ôc confommé la pluCpart de fon bien, 8c 
fourny la plus grand part des deniers, qu’auoienc 
elté delpendus en celle entreprinfe, 8c quanta luy 
ildifoit qu’il aymoit mieux l’honneur, que les de¬ 
niers. François Pizarre fe defehargeoit le mieux 
qu’ilpouuoic, difantque l’Empereur auoitvou- 




In à luy feul départir tels honneurs, & que mcfmc 
il ne lîmoif poinc voulu faire grand Preuoft de 
Tombez cncorcs qu’il l’en euft (upplié, Si au relie 
il promettoit de luy moycnner vn autre gouucr- 
• netnent au mcfmc pays,& renoncerà fon proffità 
l’eftat d-’Adclantado, Si luy promettoit ne <e dépar¬ 
tir de la focicté qu’ils auoicntfaiéte cnfemblc, Si 
luy rcmonfttoic que demeuras compagnons corn- 
mcdeuant ilcftoitluy mcfmc gouucrncur, &quc 
par-cc moyen il pouuoit commander &di(pofer 
de toutàfô plailir. Mais Almagro ne pouuoit fap- 
pai/craucc tout cela,tant eftoit grand le courroux, 
iV la haine qu'il penfoit auoircôceuëaueçynciu- 
ileoccafion, &cftimoitle dire de Pizarrc n’eftrc 
que des pures parolles (impies,Scfans effet. Lepcu 
de bié,qui eftoit refté de leur focicté,cftoit être fes 
mains,de n’en vouloir rien départir àPizarrc qui e- 
ftoit caufc que luy, Si fes frères, qui faifoient grade 
dcfpence, & auoient peu de deniers cftoient tôbcz 
en grande neccllité. Perdinand Pizarrc qui eftoit 
l’aifné de tous, ne pouuoit 'endurer patiemmet ce- 
cy, & en donnoit toute la coulpe à Almagto, re¬ 
prenant le Gouucrncur fon frère de ce qu’il en 
cndproit tant,& irritât fes autres frercs,&plufieurs 
autres contre luy . De là fourdift vne perpétuelle 
haine entre Almagro, Si Ferdinand Pizarrc, & nô 
Contre fes autres frères,'qui cftoient doux, trai&a- 
bles, Si amiables, François Pizarrc defiroit gran¬ 
dement retourner en grâce auec Almagro, par-ce 
que fans luy il ne pouuoit aller en fô gouucrncmét 
fi toft, nefi honorablement,ny auec telle efperâcc 
d’y profiter,cômeil eut bien voulu. Il cherchée les 




4- LIVRE DE L’HIST. 
moy es pour fe rccôcilier, plufieurs fentremeircnt 
faire l'accord,principalement ceux qui eftoiét fret 
chemcnt venus d’Efpagne qui auoient défia man¬ 
gé tout iufques à leur cappc. A la fin ils f accordè¬ 
rent par le moyen d’Antoine de la Gama iugede 
refidencc.Almagro donna fept cens pefans d’or,& 
les armes,& viures qu’il auoit, Si Pizarrefcit voile 
auccle plus de foldats, &de cheuaux qu’il peu: 
amafler en deux vaiiTeaux.il eut des vents contrai¬ 
res deuant qu’arriueràTombez.ll deibarquaen la 
terre du Peru, de laquelle ont prins nom ces gran¬ 
des , &trefiriches Prouinccs, quifont fituées en ce 
quartier là,qui depuis ont efté defcouuertcs, & cô- 
quifes.Celuy,qui premier eut nouuclles du flcuuc 
du Peru.fiappelloit François Vezerra Capitaine de 
Pcdrarias d’Auila. llapprintles nouuclles quand 
partant de Comagre,auec cent cinquante Efpa- 
gnols, il arriua à la poindtede Puguas. Mais il ne 
voulut autremét C’en approcher,parce qu’ô luy dift 
que le pays du Peru eftoit rude. Si que les habitans 
cftoient belliqueux.Aucuns difent que Valuoa eut 
le premier aduertiiTemcnt comme ce pays du Pe¬ 
ru eftoit bien garny d’or,& defmeraudes, Toit que 
ce Toit, fi eft-il bien certain qu’il y auoit def-ja grad 
bruidt du Peru à Panama,quand Pizarre, & Alnia- 
gro feirent Tentreprinfe d’y aller. Le pays, où Pi- 
zarre defeendir, eftoit fimauuais qu’il ne voulut 
demeurer là . Ilfemeità fuiurcla cofte par terre: 
mais elle eftoit fi afpre que les hommes fe gaftoiét 
Si rompoientles pieds à marcher ,Si les cheuaux 
fedefferroient, & qui pis eft, plufieurs quinefça- = 
uoienrpas nager, lcnoyoientenpalTantdcs fieu- 


GENERALE DES INDES. 17 S 

aes, qui font fort fcequens en ce pays, par ce que 
pour lors ils eftoient fort enflez. Pizarre, ainlï que 
on ciicft faifoit en cela office de bon Capitaine, car 
lu y me fine pafloit fur fes cfpaules ceux qui eftoient 
malades,qui n’eftoientpas en petit nombre,par ce 
qu’auccle changement d’air, vnc bonne partie de 
la trouppc cftoit deuenuc malade, ioint aufli qu’ils 
enduroient la faim.Chcminans en ceftc forte ils ar- 
riucrct à Coaché,qui eft vne ville riche,& bic pour 
ucuë.où ils fc rafrefehirent. Si aircnt bonne quan¬ 
tité d’or,&des cfincraudcs, dckjuelles il en rôpirét 
quelques vnespour eflayer fi elles eftoient fines: 
car ils trouuoict pluficurs pierres faulfes de fem- 
blable couleur .A peine auoient ils mis fin à leurs 
malheurs quâd il leur aduint vn nouueau, & vilain 
mal,qu’ils apclloiét des poireaux. Ce malainfi que 
il les rourmcntoit,&lcur faifoit vnc douleur grade 
cftoit pire que le mal Fraçois.Ces poireaux leur vc- 
noiét fur les fourcils,5cpaupieres,au nez,aux oreil- 
les,& en autres lieux du vifage,& du corps, Si for- 
toiét gros côme noix, &plcios de fang-.C’eftoit vn 
mal, auquel pour la nouueautc ils ne pouuoiét en¬ 
cor’ rcmedier.Se voyas fi mal traiétez, ils depitoiét 
le pays,&cçluy qui les y auoict amenez.Mais n’ayâs 
aucc qui retournera Panama,ils fupportoient leur 
fortune, & calamité le mieux qu’ils pouuoient.Pi- 
zarre, encor’que pour l’amour de ccfte maladie il 
veitfes compagnôs mourir,ne voulut ncantmoitis 
abandonner fon entreprinfc : ains enuoya vingt 
mil pcfâs d’or à Almagto,à fin qu’il luy enuoyaft de 
Panama, &de Nicaraguaautat defoldats, d’armes, 
cheuaux,& viuros qu’il pourroit, & aufli afin qpar 







4. LIVRE DE l’hist. 
vnmefrae moyen il donnait aducrciiTcmcnt delà 
bon té, & richefle de ce pays,qui autremet auoit vn 
trefmauuuais bruift. Il fachemina cncores depuis 
cefte depefehe iufqucsau Port Vieil, combattant 
quclqucsfoisaiiccques les Indiens, autresfois fai- 
fant bienfes befongnesparefehanges de ces peti¬ 
tes denrées de merceries. Eftant,Sebadian deVe- 
nalcazar. Si Ican Fernandez y arriucrcnt, amenans 
aucc eux de Nicaragua, gens Se chcuaux,, qui ref- 
iouirentgrandement lacompagnee, & donnèrent 
grâd fecours pour pacifier la code de ce Port vieil. 

La guerre que feit Faancois Pizarre en l'ijle île L Pana. 

Chap. 3. 

L Es truchemcnsde Pizarre nommez Philippçs 
& Fraçois qui eftoient natifs du pays de Pohe- 
cios,luy dircnc qu’il y auoit là auprès l’iflç de la 
Puna, trefiiehe ik garnie d’hommes belliqueux. 
Pizarre Ce voyant auoir bon nombre d’EfpagnoIs 
. délibéra d’y aller, & pour ccd eft'cél, commanda 
aux indiens de faire deux grans vaidcaux, que no” 
appelions bacs, pour palTcr fes chcuaux,& les gcs. 
Ces bacs fc font de cinq,fept ou neuf longues nai¬ 
nes legieres à la forme de la main, par ce qu’il faut 
que le bois du milieu foit plus long que les autres 
pièces des codez, qui auflî doiuent .cdre plus cour 
tes les vncs que les autres, ainfi que font dilpofez 
les doigts denodre main. Ces vailfeaux font plats, 
& volontiers attachez.On fc fert ordinairemét de 
tels vailleaux pour palfer de terre ferme en quel¬ 
que illc. Les Indiens vouloient couper les cables 
de ces bacs pour noyer les Chrediens,oinfi que ra- 
portcrentles truchemcns, & pour cefte caufcPi- 




zarrd cômanda aux Efpagnols qu’ils tinffènr leurs 
cfpces defgainces pour donner peur anx Indiens. 
Pizarre fut honnedement & paifiblement rcceu 
par le gouucrncur de celle idennaisvn peu de iours 
apres il délibéra de maflàcrer tous les Efpagnols, 
pour ce qu’ils faifoient à leurs femmes & à leurs 
biens. Cédé deliberation citant dcfcouuerte par 
Pizarre,il le printincontincc fans faire aucû bruit. 
Ceux de l'idc fafeheade voir leur gouuerneur pri-, 
fonnierallîegerétl’oftdesChreftiens,menaçansdc 

les tuer fils nelcur rcdoicc leur gouucrneur&lcurs 
biens. Mais Pizarre ne feftonnant aucunement de 
telles menaces feit ranger fes gens en battaille, & 
commanda à quelques cheuaux d’aller fecourirles 
bacs que les Indiens adailloient. Les Indiens com- 
battoietcourageufcmét, &pour leur gouucrncur 
6c pour leurs biens,mais ils furet vaincus auec leur 
grand perte.Il y eut des leurs grand nobre de tuez 
& beaucoup de bleccz : il y eut quatre Efpagnols 
tuez & quelques vnsblecez,cntr’autresFerdinad 
Pizarre,qui fut frappé au gcnoil.Cefte viftoire ap¬ 
porta grand butin d’or,& d’autres biens à nos gcs. 
Pizarre fur le champ départit ce butin entre fes câ-. 
pagnons qui pour lors eftoient la afin que puis a'-* 
près ceux qui venoient de Nicaragüa,foubs Ferdi¬ 
nand de Sotto,nc luy en demandaient point part. 
Apres celle conqucfte noz gens commencèrent à 
rôber maladcs.à caufc.de l’air de ce pays. Pour ce¬ 
lle caufc,ioin6l auffi que les habitans decefteide 
fe retiroiér par le moyen’ de noz bacs qu’ils auoiét 
gaignez dedas des' mâglari fans faire paix ne guer- 
. rc, Pizarre conclud de Ce retirer à Tôbcz,qui cftoic 



4- *• HI s T. 

là auprès. Mais auât que d’efcrire ce qui luy aduint 
là,il lcraplusconucnablcdenc paffer ainfilcgcre. 
ment de celle ifle, fans en dire quelque chofe,attc- 
du mefmc que Pizarrc eut là les premières nouuel- 
les du Roy Atab. Celle ifle, donc a 48.mil de tour, 
& cft loing de Tombez autan t.Ellc cftoitfort peu. 
plee, &bië garnie de belles faulues,&dc chcureuls.' 
Les habitas fadônoicnt fort à pefchcr,& à challèr, 
ils elloient courageux,Sttresad extres àla gucrre,& 
crains,& redoutez de leurs voifins.Ils combatoicc 
aucc des frondes.datds,haches,d’argent,& de brô- 
zc,& picques,qui au lieu de fer auoient au bout de 
l’or. Ils fe vellent de toiles de cotton teintes en di- 
uerfes couleurs. Les homes au lieu de bonnet por- 
tcntfurlcur telle certaines chofes, qui refemblent 
à coiffes de fil de pluficnrs couleurs. Ils portet aulfi 
force aneaux,pendans,&autres ioyaux, d’or, &de 
_ pierresfinescômcaullifontlesfémes. Ilsauoient 
‘C plulîeurs vaiffeaux d’or,&d’argct pour leur mefna- 
ge. On trouua vne nouucautc allez inhumaine en 
celle ifle,c’cll que le gouuerneur,corne cllâtialoux 
faifoit coupperlcs nez, & les membres, & mefmes 
les bras aux feruiteurs, qui gardoient & feruoient 
fes femmes. ; 

f.*guerre Je Tomiez^, (y le peuplement de S. Michel 
de Tanger ara. chap. 112. 

P izarrc trouua en l’Ille de laPuna plus de lix cés 
perfonnes, deTombez qui elloient prifon- 
niers, & à ce qu’on pouuoit veoir elloient du Rojr 
Actabalipa, qui l’annee de deuant auoit mis fon 
srmeefus, pourenleucr celle Ifle hors delà puif- 
lance de fonfrereGuafcar, & pour ceftcffedt a- 




CENERAtï DES INDES. I78 

«oit fai£l dreftcr grand nombre de bacs pour pxf- 
fer fon grand exercice. Le gouuerneur, qui eftoitlà 
pour Guafcar, Yuga, Sc Seigneur de tous ces Roy¬ 
aumes j feit thème en armes tous les habitansde 

l’I lie, ôccnmeitvne bonne part dedans des bacs. 

Si les feit aller à l'encontre l’armee d’Attabalipa: il. 
y eut vne forte, 8c roidc bataille,en laquelle Guaf- 
car fut vainqueur,par-ce que fes gens eftoient plus, 
adextres fur mer que fes ennemis, SCaüffi àcaulc, 
qu’Artabalipa fut fort naurc .en vnecuifle encô- 
batant, & fallut qu’il fc retirai!: de laprefle, 3c fen 
allai! à Caxamalca pour fc faire pcnfer,&auffi pour 
ramalTer fes gés,& en leuer de frais,pour les mener- 
en la ville de Çuzco,où fo frere Guafcar auoit vne 
grade armée,Quand le gduüerneür de la Puna euft 
çllé aduerty de laretraide de fes ennemis,il fen al¬ 
la à Tôbcz, laquelle il làccagca, Ces dillèntions,- Sc 
difeordes, qui eftoient entre ces deux freres Sei¬ 
gneurs de tout ces paiSjne defpleurent giieres à Pi- 
zarrc,ny à fes compagnons : carils voyoientbien 
qucc’cftoitvn moyen d’entrer plusauât en pays. 
Et pour celle caufe Pizatre fc délibéra de gagner la 
volôte,8c affcdtion de quclqu’vn: 8c trouuât plus à 
main lcRoy Atrabalipa pour luy gratifief.il cuoya 
à Tombez ces fix cens prifonniers qui luy proraet- 
toiécd’cftre moyen pour cftre bien venuôcreceu 
par toiit.Mais fe voyans libres, propoferent iricô- 
tinent icur promefte,8c obligation à leur liberre,8c 
auccques grandes perfualîons incitèrent le peuple 
cotre luy. Pizarre ne péfant point à la trahifon de 
ceux cy, feit embarquer fes gés en fes nauires pour 
aller à T6bcz.ll enuoya deuât trois Efpagnols auec 



quelques Indiens dedans vn bac ponc demander 
paix,& entrée. Ceux'de Tombez rcceurent ces Ei- 
pagnolscn grande deuotion, & les meirent aufli 
toit entre les mains de leurs Preftres, afin qu’ils les 
ftfcrifiallënt à vn certain idole du Soleil nômcGua- 
ca, pleurans non point par compaifion , mais feu¬ 
lement fuiuantla couitume qu’ils ont de pleurer 
douant ccit Idole Guaca, au ffiGuaca en leur lâgue 
fignifie plainétc, & gemiflèment, 8 c Guay cftvne 
voix des petis enfas, qui ne font gucres que de nai- 
ftrc.Quand lcs'nauiresarriucrcnt,il n’y auoit aucûs 
bacs pour fonir’en terre, caries Indiens les auoiét 
tous tirezi pardeuers eux. Pizarrc tourcsfoisles 
voyaris en armes feietta dedans vn bac qu’il auoit 
auccques fix cliduaux feulement, parce que le lieu, 
ny le temps ne permettoient d’en pouuoir mettre à 
terre d’auantage, & mefnie ces fix cheuaux ne peu- 
rent toute la-miidt prendre terre, &furentforc 
mouillez,'pat-cc qu’il faifoit lors vue grande tem- 
pcfte,: & comme ils approchoient de terre le bac 
le tourna en nrriare, ne (çachansle gouucrncr. Le 
iour enfuiuant tous defeendirent en terre à leur 
aife, fans que les Indiens fciiîent autre chofc que 
fe monftïcr; & enuoya on les nauires pour appor¬ 
ter les autres Efpagnols,-qui eftoient reliez en la 
Euna. François Pizarrc courut auccqués quattre 
cheuaux plus de fix mille en pays faits pouuoir a- 
uoiucommunicationauce quelque Indien.'U meit 
le fiege deuat la viilede Tombez, & enuoya latrô- 
pere au capitaine de laville,le priât de faire paix en 
femble. Mais ce capitaine ne le voulut aucunemct 
«uvr&ne faifoit que ce moquer de nos gëscôme 





efhns barbus,& en petit nombre, & tous lesiouts 
fai foie des faillies fur nos Indiés,qui.alJ,0|içt au four 
rage pour nos gens. Pizarre trouua moyen d’auoir 
quelques bacs,auec lefquels iJ'pafiajÀ nuidt lefleur 
ne aucc cinquare chcuauxfans eftre defco.uuerc par 
fes ennemis, cheminans par chemins tildes , 8 c pat 
dedans des cfpincs,& à l’albedl arriua fur les cnnc T 
mis qui cftoient fins garde enlcur fo.tt,oùil feitvn 
grand efchcc, & par tout là à l’entour pour fntisfa- 
aion des trois Espagnols, qu’ils auoiçnt facrifiez. 
Alors le gouuerneut vintrequerir la paix, &,fe rc- 
dre amy, & feit vn grand prefent d’or,& d’argét,& 
autres meubles de cotton,& de laine.Pizarre ayant 
achcué ccfte guerre fi colt, & fi à fon aduatage, f^t 
peupler à S.Miclicl deTagarara furla riuc du fleu- 
uede Cira. Ilcherchavn port bon, Scfeurpour 
lesnauircs, & trouua çcluy de Paytarel, qu’il dçi 
mandoit. Il departitl’or entre.fes compagnons,& 
puis partit pour aller à Oaz.amalca chercher lc.Roy 
Attabalipa. ! ... 

Uprinfcd'\Sttt*ldip<t. Chap. IIJ. 

P izarre voyant tant dipr, & d’argent par ce pays 
cretit aifcment ce qu’on luy auojt did dcla gva- 
dillime richefTe du Roy Attabalipa ■. Ayant donc? 
ques misordre en la nouuelle ville $.Miçhel,partit 
pour aller.cn la Prouincede Cazamalça,5c en paf- 
fant attira à fon amitié les peuples-, qu’on appelle 
Pohccios,parlemoyen de Philippes,'& Fraçqis fes 
truchemcns, qui;en cftoient natifs, & fçaubient ja 
parler la langue Efpagnole . Alors il vint certains 
Ambalfadcurs deGualc'al-,pour demander l’amitié, 
ôc faueur.de Pizarre contre.Attabalipa.qui aucc vu 





4- 1 1 v de i’hi ST. 
efprit tyrannique feftoit rebellé, &vouloit vfür- 
pcrlc royaume , promettant de grandes chofes fil 
voulojt receuoir leurmaiftre,&luydonner aide. 
Noz Efp'àgnôls paflèrent vn pays dépeuplé & de- 
fert,& fans eau qui duroït 6o.mil, ce qui les trauail 
la grandement. Cômepuis apres ils montoient la 
môtagne, iisrécôtrerentvn mellàger d’Attabalipa, 
qui dit àPizarre,qu’il fé retournait auecDieu en fo 
pays,dédis fes nauircs, & qui ne feit aucû mal à fes 
vallàux.&fil aymoitfes dcts,&fes ycux.qu’il fe gar 
daft bié d’emporter aucune ch'ofe,&fil vouloir ain 
fi foire, qu’il le laillerpient aller en toute liberté a- 
uec l’or, & autres biens, qu’il auoir pillez en autre 
pays que le lien: mais fi au contraire il n’en vouloir 
rien faire,qu’il le tucroit,& tous les ficns,& les def 
pouilleroit.Pizarrcluy feit refponce qu’il ne mar- 
choitpoint pour faire trouble à aucu,cncor moins 
à vn fi grand prince,& qu’il fc retoutneroit vers la 
mer corne il luyc6m5doit,fil n’eftoit icy venu cô- 
me ambaiTadeur duPapc,&dc l’empereur feigneurs 
du môde.&qu'il nepouuoit.lânsreccuoirvne trop 
grand honte, retourner fans le voir,6c parler à luy, 
ôcqu’il auoit pluficurs chofes à luy dite.tat deDieu, 
que pour fon h5ncur,fbn bien,& fon profit. Atta- 
balipa entendit bien par celle relponcc que les Es¬ 
pagnols auoient entiic de le veoit ou pour bien ou 
polir mahmais quoy que ccfut,ilne fédônoir pas 
grand peine, par-ce qu’ils eftoiét peu, & que Mai- 
cabclica feigneur entre les Pohecios l’auoit aduer- 
ty que ces étrangers barbus n’auoiét force aucune 
nyaleine pour cheminer loguemér à pied, & qu’ils 
ne pouuoit faillir vn folfé fans eftrc delfus,ou bien 




GENERALE DES INDES.' iSo 

fans eftre attachez à certains Pacos, ainfi appeloiet 
ils les cheuaux, 8c qu’ils portoiét à leurs ceintures, 
certaines longues tablettes cftroittcs,& délices,qui 
reluyfoicnt,& cftoiét quaft Semblables à celles des¬ 
quelles vfent leurs femmes pour filer. Maicabcli- 
ca difoit cecy par-ce qu’il n’auoit cncores clprouué 
le taillant de nos cfpocs, & eftimoit d’auantagcla 
prouclTc des nobles & courageux Indiens.Mais les 
bleccz de Tombez,qui f cftoict retirez en la court 
d’Attabalipa, chanroient bien vnc autre chanfon, 
Scpour ceftc caufe Attabalipa renuoya vn autre 
meftager pour fçauoir fi ces barbuz cheminoicnr, 
& pour dire à Pizarre que filaimoit bien fa vie, 
qu’il ne vint point à Caxamalca. Pizarre refpondit 
qu’il nelailferoit point l’entrcprife qu’il auoit faite 
de le voir. Alors l’Indien luy donna vnc paicc d’ef 
carpins,& des poignards d’or pour mettreà fa cein 
dturc, afin qu’Attabalipa fon Seigneur le cogneut 
entre les autres quand il arriucroit deuant luy.C’e- 
ftoic vnfigne, ainfi qu’on peut croire, pour vérita¬ 
blement remarquer Pizarre: mais auffi pour ne fail 
lir aie prendre, & le mettreprifonnicr, ouletuer, 
fans toucher aux autres. Pizarre print ce prefcnt,& 
en liât dit qu’il en feroit ce qu’il difoit.En fin arriua 
aucc fan armee à Caxamalca,& à l’cntree vn gétil- 
hôme Indienluy dit qu’ilne fe logea point iufqucs 
à ce qu’Attabalipa luy euft commandé. Mais fans 
faire autre rcfponcc il ne laiflàpas à fc loger,& puis 
enuoya le Capitaine Ferdinand de Sotto auec quel 
ques cheuaux fous la conduitte de Philippe le tru- 
chemenrpour vifirçr Attabalipa,qui eftoit à jooo. 
de là a des bains ,’!& luy dire comme les Efpagnols 
z iiij 




cftoient ia arriuez,&qu’il donnaft licence, & heure 
certaine en laquelle Pizarre le pourrait venir voir. 
Le capitaine Sotto par gentileRc, Sc pour dôner ef. 
bahidement aux Indiens faifoittouixours voltiger 
fon chenal iufqucs-à ce qu’il fut arriué bien près de 
la perfonne d’Attabalipa,qui ne fe monftra aucu¬ 
nement eftonne, nymcfinenc feit ligne aucun de 
changement encores qu’il fautait vn-peu defcïlrac 
du chcual furfon vifage: mais feit commandement' 
de tuer ceux qui fclloicnt fuis de deuant le chcual: 
chofc, qui ellonna les fiens,& feic efmcrueiller les 
nollrcs : Ce Sotto defeendit de fon chenal, Sc feic 
vnc grande reuerence à Attabalipa, Sc luy did ce 
pourquoy il clloit venu. Attabalipa fe tint touf- 
iours çoy auec vne gtauitcRoyalc fins fe mouuoit 
aucunement. IlnefeitrcfponccàSotto: mais par¬ 
loir à vn gentilhomme,& ce gentilhomme rappor 
toicfesparollesà Philippes, qui les donnoit à en¬ 
tendre à Sotto, il difoicqu’il clloit fort mal cotent 
de luy, de ce qu’il feftoit approche fi pies auec fon 
cheual, Sc que c’clloit vn ade d’vnc grande irreuc- 
rencc confiderc lamaielté d’vnfi puillànt Roy. 
Ferdinand Pizarre vint vn peu apres,& apres auoir 
faidt la reuerence à Attabalipa luy tint propos de 
prendre l’amitié de leur grand Capitaine. Attabali¬ 
pa pour rcfponce à fi long difeours, defquels auoit 
vfc Ferdinand, didenpeude parollcs qu’il feroie 
bon amy de l’Empereur, & du Capitaine fil rédoit 
tout l’or, & 1 argeht,& autres biens qu’il auoit pris 
far fe s vaflàux, Sc amis, Sc fil C’en vouloir bien toit 
rcrourner hoirs de fon pays,&quc le iour prochain, 
il ferpiVa.ueçluy à Cazamalca pour mettre ordre à 



GINÏRAIE BIS INDIS. l8l 

Ton retour, & pour fçauoir qui cftoienr le Pape 8c 
l’Empereur, qui cftde fi loingpays luy enuoyenc 
les Ambaftàdcs.Fcrdinad Pizarrc Pc retourna tour 
cftonnè de la grandeur,&-maieftéd’Attabalipa, & 
du grand nôbrc d’homes d’armes, & de pauillons 
qui cftoienr en fon camp,& nicfme delà refponce 
qu’il auoit faite, qui n’eftoit autre qu’vne déclara¬ 
tion de guerre. Pizarrc feit quelques’rcmôftrances 
à nos gés.par-ce qu’il y en auoit quelques vns, qui 
auoicnt peur pour vcoir fi grand nôbrc d’indiens 
près d’eux,&prefts à combattre,& les feit prendre 
courage pour fouftenirla bataille à l’exéple des vi- 
«ftoircs obtenues à Tombez, tk à la Puna .Toute la 
nuiift ce pa(fir en cecy, & afarmer, & dreftèr leurs 
chcuaux,& aifeoir& bracquer l’artillerie droiôt à la 
porte du Tambo, par laquelle deuoit encrer Atta- 
balipa.Cômc il fut iour Fraçois Pizarrc meit quel¬ 
ques acquebuziers en vue petite tourdeleursido- 
les,qui cômandoir à la muraille. Il départit encore 
en trois maifons les capitaines Ferdinand de Sotto 
Sebafticn de Vcnalcazar,& Ferdinand Pizatrc.qui 
eftoit fon lieutenant general, & leur donnaàcha- 
cun vingt cheuaux. Et quant à luy il fe meit à vne 
porte auec l'infanterie qui fans les Indiens de fer- 
uice pouuoient eftrc cent cinquante.il commanda 
qu’aucun n’euft à parler, ny à tuer aucuns des gens 
de Attabalipa que premièrement on n’eiift ouy 
tirer vn coup de harquebouze ,ou qu’on n’euft 
vcuTcnfeigne dehors. Attapalipa encouragea les 
liens, qui ne faifoient que braitcr, & faire peu de 
compte des Chrcfticns, & penfoient bien en faire 
vn facrifice folennel au Soleil f’ils combatcoieh^ 



4. LIYRE DE l’HIST. 

11 enuoyavn fien capitaine nommé Ruminaguy 
auec cinq mille foldats fur le chemin,par lequel les 
Efpagnols èftoient entrezen Caxamalca, à fin que 
fils vouloient fuir,ils fuflent tous prins, ou taillez 
en pièces.Attabalipa fut quatre heures à faire trois 
mil, par ce qu’il faifoit cheminer fon armée auec 
pluficurs repofades de peur qu’elle fe laiTaft.llfe 
faifoit porter en vne liûicre d’or parée par dedans ' 
de plumes de perroquez dediuerfes couleurs, & 
cftoit affiz dedans vne balTe chaire toute d’or fur 
riche couffin de laine garny fort bcaux,& précieux 
ioyaux.jll auoit furie front vn grand flocquet rou¬ 
ge de laine très fine & deliee, qui luy couuroit les 
fbiircils,& les iouës,c’eftoit la marque Royale que 
auoientaccouftumé de porter les Rpys de Cuzco. 

11 menoit plus de troys cens eftaffiers pour feulc- 
mét lcruir à porter fa li(ftiere,&: pour ietter les pail¬ 
les, &ordurcs hors le chemin, pour chanter au 
" deuant de là perfonne. Il auoit auffi pluficurs fei- 
gneurs, qui pour la maiefté de fa cour le faifoicnc 
pareillement porter en liéHeres,&idedans des por- 
toircs. Il entra au Tâbo de Caxamalca, & ne voyat 
aucuns cheuaux Efpagnols, ny les gens de pied fe 
remuer,Iuy cftoit aduis que c’eftoit de peur.Lorsil 
farrefta,&diftà fes gens: Ces Chreftiens font tous 
eftonneZjil font à nous. Et commanda qu’on tuaft 
les Chreftiens, qui eftoient dedans la tour. Alors 
frère Vincct de Valuerde Iacobin ayant en fa main 
vne croix auec fon breuiaire, ou vne bible felô au- 
cuns,fapprocha de luy,&luy feit la reucrence, luy 
donnant la benediétion auec la croix, & luy diéb 
Excellent feigneur il faut que fçaehiez corne Diçu, 





ClKtRAU Bit INDES. l8i 

qui eft vn en trinicé a créé le monde de rien & a 
formé l’homme de terre,l’appellant Adam,duquel 
nous fommes tous defeenduz, comme il a péché 
contre fon créateur par inobedience, & comme 
nous fommes nez cous en ce péché, excepté Iefus 
Chrift, qui eftantvray Dieu eft defeendu du ciel 
pour naiftre de la vierge Maric,& rachepterlcfâg 
humain de péché par là mort, qu’il a foufferteen 
vnc femblablc croix,laquclle pour celle caufeno* 
adorons. Comme ileftrefufcitéletroifiefmeiour. 
Si eft remonté au ciel quarante iours apres,laiftànc 
en terre pour fon vicaire faindl Pierre, & fes fuc- 
celTeurs qu’on appelle Papes lcfquels ont baillé ce¬ 
lle foy au trefpuiffant Roy d’Efpagnc Empereur 
des Romains, & Monarques du monde. Qbciftèz 
donc au Pape, & recepuez la foy de Iefus Chrift: 
elle eft faillite,&la voftre cftfaulfc,& fi ainfi vous 
faiélcs.vous ferez fort bien.Mais fi failles au con¬ 
traire fçaehez que nous vous ferons la guerre,& 
que nous vous ofterons, & romperohs vos idoles, 
à fin que quittiez la deceuante religion de vos faux 
Dieux.Attabalipa tout enflambé feic refpôçe qu’il 
ne vouloit point eftre tributaire puis qu’il eftoit li¬ 
bre, ny penfer qu’il y cuftplus grand feigneur que 
luy.Mais qu’il vouloit bic eftre amy de l’Empereur, 
& le cognoiftre : car ce deuoit eftre vn grand fei- 
gncur,puis qu’il enuoioittat d’armecs parle mon- 
de:Et ne vouloit point obéir au Pape puis qu’il do- 
noiccequiapparrenoit à autruy, ny moins laitier 
Ion Royaume paternel à ccluy qu’il n’auoit iamais 
veu. Et quand àla religion il ditt que la ficne eftoit 
fort bonne ,& qu’il le trouuo.it bien auçc icellç. 




4- LIVRE. DE L’H I ST, 
qu’il névouloit point,&aulfi qu’il ne luy eftoit pas 
feant, mettre en difpute,& contïoucrfe vncchofe 
de fi longtemps approuucc: 8: difoit en outre que 
Iefus Ghrift eftoit mort,mais que le Soleil& la Lu¬ 
ne ne mouroient point, Scdemandoit aum.ovnç 
commeilfçauoitquele Dieu des Chreftiens cuti: 
crée le monde , frère Vincent luy refpondit que ce 
liurele difoit, Si en ce difant luy bailla fou breuiai- 
re.Attabalipa lçprint, l'oumit, le regarda de tous 
coftez,&le fucillcta,& difant qu’il n’en difoit mot 
le ietta en terre, frere Vincent ramallà fon breuiai- 
re. Si C‘6a alla à Pizarrc criant : il a iefte en terre les 
Euangiles, vengeance Chreftiens, chargez dellus, 
puis qu’il ne veut noftre amitié, ny rcceuoir noftfc 
loy. Alors Pizarrc commanda qu’on meit dehors 
lVnlèigne,&qu’on dellafchaft l’artillerie aulfi tort, 
craignant que les Indiens fauâçalFent trop auanr. 
Voyans les hommes, d’armes lefigne qu’on leur 
auoir baille au commencement fortirent en toute 
furiepartrois endroics pour rôpre la grofle troup- 
pequi enuironnoitleRoy Attabalipa. Ils en tue- 
rent,& bleccrcnt grand nombre. François Pizarrc 
arriua fur celle mellée aucc fes gés de pied, lelqucls 
feirent grand efchcc de leurs ennemis aucc. leurs 
efpées nefrappans qucdel’eftocûlstiroienr droit 
à Attabalipa,qui toufiours eftoit en fa lidticre,afin 
de le pouuoir prendre prifonnier cftimantvn cha¬ 
cun acquérir par là vnc grande gloire. Mais ils ne 
pouuoict le toucher, par ce qu’il eftoit cfleué hauc 
en fa Iiétierc, & pour celle caufe tuoient ceux, qui 
ia fouftenoienr, à fin de le faire tomber. Mais aulïï 
toft qu’il y auoit vn de ces porteurs mort, vn autre 






prcnoit fa plaGc ddpcur que lcurfcigncurne rom- 
baft à terre. Pizarre voyant cela le tira par la robe, 
lie le feit chcoir cil terre, ôc par ce moyen princ fin 
cefte mcflce.il n’y.cut aucun Indien qui combattit, 
encore'que tous fu fient armez, qui cft vnechofe 
notable. Ils ne combattirent point, par ce qu’il ne 
leur fut point commandé,ou qu’ils n’àpperceurent 
point le fignc»duquel ils auoient cnfemble conue- 
nuàcaufe du trcfgrand bruiét, & dc l’all'autinopi¬ 
né qu'on leur donna, ou bien par ce qu’ils fiéntre- 
incflcccnt touserifemblç pour la peur qu’ils eurét 
de nos gens, & du.tiàtamare qu’en vn inefme téps 
ils ouirent des trompettes, des arqucbuzes,dc l’ar¬ 
tillerie , & des.chcuaux, qui tous, auoient des fon- 
nettes pour les clpouucter d’auatage. Parle rnoyé 
donc d’vn tel bruidt,& d’vn tel chamailliz tous fc- 
fuirétfansfc foucierd’auantagedcleurRoy. L’vn 
icdtoit fon compagnon à terre pour efeamper. Il y 
en eut tant;qui le rangerentà vn coftc,que preflez, 
ils ietterent par terre vn pan de mur pour euiter les 
coups de nos gens: mais ils furent fuiuis par.Perdis 
nand Pizarre aucc les gens de cheual iufques àda 
nuicb.Le general Ruminagùy f enfuit des premiers 
auffi toft qu’il ouyt l’artillerie cftant défia tout ef¬ 
faré de ce que prefent ilauoit veu comme fcs géns 
auoient cfté iedtez par les noftrcsdu haut en bas 
de là tour,qu’ils eftoiét allez alfaillir, entre lefquels 
cftoit ccluy,qui deuoit donner le fignal pour com¬ 
battre . Il mourut beaucoup d’indiens à la' prinfe 
d’Attabalipa, qui fut l’an 1533 .auTambo de Caxa- 
malca, qui cft vne grande place toute enfermée de 
murailles. Il y en mourut fi grand nombre parce 



4.< 1IVR.Ï t! t’HIST; 
qu’ils ne le dcfcndoicnt point, &auffi que les nb- 
ftresne frappoient qucdel’eiloc de leurs cfpccs, 
craignis les rompre filseulTent frappé du taillant: 
Frère Vincent leur auoit baillé ce confeil. Les In¬ 
diens auoient des moriôs de boys doré auec beaux 
pennaches, ce qui donnoit vn beau luftve à leur ar¬ 
mée, Ils auoient des iuppons fort relcucz en bof. 
fc.des mallèsdorees.dcspicqueslongues.des fron¬ 
des,des arcs,des haches,&des halebardcs d’argent,- 
& de bronze,& mefmc d’or,qui reluilbicftt à iner- 
ucilles.il n’y eut aucu Efpagnol blecé,excepte Fra¬ 
nçois Pizarrc.qui fut blecé en la main par vn de nos 
loldats, qui cômc il prenoit Artabalipa, luy donna 
ce coup,pcnfiint frapper A ttabalipa.Et à l'occafion 
de celle bleçeiirc auciis difenc qu’vn autre le print; 

La grande rançon ijite promat yfttabaltpa polir ejtre 
deliitré de prtfon. Chttp. 114. 

L Ès Elpagnols eurent allez de quoy fe relîouir 
toute celle nuiél pour vne fi grande viétoire,& 
pour auoirvn tel prifonnier. Aullî auoicnt-ils bc- 
loing de fc repofer pour le rrauail qu’ils auoient 
enduré tout le iour fans auoit repeu aucunement. 
Le lendemain matin ils feirent vne courfc par la 
campagne: Ils trouuerent auxbaings, & au camp 
d’Attabalipa cinq mille-femmes, lclquclles encor’ • 
quelles fuirent trilles,& mclancholiques, fi receu- 
rent elles plaifîr auec les Chrelliens. Ils y trouuc- 
rent encor’grand nombre de bons pauillons, for¬ 
ce habillcmens à leur v(age,& vtenliles de maifon, 
de grands vailfeaux d’argent,& d’or, & autres piè¬ 
ces de mefme matière : entre lefquellcs y en auoit 
vne qui.felon qu’on diél,pefoit deux cens foixante 




GENERALE DES INDES. 184 

feptliures d'or. En fommc tout le mefnagc d’At- 
tabalipa,qui fut là rrouué valloit cent mille ducats. 

Attabalipa deuint fort ttifte à caufe de fa prifon,& 
mefmcment voyant qu’on levouloitenchainer.il 
pria Pizartede le vouloir bien traicterpuisquela 
fortune vouloic qu’il fuft tombé en tel dcfaftre:&: 
cognoiflant l’auaricc qui commandoitàcesEfpa- 
gnols, il leur didt qu’il leur bailleroit pour fa ran¬ 
çon autant d’argent, & d’or en œuure qu’ilenfau- 
droit pour couurir le plancher d’vne grande fale, , il 
où il cftoit prifonnicr,& voyant quelcsEfpagnols, 
quicftoient prefenstournoient leur vifage,illuy 
cftoit aduis qu’ils n’en vouloient rien croire, 8c 
leur promcit de rechef de leur fournir en btief 
temps tar de vaifleaux,8c autres pièces d’or,8c d’ar¬ 
gent : qu’il en emplirait la file iufqucs à telle haul- 
teurque luy menne marqua, hauifant la main le 
plus hault qu’il peut, & feit marquer à ceftehaul- 
teur vne ligne tout au tour de la (aie, pourucu que 
ils ne rompiflent ny applatiflent les vafes,qu’ils fc- 
roit apporter iufqucs à tant qu’il y en euft iufqucs 
à la marque. Pizarre le réconforta, & luy promeit 
qu’il feroit bien traifté , & qu’il mettroit en li¬ 
berté aufli toft qu’il aurait fourny la rançon qu’il 
promettoit. Sur cefte aflcurance Attabalipa def- 
pefcha de fes gens pour amener de diuers lieux 
l’or, & l’argent ,& les pria de retourner inconti¬ 
nent fildefiroient fa liberté. Aufli ces Indiens vin- 
! rent de toutes parts chargez d’or,& d’argent. Mais 
par ce que la fale cftoit grande , & les charges pe¬ 
tites, elle ne fe rcmplifloit gucres, & encor’ moins 
fempliflbient les yeux de nos gens,non pas pour lo 





4 

peu d’or qu’ils voioient,mais parce qu’il leur cftoit 
aduis qu’ils tardoiét beaucoup à départir cntr’cux 
ces richeffes, tellement que pluficurs ennuyez de 
. tellelongueur difoicnc qu’Attabàlipa7foir d'aftu- 
ce prolongeant le temps, afin de pouuoir cepen¬ 
dant faire allèmbler tant de gens qu’ils fullcnt allez 
forts pour maffiicter les Chrcftiens ou pour le de- 
liurer. Et fur ces propos aucuns furent d’aduis que 
il eftoie meilleur le tucr,&mefme on ditqueladef- 
fus ils l’euffbntalfommé n’cuft efic le rcfpcdt de 
Ferdinand Pizarre,Attabalipa,qui de l'on coftc n’c- 
floit point aflcuré,fimagina de peur cc-que les au¬ 
tres pourpenfoient . Et pour celle caufe il dit à Pi- 
zarre qu’il n’y auoic point d’occafion qu’il fuft 
niai content,encor’ moins de l’accu fer, attédu que 
Jes villes de Quito, Paciacama, Si de Cuzco,dc£- 
quelles il failloit apporter la plus grand de fa ran¬ 
çon,eftoicntfortlointaines, Si qu’ils ne fedcuoicc 
donner peine, par cé que quand à luy il fafieuroit, 
Srainfî le deuoit- il croire.qu’il n’y auoit aucun, qui 
prellàft plus fi deliurance que luy ruefme, &fil 
vouloir Içauoir corne en fon Royaume il n’y aucric 
pas vn, qui falfemblaft que pour luy apporter de 
l’of,& de l’argent, qu’il y enuoyaft par tout fil luy 
plaifoitj&melmeà Cuzco pour faire diligenter fes 
gensd’auantage. Et comme il voyoit que nos Et 
pagnols,qui y deuoient aller ne fcfioict point aux 
Indiés qu’6 leurbailloit pour les guider, il fe print 
àrire,.difant qu’ils auoient peur & fe deflELoiéntde 
là parollc, par-cc-qu’il eftoit prüonnjpr entre leurs 
mains & mefme a la cadene. Nos gens fefinerueil- 
Ierent de l’aiTeurancc de ce prifonnicr , & eurent 




«IN ER ALE DES INDES. l3j 

quafi honte de ce qu’il Icurdifoic tellement que 
Ferdinand dcSotto,& Pierre de Varcofe délibérè¬ 
rent d'y aller pluftoft tous deux tous Peuls. Ain fi 
doncques fcn allèrent en la ville de Cuzco, qui e- 
ftoitloing d’eux plus de deux cens lieucs.lls fefai- 
foient porter dedans des portoircs,& alloiét com¬ 
me ont accouftumé de courir les courriers, par ce 
que de certains lieux, en autre ils changcoient 
de porteurs , par telle fubtilitc que mefme en cou¬ 
rant,la portoirc fe bailLoic à ceux du lieu qui la dc- 
uoient porter fur leurs cfpaules fans farreftervn 
pas . C’eftlà la manière, de laquelle vfent les fei- 
gneurs de ces pays quand ils veulent aller de pays 
en autre en diligence. Ils rencontrèrent à quelques 
iournées de là Guafcar Yuga,que Qtÿfquiz,& Ca- 
licucima capitaines d’Attabalipa amenoient pri- 
fonnicr. Guafcar les pria afFeftueufcment de vou¬ 
loir retourner auecluy, mais encor que l’autre les 
en priai!: allez ils n’en voulurent rien faire pour l’c- 
uic,qu’ils auoient de veoir l’or de Cuzco. Ce pen¬ 
dant Ferdinand Pizarre fen alla auifi auec quel¬ 
ques cheuaux iufques à Paciacama,qui cil loing de 
Caxamalca trois cens mil pour faire auiTi diligen¬ 
ter ceux qui auoienr la charge d’apporter l’or SC 
l’argent delà. Il rencontra par le chemin près dé- 
Guacinco Ulcfcas,qui amenoit trois cés mil pefans 
d’or, & grande quantité d’argent pour fournir la 
rançon exceilîue qu’auoit promis fon fterc At- 
tabalipa. Il trouua vn grandiifime threfor à Paciâ- 
cama,&appaifa quelques Indiens ,quifcftoient 
eileuez en armes. U defcouurit en ce voyage plu- 
ficurs fecrcts du pays non fans vn grand trauail, Ôi 



LIVRE 

ramena vn trefgrande fomme d’argcnr, &d’or. 
Pour lors pluficurs ferrcrent leurs cheuaux'cn ce 
voyage d'or,8c d’argent, parce qu’il f’vfoic moins. 
Si autli qu’ils auoienc faute de fer. Par ce moyc on 
afTembla vne quantité infinie d’or. Si d’argent à 
Caxarrtalca pour la rançon de Attabalipa. 

La mort de GihtfcArper le cemmAndcmcnl d'yCttAbalipA. 
Chef. itj. 

Q Vafr auraefme temps que fut prins Attabali- 
.pa,où vn peu deuanr, Quifquiz, Si Calicuci- 
maprindrent Guafcarfouuerain feigneur de tous 
les Royaumes du Pcru comme nous compterons 
cy apres. Attabalipa penfoic-au commencement 
qu'ils l'euflent tuc,& te voyant prifonnicr ne vou¬ 
lut qu’il fut tué. Mais ayant eu lapromellc de l'af- 
feuranccdc fa vie ,Si de fa liberté pour la rançon 
qu’il auoit promife à Pizarrc,il changea de fantafïe 
Si Ja feirmettre à execution quand il fccut ce que 
Guafcar auoit dirau capitaine de Sotto,& à Pier¬ 
re de Varcojqui eftoit en fomme,qu’il les prioit de 
retourner auccluy à Caxamalca, afin que ces capi¬ 
taines, qui le menoient neletuafJcnt point apres 
auoit entendu la ptifbn de leur maiftre, de laquel¬ 
le iufqucs icy il u’auoient encor’ rien ouy, Si que 
fils vouloient luy faire ce bicn,quc non feulement 
il eropÜroir lafalc iufquesàlamarque qu’Attaba- 
lipa auoit faite,mais qu’ill’empiiroic toute iufqucs 
au fefte des threfors de Guaynac.apa fon perequi 
eftoit trois fois plus que n’auoit offert fon frere, 
qui ne pouuoit accôplir ce qu’il auoit promis fans 
piller les temples du Soleil, Si en Comme leur çôp- 
ta,côme il eftoit vray feigneur de tous fes Royau- 





GENERALE DES INDES. l%6 

mcs,& que fon frere n’en eftoit qu’vfurpateur co¬ 
rne tyrant, & pour cefte caufe auoit grand enuie de 
vcoirlc capitaine des Chrefticns pour le prier de le 
deliurer de tant de maux,& le remettre en liberté, 
ôc luy reftituer fes biens, 8 c Royaumes, par-cc que 
fon pcreGuaynacapa luy auoit commandé corne il 
mouroit qu’il fe monftraft toufiours amy'des gens 
blancs,& barbus,qui viendroient en cespays,à rai- 
fonqu’vn iourils deuoient eftrc feigneurs de ces 
pays.Ce Guaynacapa auoit cité vn riche,& puiflac 
rcigncur,prudent,Sc bien aduifé. Car cognoiflint 
ce que les Efpagnols auoicntfaiét en Caftillc de 
l’or,il preuoyôir bien ce qu’ils feroier, fils venoiét 
par deçà. Attabaüpa remâchât fouuét tous ces dif- 
couts,qui cftoict vrais,enuoya en fccret par deuers 
fes capitaines Quifquiz, & Calicucima.&leurma- 
da qu’ils feiflène mourir fon frète Guafcar.Et pour 
exeufer telle mort, ilditàPizarrcqu’il eftoit mort 
de fafcherie.Sc de mclacolic. Aucuns difent qu’At- 
tabalipa fut 16g temps trifte ne faifant que pleurer 
fins manger,& fans dire pourquoy, voulant fine¬ 
ment par là defcouurir la volonté desEfpagnols,8c. 
pour tromper Pizarrc. En fin apres auoir efté pluf> 
que prié,illeur dit corne Quifquiz auoit fait mou¬ 
rir Guafcar fon feigneur, fe prenat là deflus à pieu' 
rer profondément en prefencc de tous, fe defehar- 
geant au mieux qu’il pouuoit de cefte mort,&mef- 
me de la guerre qu’on luy auoit faidte, & de fa pri- 
fon,difantqucce qu’il en auoit faic n’eftoit que 
pourfe deffendre de luy, qui luy vouloir oftcrle 
Royaume de Quito,& qu’ils feftoiét acordez puis 
aprcs.&quc pour confirmer ceft accordil le faifoit 




vcnir.Pizarre le confola,Sduy dift qu’il ne fut plus 
ainiî mélancolique,puis que la mort eftfi naturcl- 
à tous,quc telle fafeherie luy feruiroit de peu,qu’il 
finfovmcroit de la vérité du fait plus àplain cy 
apres,& que Iuy mefme feroit faire la punition des 
malfaiteurs. Attabalipa voyant que les Efpagnols 
fc foucioient fi peu delà mort de Guafear, manda 
pour lors, comme aucuns difeut, qu’on le tuaft. 
Mais,foit cômc on voudra,il eft trefeertain qu’Ar- 
tabalipa feit tuer fon frère Guafear, 8 c Ferdinand 
de Sotto, Se Pierre de Varco font coupables de fa 
mort, à caufe qu'ils ne voulurent l’accompagner, 
&le mènera Caxamalca, puisqu’ils le rencontrè¬ 
rent fi près, & que mefme l’autre les en prioir fi af- 
fctueufemét,&nc leur fcrtl’excufe de ce qu’ils di- 
foient qu’ils cftoient comme mcflàgcrs,&pour ce- 
ftc caufe qu’ils ncpouuoiët outrepaftèr le mande¬ 
ment dcleur gouuerncur. Tous affermèrent que 
fils l’euffcnt prins en leur fauuegarde, qu’Attaba- 
lipa ne l’euft iamais-fait tuer,&fi Ce feuffét faits vn 
autre bié.C’eft que les Indiés n’cufîèn t p oin t caché 
l’or,ny l’argcnt,ioyaux,ny autres pierres prccieufes 
qui eftoient en la ville de Cuzco,&cn plufieufs au¬ 
tres lieux, qui, félon le bruit, qui couroit des ri- 
chefTesdeGuaynacapa, qui eftoict entre les mains 
de Guafear, faifoient vncrichefTe fans comparai- 
fon bien plus grande que tqut ce quelcsEfpagnols 
eurent de ce pays,encor’que la rançon d’Attabali- 
pafut grande. Quand on tuoit Guafear il difoitr 
i'ay peu régné, mais mon traiftre de frere régnera 
cncor’.moins, parce qu’on le tuera, comme il me 
fait mourir. 



le: guerres,Gr Aiffcrens^ni ont efléentre Gitafar, Gr 
^ftubultpit. Cb.tp. il 6. 

G Vaicar, qui en leur langue lignifie cœur d’or^ 
eftoitfils aifné, & légitimé de fon perc Guay- 
nacapa:fon frere puifné fut Attabalipa,qui aptes la 
mort de fon perc eut pat tcftament paternel lapro- 
uince de Quito, & Guafcar eut la ville de Cuaco, 
Sc toutes les autres feigneuries de fon perc, quie- 
ftoient fort grandes, il régna paifiblemét quelque 
temps. Mais cefte paix neluy dura gucrcs, par ce 
qu’Attabalipa occupa, &: fe faifit de Tutnebamba, 
Prouince trcf-opulcntc à raifon des minesd’or.qui 
font en icelle. Hllecft voifinede celle de Quito. 
Atrabalipa difoit qu’elle luy appartenoit à caufe 
de fon partage. Guafcar eftant bié informe'de tout 
ce qu’auoic fait fon frere, y enuoya en porte vn 
gentil-homme pour le prier qu’il n’etift pointa 
gafter ainfi fon pays, & qu’il luy rendit les Orcio- 
nes:& feruiteurs de fon pere, & manda parle méf- 
me gentilhomme aux Canares, ainfi appellent ils 
ceux de ce pays,qu’il eurtet à garder la foy,& obeif- 
fance qu’ils luy auoient ia preftee. Le gétilhomme 
retint les Canares en obeiftance, & voyant ceux de 
Quito en armes manda àGuafcar fon feigneur que 
il luy cnuoyaft dcuxmilleOreiones pour reprimer 
&chaftierles rebelles.Ces homes eftant arriuez les 
Canares,les Ciapparras, & les Paltas, qui fon voi- 
lins, fe ioingnirent auec luy. Attabalipa eftant ad- 
uerty de l’armee qui dreffoic fon frere, pour empef- 
cher quelle ne f aflèmblaft ainfi aifémct,fe mcit in- 
continéc aux champs auec fon armée,& eftant près 
de fes ennemis demanda bataille. Mais auât que la 



'4- tIVRÎE DE l’hIST. 
demander, il pria qu’on luy laiiTàfl: fon pays libre, 
qui par le reftament de fon pcrc luy cflroit aduenu, 
Sc côme on luy feit rcfpôcc que ces pays dot cftoit 
queftion apparcenoientà Gùafcarcômc eftant he¬ 
ritier vniucrfcl dcGuaynacapa,il donna la bataille 
laquelle il perdit, Sc fut fait prifonnicr au pont de 
Tiimebamba comme il fuyoit. Aucuns difent que 
Guafear lima la bataille, laquelle dura trois iours, 
Sc.en laquelle mourut grand nombre deperfon- 
nestanc d’vue part que d’autre. Pour laprinfe de 
Attabalipa les Oreioncs de Cuzco feirent toute 
nuiéfc, de grandes allcgrcflcs, Sc banquets, où ils 
fenyùroiçnt à qui mieux mieux. Ce pendant At- 
tabalipafeit ouucrturcàlamurailleaucc vn pic de 
argent,& de bronze qu’vne femme luy auoic don¬ 
né^ fenfuit en la ville de Quito , fans que fes en¬ 
nemis feq apperccurent aucunemcnt.S’eftant ain- 
fi elchappé il afièmbla fes fiibicéts,leur feit vnelo- 
guc harangue les perfuadant de vouloir prendre la 
vengeance de l’iniurc qu’on luy auoic faille, & 
qu’ils ne deuoient douter de la guerre, attedu que 
le Soleil-le voulant preferuer l’auoit conuerty en 
ferpentpourfortirdeprifonparvn trou,qui eftoit 
en la chambre,où on le tenoit enfermé, Sc fi luy a- 
uoit promis viftoire fi fes gens vouloient entre¬ 
prendre la guerre.Ils feirent refponce qu’ils cftoict 
tous prefts à le fuiure,foit qu’ils fufient efmeuz par 
le récit d’vn tel miracle, foit qu’ils fufient à ce fti- 
mulez pour l’amitiè qu’ils luy portoient. Mais foit 
que ce fbit,fi afièmbla-il vnc grande armcc.auec la¬ 
quelle il tira droid vers fes ennemis,&les furmon- 
ta plufîeiïrs fois faifant tel carnage d’eux qu’encor’ 



GENERALE DES INDES, l8S 

auiourd’huy on voie de grands monceaux des of- 
femens de ceux, qui moururent en ces dures ba¬ 
tailles. Il mcit alors au fil de l’efpee foixante mille 
perforines dcsCanarcs, &ruinadcfond en comble 
Tumebamba ville trefgrande,& tref-opulétcauec 
vne excellente beauté. Ellccftoit fituce fur trois 
grâsfleuues: par telle defcôfiture il fc feit craindre 
d’vn chacun, & fencouragea de vouloir eftre Yn- 
ga de toutes les terres,qui auoient cité fous la puif- 
iànce de fou perc, de commença incontinent àfai- 
re la guerre fur les pays de fon frère. Il ruinoit en¬ 
tièrement, & tueoit tous ceux, qui fe deffendoicr, 
& au contraire il dônoit de belles franchifcs à ceux 
qui le rcceuoicnt, & leutdonnoit les dclpouilles 
des morts,aucuns pour l’amour de telle liberté,au- 
tres de peur defacruauté fuitioientfon party.Ain- 
fipar tels moyens il conqucfta iufques à Tombez, 
& Caxamalca fans rencontrer plus grande rclï- 
ftance que celle qu’il trouua en l’Ifle de la Puna,où 
comme nous auons défia recité, il fut blccé. 11 en- ' 
uoyavnc autre grande armee foubsla conduidlc 
de Quifquiz,& Calicucima capitaines fages j 8e 
vaillans contre Guafcar fon frere, qui fortoit de la 
ville de Cuzco auecqucsvnbclexcrcitc.QuSdles 
deux armées fe veirent près l’vn de l’autte,les capi¬ 
taines d’Attabalipa voulans aflàillir leurs ennemis 
par le flanc quittèrent le grand chemin Royal,8e fe 
meirentà cofloyer Guafcar, qui f’entendoir peu 
au faiél de la guerre, fefeatta vn peuloingde fon 
armee pour aller à lachafle , biffant fes gens al¬ 
ler deuant . Or comme il cheminoit toufiours 
Cuis enuoyer aucuns pour defcouurir deuant, ny 

A iiij 



i,. LIVRE DE L HIST. 
fans conlîdercr aucun danger il fe rencontra pre* 
de l'armee de fes ennemis en vn lieu.d’où il ne pou 
uoirfuir. Il combattit auec huicl cens hommes 
qu’il auoit feulement auec luy iufqucs à ce qu’il 
fut enuironné, & prins.A grad peine eftoir il làar- 
tiué quand auccvnc grande furie toute fon armée, 
accourut pour le fecourir.il y auoit tant d’hommes 
en celle armee que facilement on l’euft fiuuc tuant 
.tous ceux d’Atrabalipafi Calicucima, & Quifquiç 
ne les eullènc trôpez.dilàns, qu’ils le teinllcnt coys 
autrement ils tueroiét Guafcar, &cn feirent le fem- 
hlant. Alors ceux de Guafcar curer peur,& luy met 
me commanda qu’ils meilfcnt les armes bas,&tque 
vingt feigneurs, où capitaines des principaux de 
J’armee vernirent pardeuers luy à confulter pour 
trouuer les moyens de vuider les dîfferens, qui 
elloient entre luy & fon frere puis que fes capitai¬ 
nes Quifquiz, ScCalicucimale vouloicntbié.Mais 
ce n’citoic qu’vnc tromperie, laquelle auüi colt 
que ces vingts feigneurs furent arriucz.ils exécutè¬ 
rent . Car ils leurs feirent à tous trcncher les telles, 
& dirent qu’ils en feroient autant à Guafcar lîyn 
chacun ne fc retiroitenfamaifon. Par telle ru- 
fe,cruauté,& racnacesl’armeedcGuafcarfut rom¬ 
pue , & luy demeura pnfonnicr feul en la pnilfance 
de Quifquiz, & Calicucima , qui le tuèrent puis 
apres, comme nous auons dit, parle commande¬ 
ment d’Attabalipa. 

Departement de l'or Cr Argent à'yCtubdip*. 

Chip. 117. 

Q Velqucs iours apres qu’Atrahalipa futprins 
les Efpagnols preflbient les chefs de départir 





GENERALE DES INDES. 189 

fcs defpouillcs, Si fa rançon encor’ qu’il ne l’cuft 
fournie entière corne il auoic promis, par ce qu’vn 
chacun vouloir ja auoir fa part. Car ils craignoienc 
que les Indiens fc rcuoltarfènt, Si fc viniTent ietter 
fur eux, ôclestuer .ilsnc vouloient point aufli at¬ 
tendre qu’il vint d’autres Efpagnols deuant qu’ils 
cuITcnt enfemble departy ce gafteau. Pour ceflc 
caufc François Pizarrc feit pefer l’or. Si l’argent a- 
pres qu'il fut fondu. On trouua en argent 251000, 
liures pefanc,&en or 1316500. pcfiins, qui cftoit v- 
ne richcfTe, qui iamais n’a efte depuis veue enfem- 
blc.ll en appartenoit à l’Empereur pour fon quint 
400000. pefans & à chafque homme de chcual 
8000.pefans d’or,& 670.liures d’argent,5: à chaf¬ 
que foldat 4j50.pcfans d’or,5c iSo.liurcs d’argent, 

Çc aux capitaines 3000 .Sc 40000. pefans d’or. Fra- 
çois Pizàrre en eut plus que pas vn. Si comme ca¬ 
pitaine general il print fur touce la malle la table 
d’or qu’Àtrabalipa auoit en fa liâriere laquelle pc- 
foit 25000. pefans d’or. Il n’y eut iamais foldats (i 
riches en fi peu de temps ny auec fi peu de danger, 
& n’y en eut iamais, qui iouerent fi beau ieu que 
ceux-cy. Il y en eut plufieurs, qui perdirct leur part 
aux dets,& aux cartes,& fi enchérirent toutes cho- 
fes pour la grade quantité d’or qu’ils auoient. Vnc 
paire de chauffes de drap valoient tréte pefans d’or 
çntr’eux : vne paire de bottines autant, vnc cappe 
noire en yaloit cét,vn boccal de vin vingt,vn chc¬ 
ual valoir crois,quatre,& cinq mille ducats,auquel 
prix ils fe vendoient bien puis apres par quelques 
années. Outre ce qu’eurent les foldats,Pizarre,en¬ 
cor’ qu’il fuit obligé, donna à vn chacun de ceux, 



4. LIVRE DE L’msT. 
qui depuis eftoienc venuz auec Almagio cinq cens 
ducats, à aucuns mille, afin qu’ils n’euflent point 
occafion de fe mutiner,il n’y eftoic point tcnu.par- 
ce qu’Almagto & les fiens, ainfi que quelques vns 
d’entr’eux auoient mandé,eftoicnt icy arriuezauec 
, intetion de conquérir en ce pays pour eux mcfmeS 
feulement fins vouloir méfier leurs fortunes auec- 
ques celles de Pizarre, ainsau contraire voulans 
luy faire tout le mal, & dcfplaifir qu’ils pourroiét. 
j MaisAlmagro feit pendre ccluy, quiauoiteferit 

telles nouuclles. Eftant arriué en ce pays il fceutla 
prifon, & quelle eftoitla richelfe d’Attabalipa, & 
aulli tort C'en alla à Caxamalca, & fe ioingnit auec 
Pizarre pour auoit moitié au butin fuiuant les capi 
tulations delà focieté qu’ils auoientfai&e enfem- 
ble.Pizarre luy feit part de tour, Si en cefaifant de¬ 
meurent grands amis, ilenuoyale quint, &rout 
ie récit de ce qu’ilauoit faiét à l’Empereur par Fer¬ 
dinand Pizarre fon frère, auec lequel reuindrenr en 
Efpague pluficurs foldats, riches de vingt, trente, 
.& quarante mille ducats. En fournie ils apporterct 
•quafi tout l’or d’Attabalipa, &emplitct la maifon 
de la négociation des Indes, qui eft ordonnée à Se- 
uille, de deniers, & tout le monde d’vn grad bruir, 
apportât à vn chacun vn grâdillîme defir d’auoir la 
fortune telle qu’ils auoient eue. 

Lu mort A'^/CttthdipA. ch<tp. nS. 

L A mort d’Attabalipa cependant fe filoit par le 
moyen, auquel moins on penfoit, Philippes 
truchement de nos gens fenmoüracha fi auant d’v 
ne des femmes d’Atrabalipa qu’il eut affaire auec el 
leaueepromefle del’elpoufer fi fon Seigneur d’a- 



GENERALE DES INDES. IJO 

ucntui'cmouroit.Or pourcontéterfondefiril voa 
lut meme fon entrcprifc à exccutiô à quelque prix 
que ce fuit, & pour ccfte caufe il dit à Pizarre, Sc 
aux autres côme Attabalipa faifoit fecrettemcnt af 
fembler fcs gés pour venir courir fut les Chreftics, 
Sc les tuer en furprinfc,&par ce moyen fc deliurcr. 
Ces nouuelles peu à peu furet fceuës de tons lesEf- 
pagnols qui les creurent comme véritables, & au¬ 
cuns difoient qu’ils tucroient Attabalipa pour feu- 
rcté de leurs vies, Sc de ces Royaumes. Autres di¬ 
foient qu’on l’cnuoyaft à l’Empereur, Sc qu’on ne 
tuaft point vn prince fi grand, encor qu’il y cuit de 
fafaultc c’cuft cftélà vne meilleure refolutiô.Mais 
toutesfois ils executcrent l’autre à l’inftance, à ce 
qu’on dit, de ceux qu’Almagro auoit amenez aucc 
foy, par ce qu’ils difoient entre eux, que tant que 
Attabalipa viuroit,ils n’auroiént partàaùcunor 
iufqu’à ce qu’il euft rcmply la fale à la mefure quil 
auoit marquées pour fa rançon.En fin Pizarre déli¬ 
béra de le tuer pour fe deliurcr de tous penfemens, 
croyant auifi qu’iccluy cftant mort il auroit moins 
de peine à conquérir le Royaume . Il luy feit fon 
procès fur la mort de Guafcar Roy fouuetain de 
tous ces pays, ôcencores luy prouua comme il a- 
uoit machiné la mort des Efpaignols, mais ce fut 
par la malice de Philippcs qui interpretoit les pa¬ 
roles des Indiens comme il luy plaifoit,par ce qu’il 
n’y auoic aucun Efpagnol, qui les entendift,Atta¬ 
balipa nioit toufiours fort Sc fermedilant qu’iln’c 
ftoit pas croyable qu’il cuit voulu m ettre à fus vne 
telle entreprife pour la garde qu’on faifoit fur luy 
fi treflbigneufement, attendu que mcfmes cftant 



4. LIVRE. DE 

en liberté auec tous fes gens il n’auoit peu efchap- 
per.il menaçoitPhilippes.&piioitqu’on neluy 
adiouftaft point defoy. Quand il entendit la fcn- 
tcncc, & arrcft donné contre luy.il Ce complcignit 
grandement de Fraçois Pizarrc.qui le faifoit mou- 
lirnon-obftant qu’il luy cuft promis de le deliurer 
pour là rançon,& le pria de le vouloir cnuoycr en 
Efpagnc, & ne point fouiller fcs mains, 5c fa rend* 
mee du fang de celuy,qui jamais ne l'auoit offenlc, 
& qui au contraire l’auoit fait riche. Quand on le 

mena pour eftre exécuté,par le confeil de ceux,qui 
lcconfoloicnr.ildemadale baptefme par ce qu’au- 
trement il cuft efté bruilc tout vif.Apres auoir cfté 
baprizéils l’attachèrent à vn potcau,& l’eflranglc- 
rent, depuis auec quelque magnificence l’cntcrre- 
rent à noftrcmode. Il eftpermis de reprendre, & 
accufer ceux qui le feirét mourir puis que le temps, 
& leurs péchez les ont chafticz. Car tous ceux,qui 
confulrcrent fur fia mort eurent mal’heureufe fin, 
comme vous pourrez veoir par le progrez de l’hi- 
ftoire.Atrabalipamourutcourageufeméc, & com¬ 
manda que fon corps fuft porté à la ville de Quito 
où fcs predccclfeurs ducoftéde là mere eftoient 
enterrez,fil demanda le baptefme de bon cucur,ic 
l’eftime heureux, & fil eut repentâce des meurtres 
qu’il auoit fai6tfairc.il auoir le corps biendifpos, 
il eftoit fige,courageux,d’vn cucur nobIe,5c franc. 
Il auoit pluficurs femmes,Sclaidà quelques enfans, 
il vfurpa de fort grands pays fur fon frère Guafcar, 
8 c ne voulut onc porterie Flocquet rouge qu’il ne 
feeuft que Ion frere eftoit ptifonnier.il ne crachoir 
point en terre, mais vnede fcs plus fauorites rcce- 



GENERALE DE* INDES. IJI 

üoiten fa mainla faliue. Les Indiens furent bien 
cftônez de ce qu’ainfi toft onl’auoit faidt mourir, 
& louoient Guafcar comme fils du Soleil, remer- 
rans en mémoire côme il auoic deuinc qu’en brief 
temps Attabalipa mourroit. 

Ltdejccntc-d' ch*f. 119. 

L Es plus nobles hommes, plus riches, & plu, 
puillàns de tous les pays.qui font au Peru font 
les Yugas ,lefquels fc font toufiours porter enli- 
âicrc, ils portent en leurs oreilles certains ioyaux, 
non pas en forme dependans,niais font retroulTez 
«u dedas des oreilles par telle façon qu’ils les font 
croiftre, Sc cflargir, qui a efté caufc que les noftres 
les ont furnommez Orciones, c’cftà dire grandes 
orcillcs.lls font ylfu dcTiquicaca,qui eft vn lac,qui 
n’eftpas loing dclaProuince de Colao,& n’cft 
qu’à fix vingts mil de la ville de Cuzco. Tiquicaca 
vcult dire Ifle de plomb,& ce lac a efté ainfi appel¬ 
le, par ce qu’entre plufieurs Iflcs qu’il a habitées, il 
y en a vne, qui fournit du plomb, qu’ils appellent 
Tiqui. Ce lac a de tour 140. mil, il reçoit dix, ou 
douze grands fleuues, & force rnifleaux, &les rc- 
ictte tous par vn fleuueîort large, 6 c creux, qui le 
va rendre en vn autre lac loing de ccftuy 140. mij 
vers l’Orient, où il fe perd non fans grande admi¬ 
ration de celuy, qui y prendra garde. Le premier 
chef Ynga qui tira de Tiquicaca des foldats fe nô- 
moit Zapala,qui lignifie feul feigneur.Aucüs vicils 
Indiens difent qu’il fappclloit Viracocia,qui yeult 
dire greflèdemer,& qu’il amena fes gens par la 
-mer. Pour conclufion ils afferment que Zapall* 
fut celuy, qui peupla, & feit fa demeure Royale à 


Cuzco d’où les Yngas puis apres commencèrent i 
fubiuguer les pays circonuoifins,&autres Prouin- 
ces plus loingtaines,&eftabIircntcoufiours là leur 
fiegc,& la court deleur Royaume,&Empiic.Ceux 
qui ont laifleàlapoftertté plus grand renom d'eux 
àcaufc delcurs prouellès &vcrtuz,ont ofté Topa, 
Opangui, & Guaynacapapcreaycul, Scbifayeul 
d’Attabalipa.Mais Guaynacapa à palTc tous les au¬ 
tres: fon nom finterpreteieune riche. Apres qu'il 
eut côquis par force d’armes le Royaume de Qui¬ 
to il fe maria auec la Roync, de laquelle il eut Atta 
balipa, Si Illefcas, qui mourut à Qmro . Il laillà ce 
pays à Attabalipa, &fon Empire !c threfors de 
Cuzco à Guafcar.il eut félon qu’aucuns veulent di¬ 
re deux cens fils de plufieurs femmes.Son pays f’e- 
ftendoit 31000. mil de pays. 

Lt court Cr ricbtjfetlc GHiyntup.t. Clup. 110. 

L E s feigneurs Yngas refidoient en la ville de 
Cuzco comme citant capitallc de leur Empi¬ 
re. Mais Guaynacapa feit longuement fa demeu¬ 
re en la ville de Quito pour-ce quelle effc fitucc 
en pays plaifant au poflible, & auffi pour l’amour 
qu’il auoit acquifc. 11 auoit toufiours auprès de 
luy grand nombre d’Oreiones, gens de guerre, 
quifaifoientvncarmée, c’eftoit pour fa garde, & 
pour monftrer fa maiefté plus grande. Les gés qui 
eftoient pour celle garde portoient des efearpins, 
de grands pennaches ,& autres marques de homes 
nobles,& priuilegiez par fus les autres,pour leur ex 
pertife de guerre.Guaynacapa fc feruoit des fils ait 
nez,ou heritiers de to’les feigneurs de fô Empire, 
qui eltoict en grâd nobre,&vn chacü fe velloit à la 



etKIRAIl DES INDES. tpi 

mode de fô pays,par ce qu’vn chacü fçauoit d’où il 
eftoit venu. Cela eftoit caufe qu’op voyoitgrande 
diuerfité d’habi'jdc couleurs,&defaçôs de faire en 
la court.ce qu’il l'honoroir,& l’aplifioit àmerueil- 
les.ll àuoic encore en fa coure plufieurs grands fei- 
gneurs pour ieruirde côfcil.ou pour môftrer quelle 
eftoit la grauité.&maieftc de facour.Ccs feigneurs 
encor’ qu’ils euflène tous grande famille apres eux. 
Si grand train:lî n’eftoient ils pas cfgaux à fafleoir, 
ny és autres honneurs,parce qu'aucuns precedoiéc 
les autres, autres fe faifoient porter en lidticrc, au¬ 
tres en portoires, autres alloient à pied. Aucuns fc 
feoient fur des fieges hauts , Si grands, autres fur 
des fieges plus bas, autres à terre, mais il failloic 
que quelque perfonne que ce fuft qui vint à la 
court, qu’il fe defehaufiaft auant que entrer dedas 
le Palays, &fil vouloir parler à Guaynacapa il 
haud'oitles cfpaulcs, & bailFoit la tefte, qui eft 
vnc ceremonie entre eux pour monftrer qu’ils 
font fes vaftàux. Auant que parlera luy ils faifoicc 
de grandesrcucrcnccs.auec vnchumilitc grande, 
& parloient à luy baiflànt la veuë contre terre de 
peur de île regarder. Il tenoit vne grauc maiefté, 
fesrcfponces cftoient fucceindtes, ilprcnoitfon 
repas auecqucsvn grand apparat.. Tous les vten- 
lîles de fa maifon, tât pour fa table que pour la on¬ 
line, cftoient d’or, Si d’argent, Si à faute d’argent, 
il les faifoit faire debronze pour cftre plus forts.ll 
auoitcnfa garderobbe desftatues d'or en bofteii 
grades qu’elles reftëbloient à des geâs,& les figures 
cftoient tirées au vif.ll auoit auili de pareille gran¬ 
deur toutes fortes d’animaux de me fine matière. 


4. IlVR.S DE i’hist. 
comme belles tevrcftres, & oifeaux. Il auoit auflî 
les arbres & herbes que produifoit Ton pays, & 
tousles poiHons qui fe procreoicnt,tant en la mer 
qu’es eaux douces de fon Royaume, 11 n’eftoit pas 
mefme des cordes, &plnfieursautreschofes lém- 
blablcs & panniers qu’il n’en euft d'or & d’argent» 
il auoit mefme îufqucs à des efdats d’or Si d’arget, 
qui lembloient eftre faiétspour brufler. Enfom- 
me,il n’y auoit chofe en fon pays qu’il n'en euft la 
femblâce faille ou d’or,ou d’argent. Et mefme on 
diét en outre quelesRoys Yngas auoiccvniardin 
en vne iflepres celle de la Puna, où ils alloicnt fe 
recrcer quand.ils vouloicnc prendre plaifirfurla 
mer,qui auoit d’or & d’argét tous les chofes qu’on 
fçauroit mettre en vn iardin comme hcrbes.fleurs, 
& arbres,qui eftoic vne inuenrion,& vne grâdeur, 
qui depuisn’aiamais clic veuc. Outre tout ce que 
dclîùs il auoit vne infinie quantité d’argent,&d’or, 
pour mettre en œuure à Cuzco,qui fe perdit par la 
mort de Guafcar, par ce que les Indiens la cachè¬ 
rent, voyans que les Efpaguols la vouloient arre- 
refter, & enuoyer en Efpagne. Pluficurs depuis en. 
ça en ont cherché,mais n’en ont rien feeu trouucr. 
Peut eftre que le bruit cft plus grand que la foin- 
mc, combien qu’on l'appellaft icunc riche, ce que 
veutdirelcnomdeGuaynacapa. Guafcar fut he¬ 
ritier de tontes ces richelfes, Si de l’Empire, Si ne 
fe parle tant de luy comme d’Atrabalipa, & pofli- 
blc à caufc qu’il ne vint point en la puiflâneedes 
Elpagnols comme l’autre. 

Irréligion, er les Dieux des Rpys Tngas, & d'nu~ 
très gens. cfuf. ni. 

ii y 4 




i 



«ÏNIRAl* DSS INDES. IjJ 

■fLyaencepaysautantde fortes d’idoles, com- 
J-me la perfonne a des fun&ions, 8c d’a£tions,tel¬ 
lement que ie ne diray point qu’xl y en ait feule¬ 
ment autant comme il y a de fortes deperfonnes. 
Vn chafcun adore ce qu'il luy plailhmais c’eft l’or¬ 
dinaire à vn pefeheur d’adorer vne flammette, ou 
quclqu’autrc.poiiTon, à vn challcur de rcucrer vn 
lyon,ou bien vn ours, ou vn renard, 8c femblables 
autres animaux,comme oy féaux, & autres chofes. 
Le villageois adore l’eau, & la terre. U eft bié vray 
que tous gcnerallemcnt adorent pour leurs Dieux 
principaux le Soleil, la Lune, & laTerre cftim-ans 
quelle foitmerede toutes chofes,8clc Soleil auec 
la Lune fa femme créateur de tout: auffi quand ils 
jurent ils touchent la terre, 8c regardent le Soleil. 
Entre leurs Guacas(ainfî appellent-ils leurs Idoles) 
y enauoit plufieurs qui tenoienr des baftons, 8c 
portoicnr mitres palïoralcs, mais on ne Içait en¬ 
cor’la caufe pourquoy. Les Indiens voyans l'E- 
ncfque mitre demandoient II c’cftoit le Guacades 
Chrcftiés. Les Temples,fpccialcment ceux du So¬ 
leil, font fort amples, fomptueux, 8c enrichis au 
pofiiblc.Ccluy de Paciacama, celuy de Collao, 8c 
de Cuzco , 8c quelques autres cftoicnr par dedans 
tous reueftus, 8c lambrifcz de tables d’or, 8c d’ar- 
gent,8c tout ce qui feruoie à ces Temples cftoit de 
mefme eftoffc.qui fut vne richelTc non petite pour 
ceux quifubiugucrent ce pays. Ils offroient à leurs 
Idoles force fleurs, des herbes,des fruifts, du pain, 
du vin,des parfums, 8c la figure faifte d’or.ou d’ar¬ 
gent de ce qu’ils leurs demandoient, ce qui eftoic 
caufe d’ainfi enrichir leurs temples.- ioinft auffi que 
B 


leurs Idoles cftoient d’or,& d’argcr, nô touresfois 
rous.Car il y en auoit beaucoup qui n’eftoient que 
de pierre de croyc,& de bois. Leurs Preftrcs fc ve- 
ftent de blanc, & hantenc peu auec le peupleâls ne 
fe marient point,& icufnct fort fouuét,mais aucun 
ieufne ne parte huidb iours,&ces icufnes yolon- 
ticcs fe font quand il’fault femer, ou feycr, ou re¬ 
cueillir l'or,ou faire guerre,ou bien quand ils veu¬ 
lent parler au diable : D’auantage quand c’cfl: pour 
ce dernier adlc aucuns fe creuent les y eux,ce que ie 
croy qu’ils font de peur: car tous fe bouchent la 
veue quand ils veulent parler à luy. Us communi- 
.quent fouucntcsfoys auec luy pour rendre rcfpon- 
ce aux demandes que les Seigneurs, & autres leur 
font. Quand ils entrent au temple pour palier à 
leur Idole ils fe prennent à pleurer,& brairc(& c'cft 
que veut dire ce mot Guaca)& fe trainent par terre 
iufques à leur Idole, auec lequel ils parlent en lan¬ 
gage incogneu à tout le peuple. Ils ne touchent 
point à leur Idole qu’auec des linges fort blancs. 
Si nets. Il enterrent dedans le temple vnc partie 
des offrandes d’or,& d’argent. Ils facrifient des 
hommes,des enfans,des moutons, des oifeaux, & 
autres beftes fauuages que les chaflcurs offrent. Ils 
prennent bien garde au cueurdela vidlimcpour 
vcoir fi les lignes du facrifice font bons, ou mal¬ 
heureux , car ils font grands augures, & f efforcent 
d’acquérir bruidf d’cltre de faindts dcuincursabu- 
fans le peuple. Quand ils font tels facrifices ils f ef- 
crient le plus qu’ils pcuucnt, & tout le iour,&la 
nuidtne font q fê tourmenter fpecialement quand 
ils font en la campagne.Ils oingnent la face de leur 



GENERALE DES INDES. I94 

diable, Sdes portes du temple aucc le fangduTa- 
crifice,Sc mefme en barbouillent les tombes,& fe- 
pulturcs. Si le cœur i 8c les entrailles dcmonftrcnt 
quelque chofe de bon,lors ils ballent, & chantent 
auec toute gayetetau côtraire fil n’y arien de botij 
ils font tliftes, &fafehez au poffible : mais quoy 
que ce foit ils fenyurent toulïoursioliment. Ceux 
qui fc trouucnt en ceftc fefte bien fouuent facri- 
fient leurs propres cnfans(ce que peu d’Indiés font 
encor’ qu'ils foient cruels, & beftiaux en leur relia 
gion)mais ne les mangent point,& au lieu les font 
lèichcr, & les gardent dedas de grandes cafTes d’ar¬ 
gent. 11 y a en ce pays des maifons grandes dediees 
pour les femmes, où elles font enfermes, comme 
en des monaftercs, 8c les hommes, qui font com¬ 
mis pour les garder fôt chaftrez, & mefme on leur 
couppe le nez 8c les leures pour en ofter tout ap¬ 
pétit aux femmes. Us tuent celle qui deuient grof- 
fe,& a affaire auec yn homme,celuy qui l’a engrof- 
fie la peut pourfuiure. En Paciacama ils la chaftiét 
plus doucement pour fauuer le fruidt, & pendent 
par les pieds celuy qui a eu affaire aucc elle. Quel¬ 
ques Efpagnols ont depuis rapporté que ces fem¬ 
mes n’eftoient point vierges,cncor’moins chartes. 
Mais il eft certain que la guerre corrompt beau¬ 
coup de bônes meurs. Ces femmes fîloient, & tif- 
foient des robbes de cotton, & de iainc pour les 
Idoles. Elles bruflent le corps de leur compaigne 
morte auec des os de mourons blancs, & puis iet- 
tenc en l’air la cendre vers le Soleil. 

L'opinion qu'ils ont Couchant le déluge,les premiers 
hommes. Chttp. i ai. 


4. LITRE DE L’hiîT. 

TLs difentquedcucrs la partie deSeptétrion vint 
Jen leur paysvn certain homme qui fiappelloic 
Con,lcquel n'auoir point d’os,& cheminoit legic- 
rement &aucc vnegrande viitciTc, faifant par fa 
vertu & i’cule parole abbaiilcr les montagnes, ôe 
haulfcr les vallées pour abbreger fon chemin. 11 fc 
difoir fils du Soleil. Il remplit la terre d’hommes, 
&de femmes,qu’il crea,& leur dôna grande abon¬ 
dance de froids, du pain, & toutes autres chofes 
neceflaires à la vie humainc.M ais par ce qu’aucuns 
l'irritèrent il changea depuis le bon rerroir, qu'il 
leurauoit donne,en iablons fterilles.comme cil le 
pays qui cil près la mer, & leur oila la pluye, telle¬ 
ment qu’il n'a point pieu depuis en ces pays là .-et 
meu toutesfoisdc quelque compailion il leur lait 
là quelques fleuues pour fentrctcniraucc vn grâd 
trauail neanimoins. Apres ccfluy-cy furuint Pa- 
ciacama,qui efloir ailflî fils du Soleil,&dela Lune. 
Ce mot lignifie crcareur. Ce Paciacama chafTa Cô, 
&fcitdcucnir en forme de chats,tous les hommes 
qu’ilauoit créez, & puis en créa d’autres, qui font 
ceux,q. font pour le iourd’huy au pays,& les pour- 
ucur de tout ce qu’ils ont maintenant. En recom- 
penfc d’vn tel bien ils le reputerct pour leur Dieu, 
& l’ont toufiours honore pour tel en Paciacama 
iufqucs à ce que les Chreftiens l’en ont chaile, cc 
qui les cilonna grandement & fefmcrucillcrent 
fort. Le remple de Paciacama, qui cftoit près de 
Lima eiloit fort renomme par tous ces pays, & y 
venoit on en grade affluence déroutes parts, tant 
pour la deuotion qu’on yaùoit, que pourlcs ora¬ 
cles quif y rendoiem. Car le diable f’apparoiilbir 





là , & refpondoit aux Preftres qui y refidoient. Les 
Elpagnols.qui furent làaucc Ferdinand Pizarrca- 
prcs l.i morr d'Attabalipa voilèrent tour l’or, 8c 
l’argenr.qui y cftoir.qui fut vn riche butin. Depuis 
ces oracles & viftons ont ccifé par la ptefence de la 
Croix , Sc du S.Sacrcment, dequoy furent fort et 
merucillez les Indiens. Ils «comptent en oultre 
comme en vn certain temps il chcut tant d’çau du 
ciel que routes les campagnes furent fubmergees, 
Sc toutes les perfonnes noices,exceptee$ celles,qu» 
Ce fiiuluerent dédis des creux,& cnucvnes des hauù 
tes montagnes, l'entree dsfquellcs ils bouchèrent 
Ci bien que l’eau n'y pouuoit entrer,feftas premie- 
rement garnis de bonnes prouvions, & de grande 
quantité de beftail : Sc quand ils fentirent qu’il ne 
plouuoit plus ils feirent fortir dehors deux chiens, 
&voyans qu’ils cftoient retournez ncts,& moud» 
lez.cogncurcnt par là que les eaux n’eftoient point 
abbaillees . Mais apres en feirent encor’ fortir d’a- 
uantage.Sc lors aucuns rçuindrct fouillez,&pleins 
de fange.par là ils iugerent que l’eau eftoit abbaif- 
fee ,Scà. lors fortirent de leurs creux pour repeu¬ 
pler la terre : mais ce ne fut pas fans grande peine, 
& trauail.pourla peur qu’ils auoient de grands fer- 
pens, qui feftoient.engendrez de l’humidité, & li¬ 
mon, qui eftoit refté du déjugé, &encor’au iour- 
d’nuy on ttouuc quelques vns de ces ferpens. En 
fin ils en tuèrent vnc grande partie, & vefçurcc de¬ 
puis en plus grande feuretc. Ils croient audî la fin 
du mondc,& difent qu’il précédera vne feichereHé 
nompareillc,& que lorsleSolcil,& la Lune reper¬ 
dront. Sur ccfte opinion ils iertent de grands criz, 
B iij 



& pleurent amèrement quand il aduientvne ccli- 
pfe, principalement quand elle cil du Soleil. Car 
lors ils penfent élire perduz auec tout le monde. 
Lu prinfe de Chzjo hült trcfrichc. ch*j>. uj. 

F Rançoys Pizarrc feftant bien informé de la ri- 
cheÏÏe, 5c del’eftat de Cuzco, & ?yant cnrendu 
quec'eftoit la ville capitale des Roys Yngas.lailTa 
eaxamalcài&print fon chemin droidt à celle ville, 
marchant toufiours auec bon guct,& i'eftant bien 
fourny de tout ccquieftoitneceiraireàfon camp. 
Car ainfi luy conuenoit il faire, par ce que le capi¬ 
taine Qmfquiz tenoit la campagne auec vne tref- 
grande armee qu'il auoit dreflce du relie des gens 
d’Attabalipa,& de plufieursautrcs.il les rencontra 
à Xauxa,& fans combattre vint à Vilcas, ou Quif- 
quiz, pcnlànr bien tenir les cnncmys, & en faire à 
fon plailîr parce qu’il auoit les montagnes de fon 
collé, qui luy fauorifoienr, aflàillic l’auârgarde que 
rnenoit le capitaineSotto.il y eut lîxElpagnols 
tuez,& beaucoup de blecez.&nc f en fallut gueres 
que celle auantgarde ne fuft rompue, & mifeen 
routtc.Maislanuiélfuruinr, qui les fepara. Quif- 
quiz feit fa retraite au haut de la môtagne ioyeux 
au poflible. Ce pendant le capitaine Sottô au lieu 
de dormir reféit fon auantgarde auec des foldats 
qu'amenoit Almagro. A grand peine le iour poin- 
gnoit-il quâd les Indiens elloient défia venuz aux 
mains. Almagro.qui pour ccfteiournee auoit prins 
la charge de commander fc retira en la plaine pour 
mieux rayderdefa cauallerie, & pour faire de plus 
grandes executions fur les Indiens.Qmfquiz n’en» 
tendant point encor’ celle altucc, ôc ne fe doutant 






GENERALE DES INDES, 1Ç)6 

aucunement du nouucau fecours,qui eftoit arriuc, 
penfoie que Tes cnne'mys fuilTent. Ainfi rompant 
tout fon ordre fe meic à les fuiure viuement. Mais 
lacauallerie Efpagnolc ferreeen groz oft tourna 
incontinent bride,& d’vnc grande furie donna fur 
Quifquiz, qui pour lors apres auoir perdu grand 
nombre de fes gens fut contraint fuir bien vifte. 
Pendant tel efchçcPizarre arriuaaucc tout le relie 
de l’arm cc& demeura là cinq iours pourvoir quel¬ 
le ylTue prendroit celle guerre. Comme il elloit là 
attendant,Mango frere d’Attabalipa fc vint rendre 
à luy. Il le rcccut humainement, & le feit Roy luy 
mettant fur la telle le petit flocquct qu’ont accou- 
llumé porter les Roys Yngas. Il femeit puis apres 
en chemin ellant fuiuyd’vn fort grand nombre 
d’Indiens,qui journellement arriuoient pour venij 
faire feruice à leur nouueau Roy.Or comme il ap 
prochoit de Cuzco il appcrceut de grandes flâbcs, 
penfant que ce fulfent les habitans, qui bruflallcnt 
leurs maifons ,àfin que les Chrcftiens n’en euflent; 
la iouilTance,enuoyainc6tinent quelques cheuaux 
courir iufqucs àlà,pour empefeher ce feu.Mais tel¬ 
les flambes ne feruoient que de fignes que faifoiét 
les habitans à quelques autres,qui elloient en cm- 
bufcade,lefqucls ne faillirét aulli toll de fortir con¬ 
tre ces gens de cheual, qui couroicnt droi£t à eux. 
Ils elloient en fi grand nombre qu’ils feirent tour¬ 
ner dos à noz gés. Mais là deflus Pizarre arriua,qui 
ralfeura noz fuiards, & cqbattit contre les Indics fi 
couragcufement qu’il les rneit en routte, Sc les feit 
quitter leurs armes qu’ils iettoient pour eftre plus 
légers à fuir. Ceux qui peurct efchapper,gaignerct 
B iiij 




4. 1 l VRT, Bï i'h IJT. 

la ville, & fc renfermerét dedas. Lamuidt eftît ve- 
nuc,ceuxqui entretenoiét'laguerre ne fc fias point 
au,x Efpagnols,piindrent ce qu’ils auoienc le plus 
chcr,& forcirent hors la ville. Le lendemain les Ef. 
pagnols entrèrent en la ville de Cuzco fans aucun 
cmpekhemcntj&auilî toft aucuns commencèrent 
à arracher les tables d’or, & d’argeur, qui cftoient 
au téplc, autres ciroienc de terre les ioyaux & vaif- 
feaux d’or,qui cftoient dédis les tombeaux, autres 
enleuoicntlcs idoles, qui cftoient de mefines mé¬ 
taux,autres faccageoient les maifons des particu¬ 
liers, &mefmcle chaftcau,qui cftoit encor’bien 
garny de l’argét,St de l’or de Guaynacapa.En fom- 
ineils eurent de cefte ville ,Sc du pays d’alentout 
plus grade quâtité d'or, & d'argent qu’il n’auoient 
eue à Caxamalcapourlaprinfed’Attabalipa.Mais 
par ce qu’ils cftoient icy plus grâd nombre de fol- 
dars qu’ils n’eftoient pour lors vn chafcun n’en eut 
pas tancpourlâpart, St ainfi ne furent guercs cn- 
richiz pour ce coup. 11 y a eu telEfpagnol ,qui fe 
promenant parvn boyselpcz a trouué vn fcpul- 
chte tout d’argent, qui valloic plus de 65 ooo.du- 
cars: autres en ont trouué de moindre valeur. Ils 
ontrencôtré grand nombre de tels tombeaux.Car 
les hommes riches de ce pays auoicnc accouftumé 
de fefaire alnlî encerrcr par la campagne près de 
quelque idole. Nos gésen outre tfauailloient fort 
à chercher les trefors renommez de Guaynacapa, 
& des Roys anciens de Cuzco. Mais ny pour lors, 
ny depuis nefen cft peu rien trouucr.Encof nefe 
contentoicnc-ils de ce qu’ils auoient def-ia entre 
leurs mains,& tourmentoient ces pauurcs Indien! 




SEMERAIS DIS IMBIS. I37 . 

on les côtraignant de changer, rechaiiger Sc brouil 
1er roue leur mefnage pefims trouuer quelque cho 
fe cachée & fi leur faifoiét mille maux.Se des cruau- 
tcz grades pour leur faire déclarer leurs fepulchres. 

La qualité O" /« couflumes de la 'tille de Cus^co. 

Chaf. 114. 

C Eftc ville cil à plus de 17. degrez de l’Equino- 
xialen comptanc vers le midi.Le pays eltfore 
afpre & rude, le froid Sc les neiges y font grandes. 
Ils font leurs maifons de grofles bricques quarrees 
& les couurcnt de bruicre qui vient en abondance 
parles môtaignes,auquel lieu la terre ietteaulfide 
'foymcfmc force naueaux,& lupins les homes vont 
nues telles fe lians feulement les cheueux auec vne 
certaine bande.llsfe veltentd’vnechemifcdc lai¬ 
ne , ou bien portent quelque chemifede toille fut 
eux. Les femmes portent de grandes cottes fins 
manches, &fc ceignent par deflus de ceintures lar¬ 
ges,& ont encor fur leurs efpaules certains petits 
manteaux quelles attachent auec de grofles efpin 
gles d’argét ou de bronze,qui ont les telles larges, 

& cfguilces.auec lcfqucllcs elles coupent plufieurs 
chofes.lls mangent leur chair Scieur poiffbn crud: 
ce qui toutesfois cil plus particulier aux Oreiones, 
qui fouurent & aggrandiflent les oreilles comme 
nous auons dit. Ceux cy.qui font proprement fol- 
dats ,fc marient auec autant de femmes qu’ils veul 
lent, & mefrne aucuns fe marient auec leurs pro¬ 
pres feurs. Ils chaflicnt par mort les adultérés. Ils 
arracher les yeux à vn iarrô,qui eft vn chaltiemér à 
mon aduis qui luy elt propre. En fôme ils gardent 
eftroi&craent la iuftice en toutes chofes & mefrne 


4. LIVRE DI l’hIST.' 
entre les grands.Les neueux font entr’cox heritiers 
& non les enfans: il n’y a que les Yngas.quifuccc- 
dent à leurs peres,& auant que prendre le fioquer, 
ils ieufncnt premièrement. On enterré en ce pays 
les morts tant lcspaouures que les Officiers mais 
auccpeudcdcfpence.Sic’cft vnfoldaton met fur 
fafoflc vnchalebarde,ou vn morion-.fi c’cft vn ar- 
tifon on y met vn martcau-.fi c’eft vn chaficur, on y 
mettra vn arc,&des flefches.Mais on faiél de gran. 
des magnificences à la mort des Rois Yngas,& au¬ 
tres feigneurs. Ils font vnegrade foffi:,ou vnc voul 
te,qu’ils parent de belles couucrturcs de cotton, 
fur lefquellcs ils attachent grand nombre de beaux 
ioyaux,armes, &pennaches:& mettent dedans ce¬ 
lle voultedes vailTeaux d’argent, & d’or, auec de 
l’eau, & du vin, & autres chofes pour manger. Il y 
font encor’ entrer quelques vnes de leurs femmes, 
qui elioientles plus fauorites, des pages, & autres 
lèruiteurs qui leur feruoient, mais il n’y mettent 
ceux cy qu’en boys,&non en chair: depuis ils cou-r 
urent le tout de terre, & ce pendant ne font que 
continuellemét ietter de leurs vins dcffiis. Quand 
les Espagnols ouuroient ces fepulchrcs& iettoienc 
les orîemens de ça delà, les Indiens les prioient de 
ne faire pas ainfi de peur qu’eftans ainfi efeartez ils 
ne peurfenc refufeiter. Car ils croient la refurre- 
âion des corps,& l’immortalité de l’ame. 

La cotujuejiede Quito. Chitp. 115. 

L E capitaine Ruminaguy.qniauec cinq mille 
hommes f en eftoit fuy de Caxamalca lors que 
Attabalipa fut prins,fc retira droiél à.la ville de 
QuitOjlaquellcil feit incontinét efieucr, & mettre 




GENERALE DES INDES. ip 3 

en armes fe perfuadant que fon Roy pouuoit élire 
mort.Eftant U il feit plulîeurs adtcs de tyrâ,8ipour 
n’eftrc empefehé en fa tyrannie, il feit tuer lllefças 
comme il alloit vers les enfans d’Atlabalipa fon 
frere depere, Si demerc pour les prier de garder 
Ioyautc,d’enrrcrcnirpaix, Si obfcruer iuftice en ce 
Royaume,5c puis le feit efcorcher,Si de la peau en 
feit faire vn tabourin,chofequelc diable ne feroic 
pas. Deux mille foldats Indiens dctcrrerctle corps 
d'Attabalipa, Si le portèrent à Quito:Ruminaguy 
le receut à Litibamba honorablement, Siauec tel¬ 
le pompe. Si magnificence, qu’on auoitaccpuftu- 
mc vfer aux funérailles d’vn fi grand prince, Si feic 
■vn banequet à ces foldats, où illes enyura tous. Si 
puis lesvoyant ainfiafiommez de vin les feit eft 
gorgctcr,dilànr qu’il les faifoitainfi mourir à cau- 
fe qu’ils auoient laifle tuer leur bon Roy Attabali- 
pa. Apres cela il afiembla grand nombre de gés de 
guerre,8i courut toute la Prouincc de Tumebam- 
Ba.Pizarreefcriuità Sebaftié Venalcazar.qui eftoit 
fon lieutenant à S. Michel qu’il marchait au deuat 
de Ruminaguy pourl’arrcfter, Si pour donner fe- 
cours aux Canares, qui fe plaignoicnt, Si devnan- 
doient élire fecouruz. Venalcazar fut aufli toll en 
campagne auec 200. Efpagnols, Si quatrevingts 
chcuaux. Si autant d’Indics de feruice qu’il penfoit 
ellre necelfaircs à fon expédition. Durant ce temps 
au bruidl, qui couroit par to.ut le mode de la grade 
quatité d’or, qu’on trouuoit au Pcru,il y palfa tant 
d’Efpagnols q peu f é falut que toutes les autres vil 
lesScpays ne fuirent depcuplces,c6mc Panama,N.i- 
çaraguaàQuahutcmallan,Carthagene,S<autres ter- 



4. t I V R B D B l’ H I J T. 
res.&ifles: & tous venoient de bon cœur, & fran¬ 
che volonté principalement à celle conqueftc delà 
ville de Quito*, par-cc qu’on difoit qu'elle citait 
aulli riche que celle deCuzco,en cores,qu’ils fceul- 
fentbien, qu'il leur conuenoit bien marcher plus 
de 400. mil deuantque d’y arriuer, Si qu'il f.iilloic 
combattre auecgens hardis Si courageux. Romi- 
naguy ayant eu aduertirtement derentreprinfede 
fonennemy attendu IesEfpagnols fur la frontière 
de fou pays auecdouze mille hommes bien armez 
à leur mode,& feic audeuant de fes gens tricher vn 
palTàgc qu’il feftoit propofe de garder,&lc feit ré- 
forccrde barrières.Audi tort que les Efpagnols fu. 
rent arriuez les gens de pied artaillirenc ce fort, Si 
cependant ceux de cheual tournèrent à l’entour,3c 
en fin ils rrouucrent vn pairage, par lequel ils leurs 
donnèrent à doz (I rudement qu’en peu de temps 
ils rompirent leur bataillon, &en tuèrent grand 
nombre. Il y eut en celle mcflec beaucoup d’Efpa- 
gnols blecez, Si quelques vns tuez, auec trois, ou 
quatrecheuaux, aufquelslcs Indiens couppercnt 
incontinent les tefles, Si en faifoient des lignes de 
grande rciiouirtancc.eilans plus aifes de tuer Yndc 
ces animaux, quiles pourfuiuoit, & leur faifoit tac 
mal, que de tuer dix hommes. Aurtî en ligne de vi¬ 
ctoire quand ils tenoientvne telle de cheual ilsla 
mettoicnc couliours en lieu éminent, où les Efpa¬ 
gnols la pouuoiét voir, cntournec de belles fleurs, 
& rameaux'. Ruminaguy feicincontinent referrer 
Ces gens, & mettre en ordre, & les feit fortir en v- 
nc plaine liurant la batailleà nos gens pour eflàyer 
encores vn coup la fortune. Mais il fabufa : car en 



O! N ERALI DE* INDES. tÿf 

tel lieu il donna l'auantage aux gens de cheual,qui 
lorspouuoicntplus aifémet courir,6c manier leurs 
cheuaux: aufli perdic il encorcs là grand nombre de 
fes gens. Encorcs toutesfois fon grand couragene 
le peut refroidirai efl bien vray qu’il n’orti plus cô- 
batrre en champ de bataille, de moins approcher 
de lieu, où elle fepeut donner. Vne nuidlil Fcic 
ficher en terré en vne telle plaine grande quanti¬ 
té de picqucts poindtuzpar hault, 6c fcitant mis 
derrière fàifoit contenance de vouloir cncores cô- 
battre, affinquelesEfpagnols accoururent droit 
àluy, 6c que par celle ruic leurs cheuaux fe per- 
difl’enc comme entre des chauffes trappes. Mais 
Venacalzar crifutaduerty par fes clpions : ainlî 
tirant à collé cuira ccsembufches. Alors les In¬ 
diens deuanc qu'ilarriuad àeuxfe retirent en vne 
vallée, où ils feirentplufieurs fofles couucrtes de 
fueilles,6c rameaux pour faire tomber les cheuaux. 
Les Efpagnols.qui en furent incontinent aduertiz, 
prindrent leur chemin par vu autre endroiét, mais 
pour n’auoir trouuc heu commode ne peurent cô- 
battre. Les I ndiens feirent cncores vne autre rufe. 
Sur le mefme chemin ils feirétvne infinité detrouz 
pas plus grâds que la main, ou que le pied d'vn che 
ual, 6c fe campèrent fur ce chemin pour donner oc 
carton aux Eipagnols de picquer contre eux,6c par 
celle aftucc faire broncher leurs cheuaux. Mais ils 
ne peurent parcelle rufe non plus que par les au¬ 
tres precedentes tromperies Elpagnqls, 6c ainfile 
retircrét à Quito diftns que ces barbuz elloiét aut 
fi fages,6c aduifez que vaillans. Quâd Rominaguy 
y fut artiué il diét à fes femmes quelles fe relîouif- 



4. iiVRE £)E i’hist. 
fentpuisquelcsChrcftiens Vcnoient.aucclcfqucis 
elles fc poutroient refiouit, &fc donner du bon 
tcmps.Quelqucs vncs,comme femmes.fe prindret 
à rire ne penfans poflîblfc à aucun mal: il feit dcca- 
pitertoutes celles’,qui auoienrrit,il feic brufler 
toute la garderobbe d’Attabalipa, qui cfioit belle. 
Si opulente,& puis abandonna la ville. Venalcazar 
entra en Quito aucc fon armée fans aucun empef- 
chement.Mais il ne trouua la richeflc fi grande que 
on la faifoit, ce qui donna grand defplaifir à tous 
nos Elpagnols.Ils deterrerent les morts,& trouué- 
rent quelques trcfors.Cc qu’eftant rapporté à Ru. 
minaguy.il entra en plus grande indignation côtre 
nos gens qu’il n’auoit encore faiét, Si fc repentit 
de n’auoir mis le feu à la ville auant que partir. La 
nuift il meit fes gens en ordre, & chemina vers la 
ville de Quito, où eftant paruenu il feit mettre le 
feu en pluÏÏéurs lieux de la ville. Si fans att endre le 
iour, ny les Elpagnols il fen retourna inconti- 

De Pitrrtd'yCliuui/o. ch<tp. 116. 

L Arichefiedu Peru cftatpubliccpartout.leca¬ 
pitaine Pierre d’Aluarado obtinc de l’Empe¬ 
reur permiffion d’aller defcouurir.&pcupler en ce¬ 
lle prouince, pourueu que ce fut en lieu,où les Es¬ 
pagnols n’éulTent point encor’ cfté.Or deuant que 
d’y aller il y enuoya Garzia Holguin auec deux na¬ 
tures pour fçauoir corne le tour alloit par delà.Gar 
zia reuint tout eftôné des richeife de ce pays,&mef 
me pour le grâd butin.qui auoit efté fait par la pri- 
lè d'Atrabaiipalouaclepaysaupofllble', adiouftâc 
le bruiét,qui couroit par delà des grandes richeflc» 




GENERALE DES INDES. 100 

dcQuito,&du Royaume de Cuzco,qui eftoit près 
Jeport Vieil.Aluarado pouffé de celle bonnenou- 
uelle fe délibéra d’y aller en perfonne,&fuiuant ce- 
lle deliberation l’an ijjj. leua defon j>ouucrnemét 
plus de quatre cens Éfpagnols, qu'il meit dedans 
cinq nauires,aucc bon nombre de cheuaux.il arri- 
na de nuidl à Nicaragua, où il print par force deux 
bôs vaiffcaux,qu ô racouftroit pour mener gés.ar- 
mes,& chcuaux à Pizarrc.Ceux,qui deuoient aller 
dedans ces vaiffeaux, fuient bien aifes d’aller auec 
Iuy déliant qu’attendre leurs compagnons. Parce¬ 
lle rencontre il fc renforça de centl'oldats ,&de 
plus grand nombre de chcuaux. llarriua au porc 
Vicil.oùil prie terre,&feit delbarquertous fes ges, 
&aucc toutfon équipage print le chemin de Qui- 
to.ll fetrouuaen vn pays dcfcouuert plein de pe¬ 
tites moticulcs.où peu fen fallut que tous ne mou- 
ruflènt de foif,fi d’aucnturc ils n’euffencrencontré 
certaines grandes cannes pleines d’eau. Ilsremc- 
dioicntàleur faim parlemoyen de leurs cheùaux 
qu’il tucoicnt encor’ qu’ils valluffent plus de mille 
ducats, llseurcntpuis apres vnc grande tempefte, 
SC orage de cendre,quil'ortoit du mont de Quito, 
&c fefpandoit iufquesà 240. mil en rond . Celle 
môtagne iedlc fi grande flâbe, ôc fait fi grad bruidfc 
quand elle boule qu’elle feveoid, & fet'aidlouyrà 
plus de 3000. mil, Sc ainfi qu’on didl elle ellonne 
plus que ne faidt le tônerre. Or pour reuenit à nos 
gens,ilfefeircnt la plus part de leur ch euJJ auec 
leurs mains, par ce que bien fouuenc il^rencon- 
troient des bofeages efpaiz àmerueilles ;Ils paffe- 
rent en outre nô lânsgiid trauail des montaignes 





4. IIVRI DE i’htjt. 

tontes couuertcs de neigesf efmerueillas de ce qu'a 
neigeoit fi fort foubs l’Equinoxial.Aucc les neiges 
le froid eftoit fi violent qu’il y eut fcpjtante perion. 
nés gclees. Apres qu’ils eurent paU'c ces neiges ils 
remercièrent Dieu de ce qui les auoit deliurcz d’i- 
ccllcs, & donnoient au diable la terre, 8 c l’or, du- 
quel toutesfois ils eftoient fi affamez. Ils rrouuc- 
rent par les-chemins quelque quantité d’cfmerau- 
des, qui les refiouircut autant qu’ils eftoient défi, 
plaifans de veoirdes perfonnes facrifiez par lesha- 
bitansdu pays, qui font idolâtres, trcfcruc)s,& vi. 
uent commefodomites,parlcnt commcMores,& 
femblent Indiens. 

Comme ^Almdgro *IU chercher Time ie 
<Aludrdio. C h*f. 1 17. 

Q Vifquiz capitaine d’Attabalipa voyant que 
l’Empire des Roys Yngas tomboit en grande 
décadence, fefforça de le remettre fus autant qu’il 
Juyfût pofliblc : caril eftoit en grande aurhoritc 
entre les Oreiones'. Il donna le flocquct à Paul fils 
de Guaynacapa, & ramallàgrand nombre defol- 
dats, qui eftoient efpars çà, & là, pour la prinfc de 
Cuzco, &lcsmcnacnlaprouincc de Condefuio 
pour endommager les Chrefticns,quiy eftoiét.Pi- 
zarre y enuoya le Capitaine Sotto auec cinquante 
cheuaux. Mais auant qu’y arriuer Quifquiz auoit 
dcsja prins le chemin deXauxa en intétion de maf- 
facrerpar furprinfe les Efpagnols, qui y eftoienr en 
petitBmbre, & enleuer le trefor qu’onleurauoit 
bailié^^arde.'&dcfaiétil les aflàillir. MaisAI- 
fonfe Riquelmefê deffendit brauement auec lès 
fôld.its Pizarreauffi toft qu’il en fut aduerty depet 
cha prom» 





GENERALE DES INDES. 201 

cha proprement Diego d’Almagro auec bon nom¬ 
bre de cheuaux;. Car.il luy fafehoit: bien de perdre 
celle grade Comme d’or, qu’il auoic laidcc à Xauxa 
auecli peu de garnifon.il chargea encor' Almagro 
quapres auoir donné fecours à ceux de.Xauxa ,il 
fenquift des nouucllcs du. capitaine Picrred’Alua- 
rado qu’on di.foit venir au Perp aucc nombre 
de gcns,& que f’il elloir ainlî.qu’il l’cmpefchaltîdo 
prédre terre, ou bien qu’il achetait l’arm ce qu’il au 
roic.Almagro citant ainlî dcpcfchc fc joignit aueo 
le capitaine Sotto, & eux deux cnfemble femeiret 
en campagne apres.Qiÿfqùiz apres italien allèrent 
parTôbcz pour fçauoir li en celte colteron n’auoic 
point ouy parler d’Aluarado:& de fan armée. Ils 
lccurcnt là corne il auoitprins terre au:Port-vieil. 
Almagro oyat celte nouucllefen retourna is. Mi¬ 
chel pour renforcerfon infanterie & fa’cauallcric, 
puis facheminavcrs QuitOjOÙeftat arriuêiVenal- 
cazar fc foufm eit à luy, & lors il côméçaà.campcr, 
& fubiugua plufieurs peuples de ce Royaume,def 
quels on n’auoic encore peu venir à bout', llpalfa 
la riuiere de Liribâba aucc grâd dàger.parce qu’elle 
eltoit crue bié haulr,&les Indiés auoient bruflèlc 
pont,& cltoiét encor’ de l'autre collé du fleuue en 
armes. Il vint aux mains aueccux, &lcs deffeit & 
prit leur capitaine,qui luy dit corne à deuxiournee 
de là y auoir joo.Chrelticns,qui auoient alïicgé v- 
nc fortcrelTc appartenatc.au léigneur Zopozapa- 
gui.Almagro y enuoya fept cheuaux pour fçauoit 
li lcdiyc de cet Indic eltoit vcricable,afin d’y pour- 
uoirfic’éftoitd’àucture Aluarado ou quelque au¬ 
tre qui voulut vfurper ce pays. Aluarado atrefta ces 





I 

I 


4. LIVRE DE l’hIST. 
fept auat courcurs,& finforma d’eux bien au long 
de tout ce que Fraçois Pizarre auoit fair,& faifoit, 
du grand amas d’or qu'il auoit,& de fes foldats.cô- 
bien d’Efpagnols auoit Almàgro : & puis les laiflà 
aller,& f approcha de l’armee d’AImngro en inten- 
tiô de le côbattrc,& delcchaircr de Ià.Almagro en 
eilat aduerty eut peur & pour ne perdre ainfifa vie, 
& fon honeur fi on fut venu aux mains,pnr ce qu’il 
auoitla moitié moinsde ges q n’auoitAluarado,fciç 
cet accord de fc retirer à Cuzco, &c briffer là VenaU 
cazar en nrefinc autorité qu’ileftoir. Philippillcdc 
Pohccios.qui d’ailleur iftoir malcôrét fe retira vers 
Aluarado auec vn Indien Cacique, 8c Juy defeou- 
urit la deliberation d’Almagro,& luy confeiJja.„fiJ 
auoit enuie de lefairefon prifonnier,de charger fur 
luy celle nuir.par ce qu’il trouueroit peu de refiftî- 
ce,&luy. (cruiroit dcguide.il l’offrie encor àluy de 
faire rüràucc les ftigneur,&capitaincsdu pais qu’ils 
fe rendroient fes amis,& tiibutaires,& luy dit qu’il 
en auoit défia parlé, auec ceux qu’Almagro tenait 
captifs. Aluaradofut fort ailé de ces nouuelles,feic 
marcher fes gens droiél àLiribamba ancclcscn- 
feignes defployecs,& comme fils cùllent cllé prêts 
à cobatre. Almrgro,qui fins fa grand honte ne pou 
uoit defloger,encouragea fes Elpngnols,& les meit 
en deux clquadrons attendit fon cnnemy entre cer 
taines murailles pour fe fortifier d'icelles, ôc predre 
quelque aduantage; Us eftoient défia visa visl’vn 
de l’aurre,&prclls à fe forcer quand plufieurs d’vnc 
pair, & d’autre commencèrent à crier paix, paix. 
Alors tous farreilerent coys, & feirrnt trefuc pour 
ce iour, ôc pour lanuiét, affin que ce pendant les 


â 




6EHKR.AI.I t>ES INDES. aol 

deux capitaines peullcnt fe.veoir, & parlementer 
enfemblc.Le dofteurCaldcrc dcScuillc prit la char 
ge de les accorder ainfi, que le capitaine Aluaradô 
donneroittoute fdn armée telle qu’ill’auoit ame¬ 
née à Pizarrc,8£ à Almagro pour céc mil pefis d'ot 
fin, & qu’il Ce retircroit hors de ce defcouurcment 
&côquefte,iurant de n’y retourner jamais tau qu’ils 
viuroicnt.Ccft accord ne fe publia pâspour lors de 
peur de mutiner les foldats d’Aluarado,qui cfloiêt 
hauts à la main,fiers,3crogues,&feit courir le bruit 
qu’ils feftoiét faits amis,&côpagnôs,cntout,&qué 
Aluarado deuoit pourfuiure ce defcouuremcnt pat 
la mer,8e Almagro par terre.Par ce moyé il n’y eut 
aucun tumulte. Aluarado accepta ceft accord.par- 
ce qu’il ne voyoit point le pays ^fi riche'comme on 
luy auoit dit,& Almagro d’autre part gaigna beau¬ 
coup à luy donner fi grande fomme de deniers 
pour auoirvnc fi belle armée, &poureuitcr vne 
guerre ciuild; 

U mort Je Qvifijui^ chjp. Ii8. 

E N toutcc,quirut trouucenccftccôqucfte Al- 
roagro n’auoit pas dequoy payer les cent mille 
pefans d'or qu’il auoit promis àPierre d’Aluaradb 
pour fon armée,encot qu’il cuit eu vn grand butin 
d'vn téplc,qui cftoittout reueftu par dedas d’argér. 
Maisiecroy qu’il ne vouloit paspayer celle fôme 
fis le côfentemét de Pizarrc,ou bic qu’il vouloir di- 
laierce payemét iufqs à ce qu’ileuft deuât tiré Al¬ 
magro en tel lieu, ou il euft efté contraint entrete 
nirl'on accord. Ils f en allerét tous deuxcnfemble à. 
fiint Michel de Tagarara. Aluarado laiiTa pliifieurs- 
defes gens pour peupler à Quito auec Vénales- 



4- LIVRE DE L’HIST, 
zar,&emmena auecfoy la plus grande partie, & 
les meilleurs hômcs.Vcnalcazar endura de gras tri; 
uauxà celle conqueftc, à caufc que le pays eft rude 
8c mauuais, & les habicans belliqueux au pollible: 
il n eft pas mcfmes les femmes, quinecombatenc 
auecqucs leurs mariz . OrAlmagro, & Aluarado 
ïceurcnt àTumcbamba que Quifquiz fenfuyoie 
dedcuanc le Capitaine Sotto, 8c Ican, & Gon- 
zallc Pizarre,qui le pourfuiuoient à chcual,& qu’il 
cmWnoit auec foy vnegrande foulle de perfônes, 
de belles, 8c plus de quinze mille foldats.Almagro 
n’en voulut rien croire, & ne voulut mener les Ca- 
narcs, qui foffroiét luy mettre être les mains QuiC¬ 
quiz auec toutefonarmee. En cheminât roulîours 
ils rcncôtrcrcnt à Ciaparra Sotaurco,qui auccques 
deux mille combattans marchoit datant pour def- 
couuiir le chemin à Quifquiz.Se Sotaurco fut def 
fait, &'prins,& enquis del’armee de Quifquiz, dit 
qu’il venoitvne grande iournee apres auec le fort 
de la bataille, 8c qu’il auoit foubs lès ailles, 8c der¬ 
rière deux mille hommes de chafquc colle pour ra- 
mafler les viures des enuirons félon leur vieille or¬ 
donnance de guerre. Almagro, & Aluarado feirent 
incontinent deiloger en halle toute la cauallcrie 
pour aborder Quifquiz deuât qu’il eneull les nou- 
uelles. Le chemin clioit fi rude, &lî pierreux que 
quafi tous les cheuaux furent deferrez, & furent 
côrrainrs les.fcrret à minuicl auec de la lumiere,nô 
fans auoir grand peur d'ellre chargez par les enne¬ 
mis cependant qu’ils elloient ainli empefchez.Lc 
iour d’apres ils arriuerét fur le foir à la v.cuë del’ar- 
mec de Quifquiz, qui les ayant appcrceuz dcfl. 0 - 





6INERA.LE DES INDES. 10$ 

gea incontinent par vn colle auccques fes feftimes. 
Se feit emporter auec foy tout fon or, & puis tra- 
uerfa par vn autre chemin rude ayant auecqucs foy 
Guaypalcon frère d’Attabalipa.Guaypalcon fefor 
tifia entre certains gras rochers d’où il laifloit roul- 
ler de gros cailloux,qui endômageoient grademét 
les noftrcs,mais il feretira celle nuift,parcequ’il fc 
voyoit fins aucune prouifion. Quelques trouppes 
de chenaux coururent apres luy, mais ils ne le peu- 
rent romprc.il fe ioingnit auecQuifquiz,& fen al¬ 
lèrent cnfemble à Quito penfans qu’il n’y fut relié 
aucun Efpagnol, par-ce qu’ils en voyoienr tant de- 
uanteux. Mais ils rencontrèrent Sebaltien deVe- 
nalcazar : alors les Capitaines confeilleretit à 
Qnifquiz de demader paix aux Efpagnols,puis que 
c’elloicnt gens inuinciblcs, &ralFeuroienr qu’ils 
garderoient vneamitié entr’eux citants fi gehs de 
Bien: Scluy rcmonllrercntencor’de ne tenter plus 
la fortune, qui lespourfuiubit fi afprcmcnt.Au cc- 
traire il les menaça de ce que par cela ils fe decla- 
roient auoir peur, & commanda qu’on eull àle 
fuiure. Ils répliquèrent qu’il dônall donc la batail- 
. lcpuisqueceluyferoit vn hôneur,ôcvn répos plus 
grand de mourir en côbatantauec fes ennemis,que 
périt ainfi de faim par les defers. Quifquiz làdef- 
fusfemeit en colère leur difant mille vilainies iu- 
rant de chaltier ceux, qui cfloient authéurs de ce 
tumulte. Alors Guaypalcon luy lança vn coup dè 
picque en l’ellomach, Scaufli toit pluficurs Autres 
luy coururent à fus auec haches & picques, Sc l’af- 
fommerent.Voilacômct fut deffaift Quifqüiz,qui 
entre les Oreiones auoit acquis par fes guerres la 


réputation d’cflrc vn des vaillans capitaines qui 
fuit deuant luy. 

^lunredo donne fontrmce cr reçoit cent mille 
fefaut d'or. Chop. 119. 

A Ptes que Quifquizfe fut mi?en fuitte noz Ef- 
pagnols n’auoicnc guère cheminé quâd ils rc- 
côtrerentfon arrière garde qu’il auoit lailFec pour 
défendre le partage d’vue riuierc.Aucüs d'entr’eux 
f’arrcilcrct furlariue pour cmpcfchcr le paflàge,au 
très palTèrét Iariuiere pcnfàns furpendre nos gés à 
l’iinpourueu côme ils arriueroient , & les charger 
auflï toft deuant qu’ils, euifent le Ioifir de fe mettre 
en ordre; mais poureuiter la furie dcscheuaux ils 
furent contraints fe fauucr,& fe camper furlehaulr 
d’vn colliculc roide & fj(chcux,& de là combatti¬ 
rent vaiilâment aueç l'aduatage qu’ils auoient : ils 
. tuerent quelques cheuauxtcar pour la difficulté du 
lieu on ne lespouuoit manieraifemenr, ils blelTe- 
renr pluiîeursEfpagnols,entre autres Alfonfede 
Aluarado de Burgos en vue cuilfe,&peu fen fallut 
qu’ils ne tuerent Diego d’Almagro. Deuant que fe 
retirer au plus hault des montaignes ils brulle- 
rent tout ce qu’ils ne peurent cmporter,abandon-. 
nerent qu’inze mille moutons , & quatre mille 
perfonnes qu’ils emmenoient par force. Ces mou 
tons cfloient au Soleil ; car les temples du Soleil 
ont chacun au pays, où ils font baftiz, grande 
quanrité de ces belles qui toujours multiplient 
fans qu’aucun en ofetuer fur peine de ficrilegc, 
& n’eil feulement permis qu’aux Roys lors qu’ils 
■ veulent cha(lèr,ou qu’ils font la guerre. Les Roys 
de Cuzco ont troqué celle inuention pour aqoiç 




GENERALE DES INDES. Z04 

toulîours de la chair en temps de guerre. Nos gens 
fe retircrenr puis apres à laindt Michcl.d’où Aluara 
do mandaàGuarziaHolguin, cjui eftoit encor au 
port Vieil,dc liurer les vailîèaux de fon armée àDic- 
go deMore capitaine d’Almagro.qui pour lors feit 
de grands prefcns.cant en deniers,armes,qu’en chc 
uauxàlès foldats, & à ceuxd’Aluarado. Il fonda, 
fuiuant le mandement de Pizarrc, la ville deTrufi. 
glio,& y laillà pour lieutenant Michel d’Aftelle,& 
puis Pcn vinrét tous à Paciacama,où Frâçojs Pizar¬ 
rc reccut honorablement Pierre d’Aluarado, & luy 
paya contant cent mille pelàns d’or,qu’Almagro a- 
uoitpromis. Il n’y eut point faute de quelques 
mefehans flagourneurs, qui confeillcrentà Pizar¬ 
rc d’arrelter prifonnicr Aluarado, & ne luy payer 
rien pour cftre entré auec main forte en fon gou- 
ticrnemcnt, ôcl’enuoyeren Efpagnc,&encor qu’il 
vouluft luy payer quelque chofeque c’cftoir allez 
de luy dôner cinqiuce mil pelant d’or,puis que les 
vaiüeaux ne valloicc pas d'.uiantage,cntre lefquels 
mefrne y en auoit des liens. Pizarrc ne voulut ouir 
ces bons aduettilfenaens, ains au contraire donnai. 
Aluarado plulieurs autres chofes,&lclailïa-Allct li¬ 
brement apres qu’il eut efté accrteinéquc fes naui- 
res eltoicc à Saint Michel,&en la puillànce de Die¬ 
go de More. Ainfi Aluarado fe retira à Quahutem. 
allan quafi feul,&les Tiens demeurerét auPctu,qm 
depuis pour eftte vaillans, & hardis paruinren t iuf- 
ques à élire des piincipaux du pays. 

Nouucllcs cdpiluUtlons entre Pierre, (y 
mngre. Chdp. 150. 



HI S T. 

F Rançois Pizarrc fonda puis apres la ville des 
Rois'fur la riuicre de Lima, qui eft plailàntc au 
pollible, & qui apporte à la ville vn grand rcfreCi 
Ghiirement.Elîc eft fituce à douze mil dcPaciacama 
& près de lauticf. Le iour des Rois l'an.ryjj. les ha- 
bitans de Xauxa, par-ce que,leur demeure n’eftoic 
fi.bonnc, vindrent fe loger en celle ville, il enuoya 
Diego d'Almagro auccques bon nombre d’Efpa- 
gnols pourgouuerner la ville de Cuzco, & puis Pc 
alla àTrufiglio pour départir les terres,&lcs Indics 
entre les habitas qu’on y auoic laillcspour peupler. 
Diego d’Almagto citant en la ville de Cuzco eut 
lettres par lefquclles onluy mandoit que l’Empe¬ 
reur l'auoit faidl Marefchal du Pcru, & luy don- 
noit en gouuernement trois cents mille de pays 
par de là l’eftenduëdu gouuernement de Pizarrc. 
Succès nouuelles lànsautrcment attendre les pa¬ 
tentes del’Empcrcur voulue entreprendrecelle- 
llat, &difànt que Cuzco n’eftoit point au dedans 
du gouuernement de Pizarrc & qu’elle deuoit e- 
llreduficn, commença comme Gouuerneurab- 
folude départir les terres, & commander de par 
foy renonçant aux coramilïïons qu’il auoitde la 
pactde foncompagnon, &amy. Il eutdescon- 
feillers allez pouccefaidt, entre lcfquels on mar¬ 
que Ferdinand de Sotto. Pizarrc ayant ouy celle 
nouuelledepefcha en halle Vcrdügopour porcer 
nouuelle commilEon à Iean Pizarrc, ôepourax- 
uoquer celle qu’auoit Almagro, Iean, & Gonzallc 
Pizarres auec la plus part du confcil foppoferenc 
hardicmenc aux entreprinfes d’Almagro, qui pour 
celle caufe ne peut pas exécuter ce qu’il vouloir. 



GÏNERALE Bl! INBlIS. 10J 

Ce pendant Pizarre artiuacn porte, & pacifia le 
toucamiablemcnr.&denouueau Pizarre,&Alma- 
gro confirmèrent par ferment faidt furl'hoftic cô- 
lâcree leur focieté.Sc amitié,& Paccorderct qu Al- 
magro fen iroit defcouurit la coftc,& pays,qui tc- 
dcntverslc deftroidtde Magellan, par-ce que les 
Indiens afleuroient que le pays de Chili, qui eftoit 
vers ce climat,cftoittrcf- riche, &opuIent,&que fi 
ce pays fc trouuoit bon & riche, qu’il pourroit en 
demander le gouuernement pour foy feuhmaisfi 
au contraire il fe trouuoit ne valoir rien qu’ils de- 
partiroicric cnfemble le gouuernement qu’auoic 
ia Pizarre, comme ils auoient faidt les autres cho- 
fes. C’eftoit là vn bon accord fil n’y eufteudcla 
tromperie. Ils iurereut tous deux de n’eftre ja¬ 
mais î’vn contre l’autre pour quelque bonne, ou 
mauuaifc occafionquccefuft. Il y en a pluficurs, 
qui afferment qu’Almagro difoit, quand il iuroit, 
que Dieu abymaftfon corps &foname filrom- 
poit ccft accord,ne fil approchoit cent mil près de 
Cuzco, encor’ que l’Empereur luy donnait. Autres 
difent qu’il ne dit autre chofe (mon que Dieu aby- 
maft le corps, & l’ame de ccluy, qui fauferoitfon 
ferment. 

L'cntrte que Diego £.Mmiigre feit en Chili. 

Chtp. iji. 

A Lmagro donc fappareilla pour aller faire fon 
defcouuremcnt de Chili, ainfi qu’il auoit dté 
accordé,il donna, & preftabcaucoup de deniers à 
ceux,qui alloient auec luy, afin qu’ils fc garniflent 
de meilleures armes,& cheuaux.Par ce moyen il af 
fembla y jo.Elpagnols bons foldats,8c de bôs cœur 





4' IIVRE DE l’hiST. 
f offras de l’accompagner par tous pays loingrains 
pour la libéralité, iondl.auilî le bruit, qui couroit 
des richclTes de ce pays ,4 allécha mcfmc plufieurs 
dclaiirer leurs maifons,& departcmcns pour aller 
auec luy penfansfefaire plus gras. D’auanra^e Al- 
magro laifla à Cuzco vn de les gens nomme Ican 
de Rada, pour lcuerencor’des foldars, & fcit défi 
loger deuant Iean Saiaucdrc deScuilleaucc cent 
foldats, Si partit apres auec 430. menant auec foy 
Paul, Si Villaomagrand prcftrc.Philippille, Si plu- 
ficurs autres Indiens tant pour la guerre que pour 
faire fcriliee, & pour porter la fomrne. Il fortit de 
Cuzco au moys d’Apuril l'an 1535. Saiaucdrc ren¬ 
contra à Ciarcas certains Chileficns, qui nppor- 
toient à Cuzco.fiins fçauoir tout ce qui y cftoit ad-, 
uenu,leur tribut en tuillcs d’or fin, qui pefoienc 
cent cinquâtc mille pefrns d'or. Ce fut vn trefbon 
commencement fil euft eu bonne yllu'c, il vouloir 
faire prifonnier le capitaine Gabriel deRoias, qui 
cftoit là pour Pizarre, mais il f en garda. Si l’autre 
fen rcuint auec fes gens à Cuzco. Depuis Ciarcas 
iufqucs à Chili Almagro endura beaucoup tant 
pour la faim que pour le froid,& auffi qu’il failloit 
qu’il combattit auec hommes de grande corpu¬ 
lence, & fort adextres à tirer de l’arc. Plufieurs de 
fes gens, Si de fes cheuaulx furent gelez en paflant 
par certaines montagnes plaines de neiges, où en- 
çor’il perdit fon bagage. Il trouuades fleuues, qui 
coi/roient leiour, & non la nui£t, à raifon que les 
neiges Ce fondent leiour à la chaleur du Soleil, & 
fe congèlent à la lueur de la Lune, Les habitons de 
Chili fe veftent de peaux de loups marins, font 



eZNZRALZ BIS INB Z S. I06 

grands,5e beaux,&vfentconflumierement dcl’arc 
en guerre,& pont la chalfe.Le pais cil fort peuple, 
& cil de mefrrio température que l’Andclouzie, 
prouincc d’Efpagnc. Ils font en ce differens que 
quand il faiû iour par delà, il faidnuiét par deçà.- 
& quand ils ont leur eflé, les Efpagnols ont leur 
hyuer. En lomme nous pouuons dire qu’ils font 
noz vrais Antipodcs.lls ont en ce pays force inou- 
■ tons femblables à ceux de Cuzco.CSc des auftruches 
qles Efpagnols tuent à force de cheuaux les pour- 
fuiuans de polie en polie : car vn chenal fculn’y 
pourroir fournir à l’occafion que ces belles trot¬ 
tent plusAdllc qu’vn chenal ne fçauroit courir. 

Comme Fcrdmmd Pierre retourne 4H Féru. 

Chti/i. iy i. 

V N peu apres qu’Alm'agro fut party pour aller 
à Chili Ferdinand Pizarrearriua-à Lima,autre- ' 
ment diète la ville des Roys,& apporta à François 
Pizarrele tiltre de Marquis des Atanillos,& à Die¬ 
go d'AImagro le gouuerncmccdu nouueau Roy¬ 
aume de Tolède contenant 300. mil de pays, en 
comptant depuis les confins de la nouuelle Caftil- 
le, qui eltoic foubs la îuvifdiètion de Pizarrc , vers 
le Midy,&leLcuant. llrequillvn chafcund’o- 
heir à l’Empereur, qui demandoit toute la rançon 
qu’auoitfoutny Attabalipa,difant quelleluyap- 
partenoic comme à Roy, à caufe que le prifonnier 
cfloit Roy.lls fejrent tous refponce qu’ils auoient 
baillé à l’Empereur fon Quint, qui de raifon luy 
appartenoir. Peu Fen fallut qu’il ne Cefmeufl vne 
dangereufe mutinerie : Car ils remettoient deuant 
leurs yeiilx comme en Elpagne, 5c mefmc en la 



court du Roy, on lesapptlloit villains, qui ne me- 
ricoit pas auoir tant de richciïc ., Ce n’eftoit pas 
pour lors qu’on auoit commence de fc mocquer 
ainfî d’eux: mais beaucoup denant on fouloit ainfî 
parler d’eux. Etmoyau contraireùc dis que ceux 
qi|i ne vont point aux Idoles ne méritent pas iouir 
du bic qu’ils tiennét. François Pizarre appaifa tout 
difant.quc pour leurs vertus, & prou'efles ils meti- 
toiét bic tout ce qu’ils auoient eu d’Attabalipa ,& 
iouyr d’autant de franchifcs, & préeminances que 
ccux,qui auoient donné fccours auRoy d’Efpngne 
Dom Pelage,& à autres Rois pour recouurcr l’Ef 
pagne d’entre les mains des Mores.il diftî fon frè¬ 
re qu’il cherchait autre voye pour fournir ce qu’il 
auoit promis à l’Empereur.puis que pas vn ne vou- 
loir rie dôner, &quc de (à part il leur vouloit enco 
re moins oftercc qu’il leur auoit def-ia ordonné. 
•Alors Ferdinand Pizarre print tât pour cet de tout 
l’or. Si argent qu’on fondoit. Cela luy feit acque- ' 
rirvne grande haine de tous .fine dcfïfta-il point 
pourtant de fon entreprife, ains pafTant outre fen 
alla à la ville de Cuzco en faire autant, Si f efforça 
de gaigner le cœur de Mango Ynga, pour tiret de 
luy quelque grande quantité d’or pour l’Empe¬ 
reur, qui auoit-dcfpendu beaucoup à fon couron¬ 
nement, & à la ville devienne contreleTurc,'& 
auffiàTunes. 

La rébellion de Mango Tnga contre les Efpdgnols. 

chup. Ijj. 

\/f Ango fils de Guaynacapa,auquel Fraçois Pi- 
IVl Zaïre auoit donné le floquet à Vilcas, faifoit 




C1NIRAU DES irçDES. 40? 
plus du vaillant, & de l’enflé qu’il ne deuoic : pour 
celle caufe on lemeie prifonniet envneprifondc 
fcr,en la forcerellè deCuzco.Mais e liant là détenu, 
8 c mcfme deuant qu’il y fut, il machina de tuer les 
Elpagnols, &fc faire Roy.commcauoitfalélfon 
pere. Il feit faire grande quantité d’armes fccrctte- 
mcnc,& feit femer grande abôdance de maiz pour 
auoirpar tout du pain à fuffi(ance,pour entretenir 
la guerre qu’il vouloit encommcncer. Il accorda 
auccfonfrcre Paul.auec Villaomà,&Philippil,que 
ils tueroient Diego d’Almagro,auec tousles fiens, 
qui c(Voient aux Ciarcas, & qu’ils en feroient le 
femblablc à Pizarrc, & à tous ceux qui eftoicntà 
Lim a,à Cuzco,& autres licux.il ne pbuuoit toute¬ 
fois exécuter fa deliberation, à caufe defaprifon. 
Si pria lean Pizarrc,qui auoit la charge de conqué¬ 
rir les prouinces de Collao, qu’il luy pleull le deli- 
urerauant que Ferdinand Pizarrc arriuall, luy pro- 
mettât prefter toute fidelité,& obeyflànccau gou- 
ucrncur.Eftant en liberté, il fc rendit fort familier 
à Fcrdinad Pizarrc, qui luy demâdoit deniers pour 
le laitier forcir de Cuzco àfon plaifir,auec fon a- 
mitic. Vniouril demanda congé à Ferdinand Pi¬ 
zarrc pour aller à vne fclte folennellc qui fe faifoit 
à Hinçay.Sc luy promit d’apporter delà vnçftatue 
d’or maflïuc.qui eftoit faiéle au propre naturel, & 
félon la grandeur de fon pere. Il v y en alla en la fep- 
maine fainfte,l'an 15 36 .mais quand il fc veit libre à 
Hinçay, il fe raoquoit des Espagnols,, & les defpi- 
toit.îl aifembla incontinér beaucoup de feigpeurs 
& autres perfonnes ,&conclurcnc,cnfcmhlémenc 
la rébellion qu’il auoit pourpenfee, ll.feit. tuer des 



DE L HIJT. ' 

Eipagnols qui alloienc aux mines, & tous les Irii 
dicns,quilcs feruoienr. Il enuoya vn Capitaine à 
Cuzco auccvnc bonne armée qui y entra filouta 
dain,qu’ilprintlechadcau,fans que les Efpagnols 
le peuirent empe(chcr,& (builint dcd.rs fix ou fept 
iours.auboutdcfquclsles nodrcsle reprindrenr, 
combattans vaillamcnt. Aucuns de nos gens mou¬ 
rurent en la reprinfe,&entre autres, Iean Pizarre 
d’vn coup de Pierre qu’on luy donna la nuiét en la 
telle. Ce pendât furuint Mango qui afiigea la ville 
aucc cét mille hommes,& y meit le feu, & la com¬ 
battit tout de long qucla Lune cdoit pleine. 
otlmtgro print pir force CuzjoJtir les Pierres. 

Chip. rj 4 . ^ 

A Lmagro maniant la guerre à Chili, rcceut \ 
-ci Coyaco par Iean de Kada, les letrres patentes 
de l’Empereur.quc Ferdinand Pizarre auoit appor¬ 
tées touchant ion gouucrnemcnr. Ces lettres, en¬ 
cor’ que depuis luy ayent coude la vie, luy appor¬ 
tèrent plus de côtentemenc que tout l’or & argét, 
qu’il auoit gaigné: car il cdoit tres-cupidc d’hon¬ 
neur. Il entra en confeil auec Tes Capitaines, fur ce 
qu’y cdoit befoin de faireda refolutiô futparl’ad- 
tris de la plus grand parc qu’il failloit retourner^ 
Cuzco, &fcn laifir comme edât du gouuerncméc 
d’Almagro.lly en eut pluiîcurs qui luy confeillerét 
qu’il peuplad, où il edoic premièrement, ou aux 
Ciarcas,qui cd vn pays tres-opulét. Se que ce pen- 
dantilenuoyad vers Pizarre pour fçauoirfon in¬ 
tention, & celle delà communauté de Cuzco : car 
il n’edoic pas raifonnable de perdre ainfi fon ami¬ 
tié. Ceux, qui inciceréclcplus Almagro à telle en- 



6ENERALE fi E S INDES. loS 

rrcprinfe,fuict Gomcz d’Aluarado,& Rodcriç Or- 
dognczd’Oropcfa fori amy intime, Sciecret. Al- 
magrojdonc, contlud de retourner à Cuzco, Si en 
prendre le gouucrnemcnt par force, fi les Pizarrcs 
ne luy rbailloicnt de bonne volonté',ioitiÛ aufli 
qu’on difoit que l’Ynga feftoit. mis en armes.Cela 
citant public, Paul Si Villaoma ne trouuansgens. 

Si ne voyans aucune commode occafion de tuer 
les Chrciticns comme ils auoientpourpcnfé fen- 
fuirent du camp. Almagro enuoya apres Philip- 
pille,qui, à caule qu’il participoit à la coniuration, 
fen eitoit fuy, & citant prins, fut mis en quatre 
quartiers, condcmnc de ce qu’il ne l’en auoit point 
aducrty,& à caufc qu’il feitoit vne autrefois retiré 
vers Pierre d’Aluarado à Lirfbamba,Cetraiftre co- 
fcilà à l’heure de la.mort que fnulfcmét il auoit ac- 
eufe fon bon Roy Attabalipa, pourplus feuremét 
iouïr d’vncde fes femmes. Ce Philippille de Po- 
hecios eitoit vn inefehant home,très loger,incon- 
itant,menteur, fort cupide de changcmcns,&fiti- 
bond de noitre fing : il eitoit peu Chu itien.encor 
qu’il fuit baptife. Almagro endura autât à retour-: 
ner,qu’il auoit fait à allcr.lls veirét vne chofémcr- 
ucülculeà leur rctour.Car au bout de quatre mois 
Si dcmy,& d’auâtagc.ils ttouuerct les cheuaux.qui 
moururëc de froid à l’aller, au (fi frais,côme fils ne 
eufl'ent fait q mourir à l’heure prefentc,& les corps 
desEfpagno.ls de mefme,çj. eftoict appuyez debout 
cotre les roches,tenas encor’ les reines de leurs che- 
uaux. Par les défers Almagro feit pourueoir d’eau 
fon câp par le moyë des grïds moutôs de ce pays q 
la ponoiét dedâs des peaux de cuir.Mefme plufiçurs 



A,. tlVRE DE i’hijt. ' 

Efpagnols montoient delTus ces belles, encor* q U «ï 
ce ne l'oient montures propres à leur colcre.Quâd 
les Almagrillrcs furent arriuez àCuzco.ils Pefmêr- 
ucillerencdc Iaveoir alTiegce par les Indiens. Al- 
magro traidla incontinent de paix auccl’Ynga, di- 
fanr,que comme Gouuerncur, il luy pardonneroie 
fe il leuoit lefïege,mais fil n'en vouloir rien faire 
qu’il le ruincroit entièrement, &qu’il n’eftoir venu 
pourautre occafion. Mango feit rclponcc qu’il 
auoit bonne enuiedelc vcoir,&qu’il cftoitbien 
aife de fa venue , 6 c du gouucrnemcnt qu’il auoir. 
Almagro fans penfer à autre malice f’en alla capi- 
tuler de peur d’autre inconucnient ,lailTanr fon ar¬ 
mée en garde à Iean dcSajaucdrc. Ferdinand Pi- 
zarre avant entendu ces venues fortit pourparlcr à 
Sajauedrc ,luy offrant cinquante mille caftillans 
d’orfil vouloir rentrer auccluy dedans CuzcotSa- 
jauedre reffufi celle condition,& l’autre ne luy ofa 
faire aucun defplaffir,parcc qu'il efloit bien ac¬ 
compagné. Ainfi Ferdinand fen retourna tout faf- 
ché,& corne n’attendans plusaucun fecours.Man- 
go d’autre part veid bien qu’il ne pouuoir plus 
prendre Almagro, & ayant encor’moins d’efpc- 
rance de prendre Cuzco,de peur d’cflre prins,tant 
parles Pizarres , que par les Almagrifles .illeuale 
fîege, & fe retira aux Andes qui l'ont des hautes, 
montagnes au delfus de Guamanga . Almagro ap¬ 
procha fon câp prcsCuzco les enliignes dcfploiees , 
fommant les frères de François Pizarre de le recc- 
uoir incontinent en paix,pour gouuerncur iiiiuant 
le vouloir de PEmpercur . Ferdinand Pizarre, qui 
commandoit à la ville,feit reiponcc que fans la vo¬ 
lonté 




GENERALE D ES INDES. 20^1 

iontc de François Pizarrc gouueriicùr de ce pays'; 
& par le commandement duquel il cftoit là, il ne 
pouuoir,&qu’cncor’ moins deuoit il pçur fon lié- 
ncur,& fa confcience,le receuoir pour gouucrneur 
mais fil vouloir entrer priuément, & comme par¬ 
ticulier, qu'il le logcroir trefbien auec toutesfes 
troupcs,&: que ce pendant il aduerriroiffon frère, 
qui cftoit à la ville des Roys,dc fon arriuee,&de là 
demande, Sc qu’il fafleuroit que lors pourlabon* 
nc,& ancienne amitié, qui cftoit entr’eux deux ; ils 
faccordcroicnt en déclarant les confins dech'af- 
que gouuernement félon l’opinion des do&cs 
Cofmographes. Almagro eftimoit qùc.cçftc ref- 
poncc n’eftoit que pour dilaycr, tellement qu’il in- 
fifta à fa demande, & voyant que Ferdinadrefiftoic. 
vnc nuid:,qui cftoit fort obfcure, entracrr-la ville, 
Sccnuironna la maifon,oùlesPizarres,&ceuxdu 
confeil f cftbient fortifiez, & y mcic le feu, par-ce 
qu’ils ne vouloient point fcreudrc.Mais,en fin, de 
peur d’eftre brûliez ferendiret: Almagro mcit Fer¬ 
dinand , Sc Gonzallc Pizatrcs en prilon , & autres 
qui gouuernoient,& les autres habitans dés le len¬ 
demain matin le rcceurcnt pour gouuerneur. Au- 
cüs difentqu’Almagro répit les tvefues.qui auoiét 
efté accordées iufqucs à ce.que la rcfponccdc Fra- 
çois Pizarrc eut efté apportée; Autres difent qu’il 
n’y eut point de ttefucs: car on ne le vouloir point 
receuoir que,par force. Autres difent qu'il eut la fa- 
ueur des habitans pour entrer. Mais par-ce que ce 
faiâ touché vnc partialité, chafquc partie en com¬ 
pte à fon aduantage. Il eft pour le moins bien vraÿ 
qu’Almagro entra par force,;&qu’il y euft vn Efpa- 



4- de i’hut, 

gnol tué de chafque cofté.&Almagro euft tué Fer¬ 
dinand Pizarre fuiuant la volonté qualï de tous, fi 
ccn’culleltcDiegod’Auarado.La rébellion Ynga, 
&cc commencement de guerre ciuilcadumt l'an 
15 j 6.fans que François Pizarre en fccut rien. 
Comme plusieurs F.jpàgncls, youlnnt fccourirU 'tille de 
Cuxco, furent deffiitts pur les Indiens. 

Chtp IJ5- 

P lzarte citant aduerti comme l’Ynga fellôit rca 
uolté, eut grand peur, 5c mcfmc quand on luy 
diét qu’il auoitalfiege Cuzco.ll ne ’pouuoitcroire 
au commencement qu’il fut vray,ny qu’il cuit tant 
de gens, ôc là deflus y enuoya incontinent Diego, 
Pizarre,aucc feptanteEfpagnols feulement, enco- 
relapluspart elloient à pied. Mais tousceuxcy 
furent alfommez, par les Indiens, à la defeente du 
mont de Parcos,ccnt cinquante nul loing de Cuz- 
co. Ils rucrentaufli auec bon nombre d’Efpagnols 
le capitaine Morgonicjo, qui menoit du lecours, 
quelques vns efehapperent par l’obfcurité de la 
nuiét,mais ils ne peurét gaigner Cuzco,ny retour¬ 
ner à la ville des Roys. Pizarre y enuoya encore 
GonzalledeTapiaauec quatre-vingtsEfpagnols: 
ceux-cy furent auili tuez par les Indiens, qui les a£ 
faillirent lors qu’ils elloient tous las du chemin. Ils 
deffirent auili à Xauxa le capitaine Gaete auec qua¬ 
rante Efpagnols.Pizarre elloit fort eltonnédcce 
que fes freres ne luy mandoient rien, ny les autres 
capitaines, alors fongcantàccqui elloit enuoya 
quarante cheuaux fous la conduite de François de 
Godoy pour luy apporter nouucllcs détour. Ce- 
Ituy cy fen reuinr la queue entre les iâbes,coinme 





1 


GENERALE 13 ES INDES.' 210 

on didl, amenantauecfoy deux delacopagniedu 
Capitaine Gucte, qui feiioient fauüez à courfe de 
cheual. Ces deux racompterent à Pizarre tout ce 
qui leur cftoit aduenu,ce qui «donna grandement 
Pizarre, & le fut encore plus quand il veid arriuet 
Diego d’Aguerd qui f enFuyoit,difant que tous les 
Indiens feftoient rcùoltez,&mis en armes, & que 
ils l’auoicnt voulut brufler, comme il eftoit entre 
fes vaflàux, éc qu’vne grande armee le fuiuoit pas à 
pas.Ce fut vnenouuellc,qui meit toute la ville en 
vne peur extreme d’autat que pour lors elle eftoit 
fort mal garnie d’Efpagnols.Pizartc enuoyaPiertc 
de Lermc de Burgos,aueé feptante chcuaux,&bon 
nombre d’indiens amis,& qui cftoiét defija Chr'e- 
ftiens,pour donner quelque empefehemét aux cn- 
nemis,afin qu’ils approchaftct fl près de la ville des 
Rois,depuis il fortift auec tout le relie d’Efpagnols 
qui efloiét là.Pierre de Lermc feit bien ion deuoie 
à combattre,& contraignit les Indiens de fe retirer 
en vn petit fort au haut d’vne m6tagne,8cen ce lieu 
ils euftcceftcdu tout vaïcuz,G Pizarre n’cuft point 
faidl Tonner la rctraidle. En celle rencontré il y eut 
vn Efpagnol de cheual tué,& plufieurs autres blet 
fez, & le capitaine de Lerme eut les déts rompues. 
Les Indiens rendirent de grandes grâces auSoleil 
de ce qu’ils auoient efchappc vn péril fi emiricnr, 
& luy feirent des facrifices magnifiques, & des of- 
frades richcs,&puis palferent leur câp en vne autre 
moraigne près la ville des Roys, & n’y auoit que la 
liuiere entredeux,ou ils furent dixiours efearmou- 
chas côtinuellemét aueclesEfpagnols feulement: 
car ils n’en vouloict point aux autres Indiés; Aufli 
D ij 



4- LIVRE DE l’HIST. 

plufieurs Indiens Chreftiens, feruitcurs des Elpa- 
gnols .alloient manger fur iour auec les ennemis, 
&mcfrac combattoiétauec eux controleurs mai- 
fties,8ifen rctournoient de nuiâ: coucher en la 
ville. 

It fecours qui "V int de plnjicu rs parts,k François 
FOjtrre. Chap. 156. 

P Izarre Ce voyantafliegc,8c auoir perdu quatre 
cens Espagnols, 8 c deux cens cheuaux eut vne 
merueilleulc peur de furie, & du grand nombre 
d’indiens,& encore penfoit qu’ils enflent tué à 
Chili Diego d’Almagro, 6 c fes frères en la ville de 
Cuzco. Il enuoya dire à Alphonfe d’Aluaradoquc 
lllaiflaft la conquefte des Ciaciapoias, 8c qu’il fen 
vint auecques fes gens lefccouiir. Il cnuoyaàla 
ville de Trufiglio vn nauire, afin que les femmesSc 
en finis. Ce meiflènt dedans auec leurs biens ^com¬ 
mandant aux hommes abandonner la ville,&fe re¬ 
tirer en celle des Roys.il depefeha Diego d'Ayala, 
auec des vaifleauxpouraller a Panama, Nicaragua 
& Quahutemallan,&de là amener fccours.il elcri- 
uit aux ifles de SaintDominique,&Cuba,& à tous 
les autres gouuerneurs des Indes,touchant le dan¬ 
ger où il cftoit. Alphonfe de Pucn Major, Prcfidét 
&Euefque de S. Dominique, enuoya fousla char¬ 
ge defon frère Dom Diego, bon nombre d’Efpa- 
gnols arquebuziers, qui ne faifoiét qu’aniùcr auec 
Pierre de Veragua.Ferdinand Cortès enuoya de la 
nouuellc Elpagne en vn nauire, Rodcric deGrijal 
ua auec force armes,artillerie, 6c autres choies ne- 
ceflàires.Le Doéteur Gafpar de-Spinofa amena de 
Panama,du Nom de Dieu, 6c de terre ferme beau- 




GENERALE DES INDES. ' III 

coup d’Efpagnols.Dicgo d’Ayala reuint auec grad 
nombre de gcns.gu’il peint à Nicaragua, &Quahu 
temallan.il vint grand nôbrc d’homes de plulieurs 
parts, & parce moyen Pizarrceut enfin vncbelle 
armee,&eut plus d’arquebuziers que iamais.Enco- 
re qu’il n’euft eu grand befoin de tant de gés pour 
marcher contre les Indiens, filüy feruirent ils bien 
contre Diego d’Almagro, comme nous ditonsfi 
apres,& ainli il deuina bien à demander tel feepurs 
combien qu’aucuns pour lors rcputerent.cela àpu- 
fillanimité. 

Veux hui lies que donna ^tlphimfc d,'ythuntdo contre les 
'Indiens, çy- en fut victorieux. chep. 137. 

A VIii tOft quele Capitaine A'iphonfe d'Aluara- 
doeut receu leslettresde Pizarrc,parlefqucl- 
lesil luy mandoit qu’il le vint fccourir,il laillafa" 
conquefte des Ciaciapoias, encores qu’elle fut ja 
bien enc6mencee,& fen vint àla ville deTrufiglio 
quieftoit ledroiél chemin pour venir à celle des 
Roys.ll feit demeurer les habitans qui auoiét def- 
ja enuoye leurs femmes, & lcurs*biens dehors, & 
vouloientfc retirer vers Pizarre,abandonnans ce- 
ftc villc.il arriua puis apres àla ville des Roys, ref-, 
iouillant vn chacun,par-ce que c’cftoit le premier, 
qui venoit au fccours. Pizarrc le feit fon capitaine 
-general,& en ofta la charge ! Pierre de Lerme,qui, 
pour eftre vaillant-& f’eltre bien porté en ces guer- 
res,reputa cela à fon grand deshonneur, & ne peut 
contenir fa langue de parler vn peu tro p auant. Le 
capitaine Aluarado fe repofa quelques iours, & 
puis meic en ordre trois cés Espagnols, tat de pied, 
q de cheual pour defchalfer les lndiés où ilscftoiët 




■4-, livre DE E’rilST. 

& fs délibéra de ne repofcr iufqucsà ce qu’il les 
euit defFaids,ruinez, & contraints de leucr le fiegc 
de douant Cuzco,nc fçachant encor rien de ce qui 
eftoit furuenu entreles Efpagnols de par delà. Il 
donna vne bataille près de Paciacama auecTizoyo 
capitaine general de Mango Ynga;& encor’did- 
ori que Mango mefmey cftoit.Cc fut vnciourncc 
rude, & fanglante : caries Indiens combattoicnt 
comme vidorieux, & les Efpagnols pour vaincre. 
GomezdeTordoyade BarcarotequePizarre luy 

I enuoyoit le vint trouucr aucc 206. Efpagnols à 
Xau'ca. Delà ils marchèrent Cuis aucun empefehe- 
ment,iufques'a Lumiciaca,&: au pont de pierre, & 
la chargèrent fur v'n grand nombre d’indiens, qui 
a ce pallàge penfoient bien tuer les Chrelticns, ou 
pour le moins les ropre. Mais Aluarado, 6 c fes cô- 
pagnons, encor’ qu’ils fulfent enuironnczdc tous 
coïtez combattirent de telle vigueur qu’ils demeu¬ 
rèrent vidorieux, &feirent vne grande boucherie 
des autrcs.Ces deux iournees coulteréda vie à plu. 
(leurs Elpagnols,’& a grand nombre d’Indiés amis, 
quileurdonnoientfecourscn ces guerres. DcLu- 
rhiciaca iufques au pont d’Auançay,qui clt à foixâ- 
!j , te mil.ilsfeirentplufieursefcarmouches,mais elles 

ne font dignes d’eftte recitces plus amplement. Là 
Aluarado cntéditles reuoltes,&tumultes de Cuz- 
co,&remprifonncment de Ferdinand,ôcGonzalle 
Pizarre,& f’arreftalà, iufqs à ce qu’il cuit nouueau 
commandemét de Pizarre,fur tel faid,puis que les 
Indiens quiauoientallîegc Cuzco, feltoicnt reti¬ 
rez.Il fortifia ce pendant fon camp , pour mieux fe 
tenir fur ces gardes, contre Tizoyo, 6 c Mango,quj 


couroienclàà l’étour, &aufli fe deffiat d’Almagro. 

Ctmmi yClmtsgro frit priflimier le Ctpitùne . /fludruJo, 
& refuftle parti que luy offraient les f ïUrres. 

Chap. 138. 

\ Lmagro voyant qu’Aluarado eftoit en (îbon- 
il nôbre de gens à Auaçay, côicétura qu’il eftoit 
venu là,non pour autre occafion,quc pour l’alTail. 
lir,à cefte caufe il fe meit en ordre.Ét ce pendît en- 
uoya par deuers luy pour le fômer, & requérir que 
il euft à forcir hors de fon gouuerncmcnt,ou bien, 
qu’il luy obeift.Aluarado arreftaprifonniet Diego 
d’Aluarado.auec autres huitEfpagnols,qui auoicla 

charge de cefte f6mation,ne faifanc autre refponce 
fînô,que cefte requeftefe deuoit faire à FraçoisPi- 
zarre.&noaà luy. Almagro voyant quccesgçs ne 
reuenoictpoinr,prcd vn autre chemin auec ion ar¬ 
mée, pour aller garder Cuzco,parce q il fçauoit bic 
qu’il eftoit loifible à Aluarado d’aller par vn autre 
cofté à cefte ville là. Mais cômc il eftoit fur tel de¬ 
partement,il eut aduertittemét.&lectres cômePier- 
rc de Lerme vouloit fe retirer auec plus de do.fol- 
dats de fô cofté, pour vn defdain qu’il auoit côceu 
cotre Pizarre.à raifon qu’il luy auoit ofté la charge 
de capitaine general,&l’auoit dônee à Alfôfe d’Al- 
uarado. Aluarado eftâc de ce aduerti, le voulut arre- 
fter prifonnicnmaisil cfchappa,& f'éfui du cîp fut 
la minuit, portât fur foy les promettes de fes amis, 
foub-fignecs de leur main n’ayât peu pour lors les 
mener auec foy,parce qu’ô le prettoit de trop près. 
Almagro fçachâcq GomczdeTordia,&VigliluaSc 
autres l’arédoiét auP5t,f y achemina en hafte telle¬ 
ment qu’il y artiuaàteUc heurelqu’il faifoit toute 




nui&, de enuoya vue bonne partie des tiens par le 
fleune, où cftoient ceux,qui deuoient fe renger 
de fon party. Le Capitaine Aluarado ayat apcrccti 
les ennemis en fon camp, commença à combat¬ 
tre , faifant fonner l’alarme : mais ayant mis plu- 
fteurs de fes gens à garderies partages,qui tcndoiçt 
à fon fort , de n’ayant gueresdu refte de fes gens 
en armes', par-ce que les amis de Pierre de Lerme 
auaient ic&e dedans la riuicre leurs picques, il ne 
peut fouftenir la charge de fon cnnemy , de fut 
prins fins aucune effulion dcfiing.il n’y eut que 
Rodcric Ordognez , blette d’vn coup de pierre, 
qui luy rompit les dents. Cela faiét, Almagro raf- 
fembla fon armée, de fen retourna à Cuzco. Tous 
fes gens eftoient fl braues.de hautains de cette def-, 
faidtc, qu'ils fe vancoient de ne laitier au Peru au¬ 
cun Pizarre.dequ’ilsenuoyeroicnt François Pizar- 
. regouuerner les Manglares delacoftc. Almagro 
vfi de fa victoire courtoifemét, côbié qu’on yueil- 
le dire qu’il rrai&a mal fes prifonniers. François Pi- • 
Sarre,qui fenalloit auec fix cens Efpagnols, pour 
Jeuer le fiegside déliant la ville de Cuzco .receutà 
Nafealcs nouucllcsdetoutcequc nousauôsdidt 
cy dettlis, deen eut vn gran'diflime plaifir.il fen re¬ 
tourna à la ville des Rois pour fe pourueoir , de fe 
mettre en meilleurequippage,fil failloit d’auéture 
par vne bataille metere fia i les guerres ciuiles.Car 
jl voyoic fon côpeciteut,dc aduerfiirc, hardi décou¬ 
ragé ux, de accompagne de grand nombre d’Efpa- 
gnois. Ce pedae qu’il dreifijic fon arracc,il tafeha à 
faire quelque acord par quelque b5nc voye.difanç 
qu’vn tnefehac aeprd çftoic encor’ meilleur cjifvne 





GENERALE DES INDE J. 11} 

bataille heureufe, 8c profpcre, 8c pour ceft effcét 
enuoya vers Almagro le doéleur Gafpar de.Spino- 
fa,qui les accorda en celle façô:qu’en premier lieu 
ilsfuflcnramis 8cqu’Almagro deliuuaft de prifon 
Ferdinand,8c Gonzallc Pizarres,8c Alphonfe d’Ab 
uarado, 8C qu’ildemeurait gouuerneur de Cuzco, 
iufqu’à ce que l’Empereur euft limité les gouuer- 
nemens de l’vn Sc de l’autre. Mais le dodteurde 
Spinofa mourut en negotiant ceft accord, prono- 
fticantà fa mortla-deftruéliô, 8c perte de ces gou- 
uerneurs; qui futcaufe qu’Almagro fappuyant fur 
fes forccs,refufi par le confcil de ceux qu’il auoit à 
l’entour de luy,cc party,difant que c’cftoit à luy de 
donner la loy ce pendant qu’il auoit l'heur par de- 
uers luy, 8c non pas de Urcccuoir d’aucun. Illaiflà 
Gabriel de Roias pour garder Cuzco, 8c luy laiflà 
en garde les prifonniers:8c quand àluy,mcnant.a- 
uec foy Ferdinad Pizarrc, l'en alla aucc fon armée, 
emportant ancc foy le quint du reuenu de l'Em¬ 
pereur, fur la code de la mer, où il baftit vnc ville, 
Sc la peupla au dedans de la iurifdidtion de la ville 
des Roys,comme prenant pofTeflïon d’icelle pat ce 
moyen,ôc feit camper toute fon armée à Cinca. 

Comme ^tlm<tgro,CT Pierref : tarent k MaU, ty 
parlementèrent enf:mhle fur leftift d'/tccord. 

Chup. 139. 

■pizarrc ayant entedu tout ce que delTus.feit fon- 
JL ner le tabourin en la ville des Roys, doubla la 
paye à fes foldats, 8c leur feit de grands aduâtages, 
8c par ce moyen alfcmblaplus de fept cens Efpa- 
gnols auec bô nôbre de chcuaux,8cd’arquebuziers 
qui faifoient plus cftiraer fon armee. Vite grande 





LIVRE DI l’hist. 

partie de cesfoldats efto jehr venuz là,cftans appel- 
lez de plulieurs endroits pour fecourir la ville de 
Cuzco contre les Indiens, & l’autre cftoit de celle 
xnefmc ville des Rois.ll feit capitaines des arquebu 
ziers Nugno de Caftro,& Pierre de Vcragara qu’il 
auoit amené deFIâdres.oùil f cftoit maric,&dcspi 
quiers Diego de Vrbina, & des chcuaux Diego dç 
Roias, & Peranzures, & Diego de Mcrcadiglio, & 
pour fergent maicur il feit Antoine de Viglialua. 
Comme il cftoit ftirceftapreftGonzalle Pizarre,& 
Alphonfe d’Aluarado arriuetcnt,lefquclsil feit ca¬ 
pitaines generaux/on frerede rinfanteric.&rautrc 
de la cauallerie.Ces deux cy auoict efte pris par Al- 
magro.Mais cftans mis prifonniers ACuzco. fubor- 
nerent enuiron cinquâte foldats de leur garde auec 
leuraydefortirent delaprifon,& puis ofterent les ' 
cordesdcs cloches, amn qu’on ne fonnaft point 
l’alarme pour courir apres cux,& fenfuyrent ayec- 
quesccs cinquante à courfe de chcual, amenans 
auecqucs euxprifonnier Gahriel de Roias. Pizar- 
republioit qu’il faifoir celle aflcmblec pour fedé¬ 
fendre feulement comme eftanr prouoqué.ll vou¬ 
lut bien encore accorder par le confeil de plufieurs. 
Almagro aufli de là part fut content de rôber d’ac¬ 
cord, & pour en venir à bout, enuoya auec procu¬ 
ration ample Dom Alphonfe Enriquez. Diego de 
Mcrcado fon faéteur, & Iean de Cuzman, les¬ 
quels parlèrent à Pizarre, qui rendit tout fon dif¬ 
ferent en l’arbitre de François de Bouadiglia Pro- 
uincial de l’ordre de la Pieté, & eux aufli fe rap¬ 
portèrent de tout àfrere François Lufando. Ces 
deux refolurent qu’Almagro deliuraft Ferdinand 



CENERALE DES INDES. 11 + 

Pizarre, & rendit la ville de Cuzco, que tous deux 
rôpilTent leurs armées & cnuoyaflcnt leurs foldats 
aux nouuellcs conqueltes, ôc qu'ils efcriuiffent à 
l’Empereur de leur different & qu’ils fcYeilTent,&: 
parlaflent cnfemblc à Mala entre la ville des Rois 
& celle de Cinca, n’effant chacun d’eux acôpagné 
que de douze cheuaux,& que les deux religieux' 
fullent prefens.Almagro diét qu’il eftoit bien aife 
de fe voir auecqucs Pizarre, encore que larefolu- 
tion de ces deux moines luyfcmblaff dure. Suiuâc 
ceft accord aucc douze cheuaux feulement, & do¬ 
uant que partir il commanda à fon capitaine gene¬ 
ral Roderic Ordognez de fc tenir preft auec Ion ar¬ 
mée, & fil voyoit qqe François Pizarre vouluft fai 
rc quelque force qu’il tuaft Ferdinand fon frerc,le 
quel pour celle caufe il laiffoit en fa puiffànce.Pi- 
zarro fcnalla au lieu député en mefme équipage, 
laillànt derrière tour fon camp auccques Gonzalle 
fon frere.Cc Gonzalle fc cacha bien près de Mala, 
& commanda au capitaine Nugno de Caftrode 
f cmbufqucr auec fes quarante arebuziers dedans 
des hautes cannes, qui cftoient près le chemin par 
où Almagro deuoit paffer. Si celle entreprife fut 
fai die auec la volonté de François, oufansicelle 
ic croy qu’on n’en fçait rien.Ftançois Pizarre arri- 
ualc premier à Mala,& aufli to.lt qu’Almagroy fut 
arriuèils fembraffèrent l’vn l’autre monftrans fi- 
gnes de grande ioye, fc gaudilïàns l’vn l’autre aucc 
parollesclc plaifir.mais déuât qu’ils vinflent à pour 
parler de leurs affaires vn quidam delà côpagncc 
de Pizarre l’approcha d’Almagro, & luy dit en l’o¬ 
reille qu’il fc retirait incontinent de là autant qu’il 



aymoit fa vie, Almagro montant auffi tort à cheua! 
fen partit, & fen retourna fans parler aucun mot 
depuis. En fen retournant il apperceut l’embuchc 
de ces arquebuziers,&lorscreutquc ce q l’autre 
luy auoit didl eftoic vray. Il fe compleigna gran¬ 
dement de Frâçoys Pizarre, & de fes freres,& tous 
les fiens difoient que depuis Pilate en ça nefeiloit 
prononcée vne fentencc plus iniuile. Pizarre, en¬ 
cor’ qu’on leconfeillaft del’arreiter prifonnier ,1c 
laiilatoutesfoys aller, difant qu’il ciloit venu fur 
fi parole, & fe defebargeale plus qu’il peut.qu’il 
n’auoit point commandé a fon frere de drcilêr vne 
telle embufcade,&qu’cncor’moins auoit il fub- 
orne fes frères. 

Lu prinfe d'Xlmuffra. Chip. 140. 

E Ncor' que celle vcuc,& ces accolladcs cuflènt 
elle filiales en vain,& qu’elles cuifcnt caufé tac 
d’vncpart que d'autre plus grande indignation, fi 
cfc-ce routesfoys qu’il n’y eut point faulte d’autres 
perfonnes qui incontinent fins paillon aucune 
remployèrent de les accorder. Enfin Diego d’Al- 
uarado les accorda en celle façon.qu’Almagro de- 
liurcroit Ferdinand Pizarre, 8c que Françoys Pi¬ 
zarre luy donneroit quelques vaiireaux,& vn port 
feur pour enuoyer librement en Efpagnc ce que 
bon luy femblcroit, qu’il ne feiiTent rien l’vn con¬ 
tre l’autre iufques à ce qu’on euil receu nouueau 
mandement de l’Empereur. Almagro fuiuant ceil 
accord deliura auffi toil Ferdinand Pizarre fur fon 
ferment, & fur fa parole, à la priere & rcqueile du 
capitaine Diego d’Aluarado, encor’ qu’Ordognez 
l’empefchaft fort, par ce pu’il auoit conceu en fon 




generale des indes. itj 

efprit vue mefehante opinion du naturel félon de 
Ferdinand Pizarre, & mel'rne Almagro fen repen¬ 
ti t,& l’euft bien voulu retenir. Mais c'cftoittrop 
tard,& tous difoient que ceftuy-cy renouuclleroir 
toutes les diftèntions & renuerferoit tout fans def 
fus defoubs. Ils ne furent point mcnteurs-.caraufli 
toft qu’il fut mis en liberté on vid de grads,5cnou- 
ueaux remuemens. Meïïnc Françoys Pizatre, n’al- 
loit point droiétement en ces appoinébemens ,par 
ce qu'ayant ia rcceu des lettres patentes de l'Em¬ 
pereur, par lefquclles il commandoit qu’vn chaf- 
cun euft à farrefter aux lieux de leur gouucrncmét 
fans entreprendre rien l’vn fur l’autre, fc voyant a- 
uoir en liberté fonfrere(par le confeilmcfmc du¬ 
quel il faifoit cecy) rcquift Almagro que fuiuât ces 
lettres il euitàvuider le pays qu’il auoit defeou- 
uert, & peuplé, puif-que ce nouucau mandement 
de l’Empereur eftoit venu. Almagro feit refponcc, 
apres auoirlcu ces patentes, qu’il accomplilToit le 
contenu d’icelles, en demeurant paifibleà Cuzco, 
& autres villes que pour le prefent il poifedoit fui- 
uantlecommandement,& volonté de l’Empereur 
portée par ces lettres, fuiuant mefmc lefquclles, fl 
requeroit, proteftoir, & prioit Pizarre qu’il le laif- 
faft demeurer en paix,& qu’il ne le brouillai! en fl 
iouiilàncc. Pizarre repliquoit qu’apres auoir peu¬ 
plé, & rendu paifiblc Cuzco, l'autre luy auoit en- 
leuce par force, Sc que celle ville eftoit en fa iiuif- 
diétion,& du gouuernement du nôiitieau Royau¬ 
me deTolede,& que partant il luÿ laillàft, & fe.rc- 
tiraft,& fil n’en vouloit rie faire.qu’il l’en defehaf- 
feroit fans auucmét rompre le ferment qu’il auoit 



! 


fait puis q le teps de l’appoindlcmét eftoit finÿ par 
le moyé du nouucau mandemet qu’ô auoit aportc 
de l’Empereur. Almagro furrefolu en fa première 
refpôce.Pizarre Voyàt cela faidl marcher tout fon 
oft versCiuca fous couleur de vouloir châtier feule 
métfes aduerfaircs de ce lieu,qui no toircmét cftoit 
de fon gouuernemeiu,menant pour fon coiifcil,& 
pour capitaine fon frere Ferdinand . Almagro ne 
voulant combattre prend le chemin de Cuzco, & 

■ commande qu’on le fuiue. Pour abréger fon che¬ 
min il paife, & trauerfe de mauuais pailàges,& far- 
refte à Guaytara, quieft vne montagne fort haute, 

roidc, &afpre. Pizarre ayant plus grand nombre 
d’hommes, &meillcurs foldats lcpourfuit viuc- 
ment. Ferdinand aucclesarquebuzicrs gaignede 
nuidt celle montagne ayant forcé le paftngc. Alma- 
gro,qui pour lors cftoit malade fc met en fuitte,& 
Jaifte derrière Ordognez auec commandement de 
fe retirer Je mieux,& le plus fagemet qu’il pourroit 
fans combattre aucunement. Il feit commcon luÿ 
auoit commande cncores que ChriftofledeSotto, 
& autres difoient qu’il euft mieux faidldc liurcr la 
bataille aux Pizarres,qui fc refroidirent en la mon¬ 
tagne, par-cc que c'eft vn accident ordinaire aux 
E/pagnols, qui de nouueau cftans fortiz des villes, 
& campagnes chauldes, & vont de là aux montai- 
gnes froides, & couuertes de neiges, le gelent, 8c 
enfroidurenr incontinent, tant eft grande la mu¬ 
tation, qui fe faidl en lîpeude diftanccdepays. 
Ce mal, qui aduint auffi aux Pizarrcs fut caufè 
que Almagro eutloilîr de fe retirer auecqucs tous 
fes gens à Cuzco, où il feit auffi toft rompre les 




GENERALE DES INDES. 21 6 

ponts, faite battre des armes d’argent, & de bron¬ 
ze, faire fondre des arquebuzes, Se autres canons, 
fcitenuitailler, &munirlaville, &la fonifHadc 
quelques foifez. bizarre pourl’inconucnitn;, qui 
aduintàfesgens, commei’ay di£t, fut contrai,i£fc 
de reprendre la plaine. Se delàfenalla en deux 
mois à la ville des Rois, foubs prétexte de vouloir 
rcltablir,& remettre en leurs.bicns quelques habi- 
tans de là, & autres voifins, qui auoient citépilles 
par Almagro, & de leur faire quelques nouueaux 
deparremens pour leur donner moyen de plus ai- 
fément fe rauoir, & ce pendant enuoya fon camp 
deuant Cuzco foubs la conduifte de Ferd nand 
Pizanc, grand Prcuolt citant fon frère Gonzalle 
capitaine general. Ferdinand doneques fcnalla.à 
Cuzco,parvn autre chemin que celuyqu’auoit te¬ 
nu Almagro,&y arriuà le îtî.d’Auril 1538. Almagro 
voyât venirfes ennemis auec vnc telle refolurion, 
meit tous ceux,qui eftoient affcétiônez au party de 
Pizarrc,dedas deux folles,où quelques vns feltou- 
ferent pour cltrc trop prelTcz, Se enuoya au dcuâc 
Roderic Ordognez auec tous fes gens, & grâd nô- 
bre d’Indics par-cc qu’il n’y pouuoit cltrc citât dc- 
licnu trop foibleà caufe de famaladie.Ordognez fe 
campa fur le grand chemin Royal entre la ville, & 
lesmontaignes à la riuc d'vn petit Lac, oupaluz. 
Se feit aiTeoir fon Artillerie en lieu propre, Se 
rengeafes cheuaulx en vn autre lieu foubs les ca¬ 
pitaines François dé Ciaues, Vafco de Gueuara, & 
leanTello, & enuoya vers les montaignes grand 
nombre d’indiens accompagnez de quelques pié¬ 
tons Efpagnols, qui deuoiçnt donner fecoursàla 



! 

I 


' ! 
! 


4 - LIVRE DE L HIST. 

partie la plusfoible,& qui feroit en dangcr:Fcrdi- 
nand apres que la Melle fut diâc fe retira de la 
campagne marchant toufiours en ordre de batail- 

le,aucc deliberation d’allerprendrevn huit, &co- 

ftau.qui commandoit àla ville,penfant que fes’en- 
nemys ne l’attendroicnr,ayant en fon camp fi grâd 
nombre d’hommes comme il auoit, niais voyant 
qu’ils ne bougeoient, & ne fdbranloient aucu¬ 
nement, 8c qu'ils fàifoient contenance de ne vou¬ 
loir tefuferle choc, enuoya dire au capitaine Mer- 
cadiglio qu’auccTescheuaux il gaignaft le deiîus, 
où bien qu'il riraft contre les Indiens de l’ennemy, 
où qu’il Ce tint preft à donner fccours en quelque 
endroit, & dit àfesIndiens qu’ils tirafient contre 
les autres Indiens,&ainfi fe commença la bataille, 
qu’on furnôme des Salines, à deux mil de Cuzco. 
Lesarqucbuziers de Pierre de Vcrgara entrèrent 
dedaslepaluz, &dcffeirct,&meirent en route vnc 
compagnee de ges de cheual des ennemys, quiap- 
portavngrandillîmc détriment au camp d’Ordo- 
gnez. Lequel voyant le danger fi éminent feit à 
propos delafchervne pièce d’artilleiie.qui tua cinq 
Efpagnols, 8c intimidales autres. Mais Ferdinand 
les encouragcoit auec belles paroles honcllcs,& 
félon les occafiôs,qui fe prefentoicnr,& cômanda 
auxarcqucbuziers de tirer contre les picquiers,qui 
auoiét leurs picques enuenimecs, qui par ce moyc 
furent ouucrs , 6c y eut plus de cinquantcdc leurs 
picques rompues,ce quielbrala fort la pariie d’Al- 
magro.Ordognez feit figne que tous choqualfcnr 
cnfemble pour rompre l’ennemy de force,mais 
comme les liens famufoient trop,il picqua deuant 
auec 




GENERAIS DES INDES. 2ly 

aliec Ton cfquadron feulement, tirant droid à Fer- 
dinâd,qui pôurlorS menoit le collé gauche de fon 
camp auecle capitaine Alphohfed’Aluarado;ilen- 
fonça aucc fi lance deux EfpagiioIs,& puis tira vnc 
cftocadc côtrc vn ferUitcur de Pizatie,penfant que 
ce fufl lé maiftie, & luy meit l’cftoc par la bouche.. 
Ordognez faifoit merueilles de fa perfoniic, niais 
cela durapcu,parcc que, comme il couroit déliant 
tous autres de (à t'roüppe,il fut frappe aü'fret d'vn 
coup d’arquebuze, qui en fin luy feit perdre la for¬ 
ce, Si la veuï.Fcrdiuand,& Alphonfe àllïtiiiirentles 
cnnemys en flanc, & en icttcrét par terre cinqüàn- 
te,& la plus grtyid part auec les chcuaülx. Ce pen¬ 
dant que ceux-cy conibattoicnc les autres ttoütf* 
pes d’Almagiro chargèrent par vh autre collé fuir 
Gonzalle Pizarre, & ainfi tous cnfemblé ctümbat- 
tirent,commeEfpagnols brauemét, & d’vn grand 
co urage. Mais les Pizarres furent les vidoricltx,& 
vferent cruellement de leur vidoirc,réietc.lhs tou-" 
tesfoys la coulpe fur les vaincuz ; qui au polit d’A- 
umçay, encor’ qii’ils fulTent en petit nombre, nc- 
antmoins fe votilolént venger. Ordognez cftant 
reduid à fi petit nombre qu’il ne luy reftoit plus à 
l’entour de luy que deux hommes de cheual,il v inc 
' vn,qui le ictta en tetrc,& le tua. Le capitaine Ruy 
Diaz prinr l’autre, Si le monta en groppe derrière 
foy,mais vn autre luy donna vn coup de lance dôt 
il mourut furie champ. Il y en eut ainfi beaucoup 
d’autres tuez apres (falloir plus d’armes, Samanie- 
go tuadenuid,&cn fon !id le capitaine Pierrcde 
Leone, les capitaines qui moururent en combat¬ 
tant furent,MafcofojSalinas,Fernand Aluarado,fi£ 
E 



= 

i; 






I 

i 


4- *• 1 v «• E u “ L H I S T. 

tant d’Efpagnols : que fi les Indiens, comme ils a- 
uoient bien pourpenfé, aillent donné furie peu 
d'hommes qui reftoient quafi tous bleflcz,il en 
fullcnt aifement venuz à bour. Mais ils l’amuferct 
à defpouillerlcs morts , Se ceux qui elloicnt tom¬ 
bez en terre,les Iaillàns auffi nuds comme quand 
ils naquirent,& puis fe icttercnr fur les tentes pour 
les cnleucr,& tout ce qui clloit dedSs.n'cftaris gar¬ 
dées de perfonncs,par ce q les vaincuz fenfuioient. 
Se les viéloricux pourfuiuoient. Almagro pour 
fon indilpofition ne fe trouu.a point au combat, il 
regardoie la bataille d'vn lieu hault,& quâd il yeid 
les fiens vaincuz,il fe retira dedans la forccrclfc. 
GôzallcPizarrc,& Alphonfc d’Aluarado lepour- 
luiuircnr, le prindrent, & le meiïenc prifomlicr en 
lamefmcprifon,cn laquelle illesauoitmis. 

I.nmort d'^Clm-tgro. chip. 141. 

P Ar le moyen de celle viétoire, & de la prinfe 
d’Almagro aucuns fenrichircnt, & les autres 
fiappauurircnt, par ce que telle cil l’vfance de la 
guerre, mefmqmcnt quand elle cil ciuile, parce 
qu’elle le faiél entre mefmcs bourgcois.voifins, &: 
parens. Ferdinand Pizarre fe feit maiftre de k ville 
de Cuzco fans contredic, non finis toutefois quel¬ 
que murmure, il feieprefens feulement à quelques 
vns, par ce qu’il luy eftoit impôlfible de donnera 
tous, mais encor’ce qu’il donnoit eftoit petit au 
pris de ce qu’vn chafcun,qui auoit cfté en la batail¬ 
le, pretendoir. Et pour celle caufe voulant preuc- 
nirà quelque mutinatiô qui fe pourroitenluiure, 
il enuoya la plus grâd parc de fes foldats pour con¬ 
quérir nouucnuxpays, cfquelsils fe peuflent tous 






enrichir. Si entre antres n’oublia à y cnuoyCr ceux 
qu’il penfoit fauorifer à Almagro, pour fofter de 
tour danger. Ce pendant il feit inftrnirele'proccs 
cotre Almagro, dônant à entendre que ce qu’il en 
faifoit n’eftoit que pour l’enuoyer priforinicr àla 
y-illc des Rdys,& de là en Efpagnc,& que mcfmc il 
fe côftituroit prifonnicr auec luy,mais ayât entédu 
que Mcllà, & plulkurs autres fc deuoient trouuer 
fur le chemin pour l’enlcuer quand on l’cmmcne- 
roit.pourfe deliurer de tels rumeurs,foit qu’aupa- 
rauct il en euft la voloté,il le iugea à mort.Les.char 
ges, & crimes, defquels on le chargeoit, eftoient: 
qu’il eftoit entre ch la ville de Cuzco auec main 
forte,q fut caufe de la mort de plusieurs ifpagnols, 
qu’il auoit complote auec MangoYngn contre Jes 
Elpagnols, que fins auoirpuiflancc de l'Empereur 
il auoit departy des terres à aucuns,& en auoit fpo- 
lié les autrcs.qu’il auoit rompu les trefues, Si faul- 
fé fon ferment, qu’il auoit oie refifter à la iuftice de 
l'Empereur à Auançay,& auxSalines.il y auoit en¬ 
cor’beaucoup d’autres caufes queie tais, par ce 
qu’elles n’eftoient pas fi criminelles. Almagro fut 
touche griefuement au tueur par celle fentcnce,S£ 
dit quelques paroles de trefgrâdc cômpafiion, qui 
faifoient pleurer les yeux mefmçs des plus durs, il 
appella à l’Empereur : mais Ferdinand, encor’que 
plulîcurs l’en prièrent, ne voulut acquicfcer à l’ap¬ 
pel. Almagro mefrae le pria que pour l’amour de 
Dieu il ne le feit point mourir luy rcmôftrât côme 
il n’auoit efté fi rigoureux en fon endroit lors qu’il 
eftoit en fa purflance,qu'il n’auoit voulu efpadrele 
fangdefon parét,& amy, qu’eu outre il côûderaft 
E ij ' 



corne il eftoit caiife q uc fon frère ttefcher Frâçoys 
Pizarre eftoit paruenu à tel degré d’honneur, & à 
telles richeflès,qu’il etift pitié de fa vieillelfe,de fon 
imbécillité',& ; de fa maladie.qu’il rcuoquaft fa fcn- 
tccc par le moyé de l’appel,de qu’il le laitTaft viurc, 
ce peu de reps qu’il luy reftoit, en quelque prifon 
honefte, où il pôu'rroit pleurer fes pcchcz. Ferdi¬ 
nand fut tortillement dura ces parollcs,qui euftent 
faiét plier vn cucur d’acier, Si difoit qu’il ftcfmer-- 
ucilloir cômévii homme iî courageux auoit tant 
de peur de mourir. Almagro répliqua que puis que 
Iclus Chrift,en auoit eu peur qu’ô ne deuoit trou- 
liér cftrângc fi il en auoit peur-, niais qu’à la fin il fe 
conforteloit fur le peu deioursqueibn aageaufti 
bien luy lailToit.il futlongticment fuis vouloir en¬ 
tendre à fc cOnfcftcr, pcnfinr par là prolonger fi 
vie, puis qüe par autre moyen il ne pouuoit. Mais 
en fin voyant quepitic aucune ne pouuoit trôuuer 
place en ceft homme fi cruel fc confelTa comme vri 
bon Chreftien, defeit couragcufcment fon tefta- 
nient, laiflant fes heritiers le Roy, & fon fils dôm 
Diego. Il ne vouloir aucunement confcntir à la 
fentencc de peur de l’execution. Ferdinand aulfi 
vouloir encor’ moins admettre fon appel,craignît 
qu’elle fuft.calTecparleconfcil deslndes, & aufll 
que fon frere Fr.-fnçoys luy auoit mandé d’nihfi- 
faire. A la fin Almagro aquicfça à la fenrertcc aucc 
vn courage grîd,dilant : qu’on me déliUré de cefté 
prifon, Si que ce cruel, Si fécond Nerbn fe lôulfc 
de mô fang. Il fut cftranglé en la prifon par la priè¬ 
re de plufieurs,& puis on le décapita publiquemcc 
en la place de Cuzco l’an i y jS.Plufieurs Elpagnols 




GENERALE DES INDES. . il 9 

receurent v n grandiiTune defçlaifii- par (a mort, Sc 
leur feic grâd faultc,Àpres le fils il n'y en eurpoint, 
qui euft plus grand defplaiur de fa more que le ca¬ 
pitaine Diego d’AIu;arado,qui'fcftoit obligé de pa 
rôle à luy pour ccluy.qiii Tauoit faidt mourir, & a . 
noir eftccau(e qu’il auoicdcliurc de prifon, de de 
mou Ferdinand, duquel toutefois iamais pour ca 
faidt ne peut tirer aucune douceur encor’ qu’iü’cn 
prùft rrefâffectucufcment. Eftant ainfi, non (ans 
caufc'fafclié,(’en alla incontinent en Éipagnc fe 
plaindre de Françoys Pizarrc,& de fes freres,&re- 
d jnûder la parqle,& le fermét qu’il Ipy ano.it bail¬ 
lée , Sc aulïi pour obtenir congé de l’Empereur de 
le défier, & le combattre. Mais ce pendant qu’il 
pouffuiuoit ccfte affaire il mourueà Valladolid,où 
pour lors cftoir la court,, ^ parce qu’il mourut en 
crois iours.aucüs v.culc.c dire qu’il fut empqifonnç. 
Diego d’Almagro eftoit natif d’Almagro-, iamais 
on ne peut fçauoir à lay.erifé,q. fut fon pare, encor’ 
qu’on aye faidt grande diligence. On difoit qu’il 
cftoir preftre, il ne feauoit lire,il eftoip courageux, 
fore diligent,aymant fur-toutl’hpnneur,& cftve en 
réputation,il eftoit r.rcf-libçoal,ma;is eftoit accom¬ 
pagné d’vnc vainc gloirc-.çar il vouloir qu’yn chaf- 
cun feeuft ce qu’il donnoit .Scàcaufe de fa libéra¬ 
lité il eftoit aimé des foldats,quelquefoisillcs cba- 
ftioit aigrement, tantoft aucc paroles rigoureufes, 
tantoftaùec la main, il quitta à quelques de^tairs 
qu’il auoit, qui le fuiuirent en la ptouipcc de Chili 
pliis de cent mille ducats , rompant leurs obliga¬ 
tions, &.fcedulc: qui fut vnelibéralité pluftoft di¬ 
gne d'vn Prince qd ! vn fpldat. Mais quand il mou- 
E iij 



rut.il n'y eut aucun, qui daignai! mettre foubs Tes 
gcnouls vn drap pourréceuoir (à telle, tellement 
qu’il fembla à là mort aulîi mcfchanc qu’il auoic 
efte’ durant (a vie doux &graticux , n’ayant jamais 
voulu faire mourir aucun, qui fut des Pizarres. Il 
ne fut iamis marié,mais eut vn fils d’vnc Indienne* 
de Panama,qui eut vn mcfmc nom, &r fut bien in- 
ftruit,mais finit mal.commc nous dirons cv apres. 

Les coiufnt/fes , jm furent ftiBes depuis U mort ' 

d'^dnugro. c!mp, 141. 

P ierre de Valdiuia fen alla au ce bon nombre de 
Efpagnols continuer la conqucftc de Chili 
qu’Almagro auoit cncommcnccc, il peupla en ce 
pays ,’Se commença à negotier auec les habitai» 
Indiens,qui l’auoit rcceu paifiblement auecvnc 
ru Ce,Se fineilc toutefois.Car aulli toft qu’ils eurent 
recueilly leur grain & leurs autres prouifions far- 
mcrcnr,& chargèrent furies Chreftiens, & en tuè¬ 
rent quatorze, qui alloicnt dehors au fourrage. 
Valdiuia fort dehors pour donner fccours lailfant 
en la villelamoitié de fes gens foubs Françoysde 
Villagran, Se Alphonfe de Monroy. Ce pendanr 
huift mille Chilcficns viennent aflàillir la ville, la 
voulant forcer , Se contraignirent Villagran, Se 
Monroy de fortir auec trente cheuaulx feulement, 
& quelques gens de pied . Là fut combattu d'vne 
parc. Se d’autre afprement depuis le matin iufqucs 
à ce que lanui&les euftfeparez.Tous'deuxcftoiét 
contcns d’vnc teille bataille,les Indiens de ce qu’ils 
auoicnc rendu lesnoftres foibles par vn fi long 
combat, & en auoient bleifé beaucoup auec leurs 


flcfchcs : les Efpagnols ftuflî fc refiouiflbient de 
la grande boucherie qu’ils auoient faiûc de ces 
Indiens. Ny pour cela toutefois n’abandonne- 
rent-ilj leurs armes,ains faifoient continuellement 
la guerre aux Efpagnols, 6cne leurs lai (l'oient au¬ 
cun Indien de fcruicc,tellement que noz gens c- 
ftoient contraints eux mcfmcs laboufcr la terre, 
femer, & faire toutes telles autres choies ncccllài- 
rcs. Aucc telle peine, & fatigue fi ne taillèrent ils 
pourtant à defcouurir pluficurspays le long delà 
colle de la mer, & par tels dcfcouurcmcns enten¬ 
dirent qu’il y auoit bien près de là vn Roy, nom¬ 
me Leuccngolma, qui mettoit ordinairement en 
bataille contre vn autre Roy fon voifin,&cnne- 
my,deux cens mille combattans, & que ce Lcü- 
ccngolmaauoit vne Ifle non trop loing de fon 
pays, en laquelle y auoic vn tref-grand temple fer- 
uy par deux mille prebftres, Se qu’vn peu plusa- 
uant cltoic le Royaume des Amazones, defquel- 
lcsla Roync fappelloit Guanomilla, c’cft.à dite, 
ciel d’or, qui donnoit vn argument à quelques 
vnsdepehfcrque ce Royaume cftoit opulent, 5 e 
riche, mais toutefois, puis qu’il eftoit fituc, com¬ 
me on dit, 340. degrez, qu’il n’eftoit gucrcs pour- 
ueu d’or. Mais quant à moy ie croy que ce n’ell 
qu’vne fable controuuee à plaifir, puis que depuis 
le temps on n’a encor’fccu vcoit ces Amazones, 
ny aucun or de ce pays, encor’ moins Leuccngol¬ 
ma, auifipeu fon llle qu’ils furnommoient de Sa- 
lomon.pour fa gtâdilfimcrichefl'c. En mefme téps 
q Valdiuia feit cefte côqucfte, le capitaine Gomez 
d’Aluarado fen alla coqucrirlaprouince de Gua- 
E iiij 



& 


iHico,&Fiiçoys de'Ciaucs alla guerroyer lcsCon- 
cinqu.ieps.quimolçftoiçntia ville de Trufîglio,& 
les amrps peuples de là à l’entour, qui auoientde 
çouftuniedcporrcrroiilîouvsen leur ,-irmcç vn I- 
dq!c, auquel ils offroient les dcfpouillcs de leurs. 
ennçmys,Sç mcfmc du limg des Chrefticns. Pierre 
de Ycrgar.f ( : cn alla en Bracamoric, qui cil vn pays 
près Quito vers la Tramôtanc.Ican Percz de Vcr- 
gu af en alla vers les Ciaciapoians, Alphoufe de 
Mçrcadigliq à Mulubamba,& Pierre de Candie au 
dcflbubs de Gollao. Mais ccftuy-cy ne peur entrer 
au pays, où il alloit pour la mefchanccté du pays, 
pù bien à caufe de Tes gens, dcfqucls la plus part fe 
marina Fvn contre l’autre, par ce qu’il y en anoic 
aucuns amisd'Alnngro, entre autres Mellà, qui a- 
uoicefté autrefois maiflre de l’artillerie de Pizatre. 
Acauièdccctumulcc Ferdinand Pizarrc fut con- 
çraiucty aller, il feit décapiter le capitaine Mellà 
cominc.aucheur de la mutinerie,& auflî par ce que 
il auoit mal parlé deluy , Si de fes frères,& qu’il a- 
poit voulu deliurer Almagrofion reuftmcnéàla 
Y.illçdcs Roys. Il donna les crois cens foldatsdc 
Pierre de Candie au capitaine Pcranzures, Si l’en- 
uoyaau mçfme pays. Vqilacôment les Efpagnols 
pour lqrs fe defparcirent. Si conqueftcrcnt plus de 
iaoq. mil de pays enlo.ngueur de Lcuanc en Po¬ 
rteur au ce vne admirable diligence. Si promptitu¬ 
de, no.n (ans toutefois endurer de grands trauaux, 
Aperce de plulîeurs fojdacs. Ferdinand, Sc Gpn- 
zalle Pizarrefubiuguerent alors Collao, qui eft vn 
pays fort abodanc en or.aulît par dedans rcueftent 
ils leurs temples d’or depuis le hault iufqucs en 



GENERALE OEStINDES. lu 

bas,& eft bien pourueu de grands moutons quirc- 
fcmblcnt toutefois aux chameaux de la croix, suffi 
diriezvous que ce fuirent pluftoft cçrfs.Ceux qu’ils 
appellent Vacos, portent vue laine fort fine-.ils peu 
uenc porter fut le dos vnefomme:de cinquante à 
cent liurcs, & mcfmc ils portent lés perfonnes, qui 
vont par pays, mais ils vont trop pefammcnt,cho- 
fc pollîblc contraire à l’impatience çlxolcrc des Et 
pagnols : quand ils felaffcnt, ils tournent.Lvtcfte 
vers ccluy, qui cft monté deffiis. Se iettent vne eau 
puante, & fils Ce lalfent par trop, ils fe lailfont tô- 
ber en terre,& nefe veulent leuer,encor’ qu'on les 
tuaft à coup de ballons , iufques à ce qu’on les àyt 
defehargez entièrement. Les habitons deCollan 
viuenrplus décentans,ilsontfaultedemays,&au 
lieu mangent certaines racines, qui rcfemblcntà 
destrufles, ils les appellent papas. FerdinandPir 
zarre delà fen retourna en la villo de Cuzco, où il 
veid François fon frère qu’iln’auoit encor’veu de¬ 
puis le temps qu’ils feveirent vn peu douant qu’Al- 
magro fut prifonnier. lls communiquèrent là en- 
fcmble de tout ce qu’ils auoient fait,&particuliere. 
ment des affaires du gouuernement, ils fcfolurcnt 
que Ferdinand pour tous deux iroit cnEfpagne 
rendre raifon à l’Empereur de tout,portant le pro¬ 
cès d’Almagro,& le reuenu des quints Royaux, Sc 
le rapport de toutes les conqueftes qu’ils auoient 
faiétes, & combien elles pouuoient fournit de 
reuenu. Leurs amis, qui fçauoient la vérité de tout 
ce qui feftoitpaffé, conseillèrent à Ferdinandde 
n’aller en E(pagne,difans qu'ils nefçauoîét en quel 
le part, bonne ou mauuaife, l’Empereur prondroit 



4. IIŸRB »* L* H I S T, 
la mort d’Almngro, mcfmcmcnr que le capitaine 
Diego d’Aluarado eftoit aile en court pour fé plain 
dre d'eux, & qu'ils pouuoicnt plus feurement, & 
mieux negotier leur affaire ne bougeât,qu’en Efpa- 

gne.Ferdinand au contraire difoit que l’Empereur 
luy deuoit rendre grandes grâces jJOur les infinis 
•feruices qu’il auoit faits à fi maicftc,& fpecialemct 
pourauoir appaifécepaysen chaftiant pariuftice 
ccluy qui l’auoit mis en trouble. A fon departemet 
il pria fon frere François Pizarre qu’il ncfefiaftà 
aucun Almagrifte,nommcinent à ceux qui allèrent 
auec luy à Chili, par ce qu’il les auoic trouuez fort 
eonftansen l’amourqu’ilsauoient toufiourspor¬ 
té à Almagro.&Padmonefta de prédre garde qu’ils 
ne fufTent iamais enfemble par ce qu’ils le tueroiéc 
comme il auoit feeude cinq qu’il auoic trouuez 
cnfêmble.delibcrans par quels moyens ils le pour- 
roienttuer. Surcelailprint congé de fon frere, & 
fen vint en Efpagne.àla court auec vue grande 
pompe, monftranr vne grande richeffe, mais fine 
fut guercs là qu’aufîi toft on ne le menai! de Valla- 
dolid prifonnicr à la fortereffe de Mcdine du drap, 
d’oùil n’cft point cncor’forti. 

L'entrie qttrfeit Concile PiZjtrrc an pays de la Canelle. 

Chip. 143. 

T7 Ntre autres affàires,defquelles Ferdinâd auoit 
J_> charge detraitterauecrEmpereur,eftoitd’im 
pctrerle gouuernemcnt de Quito pour fon frere 
Gonzalle. Et fur vne aflèurancc qu’auoit François 
Pizarre que l’Empereur ne le refuferoie point il 
feit lediél Gonzalle gouuerneur de ladiétc Prouin- 
ce. A ufîî toft qu’il eut ce gouuernementil arma à 



O IN FRAIS DIS INDES. 112 

Ces dclpens,& defescôpagnons loo.foldarsEIpa* 

. gnols,& cent chéuaux pour f y en aller,&,de ]à gai- 
gner le pays, qu’ils (urnoramoicnrla Canelle. Us 
èmploicrcntà celle defpcnfc iufquesà cinquante 
mille caftillans', defquelsils empruntèrent la plus 
gtâd fomme. En exploitât fon chemin il eut quel¬ 
ques rencontres auec les Indiens, & apres arriua à 
la de Quito , & là reforma quelques chofes, 
qui touchaient fon gouucrncment, & amalla des 
prouifions pourfoncamp.il fe fournit d’indiens 
de feruicc pour porter la fomme, & autres chofes 
necclïïures à fe s gcs,&fen allafaire la coquefte des, 
la Canelle, laillant à Quito pour fon lieutenant 
Pierre de Puellcs auec plus de ioo.Efpagnols.Il 
mena auec foy cent cinquante chcuaux auec 4000 
Indiens, Sc faifoit mener pour la pr.ouilïon de fon 
cap crois mille môutôs vaches,& porceaux.il che¬ 
mina iufqùes à Quixos.qui ell vers la Tramontane 
& ell la dernière ville que Guaynacapa polIèdoit,il 
y eut grand nôbrc d’indiens,qui comparurent dc- 
uât luy auec côtenancc de côbattre, mais auffi toft 
f efuanouilfoicnt. Ce pendant qu’il eftoitlà,il fur- 
uint vn grand tremblement de tcrrc,qui engloutit 
plus de 6o.maifons,&la terre fournit en pluficurs 
Iieux.ll aduint auffi tant de tônerres,& defclairs,& 
fi grande abondance d’eau cclclle, & de grefle que 
nos gens en elloient tous cflonncz. Gonzalle puis 
apres pallà certaines môtagnes, où pluficurs de fes 
Indiens demeurèrent gelez de froid, & encore ou¬ 
tre le froid,la famine les courmétoit, il côtinua fo n 
chemin en grande diligéceiufques àCumaco, qui 
cil fitué fous vne môt3gne qui iette le feu à fô fon:- 












met .Celieu eft bié pourucu de toutes prouifiôs,il 
demeura là deux mois, durant l.tfquds fie fepafta 
tour qu’il ne pleut tellement qwleurs habil|emci* 
deuinrent quafi tous pourris d'humiditç.En ççlieu 
de Cumaco.ôc à fes eniiirons,qui eft fops, ou bien 
presde l’Equinoxial,eft la çanclloqiùls çhcrchpiéc. 
L’arbre, qui la porte, eft grand, 3 c aies fuçilles co¬ 
rne celle de laurier,§£ porte de petits gobleçs,cpm* 
me font ceux, qui couurét le gland. Scs fueil|es,fes 
troupeaux, fon efeorcc, ôc racine, & fon fiifidt ont 
le gouft dé canelle, mais ces goblçts font les meil¬ 
leurs. Il y a de grandes montaignes couucrtcsdç 
ces arbres , & les habitans de ce pays en plantent 
grâd nombreenleurs iardins, &çloz, & à l’entouc 
de leurs maifons pour vendre ctfte efpicerie, de la¬ 
quelle fefhidt grand trafic en ce pays. Les habicans 
vont tous nuds, 3 c Ce lient leur membre aucç vue 
eorde,Iaquclleils ceignent à l’entour du cqrps.Les 
femmes font pareillement toutes nucs.fipon qu’el¬ 
les couurent leur nature auecvn petit drapeau. De 
Cumacoils fen allèrent à Coca, piiijs repoferent 
cinquante iours, & prindrent amitié auccqucslc 
feignenrdelà. llsfuiuircntlecourant dclariuierc, 
qui pafle par là, & feirent bien eenr cinquante mil 
de chemin fans trouuer pont, ne paftàge, ils veirét 
comme ce fleurie faifoit vu fmlc de deux cents ftà- 
des de haut auecvn tel bruit qu’il rcndoit les per- 
Tonnes fourdes, ce qui eftonna grandement nqs 
gens. IlstrouuerentaudclTus de ce fault vn canal 
faiéfc de pierre large de vingts pieds par lequel paf- 
foir cefleuuc , qui auoit bien en profondeur 100. 
autres ftades. Les Eipagnqls feirent vn pont deflus 





GENERALE DES INDES. ZZj 

ce canal, & .paîTerent de l’autre collé,par ce qu’on 
'leur difoit que c’cftoicvn meilleur pays,ils trouuc- 
rcnt quelque rcfiftance en cepàys, mais de peu de 
vertu, &arriuercntà Gueula- villepauurc,. où les 
habitans ne mangent que fruits, herbes, entre les¬ 
quels y en a vn,qui a le gotift d’vn aux.En fin-ilsar- 
riuercntcn vn pays,où les perfonnes cftôientplus 
raifonnablcs,ils mangent du pain,& fe veftent d’a- 
bits faits detoiledecotton,maisilpleuüoitfi-fofc, 
& fi continuellement que nos gens ne pouuoiènt 
fairecITuycr leur robbtt. A laquelle occafion, & 
aulb parce que ce pays eftoic quafi tout couuert de 
paluz, & marcts, ils furent contraints faire vn bri- 
gantin.encores qu’ils n’en fuffeht ouuricrs: mais la 
ncccfiitc les rendit maiftres.Aulicudepoix,ilsfai- 
doient de refine,& au lieu d’eftoupes ils fe feruoiét 
de leurs vieilles chémifcs’, &<Jc eotron : Sc aülieu 
de fer, ils battoiét les fers des chcuaux qu’ils auoiét 
mangez, car telle eftoic leur difcrte’,& mefme fu¬ 
rent contraints manger leurs chiens. Gonzaile Pi- 
zarre mcit en (onjarigantin tout l’or, ioyaux,veftc- 
mens, & leurs merceries, d’efchange,& en dônala 
charge à François d’Oreglianc, auec quelques cc- 
noas, oùéftoientles malades, & quelques autres 
perfonnes faines, qui chcrcheroient des prouifiôs. 
llsfeircnt àleuraduis plus de huidfc cens mille de 
pays. Oregiianë par eau,& Pizatre par terrfc.fuiuâc 
& coftoyanc toufio urs l’eau, fe faifans en plulieurs 
lieux faire v’oÿe par force de main, & de fer. Pizat* 
re palToienc fouufcnt d’vn codé & d’avitre du fleuuc 
pour trouuêr meilleur chemin, mais roufioursil 
faifoic arrefter le brigantin,ou il fe rcpofoit.Or cd- 




nie en vn fi gcid pays ils De trouuoiét aucune pro- 
uifion, ny richefl'es quelcôques fcmblablcs à celles 
de Cuzco,Colao,Xaxa,5c Paciacama,ils renioient, 
de defpit.lls fcnq’uirét,fil n’y auoit point quelque 
bonc villeauallc fleuucqui bull bien poutueuc,ou 
ils fe peuflet repaiftrc.On leur dit qu’àdix folcils de 
là il y auoit vne fort bône ville,&q ils la recognoi- 
ftroient à vn autre grad fleuuc, qui au pied d’icclle 
entroit dedans ceftui-cy. Suiuat ccft aduertiflemée 
Gôzallc cnuoyaOregliane la pour en apporter des 
viurcs,où que pour le moins ill’attcdift la . Mais il 
ne retourna , ny attendit, ains palla outre comme 
nous auons récité en vn autre lieu. Ce pendât Gô- 
zalle chemina toufiours fans farrefter en aucü lieu 
endurant de gradiifimes trauaux,& prelfc de fami- 
ne,ayât cuidépar plufieurs fois fe noyer en paflànt 
des fleuues qu'il renconcroir, &cftât arriué au lieu, 
où ces deux grands fleuues fc ioingnoiet fins vcoir 
le brigantin, auquel giloit toute leur clpcrancc , 5c 
qui portoit tout leur bié,ii pefa luy &tous les fiens 
perdre tour entendement & deuenir fols,& infen- 
fez,parce qu’ils n’auoient plus de pieds,ny de fantc 
pour aller plus auât.&atioiét peur des chemins, 5c 
montagnes par où ils auoient pafle, où ils auoient 
perdu 50.de leurs compagnons, & grandnombre 
de leurs Indiens. Enfin ils fe refolurcnt de retour¬ 
ner à Quito prenans vn autre chemin a l’aduentu- 
re, lequel, encor’ qu’il fut fafeheux fi cil ce néant- 
moins qu’il ne fe trouua point fi infupportable co¬ 
rne celuy qu’ils auoient ia faitl. Ils employèrent à 
aller,&reuenir vn an&dcmy,ils feirét tzoo. mil de 
chemin, ils endurèrent des peines infinies,auec les 






GENERALE DE* INDES. 124 

pluycs continues. Ils ne trouucrent point de fel en 
la plus grand part des lieux ou ils allcrent.Us ne re- 
uindret pas cent Efpagnols de plus de deux cens, 
qui y eftoient allez,il ne retourna aucun Indien de 
tous ceux qu’ils auoient menez, encor’moins re¬ 
tourna il aucun cheual, Sclcsmangerct tous, nief- 
me peu fen faillut qu’ils ne mangèrent les Eipa- 
gnols,qui Ce mouroient, fuiuant la couftumc, qui 
cil entre les peuples de ce grand fleuuc. Quand ils 
arriuerent où eftoient les Efpagnols ils baifoient 
la terre: ils entrèrent à Quito tous nudsayanslcs 
efpaules &les pieds tous vlccrcz,afin qu’on veid 
quels ils eftoient deuenuz par ce voyage, telleméc 
que ceux mefmc, qui encore auoient des collets, 
bonnets,& foullicrs elccuir decheureà lafaçon 
despafteurs, les auoient oftez à leur entrée pourfe 
monftrcr ainfitousnuds.Us eftoient fi débiles, fi 
défigurez qu’ô ne les pouuoit cognoiftre,& auoiét 
l’eftomach fi gafte de manger peu, que non feule¬ 
ment le trop mager les molcftoit.mais aufli Ce Ce n- 
toient grcuéz d’vn manger modéré. 

Lu mort cle François Pilai re. Chap. 144. 

A Près que Fraçois Pizarre fut de retour à la vil- 
A~\ledes Rois,il fefforça d’attirer i fon amitié 
Dom Diego d’Almagro, qui de fa part n’en vou- 
loit aucunement , & n’en monftroic aucun fignes 
car tant par le confcil de lean de Rada, à qui le pc- 
rel’auoit recommandé,que du ficn propreilauoic 
refolu defe venger. Pizarre luy oftales Indiens 
qu’il auoit afin qu’il rfcuft plus de moyen d’entre¬ 
tenir, ny de fournir de prouifions, ceux de Chili, 
quife rangeoient de fon cofté,penfant par là l’a- 



y 


1 



4. LIVRE DE l’hIST. 
pauurir.ôc ainfi le réduite à telle neccflitc', qu’il fut 
contraint venir foy-mefinc à fa niaifon le prier de 

ce qui luy euft peu eftre ncceflâircj&par telle voyc 
rompre les aiTemblccs &monopolcs,qu’il euft peu 
faire contre luy.MaisluyjleAn de Rad.i,ôcfes autres 
amis,firritèrent d’auantage de ceflc façon de faire 
& portèrent des amies en la maifon de Dora Dic- 
go,tant qu’ils peurent en fecret.On aduertit Pizar- 
re de tout.mais iln’cn feit cas,di(ànt qu’ils auoient 
eu allez de fortunes, fans en chercher d’auanrngcj 
Vrtenuiét on attacha trois cordes au lieu patibu- 
lairc.qu’cftoitau meillicu delà place de la villc,l’v- 
ne visa vis de la maifon de Pizarre, l’autre déliant 
la maifon du Lieutenant, Si Dodteur Ican Velaf- 
quezj&latroifiemeaudeuant de celle du fecretai- 
re Antoine Piccado . Pizarre ne feit aucune inqui- 
iîrion de tout cela, ce qu’il haullà la hardiefle des 
Almagriftcs, en telle forte,qu’ils f’allembloient de 
plus de iîxcens mil loing, pour délibérer auecqucs 
Dô DicgOjde la mort de Pizarre: car en eauc trou¬ 
ble les pefeheurs font leur proffit.lls ncvouloicn t 
pasle faire mourir,cncor que fa mort fut ia côiurce 
par entre eux, que iufques à tant qu’ils eulïëntcu 
refponcedu Capitaine Diego d’Auarado, lequel, 
comme i’ay défia didfc, cftoit allé en Efpagnepour 
aCcuferles trois fieres Pizarre. Mais ils aduancc- 
rentlcur entreprinfe par la nouuelle qu’ils receu- 
rent comme le docteur Vacca de Caftro venu d'Ef 
pagne, & aufli qu’on lcurdiél que Pizarre les vou- 
Joit tous faire mourir .Si cela n’eftoit vcritable,c’e- 
ftoitla malice d’aucuns, qui defirans la mort de Pi- 
zar le cachoientlamain, de laquelle ils iettoicntla 
pierre.- 



pierre . On donna encor aduertiiTement à Pizarre 
comme fans doute aucun ils vouloienc le tuer, Sc 
que partît il fc donnait garde. Il feit reiponce que 
lestcftesdcs autres garderoient la fienne, & qu’il 
ne vouloir point auoir autre garde,afin que Vacca 
de Caitro ne did point qu’il l'armait cotre luy.Vn 
iour Iean de Racla accompagné de quatre foldats, 
f en alla en la maifon de Pizarre,pour fçauoit la vé¬ 
rité de ce quif’y faifoir. Il luy demanda pourquoy 
il vouloit faire mourir Dora Diego,& les ficns.Pi- 
zarre luy iura qu’il n’auoit iamais penfé telle chofe 
& qu’eticor’ moins il l’euft voulu faire:mais qu'au 
contrairCjOU luy auoit did que Dont Diego, & les 
liens, le vouloienr tuer, & que plufieurs l’auoient 
accrtcnc que pour ce faire ils auoient acheté forces 
armes. iean de Rada luy refpondic que ce n’eftoit 
pas beaucoup qu’ils achetaient des cuiraffes .puis 
qu’il achetoit des lances. Ce fut vne reiponce trop 
braue & hardic,& vne pufillanimité,& impruden¬ 
ce trop grande àPizarre.dequoy fur ces parolles.ôc 
pour plufieurs autres chofes, il ne l’arreita prifon- 
nier.Rada luy demanda permiifiô pour Dom Die¬ 
go de pouttoir fc retirer delà ville, aucc tous les 
liens.Pizarre, qui n’entendott point celle diiïimu- 
lation,n’en feit aucun compte, & comme n’y pen- 
fant point il famufoit à cueillir des citrons,eftai« 
pour lors en foniardin,&lesdonnaà Rada luy di- 
fant que c’ciloient les premiets,qui eiloient venus 
en ceile ville, & que fil auoit neceifité de quelque 
chofe qu’il y remedieroir, & la deifus donna con¬ 
gé à Rada, qui fen alla auiïi toil rapportet aux câ- 
iureztout ce que il auoit faid . Ils refolurent tous 





5 

j 




de ruer Pizarre apres la MelTc le iour de Saint Jean. 
Vn des coniurcz defcouurit toute l’enneprinfe à 
Alphonfe deHeuao, chappcllain delà grande E- 
glilc , qui la nuiét communiqua le tout à Piccado, 
& à Pizarre,luy déclarant entièrement toute la tra- 
hifon, laquelle vn des coniurcz luy auoitrcuelcc 
enfecret, & que pour ccftc caufe depeur d’eftre 
lecogneu, il feftoie deguife' en ccft habitd’hom- 
melay. Pizarre pont lors fouppoic auccqucs fes 
en fa n s, ils fe croubla aucunement à ccftc nouuel- 
le : mais vn peu apres eftanr reuenu à foy, il diéb 
qu’il n’en croyoitricn, par-ce qu'vn peu déliant 
lean de Rada l’cftoit venu veoir, & que ccluy qui 
difoir auoit dcfcouuert telle trahifon, ne la mer- 
toic en auant que pour charger ledidt de Radad’v- 
ncreliemefchancetc. Sieft cetouresfois quepour 
cefte affaire il enuoya quérir lean Vclafqucz fon 
Iieutcnanr,qui n’y peur venir pour cftrc couche en 
fon h(ft malade,& pour ccftc caufe fen alla pardc- 
uers luy, accompagné feulement d’Antoine Picca- 
do,& de quelques pages qui portoient les torches, 
Eftanr là, ild.ét au dotteu;qu’il temediaft à ccftc 
affaire , l’autre luy feitrefponce qu’il pouuoit de¬ 
meurer en feutré fil vouloir, puis qu’il auoit en 
main lcglaiue de iuftiec. Quant à moy ic m’efmer- 
ueillc de Piccado,qui ne relcfiaufa autremét la froi¬ 
dure du gouucrneur, & du lieutenant pour mettre 
ordre à vn danger fi eminent. Pizarre ne fen fou- 
cioitfe fiant fui fon lieutenant. Leiour de S. lean 
vcnu,i!n’allaftpoincàl’Eglife,dcpcurdc ces côiu- 
rez,qui auoict délibéré de le mafiàcrcr à laMefie.S: 
la feit chancer en fa maifou.Lc lieutenât Frâçois de 







GENERALE DES INDES.' Xl6 

Ciaùcs&autres getilshômes,apres la gradMelfie s'c 
allerct difncr aucc luy,& les autres en leurs mailos. 
Les coniiirateürs voyans que Pizarre n’cftoit forty 
de (il maifon polir aller à la Mefle pcnfcrcnt cftrc 
delcouuers,&mcfme d’cftrc prins fils n’cxecutoict 
bien tofl ce qu’ils auoient délibéré. Entre ceux qui 
fauorifoicnt leparty de Dom Diego, &quipour 
lors cftoicnt prefts à executcnle plus grâd nombre 
cfloic de ceux de Chili, & y en auoir bien peu de 
ceux qui feftoient offerts des autres endroits,par¬ 
ce qu’ils ne voulaient point encor’ fe déclarer iu£ 
ques à ce qu’ils eufTent veu quelle iflue euft pris ce¬ 
lle entrcprinle |quc Iean de Rada vouloir mettre à 
fus.Ce Rada eftant fort cault & lufe, & courageux 
tout cnfemble choifit vnze foldats bien armez les¬ 
quels furet Martin deViluao,Dicgo Mendez,Chri 
ltofledeSofe.MartinCarillo,Arbolâcie,Hinojeros 
Naruaez,Saint Mi!Ia,Porras,Velafquez,& Fraçois 
Nugncz,&côme tous difnoiéc f’en allerér droit où 
cftoit Pizarrc ayansleurs elpees nues, & crians au 
mcillicu de la place : tue ce tyrant, tiie cettaiftre, 
qui a faiét mourir Vaccadc Caftro.llsdifoiét cecy 
pour irriter le.peuple.Pizatrc oyant tel bruit ôctels 
cris cogncut alors ce qui cftoittil féit fermer lapor- 
te de la fale,&dit àFrâçoisdeCiaues qu’il la gardait 
aucc vingt hommes,qu’il auoir pour lors en la mai 
fon, ce pendant qu’il yroitf armer. Iean de Rada 
lailla vn homme à la première porte delà rue, qui 
auoit charge de dire que Pizarre eftoit défia morr, 

• afin que tous ceux de Chili vinifient plushardie- 
înent luy donner fecours, qui incontinent falfiem- 
blcrct iufqucsà deux cens. Ce pendant il monte en 




hautauccfes dix autres compagnons, François de 
Ciaiics luy ouure la porte,pefans le retenir,&l’apni 
fer tar par fô autotitc,quc par belles parolles.Mais 
euxpour entrer auat qu o refermai! la porte,luy do 
nerent pour refponce vnc eflocadctil mcit la main 
à l’efpee,& difant ces motsicôment feigneurs & a- 
mis ? luy donnèrent vn grand coup, qui luy fendit 
la teflc fi auant,qu’il chcut mort iul'ques en bas des 
dcgrez.Les autres voyans leur chef mort, fc iette- 
rentparlesfcneflrcsdedaslciardin, &lc Doftcur 
Vclarquezlepremier,tenant aucc les dcnts,lefccp- 
tre de iuftice, afin q il ne luy empefehaft les mains. 
Il en demeura feulement fept en la falle qui com¬ 
battirent , defqucls deux furent bleccz, & les cinq 
autres tuez.François Martin d’Alcantara,qui efloit 
frère de Pizarre,Vargas,&Scandon,pagcsf vn Nc- 
gre,&vn Efpagnol fcruircurde Ciaucs,dcfenditct 
laportedela chambre où farmoit Pizarre: les pa¬ 
ges furent tuez. François Pizarre apres fortit fort 
bien arme,auec vn courage inuintiblc, & fembla- 
blc a vn Cæfar,&quand il eufl veu qu’il n’cfloit re¬ 
lié feulement que François Martin,il luy di£t aucc 
parolles couragcufesiOrfus, mon frere,chargeôs, 
nous fommes tous deux feulement allez fufhfans 
pour combattre ces mefehans traiflres.Mais Fran¬ 
çois Martin ne dura gueres,& ainfi François Pizar¬ 
re demeura feul,qui manioit fon cfpcc auecvne 
force delyon,& fi dextrement,qu’il ny auoit hom¬ 
me fi vaillat fut-il, qui ofàfl Rapprocher de luy. Ica 
de Radaen combattant pouflà Naruacz, & com¬ 
me Pizarre f’auaçoit pour tuer ledidt Naruacz,qu 
efloit tôbéjtous l’afiàillirent enfcmble, & le pour- 




GENERALE DES INDES. 2*7 

füiuirent iufquesà la chambre,-oùil tomba d vn 
coup d’eftocade qu’on luy donna en la gorge. Le 
vaillant Pizarrc mourut, demandant coplelfion, 
& faifiuu le figne de la croix, fans qu’aucun luy dit. 
Dieu rc pardonne : Il mourut le i4.dcluin. 1541. 
CcPizarrecftoit fils bailard de Gonzalle Pizarre, 
qui auoic elle Capitaine au Royaume de Nauarre. 

Il nafquit en la ville de Trufigljo,&le porta on dc- 
uat la porte de l’Eglifc.Il fut par quelqs iours alaitc 
d’vnc truie, n’ayâr perfonne qui |uy vouluft dôner 
de fon laiSt.depuis.lc pcrc le recogneut,Scellât gra¬ 
dée l’enuoya garder fes porcs,Sc par ce moyen n'a- 
prit aucuneméc à lire.Vn iour fes pourceaux fefga- 
rcrét, Sc les perdit, il p’ofa retourner àkmaifon.dc 
pcur,5cfcn alla aucc quelqs paflàns à Seuille, S: de 
là pallàaux lndes.ll demeura quelque teps àS;ï5p; 
niiniqiiCjScpuis fen alla àVraba auecAlfonfe d’Ho 
jcda.Scauec Vafco NugnezdeValuoa.au dcfcpuure 
met de la mer de Midy.Scdcpuis à Panama auec Pc- 
drarias.il defcouurit.Sccôquiil ce Royaume qu’on 
appelle Pcru.aux defpcs de la focietc qu’il auoit fai 
te auec Diego d’Almagro, 8c Fernand Lucquc . U 
trouua8c eut plus d’or.Sc argent qu’aucû Efpagnôl 
n’euft aux Indes, ny qu’aucun capitaine eut iamais 
voiageaepar le mpde.lln’eftoit liberal,ny chiche,il 
n’eftimoit point ce qu’il d5noif.il auoit gtad foing 
de ce qui appartenoic au Roy. Il cftoit gtad ioueut 
auec vn ciracun,fans mettre differécc entre les bôs, 
Sc tnauuais. Il nefhabilloitpas opulcraraent.il eft 
bien vraÿ qu’il portoit fouuét vn manteau dç mat- 
très que Ferdinand Cortès' luy auoit enuoyc. 1.1 fe 
plaifoic à porter des fouliers blancs, Sc le chappcau 
Ff iij 



4/ I-IVRÏ DE l’hisT. 
de meimc,imitant en cela le grand capiraine.il ne. 
tédoit pas bien comme il falloit cômander en paix; 
mais en guerre, il gouuernoir fort bien fes ibldats. 
Il eiloit d’entendement gros, robufte, courageux, 
vaillât,& honotablennaisauec tout ccla,il fut tref- 
negligent à garder fa vie. 

Ce que feit dom Diego il’yclmegrauprès U mort 
devizjirrc. Ch.tp. 145. 

» V bruidl qu’on tueoit le gomicrncur 'Pizarre, 
A fes amisaccoururcr,&au bruidl qu'il ciloit deiT- 
ja mort, les Almagriftesvcnoicnt, tellement qu’il 
ÿ eut vne grolfe meflee, Sc tuerie entre ceux de Pi- 
zarre.&ccux d’Almagro: mais elle ne dura gueres, 
caries homicidesfeirent incontinét montera chc- 
ual Dom Diego, & le menèrent par la ville j crians 
qu'il n’y auoit point autre gouucrneur., ny mefmc 
autre Roy que luy en Peru. lls'làccagercnt la mai- 
fon de Pizarre.qui eftoie trefriche, &cellc d'Antoi¬ 
ne Piccadoj&deplufîeurs autres riches perfonnes. 
Us fc fitififoict de toutes les armes qu’auoiét les ha- 
bitans,qui ne voüloict dirc.-viuc dô Diego d’Alma¬ 
gro. 11 cil vray qu’il y en eut bié pcu,qui ofcrét co- 
tredirc le vainqueur.lls feirent en outre que les of¬ 
ficiers du Roy, & du gouuerncmcnr reccurét pour 
gouuerncut dom Diego iufqucs à ce que l’Empe¬ 
reur eut commande autre chofc. Us pouuoict faire 
tout ce qu’ils vouloient, par ce que Ferdinand Pi¬ 
zarre cftoit en Eipagne, & Gonzallc fonfrercau 
pays de la canclle, & fi ils cuifent cite tous deux 
prefens, oul’vnd’cuXjils n’euflent poifible pas tué 
leur frere. Cependant lecorps de François Pi¬ 
zarre gifoitlà, fiins eilre enterré, &n’oyoit on 




G EHÏRALE DES INDES. il8 

en la ville que plcin&cs de femincs,qui auoiét per¬ 
du leurs maris, ou qui cfloicnt blecez, & nul n’o- 
foie toucher au corps de Pizarre fans la volonté de 
dom Diego,ou de ceux,qui l’auoient maffacré. En 
fin par la permiffion de dom Diego Iean de Baba- 
rauo.&fi femme feirent enlruet par leurs cfclaues 
Nègres les corps de Fraçois Pizarre,ôcFraçois Mar 
tin,& les feirent porter a l’Eglife.où ils furet enter¬ 
rez, fourniirans à leurs defpens de luminaire ,& de 
tout ce qu’on a accouflumc offrira tel fcruice. Ils 
cachèrent aufïï leurs enfans de peur qu’ils nefuf- 
fcnc tuez par telles perfonnes , qui dcfiafcfloient 
baignez au fang de leurs pères,dom Diego difpofa 
du glaiue deiuflice ainfi que bon luy fembla, &cô- 
flitua prifônier lcdoétcur Velafquez, Antoine Pic- 
cado, Diego d’Aguero, Guillaume Xuarez.lt do¬ 
cteur Caruaial,Barrios,Herrera,&autrcs.ll feit fon 
capitaine general Iean de Rada,& donna les char¬ 
ges de fon armée, & places de capitaines à Garzia 
d’Aluaradô.àlean Tello,àvn autre François de 
Ciaucs &à quelques autres. 11 affemblabicn iuf- 
quesà8o.o. Efpagnols. llprinttous les biens,6c 
meubles de ceux, qui auoient elle tuez par les 
fiens en celle meflee,6cde tous fes ennemis ab- 
fens, & mefmc le quint du Roy : Le tout fàifoit 
vne fomme affez grande pour contenter les fol- 
dats, Si capitaines. Il fourdit incontinent entre 
eux dcsdiffenfionspourlccommandemét, &vou- 
lurenc tuer Iean de Rada, qui commâdoit,& gou- 
uernoittout. Pour ce tumulte dom Diego feit e- 
ftrangler Fraçois de Ciaucs, & en chaftia plufieiirs 
autres.il feit trâchcr la tefle à Antoine d’Origuelc, 
F iitj 


quivnpeu deuantcftoit venud’Efpagne, par-cc 
qu’il auoit dit enlavillcdc Trufiglio quetousccs 
gouucrncurs n’eftoicnt que tyrans. Ilcfcriuitpac 
tout à cc qu'on l’euftà rcceuoir pour gouucrneur. 
Pluficurs le rcceurentpour la mémoire de fon pctc, 
autres pour la pcur.Mais le capitaine Alfonfe d’Al- 
uarado 5 qui cftoit auec cét Efpagnols àCiacia poias 
arrcftaprifonniersles mellàgcrs.qui luy apportoicc 
telles lettres. Ce qu’ayant entédudô Diego, il def- 
pefchaincôtinét Garzia d’Aluarado pour aller par 
met àTrufiglia,&à S.Michel,auec charge de fe lai- 
fir des armes, Sc chcuaux des habitans, qui fauori- 
foient à Alfonfe d’Aluarado, & que Pcftant faifyr- 
d’icelles il cheminait contre luy. Garzia print en la 
ville d’Arcquippa grand nombre d’or, Sc d’argent, 
que les habitans de faint Dominique y auoient, & 
le difpcrfa à fes foldats.il feit pcndreMontnegrc,& 
enmeit plufieurs prifonniers, ilolta la charge de 
lieurcnâtqu’auoit Diego de More à Trufiglio,par 
ce qu’il aduertiflbit de tout Alfonfe d’Aluarado. Il 
feit à S.Michel décapiter Villegas,François de Vof- 
•median,& Aifôfe de Cabrete grâd maiftre d’hoftcl 
de Pizatre,qui auec les Efpagnols de Guanuco fc- 
fuyoit de dô Diego,& Diego Mendcz, qui fen al- 
loit à la ville de l’Argënt auec vingt cheuaux.il prit 
en la ville de Porco noyojiurcs d'argent affine,& 
perfuada à dôDiego de prendre les mines,reuenus, 
meubles, & autres biens de François, Ferdinand,& 
GionzallePizarres,qui eftoient riches infiniemct,8ç 
ceux de Peranzurcs, Diego de Roias,& d’autres. 

Ce qu'on feit en U yillc Je Cn%co contre dom. 

Diego. Chtf. 146. 


GENERALE DES INDES. ilÿ 

S Vrles lettres que dom Diego auoitenuoyépac 
coût. Diego de Selus, Roderic, & François de 
Carauaialpreuofts de Cuzco vferentd’vnc aftuce. 
Car ils requirent dom Diego qu’il luy pleut.auanc 
que le reccuoir pour gouuerneur,lcur enuoiet ma* 
dernens plus amplcs,&ruffifansque n’eftoicteeux 
qu’ils auoicnr rcCcuz, & ce pendant artcmblerent 
gens de tous les lieux circonuoifins.Gomez deTor 
doia allantàla charte entendit les nouuellesde la 
mort de Pizarrc, & ce que demandoit dom Diego, 
Alors il print fon faulcon, &luy tordit le col: di- 
fant ; il cft maintenant vn temps plus propre à cô- 
■ barre qu’à charter, & rentra dedans la ville de nuit, 
où il communiqua aucc le confeil fecret de ce qu’il 
conucnoic faire, &fen alladcuantiour, ou eftoit 
NugnodeCaftro, & aduertirent de leurs affaires 
Pcranzures, qui demeuroit à Ciarcas, Sc Pierre Al- 
uarez, qui eftoit empefehé à la conqucfte de Cio- 
quiapo, & Diego dcRoias, qui eftoit en la ville de 
l’Argent, & les habitans de Arcquippa, & d’auucs 
lieux: Ils manioient bien fecrettemcnt toutes ces 
affaires il Cuzco,parcc qu’il y auoit en la ville beau 
coupd’Almagriftes, qui procuvoient l’aduacemec 
de dom Diego . Ils mcirent donc ordre à leur faift 
fous le nom du Roy en celle forte. Ils feirent capi¬ 
taine,& grand Preuoft Pierre Aluarez,& foblige- 
rent de rendre les deniers du Roy, qu’ils prenoienc 
pour fouftenir la guerre, fi l’Empereur ne les alou- 
oytpour bien defpendus . Pierre AluarezfeitGo- 
mcz de Tordoya fon maiftre de camp,pour capitai¬ 
nes de fa caüalleric il efleut Perazures,&Garcilaiïb. 
dclaVega, & pour l’Infanterie Nugno de Çaftro, 



& donna l’cftcndard Royal à Martin de Robles.U 
s feir faite monftre generale,Sitrouua cent cinquan¬ 
te cheuaux,nonantcarqucbuzicrs,& plus de deux 
cens autres foldats. Quand ceux qui eftoienrdu 
parti de DomDiego veirent tel apreft.eurcnt grâd 
pcur,& y en eut plus de çinquante,qui Penfuirenc, 
apres lefques Nugno de caftro, Çc Ferdinand Bact- 
cao coururent auec quelques arquebuziers, & les 
amenèrent prifonniers . Pierre Aluarez , qui eftoit 
def ja aduerti de l’inrention de Dotn Diego, fortit 
de la ville pour raflcmbler ceux, qui Peftoienttous 
elpars de peur de dô Diego, & pour (e joindre auec 
Alphôfe d'Aluarado pour aller cnfcblc vers la ville 
des Rois dôner la bataille à Dont D i ego: car il fa A 
feuroit qu’approchant de fon ennemy pluficurs 
foldats de Dom Diego fe retirer oient de fon coftç. 
Dora Diego fçaehant la venue de Pierre Aluarez 
enuoyedatant Gartjia d’Aluarado, & puis part au¬ 
près auec cent arquebuziers,l50.picquiers,& joo. 
cheuaux, auecvn grand nombre d’indiens de £cr- 
uice: & à fin qu’en fon abéncciln’y eut quelque 
rcbelliô en la ville,il feit fortir dehors les enfans de 
François Pizarre ,& donna la queftion à Piccado 
pourfçauoir où eftoit le trefot de fon maiftre, & 
puis le tua . 11 arriua à Xauxa , & farrefta là, par ce 
quelean dcRada tomba malade dont il mourut. 
Il eftoit venu iufques en ce lieu à caufc qu’il auoit 
enuic de rôpre Aluarez deuant qu’il fe peut ioindre 
auec Alphôfe d’Aluarado,&auec Vacca de Caftro, 
qui eftoit délia arriuc en la ville de Quito, &auoic 
e<crit'a.Hieromed’Aliaga,FraçoisdeBarrioNouo, 
& à ftetc Thomas de S. Martin Prouincial de là. 


GENERALE DES INDES. IJ© 

Du camp de dom Diego fcretirèrent vers fon en- 
nemy Gomcz d’Aluarado, Guillaume Xuarcz,"dc 
Caruajal, Diego de Aguero, Icande Sajaucdre, & 
plufieurs autres. Ceux-cy auoient efte misprifon- 
niers apres la mort de Pizarrc. Cependant Pierre 
Aluarcz luy print quelques cfpics, qui l’informè¬ 
rent de toutùl en feit pedre troys,& promcit troys 
mille ducats à vn autre pour efpicr diligemment 
tout ce que dom Diego feroit, dilànt qu’il vouloit 
l’aflàillir par vn certain chemin trauerfant, cfgaré, 
ôc plein de neiges, mais c’eftoit vnc rufe pour le 
dcccuoir. Dom Diego print cet efpiô ayant foufp- 
çon de luy pour ce qu’il auoit trop demeuré, luy 
donna la qucftion.Jc ayant confefle la vérité le feit 
pendre comme eftant double. Aulfi toft fuiuant 
la côfeflion de cet elpic il faiél tourner fon camp, 
& lefaidt mettre en ce chemin trauerfant plein de 
neges, où il demeura troys iours endurât vn gran- 
dillime froid. Ce pendant Pierrç Aluarez fans au¬ 
cun t^ipefchcmct pâlie, & fe ioinél aucc Alphon- 
fe d’Auarado à Guarayz,qui eft vnc ville de Guay- 
las. De là ils efcriuent tous deux iVacca de Caftro 
& qu’il vint predre la charge de l’armce,8c du païs 
pour l'Empereur,dom Diego fuiuit Pierre Aluarez 
trente mil;maisnelcpouuant ioindte,il tourna 
vers Cuzco pillant tout ce qu’il rcncontfoit; 

Comme Voce* de Cojfrof’ea *11* au Péril. 

Chip. 147. 

Q Vand l’empereur eut entendules tumultes & 
.guerres ciuilles du Pcru, & la mort d’Aima- 
gro,& de plufieurs autres Efpagnols.il voulut fça- 
ùoir,qui en eftoit càufc, pour chafticr lés. feditieux. 



• 4- HVRE DE l’hIST. 
afin qu’apres vn chafcü fc tint en paix,Si en vnion. 
Pourcctcffeâril enuoya là aucc mandeincns, Se 
lettres patentes bien amples le doifteurVacca de 
Caftro natif de Maiorcquc: Si à En qu'il euft meil¬ 
leur courage d’entreprendre ce voyage il le Feit de 
Ion confiai Royal, Si luy donna l’habit de chcua- 
licr de S.lacques, Si luy feit autres grâces, le tout 
par le moyë du Cardinal Gatzia de Loayfa Archc- 
uefque de Seuillc,Si prefidenc des Indes, qui le fa- 
uorifoit grandement pour 1 amour du Comte de 
Sirucle Ion amy. AinE Vacca.de Caftro fen alla au 
Peru. Il eut à Panama des tourmentes, qui le con¬ 
traignirent fc' ietter au port de Bonaucnture du 
gouuernemcnt de Venalcazar, vn pays defelpcré, 
commelcs Manglares où fut Pizarre. Il ne voulut 
ounepcutdc la aller,pat mer à Lima Siprintfon 
chemin à la ville de Quito, Si peu f’en fallût que 
parle chemin il ne mouruft de faim. Si de maladie 
Pierre de Puelles.par ce que Gonzallc Pizarre n’c- 
ftoit encor’ de retour de fon voyage de laicanclle, 
le receut amiablcment, Si donna aducrtilTcmcnc à 
plufieurs de là Venue. Vacca de Caftro repolâ en 
cefte ville quelque temps,Si ce pendât feit Ce s pro- 
uifions,quiluy eftoient necelfiures. Il partit puis a- 
pres pour aller à la ville de Trufiglio prendre la 
charge de.l’armcc'qu’auoicnt Pierre Aluarez,Si 
Aluaradopour refifter'adom Diego. Quandilar- 
riualà il auoit aucc luy plus de deux ces Efpagnols 
auec Pierre de Pùelles, Laurent d’Aldene,Picrre de 
Vcrgara, GomeZ de Tordoia, Garcilafto de la Ve- 
•gue, Si autres, qui fe'mcircnt du cofté de l’Empc- 
reur.il prefenta fes lettres de l’Empereur au Côfeil, 


GENERALE. DES INDBS. ÎJt 

& toute l’armee. Il fut receu pour gouuerncur, & 
iuge du Peru. Il rendit tous les eftats & offices du 
goiuiemcment à ceux, qui les luy remettoyent en 
main. Autant en feit-il des enfeigncs, & compa- 
gnees, refcruat feulement l’eftandard Royal pour 
i'oy. Il enuoyaà Xauxa auec toute l’armce Pierre 
Aluarcz qu’il auoit faitft maiftre de camp general, 
6c lai (Ta h Trufiglio pourfôn lieutenant Diego de 
Morc,& luy f en alla à la ville des Roys pour leuer 
gcns,& amallèr des armes,à fin de croiftre fon cap, 
Sc aulîi pour leuer deniers pour payer fes foldats. 
Il emprunta des habitans cent mille pefans d’or, 
qui puis apres fe payèrent fur le reuenu de l’Empe¬ 
reur. Il lailfa pour fon lieutenant Françoys de Bar- 
rio nouo deSturie, & pour capitaine des vailîèaux 
il choifit Ican Perez de Gueuarc,leur commandant 
fi domDicgo reuenoit en celle ville qu’ils fembarr 
barqualfcnt auec tous les habitans’, & fc icttallenc 
en pleine mer : & puis fen alla prenant le chemin 
de Xauxa auec les foldats qu’il auoit leuez, entre 
lcfqucls y auoit bon nombre d'arqucbuziers.Il cm 
menoit aulïï auec foy grande quantité de poudre. 
Quand il fut arriué il leit faire la monftrc.'Sc trou-" 
ua lix cens Efpagnols,autres difent neuf cens,il y a- 
uoit 170. arquebuziersl & 350. cheuaux. Il nomma 
pour capitaines de la çauallerie le maiftre de camp 
Pierre Aluarez, Alfonfed’Aluarado, Gomezd’Al- 
uarado,Pierre dcPuelles,&autrcs,&feit capitaines 
des arquebuziérs Pierre de Vergara,Nugno deCa- 
ftro, &c Iean Perez de Gueuare,&feit grand port- 
enfeigne François dcCaruaial,par l’induftric,&cô- 
feil duquel il maffioit cefte gucrre.Sur ces entrefai- 




4. 1 IV». 1 DE l’hist. 

&e on apporta lettres de Quito comme Gonzallè 
Pizarre cftoit de retour, & vouloit venir voit Vac- 
ea de Caftro : mais il luy efcriuit aufli toft qu’il ne 
vint point iufquesàce'qu’iiluy euftmâdc.de peur 
qu’il fuit caufc de rompre les appoimftcmcs qu’on 
traidoit auccdom Diego, où de peur que les fot- 
datsnc l’culTent pour capitaine general, & gou- 
uerneur pour l'amour defon frère François Pizara 
re,l'amour duquel eftoit encor bien auant enraci¬ 
ne aux cœurs de la plus grand part des capitaines. 
Se foldats. 

L'appurcil de guerre que frit dont Diego en la tille 
de Cuzjo. Chap. ] qS. 

A V temps que dom Diego arriua à Cuzco,les 
habitas eftoient en difIcntion,& pour l’amout 
d’icelle ChriftophleSotcllc fen cftoit party def-ia 
deuant, & n’eftoitrefte que Gômez, & Roias, qui 
renoitpour Vacca de Caftro,mais à l’arriucc de 
. dom Diego perfonnene fe remua, Se ainfi fc faifit 
paiiïblemcnt de la ville, où il feit incontinent faire 
delapouldrc, fondre de l’artillerie, battre désar¬ 
mes de bronze, Se d’argent, Se donna tout ce qu’il 
peut à fes capitaines, Se foldats. Ce pendant il f cf- 
rncut vnc querelle entre Garzia d’Aluarado , Se 
ChriftophleSotellc, Garzia tua Chriftophle aucc 
deux eftocades,& puis voulut encor tuer dom Die¬ 
go,voiler la ville,&fe retirer àChili aucc fes amys. 
Pour venir à boutdeccfte entreprinfe plus aifé- 
ment, & à fon hôneur il fàidt vnc rufe. Il prie dom 
Diego à venir difner en fa maifon, mais fçachanc 
défia la trahifon, il feignit d’eftre malade ce iour 
là,& feit mettre lêcrcttement en fon arrière cham- 







CENERAI! DES INDES. 2}1 

brelean Balze.Dicgo Mendez, Alphonfc deSaja- 
ucdrc, leanTello , 6c quelques autres amis deSo- 
tclle. Garziad'Aluarado partdc lamaifon aucc de 
Tes amys pour aller quérir dora Diego peufans l’a¬ 
mener chez foy,& ne voulut jamais retourner en¬ 
cor’que Martin Camille, & Salade l’aduertillcnt 
de l’embufchcqu’on luy auoit dreflie. Il pua dom 
Diego de venir difncr puis ql’heure cftoit venue, 
&quc tout cftoit prcft.lc me fens tout maldifpofc. 
Seigneur Aluarado,didt dô Diego allôs toutesfois. 

Il le leua de Ion Hdl,& pi int fa cappc.Ceu* d’Alua- 
rado voyas qu’il fachcminoit,forcer hors la cham¬ 
bre,mais aufll toft qu’ils furent fortiz, vii quidâ de 
dom Diego ferma la porte, lailTàntdedansGarzia 
d’Aluarado toutfeul,oùil fut tuéiAuciisdifent que 
dom Diego le frappa le premier. Cefte morr cftât 
cogneucjlcs foldats cômencefentà Ce mouuoirtcar 
il a.uoit beaucoup d’amis, mais dom Diego pacifia 
tout incontinent. Il y en eur routcsfoys' quelques 
vnsqui fe retirerét àXauxa,il meit en ordreroute 
ion armée, qui montoir iufques à fept cens Efpa- 
gnols. Il y auoit loo.arcbuzicrs, & 250. chcuaux, 
ôc le refte eftoict picquiers.Sc halcbardicrs,& tous 
auoietla cuira(Tc,ou iacque de maille,& les homes 
de cheual auoictquafi tous le corfclet : C’eftoienc 
les gens les mieux armez qu’eut onques fon pere, 
& mefinc Pizarre. Il cftoit en outre bic muny de 
bône artillerie, en laquelle il Paflcuroii grâdcmér. 
Il eftoicfuiuy d’vn grand nombre d’indiens foubs 
la conduire de Paul que fon pere auoit faidt Ynga 
des Indiés.ll partit de Cuzco en grad triomphe, ÔC 
ne farrcfta q iufques à ce qu’il fut arriué à Vilcas,q 




cft à t50.mil loing de Cuzco . Il auoit pour Ton ca¬ 
pitaine general lcan Balfc,& pourmaillrc de camp 
Pierre d’Ognatc, par ce que lcan de Rada eftoic ia 

L* bataille de ciliés,entre P mu de Ca(jro, cr Dom 
piego. Chap. 145 ). 

V Accade Caftro fen alla de Xnuxa à grade iour- 
nce,auec toute fon armée à Guamanga, pour 
entrer le premier en ccfte ville,par ce qn’il auoit eu 
aducrtilTcment que les ennemis fapprochoienr 
pour fe mettre dedans.Guamanga cil vnc ville bic 
fortc,pour dire fur vn haur,&cnuironnec de hauts 
précipices, & eftoic de grande importance pour 
donner la bataille. DclàVacca de Caftro efcriuit à 
Dô Diego parLoped’Ydiacaiz, & Diego deMcr- 
cado qu'il luy pardonneroic tous les meurtres, vo- 
leriesjcoutfcs.enuahiircmens £c autres crimes qu’il 
auoit faidlsifil vouloir configncr, & mettre entre 
les mains ion armee, qu’il luy donneroit dix mille 
Indiens,où il voudroit,& qu’il ne pourfuiuroit au¬ 
cun de fcs amis. Diego luy feit rclpôcc qu’il feroic 
tout ce qu’il luy mandoic fil luy donnoic le gou- 
ucrncmencdunouucau Royaume de ToIedc,&les 
mines, Scdcpartemcnc d’indiens qu’auoit eu fon 
perc.Sur ce arriua à Guaraguaci vn preftre,qui didl 
à Dom Diego qu’il venoit de Panama,&quc l’Em¬ 
pereur luy auoit pardonne,& l’auoit faidl gouucr- 
neur dunouueauRoyaume deTolcde,&que pour 
celle bonne nouuelle il luy donnait quelque cho- 
& pour rémunération. U luy diift d’auantage que 
Vacca de Caftro auoit peu d’Elpagnols,encor’mal 
armez, 5c mal contens.Ces nouuellcs encor’ qu’el- 
les 




CK N ER ALE DES INDES. . iyj 
îcs fulFcnt faulfcs,& non creucs, fi donnèrent elles 
grand courage aux foldats.Durant aufti qu’bn rrai- 
<ftoit cet accord quelques coureurs prindrent en la 
campagne AlphonfeGarzia deguife en Indien qui 
portoit des lettre de l’Empcreur,&de vacca de Ca- 
ftro à pluficuts capitaines. Si gentilshommes, par 
lefquclles ils leurpromettoientde grandes choies, 
/'ils vouloicnt fe retirer deuers eux. Dom'Diego 
feit pendre ce porteur de lcrtrcs,& fe complaignic 
de Vacca de Caftro, quifous couleur de faire vnc 
paix fubornoit fes gens. Mais la conftancejou bictl 
l’indignation fut grande de fes foldats dcfqucls n’ÿ 
en eut pas vn qui l’abandonnaft. Il efcriuit des let¬ 
tres aux capitaines, & foldats de l’Empereur plei¬ 
nes de propos hautains Si deshonneftes, leur re- 
monftrant en outre qu’ils ne fe fiaflent poiat à 
Vacca de Ca'ftro,cncor’ mois au Cardinal de Loai- 
fa quil’auoit cnuoyé,puis qu’il n’auoit aucune prd 
uifion de l’Empereur, & fil en auoit,qu’clle ne va- 
loit rien pour eftre contre les loix, par ce quelle le 
faifoit gouuerneur au cas que Pizarre mouruft; 
DomDiego fefuft rendufion luy euft pardonné 
tout Si qne l’Empereur euft ligné fa rcmiffion, Si 
aulfi qu’on luy euft donnéle gouuerncmét de fon 
pere, ainfi qu’on dift. Mais dépité, où fe confiant 
trop fur fes forces il publialabataille cnprefencc 
dcLopc Ydiacaiz , Si Mcrcado, Si promeic à fes 
foldats les biens, 8c les femmes des ennemis que 
ils tueroient. Ce fut vnc promclfe de tyran. Audi 
toft il feit retirer plus loing de Vilcas fon armee,& 
artillerie, 8i f alla planter fur vn couftau aü pied de 
vnc haute montagne à fix mil loing de Guamanga. 


Quand Vacca de Caftro eut entendu la refolution 
de dom Diego,& qu’il euft veu comme il auoit re¬ 
mue fon camp,il fe campa en vne plaine haute nô- 
mée Ciupas le i j. de Septembre 1542. Les deux ar¬ 
mées eftoient'bien près 1 vne dcl’autre, mais les 
cœurs eftoient loing, par ce que ceux de dom Dic- 
«10 defiroient donner la bataille, & les autres recu¬ 
laient, difans que Ferdinand Pizarre auoit efte ar- 
refté priionnicr pour auoir donné la bataille des 
SalineSjCncor’qu’il fut enuoic de l’Empereur pour 
chaftier les autres.Vacca de Caftro voyat les cœurs 
des liens refroidiz pourvue peur,leur feit vne belle 
haragac les encourageât à la bataille : & afin qu’ils 
combattirent de meilleure volonté, il condemna 
à mort dom Diego d’Almagro,& tous ceux, qui le 
fuiuoicnt.il ligna celle fcntcncc , 8 c la feit publier. 
Le lendemain aucc la volonté, & opinion d’vn 
chac un, il départit fa caualleric en fix efquadtons, 
feit aduancer deuant Nugno de Caftro auec50.ar- 
quebuziers pourattaquer l’efcarmouche, & luy a- 
uccvne grande peine monta auec le rcftcdcl’ar- 
mec fur vn lieu haut, où le Capitaine Martin de 
Valence bracqua Fartillerie.Si dom Diego euft def- 
fendu ce pa(Tàge,il les eut tous rompus eftans dél¬ 
ia contraints pour gaigner ce couftau marcher en 
defordre, & fe preïfer. Il n’y auoit cntrclesdcux 
armées qu’vne petite vallee, 8 c fefcarmouchoienc 
délia Icgerement fefrappans feulement du plat de 
la langue. Dom Diego eftoit campé en vn lieu ad- 
uantageux.&tenoit les gens en bon ordrc,fil ne fe 
fuft changé. Il auoit fon infanterieau meillieu, fa 
caualicrïc aux ailles,&-fon artillerie deuant en vne 



CENE RA LE DES INDES. 234 

tangue plaine poiit tirer à vifee contre fes ennemis, 
qui l’eu (lait voulu affronter. Il mcit encor à main 
droidtc Paul Yngaauccques-fcs Indiens garnis de 
frondes, de dards; &depicques. Vacca de Caftro 
feie encor vnc longue harangue aux fiens,&fc mcit 
deuant tous la lance fur la cuifle leur diliint qu’il fui 
tait à celle heure combattre, puis queDom Dieio 
envoûtait manger. Ils luy refpondircnr tous que 
la fidclite',ny le courage ne leur mâqucroiét point; 

& le prièrent. Se le forcèrent de fe tenir derrierc,& 
ainfi demeura à l’arriercgarde auec trente cheuaux.- 
Il mcit à main droidle la moitié de fa cauallerie 
foubs Alphonfc d’Aluarado,Se auccqucs l’eftâdard 
Royal que portoit Chriftophlc de Barrienros, & 
lesautresà main gauche foubs Pierre Aluarcz, & 
autres capitaines, Si au meillicu feir ranger fon in¬ 
fanterie. Il commanda à Nugno de Caftro qu’il le 
tint à part auec cinquante arebuziers, Se qu’il don¬ 
nait fecours au lieu qui en auoit befoing. Il eftoie 
défia tardj&rartillcrie dedom Diego tiroir furieu- 
fercent, qui faifoit peur à plufieurs: vn ieune garçô 
pourfe garder d’icelle fe cacha derrière vue grof- 
fe pierre de roche, le boulier frappa contre, & 
en feir voiler vnefcjar quile tua. Vacca de Ca- 
ftro eut bien voulu remettre la bataille au lende¬ 
main pour la nuict: qui fapproehoir. S: plufieurs 
capitaines cftoient de ccft aduis. MaisAlphonfe 
d’Aluarado,Se Nugno de Caftro eftoict d’opinion 
qu’il la failloic donner, encores qu’il conuint com¬ 
battre de nuict, difans qu’en la dilayant les fol- 
datsfc refroidiroienr , Sepafteroient ducoftéde 
Dom Diego pe.ifants qu’on la refuferoit dè peur. 



4- c 1- H IS T. 

- krailôn quelcs ennemis fc môftroict en plusgrâd 
nombre.ll y auoit encor’ vn autre incôuenient qui 
. lcsempcfehoit de venirau combat, c’eftqu’ilsnc 
pouuoicnt aller droiét aflàilhr leur ennemy lans e- 
ftte grandement offencez par l’artillerie. Mais Frâ- 
çois de Caruajal, & Alfonfc d’Aluarado guidèrent 
l’armcc par vne vallee qu’ils trouucrét à main gau¬ 
che, par laquelle ils remontèrent du t ollé de dom 
Diego ûnsauoir receu aucun détriment de l’artil¬ 
lerie, par ce qu’elle pafloit par dcllus, & mefmcfu¬ 
rent contraints laillcr la leurà caufcdcla montée, 
qui cftoit trop roidc. Si auffi que les canoniers n’c- 
ftoient pas trop expers,comme ils le demonftrcrct 
en vne piece, qui tua cinq de leur compagnons. 
Dô Diego Ce meit à marcher vers fes ennemis fans 
rompre fon ordre pour ne fc môftrerpourlafchc, 
nerefroidy. Il fut confeillc défaire ainfi par fes ca¬ 
pitaines. Maisce confeilfut contre l’opinion de 
FicrreXuarez fergent maieur,qui entendoit mieux 
la guerre que tous les autres,Se on dit pour certain 
que fil n’euft bougé, qu’il eufl gaigne la bataille. 
Mais il fe vint mettre fut la croppe delà montée,& 
ne peut plus Paydcr de fon arrilleric.Les Indiens de 
Paul Yngas commencèrent à dcfbander leurs frô- 
des. Si lancer leurs dards iettans force cris. Nugno 
de Cailro meit fes arquebuziers au deuant qui les 
feirent retirer, Marticote vint donner fccours à fes 
Indiens, Si ainlî commença l’efcarmouche.Cc pé¬ 
dant les Efquadrons de Vacca de Caftro gaignént 
le hault, Si la plaine.L’artilleric tire contre eux, & 
emporte vnrang de gens de pied, &lesfeic ou- 
urir. Mais les Capitaines les feirent incontinent 


GENERALE DES INDES. 

referrer j & aduancer le pas, qui fur vn mauuais 
confeil , car ils cuflènt efté tous rais çn pièces. 

Ci François de Catuajal qui gouuernoit ces ef- 
quadronsncles euft retenuziufqucs à ce quel’ar- 
tillcrieeuft celle de tircr.Durant ces efcarmouches 
les arquebuziers de dora Diego tucrent Pierre Al. 
uaez, & blccellcrct Gomcz deTordoya, quitôba 
moi t'en terre. Pour laquelle chofc, Scpour le grad 
cfchec que faifoit l’artillerie (ur l’infanterie,le capi- 
taine Pierre d e Verg.ira,qui cftoit aulli blecé, com¬ 
mença à crier apres la cauallrrie qu’elle euft à don¬ 
ner dedans . Les trompettes,& clairons Tonnèrent 
l’alarme, &.111IÏÏ toft la cauallerie defcocha fur l’en- 
nemy.dom Diego auec vncgrande furiepicqueà 
l’encontre, & à la première rencontre des lances 
il en tomba parterre beaucoup d’vnc part,Sc d’au¬ 
tre^ d’arrantage encore quand on vint de plus 
près aux mains auccqucs les haches, & cfpces. La 
bataille fut pour vn temps en grand doubtclàns 
pouuoir dire de quel cofté finclinoic lavidloire, 
encore que l'infanterie de Vacca de Caftro euft 
gaigné l'artillerie: aufti ceux de dom Diego auoiéc 
mis à mort grand nombre de leurs ennemis, & a- 
uoient encor’ deux cornettes cntieres.il faifoit def- 
januidb,&l’vn&l’autre vouloir dormir la vi&oire 
en la main,6c pour cefte caufe le combat fc rechau- 
fa plus ardemment, & tous combattoient hardi¬ 
ment comme lyons, ou pour mieux comme vtays 
Efpagnols, confidcrans que le vaincu deuoit per¬ 
dre la vie, l’honneur,les biens,le gouucrnement 
du pays,&le vainqueur cftrc maiftre de tout. Vacca 
de Caftro auec fes trente chcuaux fonça vers la 


I 





F 


- 


4. LIVRE DE l’HIST. 

m.-iin gauche de fon enncmÿ,où il brauoit défia, & 
lé tendit comme vainqucur.il fe rcnouuclla enco¬ 
re là vne tierce bataille,où Vaccafut vainqueur,en- 
çor qu’on luy euft tué le capitaine Ximenez, Mer- 
cadodcMedinc,& autres, dom Diego voyant les 
liens vaincuz fe ietta dedas fes ennemis, afin qu’en 
combattant onletuaft, mais aucun ne le blelïa,ou 
par ce qu’ô ncle cognoilfoit poit, où à caufe qu’il 
combattoic couragéufement . A la fin il fentuie 
auec Diego Mendez. Iean Rodcrigucz Vatragan, 
Ican de Guzman , & trois autrcs,& fen alla vers la 
ville de Cuzco, où il arriua en cinqiours. Il reftoic 
encore Chrifiophle de Sofc, & Martin de Viluoa, 
qui hardiment,où témérairement crioyenc que 
c’eftoientcux,quiauoient tué François Pizatrc: ils 
furent mis en pièces combattans valeureufcment, 
pluficurs fe fauuerent pour eftre délia nuiét, & au¬ 
tres prindrent les efeharpes rouges des foldatsdc 
Vaca,quigifoientmorts. Les Indiens,qui com¬ 
me gardans les aires attendoient l’illuc de la batail 
le,tuerent Iean Balfc, '& vn commandeur de Rho¬ 
des,& plufieurs autres qui f enfuyoient vers vn au¬ 
tre Ynga. Il mourut trois césElpagnols delà parc 
du Roy, Stgrand nombre de l’autre part,mais non 
pas tant. Ce fut vne bataille bien fanguinolenre,& 
peu de capitaines efchapperenc vifs, par ce qu’ils 
combattoient auec la plus grande confiance du 
monde, il en demeura de blelfcz plus de quatre 
cens, la plus part dcfqucls mourut ccftc nuiû de 
froid. 

la ittjflce que fe'it yaccade Caflro de Dam Diego d'yti- 
magro çr de plujieurs autres. Chap. 150 , 



CENE RALE DIS INDES.' 1)6 

V Accadc Caftro employa la plus grand partdc 
la nuidt à haranguer, &c louer fcs capitaines, & 
gentilshommes. Les plus grands venoient par dé- 
ucrs luy le congratuler de ceftevidloire qu’il auoic 
gaignec. A la vérité tous meritoicnc d’cltre louez. 

Si luy d’eftre eflcué iufques au ciel. Ils faccagcrcnc 
apres, les tentes de dom Diego, où ils trouuercnt 
bon nombre d'or,&d’argcnt,& tuèrent tous ceux 
qu’ils y trouuercnt. Aucun ne fe defarmade peur 
d’vne furprinfc de Penncmy: car ils ne fçauoiét pas 
bien fil y en auoit de reliez,& corne ils fen eftoiét 
fuis, lis endurèrent grand froid celle nuiél&faim, 
&auoicnt grande pitié, &compa(îion des cris & 
plainéles quefaifoient les blclTcz fe fenrans mou¬ 
rir de froid,& dire defpouillez par les Indiens, lcf- 
quelsmefme lesacheuoicntdc tuer auecdes maf- 
fcs, leur couppans les telles pour lesdefpouiller. 
Mais le iourcflant venu Vaccade Caftro.enuoya 
quelque cheuaux courir la campagne, feit habiller 
les b lelTcZj&enrerrer les morts.il feit porter àGua- 
rnâga les corps de Pierre Aluarez.Gomcz deTor- 
doya. Si de quelques autres. 11 feit trainer le corps 
de Martin dcViluoa parce qu’il auoit tué François 
Pizarrc.On feit le femblable à Martin Gatillc, Ar- 
bolancie, Hinojcros, Vclafquez,& autres. Ils em¬ 
ployèrent ce iour à telles chofcs, Si le lendemain 
ils atriuerent à Guamanga où Vacca de Caftro 
commença à chaftierlcs Almagriftes ,.qui eftoient 
prins & blcflèz: on en recouura en celle ville plus 
de i 60. On bailla en garde leur armes aux habitas. 
Le doéleur deGama eut la charge de faire leurs'pro 
ces,il feit en peudeioursleur arre(l,&par iccluy on 




4. Ï.IVHE DE x’HIST. 
tnciten quatre quartiers les capitaines Iean T cio. 
Diego de Horcs .Fraçois Perez.Ica Perez Iean Die 

çe,Màrticote,Bafille,Cardcnas,PicrrcOgnate mai- 

(tre de camp, & autres trente que icnc nomme 
point pour euiter prolixité.Vacca en confina quel¬ 
ques vns,& pardonna aux autres. Il rcnuoÿa à 
à leurs maifons tous ceux, qui’ auoient départe-, 
ment d’indiens , & charges de villes . Il enuoya 
le capitaine Pierre de Vergata peupler les Braca- 
moresqu’il auoicjafubiugucz,&fenalla àCuz- 
co.de peurque Dom Diego luy fuft oftéparquel¬ 
ques vns,qui luy vouloientdu bicn.Dô Diego.qui 
fen eftoit fuy en celle ville penfant ramafler quel¬ 
ques forces ne peut feulcmét aflembler quatre per¬ 
sonnes,ains au contraire fon lieutenant Rodcric 
de Salazardc Tolede.&Antoine Ruizdc Gucuarc 
preuoft,&antreshabitans lcprindrent,& meircnc 
prifonnierle voyâs vaincu,& fcul.Vacca de Caftro, 
Juy feit trancher la tcfte,& feit pendre Iean Rodc- 
riguez, Varragan,& Henry portcnfcignc.&autres. 
Diego Mcndez clchappadcla prifon ,& fc retira 
vers vn Ynga.qui demeuroit aux montagnes,&fuc 
depuis tuépar lcsIndiens.Parla mo.rtdedô Diego 
le Royaume duPeru deuintauffi paifiblc gu’il e- 
Rcait deuât qu'il futuint aucune inimitié entre fon 
pcrc &Pizarre,& pouuoit Vacca deCaftro gouucr 
nertouc en toute iuftice, & équité, & comànderà 
tous les Eipagnols (ans aucun contredit.On louoit 
grandement i’cfprit de dom Diego, mais non pas 
l'intention, ny le peu de refpcét qu’ii eut du Roy. 
Car eftant fiieunc il vcgeaparle confcil de Iean de 
^ada la mort de fon perej, fans.auoir, voulu predre 


çhofc aucune des biens de Pizarre.encor’ qu’il fut 
çn grande necellité. Il fçauoit corne il failloit con¬ 
cerner fes amis.Sc gouuerner le peuplc,qui volon¬ 
tiers le rcceuoit,encor’ qu’aucunefois il vfaft de ri- 
gucur,& permit quelque fac pour côtcnter les fol¬ 
dats,il combattit vaillamment,& mourut catholi¬ 
quement. 11 eftoit fils d’vneIndienne de Panama, 
& eftoit plus vertueux que n ontaccouftumcd’c- 
ftre tels enfans yfliis d’Indienne,& Efpagnols. C e 
fut le prcmicr,qui print les armes. Je côbattic con¬ 
tre (on Roy. On fcfmerueille de la côftateamitic 
que les liens luy portoient : car iamais ne l’aban¬ 
donnèrent iufqucs à ce qu’ils fulTent du tout vain- 
çuz,encor’qu’on leur offrift pardon detout le paf- 
fc,tant a de force le premier amour,la première af- 
fedlion, les picques, & indignations qui l'impri¬ 
ment vne fois en l’clprit de l’homme. Apres celle 
bataille il relia beaucoup de foldats, qui n’auoienc 
gueres vaillant, &auoient encor’moins à faire, 
Vacca de Caftro craignant qu’ils ne fufcitafTent de 
nouueau quelques tumultes fcmblables aux paflez 
tant pour preuenir à ccft inconucnicnt, qu’auftl 
pour conquérir, & conucrtirles Indiens, enuoya 
plufieurs capitaines en diuers endroits. Entre au¬ 
tres Diego de Roias.PhilippeGutierez de Madrid, 
& Nicolas d’Hercdie ,qui emmenèrent auec eux 
grolfc trouppe de foldats. Il enuoya Monroy don¬ 
ner fecours à Valdiuic, qui enauoit bon befoingà 
Chili,& Ican Perez de Gueuare àMulubamba,qui 
çft vnc ville, & pays, qui ja eftoienr commencez à 
fubiuguer.Ce pays cft.riche en mines d’or,& eft fi-. 
tu,é cntrelcs deux fleuues deMaragnon.& del’Ar- 




4- livre de l hut. 
genr, où pour mieux dire ces deux fleuues naiflcnt 
en iccluy.lefqucls en celt cndroiél nourrilTenc cer¬ 
tains poiflons delà grandeur, & fcmblancc d’vn 
chien, & mordent les hommes comme vn chien . 
Les gens de ce pays vont tous nuds, vfent de l’arc, 
mangent chair humaine.On dit que près de là vers 
la Tramontane on veoid des chameaux ,descoqs, 
comme ceux de Mexicquc, &dubcftail fourché 
plus petit queccluyduPeru, Scqu'auffilà auprès 
font les Amazones d’Orcglianc. Vaccade Caftro 
enuoya quérir Gonzallc Pizarrc, & luy donna per- 
miiïïon d’aller aux pays qu’il auoit peuplez, & au 
departement qu’on luy auoit donne des Ciarcas.il 
diftribua les Indiens, qui cftoient vacquans par ce¬ 
lle guerretplufîeurs fe pleignircnt de celle di(tribu- 
non, à caufe qu’ils n’y auoient point eu part. Ufeit 
plulîeurs ordonnances au grand proffit des Indics, 
quipourlors commencèrent à élire en repos, & 
Arcultiuer la terre: car par les guerres pallces , ils 
auoient clic fort mal traiélez, & dit-on que durât 
ce temps il en mourut plus de 1500000 . &plus de 
1000 . Efpagnols. VaccadeCallro demeura en la 
ville de Cuzco vn an & demy,durant lequel temps 
on defcouurit des mines d’or, & d’argent riches au 
polïïblc. 

uyijiutimduconfeildts Indes chdp. 151 . 

Es dilîènriôs duPeru, defquelles no 9 auôs trai- 
-*-' , &écy deilus,aduint qu’il faillut,poury métré 
meilleur ordre pour l’aduenir , qu’on feit vnc re¬ 
cherche fur le confcil des Indes, Sc y cltnblir nou- 
uelles loix, qui furent ncâtmoins caufé de la mort 
d’vn grand nombre deperfonnes, & fufeiterent 


beaucoup de maux, non pas par-cc qu’elles eftoicc 
mefehantes, mais à caufc qu’elles eftoient par trop 
rigoureufes, comme nous dirons. Ledodteur Iean 
deFigueroe Auditeur duçonfeil Royal fut cômis 
pour faire celte informatiô.Les Auditeurs de ce c6 
feil eftoient le dodteur Bertrad, le dodteur Gutier- 
rez Velafquez,le dodteur Iean Vernaldc Lugo, Sc 
le liccntié Iean Xuarezde Carauajal Euefque de 
Lugo. Le procureur fifcal eftoit le dodteur Villalo- 
bos.lc Sccrettairc Iean de Samagno,& le Prefident 
frere Garzia de Loaifa Cardinal,&Archeuefque de 
Scuillc, l'Empereur ayant veu quelques informa¬ 
tions priua du confeil le do'dteur Bertrand, &1’E- 
ucfqucdc Lugo . L’Eucfque demeura toufiours à 
la fuirtc de la court, Sc de là à quatre, où cinq ans, 
l’empereur le feit cômiflàirc general de laCruciade. 
Le dodteur Bertrad fc retira à noftrc Dame de Gr⬠
ces de Medine des champs,où il auoit vne maifon. 

11 remcccioit Dieu de ce qui Iuy permetto it finir le 
refte de fes iours (ans fc mefler d’affaires, (ans ieuz, 
Sc fans troubles.C’cftoit vn homme fubtil, Sc fore 
refolu, cftant Aduocatil gaigna de grands falaites, 
Sc Initia celle praticquc pour entrer au confeil 
Royal, d’où depuis onl’ofta. lel’ay veu pleurer 
fes difgraces fe plcignant de foy mefme, de ce qu’il 
auoit laifte fon aduocafferie pour tenir l’audience, 
il auoit fore aymélcieu: fa femme, &fes enfans 
iouyoient aufti, qui le ruinèrent. A toute perfonne 
le ieu ne vault rien, mefme à ceux, qui ont des fa- 
cicndes,& qui maniét les affaires d’vn Roy,& d’vn 
Roiaumc.Lc Cardinal ne fut pas aufti fans auoir vn 
calomniateur, qui par ce moyen penfoit fuccedet 



1 

4. LIVRE O E L HIST. 

en {on eftar de Prcfidcc. Mais il fut toufiours troù- 
ué net, il eftoit auffi grandement fauorifé de l'Em¬ 
pereur , ôc eftoit amy du fecretairc François de los 
Couos,qui auo'it la fupevinrcndance de cous les 
affaires du Royaume. 

Ceux jni forent les loix (y ordonnances des Indes. 

Chef. _ ‘5 1 - 

T 'Empereur ayant entédu le defordre, qui eftoit 
JLaau Peru, 5C les mauuais traidemens qu'on fai- 
foic aux Indiens, voulue remédier à tout, comme 
Roy iufte, ôc ialoux du feruice de Dieu, 5e de l’ad- 
uantage des hommes.ll commanda au dodtcur Fi- 
gucroe,qu’aprcs auoir prins le fermée il examinai! 
lesgouucrncursjconqueftcurs, 5ereligieux, quia- 
uoicnr efté aux Indes,tant fur la qualité des Indiés, 
que fur le traitement qu’on lciir faifoir,5e (î l’opi¬ 
nion , de quelques moynes eftoit véritable, qui di- 
foient qu’il ne pouuoic conquérir ces pays.il cher¬ 
cha en outre perfonnes de fçauoir,5e de bône con¬ 
fidence, qui fcilfenr des loix pour bien, ôc (àinéle- 
ment gouuerncr les Indes.il efteut le Cardinal frè¬ 
re Garzia dcLoaifa, Sebaftien Ramirez Euefque 
de Cucnca,5e prefident de Valladolid, qui auoir c- 
fté prefident à S.Dominiquc, 5c à Mexique, Dom 
Iean de Zuniga gouuerneur du ieune Prince Dom 
Philippe, Sc grand commandeur de Caftillc, le fe- 
creraire Couos grand commadeur de Leon: Dom 
Garzia Manrique, comted’Oforne, 5c prefîdenç 
des ordres des Cheualiers, qui auoir de lôg temps 
manié les affaires de l'lndie|cn l’abfencc du Cardir 
nalLoaifatleDo&eur Fernand de Gueuarc.ôcle 
Do&eur Iean de Figuerac, qui efto iét de la cham- 


6ÏNIRII DES INDES. 
brc du Roy.Je Dodteur Mcrcado auditeur du con- 
feil Royal : le Dotteur Vernahle Doéteur Guider¬ 
iez Velafqucz : le Doâeur Salmcron.-le Doélcur 
Grégoire Lopcz.qui eftoient auditeurs des Indes: 
8c le Do&eur laquesd’Atteaga. Ils faifembloieuc 
pour rraiéler 8c aduifer enfcmblc chez le Cardinal, 
& feirent, encor’ que ce ne fut aucc la volonté de 
tous, quarante loix qu’ils appelleront Ordonnan- 
ccs.lefquellcs l’Empereur ligna de fa main, à Bat- 
ccllone,lc io.de Noucmbrc 1541. 

Les grandes efmotions sjiii aduindrent au Péril,i'cdufi 
des Ordonnances. Chap. 153. 

A Vili toft queles Ordonnances,&nouuelles 
Loix furent faiûes pourles Indes,ceux,qui de 
là eftoient en Efpagne,lcs enuoycrcnt en dtuers 
quartiers de l’Indic à leurs amis, ôc furent caufe de 
faire cfmouuoir troubles par tout. La plus grande 
efmotion aduint au Peru, par ce qu’il n’y auoitiî 
petite ville en iceluy', qui n’cuft eue copie des Or- 
donnances.lls commencèrent àfonncrlc toezin 
par tout, & faftcmblcr, fe mettans en furie oyans 
lire telles Loix, aucuns fe malcôtentoient de l’exe¬ 
cution d’icelles,autres renfoient, & tous mauldif- 
foient frère Bartclcmy delaCafc,quilcsauoit pro¬ 
curées : les hommes ne mangeoient point defaf- 
chcrie, les femmes, ôc les entans ne faifoient que 
pleurenles Indiens fen-orgucilliilbicnt, qui eftoic 
vne chofc grandemet à craindre. Tous les peuples 
efcriuoicnt les vns aux autres, ôc.confultoient de 
ce quieftoit à faire fur ces Ordonnances. Ils trou- 
ucrent expédient d’enuoycr à l’Empereur quelque 
grand,Sc riche prefent d’or, pour la defpence qu'il 



àuoitfaiéle à l’cntreprinfe d’Alger,& àla guerre dé 
Parpignan . Aucuns en efcriuirent à Gonzallc Pi- 
zarrc,autres à Vacca de Caftro^qui trouuoicnt leur 
requeftebonne,penfanspar celle voye exclurre 
BlafcoNugnez,& demeurer feuls au gouucrnc- 
met du Royaume.Ic ne dis pas eux deux tous feuls 
enfemble, mais chafcii penfoie fculcmét pourfoys 
carf’ils y fulîcnt demeurez feuls cnfcmhlc, c'en 11 
cfté encorcs pis. Tous les pays,donc, cfpluchoient 
entr’eux la vertu, force, & équité, de ces nouuelles 
Loix,6c aucc pcvfonnes do êtes, qui ja demeuroiét 
en ces pays,pour eux fuiulc l’auis,cn eferire au roy, 
& le rcmonltrer au Vice Roy, qui venoie pour les 
exécuter. Il y eut aucuns de ces gens dodtcs, qui 
confeillcrcnc qu’ils ne tomberoient point en defo- 
beiflàncc, ny en crime aucun n’obeiflânt point à 
relies Ordonnâces, & q c’clloit encor’moins pre- 
fen ter requefte à l’cncôtrc,difans qu’ils ne les rom- 
poientpoint,puis qu’ils ne les auoiern iamais ac¬ 
cordées , encor’moins obfcruces.& qu’elles ne dc- 
uoient point auoir lieu de Loix, & qu’elles n’obli- 
geoient.puis qu’elles auoient efté faiétes fans le 
confentemét de lacômunautcdes Royaumes,qui 
a accouftumé dôner authorité.ôc qu’cncor’ moins 
l’Empereur pouuoit faire telles Loix,fans premier 
les auoir fai£t entendre à ceux, qui reprefentoient 
tous les Royaumes duPeru.lls difoict d’auantage 
que routes ces Loix eftoient iniuftes, excepte celle 
qui defendoit qu’aucun peut charger les Indiens, 
Se C’en feruir pour porter la fo mmc,& celle qui co- 
mandoir de taxer les tributs,celle aufli qui vouloir 
qu’on chaftiaft ceux qui traiéleroient mal 6c cruel- 



lement les Indiens,6c celle qui commadoit d’auoir 
foing de faire inftr'uiré les lndics en la foy, 6c quel¬ 
ques autres, 6c qu’on auoit mal confcillé l’Empe¬ 
reur de ligner les autres,qui ne méritent point d’e- 
ftre appellccs Loix,commc celle qui commandoit 
quclcs auditeurs, & officiers f’employsH'ent cer¬ 
taines heures du iour àaduifer côme le rcuenu de 
Roy pourroit croiftre, 6c celle qui nommoit pour 
prefident le Dofteur Maldonado, 8c autres qui.c- 
lloiér plulloft lnftru£Hôs,que Loix, 6c ne fentoiét 
rien qu’inuention deMoynes.Par telles iaifons vn 
chafcun prenoit courage,6i les Capitaines,princi- 
pallemcc ceux qui feftoiept employez aux coque¬ 
ttes , Si les-foldats prenoient plus grande hardiefle 
de drellcrrcqueftesà l’cncôtrcde ces Ordônaces, 
ôc incline y contredire. Il y auoitd’auantage,qui 
les rendoit plus fiers, c’cft qu’ils auoient deuxpa- 
tetes de l’Empereur,parl’vne defqllesillcurdônoic 
&à leurs fentes,ôcéfâs les departemés qu’ils auoicr, 
afin qu’ils fc mai iriser,commandant cxprcflemenc 
femaiicr ,par.l’autre il ne vouloir qu’aucun fuit 
Ipoliédefes Indiens, 6e defon departement,fans . 
que premier il fut appelle en iugcmét,6e côdemnc. 

Comme ulafco Nitgnt^ f'eU,çr outres quatre ^itt - 
dtteurt Per. otetentntt lent . Chof. 154. 

A Prcs q les L’'ix,6: Ordonnât es pour les Indes 
eurér cité faites,on côftiila à l’Empereur d’en- 
uoyer auec n elles auTcru homes capables, Si fuf- 
fi!ans,par ce cu’ellcs (cmbloient à la vérité vn peu 
rudes,6c que les Efp..gnolï.qui eftpient là,eftoient 
jaaccouftumez à icuuicmcns,; 6c nouueautcz. Sa 
maitllc, qui cogiioilloit bié ccl»,eficüt 6c enuoya. 





4 - RE DE L HIST. 
auec tilcre de Vice Roy, & quarante ducats d’eftac 
par iour.BlafcoNugncz Vêla grand cheualicr, ôe 
Capitaine des gardes, homme hault à la main, & 
tel qu'il failloit pour executer enticrcmcr ces loixj 
Il feit aufli vn Parlement au Pcru.car deuant on re- 
leuoitles appellations à Panama. 11 nomma pour 
Auditeurs le Doétcur Diego de CcpcdedcTor- 
dcfiglias : lcDofteurLifon de Tcjada-le Doétcur 
Pierre Ortiz de Zarate,&le Docteur Pierre Alua- 
rez.Et par ce que depuis que le Peru auoit efte def- 
couuert,on n’auoir point ouy les comptcsdes Of¬ 
ficiers,il enuoya pour les ouir Auguftin de Zarattc 
qui eftoit fecrctairc du Confcil Royal. Ainfi,donc, 
lilafco Nugnez partit auec ces quacrc Auditeurs* 
&arriuaàla ville du Nô de Dieu le lo.delanuier,’ 
1j44.ll trouua làChriftophle de Barricntos,& au¬ 
tres du Peru, qui vouloicntfitirc voile en Efpagne . 
auec bonne quantité d’or,& d’argent.ll rcquift les 
Preuofts qpar l’authorité de iulticc , qu’ils auoict, 
ils fcilfent arreflcr ccft or, iufqucs à ce qu’il fut vé¬ 
rifié d’où,&côme ils l’auoiét lcué.Car on luy auoic 
dit qu’ils auoict védu des Indics, & qu’ils en auoit 
faift trauailler d’autres aux mines . Cccy fut caufe 
de ceqfefmcurent,&fepleigncrétles habitans,& 
ccux,;à qui appartenoit l’or, tant pour leur dômage 
particulier, qucpar-ce qu’ils voy oient que Blafco 
vouloit entreprédre en vne ville, qui n’eftoit point 
de fon gouuernemcnt: 3c n’euft efté l’aduis des au¬ 
diteurs, qui ne vouloientrien faire, qu’en leur iu- 
rifdidtion.il euft tout confifqué fuiuant les ordon¬ 
nances qu'il portoir, faiétes contre ceux, qui par 
force faifoient trauailler aux mines les Indiens. De 
là 





GENERALE DES INDES. I4I 

Ii il fen alla à Panama, où il mcij en liberté tous 
"les Indiens du Petti qu’il peut rccoüurer, & les ré- 
uoyaenlcur polTeifions : il y en eut aucuns quife 
cachcreut de peurd'eftre renuoycz,difansquec’e- 
ftoic leur meilleur d’auoir vn maiftre, que d’eftre 
fans : autres dcmcurercc au Port Vieil,oùil feit dé¬ 
barquée toutror,quicftoirà ceux de la ville du 
N om de Dieu. Et afin q les Efpagnols de ces deux 
villes ne murmuralTcnc plus.il diétqu’ilvoùloit 
pour le prefent feulement procéder à-l'encoime de 
Vacca de Caftro, qui permettoit, & mcfmc coin* \ 
mandoit qu’on feit ctauailler les Indiés'aux mines* 

& pour celle caufe luy,& les quacres Auditeurs cô- 
mcncercnt à tenir en furfeance beaucoup de cho- 
fes. Ce pendac c es quatre Auditeurs tombent ma¬ 
lades,^' font rctenuz aulidh Blafco Nugnez ne 
lailfe à partir fans les vouloir attendre.encor’ qu’ils 
l’en prialfentj&lc côfeillallènt de n’aller feul.pour 
les tumultes qu’il fçauoit jaeftre cfmeuz au Pcru; 

U arriua à Tombez le4.de Mats. Il met en liberté 
tous les Indiés, & ofte toutes les Indiennes que les 
Efpagnols tenoient pour concubines,& comman¬ 
da aux Indiens de ne donner aucun viureaux Efpa¬ 
gnols fans payemét, & qu’ils ne pôrtafîcnt plus fur 
leur dos la fomme contre leur volonté.Ccla don¬ 
na aux Efpagnols autant de dcfplaifir, Si fafeherie, 
que de plailir Si allcgrelfe aux Indiens. Entrant en 
la ville de f.iindl Michel, il commanda à certains 
Efpagnols qu’ils payaient les Indiés, qui auec eux 
portoient leurs hardes fur leur doz. Il feit là pu¬ 
blier à cry public les Ordonnances. Il foie dépeu¬ 
pler les Tambos, il donna liberté aux Indiens ef- 
H 



t 

11 . 


; 

: 


4V iivu si i’hisi. 
claues, & aux fovfatsril taxalcs impolis : il ofta les ' 
Indiens,qui citaient loubs le departement qu’a- 
uoit eu Alphôfc Palominc, qui auoircftélà Lieu¬ 
tenant d u gouuerncur, & ce fuiuant ces nouuelles 
Loix,où il citait comprins particulièrement: pour 
ccftc caufc on ne le conuerfoit plus,& ne luy don- 
noit on à manger, comme fil euft efté excommu¬ 
nié. Apres Blalc'o Nugnez fen alla,en fortant de la 
ville,les femmes Efpagnollcs.fc mocquas, ciioient 
apres luy,diiant qu’il menoit auec foy l’ire de nicu, 
& le maudifloiét, ôc prioient que Dieu le feir bien 
toit finir mal. il difoit cju’il feroir pendre en effigie 
ceux qui aucict appellc.ou prefenté requefte con¬ 
tre fes comraandcmcns, fignez feulement par vn 
lien feruiteur,qui n'eftoit notaire, ny fecretaitedu 
Roy. Les habirans de ccftc ville fe feandalifoient 
encor’plus de fes paroles, & de fa rudcflè,qucdes 
Ordonnances. 

Ce qttcfeit bUJco Nlignez^ Mec ceux de T rufiglio. 

Chep. 155 . 

T) Lafeo Nugnez entra auec vn grandiflîmedef- 
•Oplaifir des E(pagnok,dedâs Trufiglio,où il feit 
publier les Ordonnances, taxer les tributs, mettre 
en liberté les lndiés„& défendre qu’aucun lespeuc 
côtraindrc à porter la fomme fur le dos,fans payer. 

Il ofta auflïàvn chafcù les vallùux, &!es meiefous 
le nom du Roy,fuiuant ces Ordonnances. L.e peu¬ 
ple^ chapitreappellade ers nouuelJes I oix/rxce- 
pté de celle qui commandoit de taxer les tributs, 

& impofts,de de l’autre qui defendoir de contrain¬ 
dre l'es Indiens, les approuuans comme bonnes, SC 
iulles. Biafco ne voulut reccuoit leur appel,ains 




GENERALE DES INDES. 14! 

ordonna gro(Te$ peines contre les iuges, qui vien- 
droient au côtrairc, difant qn’il auoit exprès com¬ 
mandement de l’Empereur,pour les faire exccurci-j 
fans ouir aucun, & làns auoir efgard à aucü appel: 
niais leur difoit que fils penfoient auoir raifon de 
fc plaindre qu’ils fe retirallènt vers l’Empereur, & 
que luy-mcfmc eferiroit que fa maiefté auoir 
elle mal informée pour ordonner telles Loix. Les 
h.ibitans ayans veu telle rigueur en cqft homme, 
couucrte toutesfois de quelques bonnes paroles* 
commencèrent à Ce defpitcr, iurer Se blafphcmer. 
A unis difoient qu’ils lailfcroicnt leurs femmes : & 
de faiét,les cullcnt abâdônccs.fi on ne les euft me¬ 
nacez de les fpolier de tour ce qu’ils auoicti Autres 
difoient qu’il leur cftoit meilleur n’auoirnéfcmc, 
ny enfans, fi on leur oftoir les efdaucs, qles.nour- 
rifioientparle trauail qu'ils faifoient aux mines,au 
labeur des terres,& autres œuurcs. Autres deman- 
doiét qu’il leur payait les efdaucs qu’il leüroftoir, 
puis qu’ils les auoiët achetez rnefmes du Quint du 
Roy,commcil apparoiiToirparlesmarques.qujils 
auoient au frôtjqui eftoient du Roy.Autres difoiét 
qu’ils prenoient leurs trauaux Se feruices pour 
playes Se maux,fi en leur vicilleflc ils n’auoiét, qui 
les fendirent: Ccux-cy môftroicnt leurs dërscheu- 
tes, pour auoir mâgé du mafi vofty, en la conque- 
fte du Peru. Autres moftroient les bleffures qu’ils 
y auoient reccuës.autrcs les dëtees quelescroco- 
dilles leur auoient données. Ceux qui auoient en- 
treprins les conqueftes, fe complaignoient de ce 
qu’aptes auoir defpendu tout leur patrimoine, 
fis eipargner leur fang, pour acquérir le Royaume 





du Peru à i Empereur.on leur oftoit cc peu de vaf- 
fàux, que luy mefme leur auoic donné de glace. 
Les foldats difoient qu’il en failloit chercher d’au¬ 
tres, fi on vouloir faire d’autres çonqucftcs,puis 
qu’on leuroftoit l’cfperance de tenir vaflaux, & 
qu’ils fcinployeroient pluftoft à voiler tout cc que 
ils pourroienc.Les Lieutenans Si Officiers du Roy 
fe iéntoicnt grcuez grandement de ce qu’on les 
priuoit de leurs départîmes, (ans auoir mal traifte 
les Indiens, puisqu’ils ne lesauoient point pour 
raifon de leurs cftnts : mais feulement en rémuné¬ 
ration de leurs peines,& fcruices.Les Prcftrcs met 
me, & les Moynes, fc plaignoient, dilans qu’ils ne 
pourroient fe fubftcntcr,encor’ moins feruirà l’£- 
glifc, fi on ieur oftoit le peuple que on leur auoit 
donné. Ccluy.qui fut plus hardy,& eut moins de 
refpedfc du Vice Roy, Si du Roy mefme, fut frere 
Pierre Mugnoz,di(hncquefii maiefte payoit mal 
ceux quil’auoient fi bien ferui,&que ces Loix fen- 
toient plus fon intercft,&: profit particulier qu’au¬ 
cune fainûcté, puis qu’il retiroit les cfdaues, qu’il 
auoit venduz, fans rendre les deniers,& de ce qu’il 
prenoit les terres pour le Roy,lcs oftât aux M ona- 
ftercs, Eglifes, Hofpitaux , & à ceux qui par leurs 
conqucftcs eftoient caufc de cc proffit:&, ce qui 
ciloit pis, qu’il impoloit double tribut, Si feruice 
aux Indiés qu’ils mettoic fous le nom de l’Empe¬ 
reur, dequoy eux mefme n’eftoient pas trop cô- 
tcns.Le Vice Roy vouloir grâd mal à ce Moyne, Si 
luy auffi luy en vouloitiufquesà la mort par cc 
qu’vne foisdenuiéb il l’auoit battu en la villede 
Malagaen E(pagne cômeileneftoicgouuerneur. 




generale des INDÎ 5 . i 4 3 

LC ferment de BUfco Nugnef,ex, de l'erpprfonnemcnt 
de /tecit de Cafîro. Chifp, jjijÉl., . 

V Acca de Caftro ayant veuà Cuzco, où.pour 
lors il demeuroitjes Ordonnances,!^ incit en 
ordre pour aller en la ville des Roÿs rcccuoir Bla¬ 
fco Nugncz,niais biçn accompagné\dc-bon nom¬ 
bre d’Efpagnols , ce qui feit douter de fa volôté. 
Pour cellecaufelesCitoicns delà ville desRoys, 
ayans entendu qu’il venoit auec main forte,luy 
mandèrent qu’il.ne fnppr'ochaft point plus près, 
puis que le gouucrnenc n’y cftoit point encor’ vc- 
nutcar ils auoient pcur.d’eltre par luy chaftiezde 
ce que quelque temps déliant iis n auoient voulu 
rcccuoirvn Lieutenant qu ; il leur cnuoyoit. Quel¬ 
ques particuliers cfcriuirént auffi à Blafco Nugncz 
qu’il le hallali pour entrer en la ville deuant Vacca 
de Caftro, de peur que fil rethrdoit trop, on ne le 
reccut polliblc point en ce gouuernen’ient. Vacca 
de Caftro fçaehant la volonté des habitas, laiiTà les 
armes, & quafi tous ceux, defqucls ilf’eftoit accô- 
pagné. Il fut confeillc des Tiens, de fen retourner à 
Cuzco, &c tenir la ville pour le Roy appellant de 
l’execution des Ordonnancesnnais iamais ne vpu- 
lut. il arriua à Lima,où il trouua les habitas en vo¬ 
lontés diucrfes.lcs vns vouloicnt le Vice Roy, au¬ 
tres non. Gafpart Roderigucz voyant approcher 
Blafco Nugncz laifla Vacca de Caftro,& ce retira à 
Cuzco ramenant auec foy force habitans de celle 
f ville,& les,armes que Vacca auoit faiél lailfercn 
chemin, pour defendre celle ville corne on pour- 
roit. Blafco Nugncz partit de la ville de Trulîglio 
en grande furie.il arriua au Tambo,qu’on nomme 






4- tiVRi m i/hist. 
la Barranca, où il ne trouua que mâger'.mais trou- 
u.ifeulement vnmotefcrir.qui difoit, celuy qui 
viendra m’ofter mon bien, qu’il fe garde fil cft fa- 
ge.il pouvra perdre la vio. Il feftôna de celle eferi- 
furc,& demanda fi on fçauoit quirauoitefcrit.On 
luy diél > qu’vu peu douant y cfloient venus quel¬ 
ques mefehas auec Xuarez deCaruajal fjélcur du 
Roy. A ce Tambo arriua Gomez Percz auec letrcs 
de Yn gaMango.Si de Diego Mendcz,& autres fix 
Efpagnols du partydedom Diegjo d’Almagro.par 
lefquelles ils démandoient conge ,Sc fauf conduiét 
de venir vers Blafco Nugnez, auec Mango Ynga. 

Il leur pardonna tout le palTë.afin que plus volon¬ 
tiers ils veinflent. Mais ils furent tuez par l’igno- 
râce de Gomez mcfme. Ils fouloicnt iouer enfem- 
blc auec Mango Ynga à vn certain icu du pays au¬ 
quel Gomez Perezauoiraccouftumc détromper. 
Quand iffut de retour ils fe meirent tous à iouer, 

& comme Gomez trompoit,Mango didt à vn fien 
domeftique qu’il le tuall la première fois qu’il le 
verroir tromper. Vnelndiénc aduertit Gomez de 
ce que Mango auoitdidl à fon feruiteur. Gomez 
fans confidercr plus auant donne vn coup d’eftoc 
en la poidtrine à Mango.Quand les Indiens veiréc 
leur feigneur mort, ils tuerent Gomez, & tous les 
autres Èlpagnols,& prindrent pour Ynga le fils du 
defundt, auec lequel ils fe font retirez en certaines 
montagnes hautes, & rudes fans plus vouloir l’a- 
mitic des Chrefticns. Or, pour reuenir d’oùi’cftois. ^ 
forty,Blafco Nugnez auant qa’arriucr à Lima fceùt 
comme ceux de celle ville auoient délibéré de ne 
luy .donner entrée fi premier il ne leur accordoit 



S EN ! RL î DES INDES. *44 

l’appel qu’ils interiedoient fur ces Ordonnances 
iurât qu’il ne les mettroit à executiô, & fil ne vou¬ 
loir faire leur deliberation, qu’ils l’enuoyeroiét lié, 

5c garrotté hors le Peru. Il iceutd’auâtagc comme 
tous c ftoient enflambez contre luy de ce qu’il fai- 
foit amfi execurer de faid ces Ordônâccs, & qu’ils 
difoient mille maux de luy.ll enuoya deuât Diego 
d’Aguero regent de la mcfme ville pour appaifer la 
cholercdes citoyens, difant qucNugncz auoitdu 
tout changé fa fureur en douceur pourauoirveuà 
l’œil le dommage, 5c le mefeontentement qu’vn 
chafcun auoir de l’exccutio de ces nouuclles Loix. 
Auanr, donc, que Blafco Nugnez entrai! en celle 
ville de Lima, autrement fur-nommec des Roys, 
le fadeur Guillaume Xuarez au nom de tous print 
le ferment de luy qu’il garderoit les priuileges, 
franclnfcs,& grâces que ceux qui auoient conquis 
5c peu plé le Peru, auoient de l'Empereur, 5c qu’il 
acquiefceroic à l’appcl,qu’ils proposaient fur l’exe¬ 
cution des Ordonnances. Il iura de faire tout ce 
qui feroit au feruicc de l’Empetcur, & à la confct- 
uation de ces Royaumes, habitans, 5c Efpagnols. 
Ceux , qui eftoient prefens. direnc incontinent 
qu’il auoit iuré auec vnefinefle, entendant l’exe¬ 
cution des Ordonnances eilre pour le bien 
des Indiens, & pour le feruicc de l’Empereur. Il 
entra en celle ville auec vn grand filencc, 5c faf- 
cheric de tout le peuple.Iamais ne fur vn home en 
lï grid horreur ny lî hay que ceftuy-cy,en quelque 
ville.où il arriuail pour porter ces Loix-.lefquclles 
il publia publiquement fur peine de banniilè- 
ment, & commença à les executerféncorcs qu’on 
H iiij ’ 



I 


4- 1IVR* DF iVlST. 
le priaft de n'en rien faire,de pcurqneleEfpagnoU 
fe rcuoltaflenr, &c voulfiilènt côfcrucr leurs dcpac- 
remés.Mais il fcitle fourd à rour ce qu’on luy dict, 
pour faire la volonté 8c commandement de l’Em¬ 
pereur. 11 voulue fçauoir lavolonté deVaccade 
Caftro, qui fcntcudoir auec Gonzallc Pizarre, & 
qui eftoient ccux,& côbien ils pouuoient eftrc.quj 
fe manifeftoient contraires aux Ordonnances. Il 
appaifalcsIndics,quifcmutinoienc,& fcvouloiéc 
rebeller fins plus cultiuer leursferres, & les cnle- 
mencer. Il meir en prifon Vacca de Caftro, difanc, 
qu’il auoit (igné des lettres de quelque departemes 
comme gouucrneurlors qu’il cftoit ja ariiucau 
Peru,& qu’il iuciroit le peuple à parler mal des Or¬ 
donnances , 8c qu’il auoit lailïe retourner 'a Cuzco 
Gaipar Roderiguez,& auttes.ll aduint inconti¬ 
nent vn grand murmure, 8c diflèntion pour l’cm- 
prifonnemenc de Vacca de Caftro.de Dom Louys, 
de Cabrcre,& autres qu’il print auec luy. 

Ce que feit Concilie Pierre k Cu'Qto contre les Or¬ 
donnances. Ch.tp. 1J7. 

pLuficurs Capitaines des conqucftes du Peru cC- 
■A criuirent tant de lettres à GôzallePizarae qu'ils 
lerefuelllerentdclaoùileftoiten la Prouincedes 
Çlarcas , ôdefeirent venir en la ville de Cuzco de¬ 
puis q Vacca de Caftro en fur party pour aller à la 
ville dcsRoys.Quadil y fut.pluficurs fe vindrér ré- 
ger vers luy par ce qu’ils auoient peurd’eftre pri- 
ucz de leurs valfaux,& de leurs cfclaues. Plulîeurs 
autres aufli y venoient, qui ne dcmandoienc que " 
des, nouuelletez pourf’enrichir. Tousleprierenç 
qu’il foppofaft aux Ordonnances qu’auoit ap- 


GENERAI! DES INDES. 2 .}J 

porté BlafcoNugnez, & qu’il exccutoic fans au¬ 
cun refpedt. Qrnl en appcliaft, Si que incline il les 
empefehaft par force fil en eftoit befoin, que pour 
cefaidtils le prenoient tous dcf-japoul - capitaine, 
ils le défendraient, & le fuiuroient. Pizarrcpour 
lesefprouuer, oupouriéiuftifierleurdidt, qu’ilnc 
luy coinmandaflent point telle chofe. Cardccon- 
trcdicc aux ordonnanccs,cncore que ce fufl par rc- 
q.ucfte,c’cftoit contredire à l’Empeteur qui vouloir 
refolument qu’elles fuiïcnt exccutccs, Si qu’ils cô- 
fideraffent bien commelégicrcnicnt les guerres fc 
commençaient, comme leur cours eftoit pénible, 
&duràcntrerenir,commeleurfin eftoir toufiours 
douteufe, & que pour chofeaucune, il ne vouloir 
f accorder à eux contre le feruice qu’il deuoit à fon 
Roy, & qu’il ne vouloir receuoirla charge d’e- 
ftre Procureur pour eux en celle affaire, encorcs 
moins d’en cftre Capitaine. Alors tous pourluy 
perfuader.luy alléguèrent pluficurs chofes pour la 
iuftification de leur entreprinfe. Aucuns difoienr 
que puis que la conqucftc des Indes leur eftoit per 
mife.ils pouuoient à bon droidt retenir pour elcla- 
u es les Indiens qu’ils auroient prins en guerre. 
Les autres difoient que l'Empereur, ne pouuoit o- 
fter les valfaux qu’vne fois il leur auoit donnez, 
fpecialement durant le temps de la donation, par¬ 
ce qu’il en auoit donnéà plufieurs comme pour 
dot, affin que plulloft ils fc marialfent. Autres 
difoient qu’ils pouuoient deffedrepar armes leurs 
vafTaux, &leurs priuilegesauecvneimpunitctel- 
le qu’eft celle, auec laquelle les nobles Seigneurs, 
qui ont fief en Efpagne.defendent leur libère é,qui 





I? ; 

II 

If 

I.! 


4. LIVRE DE L’aiiT.' 
leur a efle oétroyec pour auoir donnéfecours, & 
aide à leurs Rois pour oftcrlcs Royaumes delà 
puiflànce » & tyrannie des Mores,puis qu’auffi eux 

feftoiét employez à côquerirlesRoyaumcs du Pc- 

ru, & les arracher des mains des idolâtres, &quc 
pour recompenfc de leurs crauaux,on leur auoir 
donné,comme aux autres, ces vaflaux, &.priuile- 
ges. Finablement tousdifoicnt qu’ilsnc meritoict 
aucune peine proctdans parvoyc dcrcquefte, ou 
d’appel de l’cxecurion.PlulieurspaUbicnr outre: & 
difoient qu’ils eftoienr iuftemcn t exempts de tou¬ 
te peine, encor’qu’ils contrcdiflent à ces Ordon¬ 
nâtes puis quauparauât on ne les auoit point obli¬ 
gez d’y preftcrlcur confèntemenr.ny delcs rece- 
uoirpour Loir, Ilny cuft pas faute dequelqu’vn 
qui diéhqui c’eftoit vne chofc difficile & vn côfêil 
enragé de/airela guerre à fon Roy fous couleur de 
defendrefon bic,&propofer telles chofcs.quin’e- 
ftoient point de leur art, encor’ moins de la fideli¬ 
té qu’ils deuoient.Mais en fin ils profitèrent peu à 
vouloir gaigner, & pratiquer ccluy, qui ne vou¬ 
loir point efeouter, par-cc qu’ils difoient non feu¬ 
lement ce, qui en quelque chofc touchoit leur fa- 
ueur,maisauffi parloict comme foldats,difans mal 
de l’Empereur leur Roy,& feigneur,péfans luy tor¬ 
dre le bras, & l’efpouuenter par brauades. Ils di¬ 
foient en oultre que BlafcoNugnczeftoit trop ter¬ 
rible, qu’il eftoir grand ennemy des riches, qu’il e- 
ftoit Almagrifte, qui auoit fàift pendre vn preftre 
àlTombez, & faift mettre en quatre quartiers vn 
feruiteur de Gonzalle Pizarre,par ce qu’il alloir co¬ 
tre Diego d’Almagro , qui auoit exprès comman- 


GENERALE DES INSIS. 
dcment de tuer Pizarrc,& de punir tous ceux, qui 
auoicccftcauecluy en la bataille des Salines. Pour 
conclufion.ils difoient qu'il eftoit de mefehanena- 
turcl,qu’il deffendoie de boire vin, manger des ef- 
pices,&:dufucre,dcfe veftirdefoycjdcfefaircpor 1 
ter en portoircs.En fin,aucc toutes ces chofes par» 
tic fcinûeSjpartie vraycs.Gonzalle Pizarrc fe con- 
defeendit à eftreleur Capitaine general, & Procu¬ 
reur, penfant comme il defiroit entrer parla man¬ 
che, Scforur par le collet.Lc chapitre, c eft à dire la 
cômunautc de Cuzco,qui eft chef du Pcru, efteut 
pour Procureur general, Sc les autres chapitres de 
Guamangua de l’Argent, Sc d’autres licux.Sdes fol- 
dars l’efleurcnt pour Capitaine luy donnans tous 
vn e procuration fort ample.Pizarrc iura de garder 
& faire tout ce que portoit fa procuration. Il mec 
l’enfcigne au vcnt.faidl fonner le tabourin, prend 
le trefor de la maifon duRoy, &par ce qu’il y auoic 
en ccftc ville bonne quantité d’armes delà bataille 
de Ciupas,il arma incontinent iufques à quatre cés 
hommes de cheual,& de pied. Plufieurs fe feanda- 
lizcrent de cela, & ceux, qui manioient lçs affaires 
du gouucrnement de la ville fe repentirent de ce 
qu’ils auoient faift,voyanr G'onzalle Pizarrc pren¬ 
dre la main entière luy ayans donne feulement le 
doigt. Mais il ne reuocquercnrle mandement que 
ils auoient iadonne, encor’ que plufieurs fccrette- 
rnent protefterent du mandement qu’on luy auoic 
donnc.cntrc lefquels furent Altamiharo Maldona- 
do,& GarcilalTo de la Vcga. 

L'appareil de guerre quefeit sUfço Nugne ^ Ÿ*U. 

chdp. ij8. 



LIVRE DE L’HIST. 

T) Lafco Nugnez voyant le peuple de la ville des 
-ijRois efmeu par ce qu’il ne vouloit acquiefccr \ 
leur appel & de ce qu’il auoit mis pvifonnicr Vac- 
ca deCaftro, & autres, leua cinquante arqbuziers 
pourfa garde, Scenfeit capitaine Diego d'Vrbi- 
ne.Apres ayant entcudu les alfemblces , qui fc fai- 
foient à Cuzco, y enuoyale Prouincial frere Tho¬ 
mas de S.Martin,Scapres luy F.Hicrofme de Loay. 
fa premier Eucfque, & Archeuefquc de la ville des 
Roys.pouraireurerPizarrc.qucii n’auoit apporte 
d’Efpagne aucunes lettres patentes à fon detrimér, 
mais au contraire qu’il fçauoit bien que fa maiefté 
auoit bonne enuiede luy gratifier en tout Sc par 
tour,pourlcs feruices qu’il luy auoit f.iidts,& pour 
lestrauaux qu’il auoit foufferts pour accroitlrela 
gloiredcfirenommcc, & que partantil leprioic 
de ne le troubler en fon gouucrnemcnr, &dene 
Ce vouloir méfier en ces brouillcries, qu’il vint en 
toute liberté,& comme amy domcftiquclc vcoir, 
dcqu’ilsparlcroient cnfcmble de ces affaires. G6- 
zalle ne vouloit point laificr entrer l’Euefque, en¬ 
cor moins luy donner audience apres qu’il fut en- 
tré.Àins au lieu d’entendre au confeil de l’Euefque 
procura d’eftre efleu gouuerncur.Ce qu’ayant ob¬ 
tenu, il enuoya incontinent à Guamangua vingt 
pièces d’artillerie,& meit ordre à tout ce qui efloit 
befoing pour la guerre. Quand Blafco eut ouy la 
mauuaife intention deGonzalle,&que lepeuple 
cômençoit ia à atioir peur il feit affèmbler fes gens, 
qui fc trouucrent iufqucs à millc.par ce que les Al- 
magriftes fe ioingriircr de fon cofté, Sc autres peu¬ 
ples fpecialement les Septentrionaux. U feit faire 


monftre à fon armec,&paya vn chacun.Il fcit tout 
cecy auec la volonté de tous,Sc par l’aduis des Au¬ 
diteurs,& officiers du Roy, qui lbubfigncrcnt à la 
guerre au liurc des Rcfolutiôs. il feit capitaine ge¬ 
neral fon frere Vêla Nugnez,5c François Louis de 
Alcantara grand port-enfeignç,& pour capitaines 
delà cauallcrie il fcit dom Alphonfe de Grand- 
mont , Si Diego de Cucto fon coufin ,& capitai¬ 
nes de l’infanterie Paul de Mcncfcs,Mattin de Ro- 
blcs,&GonzallcDiez,& cfleut pourmaiftrede 
camp Diego d’Vrbinc, qui auoit jo.arqucbuzicrs. 
En celle armee y auoit 100. cheuaux, Si bien au¬ 
tant d’arquebuziers. La ville des Roys cftoitbien 
munie,& fortifiée,& en eftatde fouftenir vaillam¬ 
ment Penncmy.Blafco haulfalapaye auxfoldats.ll 
dcfpcndit tous les rcucnusduRoy,&tout l'orque 
Vacca de Caftro auoit preftpourcnuoycr enEipa- 
gnc,cncor’ emprunta il des marchans grand nom¬ 
bre de deniers.Durât qu’il drelfoit ainli fon equip- 
page Alphonfe de Caccrcs,& Hierolme de la Ser- 
nc artiucrcnt en deux vailfeaux d’Arrequippa. La 
Scrne venoitde laville deCuzco ,& l'cftoitem- 
barcqué à Arequippa. Gafpar Roderigucz l’auoit ' 
cnuoyéBlafco Nugncz pour l’aduertir de tout ce 
qu’il fe faifoit par de là,&pour rapporter de luy vn 
mandement detucrGonzalle, oudel’arrefterpri- 
fonnierpar ce que le moyen foffroit biéailé pour 
ce faireRodcrigucz parle moyen de fes amis auoit 
perfuade à Cacercs de fc retirer auec ces deux vaif- 
feaux vers le parti du Vice- roy, & nô auecPizarre 
comme il vouloit. Blafto fut fort aife de leur ve-' 
nuc,&bien marri d’ouir dire que Gonzalle cltoic'ii 



4- inrai di i’hmt, 
muny d’armes & d’artillerie, & qu’il auoiclèpeüi 
pie de ce quartier lifauorable. 11 fufpcndit les or¬ 
donnances pour deux ans,& iufques à ce que l’Ern- 
percur euft commadé autre choie faifant des pro- 
teftions,qui furent efcrîtcsaujiuredes Rcfolutios, 
comme la lufpcnfion eftoit faide par force, & q UC 
l’exccucionde ces ordonnances eftoit à tous trop 
odieufe pour pacifier le Royaume, llfcitdçsprofi, 
criptions côtrcGonzalle faifant publier qu’il eftoit 
permis à vn chacun de le tuer impunément,&tous 
ceuxqui lefuiuoienr, promettant àccux,quilcs 
tueroient leurs biens, & les deparremens qu’ils a-» 
uoienttehofe qui irrita d’auantage ceux de Cuzco, 
& qui mcfmc ne pleut gucrcsaux hnbitans de Li¬ 
ma. Suiuîc faprofeription il diftribua incontinent 
quelques deparremens,.quiappartenoientà ceux 
qui feftoient retirez vers Pizarrc. 11 difoit publi¬ 
quement que tous eftoient traiftrcs, excepté ceux 
de Chili, & qu’illes failloit chaftier tous. Il com¬ 
mandai fes gens de tuer Diego d’Vrbine, & Mar¬ 
tin Robles, quand ils viendroient à fil maifon Pii 
leur faifoit ligne du doigt:mais parce que Robles, 
qui eftoir bien aduifé j & cault par fon beau parler 
l’auoic addoucy.il ne feir point le ligne, & ainli ne 
furet point ruez. Il leur did à eux mefmccc qu’il 
auoit propofé ne pouuanr rien tenir fccret: qui fut 
caufequ’eux, & quelques autres n’ofoient fc re¬ 
tirer la nuid en IcurS mailôns pour repoler. 
la mort dufaveur Guillaume XuareT^ de Carliaial. 

Chap. 159. 

T> LafcoNugnez ayant peur que fes affaires fu'ccc 
■Ddaftcnt mal à caufe du grand nombre d’hom- 


ctNCKAll DIS 1 NBIS. 148 
iftcs, qu’auoit Gonzallc Pizarre.enuoya en diùers 
lieux de fes gens pour leucr des Efpagnols,comme 
Fernad d’Aluarado à la ville de Trufiglio, & Villic-. 
gas à Guanuco. Il vint de diuers lieux bon nombre 
d’hommes, Scentr’autres Gonzallc Di«s de Finerc, 
qui amena de bons hommes dqQuito, Se Pierre 
de Puclles de Guanuco, d’où ileftoirgouuerncur, 
qui emmena aucc foy, quinze de fes amis.entr’au- 
tres François de Spinofa. De Ciaciapoias vint Gô¬ 
mez de Solis de Caccres auec Diego Boniface,Vtl- 
lalobos Se autres braucs hommes. Auec tout cela, 
ficftcc que Blafco Nugnczfe deffioit de donner 
bataille, & ncpouuoit faflcurerdelagaigncr. Il 
eut encor’ plus grande frayeur, & n’ofoit mettre 
fon armée aux champs. Il feit clorre toutes les en¬ 
trées delà ville laiiïànt feulement des canonnières* 
Cela fut caufe de faire perdre le courage à tous les 
liens, &auxhabitans, Se depuis nefuttant eftimé 
comme deuâr. Vn peu deuant cccy(ce qui luy fer- 
uit bien d’exeufe) Louis GarziadeS.Marner, qui 
eftoie Courtier à Xauxa, luy apporta certaines let¬ 
tres eferittes en chifres du doÂcur Benoift deCar- 
ua'al pour le fadeur Xuarez f5 frere. Ce chifrcluy 
donna du foupç'on,mcfmc qu’ilyauoit ja quel¬ 
que temps qu’il auoit conceu vne hayne contre ce 
fadeur. Il monftra ces lettres aux Auditeurs de¬ 
mandant fil pouuoit le tuer:il luy répondirent 
que non fans fçauoir premièrement le contenu 
des lettres, & pour en fçauoir la vérité l’ennoye- 
rét quelir,il vint aufli loft, il ne ehagea aucuncmct 
de contenance pour tout ce qu’on luy did,encore 
que les menaces, dtfqueiles on vigie en fô endroit. 



fuflenr aflcz hautaines. Il leut la letfrc,& le dodeur ' 
Jean Aluarez meic en eferit fommaircmcnt le con¬ 
tenu,qui cftoit des armes, des gens, & de l’intëtion 
qu’auoic Pizarre, qui, & combien y auoit de mal 
contensauec luy, 6c que quant àluy ilvicndroit 
incontinent offrir fon feruicc au Vice-Roy, aufli 
toft qu’il pourroit partir fans danger de fa perfon- 
nc, ninfi comme le mcfmc fadeur luy mandoit. 
Benoift enuoya vn peu apres le contrcchiftc, & 
trouua on eftrevray ce que le fadeur auoit leu: & 
fuiuant cefte lettre le dodeur Caruaial vint à Lima 
deux ou trois iours apres queBlafco Nugnczfut 
prifonnicr fans auoir rien entendu de la mort du fa. 
deur. A quelques iours delà GonzallcDiazfen- 
fuyoit vers Pizarre,aufli feirent Hierofmes de Car- 
uajal, &Efcobedo ncueuz du fadeur,auec Diego 
de Caruaial le brauc, qui tous demeuroient en la 
maifon du fadeur, & fui ent caille de. fa mort. Au¬ 
tres aufli C'en allèrent auec eux commeBalthafar de 
Caftille, Pierre de Caruaial,& Royasd'Antecherc, 
Gafpar Mcxia de Mcride, Pierre Martin de Sicile, 
Roderic de Salaza, & le boflu de Tolcdc, & plu- 
fieurs autres bons foldats, qui feirent grand’faulte 
à l’armee. Le Vice- roy ayant entend u cônïc ceux 
cy f’efloient retirez fut fort fafché,& entra en grâd 
cholere, mefmcàcaufe qu’ils efloicnt partis de la 
maifon du fadeur, & en la compaignee de fes ne- 
ueux. Il enuoya apres eux le capitaine dom Alphô- 
fe de grand-mont auec cinquante chcuaux, qui 
fur prias par ceux qu’il vouloit prendre,mais ceint 
parla mcfchanccté dcsfiens.il enuoya quérir le fa¬ 
deur cellemefme nuid, de eilant venu luy did : 

Qtfelle, 



GENERALE DES INDES.' *49 

Quelle trahifon eft ce cccyî Aucüs difcnt qu’il luy 
diift : En la nialhcure foyez vous venu traiftre. I,c 
fadtcur luy feit rcfponce: le Ibis suffi bon feruitcux 
du Roy quevous,& autresparolles.Le Vice-Roy, 
cftoit en colere rcpliquatNefonccepastrahifons, 
Scvillannies d'cnuoycr fcs ncueuxauec rant dcbôs 
foldats à Pizarrc? d'cfcrircauTambotoutce que 
vousfçauez?& n’auoir point voulu bailler montu« 
re à Balthafar de Loayfa pour porter mes pacquets 
à la ville de Cuzço î &puis voftrcfrcreledoacut 
veutiuftificrla caufc de Gonzalle Pizarrc : n’aon 
pas^priuc du confcil des Indes l’Euefque voftrc frè¬ 
re pour fcmblables chofes? Apres cela comme le fa 
éteurrepliqûoitpourfe dcfchargcr,Blafco luy dô- 
na deux coups de poignard crians tuez le, tuez le. 
Scs gens eftans venuz auffi toft l’acheuerét de tuer, 
aucuns toutesfois iettoientleurs cappes fur luy, a- 
fin qu’on ne le blcffiaftpoint.il feit mctrreles corps 
dedans vnegallcric baffie.Alphonfe de Caftro lieu¬ 
tenant d’Aguzail pour VelaNugncz le feit enter¬ 
rer , & luy donna va tombeau, fur lequel cftoit 
graucefa pourtraidture.Ceftehiftoirem’aeftcair- 
li recitce par Laurent Mcxia de Figucroe, Laurent 
d’Eftopignano, RibadeVeyra, lie autres gentils¬ 
hommes, qui f’y trouucrcnt prefens, encoresque 
BlafcoNugneziuraft qu’il ne l’auoit touchc.&qu'il 
ncvouloit point qu’il mouruft.La mort du fadtcur 
fut caufc de grand tumulte. par-ce que c cftoit vu 
homme de grande réputation. Elle fut caufc au (Il 
d’intimider les habitansit fort qu’ils n’ofoient de 
nuidt demeurer en leurs maifons. Blafco Nugnez 
fentantfa confcience,difoit fouuét aux Auditeurs, 



I 


4' IIVRt Dû l’hist. 

& à plufieurs autres que la mort du fadeur dcuoîr 
dire caufc de la lïcnne, cognoillàntla faulte qu’il 
auoit faidc. 

Commele rici roj Bldfco Nugnc^eU/ntmls 
prifonmer. Chdp. 160. 

O N murmuroit fort à Lima pour la mort du fa¬ 
deur, difànt que chafquc fois qu’il plaifoit au 
Viccroy il tucoit qui bon iuy fcmbloit, & tous de- 
firoient Pizarrc. Blafco, Nugncz oyoit bien tour, 
&cftoit en grande peine. A celle caufc pourn’cftre 
plus en vn licu.oùilcftoit fi mal voulu,dcliberadc 
fen aller à la ville de Truliglio aucc le parlement, 
& les finances du Roy. Tout emmener les bicn?,& 
les femmes il feit equipper deux ou trois vaiflèaux, 
defquels il feit capitaine Hierofmc de ZurbarâBif- 
cain. Il feit armeraulfi ces vaifleaux pour garder la 
colle à caufc qu’on difoit q Pizarrc armoir deux na 
uires à A requippa pour cômâdcr fur la mer,&cn c- 
llre maillre.il mcit en ces vaifleaux le dodeur Vac- 
ca de Caltro,&lcs enfans du Marquis doni Fraçois 
Pizarreauec dom Antoine de Riuicre, qui lcsa- 
uoit en charge aucc l'a femme dame Agnes,&dona 
tout le relie en garde à Diego Aluarez. Il côrnuni- 
qua aux Auditeurs trois iours apres la mort du fa- 
deur.de fon entrcprifelcur perfuadat d’aller àTru- 
lîglio.emmcnat leurs femmes, & tout l’or, &le fer 
qu’il auoit. Ilemmenoit les fémes pour obliger les 
matiz à les fuiure,& emportoit l’or, & Target pour 
entretenir fon camp, & le fer, affin qu’il ne tôbaft 
entre les mains de Pizarre, qui en auoit faulte tant 
pour ferrer fes cheuaux, que pour faire des arque- 
buzes.Les Auditeurs ne trouuerent pas fa délibéra- 


rion bênc difans.qu’ils ncpartitoiét point, & qu’ê. 
cor” moins pouuoicntils lortirde la ville desRoif. 
par-ceque l’Empereur leur auciic ainli commande 
parles ordonnances dernieres,Sc auffi afin qu'ils r.c 
dônaiTcnt point à cognoiftre qu'ils eujlèntpeurde 
Gonzalle,quicftoic encor’à plus de zoo.mil loing 
de là, & que par- ce moyen ils feifient perdre cou¬ 
rage aux habitans, & à ceux qui eftoient là pour 
faire fctuiçc à l’Empctcur. Par celles raifons & au¬ 
tres qu’ils luy dirent, il leur promeiç de ne bouger. 
Mais apres qu’ils furent forcis de famaifon , ilen- 
uoya quérir les officiers du Roy, 6c les capitaines 
de humée, Alphonfc Riquclmc Thrcforicr, Ican 
de Caccres maiftre des comptes, Carzia deSanze- 
do contrerollcur, Diego Aluarcz, Vêla Nugpcz, 
dom Alphonfc de Grand mont, Diego d’Vrbine, 
Paul Menciès, Martin de Roblcs, Hicrofmc de la 
Scrnc, qui auoitl’enfcigne de GôzallcDias.Se Pier 
rc de Vergara, qui n’auoit point encor’ de compa- 
gnee. Il leur déclara fon intention,& les caufes, 6c 
raifons qui le raouuoient de laitier la ville des Rois 
& fe retirer en la ville dcTrufiglio, Scieur com¬ 
manda d’eftre prefts pour le lendemain, par ce que 
fans doute il fcvouloitallerparmer emmenât auec 
foy les femmes, Scies biens, yda.'Nugncz con- 
duiroit parterre lercfic des foldats ,rll n’y eut au-, 
cun d’eux qui luy contredit cftanstous gainys de 
peu de cueur . S'ils luy cuiïcnc refifte, coin me fer¬ 
rent les Auditeurs, il ne.fe fut pas.refoju fi prom- 
pccmëtjôe cuiTent efte caufc qu’il n’euft pas cfic ar- 
refté prifônier,Sc encor moins l’eut on depuis tué. 
Ils allerét toutefois en aduettir lesAuditeurs.lefqls 



4 . LIVRE Ub L H 15 T, 

f’affemblcrent en la maifondu doéleur Cepeda,Sc 
apres auoir bien confulté de ceft affairercfolurenc 
de ne partir.poinr de là, Si de ne laiffcr point fortic 
les habitans,croÿans que Pizarre n’auoit point l'eP 
prit fi malin, corne depuis il le demonftra. Ils drcf- 
ferent vnc requeftc pour le Vicc-roy, affin qu'il ne 
’ fen allait point, Si fcirent des lettres qu’ils feirent 
publier, par lcfqucllcs ils deffendoient aux habitas 
dcnelailîèr embarqucrlcurs fcmmcs,croyansquc 
demeurans tous en la ville des Roys, le Vicc-roy 
fè voyant feul de fon opinion feroit contrainél de 
C en retourner en Efpagnc rendre copte de fa char¬ 
ge à l’Empereur,& que Gonzallc Pizarre romproit 
puis apres fon armée en luy accordant la requefte 
qu’il prefentoit contre les ordonnances : Maisfilc 
Vicc-roy ne vouloit rien faire de leur confeil, que 
facilement ils l’arreftcroicnt prifonnier, oùlc fe- 
roient mourir, Sepuisrcfteroicnt fculs aucclema¬ 
niement de toutes chofcs. Cepcda,5i Diego Alua- 
rez meirenr ce confeil en auant. Azenedolemcit 
par eferit, & Bernard de fiindt Pierre, quielloit 
Chancelier le feclla auec les deux féaux Si fut ligné 
par Tejada,qui Ce rengea de leur opiniontils eftoiée 
tous amis, & natifs delà ville dcLogrogne. Les 
Auditeurs pafferent tout le iour en celle affaire, ce 
pédât que le Viceroy faifoit charger fes nauires, & 
mettre eu ordre fa cauallcric.Cepcda toute là nuit • 
fcitprouifipn d’armes, Si de viurcs auec douze de 
fes amis & fcruircurs. Tejada, qui auoit peur, de¬ 
manda pour vn autre affaire au Vicc-roy douze ar- 
qucbuzierstSclclcndemain matin les Auditeurs fe 
rallcmblerent en 1 a maifon de Ccpeda, Si comme 


GENERALE DES INDES. 2JI 

il y auoit plus d’apparence de munitions que d’au¬ 
dience en celle mai Ton vn des arquebuziers de Tc- 
jada courut dire au Vicc-roy que les Auditeurs lar¬ 
moient contre luy. Sur cède nouuelle Blafco fc le- 
ucauflîcolt, & fai et fonner l’alarme par la ville. 

V ela Nugnez,Mencfes,& la Scrnc auec leurs com- 
pagnees de gens de pied, & François, Louis d’Al- 
cantara auec fa cauallcric viennent à la maifon, de 
façon qu’en peu d'heure falféblprcnt plus de 400. 
•Efpagnols des principaux, & bien armez. Aucuns 
d’iceux ne trouuans pas bon les façons de faire du 
Vicc-roy, Je la demeure au Peru le prièrent qu’il re¬ 
trait dedans fa maifon, & qu’il no fc.meit en dager. 
Blafco fans confidcrer plus auantfe retiradedans fa 
maifon auecques cinquante chenaux,ce qu’il ne de- 
uoit pas faire.-Aucuns furent bien aifes de celle re- 
rraiétc, autres perdirent courage. Il cil certain que 
fil ne le fuit retiré en fi maifon ( qui fur vn ligne 
de grande couardife)il n’cu(leftéprilônnier,par ce 
que fa prefcnce eull donné courageàfes gens, & 
les cuit rptcnuz. VelaNugncz clloit demeuré de 
hors auec fon efquadron attendant ce qu’il aduicn- 
droic. Ce pendant il fenibloit que toute la ville 
d’eut fondre pour les plainétcs, & pleurs accom¬ 
pagnez de haults cris que iettoient les femmes. 
Les Auditeurs quin’auoicntpas trente hommes fc 
voyoient perdus, Je neantmoins feirent publier 
ladeffencc que nousauons diètes . Eflants en fi 
pauure cflat François deScobar leur dit alors : for- 
tons dehors cnlaruë, & mourons, çorpbattans 
commchommcs de bien, & no point enfermez icy 
comme poulies, Auecques vn fi noble courage 




4; HVK.* u L H IS T. 

les Auditeurs faillirent dehors,&marchcrctdroi& 
vers la place. Martin de Roblcs.&Pierre de Verga- 

rafeiettent incontinent du'coftcdcsAudircurs,ou 

pour n’aller point auec le Vicc-roy,où pour obeyr 
à ce quclçs Auditeurs auoient fliidt publier, où 
par- ce que, côme on dit, ils eftoient d’accord auec 
eux. iiy cneutauflîpluficurs tant depied quede 
chcual, qui les fuïucrcnt crians liberté pour attirer 
le peuple. Ilsrommcnccrct à tirer quelques coups 
d’àrqucbitzés I’vn contre l’autre du bout de la rue 1 
en lapixcc. VclaNugncz les attacquoit de près, & 
en print quelques vns. Ràmitcz le hardy enfeigne 
de Martin de Robles pouffe d’vnc grande hardief- 
fe, & plante fon enfeigne au mcillicu de la place, 
le capitaine Verg.ira auec fon cfpee.&râdelie paf- 
fe bien auant.Les capitaines du Vice-roy fe retirée 
en fa maifon, 5da plus part des foldats fe mettét du 
cofte des Auditeurs, qui eftoient àla porte dcl’E- 
glilc.il n’y eut pas tant de fang clpandu comme on 
penfoir. On iettoit la faultc fur les capitaines, qui 
fen eftoient fuys ’n ayants pas grande volonté de 
combattre. Autres difoienc que la faute eftoit des 
foldats,&habitans,qui tournoient leurs piques,& 
arquebuzes derrière eux. Ils aiîàillirct la maifon de 
Blafco, qui fe defendoit couragcufementv Aucuns 
ne luy voûtaient Faire mal, autres n’auoicntpas 
grand enuie de luy pardonner, comme trelbien ils 
demonftroient difans ce mot delà paffiô : fon fang 
foit fur nous, & fur nos enfaus, & autres telles pa- 
rolles autat vrayes que plàifintes.Bonauécurc Ber¬ 
trand, & autres difoientau combat qu’ils fegar- 
doierpout ce iour là. AntoineRoblcs entra feukn 




GEN F. RALE DES INDES. ÎJl 

lamaifon,&: fcic ouurir lps pqrtcs,difat auViccroy 
qu’il fe tendit: lequel voiant qu'il ne pouuoit faire 
autre chofe fe rendit à Martin de Roblcs, Pierre de 
Vcrgara,Laurent de Aldcnc,& Hierofrae d’AÜaga, 
les prians qu’ils le menaflent à l’Auditeur Ccpeda. 
Aucuns difcnc qu’il aymoit mieuxmonrir que feré- 
dre, mais qu’il fe rendit à la pricre de quelques reli¬ 
gieux, & gentils-hommes, qui l’alïeurerent de n’a- 
uoir aucun mal fil fcnalloit horslePeru. Aucuns 
de ceux qui menoient Blafco Nugnez difoiét en ah 
lant viue le Roy,tue moy donc difoit Blafco.Alors 
Pardanes feruiteur du fadleur Guillaume Xuarez 
chargea fon arqucbuz<y»our le tuer, & l’eufl: tué fi 
la poudre eut print feu. On luy feit plufieurs telles 
mocqueries ce pendant qu’on le mcnoit.Quand il. 
fêveiddeuant les Auditeurs, qui cftoient bien ao- 
compagncz il fe changea du tout,& dit prenez gar 
de feigneur Ccpeda qu’on ne me tue. Cepedaluy 
feit refponce qu’il n’cuft point de pcur,&qu’on ne 
luy touçheroit non plus à fa vie qu’à la fienne pro¬ 
pre. Ainfi on le mena en lamaifon de ccpcda,ou on 
luy donna feure garde, on dit toutesfois qu’on ne 
luy ofta point fes armes. 

Comme les ^(uditeurs départirent entr eux les ef¬ 
fares. chep. 16 1. 

L Es Auditeurs demonftroicnt à Blafco vne gra¬ 
de fafeherie à l’occafion de fon cmprilon- 
nemcnc proférants des mots plains de douleur, f’ils 
n’eftoient point feints , fecomplaignans delà for¬ 
tune, qui luy eftoit aduenuë, & iuroient qu’ils 
n’auoient point efté caufc de. fa prinfc’,. & que 
moins l’auoient ils [commandé. Ils ne fçauoient. 



ce difoicnt ils,c6rre quel arbre plus fappuyer,puis 
-qu’ils ne l’auoient plus : ils iettoient autres telles 
pleindtès.-maisils ne parloienc point de fa deliura- 
cc.ainsau contraire Ccpcdaluy die cnprcfcncc de 
Alphonfe Riquelmc ,Martin de Roblcs, & autres 
ic vousiure monficur que ma penfee ne fut jamais 
de vous faire prendremais puis que vous elles 
prias, fçaehez qu’il fault pour noltrcdcuoir, que 
nous vous enuoyons vers l’Empereur auecques les 
informâtes de tout ce qui l'cll faidl: & fi cllàyez à 
faire quelque tumulte, &inciccr le pcuple.où faire 
quelque autre remuement, tenez pour tout cer¬ 
tain que ie vous baillera^ je ce poingnard dans le 
fein, encore que ie fçachc bien que c’cft m’a ruine. 
Siau contraire vous vouliez demeurer en repos 
ievous fetuirois à genoux Se en vous offrant tout 
mon bien, & ma perfonne vousdonnerois ce qui 
cftvoftrc. Blalco luy refpondit: par le vray Dieu 
ie vous tiens pour homme de bien,comme ic vous 
ay toufiours eltimé, & non ccs‘ autres, qui ayans 
entre eux tilfii celte trahifonla pleureront en fin 
auecques moy : & le pria de vendre tout ce qu’il 
auoit, qui valloit bonne fomme de deniers, pour 
faire fa defpenfc en chemin. Diego d’Aguero , & 
les autres luy dirent des chofcs,qui ne luy pleurent 
guercs. Mais laillant cela ic diz que les Auditeurs 
pour dclpefchcr en plus grande diligence les affai¬ 
res publicques, &aufiî pour embtallèr tous dépar¬ 
tirent cutcc-eux les charges en celle façon: Ledo- 
< 5 leut Cepeda comme plus capable auoit le ma¬ 
niement des chofes, qui touchent le gouuetne- 
mcr,& la guerre, pour celle caufc aucuns difoienr. 






qu’il fappclloic prefidcc,gouucrneur,ÔC capitaine. 
Tejada, &Xaratc auoient l’admiriiftration de la 
iuftice , & Ican Aluarez auoit la charge de faire les 
( dcfpefches qu’il conucnoic cnuoyer en Efpagne,& 

L de faire les informations cotre le Vice-Roy. Apres 
' cela Ican Aluarez mena Blafco a la mer pour l'cm- 
; barqucr dedans vn vailleau, Se fc faifir des nauires, 
t qui elloicntau porc, Arles retenir foubs fa main, 
f afin qu’aucun n'cnuoyafl: en Efpagnedcsnouuel- 
r‘ les dcuant eux.Ils menèrent auflî Vêla Nugnez, 
qui ne pounanc entrer pourlapreflc enlamaifon 
K de fon frere, fefioit Ciuué en l’Eglife de S. Domi- 
I nique/mais il ne rcuint pas,Se tcouua moyen de fe 
r ictter dedans les vaiflèaux, où il fut prins. Le Vice- 

Roy dona à Iean Aluarez rne efmeraude de grand 
j pris,qu’il luy auoic demandée, par ce qu’il fçauoit 

I qu’il auoic la charge de le mener en Efpagnc. Cuc- 

to, SeZurbanan meirent en liberté les enfansdu 
marquis dom François Pizarre,aucc tous les au¬ 
tres prifonniers, excepté Vacca de Caftro, qui ne 
voulut forcir, mais ils ne voulurent receuoir le Vi- 
f cc-Roy,encot’moins bailler leurs nauires ,ainti 
' comme ils auoienc enfemblc eux deux machiné. 
On crioit apres eux qu’ils cuflcnt à les bailler, où 
bien qu’on cuctoic le Vice Roy. On feic tant que 
Zurbanan vint auec fon batteau bien snuny d’hô- 
mes & d’arcillcric,& demanda ce qu’ils vouloicnt, 
ils luy dirct qu’ils vouloicnt fes nauires où la more 
de Blafco.Il leur dit qu’il n’en feroit rie,mais qu’ils 
feilfenc du Vice Roy ce qu’ils voudroiçnt, 6c auffi 
toft tirant vn coup d’artillerie, 6c quelques arque- 
buzades retourne à fes vaitfeaux.Les foldats de ce 




batteau dclafchans les arqucbuzades crioient mô¬ 
le villainics contre Blafco, dilàns-.ô le mefehanr 
homme, qui nous à apporté des loix fcmblables à 
foy, il a mérité ce qu’il ibuffre, & encor’ pis-.fil f uc 
venu fans cefte commilfion on l’euft adoré : ja la 
patrie cftdcliuree puis que le tirant eftprins.On le 
ramena à l’Auditeur Ccpeda, en la maifon duquel 
on le tenoit (ans armes aucc garde foubs la charge 
dudoéteur Nigno. Il mangeoit aucc Ccpeda, & 
couchoit en fon li&.Ayant peur d'eftre empoifon- 
né il dit à Ccpeda la première fois qu’ils magerenc 
cnfcmblc en prelcncc de Chriftophlc de Barictos, 
Martin de Roblcs, le dofteur Nigno, 3c d’autres.- 
puif ie manger feurement aucc vous feigneur Ce- 
peda ! prenez garde que vous elfes gentil’hommc. 
L’autrcluyfeitrtffponcci Comment môfieurpen- 
fez vous que ie (ois de fi peu de courage, que,fi i’a- 
uois entiie de vous faire mourir, ie cherchaflc v ne 
yoyc occulre,3c cachée pour ce faireïvous pouuez 1 
mâgerauec madame Brianga d’Acugual(qui cftoit 
là femme ) 3c afin que vous le croy cz;,ie vous feray 
l’.eflày de tout. Depuis tant qu’il fut là prifonnier, 
Ccpeda feit roufiours ceft eflày. Vn iour frere Gaf- 
pardeCaruajallcfut veoir 3c luy dit qu’il fe con- 
îcllàft, 3c queles Auditeurs l’auoient ainfi côman- 
-dé:il demanda fi Cepcda auoit efté prefent quâd 
on luy donna cefte charge. Le moyne dit que non, 

3c que c’eftoit feulement par le commandement 
des trois autres.ll feit appcllcr Cepcda,auquel il le 
plcignitaigrement des autres.Cepedale réconfor¬ 
ta, 3crauflèura.dilànt qu’aucun n’auoit l’authorité 
de faire ce commandement que luy. Il diloit cecy 


GENERALE DES INDES. 2J4 

polir rai Ton du departement des affaires qu’ils a- 
ùoient fait entre- eux. Alors Blafco Nugncz l'cm- 
brnifa, Sc le baifa en prefcncc du mefme religieux. 
Comme les Auditeurs frirent cmlntrijuer le Viie Sgy 
pour l'en noyer en Ejfrugne. chup. 1 6i. ■ 

A Vcc le Vice Roy on print-àuifi pluficurs Efpa- 
gnols comme dom Alphonfc de Grandmonr, 
Paul de Mcncfcs, Hicrofmc de la Scrne, & autres. 
Cesprifonnicrs vouloient faire vn tumulte pour 
fortir de la,prifon,& puis deliurcr le Vice Roy.Les 
Auditeurs en furent aduertis, Sc y donnerct ordre. 

Il y auoit plufieurs de Chili,qui importunoient les 
Auditeurs pour tuer le Vice Roy. Cepeda print les 
plus coulpables pour demonftrer qu’il ncle vou¬ 
loir tuer, mais ils les mcit incontinent en liberté 
de peur que Pizarre quand il feroit venu nef en 
vengeait,par ce qu’ils eftoient les grands amys,en- 
cor’ mefme donna il efeorte à Ican de Guzman,Sa- 
jauedre, Sc autres comme ils paffoient. Les affaires 
fe portoientmal en la ville des Roys pat l’empri- 
fonnement de Blafco Nugnez,& au bruit de la 
venue de Gonzalle Pizarre, pat ce qu’aucuns vou¬ 
loient que Pizarre vinr.autres non. Pluficurs vou¬ 
loient tucr.où enuoyer dehors la ville le Vice Roy, 
autres le vouloient deliurer. Il y auoit mefme au¬ 
cuns des Auditcurs,qui le vouloiét mettre hors de 
prifon. Blafco fur ces diuerfitez d’opinions auoit 
peur de fa vie , & fes foufpirs nettoient qu’aptes 
Efpagne. Les Auditeurs ne fçauoient que faire, 
fpecialement trois, qui ne fefoucioient gueresde 
la mort du Vice Roy. Mais en fin ils delibererét de 
l’enuoyçr en Efpagne, fuiuant leur premier aduis. 




4- 111» T. 

fc confias fur leur dextérité de pouuoir fi bien or¬ 
donner de toutes les affaires que l’Empereur fe 
tiendroit pour bien, & prudemment feruy d’eux.- 
suffi q le Vice Roy eftoit luy mclme cjufc de foû 
emprifonnement fuiuant l’information qu’ils cn- 
uoyoient. Ils délibérèrent, qui auroit la charge de 
le mener oùlc 4 doébeur RodericNigno.où Antoi¬ 
ne de Roblcs,où bien Hierofmc d’Aliaga habitant 
de la ville des Roys. Mais le doéteurCepeda vou¬ 
lut qu'il fut mené par l’Auditeur Ica Aluarcz.qu’il 
reputoit cltrc fon amy,&: atiffi qu’il eftôit plus let¬ 
tré pour fçauoir parler & bien informer au long 
1’Empcrcur.Lcs deux autres Auditeurs luy contre¬ 
dirent hardiment, & le dodlcur Xarateluy dit en 

prefence des Auditeurs, d’AlphôfcRiquclme.Ican 

dc-Carceres, & de Garzia de Sanzedo qui cfloient 
au confcil, qu’il fafTeuroit trop lcgicrcmét, & qu’il 
necognoiflbir point comme luy lean Aluarez, & 
qu’il le deuoit vendre, & trahir. Aluarez fecom- 
plaignant la dcfTus.Xarate répliqua : ic iure q vous 
Je vendrez, & fi vous ne demeuriez icy, Ccpcdalc 
deuroit mener luy mefmc. Comme ils cfloient fur 
celte opinion Aguirre grand amy du faéteur Guil¬ 
laume Xuarez arriua à Lima, Se dit beaucoup de 
mefehanres parolles au Vice Roy, lequel fentant 
que le dodleut Bcnoifl Caruajal arriuoit eut grand 
peur qu’on le tuait, & pour celte caufe,ainfi qu'on 
dit, il pria inftamment Cepeda qu’il l’enuoyalten 
Efpagne.Cepcda.qui ne demandoit pas autre cho- 
fel’enuoya en Tille, qui cfl vis à vis de Lima, com¬ 
mandant au.doéteur Nigno y prendre fongneufe 
garde auec certains habitas de la ville. Quand Bla- 


CIÏERALE DES INDES. 2JJ 

fco Nugncz vcid qu’on l’embarquoic il die à Simô 
d’Alcate notaire qu’il feic aétc comme fes propres 
Auditeurs l’cnuoyoienc en vne lile defertededans 
vue barqucrolle faiéte feulemét deioncs, afitrque 
elle f’enfondrait, & le noyait,& qu'ils le mcrtoienc 
hors des terres du Roy pour le donner à Gonzalle 
Pizarre, Ccpcda commâda au mcfme notaire qu’il 
cfcriuic comme on emmenoit le Vice Roy fuyuac 
ce qu’il auoit requis.de peur que fesennemysle 
ruaflênt pour les choies qu’il auoit faiftcs,& com¬ 
me ces barques de paille eftoient vaiifeaux dcC- 
quels on auoit accouitumc vfer au pays.ôc comme 
lean de Salas frerede Ferdinand Valdcsprcfident 
du confcil Royal de Ca(lille,le doéteurNigno,5c 
pluficurs autres habitans de Lima alloient auec 
luy. Ainiî fut il emmené en celte lile, ou on le tint, 
plusdehuiét Jours. Ccpcda eiloic en grand peine, 
par ce qu’il n’auoir des nauires pour l’enuoyeren 
Efpagnc, & aufli de ce qu’il n’eltoit pas maiitre de 
la mer. Il auoit peur que Zurbanan,Cueto,& Vêla 
Nugncz ne viniTent cnleuerle Vice Roy de ccitc 
lile, 5c apres auoit raffemblé des gens ne le vinf- 
fenttuer. Il donna charge au Capitaine Pierre de 
Vergara qu’auec cinquante bons foldats il tafehaft 
à prendre les nàuires de Zurbanan,qui eftoient 
à Gaura 54. mil loing de Lima. Vergara choific 
cinquItefoldatSi&vouloitauec les barques pren¬ 
dre fon chemin, maisHicrôfme Zurbanan les a- 
uoit toutes bruflees.il fen retourna fans rien faite, 
ou parce qu’il n auoit pas trouué ceqq’il penfoir, 
ou qu’il ne fçauoit qiiél autre chemin il pourroic 
prendre, ou à catiie qu’il auoit cinq nauires à eom- 



4- i I V K. fc V r. L H I 5 T; 

battre,difât qu’il ne trouuoit pcrfonnc,qui voulut 
allerauec luy à celle cntrcprinfc.Cepcdafeic por¬ 
ter en ccs charrettes des aiz,& autres matières de la 
maifon de Garzia dcSanzcdo. Il feit incontinent 
faire des barcques, & commanda à fon maiftre de 
camp Antoine de Roblcs, qu’il cnuoyalt dcsfoU 
dats pour prendre les nauires. Le foir comme Çc- 
peda fouppoit, Antoine de Roblcs luy dit qu’il ne 
pouuoir trouucrfoldats, qui voulullcnt aller à vnc 
entreprinfcfihazardcufe,& dangereufe. Ccpcda 
rcfpondit, qu’il n’y auoit pas grand peine de fc fai- 
lir de cinq vai<Tcaux,dcdâs lefquels y auoit 300000 
ducats de Vacca de Callro,du Vice-roy,&d’autrcs, 
qui n’elloiét gardez que par zo.homes: mais qu’il 
trpuucroit.qui iroitSc q ils ny en iro'iét aucuns que 
ceux qii’il vouloit enrichir.Au bruidè de tât de du¬ 
cats il fe trouua incontinent plus de cinquante fol- 
dats,qui foflrircnt à y aller.Ccpcda alors donnala 
charge à Garzia d’Alfaro, qui cfloit homme expé¬ 
rimenté, &adroiél fur la mer. Il feu alla à Gaura 
auec i4.côpagnons feulement, par ce que les bar¬ 
ques n’en pouuoicnt porter d’auantagc,&arriuanr 
de nuiél fe cacha entre certains petits rochers en 
attendant les autres compagnons, qui alloicnt par 
rerre,qui elloienc conduits par Bonauciuurc Ber¬ 
trand lëigneur de Gaura,&par dom Ican de Men- 
dozze.Ils feirent ligne à ceux, qui eftoient dedans 
les nauires, lefquels penferent que ce fullcnt quel¬ 
ques vns de leurs amis,&VclaNugnez auec la plus 
grand part des foldats qu’il eull,forcit en deux bar¬ 
ques pour les rcccuoir,maisaulïï tollqu’il pallà 
par ccs rochers Garzia d’Alfaro le ioingnit de tel- 


CENTRALE DES INDES. lJtT 

le forte qu’il fut contraint fe rendre pourfàuucr 
f.i yie,encor' qu’il feit fon deuoir pour fe défendre. 

Il y eut vn Bilcairi nomme Pinga, qui feic roue ce 
qu’illuy fut polfible pour deffendre la barque que 
il conduifoit.Ainfi par la pvinfede Nugnez Alfaro 
print quatre vaifleaux. Il ne peur auoir le cinquic- 
me,par ce qu'vn peu deuant Zurbanan l’auoic em- 
men c. Cela exécuté on mena le Vicc-roy à Gaura, 

& le rneic on dedans vn de ces vailTeaux auec bon¬ 
nes munitions.Lc doétcur Aluarez fy en alla inco- 
tinét pour le garder,Sepour le mener en Efpagncs 
auec amples informations. On luy donna pour ce 
voyage 6000. ducatsprins fur leshabitans deLi- 
ma,& fes gages entières d’vn an,Auec ccla,& quel¬ 
ques autres chofcs q il védit il feit iufqucs à 10000 
caftillansd’or,quielloir vnerichcfTc, laquelle ia- 
mais il ncpcnfaauoir.On dôna encor’aux foldats 
& mariniers deux mille dncats,aiîn qu’ils ne partif- 
fent point malcontcns. Voila comment fut prins. 

Se chafle le Viceroy Blafco Nugnez Vela,fept mois 
apres qu’il fut arriuc auPeru. 

Ce que feit Ccpcdtulepuis U prife du Viecroj. 

Chap. 163. 

A Vlfi toft quele Viceroy fut prins les Auditeurs 
corne nous auons défia dit, départirent entre- 
eux les affaires. Cepeda, qui gouuernoit feic rom¬ 
pre toutes les barrières,ôccanonieres qu’aùoit fait 
faire Blafco ,paya les foldats,cofirma à chafque ha¬ 
bitat le departemét qu’il auoit.&feit fôdre des arc- 
buzes,&faire jpuifiô d’autres armes, llnôma pour 
capitaines de l’infanterie Paul Menefes,Martin de 




4* L 1 Ÿ R v L L « 1 » T. 
Robles,MatthicuRamirez, Emmanuel Statio, Si 
Hicrofme d’Aliga pour les gens dechcual,&pour 
maiftre de camp Antoine de Robles, &Bonauen- 
turc Bertrand pour ferget major. Il depefeha deux 
lettres par l’aduis des autres Auditeurs & officiers 
du Roy, par lefquellcs il commandoit à Gonzallc 
Pizarre de donner congé à fes foldats, & rompre 
fon armée fur peine d’eftre déclaré traiftrcifil vou¬ 
loir venir à la ville des Roys qu’il feroit le bien rc- 
ccu, & fil ne vouloir venir qu’il en.uoyaft des pro¬ 
cureurs pour luy auec amples inftructions pour 
prefenterfa requefte contre les ordonnances,par- 
ccquelc parlement luy donneroic audience,&juy 
feroit iuftice, puis que le Vicc-roy, duquel il auoic 
peur.ny eftoit plus, il en enuoya vnc part Laurent 
d’Aldenc, lequel la mangea en chemin deuant que 
laprcfcntcr,parcc que fil ctift prefentee en l’ar- 
meede Pizarre, où gardée en fon fein François de 
Caruajal maiftre de camp l’euft pendu,Arcncorc le 
voulut il pendre fins Pizarre, qui le fecourutpar 
ce qu’ils eftoient amis, Se auoient efté enfcmblc 
prifonniers d’Almagro . L’autre fut enuoyeepar 
Auguftin deXarate fuperintendant des compres 
du Roy, ayant pour compagnon dont Antoine de 
Riuiere,amy,&coufin de Pizarre par ce qu’il auoic 
clpoufédame Agnez vefuc de Fraçois Martin fre- 
rede meredu Marquis François Pizarre. Quand 
ces lettres arriucrent Pizarre auoit défia fàiéfc mou¬ 
rir Philippe Gutierrez, ôepour cefte caufe n’ofa,où 
ne fc voulut fier aux Auditeurs,ny fe deffaire de fes 
gens.ll enuoya Hierofme de Villcgas au deuant de 
, Xarate pour le retenir luy faire peur,afin que 

quand 


quand il arriucroit au campil n’ofaft faire autre 
choie que ce queluy &fcs capitaines voudroient: 

Si pour ccftc rufe Xaratc ne peut faire autre dili¬ 
gence,ny rapporter autre choie que ce que les au¬ 
tres luy auoient dit eux mefincs : qui eftoit que les 
Auditeurs feirent Gonzalle gouucrneur.où autre¬ 
ment il les tueroit,£t les feroit tous mourir. 

Comme Gon^olle Pleine fe frit Goitucrncur du 
Peru. Chtip. 163. 

TAVrant le temps que ce, que nous auons dit de 
•L-'Blafco Nugnez, &dcs Auditcurs,aduint en la 
ville des Roys, Gonzalle Pizarrc fe preparoit en la 
ville de Cuzco, & donnoit ordre à tout ce qui luy 
eftoit necefl'aire pour vnc guerre. Il partit pour al¬ 
ler chercher le Viceroy, publiant ncantmoins que 
il fen alloir pour prcfencerrcquefte contre l’execu- 
tion des nouucllesloix comme Procureur general 
du Peru .Mais fon cueur couuoiraurre chofc ,&le 
dcclaroitaflezparlesfoldats,gcns de guerre,&ar¬ 
tillerie qu’il menoit, & pour n’auoir voulu accep¬ 
ter les offres que le Viceroy luy ptioit faites, &que 
le Prouincial luy auoit propofees,defqucllesl‘vnc 
eftoit que pour acquiefcer àl’apelde l’execution 
des ordonnances on feitvn riche prcfent à l’Em- 
pcreur,& l’autre qu’on payait les dçfpés que l’Em¬ 
pereur auoit 'a faits pour la publication de ces or¬ 
donnances. De Xaquixnguana aucuns fe retirèrent 
du party de Pizarre,commcGabriel de Roias,Pier¬ 
re du Barc, Martin de Florence, lean de Sajauedre, 
Rodcric Nugnez, & autres. Mais quâd ils arriuc- 
rent à la ville des Roys, le Viceroy eftoit défia pris. 
Il y eut vne grand efmoiion parmy le camp de Pi- 


zarre pour la retraite qu’auoient faift ceux-cy, 
par ce qu’ils cftoient des principaux,- Pizarremef- 
rue eut grand peur, Se cela le feie retourner àla vil- 
de Cuzco pour fc renforcer d'hommes, & pour 
payer fesgens.Sc pour ce faire print l'argent, Scies 
cheuaux des habitans qui cftoient demeurez. 11 y 
laiflà pourfon Lieutenant Diego Maldonado, de 
puis f achcmina vers la ville des Roys.ll rencontra 
Pierre de Puclle, Se Gômez deSolis.lcfquclsluy 
donnèrent grand courage, Se efpcrancc de bonne 
ilfuc auec le bon nombre d’homes qu’ils menoiét. 
Il veid les dcfpcfches du Viccroy que porroitBal- 
thaflàr de LoaifaPreftrcde Madril, Gafpar Rode- 
riguez, Se autres,qui auoict efté dctroulléz par les 
Caruajals en fenfuyans de la ville des Rois.Loaifa 
cftoit venu par deuers leViceroy pour auoir vn par 
do pour plulîcurs,qui vouloiét bic fc retirer vers le 
parti du Viccroy.mais autremet ne vouloicnt.ayâs 
peur d’eftre punis, Scauffipour l’aducrtir du che¬ 
min quetenoient fes cnncmis.ôc quels foldats, Se 
intention auoit Pizarre.Le Viccroy luy auoir don¬ 
né ce pardon pour tous en gcncral,cxceptez Pizar- 
re,Friçois de Caruajal.Ic Doûeur Benoift de Car- 
uajal,Sc autres femblablcs. Gonzalle voyât ce par¬ 
don fe defpita gvandcmcnt,&fon maiftre de camp 
auili, qui pat vn defpit feirent eftrangler Gafpar 
Roderiguez, Philippe Guitierrez, Se Arias Maldo- 
nado, par ce qu’ils cnuoyoicnt des lctrres au Vice- 
roy. Ce fut là le commencement de la tyrannic,& 
cruauté de Gonzalle Pizarre. llfeitbruflcr deux 
Caciques près de Parcos ,ôc print iufques à 8000. 



Indiens pour fe feruir à porter la font me, & a fàire 
autre chofe de feruice. Il en demeura bien peu cil 
vie de ce grand nombre.pour le trop grand traitai!’ 
qu’on leurfaifoit fupporter. Il efpouucnta jfarate • 
Sc Laurent d’Aldenc comme nous difions tantoft, 

Sc menaça les Auditeurs i : ils nele faifoienr Gou- 
uerncur.Quj cftoit vne chofe fort contraire au fer¬ 
ment qu’vn peu deuant il leur auoitfaidb parle 
Prouincial F. Thomas de SainÀ Martin accompa¬ 
gné de fon Chappcllain ntcfmc no'méDiego Mar¬ 
tin,par lequel il iuroit Sc proteftoit que lit volonté 
Sc celles des liens cftoit fculemét d’appcller del’ex- 
cution des nouuelles Loix,& obeÿr aux Auditeurs 
cômc à fes fupcricurs,he voulat autre' chofe qu’in¬ 
former l'Empereur j de tout ce qui imponoit à fa 
Maieftc,luy récitât laverité de tout ce qui eftoir ad 
ucnujdcpuis l’entree de Blafco au Peru"! Ec ncantr 
moins n l’Empereur commandoic de garder,& 
exécuter fes Ordonnances proteftoit d’ainft le fai¬ 
re en toute modeftic, Sc ciuilicé j encore qu’il v'cid 
le pàysfc perdre, Sc lesEfpagnols fe ruiner par ce¬ 
la, Sc difoit qu’il auoir feulement peur du Viccroy 
pour cftre vn homme trop rigoureux, Sc àçaufe 
qu’il fauorifoir les Almagriftes. Plufteurs difoient 
bien que ce ferment n’eftoit qu’vne tromperie. En 
fin Pizarre arriua près la ville des Roy s,5calTeit fon 
camp à deux mille près delà ville, comme fil l'euft 
voulu aiïieger, & combattre. Il demanda le gou- 
uernement, menaçant autrement les habitans. La 
plus part eftoient d’aduis de'luy accorder ayans 
peur delà morr.ou du fac,ou par ce qu’ils defiroiét 
par ce moyen defehaffer du tour ces Ordonnances 



«ouuellcs.Ccpéck vouloit donner la bataille, puis 
quefcsaftuces neluy feruoient plus de rien,&aufll 
qu’il voyoirlc Viceroy en liberté : il en requiftfes 
foldats,& capitaines. Mais ils feirent rcfponccquc 
ils ne pouuoiét, par ce qu’il y auoit plufieurs de fes 
gens,qui l’eftoient retirez vers Pizarre, Se aufiî que 
iin’cftoit pas expcdienc pour le feruicc du Roy, 
encore moins pour la feurté de la ville,à raifô de la 
grande tuerie, qui fe pourroit faire.La d'eflus Fran¬ 
çois de Caruajal entre de nuiét en la ville, farfi au¬ 
cune capitulation, il prend Martin de Florence, 
Pierre du Barc , & lcan deSajanedre,&lcspcnd, 
par- ce qu'ils f en cftoient fuis de Pizarre, & aulli 
pour auoir leurs biens, Scieurs departemens qui 
cftoient bons Se riches : & did qu'il feroit le fetn- 
blable à tous ceux qui ne voudroient rcccuoir G5- 
zalle Pizarre pour Gouucrneur. Cefte cruauté do¬ 
ua grand efpouuentcmcnt à plufieurs:enmcit plu¬ 
sieurs en foupçon : elle feit fouhaitterà autres le 
.Viceroy Blafco .En fin tous dirent qu’ils recc- 
uroient Pizarre pour gouucrneur.LeDodicm Cc- 
peda ne le vouloit point, ayant toufiours cnnie de 
demeurer feul au gouucrncment, Se auffi qu'il ne 
fçauoit comme Pizarre le traiéicroit.Mais ne pou- 
uant l’offcncer, ny luy nuire, ny mcfmc Juyrcfi- 
ftcr,& avant plus de oeurduVice-roy, quieftoir 
défia en liberté, que de pas vn autre: fur del’aduis 
de cous les autres. Adonc Gorizallc entra en la ville 
en ordonnance de guerre auccplus de fix cens Et 
pagools bien.armez,faifant marcherdcuancfôn ar¬ 
tillerie aucc plus de ioooo. Indiens. Il feit arrefter 
fon artillerie en la place, Se là aucc tous fes gens 



fcit aire,Se puis enuoya quérir les Auditeurs,aufqls 
il prefenta vue rcqueftc (igncc par Diego Céteno, 

& de tous les procureurs du Pcru, qui le fuiuoicnr, 
pat laquelle ils demaridoiéc qu’ils feiffcnt Gôzalle 
gouuerneur,puis qiie le fcruicedun.oy,le reposdes 
Efpagnols, 8c le bien'public des Indiens le reque- 
. toit. Alors ils luy dônerent lettres de gouucrneur, 
feellccs du feel Royal,&cn feire t d’autres adreffan- 
tesaux comvnunautcz & chapitres des villes pour- 
le receuoir, Scluy obéir, parle conÇeil des officiers 
du Roy,dcs Euefqucs de Quito,Cuzco,&desRois ~ 
& du prouincialdcs Iaqobins. Et puis prindtcuric 
■ ferment de luy qu’il laifferoij le gouuernemét quâd 
l’Empereurl’auroit commandé,& que cependant 
ilcxcrceroit cefle charge bié&fidellcmctau ferui- 
ce de Dieu,& du Roy, &c au proffit des Indiens, & 
Efpagnols felô la forme des Loix,&ftatutsRdiaux. : 
Pizarre iura tout cela , & en donna alïcurance. En 
prcfécc dcHierome d’Aliaga qlcs Auditçurs,Çcpe- 
da, 8c Xarate, protefterent de cefle nomination,& 
clcttiotijdifants ce qu’ils en auoicntfaift, cftoit de- . 
peut,& ainfi le rédigerait pat eferit au liure des rc- 
folutions.Tejada dit qu’il l’auoit efleu de fa propre 
volontc,& non par forcc.difanc cela,parce qu’il a- 
uoit peur qu’on le tuaft fil difoit autrement. Au¬ 
cuns toutesfois onc eu foupçon que ces Auditeurs 
parloientcn fecretauecqucs Pizarre, 8c que tout 
ce qu’ils failoient auecques leurs protcftatiôs n’e' 
ftoit que feintife. 

Ce fie Pierre fat cftitnt goimerntiir- chitp. idj. 

/"i Onzalle Pizarre pouruoyoit aux officcs,&def 
VJpechoit les affaires par le moyc,&fous le nom 



s 


if 

;■ 

I 


du Parlement. Mais il auoic toufiours foupçon fur 
Cepeda, par-cc qu’il eftimoic que la prife du Vicc- 
Royauoit eftéfaitede propos délibéré pour braf- 
fer8c exécuter quelque trainfon puis qu’il cftoir en 
liberté,SçamalToir gés à Tôbez auec l’Auditeur Ica 
Aluarcz.Ioint aufli q Ica dcSalas,le doéteurNigno, 
8c autres pour luy congratuler luy difoient qucCe- 
peda cftoiu cault,fin,bien entendant,8c hardy, qu’il 
lailloic qu’il f’en donnait garde, ou bien lors que 
moins il y pcnferoit.illcprendroit.oule tucroit,& 
qu’il n’auoitpas tant leuefes gens contre le Vice- 
Roy qu’il auoit ja prifonnnicr,que pour ce faire,& 
que mefmc il auoit voulu vn peu deuant luy li- 
urer la bataille. AtilTî difoient ils que de tous les 
capitaincs,qui cftoict au Pcru.il n’y en auoit point 
qui entendit mieux la guerre que luy, & comme il 
fàillbrtgouiierner. D’auantagc on dit que Fran¬ 
çois Caruajal, quipoiTedoit enticremcntle gouuct 
neur, 8c autres Capitaines délibérèrent demafla- 
crerles Auditeurs , 8c particulièrement Cepeda. 
Toutesfois Pizarre ayant peur de quelque incon- 
uenient leur dit qu’il reputoit Cepeda pour fon a- 
rny, 8c queles autres ne valoient rien , mais qu’à la 
première confultation qu’il feroit il luy demande- 
roit fon auis de quelque chofe.qui luy toucheroir, 
8c à eux aulïï,8c fil rcfpondoit à fon goufl: qu’ils le 
fiaflcnt àluy, ftnon, qu’ils le tualfenr. Cepeda en 
fut aduerty par Çhriftofle de Vargas,8cAntoine de 
Riuicre coufin dePizarre, tellement qu’en ce cont 
fêil il ne diétchofe, qui ne fut à leurfouhair, 8c en 
tous autres lieux.. Par ce moyen il eut la grâce du 
gouuerneur, telle qu’il luy commandoit, 8c ne fai- 


GENERALE DES INDES. iGo 

foit ce qu’il vouloir. Soubs vn tel heut il acquift 
ijoooo. ducats de reuenu pat an. Pizarrcnefe 
gouuernoit pas fort bien pour contcnterfes fol- 
dats, quifutcaufc que Ynigo Cardo, PierreAn* 
toinc, Pierre Vcllo, Ican de Rofas, & autres fcrc- 
circrcnt auccques vnebarcque vcrsle Vice-Roy, 
qui amaflbit gens àTombez.Ceux-cy furent caufe 
que François deCaruajal cftrangla le capitaineDic- 
gode Gumiel de nuiét en fa maifon, & puis le tira 
dehors pour luy coupper la telle, difant,qu’il don- 
neroit excple aux antres, & luy mcit fous les pieds 
vn eferiteau, quil’accufoic d’auoir elle mutin. La 
caufe de fa mort cftoit qu’il auoit parlé trop libre¬ 
ment contre le gouuernetir, & le maiftre de camp, . 
& auoit chaftié vn foldat,qui entrant en la ville des 
Roys auoit tué auecques vn coup d’arquebuze 
pour fon palTctemps vn feigneur Indien,qui cftoïc 
en vnefencltrcdu logis de Diego de Aguero pour 
voir palier l’en tree de Pizarre.Pizarrc prit 4 0000. 
ducats 'de la maifon du Roy auec la pcrniiffion des 
Auditeurs, officiers du Roy, ôc capitaines pour 
payer fes foldats, difant qu’il les rendroit de 
fon reuenu, & pour les retenir en obcÿlTancc. 
Encores dift on qu'il leua vne emprunt fur ceux, 
qui auoient des Indiens,pour fouftenir l’armée. Il 
pourucut aux places ceux dcfquels il fc Soit, cônjc 
Alphonfc deToro, qu’il enuoya à Cuzco, Fraçois 
d’Almandras aux Ciarcas, Pierre de Fuente, à Arcj 
quippa, Fernand d’Aluarado à Trulïglio,Hicrofmc 
de Villegas à Piura, Gonzalle Diaz à Quito, 6C au¬ 
tres en d’autres lieux. Mais tous ceux cy en allant 




I C{ L H l S T. 

&alTafinats. Il arma le nauirc, où eftoit prifonnicr 
Vacca de Calao pour Fenuoycr à Tombez contre 
le Vice-Roy. Mais Vacca de Cafrro feit voile droit 
à Panama,& de là efcriuit à Pizarrc.par vn nommé 
Hurtado,comme il auoit mal faidt de fc faire Gou- 
uerncur,& d’auoir tourmenté fes feruiteurs Boua- 
diglia, & Perez,pour luy enfeigner vn trefor qui 
nettoie point: Pizarre retira encores de toutes les 
villes qui’1 peut < des procurations , parlefquclles 
elles conftituoient leurs Procureurs les Dodteurs 
Tejada, Se François Maldonado, lefqucllcs il eh- 
uoiôit vers l’Empereur pour frire rcuoquerlcs Or¬ 
donnances pour le confirmer en citât de Gou- 
uerneur,& aulli pour informer fa Majefté comme 
tout ce qui eftoit aduenu en ces Royaumes auoit 
cité par la fuite du Vice Roy. 

Comme Bldfco Niiÿie\ fe déliter* Je prifin ty Je ce 
ijltWfcil depuis. cbap . 1 66. 

L ’Auditeur Iean Aluarez, qui, côme nousauons 
cy deiïïis récité, auoit prins la charge de mener 
prifonnierenEfpagne le Vice Roy, le mcit en li¬ 
berté à Gaura,enfcmble Vêla Nugncz,& Diego de 
Cucto. Il luy pardonna pour gaigner la grâce du 
Roy,& par ce qu’il eftoit def-ja riche il péibitgai- 
gner encores auecluy,comme aucc vne tèftedc 
loup. Blafco Nugncz fe voyant en liberté penfoic 
iouird’vn fouuerain bicn,& auoir ce qu’il fouhai- 
toit le plus. Mais apres il fen rcpccit plufieurs fois, 
difant que Iean Aluarez l’auoic ruiné par fa delir 
urance,par ce que f’il euft mené en Efpagne,l’Em- 
pereurfe fut tenu pour bien feruy deluy,&lc Peru 
rut den^^ en paix, par ce que Cepedafe futac- 


cordé aucc Pizarre d'vue autre Eicon fi on n’eu fl 
deliuré le Viccroy ,6c Pizarre fut demeuré fcrui- 
tcur du Roy,fi le Viceroÿ fur allé en Efpagnc,dc 
façon que la liberté du Viccroy n’apporra que mal 
à tous, & plus àluy mcfmc qu’a pas vn autre,& a- 
prcs luy à lean Aluarez, qui mourut pour ce faift. 
Le mal fuc veu par le progvez. Il eftbicn vray que 
le commencement,& l'intention eftoit bonne. Le 
Viccroy donc fe voyant libre fen alla à Tombez, 
où il leua gens, 5c feit vn nouucau Parlement, ap¬ 
pelons tous les peuples circonuoifins.il printtous 
les deniers du Roy, 5c des marchas qu’il peut,tant 
àTombez qu’auporr Vieil, Piura, Guayaquil, 8c 
autres lieux. Enuoya par ce mcfmc faiét Vêla Nui ’ 
gnez à Ghita, qui fc comporta mal aucc fes gens 
par le chemin,8c Btacamorc fon compagnon pen¬ 
dit vn foldut.il cnuoy'a lean de Guzman à Panama 
pour leuergens,8c cheuaux.-ll enudya en Efpagne 
Diego Aluarez auecvne lettre à l’Empereur, qui 
contenoittour ce qui eftoit palTé entre luy, 5c les 
Auditeurs, 6c Gonzallc Pizarre iufqucs à l’heure 
prefentc. Pluficurs l’allèrent trouucr au bruit de 0 
dcliurance,Sc des gens qu’il amalfoit, auttes y allè¬ 
rent pour auoirefté appeliez. Diego dcOcampo 
f y en alla de Quito auec bon nombre d’hommes. 
Dom Alphonfe de Grandmôt aucc ceux, qui fen- 
fuioient de Pizarre,ôc Gonzallc Pcreira aucc ceux, 
qui eftoient es Bracamores. Ce dernier fut atlailiy 
de nuiét par Hietofmc de Villegas, Gonzalle Diaz 
de Pinere,6c Fernand d’Aluarado,qui le prindrent, 
• Scie pendirent emmen'ans pvifonniersces Braca- 
mores. Cefte prinfe eftonna ceux de Tombez, qui 





eurent encot’grand peur par la venue inopinee,de 

Fernand jBacicao, qui les a (faillit par tuer plus par 
vne grande hardielfe,quepourlenombrc d’hom¬ 
mes qu’il euft. Pour celle caufc Blafco Nugnez 
f enfuit,& aulfi qu’il Ce defioit de ceux,qui cftoient 
al’entour de luy, par ce que quelques vns d’entre 
eux luy auoient fai&,& faifoient tous les iours des 
traidls, qui elloicnt douhles.il arriua à Quito fore 
trauaillé,par ce que par plus de 5000.mil de che¬ 
min, qui ell depuis Tombez iniques là, il n’auoic 
trouucque manger.Mais il fut là bienrèceu,& 
poutueu dedenicrs,armcs & chenaux. A celle cau¬ 
fc il promcit de n’cxecuret les Ordonnances, Ilfcic 
fondre des arquebuzes, & battre delà pouldte. Jl 
enuoya queric Scballien de VcnalcazarfSc lean 
Caurcra, qui luy amcncrét grand nombre d’Efpa- 
gnols, de façô qu’il aflcmbla en peu de temps plus 
de 400. Elpagnols, Sc force gens de chcual. Il feit 
Vêla Nugnez Confrère general, Diego de Ocapo, 
&dom Alphonfc de Grandmont capitaines de la 
, caualleric,& Ican Perez de Gucuarc. Hicrofmc de 

la Sente, & Françoys Hernandez d'Aldcnes capi¬ 
taines de l’infanterie, & feitRoderic de Ocampo 
maillrc de camp. Là delfus arriuerent à Quito cer¬ 
tains foldats de Pizarre, qui dirent à Blafco, com¬ 
me Pizarre elloit mal voulu de tous ceux de Lima, 
& que fil alloit là il verrait la plus grand part de 
l’arracc de Pizarre fe retirer par deuers luy. Pour 
dire vray au commencement que Pizarre entra au 
* gouuerneméc il elloit ainfi que ces foldats difoiét: 
mais pour l’heure prefente c’elloit bien aucôtrai- 
re. Blafco Nugnez les creut, Sc voulant elprouuer 


GENERALE DES INDES. l6Ï 

la fortune,marcha vers la villedes Roys à grandes 
journées. Il feeut comme Hierofme de Villcgas, 
Fernand d’Aluarado, & Gonzallc Diaz Capitai¬ 
nes de Pizarre eftoient és môtagnes de Piura auec 
force gens, mais non pas enfemble. 11 feit marcher 
fes gens toute la nuict,& les feit approcher fi dou¬ 
cement qu’ils ne furent defcouuers, & le matin à 
l’aube du iour aflaillit les autres à l’impourueu, les 
deffeir, Sc rompit aifément. Il vfa de clemcnce en¬ 
tiers les foldars pour acquérir bon bruit,& gaignet 
l’amour des autres. Il leur rendit leurs biens, leurs 
armes & cheuaux, à la charge de porter les armes 
pourluy. Il fut bien aife de celle defaidlre,& tous 
les liens en eftoient plus.fiers, & orgueilleux, qui 
cft vn vice qu’apporre la guerre.^ll entra puis apres 
à faindt Michel, où il feit faire iufticc de quelques 
Pizarnftcs.mais n’oiâ en faire dos fiés encor’ qu’ils 
aillent vilainemét faccagé la ville. Il fc renforça là 
d’armes,&fcit faire des cuirafles de peaux de beufs, 

& afsébla d’auâtage de foldats.tcllèmét qu’il pou- 
uoit lors fe défendre de fon enliemy,& l’aftaillir. 

Ce que FernandBMictofeil furmer. chip. 167. 

G Onzallc Pizarre nefe penfoit pasbien aiTeuré 
voyant BlafcoNugnez Vêla en liberté atTem- 
bler gens,& armes à Tombez.Sc pour f alfeurer du 
Parlement, duquel il auoit toufiours peur, aduifa 
comme il pûurroit le rompre, & le rompit parce 
moyen.Il cnuoyacnElpagnc le dodleur Alifonde 
Tcjadafouhs couleur d’auoir eftéelleu procureur» 
&àfin qu’il y allait, il luy donna5J00. caftillans 
d’or , Si le departement de Mefa citoyen de Cuz- 
co, qui cftoit auec Blafco Nugnez. Il maria fon 


frère de mcrc nommé Blaife de Sorto aucc darrioi- 
fcllc Anne de Salazar fille du doétcur Xararc pour 
l’attirer de fon party, encor’ qu'il n’cuft pas grand 
peur de luy, par ce qu’il cftoit débile & maladif: 
quand à Cepeda, il le menoit toûfiours aucc foy. 
Pizarre voulut encor’ cftrc maiftre delà mer,pour 
a(Teurcr la terre, &par ce qu’il n’auoitaucus gtâds 
vailTcaux qui fullcnt à luy, encor’ moins des parti¬ 
culiers,il arma feulement deux brigantinsaucc 50. 
bons foldats,& en feit capitaine Fernand Bacicao, 
homme vaillant, & hardy, & tel que d’entre mille 
hommes on n’euft feeu trouncrvnplus volontai¬ 
re à faire tout.ee qu’on euft voulu,que luy.C’eftoit 
vn homme vilainement nay.de mefehâtes meurs, 
ruffien, audacieux, blafphemateur, Se qui Peftoit r 
donne au diablc.'c’ommc luy mefmc confclfoit : il ^ 
n’aymoit que mefehante canaille,il cftoit grand 
mutin/bon larrô, & voleur tat pour foy que pour 
autre ne faifant différence entre amys,& cnnemys: 
Voila comme ôn dcpcinél Bacicao. Au relie com¬ 
me Capitaine trefihardy, & courageux feit vn bel 
a&e: car partant de Lima aucc ces deux brigantins 
Si 50.fold.ats feulement entra en Panama, ! où il y a- 
uoit vingt-huitft nauires,& .yoo.foldats.Dclà'f’en 
reuintàTrufiglio, où il pilla! trois nauires ,puisa 
Tombez,où il raeit à terre cent hommes,qui don¬ 
nèrent l’aflàultà la ville fi courageufement qu’ils 
feirentfuir le Viceroy, qui auoit deux foys plus de 
gcnsjj luy,& mieux armez. Le Viceroy péfoit que 
Bacicao eut 300. foldats, & fe defioit de quelques 
vns des fiens, lefquels il feit puis apres moürir. Ba¬ 
cicao pilla la ville. Se ne tua perfonnc,mais on dieft 






qu'il auoic charge de tuer le Viceroy. Il printà Al- 
phonfe de S. Pierre natif de f^cdellin 8ooo.pclàns 
d’or.Il print vn nauirc, & Bartelemy Perez ,qui en 
eftoic capitaine pour le Viceroy. 11 pilla àGuaya- 
quil coude bien du dofteurIcan Aluarez, quife 
lauua par vne bône fuite. Il fut courir au portVicil, 
où il arrefta tous les nauircs,qui y eftoict, faccagca 
la villc,& deliura deprifon lean d’Almos,&fes fra- 
rcs,print Santillan,lieutenant de Blafco.ll affailloic 
tous ceux, qui ne luy vouloicnt donner prouilions 
&luy obeyr. 11 eftoit ft cruel qu’vn chacun auoic 
peur de luy. Ils curent grand peur de luy àPanama 
parce que Ica de Lancs,qui fuyoit deuant luy leur 
racompta fcscruautcz, 8c encore ne les fçauoitil 
pas touces.Iean de Guzman, quilcuoit là gés pour 
lç Viceroy, &plulieurs autres ne vouloicnt pas le 
rcceuoirau port,mais les habitans,& marchans ne 
vouloicnt pas femettre en armes depeur de per¬ 
dre leurs marchandifcs qu’ils auoient là.&ati Pcru. 
Ce pendant qu’ils eftoient fur ce different Bacicao 
leur enuoya dire qu’il ne vouloir que mettre en 
terre les Procureurs du Pcru,qui alloiét versl’Em- 
percur,& qu’auffi toft il f en rctourneroitTans leur 
faire aucun dômage.Pierre de Cafaos,qui gouuer- 
noic la ville feit rclponfe qu’ils ne vouloiét crnpef- 
cher le pallage aux Procureurs, ny dôner occafion 
d’cfmouuoir la guerre en cc-fte ville.Iea deGuzmâ 
entendant cela l'en alla viftement dedans vnbri- 
gantin,&Iean deLancs en fon vatOeauvoyans ap¬ 
procher Bacicao,lequel entra dedanslcporc auec 
lix,ou fepe nauires,en l’vne defquelles eftoit pendu 
aux antennes PierreGallcgo de Seuille,par ce qu’il 



; 


( 


li’auoit calé la voile quand on luy cria Viuc Pizar- 
rc,& cncot’ tua deuühommcs en combattant fon 
vaiffeau. Il fe feit mailtrc de vingt nauircs, qui 
cftoient là. Vue bonne partie des habitans Pen fui-' 
ient, voyans tels commencemens. Il mciten terre 
tes foldats, Si entra à Panama marchant en ordon- 
nâcc de guerre aucc tabourins,ôcfiffres.Fraçoys de 
Torres corne il regardoit pat fa feneftre celle mon. 
lire,il eut vn braz percé d’vnc arqucbuzade,par ce 
moyen Dacicao fe feit maillrc de l’artillerie, Si at¬ 
tira à foy les foldats,que lean de Guzman auoit lo¬ 
uez, leur donnant bouche franche aux dcfpens de 
la ville, & leur offrant paflàgc iufques au Peru fans 
qu’illeur couftaft rien. Ainfi il eut en peu de temps 
plus de 40 o.foldats, Se iS. nauircs. llprcnoitl’ar- . 
gène, & les meubles à tels habitans. Si marchans 
qu’il luy plaifoit. Il vendoit les congez pour aller 
au Peru. .11 prenoit fes ptouifions à la difcrctiom 
En fournie il faifoit toutes chofcs qui n'apparte- 
noient qu’à.vn capitaine dcTyrannie. Lcdoélcur 
Tejada,qui voyou ces beaux aéles,& Fraçoys Mal- 
donado Pen allèrent à la ville du Nom de Dieu, Si 
de là feirét voile en Efpagrie : Mais Tejada mourut 
deuant qu’y arriucr. Pluficurs de la compagnee 
mefme de Bacicao, voyans fes façôs défaire fi dif- 
folues,& dommageables à tout le public delibcrc- 
rent de le tuer. Bartclemy Perez pour en auoit 
l’hôncur, ou parte qu’il l’auoit voulu faire pendre, 
à Tôbez fe voulut aduancer des premiers. Si pour 
ce faire Palîôcia aucc le capitaine Antoine Fernad, 

Si le port-enfeigne Caxero : ces deux n’ellans af- 
fez hardiz,requill encor’ vn nommé Marmoleio, 



eEVÏKALE DES INDES. 2.6 4 

qui dcfcouurit tout le fccret. Quand Eacicao le 
fccuiilles feit décapiter tous trois le m efme iour 
qu’ils le deuoient tucr,& encor' euft au® faidl dé¬ 
capiter dom Louys dcT»lcdc,domPicxrcdcCa- 
brcre,Chriftophle de Pegnc,Fernand M<xia,&au- 
trcs,qu’il trouuoit chargez,fils nef en fa lient fuis. 
Apres cela il fen retourna au Pcru au bout de qua¬ 
tre moys qu’il n’auoit bouge de Panama, aux défi- 
pcns,& perte des habitas.il print pott àG-uayaquil, 
où il fe mcit à terre auec 400. hommes pour aller 
contre le Viceroy fuiuant des lettres qu’iL receut de 
Pizarrc. 

Comme Gonfle Pierre donna la chajfe a Jlafto, 
Nugnc'^j'eU. Chap. 16 S. 

\ Presque BacicaofutpartyGonzallc délibéra 
ai de marcher contre le Viceroy, par cc q c’eftoit 
l’importance de fa vie, ou la fin de Blafco. Il meit 
des lieutenans par toutes les villes, à fin quelles 
tiniTentpourluy,&manda aux principaux habi¬ 
tas de chafqueville dele fuiurc, pour les mettre en 
la bourbe auec luy. Ceux qui partirent à ce man¬ 
dement furent Pizarrc de Hinoiofe, CHriftophle 
Pizarrc,Ican d’Acoftc,Paul de Mencfes.Orcgliane 
Sc autres habitans des Ciarcas. DeGuamâga vint . 
Vafca Xuarcz,Garci Martinez,Garay,& Sofeid’A- 
rcquipa partit Lucas Martinez,auec d'autres : de 
Cuzco deflogerent Diego Maldonado le riche, 
Pierre de Los-Rios.Frâçoys de Caruajad,qui eftoic 
maiftrcdccamp, Garcilaflb delà Vega, Martin de 
Robles , Iean de Siiucre , Bcnoift de Caruajal, 
Garzia de Herezuelo , Iean Diez , Amtoinc de 
Quignoncs, Porras : & pluficurs autres de Lima, 







Ganuco,Ciaciapoias,& d’autres villes. Pierre Nu- 
gnez moyncfort bon arquebuzier, duquel nous 
auons ja parle en autre licu,vinr à la ville des Roys 
follicitant vn chafcun dw prendre le party de Pi- 
zarre apportant la nouucllc de la defai&cdcs Bra- " 
camores que menoit Gonzallc Pereira pour le Vi- - 
ccroy par Fernand d’Aluarado Gonzalle Dias, & 
Hieroime de Villcgas. Pizarrc ayant entendu ces 
noimellesd’eilogca incontinent lai (Tant pour lieu¬ 
tenant à Lima Lauret d’Aldcnc.ll f en alla par mer 
iufqucsàSainfte,cn vn brigantin auec lcsdodleur 
Cepeda,Nigno, Leon, Carnaja!,- S: Gucuare, & a- 
uec Pierre de Hinoiofe, Blaife deSotto, & quel¬ 
ques feruitcurs domeftiques. Le mcfmciour qu’il 
arriua àTrufrglio Diego Vclafquez natifd’Auile 
y arriua auilî apportât la nouucllc que Blafco Nu- 
gnezauoit rompu Gonzalle Dias, Fernand d’Al- 
uarado, & Hierofmc de Villcgas près de Piura, & 
qu’il auoit prins la plus part des foldats : que Gon¬ 
zalle Dias errant dans les montagncscftoitdçpuis 
mort de faim, & qn’Aluarado auoit elle tué parles 
Indiés,cotnme il fuioit de celle défaille. Cela def- 
pleut grandement à Pizarrc , voyant que par ce 
moyen les forces, Se la repuradô du Viccroy croit 
foient.ll affembla en conlcil fes gcns,& capitaines 
plus expérimentez pourfçauoir ce qui cftoitbe- 
foing de faire. Us arrefterent de marcher droidt 
vers le Viceroy, qui cftoit à S.Michel, nonobftant 
le peu de gens, qu’ils auoient. Et à fin qu’ils nefut 
fent defcouuerSjils enuoyercnc deuanrlc capitaine 
Jean Alphonfe Palpmin auec douze bons, foldats 
pour fe tenir furie chemin prendre garde aux • 
palïàns. 




GENERALE DES INDES. 2fy 

paflans. II y auoit plufieurj riches', qui de peur di- 
foient que c’eftoitvne grande folie d'aller a/Jaillir 
Blafco aueclï peu d'hômes, ôc qu’il elloit plus feur 
d’enuoyer premièrement quérir Bacicao.Mais Frâ- 
çois de Caruajal,qui arriua le lendemain,confirma 
tout ce qui auoit elle refolu . Cômeilspartoiét de 
Trulîglio,Gomczd’Aluarado,5elean deSajauedre 
fc vindrét ioindreàcux aueclcs foldats qu’ils em- 
menoiéc de Ganuco de Ciaciapojas, 5c du Lcuant. 
Pizarreenuoya de Morupc lean d’Acofte aucc 24. 
"chcuaux, gens d’afleurance par le chemin des Xa- 
gueics.quicft le grâd chemin Royal,mais fans eau, 

5c luy auec toute l’arme»l’en alla pat Ccran,quieft 
vn autre chemin pour aller àPiura vers les mon- 
taignes, ôecefaifoitil, afinque Blafco Nugnez, 
voyant Jean d’Acolle penfaft que toutel’armee fui 
uilt. Mais celle rufcfutdcfcouuerte parvnYana- 
cona Indien,qui elloit à lean Ruuio,qui fuiuoir A- 
collc. CcllIndien fut prins par l’enncmy comme 
il trauerfoit pour gaigner Piura, 5c dit tout ce que 
faifoit Pizarre. Blafco eut fi grand peur qu’il f en 
fuit à Quito par le chemin de Caxas. Alors les ci¬ 
toyens de S. Michel, qui f eltoient retirez aux mô- 
tagncs,fe ietterent fur luy, ôc arrefterent la plus 
grand part de fon bagage, difans qu’ils fe payoient 
du fac qu’il auoit faidt en leur ville.Pizarre didt ce? 
Ile nui& à François de Catuajal en prefcnce dcHi- 
noiofe, ôc Cepeda qu’il vouloic enuoyer apres le 
Vice-Roy lean de Acollc aucc 80. bôs arqbuzicrs, 
5c en dcmâda fon aduis.Caruajalluy dit qu’il trou- 
uoit cell aduis fi bon qu’il l’euft voulu faire : ôccô- 
me Pizarre luy demâdoit cômct il péfoit l’cxecutcr 



4. LIVRE DE L H Z 

ilrclpondic t que voftrefeigneurieracledie(quie- 
ftoit la façon de parler ) ielcs vousprendray tous 
comme dedans vn rets. Alors Pizarre luy didt qu’il 
auoit gaigneleieu, fillepouuoit ioindre,&pout- 
tat qu’il cheminait toute nuidt.par ce que fil pou- 
uoit trouucr les cnncmys fans fentinellcs, il en 
pourroit tuer autant qu’il voudroit, & filles ren- 
controic dedans les mpntagnes,qu’il fcfforçaftdc 
les arrefter aux pallàgcs cftroidts iufqucs auiour. 
Adoncqucs Françoys de Caruajal fe incit en che¬ 
min auec plus de 50. chenaux, & à troys heures de 
nuidtfc ioingnit aux cnncmys, qui dormoient fi 
profondément auec fx peu dcfoucyde leurs vies 
que certainement il les cuit tous tuez, o\r prins fil 
cuit voulu-.mais il ne vouloir pas mettre fin à la 
guerre, voulant roufiours l’entretenir pour par le 
moyen d’icellepouuoir commander. Il fcitdônec 
l’alarme par vn trompette qu’il auoit mené contre 
l’aduis de tous les fieus, qui le vouloient tuer fi les 
cnncmys ne le fuilcnt incontinent cfucillez.Blalco 
Nugnez fentit bié le murmure, qui eftoit entre lés 
cnnemis,mais il diloit q c’cftoit vnc aftuce de Car¬ 
uajal. Si fcmcir en defenfe comme hommcvaiUat 
prenât auprès de foy fon coufin Sancio Sancics de 
Auilc, Sc Figucroe de Zamore, qui eftoiét perfon- 
nages bclliqucux.Mais voyat quefes aduerfaires lé 
retiroient fagemét, il n’olà les pourfuiure craignît 
vne embufcade,&aymant mieux fc retirerauflî 
doucement marchât en ordrc.Quâd Caruajal veid 
fon ennemy retiré il en furprint quelques foldats, 
qui eftoict pardieux à fc retirer,lefquels il feic pen¬ 
dre^ attédit làfon armee. Les liens parloient fort 





GENERAL! CES INDES. l5<î 

niai de luy de ce qu'il n’auoiccôbattu le'Viccroy, 

& par fiir tout Pizarre mcfme, qui luy vouloit fai¬ 
re cracher la tcftc;n’euft elle le dodleur Cepcda, 6 c 
Bcnoill de Caruajal,qui rcquirét pour luy. Pizarre 
commanda au dodleur Caruajal de pourfuiure le 
Viccroy auec deux cens homes, par ce que c’clloic 
fon grand cnncmy, & falTcuroit que ccftuy-cy fe- 
roit l'on deuoir.Lc dodleur fut fort ioyeux de celle 
charge tan t par ce qu’il fc voyoit par là rentré en la 
bonne grâce de Pizarre, que pour venger la mort 
du fadteurfon frcre.Scaufli pourfe veger foy-mef- 
nic, par ce que Blafco luy auoit ollé le departemét 
qu’il auoit des Indiens, Si luy auoit mis la.corde au 
col commandant qu’il fe confelTali. Il demanda à 
Frâçoys de Caruajal,vn bel clloc qu’il auoit,&iura 
qu’il en tucroitle Viccroy fille pouuoit rencon¬ 
trer. Il feic vn long,& riidc chemin, & detiat qu'ar- 
riuer à Ayabaca, quiellà 41.mil de Caxas, il print 
beaucoup de foldars du Viccroy.qui lorsefehappa 
nucc yo.foldacs fculemét.Le maillre de camp Car¬ 
uajal pendit à Ayacaba Môtoye qui portoit lettres 
du ViceroyàPizarrc.&RaphaelVelaMulatparét 
de Nugncz, SC autres troys,&là Pizarre leur les lct, 
très de Blafco publiquemenc.la forarae cfloil qu’il 
le rembourfall, & l’Empereur des frais qu’il auoit 
faidt tant à fts defpcns qu’à ceux du Roy,& de 
quelques particuliers, & que puis il fen rctoutne- 
roiten Efpagne. Pour cela, & pour quelques au¬ 
tres caufes portées parles mefrnes lettres il com¬ 
manda de tuer Montoye. llenuoya encor’ apres 
Blafco lean d’Acoftc auec do.cheuaux legiers,à fin 
qu’il le pourfuiuit plus diligémét.Blafco gaigna en 
L ij 


4 




grand hafte Tùmebamba endurant autant de tra- 
uail & de faim qu’il auoicdcpeur.il tua Hierofme 
de la Scrne,& Gafpar Tes capitaines ayant foupçon 
qu’ils cômriiuniquoiéc par lettres aucc Pizarre. Ce 
qui eftoitneantmoins faux. Car Pizarre ne reccut 
jamais aucunes lettres d’eux durant ccftc dernière 
guerrc.il feit encor’ tuer pour incline foupçonRo- 
dericd’Ocampo fonmaiftre de camp,qui fclô l’o¬ 
pinion de tous.n’eftoit coulpablc aucunement, & 
qui ne meritoit telle fin Payât no gary, & roufiours- 
fuiuy. Eftant arriuéà Quito il commanda au do¬ 
cteur Aluarez,qu’il feit pendre GomczScatio, & 
Aluarado de Cuuajal habicans de Guayaquil, par 
ce qu’ils auoiét coniuré de le ruer: ce qu’ils cullènc 
,cxecutcpar ce que c’eftoient hommes vaillans, & 
&hardis,&n’auoienc pas faute de la faneur de plu- 
lîeurs. MaisSarmento coufiii de Gomcz defeou- 
ûritla rtahifon.Ce Gomez, fans ccla,meritoic bié, 
rclle,oii plus rigoureufe punition. Car il fc retira à 
Tombez vers Bacicao, Revoyant qu’il auoitpcu 
d’hommes, & que mefmcce n’eftoient que mek 
chantes canailles,fen retourna vers lcViccroydi- 
fant qu’il n’cftoicallélàquc pour pourueoirà fes 
chenaux, qui y cftoient. Quand le Viccroyfceut 
que Bacicao f’cftoic-ioindt à Pizarre àMuliamba- 
to,&qu’ils prcnoicntle chemin de Quito pour le 
pourfuiurc, f'en alla à Pafto,qui eftà tio.mil de 
Quito„çn la prouincc dePopajan,croyant qu’ils ne 
■ pàficroicnt point plus outre,& ne le pourfuiuroiét 
plus.Mais Pizarre le deccuc de fon opinion. Car il 
renalla auec fonarmeeàPafto, d’où eftoit défia 
parti Blafco pour aller àPopaian aucc peu de gens. 


t 



b b n c Aii t UES INDÏS. 16 7 

Il cnuoyalc dodeut Caruajal pour.lepourfuiure. 
François de Caruajal auoit grand cnuie d'y aller 
pour corriger la faute de l’autre fois. Lcd odeur 
fen rcuint auec quelques prifonniers, & bcftail 
qu’il auoit prins iur le Viccroy. Sur cela Pizarre CS 
rccoutna à la ville de Qmto, aptes auoir pourfui- 
uy Blafco Nugnez pat tout le Pctu .Euce' temps 
mcfmeBlafco cuida dire tué parvn nommé Oli- 
ucrc.qui auoit cité fou page, Se ce parle fubotnc- 
mcnt de Pizarre, ainfi qu'on did.Mais ccpagen’c- 
ftant encor’ aflez aduifé, ny hardy fc dcfcouutiti 
Diego d'Ocampo pourluy aider à exécuter celle 
entrepriiife difanr, que par ce moyen il fc végeroit 
aullldcla mort de fon oncle Rodcvic d’Ocampo. 

Le Viceroy le fejt mourir,encore qu’il luy promcit 
de tuer Gonzallc Pizatre. 

. Ce que feit Pierre de H'miofe Mec fon nrmee. 

Chip. I dp. 

L Es plaindcs qu'on faifoit ioumcllemcntà Pi- 
zarre pour les meurtres. Scvollcrics faides par 
Bacicao citoiéc fi grades qu’il fut côtraind y met¬ 
tre ordre,5e pour ce faire alïembla le confcil, où il 
fut ai relle qu’il failloit enuoyer vn autre capitaine 
home de bien pour y fati£fairc,ou en rendant leurs 
biens.où bien les payer des deniers dePizarrc mef- 
me. La plus grande difficulté, qui aduintla dellus 
fucà nommer cçluy.qui auroit celle charge. Pizat- 
re,& la plus grand parc vouloiét que Pierre de Hi- 
noiofe homme de bien, & vaillant de (a perfonne, 
y allait.Mais François de Caruajal, & Gucuarc ca¬ 
pitaines d’arqbuzicrs ScBacicao mefmc, qui auoit 
la faueur de la plus grand part des foldats, 5c des 



4 .. IIVRE DE L’HlîT. 
principaux, vouloict que Bacicno y retournai!. Pat 
Jà vous voyez que Pizarrene faifoirpasàchafque 
foys tout ce qu’il vouloir, mais feulement ce qu'il 
pouuoit. Ildié! à Martin de Robles, & Pierre de 
Puclles, qui auoient foubs eux la plus grand parc 
des folda'ts, &qui n’aymoient gucrcs Caruajal, & 
Bacicao, qu'au premier confeil ils fulfent de fon o- 
pïnion, Si de celle de Cepeda,qui eftoir q Bacicao 
n’y deuoit point aller. Cepcda ayât eu leur parole, 
Sc citant àiTcurc qu’ils feroienc de fonaduis.re- 
monftra par bonnes raifons, qu’il n’cljtoit pas bon 
que Bacicao y retournai!,mais qu’il elïoit meilleur 
que ce fut Hinoiofe,&ainfi fut ellcu. Bacicao, qui 
fclloit rrouuc à toutes ces deliberations nedift 
mot,mais Caruajal didl fculcmcr qu’il ne Pen fou- 
cioit point. Pierre de Hinoiofc print l’armee pour 
aller à Panama, & payer ce que Bacicao auoit en- 
1 cué,& auflî pour empefeher que tout le long de la 
colle deux vaiileaux ne fepeuflent alTembler, pac 
ce qu’ils renoient pour tout ccrtain,& aulfi cftoit- 
il ainfi, qu’eftans maiftres de la mer, ilsfcroictaulli 
maiftresdetoutlcpays.Arriuantau port de Bona- 
uenture il print Vêla Nugnez,qui leuoit gens pour 
fon frere,& plufieurs autres: il recouurit vn des cn- 
fans de Gonzallc Pizarrc qu’ils tenoient là prifon- 
nier, Sc fi eut loooo.caflillans d’or, auec lclqucls 
ils acheptoicnt cheuaux,& armes pour le Viceroy. 
Dcuant qu’arriucr à Panama ilcnuoyavnc lettre 
par Rodcric de Caruajal à la communauté delà 
ville.parlaquclleilmadoit quelle eftoiefon intenr 
tion.Mais ils ne le voulurent croirc,Ican de Lanes, 
Ican Fernandez de Rcbcllcdp,IeanVcndrclCa- 


GENERALE DES INDES. 168 

calan.Balthafar Dicz,Ariasd’Azeuedo,& Mugnos 
d’Auile citoyensdclavillccnuoyerentinconrincc 
quérir Pierre de Cafaos, & luy mandèrent qu’il a- 
menai! gens de la ville du Nom de Dieu, où pour 
lors il cltoir. Il vint, & fc meit en defenfeaueeles 
foldats qu'il auoic amenez, & aucc ccuxde la ville, 
&lors feirér rcfpôceàHinoiofc qu’apres auoirefté 
ainfi mal traidlez par Bacicao ils ne vouloict le rc- 
ccuoir auec tous fes gens, mais biffant à l’ancre fes 
vailfeaux en l’IfledcTauoga, & venant feulement 
accompagné de 40. homes qu’ils le reccutoient, 
8 c traidleroicnt honneftement iufques à ce qu’il" 
eu 11 (iwisfaidt aux meutres, & vollerics faibles par 
Bacicao. Hinoiofe ne voulant accepter celle con- 
dicio fe feit maiftre de tous les nauircs,qui eftoient 
au porc, 8 c rcquifl: ceux de la ville par vn moyne 
qu’ils le rcccurcntcn paix puis qu’il venoit pour 
leur bien faire, & non pour les mal traiéler. Euxfe 
confiant au moyne demâdercnt des gentils- hom¬ 
mes, 3 c gens d’honneur, aucc lefqucls ils peulfent 
négocier de cet affairc.il leur enuoya Paul de Me- 
nclbs, 8 c le mcfme Rodcric de Caruajal ,mais luy 
citant aduis qu’ils demeuraient trop à reuenit f'ad- 
uança vers la ville,6c les rcncontra.il feeut par eux 
comme ceux de Panama fe mettoient en armes. Il 
dclbarqua à crois mil au defoubs de la villc,& meit 
tous fes gens à terre les faifaht marcher en efqua- 
dron contre la ville, ôcfefaifanc colloyer le long 
delà marine par ces barques, dedans lefquclles e- 
ftoit fon artillerie. Pierre de Cafaos,Iean de Lanes 
& autres Capitaines feirent fortir leurs foldats, 8 c 
artillerie contre Hinoiofe, & comme ils f'appco- 




4. Iivut ri i’hist. 
cherent prcs l’vn de l’autre fc rangèrent tous en 
bataille.Les Panamiens eftoient en plus grand nô- 
bre,mais Hinoiofe auoit plus d’arquebuziers ,&a- 
uoit l’aduantage pour la fituation du lieu, & pour 
la cômodité de fes barques, ja les bataillons fevou- 
loient atraquer quand dô Pierre de Cabrerc.Sc An¬ 
dré d’Areyza crieront paix,paiie-.Us allèrent deman¬ 
der trefues à Hinoiofe à fin que ce pendît on peut 
trouuer quelque bône ilfuc pour cet affaire. L’ac¬ 
cord fut rcl q Hinoiofe cnuoyroit fes vaifteaux, & 
tous les foldats à Tauoga,qu’il entreroit enla ville 
• auec 50. foldats feulement, Hinoiofe feic félon cet 
accord, & leiendemain entra auec le contcntemét 
de tous.&commcnça à traiéler de l’alfiirc.pour la¬ 
quelle il eftoit allé là. Ce pendant cnuoyaàLima 
prifonniers Vêla Nugnez, Roderic Mexia.Lermc, j 
dCiSajau'edre, aufqueis depuis Pizarrefeit trancher : 
les rcftes.il faifoit en ceftevillc.ou difoit telles cho- j 
fes qu’incontinent il attira les foldats pour le parti 
dePizarre, & fc ailoient àTeuoga auec les autres. 
Lancsfe pleignoit de cela, mais voyant que pour 
fes plaiu<ftcs,il ncpouuoit arrefter fes gcs.il remeic 
entre les mains de la cômunauté,&du dodteurRi- 
uicreiugc de la ville les armes, munitions ,Se artil- 
’lerie qu’il auoit, & fc retira à S.Marthe, auec quel¬ 
ques vns.quile voulurét fuiurc.ll y.auoit pour lors 
àNicaraga MelchiorVerdugo, quilcuoit gensde 
guerre pour le Viccroy . Iccluy auoit prins des de¬ 
niers, & vn nauire aux habitasis de Trufiglio par le 
câmandemétdu Viccroy .Hinoiofe y enuoyalean 
.Alfôfc Palomin auec vn nauiré bié muni d’homes, 

5c d’artillcrie,auec charge d’enfoncer tous les vail- 




CÏNT.R.AL! DES INIIS. 16} 

féaux de Nicaragua fils ne fe vouloient rendre. 
Palomin f y en alla, & ne faillir à prendre tous les 
vaifléaux qu'il trouua,mais Verdugo fcn cftoit def 
ja allé tachant à gaigner la ville du nom deDieu.Ec 
pour ce faire mcic en certaines barques 80. Efpa- 
gnols, 8efen alla parle fleuueXuaguator, qui en¬ 
tre dedans le lac de Nicaragua.en intention de fai¬ 
re par Tà tout ce qu’il pourroit contre Pjzarrc, 8c 
François de Caruajal, lequel il hayoit à tnort.ll en¬ 
tra donc en cefte ville quafi fans eftie apperceu, 8e 
meit le feu aux maifons de Fernâd Mexia, 8c de fon 
beau-pcrc dom Pierre deCabrcrc, quicftoicntlà 
aucc gens pour Hinoiofc, 8c Pizarrc, mais ils f en¬ 
fuirent à Panama, ainfi il fe feit maiftre de la ville, 
6c feit tout ce îju’il voulut auec 300. foldats qu’il 
aflèmbla. Les habitans du Nom de Dieufcplci- 
(rnirent au dofteur Riuicre des dommages, griefs, 
torts, 6c iniures qu’ils reccuoicnt de Verdugo en fa 
iurifdidtion. Riuiere demanda fccours à Hinoiofc, 
quiluy donna 140. arquebuziers, 8e fen alla auec 
luyi ils prindrent en chemin les fcntinellcs de Ver¬ 
dugo, Se ayants entendu qu’il cftoit trop fort, 6 C 
puiflant, le dofteur Riuicre le rcquift deferetirer 
de la fatisfaifant aux dcfpcnces,Sc dommages qu’il 
auoic faits, mais ayant faiéfc rcfponce trop hautai¬ 
ne, & fuperbcjles arquebuziers d’Hinoiofeaduâ- 
cerent le pas, & titans fans celle le feirent reculer, 
iufqucs à la mer, où il auoit vn nauire, 8e barcqucs 
attachées à terre. Il eut beaucoup de fes gens tuez, 
& blelTez, 8c encores qu’il combatift vaillamment 
fi fut il contraint fe ictter viftement en fes barques, 
&fenfuir.Hinoiofe lailfa là dom Pierre de Cabre- 




4- UVRl DI l’ H I 5 T. 

re, 6 c Fernand de Mexia, comme ils elloienr do¬ 
uant, & fen retourna à Panama. 
les crudutex. <T meurtres faits par François de Carttdjal 
contre ceux élu pdrty du !{oj. Chdp. 170 ., 

L Ope de Médozzc fafché de ce qu’on luy auoit 
ofté Ton departement mcit en la telle de Die¬ 
go Centcno preuoft de la ville de l’Argent de tuer 
François d’Almendras lieutenant de Pizarit, 6c de 
fefleuer pour le Roy.Centcno,qui d ailleurs eftoic 
affèz mal cotent,futlors contée d’cxecutcr celle en- 
treptinfc pour n’eltre point noté parcy apres de 
trahifon à lonPtince:car c’elloit vn homme de b5 
cueur. Il aflèmbla donc fecrettemcnt en fa maifon 
Lopc de Mcndozzc, Louis de Leon, Diego de 
Ribadencyrc. Alphonfe Percz d’Efquiucl Louis 
Perdomo , François Negral , 6c quatre, ou cinq 
autres, 6c leur dit comme il vouloir tuer François 
d'Almandras.par ce qu’il auoit ofté les dcpartemës 
à plu/îcurs,& fait mourirdom Gomezdcla Lune, 
& puis fefleuer pour le Roy. Ils luy promeirent 
tous de luy aider louas fon cntreprinic.Alors ilfen 
alla chez François d’Almendras fon voifin,& amy, 
& luy dit comme il auoit entendu queleViccroy 
auoit prins Gonzalle Pizarrc en la ville de Quito: 
& corne l’autre fut tout cftonné,& troublé en foy- 
mefmedcceftenouuelle,rébrairaluydifant: vous 
elles prilbnnier,là dcflùs les autres dix compagnôs 
l’empoingnerent, & le tuèrent auecques vn lien 
feruitcur, 6 c quelques autres,qui louoicnt I’empri- 
fbnnemcnt du Viceroy. Apres ils mcircntl’enfei- 
gne de l’Empereur au vcnt,& feirent capitaine ge¬ 
neral Diego Centeno, qui aflèmbla incontinent 




GENERALE DES INDES. - *7° 
gcs.lefqucls il paya du fi en, & des deniers du Roy. 

Il feic m'aiftre de camp Lope de Mendozzc, & Fer¬ 
nand Nugnez fergcnc maieur. 11 publia la guerre 
contre Pizarre, Scfc mcit en chemin vers Cuzco 
auec 20o,Efpagnols tant de pied que de chcual pe¬ 
lant en faire là autant.Mais Alphonfc deTore lieu¬ 
tenant pour Pizarre en celle ville fottit au déliant 
auec trois cens foldats. Ccntcno tourna bride, 8 c 
voy at que fes foldats ne le fuiuoient point, gaigna 
les montaignes netrouuant pasfeur d’attendreà 
Ciarcas. Alphonfc le pourfuiuit, & en pafiant pilla 
la ville de Ciarcas, mcit dedans la ville de l’Argent 
Alphonfc de Mendozzc auec quantité de foldats, 

& puis fen retourna à Cuzco,où il feit pédre Loys 
AluarcZj&decapitcrMartin de Candie,parce qu’ils 
parloient mal de Pizarre. Quand Centeno feeut 
ce qu’auoit fait Alphonfc de Tore, f’en retourna 
vers la ville dtf l'Argent,& pria Alphonfc de Men- 
dozzeque puis qu’il eftoit gentilhomme de bonne 
part, il voulut îiiiurc le pavty du Roy, & comme 
l’autre n’y vouloir entendre, il reprint la ville, rc- 
meit le peuple en fon obey(Tance, refeitfon atmee, 
8 c le meit aux champs. Alphonfc de Mendozzc fc 
retira auec trente hommes de guett e fculement,8c 
feit plus de trois cents mil fans perdre aucun de fes 
gens. Ceft Alphonfc de Mcndozze cft vn des ca¬ 
pitaines le plus renommé, qui ayt cfté au Pcru, & 
ne luy doit on accôparcr Cétcno.ny Caruajal.Gô- 
zallc Pizarre ayant entendu par les lettres d’Alfôfe 
de Tore,que luy porta Martin de Vcrgara, la more 
de François d’Almédras, 8 c la rébellion de Céteno 
enuoia de Quito à la ville de TArgct.qui en eft loin 





4 . XIVRÏ DE l’hIST. 

1500.mil, François de Carjaual auec gens de guerre 
pourchafticr Centeno, Se les autres, qui feitoient 
efleuez contre luy. Caruajalpilloic par toutou ii 
pafldit fous couleur que c’eftoit pour payer fes gës, 
& remboutfer les defpens flics par Pizarrc en celle 
guerre contre Blafco Nugnez.il feic pendre à Gua- 
manga quatreEfpagnols lins edre chargez de rien, 
&à Cdzco cinq autres,entre lcfquels furent Diego 
deNaruacz, Fernand d’Aldcnc,<$e GrégoireSetiei, 
perfonnages trcf-richcs, Schonorablcs.il prit leurs 
departemens. Scies donna à fes foldats,&fachemi- 
na vers où cftoit Centeno, failant courir le bruift 
qu’il ne luy vouloir faire mal.Srqu’il ncvouloit que 
le remettre en grâce auec Pizarrc. Mais Cétcno ne 
voulut ny le voir, ny parler à luy,ny entendre à fes 
xaifons : Selaiilànc à Ciayan Loppc de Mcndozzc 
auecl’infinterie, lortir auec too clicuaux.au dcuâc 
de luy, Scluy donna l’alTault de nuidl crianttviuc le 
Roy.pen (âne qu’à ccde voix pluficursde fes enne¬ 
mis dculTent palfcr de fon code deuant qu’on cull 
fonnncl’alarme.Mais ne voyant perfonne fc ietter 
de fon codé, donna à la pointe du iour vncefcar- 
mouchc pour ce mcfmc effcdl : Sc voyanc encores 
Icsfoldatsdcfonennemy li fermes fen retourna à 
Ciayan fe défiant de pouuoir garder la ville pour le 
Roy. Caruajal le pourfuiuir,5c le r5pir.Sc fut touf- 
iours apres iufques à Arequippa, qui cd Ioing 150. 
mil. Il prit en chemin douze de fes foldats qu’il feic 
pendre, & qui plus ed fans permettre qu’ils fe con- 
felîàircnt.Dicgo Centeno encore qu’il fud en fuic- 
te, lî eflcuoit il le pays, par où il palfoit,contre Pi- 
zarrc.difant qu’ils Ce dônalTcnt garde du cruel Car- 



uajal.il feit cfcrirc à quelques vns de Cuzco par do 
Martin d'Vtrerc comme Diego Ccnteno auoir rué 
François dcCarnajal,ôcqu il facheminoit vers eux. 
Alphonfc de Tore crcut aifémét ces nouuelles.par 
"ce que dom Martin cftoit citoyen du Cuzco.ôc Qc~ 
fuit de là aucc ceux qu’il peut emmener. Mais la vc 
rité eftant cognuëil feu rcuint inconnnent,& feic 
pendre Martin de Salas, qui auoir defployc vnc en- 
feigne au nom du Roy.ScMartin Manzano, Ferdi¬ 
nand Diez, Martin Fernandez, BaptiftcleGaland, 

& Sotto Maieur, & autres, qui f tftoient déclarez ' 
contre Pizarrc. Quand Ccnteno fc veid pourfuiuy 
de fi près par Caruajal, & qu’il n’auoit pas plus de 
cinquante hommes aucc luy.il en enuoya quinze a 
liée Diego de Ribadcueyrc pour prendre vn vaif- 
feau.par le moyé duquel ils ic peufl’enr fauucr,mais 
fonennemy neluy donapasfilong terme.Se voiac 
donc perdu ,Ci quafi es mains de Caruajal,commé- 
ça à fc plaindre aucc festrente compagnons de leur 
commifnc infortune, lescmbrailànt tous. Scies 
priant d’cuitcrla main d’vn fi cruel tyran. Ainfi il fc 
départit d’aucc eux, Sc f en alla fc cacher auccqucs 
vn ficn feruircur, & Louys deRiuiere en certaines 
petites cafés d’indiens, qui cftoient à Corucgio ha 
bitant d’Arequippa.Les autres fen allèrent par au¬ 
tres chemins, qui leur ferabloicnt bons, accompa¬ 
gnez toufiours d’vne peur de mourir ou du glaiuc, 
ou de faim.Qtÿint à Loppe de Mcndozze il le reti¬ 
ra aucc douze ou quinze des fiens.parmy quelques 
Indiens fes vailàux,8c rallèmbla là iufques à quara- 
teEfpagnols, Scvoulansfe mettre aucc iccux de¬ 
dans les Andes, qui font raontaignes hautes,& ru. 




4- UTIU Dï L’HIST. 

des.ilfceut de Nicolas d’Hcredic,qui amenoit 146 
l'oldats,le long chemin qu’auoient fai£l Diego de 
Roias, & Philippe Gurierrez pai-lcflcuuedc'l’Ar- 
gent au temps de Vacca de Caftro,& fc ioingnica- 
ueduy, &tous deux fefeirct forts cnfemblc cotre 
les Pizarrillcs. Lem.aiftredccâp Caruajal marcha 
contre eux auec 400. foldàts ,& fe campa deuant 
eux,commevoulantadicgcrlclieu oùils eftoient. 
Lope de Mandozzc fc fiant fut la caualleric qu’il 
auoit laiiTc le lieu fort,'où il cftoit , par ce que le 
contour eftoit trop rude pour fes chcuaulx, ou de 
peur d’y élire a(lîegc,& prins par famine,&alla lo¬ 
ger fes gens en vue plaine. Caruajal au contraire 
l’alla mettre incontinent dedans la forterefie blaf-/ 
niant la grande ignoracc de fes cnnemys. Lopc de 
Mcndozzc voulant amender celle faute auec vue 
grandeanimolîtéla mcfmc nuidl alla donnerl’af- 
làult à celle fortcrclTc, mettant fon infantetic de¬ 
uant vneporte, & la cauallerie à l’autre foubs Hc- 
rcdie.Les gens de pied combattirent vaillaftimcnt,- 
entrèrent dcdans,tuans, & mou ras de mcfmc vail¬ 
lance. Ceux decheualàcaufederobfcuritc de la 
nuiél ne peurenr vcoirl’endroit,où elloitla porte, 
Sc furent contraindls fe retirer Sc fuir. Caruajal fut 
fort blclTc d’vne arquebuzade en la fclfc , mais il 
n’en dit pour lors rié,& encor’ moins l’en oüit-on 
plaindre iufqucs à ce qu’il eull vaincu , Sc repoufle 
fes cnnemys.il fc feit penfer fa playe, Sc puis pour- 
fuiuit fes cnncmys.il leioingnit à eux à quinze mil 
delàfurlariue d’vn grand flcuuc ,Sc par ce qu’ils 
eftoient las Sc haralliz, il les rompit facilement. Il 
en print plufieurs, Sc en feit pendre quelques vns. 


GENERALE DES INDES. l 7 t 

îl fcic décapiter Lopc deMendozze, & Nicolas de 
Hcredie,il pilla ceux de Ciarcas.faccagea la ville de 
l’Argcnt,où il feit pendre dix ou douze Efpagnols 
de Mendozzc qu’iltrouua là. De là il allaà Arc- 
quipa,laquellc il pilla,où il fcic encor’ pendre qua¬ 
tre autres foldats.Et puis vint à Cuzco,où il en feit 
pendre autant. Il failoit tant de cruaucez & vilai- 
nics qu’aucun n’ofoitluy contredire, ny compa¬ 
roir deuant luy. 1 

{■* but tille,en Uqncllc mourut Bltfco Nugncz. t'oit. 

Chtp. 171. 

A Pres que le Viccroy eut eftcainfi defehafledu 
Pcru, Si Hinoiofc fut cnuoyc à Panama, & 
Caruajal contre Ccntcno, Pizarrc ne bougea de 
Quito ne failànt autre chofc q feltoycr les dames, 
& prendre fon plaifir àh chalTc, encor dit- on qu’il 
fcic ruer vn Efpagnol pour iouïr de fa femme. Fra- 
çoys de Caruajal prenant congcdeluy.luy dir,que 
fil vouloir demeurer en feurctc, Si fc deliurer de 
toute crainte,ilfc feit,& fappcllalt Roy. Illuydo- 
naccconfeilpourlc confirmer d’auanrage en cc- 
ftcopiniondcpoucfuiurcnoufiours en fon abfcn- 
cclc Viccroy iufques à ce qu’il l’cuft entièrement 
defaidt comme il auoit bien commencé en l’aflàulc 
donne à Caxas, craignant qu'en fon abfcnccfon 
cœur famollilt par le confeil de quelque autre. 
Pizarrc en fin fc rcfucillant eut aduertiflèment 
de ce que faifoit Blafco Nugncz à Popayan. Il 
longea comme il poutroit le tromper, Si fad- 
uifa de mettre des gens fur tous les chemins, a- 
fin qu’aucun ne partait jpour aller à Popayan fans 
fa mcrcy faifanc au relie courir le bruidt qu’il 




4- IIVRE DE X, BIST. 

fen nlloit à Lima : Sc afin qu’on le crcut à Popayï 
fei: eferire de Quito pat certaines femmes à' leurs 
maris, qui eftoient là, comme Pizarre fen cftoit re¬ 
tourné. Puellcs manioit toute ccftecntrcprife, e - 
fiant maiftre de camp en l’abfence de Caruajal. Vn 
cfpion du Vice- Roy, qu’on auoirprins, cfcriuitlc 
fcmblable. Blafco voyant tant de lettres crcut que 
Pizarre fen cftoit véritablement retourné contre 
CcntcnOjfimaginant en foy mefmcles raifons,qui 
l’auoient meu àcc faire,qui eftoient pour ne laill'er 
point perdre la richeirc, & grandeur du Pcru que 
Centeno pouuoit enuahirdurant telles querelles, 
& partialitcz, aulfi pou: garder la frontière de Qui 
to.BlafcoNugncz cftoit arriué à Popayan fort det- 
fait, ayant mangé de fes chcuaux par les chemins, 
il maudiilbit l’heure qu’il cftoit iamais venu au Pc- 
ru,&Ics hommes qu’il y auoit trouuez.il auoitbô- 
ne enuie de fc venger, mais fil puiflincc cftoit peti¬ 
te. Il eftoit grandement fafché delaprinfe de fon 
frere Vêla Nugnez, Sc d’auoir perdu zoooo.caftil- 
lans d’or qu’auoit pris Hinoioic.il ne fe fioit point 
de pas vn des Tiens: mais pour toutes ces aduerfitez 
il ne perdoit point courage, cncorcs moins l’efpc- 
rance d’eftre vn iour le plus grand au Peru,I'il pou- 
uoit entrer en Quito, Sc en Trufigho. Ainfi, donc, 
croyant que Pizarre fen fut retourné à la ville des 
Rois fc mcit en ordre pour aller à la ville de Quito 
aucc quatrre cents foldats, qui eftoient allez pour 
, combattre les trois cents, qu’on difoit eftre feule¬ 

ment reftez là.Nonobftant qu’on Juy difluadaft ce 
ftc entreprife, fi ne voulut il attendre plus grande 
certitude, parce qucle temps,difoit il, defcouuroit 
toutes 



CENE RAIE DES INDES.' IJ} 

toutes cntreprifes. leanMarques eftoità 72.111A 
de Quito.auec quelques foldatsen vnc fiénnccaf- 
fine ,d’où il cfpioit par le moyen de Tes Indiens 
tout ce que faifoitBlafco ,8c tous les ioursenad- 
uertilloit Pizarre.Au contraire, Blafco nefccutia- 
i-nais aucunes nouucllcs de Pizarre, qui eftoit vnc 
négligence bien grande.iufqucs à ce qu’il fut à Or- 
tabalo, à 17. mil de Quito, où il feeut la vérité de 
tout par André Gomez Ton cfpie. Pizarrelaid'ant 
Quito falla camper u.mil.à coftédelaville.visà 
vis du flcuue de Gnaylabâba en ynlieu fort .tant 
pour fa feureté.quc pour vaincre fon ennemy.Blaf¬ 
co ayant entendu l’intention de fon aduerfaire, fut 
recognoillrc la fituation du lieu , feit femblant de 
faillir, commandant à quelques vns defemonftrer 
furie fleuuc.Puis feit faire pluficurs feuz pour trô- 
perPizarre, 6c ce pendant fen alla de nuid par 
lieux afpres, 8c rudes, fans tenir voyene fentier, & 
chemina ainfi toute lanuiûcn grande diligence, 

6r à midy entra dedans Quito.où il n’y auoit aucu¬ 
ne garnifon,6r là feftant informé des gens,8c delà 
. force qu’auoiç Pizarre eut peur,6c tous les fiés auf- 
fi.Scbafticn de Vcnalcazar Adelantado,l’Auditeur 
lean Aluarez, 6c autres luy confcillerent qu’il fc 
rendità Pizarre, auec quelques bonnes payions. 
Mais il leur refponditù’aymc mieux pluftoft mou- 
liten combattant, quemercndrepatcouardifeà 
vn tyran, 6c fl ic meurs au champ de bataille, no- 
ftreRoy eft viuantcnEfpagne.quiriousvengera 
tous: 6c donnât bon courage, 8c bonne cfperancc 
de vidoire marcha contre Pizarre auccqucs plus 
grand cœur,qu’aucc prudence-.car fil fe fut fortifié 




4- LIVRE DE IHIST, 
en la ville il eùft peufe deffendre, ainfi qu’ on d; t; 
mais il ne vouloir point eftrc afliegc.de peur d’cftrè 
prins, & aimoit mieux combattre en la campagne, 
pour fc fiiuuer l"'il cftoit vaincu.ou mourir en com- 
batant vaillamment.il meir, donc, tous fes gens en 
ordre encefte façon:Toute fon infanterie cftoit en 
vn bataillon,exceptez quelques arquebuziers, qui 
èftoiét à part comme enlans perdus pour attaquer 
l’efcarmouche, leur Capitaine cftoit lean Çaurere 
maiftre de camp.de l’infanterie cftoient Capitaines 
Sancio d'Auille, François Hernandez de Carccres, 
Pierre de Hcredic.Roderic Nugncz de Bouille tre- 
.forier. Il feit deux efquadrons de fes gens de chc- 
ual,il princ le plus grand,& le meilleur pour luy,& 
donna l’autre à Cepeda de Plaifancc, à Venalcazar 
& à Baza.Pizarre fuiuit ceft ordre,par ce qu’il auoit 
recogneu deuanr.ll auoit 700.Efpagnols.Il y en a- 
uoit 200. arquebuziers, 8c 14 o.dc cheual.il meir à 
main gauche le Capitaine Gueuare,auec fes arque- 
buziers,8c les piquiers apres derrière lcfquels mar- 
choient ledotïeurCepeda, Gomcz d’Aluarado & 
Martin dcRobles aucc ioo.cheuaux des meilleurs. 
Au flâcdroiû cftoit le capitaine lcâd’Acoftc auec 
fcsarquebuzicrs,&dcs picquiers apres.&pourl’ar- 
rieregarde cftoict le docteur Caruajal, Diego d’Vr- 
bine,&Pierre dcPuelles auec la cauallerie.Par ccftc 
rulc Pizarre couurit toure la cauallerie par le moyé 
des piquicrs,qui tenoiet leurs piques lcuces,&ainft 
demeura ferme, fans branilcr.ny fe mouuoir. Blaf- 
co qui bouilloir décoléré vint à la chaude aiïaillir 
Pizarre, & fe commença la'bataille. Ceux de Pi¬ 
zarre dés la première feopeterie tuèrent beaucoup 



CENIRAiE DES Ift-D.ES. i ^74 

de leurs aduerfaires,& entre autres IeanGflire- 
rc, Sancio Sancics,&lc Capicaine Çepeda. Les 
gens de chcual fevoyans ainfi molcftez de relies 
arquebuzades fe joignirent tous auecques le Vice- 
Roy,& enfemblevindrcnt donner fur l’cfquadton 
du Doéteur Car un j al * lequel ils rompirent , & en 
ieéterent quelques vils par terre, Blafco mcfmc 
lücir par terre Alphdnfc de Montaluo. Le doéteur 
Gepçda voyant cela domine auecques tout fonef- 
quadron dedans le flanc des gens du Vice-Roy, & 
le met en iourte., ScvOyans perdus ,çommence- 
rcnc à fuir. Cepeda, Aluaradb, & Roblcsies poiir- 
fuiuent fl viucmcnt, qu’il n’en efehappe pas vn,ex¬ 
cepté Ynigo Cardo, &c vn nommé Cifnetos. Mais 
depuis ce Cifnetos fut amené de Palto,& fut pen¬ 
du, & Ynigo Cardo tua le Doéteur Polo en la vil¬ 
le des Ciarcas. Pizarrc fc comporta en grand clé¬ 
mence auecques les vaineuz. Il ne feir mourir 
que Pierre deHcrcdic,Pierre Vello, Pierre An¬ 
ton , & Ynigo Cardo . Quand à l’Auditeur Iean 
Aluarez on diét que les fiens mefmcs l’cmpoi- 
fonnerent, par-cc qu’il mourut auecques tous les 
Agnes de poifon. 11 riieit prifonniers tous ceux qui 
luypouuoientcftre contraires ne les voulant fai-, 
rc mourir, comme aucunsluy confeillercnt, mais 
ilfcn repentit depuis. Il en meit plufieurs en li¬ 
berté, il remonta les autres d’armes & de deniers 
pour les renuoycr à leurs gouuernemens, entre 
autresSebafticn deVenalcazat,ne prenant point 
d’efgard à ce qu’ilauoit faiét contre fon frète Fran¬ 
çois Pizarrc le rebellant contre luy: Ainfi laba- 
taille,ny la viétoire ne furent pas guercs cruelles. 

M " 




4 . LIVRE DE l’hIST. ’ 

Car il n’y mourut pas plus de cinq ou fix des gens 
de Pizarrc. Fernand de Torres, demeurant près A- 
requipa, iecta par terre le Viccroy Blafco Nugnez 
en le pourfuiuant,& fins le cognoiftre,ainfi qu’on 
dift. Car il auoit cache fes armes tout exprès aucç 
■vnc chemilc Indienne. Eltnnr chcu à terre, Herrc- 
ra confçlFcur de Pizarrc accourut pour le côfclTcr: 

Il luy demanda qui il eftoic, le Viccroy luy refpon- 
dit-.Vous n’auez que faire de fçauoirqui ic fuis,fai¬ 
tes vofrrc office. Ilncfcvouloitpointdonnerà : 

cognoiltrc craignant fentir quelque cruauté do 
fonennemy. Son cheual auoit quatorze doux a 
chafquc fer : ce qui feit croire qu'il auoit bonne 
enuie de fuir fil fe voyoic rompu.Vn foldar,qui au- 
tresfois auoit cflé des fies,le rccogneut, 6c le diél à 
Pierre de Puelles,& auDodcurlCnruajahafin qu'il 
fc vengeait. Caruajal y enuoya vn Negre, pour luy 
coupper la telle : car Puclics ne voulut point qu’il 
defeendir de chenal pour frire celt adle.difant que 
il ne conucnoit point à fa grandeur de fabbailfer 
fi bas. Puelles melincprint la telle, & la porta au 
lieu patibulaire,la nronllrant à tous. Ondiftquc 
quelques Capitaines luy arrachèrent toute la bar- 
be, & la gardoicnt,& la porroient à leurs bonnets 
pour monltrcr leur vaillantife. Pizarre commanda 
qu’on portail le corps à la maifonde Vafco Xua- 
rez& la tefle.quand il fccur qu’elle cftoit fur le gi¬ 
bet , dequoy il fc colera grandement, 5c le lende¬ 
main on l’enterra auffi honorablement qu’il fut 
poffible. 

Ce que llUfco Nugnc^ dif'ait, Cr efcrincit îles 
'Auditeurs' Cbap. iji. 



GENERALE DES INDES. *7J 

B ien fouuent Blafco Nugncz difoit quel'Empe¬ 
reur 8 c fonconfcilluy auoient baillé pour Au¬ 
diteurs vn ieune,vn fol,vn ignorant, & vu fonauf- 
û Ce fôt ils gouuernez en celle forte: Cepcda efteit 
le ieune, lean Aluarez le fol.Tcjada l'ignorant, qui 
ne fçauoit pasvnmot de Latin. Ce fut à Panama, 
où les Auditeurs commcnccrct à cflrcmal voulus 
du Viccroy, Si à entrer en different les vns aucclcs 
autles,pour fçarfoir quiferoit fupevicur,ou non,& 
fur la maniéré de dcpefchcrles affaires,& let¬ 
tres , qui touchoient le faidl de iuflicc, & du gou- 
uernement, par-cc qu’on voyoit quelques lettres 
données parles Prefidcns, & Auditeurs, autres par 
le Viccroy feulement, lcan Aluarez amena fa fem-" 
me d’Efpagne, 8c depuis la ville du nom dcDicu, 
iufques à Panama la feit porter fur le dos desln- 
diés dâs vnc portoirc.ou hotte qu’ils apellcnt Ha- 
maca. LeViceroy fen mocquoit, & blafmoit fa 
femme. Cela feit inimitié entre eux deux.Ils iuge- 
rent des procès, conflitucrent quelques vns pri- 
fonniers , autres deliurerent deuant que d’eftre rc- 
ccuz Auditeurs, & lcan Aluarez feit montervn 
Gentil-homme fur vn afne, & l’euft faidl fouetter, 
fans les prières de quelques vns, 8c que c’eftoit co¬ 
tre les Loixd’Efpagne.ll faifoit porter auxlndiens 
fes hardes fans les payer, qui efloit contrôles Or¬ 
donnances qu’ilsportoicnr.Par-ce qu’Alphonfe 
Palomin Preuo (1 ordinaire de faind Michel ne f’e- 
doit defeendu de fonchcual, ôcn’auoit accompa¬ 
gné lcan Aluarez fut reprins par quelques parol- 
Icsaigres. Ils mangèrent par pluheurs iours aux 
defpens de leurs hoftes,hommes trefriches,&opu- 
r M iij 




ii 


4. LIVRE DE L H I ST, 

lci)s,&toutesfois dcuoicnt reformer les trop gead 
dcpàtj'cmens, Si richefTes: Chriftophle de Burgos 
eneftoit entre autres : Si fideuoit chalTct hors le 
Peru tous lcsnouucaux Chrcftiens fuiuant l’Edidt 
de l'Empereur. Ils difoict par où ils pafloient que 
les Ordonnances n’eftoient point iuftes, Si que le 
Royn’auoic peuparraifon les faire, Se qu’encore 
moins leViccroy lcs.pouuoit il exccutef,& que 
tout ce qu’il fàifoit fans eux ne valloit rien, encore 
qu’il l’authorizaft du nom de l'Empereur. Ils al- 
loient fouaent fe pourmcncraux champs , & là 
commnniquoicnt enfetnble. Si faccordoient con¬ 
tre le Viccroy, Si ainfi faifoient ils de peur qu’il ne 
euil empefehé leurs aflemblecs,f’ils les eufTent fai¬ 
lles chez eux. Iamais 11c furent contcns qu’il y euft 
accord entre Blafco,&Gonzalle, Si ne fubfignc- 
rent de bonne volonté au pardon,& fauf-conduiék 
que porta IcProuincial des lacobins pour ceux, 
qui voudraient le retirer du party : encore moins 
àccluy que demanda Balchaiar de Loayfa, par-ce 
qu’il exceptait Pizarre, le doéteur Caruajal &rrop 
peu d'autres, difàns qu’il apparrenoit au Roy feu¬ 
lement de pardonner tels dcli«£ts . Ils louoienr Do 
Diego d’Almagro, par-ce qu’il auoit faidk comme 
Gonzalle Pizarre ,1c party duquel ils iuftifioient 
le plus qu’ils pouuoicnt. Ils fc lailferent luborner 
par Bcnoift Martin chappellain de Pizarre. Ils de¬ 
mandèrent pour lors gages tfooo. caftillans d’or 
pour chacun tous les ans, & qu’autremenr ils ne 
tiendraient plus l’audience rant que dureroitl’an 
mil cinq cens quarante quatre.Ils haifloient au c5- 
mencemcnt les procès qu’on faifoic touchant les 


GENERALE DES INDES. Ï7 6 

Xndiés, mais depuis que le Viçcroy fut prins ils fai- 
foientbienlc contraire contre l’Ordonnance, & 
volonté de l’Empereur, difans qu’ils ne pouuoien t 
denier iufticeaquila demandoit. Ils prindrentà 
à Blafco Nugnez tous fes papiers pour fayder de 
ceux qui parloient pour les Prcfidés, & Auditeurs. 
Quand Blafco fut prins il demanda le guidon 
Royal.par ce qu’il ne pouuoit eftre porté que par 
vn Vicerby, & capitaine general .Cepedaluy diéfc 
qu’il en auoit affaire puis qu’il eftoit gouucrneur, 
Prcftdcnt.&Capitaine general. Blafco efcriuit tout 
ce que nous auons cydcflus recité à l'Empereur. 
Les Auditeurs' mcfmeont confirme beaucoup de 
ces choies parles fautes qu’ils ont fai&es, comme 
contient l hiftoirc. Ils difoient qu’ils ne pouuoient 
fupporter le naturel terrible de Blafco Nugnez,qui 
toufiours ne fe pouuoit côtcnir,qu’il ne f’attaquaft 
à eux de parolles hautaines, & fuperbes.Ils f’excu- 
foient afTez de ne l'auoir iamais faid prifonnier, & 
qu’au(Ti ils ne l’auoient mis en liberté penfans que 
l’Empereur feroit mieux feruy par ce moyen,&auf- 
fi qu’ils n’au,oiét peu mieux faire aucc Pizaire, qui 
autrement les eufttuez. Mats ils ne furent point 
crcus pour l’euencmét, & la fin qu’eurent les affai¬ 
res, comme au contraire on adioufta foy àla lettre 
de Blafco qu’il enuoya de Tombez à l’Empereur 
pat fort çoufin Diego Aluarcz Cueto. 

Cimmc Gor>X_*ll‘ eizjmtfc'voulut yptllcrty. 
chup. 173- 

I Amais Pizarrc en l’abfence de François de Car- 
uajal fon maiftre de cap, ne tua, ny permeit tuer 
aucun Efpagnol,fans que tous,]ou la plus grâd part 
M iiij 



4. imu UE E H I 3 T. 

de fon confcil l’euft trouué bon , encor’ vouloic-il 
que foti procès fut faitSt en bonne forme, & q U -jl 
fuftconfdfé deuanr que mourir. Commandapar 
lettres patentes qu’il feit publier par tout, qu’on 
n’cuftàfe feruir d’indiens pour les faire portcr.la 
•fommefurledos,qui cftoitvnarriclc des Ordon¬ 
nances, ny les rançonner, c’cfl: à dire,prendre leurs 
biens-'par force fans payer, fur peine dclavic.il 
commanda auflï que tous ceux, qui auoient des 
Indiens en leurs departemes, eullent en leurs mai- 
fons des perfonnes d’Eglifc,&r preftres pourlcs cn- 
dodrincr en la foy,& religion Crcfticnnc, fur pei¬ 
ne d’eftre priuez d’iceux departemes. Il print grâd 
peine à amaffet le Quint du Roy , & les biens qui 
luy pouuoicnt appartenir , dilhnt que fon frere 
Françoys Pizarre auoit ainfi faid. Il commanda 
qu’on nçuftàpaycr aucü tribut, excepté le dixief- 
me,& puis que les guerres eftoient finics,& Blafco 
Nugnez mort,qu'vn chafcun feruift le Roy,afin 
qu’il rcuoquaft les Ordonnanccs.conlirmafl: leurs 
dcpartemens,& leur pardônalt tout le parte. Alors 
• touslouoicnt fon gouucrncment,mcfme Lagafca, 
apres qu’il eut vcu.les Ordonnances qu’il auoit 
fardes, did qu’il gouucrnoit bien, & allez mode- 
ftement pour vn tyran. Ce bon gouuerneinenc 
dura, comme i’ay did au commencement.iufques 
à ce que Pierre de Hinoiofcmeit entre les mains 
de Lagafca fon armée, qui fut peu de temps apres.. 
Car depuis roue fut renuerfcicar Françoys de Car- 
uajal, & Pierre de Puelles efcriuirét à Pizarrc qu’il 
fe feit Roy, puis qu’aulli bien à la vérité il l’eftoit, 
& qu’il ne fe fouciaftd’enuoycr à l’Empereur des 


/ 


GP.NER.AtE SES INDES. Î 77 

procureurs du pays : qu’il meitpeine,& diligence 
à rccoumcr force chcuaux, cotielets, artillerie, ar- 
quebuzcs, 8c autres armes,quieftoientles vrays 
procureurs, & qu’il print pour foy les quints, vaf- 
. faux, villes 8c reuenus royaux,«des daces qu'auoic 
en ce pays le fecrctairc Couos, fins les auoir meti- 
tecs.Cela ne dcfplcut guetes àPizarre,car vn chaf- 
cun voudroit eftrc Roy : maisiln’ofa toutefois fc 
déclarer tel, encor’ que plülîcüts l’incitaffi-nt à ce 
faire, par ce qu’aucuns de fes plus grands amys le 
blafmoient fil le vouloir entreprendre, ou bien à 
caufe qu’il vouloit attendre que Caruajal fur venu 
des Ciarcas, 8c Puelles dé Quito. Quand ceux-cy 
furenr venus,alors aucü ne pouuoit fortir du Pcru, 
ny tirer de l’or, ou de l’argent, fur peine de perdre , 
la vie. Ils tuoient fans iufticc, 8c fans confeflion, 
tous ceux qu’ils vouloicnt. Us faifoienc mourir les 
riches pour auoir leurs biens : ils ofterent les daces 
qu’auoic Couos, qui luy valloicnt 30000. caftillas 
d’or par an. Aucuns difoient qu’ils ne dôneroient 
point le Royaume à l’Empereur, fil ne leur don- 
noic à perpétuité leurs departemens-.autres difoiët,. 
qu’ils feroient Roy qui bon leur fembleroit ,puis 
qu’ainfi autre-fois auoient faift,apresla ruine d’E- 
fpagne,!infant Dom Pelage, 8c Garzia Ximenez: 
autres qu’ils appcllcroient les Turcs fi on ne don- 
noit le gouuernemét à Pizarre,8c fi on ne deliuroit 
. fon frère Ferdinand. En fomme tous difoient que 
ces Royaumes leur appartenoiet,8cqu’ils les pou- 
• uoient départir entr’eux ,puis qu’ils les auoienc 
gaignez à leurs dcfpens,ayant efpandu leur propre 
fang,à la conquefte d’iccux. 



4. IIVRI DE l’ HIS T. 

Comme Pierre feit deupiter FeU Nugnt 7. 

C%. 174. 

P Izarre fcit faire indice de trois habitas de Qui- 
to.qui auoient eftc côdcmncz par le Licencier 
Lcô il y auoitja fix moys, les departemcs defqucls, 
leurs femmes auffi, ildonna à d’autres, félon au¬ 
cuns,autres quilouent fa clcmcncclcnicnt.il rocic 
ordre aux affaires de celle ville, & puis 0en alla à la 
ville des Roys,qui cft le chef du Pcru,pour faire là 
farcfidence, & gouucrner tout lcreftc, douze mil 
au deçà de Lima,où il fut feftoyc magnifiquement 
par Dom Antoine de Riuicrc. Diego Vclafqucz 
grand mniftrc de Ferdinand Pizarrc l’y vinttrou- 
uerauec lettres de Pierre de Hinoiofç, & d’autres 
Capitaines de l’armee, qui eftoient à Panama, pat 
Icfquellcsilsl’aduertiiroientdc la defaiéte de Vcr- 
dugo,& de la venue du prefidet Lagafca.Hinoiofc 
par deux lettres louoit grandement Lagafca,& af- 
feuroit de pouuoir dcfcouurir ce pourquoy ilc- 
ftoic venu.encor’ qu’il fut bic fin, rufé & fecrct par 
le bô ordre qu’il y niettroir,& fil'cognoilfoit qu’il 
n’apportaft ce qui eftoit bon à tous, qu’il le feroic 
bicn-toft mourir. Ces lettres ruinèrent Pizarrc, 
qui fafleuroie fur icelles, & eftoit au demeurant 
négligent,tenant fon affaire pour toute fai été.Car 
il eft tout certain que.fi Hinoiofe luy euft eferit 
qu’il euft à obeïr à Lagafca, il euft faidhl’ayâr auffi 
bien défia délibéré de mire par le confcil de ces Ca¬ 
pitaines^ autres ges de fçauoir.qui auoient beau¬ 
coup de puiflance fur luy enl’abfcncc de François 
de Caruajal. Ainfi fcconfiant fur Hinoiofe, n’a- 
uoit peur d’aucun finiftre aduenemét,ny d’aucune 


GENERALE DES INDES. 1?% 

difgraçe de fortune, ne failànt compte, ny edi me 
aucune de Lagafca,& n’entendoit qu'à faire felles, 
à courir la canne à cheualàlamoded’Efpagne, & 
autres paflètemps,faifant toufiouts toutesfois bic 
fon deuoit quant au gounernement. Durant ce 
temps on accufa Vêla Nugnez frété du Vicetoy, 5c 
eut la telle tranchée, lean delà Totre en fut caufe. 

Ce Iean de la Torre auoit plus de 106000. caflil- 
lans d’or,5e force lingots d’or pur, 5c vne petite 
cadette pleine d’efmcraudes fines qu’il auoit eue 
par fon allucc des Indics fans leur faite aucun mal, 
par ce qu’il les trouua en vne de leurs fepultutes. 

Il auoit grand enuie de fen retourner en Efpagnc 
auec ce trefor:maisil n’ofoit de peur de Pizarrc,ou 
à caufe qu’il ne fe confioit àperfonne. 11 commu¬ 
niqua auec Vêla Nugnez, afin qu’ils fenalladènr 
eux deux enfemble en vn nauire de Pizarre.Làdef- ' 
fus vinc nouuclles., commeLagafca auoit enuoyé 
Pierre Hernandez Paniagua vers Pizarre, Sc le fai- 
foit gouuerneur. Iean dclaTortc croyant celle 
nouuellc, délibéra trahir Vêla Nugnez, pour gai- 
gncrla grâce de Pizarte. Pour le mieux tromper, 
comme fil pourfuiuoittoufiours fon entreptinfe 
de leur en aller donna 15000. callillans d’or au 
Gardien des Cordeliers, prcfentVela, 5c luyiu- 
ra fur l’Hollie confacree.en prefence du mefmc 
Moyne , de ne defcouurir rien : car Vêla auoit 
peur de quiconque fut, De là à trois ou quatre 
iours , il dit à Pizarre comme Vêla fe vouloit 
defrobber. Pizarre luy di£t qu’ilfeit bonne mine 
pour fçauoir ceux qui fen voudroien.t aller auec 
Vêla. Qn eu print quelques vns, qui par le moyen 



de la torture confeflèrétle tout.ficVclaNugnesi eut 
la telle tranchée, fans élire mis a la qucftiô,ce qu’il 
eftima à grand grâce . llfut décapité pluftoft q Ue 
plulicurs n’cuflcnt voulu: mais il fut hafté àlapcr- 
- fualîon du doéteur Caruajal, qui en auoit peur, 
pourauoir vféde cruauté contre' fonftcrc Blafco 
Nugncz. 

Comme U P o Heur Pierrette Ldgrtfufen tdU 
m Périt. Chdp. 175. 

L ’Empereur ayant entendu les rebellions, fie tu¬ 
multes qui Pcftoicnt cfmcucs au Pcru, à l’occa- 
fion de fes nouucllcs ordonnances, fie l’emprifon- 
nement du Vice-roy Blafco Nugncz, fut fort mal 
content de la dcfobeiflàncc, 5c de la hardielfedcs 
Auditeurs,quil’auoientmisprifonnier, cnfcmblc 
la rébellion de Gonzallc Pizarre. Mais il modéra 
vn peu fon courroux confidcrant que le tout cftoit 
aduenupour n’auoir cédé àl’appel qu’on faifoit de 
l’execution des ordonnanccs.fie par-ce qu’ilvoioic 
parles lettres, qu’on apportoit du Pcru, fié mefmc 
parle récit de Maldonado, que le Viccroy auoitle 
tour, par-ce qu'il cxecutoit les loix trop rigoureu- 
femenr fins vouloir acquicfccr à l’appel.Il exeufoie 
aufiî le Vice-Roy, par-ce que luy mefmcluy auoit 
commande de les exécuter nonobftant appel,cilac 
informe,ou bien trompé, qu’en ce faifant il faifoit 
lèruice à Dieu, Sc que c’eftoit le bien, Sc la confer- 
uation des Indiens, que par là il fatisfaifoit à fa co- 
fcicnce, fie fi c’eftoirl’augniétation de fonreuenu. 
Ces nouucllcs luy redoublèrent la fafcherie,8cfou- 
cy qu’il auoit des guerres d’Alemagne,8cdes Luthe 
riens, où il elloit fort embrouillé, fie les tourmen- 


- 


GENERALE DES INDES-' 17) 

toient grandement, tellement qu’à grande peine 
pouuoic il fonger à celles-cy. Mais cognoiffâc quel 
le importance ce luy eftoie de remédier à Tes vaf- 
faux, & à fes Royaumes du Peru fi riches,& proffi- 
tablcs à fa coutône, aduifa d’y enuoyer vn homme 
paifible,fecret,peu parlant,& fçachâtdcmeflertels 
affaires,qui peut remédier aux maux aduenus par la 
trop grade hauceffe de Blafco Nugncz, qui ne pou¬ 
uoic tenir fon fccrct, &qui eftoie de petite affaire. 

En fomme voulut y enuoyctvn regnard,puis q u ’il 
n’auoit rien gaigné d’y auoir enuoyé vn Lyon.il ef- 
]cut, donc, lcdoéteur Pierre de Lagafca, qui eftoit 
du confcil de l’inquifition, homme caulc & rufé.dè 
petite corpulence, mais de grand efpric, &d’vnc 
mefme prudence accompagnée deboncueur, il 
valloic plus que trois hommes.L’Empercur l’auoit 
ja expérimenté en affaires ardues, & de grande ira- 
portancc.pour les Mores duRoyaume de Valence* 

Il luydonnal’authorité, ficmandemens telsqu’il 
demandoic. Si lettres mifftucs, & blancfigncz de 
fa maiefte comme il vouloir. Il reuoquafes ordô- 
nanccs,& cfcriuic à GonzallcPizarre.d’Alcmagnc 
au mois de Fcurier mille cinq cens quarante ftz.La- 
gafea partit d’Efpagnc auccques peu de gens, & à 
petite dcfpencc, encores qu’il euftdcfialc tiltrede 
Prcfidcnt, mais auecques grande efpcrance, &te- 
. putatioiv. Il defpcndit peu pour faire fon chemin 
pourne mettre l'Empereur en defpenfe, & pour 
monftrer cauteleufcmc'c fa paifiblc douceur a quel 
qucsvns du Peru, qui alloient auec luy. Il mena a- 
tiec foy pour auditeurs les deux doéteurs André de 
Gianca, Sc Reuterio liommcc de bien, aufquelsil 



4. LIVRE DE L’tilSÎ. 

fc fioic aflcz. llacriuaau Nom de Dieu, fans dfo 
l’occafion qui l’aménoit. Quand on luy parloit de 
fil venue pour tirer quelque chofé de luy,il refpon- 
doit fuiuant TafFeétion de celuy,à qui il parloir, Se 
par celle pouruoyance il les deccuoir tous.il difoic 
finement qucftPizarrcnc le vouloit receuoit.il 
fen rcrourneroic vers l’Empereur incontinent.n’c- 
flant point venu pour faire la guerre,par ec qu’elle 
ne conucnoit à fa profcllion, ny à fon habit,ellant 
preftre, &'qu’il n’ciloit venu que pour mettre paix 
par tout en reuoquant les Ordonnances, Si prefi- 
dant feulement en l’Audience fuiuant l’cftat.&of- 
ficeique l’Empereur luy auoit baillé.U manda à 
Melchior Verdugo, qui venoit vers luy aucc quel¬ 
ques lôldats pour l’accompagner, & luy faire fer- 
uicc.qu’il ne palfaft point ou tre: mais qu’il demeu¬ 
rai! là.atrendantccqui enaduiendroit. Il meit or- 
dreà quelques chôfes, & puis fen alla à Panama, 
laillàntan Nom de Dieu pour Capitaine Garzia de 
Paredes,auec des foldats que Ferdinand de Mexia, 
&Dom Pierre de Cabrcrc Capitaines de Pizarrc, 
luy donnèrent pour défendre celle code de quel¬ 
ques cortàircsFrançoys,qui vouloient venir allàil- 
lir celle ville: Mais ils furet enfoncez pat le Gou- 
uerneur defainéle Marthe. 

Ce ijne Ldgtju efenuit à Concile Pierre. 

Chap. 17 6. 

Q Vand Lagafca futarriuc à Panama.il entendit 
mieux en quel ellat elloit l’armcc,& ce qu’on 
ditoit de Pizarrc. Il faifoit des pratiques le plus 
fecrettemenr qu’il pouuoit,& voyant les forces de 
Pizarre, il difeouroit en foy mefmc qu’il les falloir 





CINtSAU DES INDES; îSô 

rompre ou par plus grades,ou paraftuce.il efcriuir 
à Quito, Nicaragua Mexicque, à S. Dominique,& 
autres lieux pour auoir homes, cheuaux, & armes, 

& enuoya au Peru Pierre Fernandez auec lettres 
pour les chapitres des villes, par lefquelles il don- 
noir à entendre comme il cftoit venu pour reuoc- 
quer les Ordonnances. U luy bailla aufli vnc lettre 
de creance de l’Empereur pour Pizarrc.par laquel¬ 
le l’Empereur foubs couleur d’eferire autre choie, 
diflimuloit tout ce pourquoyilauoit enuoyé,& 
en efcriuit à luy mcfmc vn autre longue, & ample, 
pleine de bonnes raifons tendantes 1 fin qu’il meit 
les armes bas, qu’il fe dcmcit defon gouucrncmcr 
& fe meit entre les mains de l’Empereur, qu’il api 
portoit la reuocation des Ordonnances,pardon 
pour tout le pa(Té,commiffiô pour difpofcr, & or- 
dôner des valTaux, & peuples auec l’aduis des gou- 
uerneurs des villes au proffit des Efpagnols, & In¬ 
diens , permifiion de faire nouucllcsconqueftes, à 

fin que ceux, qui n’auoient aucuns departemés, ny 
offices, en pculTcnt auoir, pour lemaintenir. Pour 
conclu lion il luy remonftroit qu’il ne fe fiaft point 
à ceux , qui iufques à l’heure prefente l’auoient 
luiuy, par ce qu’ils l'abandôneroient par le moyen 
du pardon general que le Roy leur cnuoyoir, & le 
tucroient pour faire feruiccàrEmpereur,&luy fai- 
foit dextrement trouuer bonne la paix, en defpri- 
fant la guerre. 

Corne PtTjtrrefe cofetlU fur les lettres de Ugdfat. Cfc.177. 

P ierre Fernâdez arriua à la ville des Roys,& pre- 
fentafes lettres à Pizarre à l’heure qu’il le veid 
fcul. Pizarre luy tint quelques paroles rudes, & no 




luy di<ft qu’il faffcid, dequoy Pierre Fernandez f c 
choiera. Pizarre eriuoya quérir Cepcda.par ce que 
François de Caruajal n’eftoit encore de retour des 


Ciarcas.pour luy communiquer les lcttrcs.Cepcda 

ayant trouué l’vn dcfpité, & l’autre en colcre, feie 


allèoir PierreFernadcz.&reprit Pizarre qui luy ref 
pôdit en liât: le vous iurc que ie me fuis courrou¬ 
cé ie ne fçay commenr,parce qifil me difoit que ce 
que nous auons cncommcncc ne poura pas rcûllîc 
ailémcnt. Ceped.a, apres auoir communiqué quel¬ 
que efpacc de tempsenfemble fur pluficurs affaires 


elpacc de temps enicmoie mr piuucurs affaires 
alla, & emmena auccfoy Fernandez, &lelo- 
lamaifondclaRiuiere, où il fut bien fe- 


ftoyé. Il luy donna des chcuaux pour picquer par¬ 
ce qu’il aymoit-fort aller à chcuaï,J& courir fouucr 
dcfl'us. Il fcfaiToit plulîcurs affem blccs pour la ve¬ 
nue, Scvn chacun difoit ce qu’il defiroit. Pizarre 
n’adioufta foy aucune aux lettres du dodlcurLa- 
. gafea, encorcs moins aux parollçs de Fernandez, 
croyant pour certain que ce n’eftoient quetrom- 
pericsponrlsdcccuoir. Ilappella les plus piinci- 
paux, Sc leur leur fes lettres , il demanda l’opi¬ 
nion de tous ,&iurafur l'Image delà Vierge Ma¬ 
rie qu'vn chacun pouuoit librement direfon auis: 
Ils ne fy Soient point tous.toutesfois de forte que 
plufieurs d’entr’eux ncparlerct en toutelibertccô- 
me ils éulTent bien voulu:Cc que fils euffent faiét, 
ou fi on n’cuft point encores apporté les lettres de 
Hinojofc, Pizarre fe fut nais entre les mains de La- 
gafea fans doute aucun. Car François de Caruajal, 
qui eftoic ce luy, qui luy confcilloit de fe fàireRoy 
&ne fe foucicr de l’Empereur, n’eftoit point euco- 





GÉNÉRAL! DES INCES. itfî 

res là. Ce furquoy ils confulterent lé plus,fut,à fça- 
uoirfils laiflcroicnt entier Lagafca ou non, £ico¬ 
rne ils letueroient, il ce fevoit apres qu’il feroic ta* 
trc, Si n’auroit voulu faire ce qu’ils voudroicnt, où 
bien iiceferoita Panamai La plus grande opinion 
fut qu’on ne le laiiTaft entrer, «Rapprocher, par- ce 
que telle cftoitlavolontéde Pizavrc,quiauoicfor¬ 
ce, Si cfperancc furHinoiofe. Aucuns difentqu’il 
feroit bon donner le dçgaft à tout le pays de Pana¬ 
ma, Si du nom de Dieu . afin qucleshabitasdcces 
villes,qui fauorifoict le parti dü Roy •n’euffet moic 
de recueillir aucunes prouifions, & qu’ilfailloit fc 
faiiîr de cous les v ai fléaux, qui eftoient en lamer de 
Midy, afin qu’aucun ne peut entrer àüPeru : qu'il 
falloic auflicnuoycr pt“ de soo.arqbuzîers vers Ni¬ 
caragua, Guatimalla,Tecoantepcé,& Xalifco pour 
efinouuoir toute la npuucllc Efpagne,&-les autres 
prouinces à prendre le party de-Pizarré,- faflèurans 
de trouuerlà beaucoup de fouffreteux-,6c mal-con- 
tcns,& fil n’aducnoic,cômcils efperoiéc, que pour 
le moins en fc retirant on pillcroit,& brufleroit on 
tous les peuples de la marine, de forte qu’il ne fau- 
droic plus défendre que foy mefmc/ans auoiv foin 
de fafleurer d’auantügc fur fes voifin's. Ce fut vnc 
entreprinfe plus mal heureufe qrle délie que on a- 
uoit défia cncommen'ccc . Eftantsdonc tous d’ac¬ 
cord, ils feirent rcfp'oncé enfcmble par vne lettre 
feule, le voulant ainfi Pizàrrc pour fauthorifer d’â- 
uâtage, afin que Lagafca veid comme tout le pays 
le fauorifoit, Si aulï pdu'rcftre'plus afleuréd'eux, 
fobligeans tacitement àluy en foubsfignanrstous 
ccfte lettre; Elle fuc lignée par plus de foixante per 


4 - livre de lhist. 
fonnes des pl 9 notables, & par Ccpeda le premier, 
comme lieutenant general de Pizarrc tant en guet! 
r«,qu’çn iuftice. 

La lettre. 

N O ftre honoré feigneur,par les lettres de Pier- 
redcHinoiofc capitaine de l’armce nousa- . 
uons entendu voftre venue,Stic bon zcle que por¬ 
tez au feruicc de Dieu,de l’Empereur,Seau bien cô- 
mu de ce pays.Si fnflicz venu en vn temps, auquel 
ne fut aduen.u tant d’affairçs , comme il en a elle 
veu en ces pays depuis la venue de Blafco Nugnez 
Vêla,nous enflions elle ttéfai(es,& euflions cftimé 
quelc; toutfefuc encor mieux porté. Maiseftans 
furuenus tât de meurtres,&dc batailles entre nous 
autres, qui fommes encor viuans,& ceux, qui font 
morts, nous ne penfons point que voftre venue 
en ces Royaumes foit fcurc pour le pays, ainsau 
contraire eftimons qu’elle pourroit cftrc lacaufe 
feule de ruiner toutlcrcftc. Pour celle caufc aucun 
n’eft d’aduis que vous entriez plus auant,& ne fça- 
uons comme nous pourrions (àuuer la vie à celuy, 
qui voudrait dire du contraire encore- que noftre 
gouuerneùr Pizarrc fut de fi part. Suirtantla deli- 
beratio,St accord de tous, tous ces Royaumes cn- 
uoyent procurcurs vers l’Empereur noftre Roy,St 
feigneur auec entière information de tout ce, qui 
feltfaidt iufques à auiourd'huy depuis que Blafco 
Nugnez arnua. Par là ils demonftrcntcuidcmmcc 
leur innocence, St iuftification, St la faute, St or¬ 
gueil de Blafco, qui jamais t\f voulut acquicfcér à 
l’appel qu’on luy prefentoit fur l’execution des or¬ 
donnances , les exécutant auec toute rigueur, fai- 




GENERALE 1 DES INDES- i8z 

ïânt guerre, ôc vfant de force au lieu de iuftice. Ils 
fiipplientrEmpcreürdeconfirmcrlcfeigncur Qô- 
zalle Pizarre au gouuerncmcnt du Peru, comme il 
le tient maintenant;puis que pat fes vertus, ôc fer- 
uices il le mérite, citant aimé de tous, 6c edimé 
pourperede la patrie. U ma mH c nt les Ilo vau mes 
en paix, 6e indice, prend garde aux Qrnnts, ôe da- 
ccs du Roy, il entend fort bien les affaires, 6e gou- 
uerne auecqucs vnelongue expérience qu’il a. Ce 
q’u’vn autre nepourroit pas de long temps enten-. 
dre,6e ce pendant que le peuple, ôc pays fouffriroit 
de grands dommages, 8c pertes. Nous nous alleu-, 
ronsque l’Empcrcurnousferaccdegrâce, parce 
que jamais no 9 n’auôs failli à luy faire feruice quel¬ 
ques dcfordrcs,rcbclli5s, ôc guerres furieufes ioiéc 
aduenues parfes iuges, 6c gouuerneurs, qui ont 
pille fes biens,6c prins, 6c confominé fes reuenuz. 
Nous efpcrons autti qu’il-approuuera tout ce que 
nous auons faidt pour nodre deffcncc, ôc qu’il ne 
trouucra mauuaisfinous auons petfidé en nodre 
appcl.il n’y a pas vn de nous autres,quiluy deman¬ 
de grâce,ou pardon. Audi nations nous point fail¬ 
li, mais au contraire nous auons faift feruice à fa 
maiedé en confcruant nodre droift comme fes 
loix le permettent. Nous vous attentons de nodre 
part que fi Ferdinand Pizarre, que nous aimons 
grandemenrfut aufll bien reuenu par deçà comme 
vous, nous ne l’euflions enduré entrer plus auant, 
non plus que vous, ou nous fuflïons deuant tous 
mortsicar en ces pays nous ne nous fouciôs d’auc- 
turernos vies pour conferuerl’hôneur, encor’ que 
ce foie pour chofes legieres, tellemct q bié pludod 




r 


4. LIVRE DI l’hIST. 
nous Icsauanturcrons en ceft. affairc,où il ne va rié 
moins que de nos biens, de l’honneur, & de la vie 
mcfmc.Nousfupplionsdont voftrc feigneurieque 
pourle bon zele,& vray amour que toulîours aùcs 
cu,& aucz encor au fcruiccdc Dieu,& du Roy que 
vous retourniez en Efpagtie, Sc informez l’Empe¬ 
reur de ce, qui cft propre à ces Royaumes, comme 
voftre prudence peut voir,& que ne donniez occa- 
fion que nous mouriôs tous en guerre,&que nous 
acheuions de tuer les lndics,qui (ont reliez des aü- 
tres guerres pallccs, puifque par la deliberation de 
tous il ne peut venir autre fiuiél. Le capitaine Lau¬ 
rent d’Aldcne fen va pourtraidlcr auccqucs vous 
des affaires, qui touchent ces Royaumes, vous ad- 
ioultercz foy, fil vous plaift, à tout ce qu’il vous 
dira:Dcia ville des Roys ce quatorzième d’ChSlo- 
bre mil cinq cens quarante lîx. 

Hinoiofe met l’armee,de.Pierre entre les mains 
Je Ugafcd. cbap. 17S. 

"Qlzarre fut long temps à mettre ordre àfes pro- 
JL curCurs qu’il vouloir enuoycr en Efpagne . Les 
procurations de tous les chapitres desvilles cltoicc 
jafaidespourenuoyer auccicellcs Laurent d'Al- 
denc.Mais jamais ne pouuoit venirà bout de le de- 
pefeher,par-cc qu’il elloit touliours cmpcfchc par 
François dcCaruajal, quinc vouloit point de re¬ 
pos, ny de paix, & le loucioit encor moins d’Efpa- 
gnc. llfutneantmoinsen fin depefehéauee celle 
lertrc vers Lagafca,& Iuy bailla on pour côpagnon 
Gomez deSolis. Onycnuoya encoresauecques 
luy Pierre Lopcz,en prcfencc duquel toutes les c6- 
fulcations auoient elle faites.Pizarrc pria frère Hié. 




GENERALE DES INDES. 2-Sj 

rofmc de LoayCiEucfqüçdslayillc, & frère Tho¬ 
mas de Saindt Martin Prouincial deslacobins de 
fen aller auec eux, afin que par celte rufeils aban¬ 
donnaient fou party,& le mcilîent du codé de La- 
gafea, ou bien pour les chafier horsduPetu fe dé¬ 
fiant d’eux. Pizarrc offroit à l’Empereur grande 
fomme de deniers,luy demandante gouuernemct, 

Scie priant de ne lcucr point le quim.&fe côtenter 
feulement du dixième pour certaines années. C’c- 
ftoit vn des articles que portoit fon argent. 11 eferi- 
uit par luy mefmc à Hinoiofe qu’il donnait50000 
caftillans d'or, ou plus à Lagafca, afin qu’il fen re¬ 
tournait, ou bien qu’il letuaft'le mieux qu’il pour- 
roit. Ainfi il depefeha Laurent d’Aldene, & fes cô- 
pagnons qui fen allèrent à Panama, llsprefcntc- 
rent la lettre à Lagafca, & l’aduertirent comme on 
le vouloir tuer, Sc que partant ily print garde. Us le . 
feiréraufll certain quePizarrenclereceuroitpoint 
& qu’il yen auoit plufieurs auPeru, quidcfiroict 
grandement fi venue pour fe ioindre de fon codé 
au feruicc du Roy. Le prefident Lagafca qui ne 
penfoitpoinc deuanc qu’on l’eult voulu tuer, eut 
grand peur, voyant les lettres des Pizarriltes, Sc 
les nouuelles qu’on luy difoit. Alors il déclara 
entièrement à celuy, qui eftoit allé par deuers luy, 
l’occafion,pour laquelle l’Empereur l’auoit enuoic 
& tout ce qu’il auoit enuiede faite. Le capitaine 
Hinojofc l’ayant fceumeit aullî toit de fa bône vo¬ 
lonté, par-ce qu’aucun ne l’cult peu contraindre, 
fon armee entre les mains de Lagafca, quifine- 
mentl’auoit toufiours follicité àce faire par fub- 
tils moyens, Sc cautclles, luy faifant de grades pro - 



/f. i, 1 y *. E Ut J. H I s T. 

méfiés. Par là commença la ruine de GonzallePi, 
Zaïre. Lagafca ayant l’armee en feit capitaine ge¬ 
neral le mefme Hinoioïe, Si rendit la charge des 
nauircs, Si les en feignes aux Capitaines,qui l cs tc _ 
noient nagucrcs pour 'Pizarre. Ce fut faire de ne- 
celïiré veitu , d’vn traillre en faire vn fidcllc, Sc 
loyal.il cftoicaifc au pofliblcdefc veoirvnear- 
mee entre les mains , croyant défia auoit bien en- 
commencée l'on affaire. Aullî,à dire vray,iamais,oii 
bien tard euft peu faire rcullir Ion entreprinfe, par 
ce que iamais il neuf! peu aller au Pcru par mer, Sc 
fi il y euft voulu aller parterre, comme il penfoie 
au commencement, il euft enduré de grands tra- 
uaux, la famine le froid, Si autres dangers deuant 
qu’y arriucr. Incontinent doneques que Lagafca 
fut maiftre de celle armée il enuoya l'Auditeur 
Cianca pour auoirl'artillerie, qüfccftoit au Nom 
de Dieu, pour en garnir les nauircs, & fon armée. 
11 enuoya es Illcsprochaines Paul deMenefcs, Ieâ 
de Lancs , Sc Iean Alphonfc Palomin auccqucs 
quelques vailfeaux pour garder la coftc.afin qu’on 
ne peut aduertir Pizarre, cômc Hinoio/éluyauoic 
baillé fon armée, Sc des préparatifs de guerre qu’il 
faifoit contre luy. Ces trois pritidrent Gomez de 
Solis, qui fen valoir cherchant le capitaine Alde- 
ne,ceftuy cy déclara encore mieux au long 1’inten-r 
non de Pizarre. Lagafca pour auoir d’auantage de. 
gens de guerre. S: de munitions enuoya à Nicara¬ 
gua,lanouuellc Efpagne,aunouueauRoyaumede 
■Grenade, à faindt Dominique, & autres lieux des 
Indes donnantà entendre à vn chacun comme il 
auoit défia en fa puiffance l’armee de Pizarre, qui 






GENE RA IE DES INDES. 184 

cftoic la principale force dutyran . Il ordonna vn 
hofpitalàla mode delà court, aücc fon médecin. 

Se apoticaire, qui fut vn grand remede pour ceux, 
qui eftoient malades, Se qui feroient bleflez en la 
gtierre.il en dôna la charge à F. François de la Ro¬ 
que,Mathurin . Il chercha deniers pour payer les 
foldats. Se entretenir les gentils-hommcs,& fe mô- ' 
ftroit courtois, liberaI.Sc courageux,tellement que 
ceux,quiauoient efté duparty dePizane.l’cfti- 
moient plus qu’ils n’auoicnt faiftpar cydcuant, 
fpeciàlement 'confideransfa prudence, qui choit 
grande en vn cotps fi petit, Scfluet.il depefeha auC 
fi Laurent d’Aldcne.lean AlphonfcPalomin.lean 
de Lanes, Se FerdinandMexia aucc quatrenauircs 
pour porter lettres auPeru.commandantà Laurét 
d’Aldene, qui eftoit general, de n’aborder en lieu 
quelconque deuant qu’arriucr à Lima, Se en don¬ 
nant aux habitans de celle ville le pardon general. 
Se la reuocatiô des ordônanccs, criaflcnt toufiours 
le nom du Roy,Se delà couruflént la code, Se qu’il 
enuoyaft quelques vns à Arequipa.Se autres à T ru- 
fiulio . On dit que pour auoir couleur de mouuoir 
la guerre il feit v ne information contrePizarre, 8c 
fes adherans,comme ils auoient prins Paniagua.Sc 
de leur mefehante intention, Se rébellion, de fa¬ 
çon , qu’ils fentendoient tous deux bien en leurs 
affaires.par ce que fi l’vn eftoit corfàire, l'autre n’c- 
ftoit pas moins diligent, Se aduifé que fil euft efté 

luy mefme corfàire. «. ~~S&s 

Comme placeurs fe rebelleront contre Pierre f⬠
chons que Lugnfca tuait eu l'irmee. 

ch»p. 179. 




J n e ceux du Peru, apres qu’ils curent entendu 
ce qu’auoit fai&lc prefident Lngafca , & la bonne 
façon, de laquelle il vfoit enuers vn chacun. Ce 
changement commença furies lettres qu'apporta 
Pàniagua, & fut fort aduancc quand on feeut que 
Hinoiofeauoitmis fonarmee entre les nyinsde 
Lagafea. De ceux qui fe rebellèrent contre Pizarre, 
on compteDicgodcMora en la ville dcTrufiglio, 
quidelà fcalla à Caxatnalca, où il alfembla tous 
ceux,qui fenfuyoient de Pizarre,& enuoya les let¬ 
tres de Lag.ifca,& d'autres que luy auoit baillé Al- 
dene, à plulicurs peuples, afhn qu’ils demeuralFcnt 
fermes ait feruice duRoy.Gomez d’Aluarado fe re¬ 
bella en Leuant auxCiaciapoias,&Ica de Sajauedre 
de Guanuco, Iean Porzel de Ciquimayos, ceux de 
Guanianga.&autrcs faflcmblerent tous cnfcmblc, 
auec D iego de Mora à Caxamalca. Alphonfe Mer- 
cadig/io Jailli le party de Pizarre à Xarza, & Fran¬ 
çois d’Olmos à Guayaquil, où il tua Emanuel Sta- 
tio, qui eftoir pour Pizarre. Rodcric dcSalazara- 
bandona Pizarre à Quito apres auoir tucPucIlcs, 
quipenfoitfe declarerpourlc Royle lendemain, 
ainfi que déuant il auoit dit à Diego d’Vrbine. 
Diego Aluarez en feit autant à Arcquippa aucc- 
ques vingt autres,qui appelèrent Diego Centeno, 
qui eftoir encores cachéparmy des Indiens, qui 
eftoient à Cornejo, comme nous auons eferit cy 
deuanr. Centeno oyant ceftc nouuelleaifcau pot 
iïble lortit de fa tanniere,&fen alla auecquesLoys 
de Riuiere à Diego Aluarez. Ils aflemblerent en 
peu dç temps plus de quarante EfpagnoJs, & en* 


. CE K ER ALI DES INDES. 

crciceuxy auoicquelques vns dechcual, quife- 
ftoienteilcuez, quand ils onytent no^iclles que 
Cenccno comparoiiToic. Ilsfenallèrent tousàla 
ville de Cuzco pour la faire efleuer pour le Roy. 
Quand Antoine de Robles le fccut, il fe meit en la 
place auec trois cens hommes, qu’il deuoit bictoft 
meneràPizarre, penfcnt'que Cenccno amenait a- 
uecqucs foy plus de gens, puis qu’il entreprenoie 
de prendre celle ville. Diego Centeno entra de¬ 
dans fccretteraent, Se aiTaillft les ennemis : il en 
mourut fept en combattant, Se luy fut blcfie. 
L’Eucfque frere Ican Solano accourut à ceftcmef- 
lee. Si fur peine de def-obeilTance à Dieu, Seau 
Roy, Se d’eftre excommuniez,lesfeit ceffer, 8c qui 
Voulu t fc meit du party du Roy.Le lendemain Cé- 
reno feit trenchcr la telle à Antoine de Robles, Se 
tous les autres fc rangèrent de fon cofté au feruice 
du Roy. Il feit attacher l’cnfeigne du Roy, depuis 
laiflala ville a la dcuotionduRoy, Se fen alla en 
la prouincedcs Ciarcas contre Alphonfe deMcn- 
doze,8e Iehan de Siluere.qui ciloient auec 400,cô- 
batans en la ville de l’Argent pour aller versPizar- 
re. Mais Mendozze, SeSilucre vindrent au de- 
uant de luy pour faire feruice au Roy, fuiuanc 
vne lettre qu’il leur auoit eferit. Se auffià caufe 
qu’ils voyoient que Centeno menoit auecquesfoy 
près de cinq cents hommes. Quand Centeno eut 
ce renfort il alla fe loger’a l’cntree du lac de Tiqui- 
caca, pour attendre là ce que le Prelidcnt Lagafca 
luy commandcroit. 

Comme ftyrrelaifttle fer». 

Clup. -iSo. 





I 

: 


O Nneftauroit dire le dueil que print Pizarréj 
& letftens quand ils feeurent que leur armeê 
cftoit en la puiftàncedc Lagafca fe complaignans 
de la fiance & amitié qu’ils auoient portée à Pierre 
de Hinoiofc,non fans fe repentir de n’yauoircn- 
uoyc pluftoft Bacicao en fon lieu, & encor’ difoit- 
il,enfc moquant,qu’il ne pouuoit fortir autre cho- 
fe de la bonté,& animofité d’Hinoiofe, quclcs 
chiens, qui abbayoient eftoient meilleurs, & non 
fi dangereux que ceux qui mordoient fans inpper, 
par ce qu’on ne l'approche pas d’eux. Ils môftroiéc 
toutefois bô courage, par ce qu’ils eftoient grands 
feigneurs au pays. Pizarre voyant qu’on ne faifoit 
point contenance de le vouloir allaillir par mer, 
enuoyaàla ville de Quito pont faire haftcrles fol- 
dats qu’auoit Pucllcs, & à Trufiglio pour auoir 
ceux dé Diego de Mora,à Cuzco , pour faire venir 
Antoine de Roblcs auec les fiens,à Arcquipa pour 
amener ceux de Lucas Martin, aux Ciarcas, pour 
diligéterlean de Silucrcaucc fes troupes, aux Cia- 
ciapojas pour faire depefeher Goracz d’Aluarado 
auec fes gens, à Guanuco pour ptelfer Iean de Sa- 
jauedre de frire marcher ce qu’il auoit de gens de 
guerre,&ainfi en tous autres lieux.ll commanda à 
Ieand’Acoftc qu’il fen allait courir le long de la 
coftcauec trente chcuaulx. Ce qu’il feit,& futiuf- 
ques à la ville de Trufiglio, laquelle il print, par ce 
que tout le peuple fen eftoitfuy dedansles mon¬ 
tagnes auec Diego deMora,&filcuft eu 200.che- 
uaux, il fuit allé iufques là, & les cuit dcfaiéts. Il 
print à Sainéte trente hommes de Laurent d’Al- 
dene, femocquant deL’cmbufche qu’on luy auoit 



GENERAIS DES INDES. l8<î 

dreflfee, & les mena à Lima. Aucuns difent que cc 
n’eftoient point foldats d’Aldene, mais feulement 
mariniers,qui puifoient de l’eau. Pizarre f’informa 
particulièrement deceux-cy des préparatifs, 8c du 
courage de Lagafca. 11 renuoya le mcfme Acofte 
aucc plus de deux cents chcuaulx apres Aldenc, 6c 
Diego de Moca.vnaisileftoittvop tard-.car de Mo. 
raeftoitja puiflùnc, 8c eftoic alfcurédcsaffeaions 
de ceux qu’il rnenoit pour le fcruice du Roy. Die¬ 
go de S curie, Raodonc, 6c autres f’enfuirent d’A- 
cofteà Mora. Rodcric Mcxia en vouloir autâtfai- 
re.mais il fut arrcfté.ôc eut la telle trcchee. Pizarre 
rappclla lehan d’Acoftc, luy donna d’auantage de 
gens, 6e l’enuoya contre Centeno, qui apres auoir 
pillé la ville de Cuzco fen alloic à celle de l’Argéc. 
Audi toft Laurent d’Aldcne atriua au porc auçc 
quatre nauires, ôc fut caufc de troubler,Ô£ changée 
les efprics des habitans, 8c affrétions des foldats,6c 
amis de Pizarre, par ce qu’il enuoya en la ville le 
capitaine Pegna auec les lettres de Lagafca, 6c les 
copies de la commiffion qu’auoit lediét Lagafca 
de la part de l’Empereur. Pizarre voulut fubovncr 
Aldcne par vn nommé Fernandez,mais il ne peut. 
Il leur les lettres ôcfeconfcilla de ce qu’il deuoit 
faire. Il crouuaqucplufieurs eftoient bien chan¬ 
gez depuis ladcçnierc confultation. Alors il per-, 
dit vn peu de courage, encor’ que toufiours il dit 
qu’aucc dix de fes amys,qui luy refteroiét, il pour- 
roic fe confcruer,8c conquérir denouucau le Péril, 
tant eftoit grande fa cupidité de régner, où pluf- 
toftàvray dire fon orgueil. La delllis Alphonfe 
Maldonado le riche, Vafco, 6c Ican Pèrez de Gue- 


uare,Gabriel, Se Gomez de Roias, le do&eur Ni- 
gno,François d’Ampucro, Hierofitae AIiaga,Frà- 
çoisLouys,Martin de Roblcs.AlfonfcdeCarcctes, 
Bonauenture Bcrrrand,Fraçois de Retamofc,&pl u 
fleurs autres fenfuirct de l’armée de Pizarre.Alors 
Frâçois deCaruaial chantoit ces deux vers lirez d’v 
ne chanfon Efpagnollc. 

Ces miens cheveux im empois air,fy foml/re 

Pttr efcjiuciron petit on T 'erra rompre. 

Comme fil vouloir dire que luy fcul auccpcu 
de gens pourroit rompre vnc gro(Te année, & que 
par tant ne le foucioit de ceux qui fenfuyoient. Pi¬ 
zarre entra en grand defefpoir voyans fes amis de- 
uenir fes ennemis. Aucuns fc rangeoiét au porrvers 
Aldene, autres demeutoient en leurs maifons. Il 
ne fçauoit plusfur qui fe fier ayant peur de tous,fui- 
uant la malédiction de tous les ty rans.ll ne fçauoit 
où fe retirer, àcaulc que Diego de Moracftoit à 
Cax.unalca, Diego Cëteno à Cuzco,& que toutes 
les villes cftoient contre luy. llfen alla à Arcqui- 
pa ayant toufiours grand foing qu’aucun ncl’a- 
bandônalt,fi eft-ce toutesfois que le dodteur Car- 
uajal, Se fes parens,& amis fe retirèrent encor’ d’a- 
uecluy. Il emtoya contremander lcan d’Acofte, à 
fin qu’il fuit mieux accompagné. Acofte,qui eftoit 
.à Guamanga voyant la necellitc dcPizarre, vint en 
grande diligence,&perdit en chemin Paez dcSor 
to Mayor fon mailtre de camp,Marcin d’Olmos a- 
uec vnc bône partie de fa compagnee, Garzia Gu- 
tierrez deScobar, GafpardeToledo, &plu(îeurs 
autres, pat ce que le bruidt couroit que Pizarre fé- 
fuyoit. Voila comment Pizarre abadonna la belle 



OtMERAIE DES INDIS, zS 7 

Ville de Lima,chefdu Pe'ru,&arriiia en la ville d’A- 
icquipn aucc propos de fc retirer du roue hors de 
ce qu il auoit conquis. Aldenc fc meit dedas Lima, 

Si lean AlfonfePalomin, & Ferdinand Mcxia fen 
allèrent à Xauxa, pour ralfcmbler gens,& attendre 
Lagafca & fon arraeC: 

.. U hilloirc de Pierre corttrt Ctnitno. cL/t. i8r. 

Q Vand lean d'Acoftc futarriucàArequipa,Pi- 
zarre confulta aucc les liens ce qui cftoit be- 
foin de faire pour fauuer leûrs vies, & leurs biens, 
c’eft à dire leurs deniers, puisqu’ils nepouuoienc 
fauuer le pays:car ils n’eftoiét défia plus q 48o.8çles 
autres du Peru eftoient contre eux.Aians,dôccon- 
clud entr'eux de fc retirer en quelque lieu de la prq 
ilince de Chili, où iamais Efpagnol n’euft elle, ot 
pour conquérir nouucaux pays, ou bien pour fc rc 
monter contre Lagafca, aduiferent de fc faire che¬ 
min par où elloit Centeno: car.il fallqit par force 
palfer par entre fes ennemis, &fi Pizarre youloit 
fc mettre en feurte, & fçauoir combien, & quels 
dcmeurcroicntfermesauéeluy, &fiauoit bonne 
enuie de pratiquer quelque accord auecLagafca fui 
uant le confeil de Cepeda. Il enuoya François de 
Spinofa aucc trente chcuaux pat le chemin,qui co¬ 
difie à l’cntrce du lac de Tiquicaca, & luy didbqy’il 
commandai!: aux Indiens de faire prouifions tic vi- 
urcs, affin que Cernent) penfaft qu’ils deulTenr 
palfer par là, &fen alla auec tous fes gens par Vr- 
cofuyo coftoyant les montagnes .11 prit quelques 
vni, quifcïloient trop efcartczj.&.vn preftre, qui 
portoit vnc lettre de Centeno à AldenciFrâçois.dc 
Caruajalle pendift. Centeno eue aduenÜfcment 





de l’intention de Pizarre parle moyen des ferul- 
teurs de Paul Ynga, qui eftoit auec luy.ôc aùflî jp at ' 
le moyen du capitaine Olca, qui fc vint rendre de 
fon colle. Par leconfeil de quelques ieuncs il feie 
couppcrle pont de l’entrce du lac, 8c laiila ce lieu 
, forr,l’en allant à Pucaran de Collao pour là atten¬ 
dre fon cnncmy, 5c luy donner la bataille, croyant 
auoirlavidloireen là main, 5c voulût auoir I’hon- 
neur de tuer, où vaincre Pizarre. 11 méit Tes gens 
en ordre, comme pretfs à combattre,& les feit ap¬ 
procher pour eftre plus près de l’en ncmy,q eftoit à 
Guarine rj.mil de Pucaran,où pour auoir l’eau de 
fon collé. Il planta fon camp aumeillicu d’vn che¬ 
min, en vnc plaine, Si fi eftoit le lieu allez aduan- 
tageuxpour luy,5c le lendemain, qui eftoit le iout 
des iiooo.-Vrcrgesl’an 1547. il départit fes 1100. 
hommes qu’il auoit en celle façon : il feir deux cp- 
quadrôs de toute fa cauallcric,qui montoit à deux 
cents foixante chcuaulx.il mcit le plus gros à main 
droiéle,Sc en donna la chargea Louys de Riuicrc 
fon maiftre de camp,5c a Aiphonfcde Mcndozze, 
Si Hierofme de Villegas. Il donna l’autre à Pierre 
deiosRios, Antoined’Vlloa , 5c Diego Aluarcs. 
L’infanterie fut rnife tout cnfemble, 5c en eftoicnc 
capitaines Icâ de Silucre, Diego Lopcde Zuniga, 
Roderic dePatoyc,Françoys de Retamofe,5c Iean 
de Vargas frere de GarcilalTo delà Vcga,qui eftoit 
auec Pizarre. Centcno, qui eftoit malade de pleu- 
refîe, ainfi qu’on dit,fe tint à part à regarder la ba¬ 
taille auec l’Euefque de Cufco,frere HieroftneSo- 
Jano,rec6mandant fon armee, 5c la vidtoireà Jean 
de Siluere, 5c à Alphonfe dcMendozzc. Pizarre* 




GENERALE DES INDES. Z8S 

qui fçauoit pair ces efpics tout,fortit de Guarinc a-; 
ucc 480. Elpagnols,ildonnalachargedc8o.che- 
uaulx qu’il auoit feulemcnt,à Cepeda, & à Iean 
d’Acoftc, qui depuis changea de place aucc Gue- 
uare capitaine d’arqucbuzicrs,quicftoit bolTu. De 
l’infàhtcric furent capitaines,outre lean d’Acoftc, 
Diego Guillaume, lean de la Torre, & Ferdinand 
Bacicao.qui f enfuit à l’heure qu’il failloit combat¬ 
tre. Aufli au commencement des cfcarmouches la 
plus graud part fc retira de la copagnec de Cepeda. 
Alors Gueuarc, 8c Cepeda mcirenc enuiron vingt 
harquebuziers entre les premiers rangs des chc- 
uaulx.Sc fc teindrét fermes (ans branfler. Les capi¬ 
taines de l’infanterie en feirent de mcfmc. Alphon¬ 
se de Mendozzc,& ceux de fon efquadronpicquc- 
rent de roideur cotre la caualleric de Pizarre. Mais 
ils furent mis en dcf-ordreparccsvingtsarquebu- 
ziers, Scrcmpuz par Cepeda. L’antre efquadron 
vint donner fur l’infanterie, mais ayant perdu Pi¬ 
erre de los Rios,& quelques autres, quieftoiet de- 
uant, par le moyc des arquebuziers, il tourna bri¬ 
de, & f’en alla donner Secours à fes compagnons. 
Eftans ainfi tous enfcmble ils meirét en route tou¬ 
te la caualleric de Pizarre n’en laiffans quafi pas vn 
en vie,où fans cftre bleflc.où cftre contraint de fc 
rendre. Les foldats de Ccnteno baiflerét lcqjrs pic- 
ques de loing, & alloient à grand pas, ainfi par la 
perfuafiô d’vn preftrepenfans par là vaincre pluf- 
tolhles arqbufiers aufti pclans tirer fur leurs enne- 
mys deflachcrét leurs harqbuzes fans propos, ny à 
téps,de façô qu’à l’heure du côbat,& lors qu’il fail¬ 
loit bic faire ils eftoiét las,& à dÿuy rôpus.. Au cô-; 




! 


traire ceux de Pizarre tirèrent bien à propos, & à 
temps par deux , ou trois fois. Iean d’Acofte Fad- 
uançadeuantaucc trente arquebuziers penfant rô- 
pre ce gros cfquadron de gens de pied, mais il fut 
renuetfé par terre à coups dcpicqucs,& fort blcfic. 

. Iean de la Torrcauccfcptantc autres arquebuziers 
luy fut donner fecours, & tua Iean Siluere, & bon 
nombre d’autres. Diego Guillaume furuint par vn 
autre coftc, Sc en peu de temps tuèrent quatre ccts 
des ennemis, Sc rompirent le refte. Apres cela aiâs 
veu leur cauallcrie en route Iean dclaTorrcy cou 
rut pour les fecourirauecques force arquebuziers. 
Il faifoit tirer fes gens à plulîeurs fois fuiuant le cô- 
fcil de Caruajal, par-cc que la cauallcrie de Pvnc,& 
l’autre part cftoienrmcflez cnfcmble.En deux char 
gesqu'ils feirentils rompirent, & feirentefearter 
leurs ennemis, ayans tué quelques vns, de leurs a- 
mis auffi bien que leurs ennemis. AuiBccux, qui 
penfoient cftrc vaincus furent vi&orieux. Il n’y en 
eut que cent morts de la part de Pizarre, entre au¬ 
tres Gomcz de Leon, Sc Pierre de Fucntcs capitai¬ 
nes. Cepeda, Acoftc , Diego Guillaume, Sc autres 
furent blclfez. Pizarre fut en grand danger, ayant 
perdu fon chcual, mais il en fut fecouru d’vn autre 
par Garcilallo. 11 y eut plus de quatre cens cinquâ- 
te tucjde la part de Céteno,il perdit être aucrcsjcs 
capitaines Loys de Riuierc, Iean de Siluere, Pierre 
de los Rios, Diego Lopez de Zum'gua,lean de Var 
gas, Sc François Negral . Diego Centcno fenfùyt 
fins attendre fon Euefque, Sc tous lesautres, qui 
voulurent fuir,par-ce que les victorieux ne voulu¬ 
rent fuiurc autrement leur yiCtoirc, àcaufe qu’ils 
t Ploient 





GENERALE DES INDES. 2§p 

cftoicnc trop las & foiblcs. 

Ce que fit Pierre apres cep Itiftoire. 

Chap. 1S1. 

L E iour d’apresla viûoire Pizarre enuûyaIean 
de la Torre aucc trente arquebuziets à cheual 
à la ville de Cuzco aptes les vaincuz, & Diego de 
Caruajal-le galant auec autant d’antres arqu'ebu- 
ziers à AreqUipa,8cDcnis de Bouadiglia aucc met 
me compagncc à Ciarcas pour leucr gens,8c occu¬ 
per les chemins. Quant à luy apres auoir pvins les 
defpouilcs chemina vcrsCuzco aucc le relie de fes 
gens. Mais deuant il feit trencher la telle au capitai- 
neOlca,par ce qu’ilauoitquité foif party.ScPeftoic 
retire vers Centeno, & en feit executer encor’ qua¬ 
tre, où cinq. François dcCaruajal fc lonoit d’auoir 
tué le iour de la bataille pour contenter feulement 
Ion cfpric ioo.hommes,8c entre autres vn lien fte- 
re-.c’clloit vnc cruauté,qui luy eftoit particulière,fi 
d’aucnturc ilnclcdifoit pour gloire delà vidtoire 
qu’il fatevibuoit à foy.Ccla fc peut croire puis que 
‘ la guerre eftoit ciuile,8c qu’vn frère côbattoit l’au¬ 
tre, l’avny contre l’amy,& le parent contre parent. 

A Pucaran Pizarre, SeCepeda fe courroucèrent en- 
femble,fur la' queftion fil failloit praticquct vn ac¬ 
cord auec Lagafcatdifant Cepeda, qu'il eftoit à ce¬ 
lle heure temps de mettre les fers au feu,8c que ce¬ 
lle vidloire po urroit adoucir le cœur de Lagafcâ,8c 
le faire venir à vn accord plus honcllc, Si gracieux, 
8c aulïï il difoit qu’il fc remettoit en mémoire que 
il luy auoir promis à Arequipa d’y penfer. Pizarre 
fuiuant pluftoft l’opinion des autres,8c(on propre 
ielâftre.qu’il ne pouuoit euiter, dit qu’il ne luy c6- 




Benoît point pour le prcfcnt, par-cc que fil en fil. 
foitpatlcr apres celle viétoirefes ennemis cftime- 
roicnt,&rcputeroienc cela à foib}eflc,& débilité de 
courage, & fi les liens en oyoient le vent, ils l'abâ- 
donneroienc incontinent, & les amis qu’il penfoit 
toufiouts auoiraucamp dcLagafcaluy faudroient 

au befoing.Garcilaflb de la Vegaaucc quelques au¬ 
tres cftoient de l’aduis dcCcpcda.Cc pendit qu’on 
difputoit de cecy Bacicao fut tucàLuli, ville qui 
tenoit le party du Roy,&François de Caruajal fen 
alla à Arequipa, le long delà marine ayant enten¬ 
du que Diego Centcno auoit prins celle route, & 
aufli pour emmener toutes les femmes à Cuzco, 
afin que par le moyen de leurs Indiens, elles ne dô- 1 

naflcnt aucun aducrtilTcmcnt à leurs maris quie- 
floicnt auecques Lagafca, & pour contraindre lef- 
dits maris rcuenir vers elles. Pizarrc entra à Cuzco 
aucc grande admiration du peuple. Il feit pendre 
Herrczuelo, le doéleur Martel, IeanVafquez, & 

autres, pat l’aduis de quelques perfonnes de lettre 

qu’ilauoic auecluy. Il rncit bonne garnifon par 
tout, & voulut enuoyer Ican d’Acollc auecques 
2 oo,arqucbuziers a chcual allàillir Lagafca,faifant 
courir le bruiét que toutlc relie marchcroit apres, 

! , afin qu’aucun ne fenfuir. Il crcut grandement fes 

arquebuziers, & feit fondre fix pièces d’artillerie, 
feit faire forces armes de fer, & de picqucs,cn fom- 
me il fongeoit plultoft à faire faire des armes qu’à 
gaignerle cueurdes hommes. Caruajal emmena 
d’Arequippa en celle ville toutes les femmes, & 
autres hommes, tout l’or, argent, Scioyaux qu’il 
pcuttrouuer: carilaymoitautant volerquetuer: 


CBNE RAI* DES INDES. ÏJ© 

suffi die on qu’il pilla tout le pays fans que Pi Zaï¬ 
re en dit mot : mais le loup, 6c le regnatd eftoient 
tous deux d’accord. 

Ce que Legafuf'it Arment au Tertt. clup. i8j. 

L E prefident Lagafca partit de Panama, long 
temps apres Aldcnc.aucc tous les vailTcaux, Sc 
hommes qu’il peut amad'cr. Ccquilefeittant ar~ 
refter eftoient les ves contraires, qui auoient touf- 
iours fo uffle. De là àTombcz il eut vnc mefehan- 
tc, Sc dangereufe nauigation,8c fallut que pour vn 
long & roide courant de la mer il donnait en l’ide 
de Gorgonc.En fin il arnua àTombcz forttrauail- 
lé ,,ilreceut là bonnes nouucllcscomme certains 
foldats de Blafco NugneZ feftoient faits maiftres 
du porc Vieil, àyans tiic le capitaine Morales, que 
Bacicao y auoit lairtc, Sc mis prlfonnicr Lopc d’A- 
yala lieutenant pourPizarrc, & comme François 

d’OlmoscftoitpourlcRoyàGuayaquiI,ScRodcric 

de Salazar à Quito. Auffi toit qu’il fut arriué il vint 
par deuers luy des meifagers delà part de Diego de 
Mora,Icâ Porzel, Ica Sajaucdre,8cde Gomez d’Al- 
iiarado,qtti eftoient accompagnez de grand nôbte 
de foldats à Caxamalca, defquels eftoit maiftre de 
camp Ican Gonzalez, llleurfeit refponfeenloiïac 
leur fidelité. Scieur courage. 11 feeut auffi quelles 
forces auoit Ccnteno,&comme Pizarre fc retiroiti 
Toutes ces nouuèlles le côtcntetët fort, 6c croioit 
fo jeu eftoit fi bic tablé qu’il ne l’cuft fccu perdre. 
Il efcriuit à Céteno, qu’il ne dônaft bataille iufques 
à ce qu’ils fulfcn t ioints enféble.Cc pendant il meit 
ordre à ferrer lesarroes,Scarqbuzes qu’ô apportoit 
tous lesiours des gens de Pizarre, qu’on defaifoit 




. « 


deçà delà. Il enuoya dom Ican de Sandoual poüt 
affcmbler à S. Michel ceux, qui quitcoicnt le party 
de Pizarre, & fc retiroient là. 11 manda à Mcrcadi- 
glio qu'il amenai!:les Bracamorcs, & enuoya qué¬ 
rir plufieurs autres capitaines. A ion commande- 
mct,& , au bruid de fon arriuec au Peru chacun ac¬ 
courut de tous collez, entre autres S cballic de Ve- 
nalcazar,François d’01mos,Rodctic de Salazar,& 
autres capitaines . Voy.it dôcqu’vn chacun venoit 
faircfcruicc à l’Empereur,il enuoya vn home.auec 
lettres à la nouuclle Efpagne,par lelqucllcs il man- 
doit au Viccroy dom Frâçois qu’il ne luy cnuoyall 
point fon fils auec les 600. hommes, qu’il auoic 
prclls, puis qu’il n’en cftoit point befoin. Pour ce¬ 
lle caulc dom François de Mendozze ne bougea." 
Mais vindrent Gômez Arias, & l’Auditeur Rami- 
rez,auecles autres de Nicaragua, Si Quahutemal- 
lan . Lagafea ayant tous ces gens fen alla auec vnc 
partie d’iccux de Tombez à Trulîglio, Si enuoya 
l'autre partie à Gaxamalca par les montagnes fous 
la charge de FAdelantado Pafqual d'Audogoyc, & 
Pierre d’Hinoiofe fon general, pourprendreauee 
eux, ceux qui eftoient là, Si de là fen aller à Xauxa, 
oùils f’allcmblcrent tous,pourcequclavillceft 
riche, Si bien prouifionnee. L’vn, Se l’autre fouf- 
frirent fort par les neiges demontagnes iufques àcc 
qu’ils arriucrent là.Lagafeaarriuale premier,& 
fccutlàladeffaidtc deCentenoqui luy caufavnc 
grande fafchcric. Il enuoya incontinent Marcial 
Alphonlè d’AIuarado à la ville des Roys auec de¬ 
niers empruntez pour payer les foldats d’Aldenc, 
Si fcit fourbir tous fes harnois, dcfrouillcr arque- 




GENERALE D F. S INDES. 29! 

buzes, remonter fes pièces d'artilleries, faire bou- 
lccs.battre de la poudrc,8c forger ronces autres ar¬ 
mes nccclTaitcs aucc vn foing,Sc vne diligence ad- 
miràblc.ll enuoya Alphonfe de Mcrcadiglio cou¬ 
rir fur le chemin de Cuzco,8e apres luy Lopc Mar- 
tin qui aduançafon compagnon,&alla courir iuf- 
quesau pays d’Andagoalas,oùil donna dcnuidl 
fur quelques gens de Pizarrc.qui venoient fourra¬ 
ger , Si apporter quelques aduertifTemens aux Ca¬ 
ciques du pays. 11 les combattit, encor’ qu’il cuit 
moins de gens.Sc les deffeic : il en pendit quelques 
vns,Scen emmena plufieurs piifonnicr$,quiinfot- 
merent Lagafca de l’edac.du courage,Si de ce que 
penfoit faire GonzallePizarrc . Suiuantlcmpport 
de fes prifonniers®,agafca manda à Mcrcadiglio,ôc 
à Palomin qu’ils fc faifilfcnt, & deffcndilTentauec 
leursarquebuziers celle vallée d’Andagoalas,qui 
clloic de grande importance pour la guerre, àrai- 
fon des viurcs, cfqucls elle abonde. Alphonfe da 
Mendozzc, Hievofme de Villegas, Antoine d’Vl- 
loa, l’Euefque de Cuzco, Si autres, qui felloicnt 
fauucz de la dcfaidtc de Céteno,arriucrent les pre¬ 
miers en celle première (latiô, Si vn peu apres Hi- 
noiofe,& Andagovc, aucc to 9 les foldars de Caxa- 
malca. Aluarado y arriuaauffi toll aucc les gens de 
guerre de la ville des Roys. Lagafca ayant là tous 
fes tiens nomma pour capitaines ceux qui défia l’e- 
lloient: Hinoiofe elloit general,MarciaL Aluarado 
maillre de cap:le dodleur Benoill Xuarez de Cat- 
uajal auoic l’eftendard Royal : Si Gabriel de Roias 
elloit maillre de l’artillerie. Il paya plufieurs fol- 
dats qui fc malcontcntoienc, Si vouloient défia fe 
O iij 





I ' 


f 11,111 D f I- HIST. 

mutincrpour Iaviéloire qu’auoit cucPizarreiugcas 
par là qu’il eftoir inuincible,&deuoit cftrc fcigncur 
de tout le Peru.Pourcfteindre telles mutineries, il 
feit pendre le capirainc Pierre de Butica, & autres 
Pizarriftcs,&amateurs de nouuelletez. Il feir faire 
monftre, & trouuaqu’il auoit plus de zooo. Efpa- 
gnols bragarts,& bien armez. Aucuns en comptée 
moins,les autresplus.il auoit joo cheuaux,&j5o. 
arqucbuziers.Dc Xauxa ils fen allèrent à' Guama- 
ga, où ils commencèrent auoir faute de viures, & 
faillie à Vilcas départir les viurcs:le doéteur Cianca 
eut la charge.de les diftribucr par io ur,&par ordre. 
Quand ils furent arriuez à Andagoalas ils eurent a- 
bondancc de viuresimais par-cc que le maizcftoit 
encor verd, la quarte partie de l’armec deuint ma¬ 
lade, & alors on expérimenta lcbiciiqucc’cftoit 
d’auoir faiét vn Holpital. Il pleut tant, Sc fi conti¬ 
nuellement par trente iours, fins iamais ceirer,quc 
les tentes fe pourrilïbict, & les hommes deuenoiée 
eftropiatspourlatrop grande humidité,Scfroidu* 
rc.Dicgo Ccnteno.&PierredcValdiuia fe trouue- 
rent làvenans de Chili,pout demander fecours.La 
gafea, Sc tout le camp fe refiouyt de leur venuç, & 
feitent en figne de ioye vn jeu de canne a cheual,&: 
coururent l’aneau auec la lance. Lagafca feit Valdi-- 
uia colonel de toute l’infantcric.Tous auoient gra 
de enuie de combattre Sc Lagafca raefine qui vou- 
loit veoir la fin de cefte guerre, & ainfi marchèrent 
droi£t,où ils penfoient que leurs ennemis fuflenr, 

Ctmme L*r<tfat pdjfaleflcuue yîfurlmd [ms 
tmpcfchciaelU. Chip. 184. 



GENERALE DES INDES. ' lÇ)i 

L Agafca aucc vnc allegrelTe grande de routcTar 
mee, deflogea d’Andagoalas au mois de Mars, 

Sc pafTa le pont d’Auançay.Ils marchoient en bon¬ 
ne ordonnance de guerre, auec confeil, &fcures 
efpies. Les Euefques du Pcru fuiuoient ce camp.La 
gafea eue aduertilTcmët comme fes ennemis auoicc 
rompu le pont d’Apurim:t,qui n’cftqu’à do.mil.de • 
Cuzco.Eftanc venu def-jaiufqucSàce fleuue,il feic 
abatre,Rapporter hois&ramcaux pour faire vn au 
tre pont. Les Indiens aucc vnegrande diligence & 
affedtion, femployèrent à ccft œuure, nonobihme 
les pluyes. Ce fleuuc auoit 500 . pieds de largeur,6c 
cfloir fi profond quçlcs arbres n’eftoiéc a (fez hauts 
pour les ficher au fond. Il feit faire au lieu de pont 
force cordes,qu’il appellet crizncgas, lcfquelles ils 
font de certaines plantes,qu’ils nomment Vergaza, 
qui efi: comme la viorne.Ccs cordes fontlôgucs & 
grofics comme les cables,qui feruentaux plus gros 
vaifTcaux.Ils les cntralFentîes vnes dedâs les autres 
en forme de rcts,& les fontauffi lègues qu’ô veut, 
& Pcn feruent couftumierementaulicu de pont.. 
Lagafca trou.ua ceftc façon de pont, bone: & pour 
tromperies ennemis, voulut qu’on feit trois de 
ces ponts en. diuers lieux, 1-vn au chemmRoyal,l’au 
treàCotabamba 40.mil.au dellus, Métiers vn peu 
plus haut en certaines villettes, qui appartenoient 
à Pierre Carrero. Ils f en allèrent à Cotababa pour 
pafier par là.Surle chemin il y eut quelques.vns,qui 
perdirent la veuë par les montagnes pour la trop 
grande fplédeur,& reuerberatiô des rayôs du foleil 
fur la neige. Quelques capitaines, fpccialcment 
Lopc Martin, rcmonftrercnt qu’iln’eftoit pas bon 
Ô iiij 





muni 


1 

u 


i 


palier en ccd cndroidl, & qu’il valloit mieux chcr- 
chcr vn partage plus liant. Pierre de Valdiuia, Die¬ 
go de Mora, Gabriel de Roias , François Hernan¬ 
dez, & Aldcne, C’en allèrent chercher vn autre paf- 
’fiige, 8d’ayans trouué meilleur, commencèrent à 
'dcell’er leur pont. Onauoiccnuoyé Lope Martin 
deuant,pour garder lcsïiues,& les cordes : quand 
ilouitque l’arm'ee approchoic, il feit incontinent 
porter les cordes de là l’eau fans aucun commâde- 
ment ,& en auoit défia faidt attacher trois à l’aurre 
bord-.lcs Indiés Scfcntincllcs de Pizatrc furuindret 
ladelïus, Sc coupperent,ou bruflerenrdcuxdcccs 
cordes,fans trouuer aucune rcfiftance,8c puis futée 
aduertirPizarre de ce qu’ils auoient fait,luy portas 
.trétc telles d’Efpagnols qu’ils auoiét tuez,ainfique 
on didt.Lagafca, Se tous les autrcs,furcnr fort def- 
plaifans de ccfte nouuelle. Ils marcherer auec tou- 
tel’infanterie pour remédier à celle faute, Sc auflî 
tort: qu’ils y furent arriuez Lagafca feit palier les 
Capitaines des arquebuziers, auecqucs les foldats, 
dedans des petites barques, Se les piquiers apres,& 
quelques chcuaux. Il y en eut allez qui paflercni '! 
nage,&mefmc fur leurs chcuaux.Cômc ils pallbiéc 
par mcfme moyen ils attachoicnt leurs cordes, 8e 
ainfîcn celtenuidtleponcfucachcué. Vn peu de¬ 
uant l’aube duiour Lagafca parta auec toute fon 
armee; plufieurs palfoientpardciTus degroflesra- 
mees qu’ils faifoient ,8e fetenans couchez delïiis 
le ventre Ce tiroict par les cordes du portant cftoit 
grade la preilè pour palFer.&fut vn cas eftràge qu’il 
n’en tomba aucun de dertiis le pôr, encor’ qu’il feit 
Q^fciKi niais l’obfçqritç ati contraire leur aydoir, 


ifl 




GENERALE DES INDES. lpj 

Car ils ne pouuoient veoir le courant du fleuue, 
qui leur euftfaidt chancelier la telle, Les riues d’v- 
neparr & d'autre eftoient fort incommodes, & 
pour la halle qu’on auoit de pa(Ter,furent caufe de 
ce que plufieurs tombèrent dedans l’eau fe pouf- 
fans trop rudement l’vn l’autre. Ceux, qui ne fça- 
uoient nager, ou ne pouuoient refillerà la violen¬ 
ce du fleuue demeurèrent là noyez,U y eut auflî 
beaucoup de chcuauxpcrdus pacmcftnc accident, 
quifut vne grande perte pour l'armce de Lagafca’ 
mais aulïï la viétoirc confiftoit entièrement à paf- 
fer ce fleuue diligcmment.On ne fçauroit réciter la 
ioye que tous curct pour auoir pafle ce fleuue, qui 
feruoit de muraille à leurs cnncrays.Ce de ce qu’ils 
ne voyoient aucunes gens de guerre de Pizarre. 
Dom Iean de Sandoual alla rccognoiftrc vne hau¬ 
te montagne,& roide,Sc la voyant creufe,& par ce 
moyé propre pour embufehes, il f en faific,& alors 
Llinoiofe, & Valdiuia y menèrent bonc troupe de 
foldats. Si Ica d’Acoftc, qui y venoit aucc cinquate 
arquebuziers à chcual fe fut hafté pluftoft, 5c eut 
amené plus de gens, ils les enft tous facillcmcnt 
rompus fur le haut de la montagne, par-ce qu’ils 
eftoient las d’auoit monté cinqmil. Mais il C'en re¬ 
tourna auec moins de gens qu’il n auoit amené. 
Ainfi toute l’armee pâte puis aptes ôc douze pie- . 
ces d’artillerie, & fe campèrent tous fur le hault de 
. cefte montagne. 

14 mrnee Je X 4 quif 4 gU 4 n 4 ,cn Usuelle fui peins C on- 
tjJLc PiTjtrrc. chap. 185. 

P izarre ayant entendu queLagafca venoit paf- 
fer le fleuue d’Apurima pat Cotabamba fortit 


de Çuzco. Au bruidt, qui couroit parla ville, delà 
ptii(ïïincc,&force du prefident Lagafcajyn chacun 
parloir hardiment, & damoifellc Marie Caldcron, 
femme de Hierome de Villegas,difoit que bié toft, 
ou tard les tyrans deuoieftt prendre fin. Celle pa- 
rollc ayant elle rapporteeà Caruajal, il la feie c- 
ftrafiglercn fan lift, ce qui cllonna les autres, tel¬ 
lement que pas vnn’ofoirplus ainfi parlcr.Pizarre 
partit aucc plus de 1000. Elpagnols, dcfquelsy en 
auoit aoo.dechcuaI,&55 o.arqucbuficrs.mais il ne 
fe fioirpas à tous : car il y en auoit 400. qui auoiet 
elle raraalfez de la dcffaidlc de Ccnteno,pour celle 
caufe il faifoit bo guet fur ceux-là, afin qu'ils ne l’a- 
bandonnallèntpoint, où fils vouloient fuir,qu’on 
les meit en pièces. Il enuoya deux prellrcs auec des 
lettres, par lefquclles il demandoit à Lagafca, qu’il 
leur monllraft la commilïion qu’il auoit de l’Empe 
reur, & fi elle portoit de luy commander, qu’il cuit 
à fe déporter du gouucrnemcnt, par ce que fil mô- 
llroit qu’elle efloit telle, ü feroit prell à y obcyr,& 
lailfcr celle charge, iufques à abandonner le pays: 
mais aulfi fil ne leur monfiroit, qu'il proteftoit 
luy donner la bataille, & que ce feroit par là faute. 
Lagafcaarrclla prifonniers ces deux prellrcs,par-cc 
qu’il fut aduerty qu’ils auoienr charge de fuborner 
Hinoiofe, & autres, & feitrelponce à Pizarrc qu’il 
fe rendit à luy, qu’il luy enuoy eroit vn pardon pour 
luy, & pour tous les liens, luy remonllrani le grad 
honneur qu’il gaigneroit d’auoir faidt reuocquer à 
l’Empereur fes ordonnances, demeurant néant- 
moins en là grâce comme fcruitcur. de fa ma- 
iefté, & luy remettant deuant les yeux, com* 


DES INDES. I94. 

inc il fobligeroit vu chacun cnfe rendant, fans 
donner bataille, par-ce qu’aucuns auroient par¬ 
don de toutlc palfc, autres demcurcroient riches, 

6c beaucoup refteroient viuans, qui par vn com¬ 
bat pourroicnt mourir.Mais c’eftoit prefcher au de 
fert, pour fa trop grande obflination, & de ceux 
qui le confeilloient, Celle obllination leur venoit 
par ce qu'ils eftoient comme defefpercz, ou à cau- 
l'e qu’ils feftimoiét inuinciblcs. dire le vray 

ils eftoient campez en vn lieu fort,8c auoiét grand 
fecours des Indiens, &c fi eftoient bien garnis de 
toutes munitions. Pizatrre feftoit logé en vn lieu 
qui parvn code cftoit fermé de hautes roches, qui 
ne fcpouuoient franchir ny à pied,ny a cheuaU’cn 
tree cftoit cftroiéïe, 8c forte, au deuant de laquelle 
il braqua fon artillerie : de façon, qu’il ne pouuoit 
eftreprins de force, ny par famine, par-ce qu’il 
f cftoit bien aprouifionnéparlc moyen des Indiés 
comme i’ay diél : Il fortit dehors, 6c mcit fes gens 
en belle ordonnance, faifant deflacher fonattil- 
leric, 6c toute l’arquebouzcrie en ligne d’affeu- 
rance. Quelques cheuaux commençoient def- 
jaà fefcarmoucher d’vnc part, 8c d’autre: mais 
ils ne faifoient cncoresque finiurict l’vn l’autre: 
Les noftres les appelloient trahyftres, 8c cruels, 
5c les ennemis nous appelloient efclaues, gens 
de petit cueur, panures, 8c fans réglé, par-ce 
que Lagafca,les Enefques.ScMoines combattaient 
mais pour cefte foirec onnefe cognoiflbit point 
l'vn l’autre, par-ce que le temps eftpic trop nébu¬ 
leux. Lagafca, Sc quelques autres vo.uloiét différer 
la bataille, affin qu’il ne mourut point tât de Chrc- 


ftiens,& penfoient que tous, où la plus grand parc 
de ceux de Pizarrc pafleroient de leur coftc,& q uc 
parce moyen il feroit contrainéb fe rendre. Mais 
enrrans en confeil ils conclurent de donner la ba¬ 
taille,par ce qu’ils n’eftoiée point bié garnis d’eau, 
de pain, encor moins de boys en vn temps, où il 
faifoicexccfliuemcnt froid, & aduifcrcnc que telle 
defaillâccpoürroit inciter les foldats fc retirer vers 
J’enncmy , quieftoitgarny de tout cela. Ainfi vn 
chafcun fut en armes toute ccftc nui A fins fe tenir 
foubs les tentes.Le froid fut fi grand quclcs lances 
tôboient dcs mains à plulïcurs.Ican d’A cofte vou¬ 
lut aller ccfte nuiétaucc 600. hommes la chemife 
blanche fur le dos alfaillir, & mettre en routre La- 
gafea, faireurant qu’il le deferoit aifement à caufc 
du froid,qui cftoit fi horrible, & que l’alliillat ain- 
fi de nuidl il feroir peur aux fies.Mais Pizarrc l’cm- 
pc(cha,luy difint : Iean d’Acoftc puif-que nous a- 
nos gaigné le ieu, ne nous mettez poinr en hazard 
dclepcrdre.-quifut vneaudace,ou pluftoft vne cé¬ 
cité, qui le feit perdre. Quand l’aube du iourfuc 
venue les tabourins, & trompectes de Lagafca co- 
menccrent à fonner, & vn chafcun crioit arme:ba- 
taille, bataille.^ cheualjà cheusl : que les ennemys 
viénent. Quelques harquebuziers de Pizarrc vou- 
Ioien.t-inonter à mont, mais Iean Alphonfc Palo- 
min,&Ferdinand Mcxia auecjoo.arquebuziers 
Ce meirent au deuant, & les efcarmoucherent fi ru¬ 
dement qu’ils les contraignirent retourner d’où ils 
eftoient venus, Lagafca enuoya Valdiuia, & Alua- 
rado pour prédre garde à l’artillerie,&feit descen¬ 
dre coure fon armée en la plaine de la vallee de Xa- 



GENERALE DES INDES. ZÿJ 

quifaguaria parlederrieredelamontagnc.La de- 
fcente cftoit fi mefchantc.Sc fi roidc qu'ils eftoient 
contraints mener leurs chcuauxpar.la bride, & à 
niefurc qu'ils defeédoient àla filc,ils ’fc rangcoienc 
foubs leurs enfeignes, ainfi que Diego Villauiccn- 
cio de Xcrcs fergent maieurlcs difpofoit. On feit 
deux cfquadrons de l'infanterie ,defqucls efloient 
capitaines le dotcur Ramircz, dom Balthafar de 
Caftille.Paul de Menefes,Dicgo d’Vrbinc,Gomcz 

deSolis, dont Fernand de Cardenas .Chriftophle 
MofcherCjHierofme d’Aliag.-^Françoysd’Olmos, 
Michel de Sernc, Martin de Roblez, Gomcz d’A- 
rias, & autres. On feit aufli deux bataillons de la 
Caualjerie, au millieu dcfquels on meit l’infante¬ 
rie. De ccluy, qui cftoit à gauche,eftoient capitai¬ 
nes Scbafticndc Vpnalcazar, Roderic de Salazar, 
Diego de Mora,Ican de Sajauedtc, & Françovs 
Fernandez d’Aldene. Les capitaines du bataillon 
droit eftoient dom Pierre de Cabrcre, Gomcz 
d’Aluarado, Alphonfe de Mcrcadiglio, l'Auditeur 
Cianca,Sc Pierre d’Hinoiofc, qui cftoit general.de 
tous: le do teur Caruajal y cftoit aufli, qui portoit 
l'eftendard Royal. Decemefmecoftémarchoient 
vn peu àl’efeart Alphonfe de Mendozzc.Sc Diego 
Ccntcno pour dôner fccours où il fetoit befoiug. 
Lagafca, les Euefqucs, & les moynes fe retirèrent 
auccPardaueevers l’artillerie que menoient Ga¬ 
briel de Rojas,Aluarado,Valduua,Mexia, & Palo- 
min. Apres que rartillcrie fut conduite où il fal¬ 
loir Fernand Mexia, & Pardauee fe meirent à ckx- 
treverslefleuue auec i50.arquebuziers,&Palo- 
min auec autant de gens à feneftra vers la monta- 




gne. Lesefquadrons eftans ainfi arangcz, comritt 
faydiét, Hinoiofeles feicmarcherlentement iuf- 

ques à vn traidt d’arquebuze près le camp de l’en- 

nemy,cnvn lieu bas, où l’artillerie de l’cnncmy né 
le poiiuoit ofFcncer.Pizarre dit àCepcda qu’il m c j t I 
l’arirlcceh ordrc.Ccpeda qui auoit enuiedefeteti. 
rer versLagafca fans cftrc tue,veid alors qu’il cftoit 
temps, & donnai entendre à; Pizarre que le lieu, ] 
où ils cftoientn’eftoit pas propre par.ee quclcca- 
nondel’cnncmy les offençoit fans perdre coup, 
llpafli ces foiTcz qui enuironnoient leur campj 
comme pour aller choifirvn lieu plus bas où l’ar¬ 
tillerie ne fcit aucun 'dommage,quand il fe veid là, 
ilpicquefoncheual pourfeietter dedans les gens 
de Lagnfcaj mais eftant trouble d’entendement, & 
citant faiiî d’vnc grand peur, tomba en chemin de 
dans vne mare,où il cuilefté tue par ceux dcPizar- 
re, quiinconrincntfemeircntàlcpourfuiure, fil 
n’euftpointeiléfecouru, 6c retire de là par quelqs 
/iens cfdaues Nègres qu’il auoit enuoyez deuant. 
L’armee de Pizarre fut bien eibranlee par la retrai¬ 
te de Ccpcda, & encor d’auantage quâd apres luy 
GarcilaifodelaVega, & autres des principaux ch 
feirent autant. Lagafca embraflà, & baifa Ccpeda, 
encor qu’il euftla ioue toute barbouillée de fa chcu 
te, eftimantPizarre vaincu pour fon default.par ce 
que, félon qu’on veid dcpuis.Cepcda l’auoit aducr 
ty parfrere Antoine de Caftro prieur des Iacobins 
d’Arcquippa, qu’où Pizarre ne voudroit entédre 
à aucun accord, il icretireroit de fon codé au lèr- 
uice de l’Empereur à vn teps, &àvnehcurelî rfprc 
qu’il feroit caufe de le ruiner entièrement par la rc- 




GENERALE DES INDU. Iptf 

tfaiéle.Pizarrcfut defplailat au poffible d’auqirper 
du ccs capitaines,&dc veoir la peur,qui failîfïôir le 
cucur des fiens.Maisaucc vn courage fort,&c61lât 
il ne fei: femblantde Peftonner,&voyantfesenne¬ 
mis fi prcscuuoya bô nombre d’arquebuziers pour 
efliyerleur contenance. Uauoitmis grand nôbrc 
d’indiens en vnc vallée, il auoit baille la charge de 
l’artillerie àPicrrc de Sturic.ll auoit fait deux cfqua 
dronsde tous fes gens, vn de l’infanterie foubsla 
charge deFrançois dcCarua jal.lcs capitaines cftoiér 
lean VclezdeG ueuare,François Maldonado, leau 
de la Torre.Scbafticn de Vcrgara de Toledo,&Die 
go Guillaume. L’autrecftoit la cauallctie, duquel 
luy mefmc eiloit chef.tlcs capitaines choient l'au¬ 
diteur Ccpcda, &c lean d’Acoftc. Les deux armées 
eftoienc fermes en contenance de vouloir comba¬ 
tte, l'artillcriede paît, & d’autre tiroir, celle de Pi- 
zarrc ne failoic que palier par delTus.. Mais celle de 
Lagafca tiroir fi à propos qu’à la prcmierevolleevn 
coup pafl'a à trauers latentedcPizarre.oùy eut vn 
page tué. Pour celle caufelcs Indiens patl'aduis 
de Caruajal abbattirent incontinent toutes les tê¬ 
tes. Caruaial commençoit ja à efcarmoucher a- 
uecques (es atqucbuziers quand il enuoya dit* à 
Pizarre qu’il fe meit en ordre pour combattre, & 
qu’il voyoitbien que les ennemis l’affailleroient 
bien toft auec vne grande furie, & vn defordre,co¬ 
rne auoient faiét ceux de Ccnteno, & ceux de Blaf- 
coNugnez.Mais Hinoiofe fagc,&aduifé farreftoit 
plus fort, & ne faifoit contenance de br^nfler.ayât 
elle ainfi confeillépar ceux , qui du camp de Pi- 
zarrc fé retiroient vers Lagafca, falfcuras que fans 





combattre il demcuroit vidorieux, Les deux ar¬ 
mées eftoiét à vn traid d’arquebuze l’vne de l'au. 
tre.Mendozzc, &Ccnreno feftoient vnpcu ad- 
uanccz plus auant tout exprès pour reccuoir ceux, 
qui fe rctirereienr du camp de leur cnncmy. Ce 
pendant que les arquebuziers fc faluoient l’vn l’au¬ 
tre à belles arquebuzades, Pierre Martin de Sicile 
faifoit le guet fur ceux, qui fenfuioient vers Lnga- 
fca,& en tucoit autant qu’il en rencôtroit ne poll¬ 
uant les arrefter, il en paflà pourvn coup trente- 
troys arquebuziers, qui ne peurent cftic bleilcz, 
Plufieurs autres voyans cela ietterent leurs armes 
à terre, difans qu’ils ne combattroicnt point con¬ 
tre leur Roy. Ainfi en peu de temps les efquadrôs - 
ledéfirent eux mcfmcs,&Pizarrc, & fes capitaines 
demeurèrent tous elpcrduz ne pouuans plus com- 
battre,nc voulans suffi fuir. Ils furent prins,com- 
me on did,à main faiiuc. Alors Pizarrc demanda à j 
Jean d'Acoftc:Que ferons nous nous autres’ Allés 
nous-enauflî refpondit Acofte, vers Lagqfca. Al¬ 
lons donc,didJ?izarrc, allôs mourir comme vrays 
Chrefticns. C’eftoit vne parolle de Chrdhen, & 
d’vn cœur inuinciblc : car il ayma mieux fe rendre 
que fuir:au(fi iamais fes ennemys ne vcirent fes cf 
paulles. Voyant auprès defoy Villauiccncio il luy 
demâda qui ileftoit, & comme l’autre luy refpon- 
doit qu’il cfloit fergent maicur du camp impérial: 
Etmoyiefuis dit-il,l’infortuné Gonzalle Pizarrc, 

& luy donna fon cftoc. llmarchoiten biaue che- . 
ualier aucc vne contenance royalle. 11 cftoit môté 
furvnpuiilànt cheual Jbaye, armé d’vn' iacquede 
maille, & d’vn cuiralîc à l’clpreuue & fort riche,& 









par d'cflus auoit vne cafacque de velours ra$,&por- 
toic fur la telle vue bourguignotcd’or, quielloit 
vn ocuurc non moins beau que riche. Villauicçcio 
fut fort aife de fe vcoit entre les mains vn tel pti- 
fonnier,il le mena incontinent deuant Lagafca, qui 
entre autres chofeSluydiftfiUtouuoit bôd’auoiu 
excité tout ce Royaume cotre l'Empereur fon na¬ 
turel fcigneur,& Roy. Pizarrcluy refponditiMonr 
fictif,moy,& mes frères auons gaigneà nos dcfpés 
ce pays,& ne pcfois point faillir en les voulât gou- 
ùerncr,& retenir. Alors Lagafcadit pat deux tbys 
qu’on l’oftafb de deuant luy.Sc en bailla la chargea 
Diego Ccnteno. Voila.cômcntfut vaincu,& prins 
Gonzallc Pizarrc.- Il n’y eut que'.dix ou douze des 
fiés tucz,& vn de la part de Lagafca. Iamais n’y eut 
armée où il y eu fl: tant de Capitaines lettrez, & de 
fçauoir,aucüs,encor’ qu’ils ne combartiflcnt, gou- 
uernoient l’artillerie, les aurresdonnoient courage 
aux foldats pour pourfuiure ceux, qui fuioienuLe 
Moyne la Rocque Mathurinaccompagnoit touf- 
iours Lagafca auec vne halebarde en fa main,& les 
Éuefques eftoient entre les arquebuziers pour les 
animer contre ces tyr.ms,& traiftres. Apres la ptin- 
' fe de Pizarrc on pilla tout fon camp. Il y eut plti-i 
fieurs foldats, qui curent chafcun plus de cinq, ou 
fix mille pelans d’or,& mulets,& chcuaulx.vn fol- 
dat de Pizarrc rencontra vn mulet chargé d’or,il 
ietta par terre ce qu’il portoit & môtadelfus, pour 
s’enfuir,£ins regarder à ce qu’il auoit ictté. 

lu mort de Gom^uüc Pierre pur utilité. Ch*p. 

T Agafcadcpefchaincontinét Martin de Robles 
l-rpour aller auec fil compagnee à Cuzco prendre 



les fuiards, & empefchcr que la ville ne fut facca- 
gee,& bruflec. Il cômeit la caufe de Pizarrc, & des 
autres prifonniers audoéteurCianca,& Marcial 
Aluarado. Le procès faiét, & conclud, ils en con- 
demnerent treize comme traiftres, & criminels des 
lefe maiefté. Ce fut le iour mefmc de la prinfc,&,1e 
lendemain Gonzallc Pizarrc pour cftre décapité 
fut mené fur vnc mulle,les mains lices,& ayant vnc 
cappc fur fes cfpaullcs.il mourut catholicquemér, 
& côme vn bon Chrefticn/ansparler vn fculmot, 
retenant au refte vne authorirc grande, & vnc con¬ 
tenance feuerc. Sa telle fut portée en la ville des 
Roys, où elle fut mile fur vn pilier de marbre en¬ 
fermée d’vn treillis dc'fcraucc ce tiltretley cil la te¬ 
lle du traiftre Gonzallc Pizarre,qui donna bataille 
en la vallée de Xaquilâguana cotre l’cflédard Roy¬ 
al de l’Empereur fon fcigneur.le Lüdy 9. iour d’A- 
uril 1548. Voilala fin de Gonzallc Pizarre,homme 
qui ne fut iamais veincu en bataille qu’il aye don- 
nec,cncor’qu’il cnaycdônc plufieurs.Diego Cen- 
teno paya au bourreau fes lubillcmcns,qui efloicc 
riches, à fin qu’il ne le delpouïllad point,le faifanc 
enterrer aucciceux en la ville de Cuzco,non ob- 
llant qu’il eu(l cfté fon cnnemy capital, difant que 
ce n’eftoit point aéle de Chcualier d’iniurier vn 
mort. On pendit, & mcit-on en quatre quartiers 
Françoys de Caruajaldc Ramaga, Icand’Acolle, 
FrançoysMaldonadojIcan Vêlez de Gucuare,De- 
nys deBouatliglia, GonzalleMoralles d’Amajano, 
leandeTorre,PierredeSturie Gonzallc de Los 
Nidos,&autres quatre.ll y en eutplufieurs autres, 
qui furent fouettez, 8c condcmnez aux galères, & 






GENERALE DES INDES. 2C)S 

eftre cnuoycz au pays de Chili.Frâçois de Caruajal 
fut fort dur à fe côfefTcr. Quand on luy leur la fen- 
tcncc, par laquelle il eftoit Côdemnéà eftre pendu, 
&mis en quatre quartiers,& fa telle eftre mife anec 
celle de Pizarre.il diû : c’cft alTez tu ne me feautois 
tuer qu’vnc foys. La nuift de deuant qu’il fur éxe- 
cutéjCcteno le fut vcoir.Caruajal faifoit femblant 
de ne le recognoiftrc point, 6c qu'ad l’autre luy eut 
didt qui il eftoit, il rcfpondit que ne l’ayant iatnais' 
veu que par derrière il ne l’auoit peu cognoiftte.- 
voulant donner à entendre que l’autre auoittoüf- 
iours fuy. Ce feroit vnc chofe trop longue devou, 
loir réciter fes refporiccs argues, 6c fubtilles, 6c fes 
aftes cruels, & inhumains : Ceux que nous auons 
recitez feront fuffifans pour demôftrcr fa fubtilité, 
fon auaricc,8c inhumanité. Il eftoit aagé de quatre 
vingts quatre ans. U auoit cité enfeigne en la iour- 
nec de Raucnnc,& foldat du grand capitaine. C’e- 
ftoit le plus fameux guerrier de tous les Efpagnols, • 
qui aycntpalTé aux Indes.Ceprouerbeeft demeu¬ 
ré de luytil cft aulfi cruel quvn Caruajal,pat ce que 
de 400.EfpagnolsquePizarrcafai£t mourir hors 
la bataille depuis q BlafcoNugncz entra au Petu, 
ceftuy-cy les auoit quafi tous tuez de fa main auec 
quelques Mores qu’il menoitaucc foy pour celle 
fin. Oultrc ces 400.il en eft encor’ mort plus de 
iooo.pour les Ordonnances,& plus de 10000.ln- 
diens en portant la fomirie,où bien à caille de la re¬ 
traite qu’ils faifoient aux montagnes de peur de 
la porter, où ils mouroient de faim, 8c defoif, & 
afin qu’ils n’efchappalTcnt on les lioit plufieurs en- 
femble par la ceindhue, & celuy qui fe deftachoit, 
P ij 




4- LIV RE D E l’hIST. 

ou deuénoit malade pour demeurer, auoit la telle 
tranchée, qui cftoit vue choie que les bons pou- 
uoient veoir,mais non pas corriger. 

Le departement des Indiens que fut Làgtfcn entre les 
Ejjisgnols. Chtp. 187 . 

T Agafca ayant fai<St décapiter Gonzalle Pizarre 
i-rfen alla à la ville de Cuzco aucc toute l'armee, 
pour donner ordre aux affaires, qui touchoicnt le 
repos, 8c contentement des Efpagnols, & des In- 
diés,le bié public,8c le feruicc du Roy, & de Dieu, 
qui cftoit le principal.Quand il fut arriuc il feit r⬠
ler la maifon de Pizarre, & celles des autres trai- 
ftres, & y feit femer du fcl, 8c mettre vnc grande 
pierre fur laquelle cftoit efeript : Celle mailon ap- 
partcnoit.au traiftre Gonzalle Pizarre.il ennoya 
puis apres le capitaine Alphonfedc Mcndozzea- 
uec Ces foldats aux Ciarcas pour arrefter prifon- 
niers ccux.qui cftoiér du party de Pizarre, qui ferr 
çftoientfuis là, 6c auffi pour apporter les Quints, 
& tributs du Roy. Il enuoya aulfi Diego de Roias, 
& Diego de Mora, & autres par tour le Royaume 
pour recueillir le reucnu,8c quint Royal. 11 feit ba- 
ftir, & peupler vnc ville entre Cuzco, 6c Collao, 
qu’on appelle Ville-ncufuc. Il depefeha Pierre de 
Valdiuia auec gés.qui le voulurct fuiure pour aller 
à Chili, 1 6c,le capitaine Bonaucnturc à lia conque.ftc 
du pays de Quir'o,qui eft riche en bcftail, 6c mines 
d’or. Il enuoya feinblablcmcoc Diego Centeno 
aux mines de Potoffi, qui font vers la Prouince de 
Ciarcas, ce font les meilleures du Peru, 6c mcfme 
de tout le monde, par ce que cent liurcs,qu’on tire 
de la mine, rendent cinquante liures d’argent pur. 





GENERALE DES INDES. ipj 

&fin,6ceucor’plus:8c£ ! ilyavnemontagne outre 
les au très, qui a deux mille de haut,fie plus de troys 
mil de tour, de laquelle on tire des pièces d’argent 
pur, n'ayans befoing que d’vne bien petite purifi¬ 
cation. Il donna en outre congé à tous de fc retirer 
en leurs maifons principalemét àceux,quiaupient 
demeuré aux villes, ou qui auoient des y a (Taux, fie 
des terres. Ce qu’il feit pour lesenuoyer loing de 
luy, 5c C'en defeharger par ce qu’ils eftoient touf- 
iours apres luy pour demander des departemens, 

5C de quoy viure. Il f en alla puis apres à Apuritna* 
j(>.mil loing de Cuzco, fié là il départit des terres, 

Sc valTaux à pluficursfuiuant la deliberation qu’il 
en feit auec l’Archeuefquc de la ville des Roys,8c 
auec le fecrctaire Lopez. Il donna par ces departe¬ 
mens a diuerfes perfonnes plus de quinze cés mille 
Caftillans d’or de rcuenu par an,fic fi diftribuà d’ar¬ 
gent comptant plus de 156000. ducats qu’il auoit 
def- ja receu de ccux,qüi auoient des terrés tecom- 
mandees.c’eltà dire,des departemcns.il maria plu- 
fieurs riches vefues à des perfonnes paiiures,qui a- 
uoient feruy le Roy fidèlement. Uy.eut. tel qui eut 
iooooo.ducats dereuenu par an : G’eftoitlereuc- 
nu d’vn prince, fi cet héritage euft efté perpétuel, 

8c fut tombé aux enfans, ou autres heritiers : mais 
l’Empereur ne baille ces terres qu’à vie. Celuy, qui 
en eu t le plus fut le capitaine Hinoiofe. Lagafca de 
là f’en alla a la ville des Roys pour n’ouïr les plein¬ 
es , blafphemcs, 6c malcdi&ions des foldats, 8ç 
pour la peur qu’il en auoit, pat ce qu’il eftoitim- 
poffible de contenter vnchafcun . llenuoyal’Ar- 
chcucfquc à la ville de Cuzco pour publier les de* 


pnrtemcs,&app:ufer de parole ceux, quin’auoicnt 
rien eu, leur faifant de grades promettes pour l'ad, 
uenir. Mais il ne fccut (i bien prefehér qu’il peur re¬ 
froidir les fcuZ dés foldats,qui n’auoient rien eu du 
tour, ou q en auoienc eu trop peu. Aucüs fc plein- 
.gnoient de Lagafca de ce qu’il ne leur auoitfaiéfc 
part d’auéunes terres : autres,dc ce que leur part e- 
ftoit trop peticc.'&autres,par ce qu’il en auoit pluC 
toit donné à ceux, qui auoient elle contre le Roy, 
proteftans del’accufercn Efpagnc au Confcildcs 
Indes. Etainttil yen eut quelques vns, entre au¬ 
tres Marcial Aluarado, & Mclchior Vcrdugo, qui 
depuis en forme d’acculàtion enuoycrent des let¬ 
tres au procureur fifcal dccc Confcil, parlefqucl- 
les ils mandoient beaucoup de mal de Lagafca. Fi¬ 
nalement ils faifoient des menées pour fc mutiner 
l’vn l’autre voulans mettre prifonniers l’ArchcucC- 
que.l’Auditeur Ciaca,lc Capitaine Hinoiofc, Cen- 
teno, Sc Aluarado mcfme, & prier le prciident La¬ 
gafca de reformer fes departcmens,& en faire parc 
à tous en failànt pluiieurs parts, & portions de 
ceux, qui eftoient trop amples, ouïes charger de 
penfions : & où il n’en voudroit rien faire con- 
clurët de fe faire eux mefmes maiftres, & feigneurs 
d’iceux. Mais celle mutinerie fut incontinent def- 
couucrtc : & l’Auditeur Cianca print.Sc cKalliales 
chefs,&par ce moyen le relie f’appaifa. 

La taxe quefeit Lagafca pour le tribut, 
chap. iSS. 

T Agafca remeit fus le Parlement en la ville des 
-*-<Roys, &y prelîdoit comme en eliant prfcfidér, 
décidant tous procès, & affaires du gouuerncmct. 




GENERAL! DES INDES. JOO 

Les Auditeurs eftoiét les doéteurs André de Ciati- 
ca, Pierre Maldonado,Santillane,& Melchior Bra- 
uo de Sarauia gétil-homme de fçauoir, & de bon¬ 
ne confcience. Ce Parlement meit ordre pour la 
conuerfion des Indicns.qui n'auoicnt point encor 
cité baptizez, à ce qu’ils fulTent inftcuiéts en la do¬ 
ctrine Chreftiennc par les Euefqucs, Moynes, & 
prebitres, par ce que par les guêtres paflcesonne 
l’en cftoit guère foucic.&deienditfur gricfucs pei¬ 
nes qu’on ne feit porter la fomme aux Indics con¬ 
tre leur volontc,& qu’on ne les tint pour cfdaues, 
puis que le Pape, & l’Empereur le coramandoient 
ainfi. Mais pour la grade neccffité qu’on a de fom- 
miers foict cheuaux,ou autres belles, defquelles le 
defaut cft grad en ce pays,ordonna qu’en plufieurs 
lieux les Indiens porteroient la fomme comme ils 
auoient àccouftumc de faite au ceps de leur Idol⬠
trie lors qu'ils feruoiét à leurs Yngas, & feigneurs, 
quieftoit vn deuoirpcrfonnel.Pour laquelle chofe 
on diminua d’vn tiers le tribut qu’ils fouloienc 
payer. D’auantage il commanda fur grolfes peines 
qu’on ne les tirait point hors leur pays naturel, de 
peur que par changement d’air,& par diuerfe tem¬ 
pérature ils ne m ourulTent.Pattant il ordonna que 
ceux,qui eftoient nourriz és plaines,qui font chau- 
des,fcruilTent là,& que les môtagnards, qui eftoict 
accouftumcz au froid,ne defeendiflent point en la 
campagne,& qu’on les changeait par quartiers, de 

E eur que les vns portaient toufiours la fomme, 8c 
:s autres non. Il en laifla plufieurs autres,qui font 
cfdaues nommez Mitimacs,en la façon que Guay- 
nacapa lestenoit, & commanda à tousles autres 





4- LIVRE DE l’hIST. 
qu’ils eurtcnr à fcn retourner aux pays d’où ils c- 
ftoient : pluficurs routesfoys n’y voulurent aller 
5c aimerct mienx demeurer aueeleurs maiftves di- 
fians,qu’ils C'y trouuoient bicn.&qu’ilsaprenoient 
mieux aucc eux la religion Chreftiennc, allas auec 
eux à la méfie,& aux fermons, & qu’ils gaignoient 
foubs eux quelque peu d’argent en vcndant.achc- 
ptant, où lcruant. On diét que des pays du Pcru. 
qui furent conquis il y auoii plus de la moitié des 
Indiens morts pour auoir elle rompus à porter 
tropgrofiefommc, &trop fouucnt:&ccuxà qui 
ils choient recommandez, & les auoient en leurs 
departemens ne les en pouuoicnt exempter, par ce 
quelcsfoldats fins aucune pitié les prenoient de 
force, ou les cueqient fils ne vouloicnt marcher, 
me (nie ils prenoient celte hardiertc en prefencc de 
Lagalca durant la guerre. Lagafca choilit quelques 
perlbnnages gens de bien pour aller les vns deçà, 
les autres delà viîïrer le pays, & leur donna cer¬ 
taines inftruétions,dcfqueIlcs il chargea leurs con- 
fciences, & les feit iurer fur les faindtes Euangilcs 
entre les mains d’vn prebflrc , qui leur auoit chan¬ 
te vne Méfié du fiiiné! Efprit, qu’ils feroient bien, 
Sc fidèlement leur office. Ces vifiteurs furent par 
toutes les villes du Péril, qui font iufqucs à au- 
iqurd’huy fubiette à l’Empereur, les vns par vn 
colle, les autres par l’autre. Ils prenoient le fer¬ 
ment de cculx, qui auoient des departemens, & 
Indiens foubs cux,mcfmes de ceux , qui en tc- 
noicntpoutleRoy ,àfin qu’ils dedaraflént com¬ 
bien d’indiens, fans les y ieils, 5c les enfans, ils a- 
ucient en leurs terres, & ce qu’ils leur payoient 


GENERALE DES INDES. J01 

de tribut,& combien: & cela entendu d’eux, ils les 
enuoyoicnt hors de leurs departemens,depuis exa- 
minoienc leurs Indiens, 8e Cacicques des vexatiôs, 
couruees.Se peines qu’ils enduroient de leurs mai- 
lires, Se quelles choies portoient leurs terres, quel 
tribut ils fouloient payer à leurs Roys Yngas.où il* 
le portoienr, pour-quoy ils payoient tribut i leurs 
Roys de lczardes.de grenouilles^ d’autreschqfes 
fcmblables , fils n’auoicnt rien autre chofe que ce 
qu’ils payoient pour celle heure, 8e ce qu’ils pour- 
roient payer pour l’aduenir, leur donnansàcnco- 
rcs à entendre la grâce , de laquelle l’Empereur 
vouloir toufiours vfcy enuers eux en modérant 
le tribut qu’ils fouloiét payer, Se les taillant libres. 

Se francs, &c feigneurs de leur biens, & de tout ce 
qu'ils pourroient acquérir par leur induftric, & la¬ 
beur. Ilslcsaireuroieht de celle grâce le plus qu’ils 
pouuoicnt pour faire reuenir grand nombre d’en- 
tr’eux, qui n’ayans aucunes maifons ny valTaux fç- 
ftoient retirez des campagnes parmy les monta¬ 
gnes, quand ils puyrent qu’on les venoit vifiter, 
penfans que les vifiteurs impoferoient moindre 
tribut où ils trçuueroient moins d’habitans,8cque 
par ce moyen ils demeurcrbict libres en leurs biés 
comme en leurs perfonnes. Cesvifiteuts çftansde 
retour Lagafca fe defehargea de la taxe du tribut 
fut l’Archcuefque Loayfa, frere Thomas deSaindt 
Martin, Sc frere Dominique de faindl Thomas Ia- 
cohins. Iceux apres auoir prins l’opinion des vift- 
teurs,& confidcré ce cpie difoient les feigneurs, & 
yaflàux, taxèrent le tribut beaucoup moindre que 
çcluy,quçlqs Indiens mcfmes difoient pouuoir ait 




fémcnt paycr.Lagafca commanda queceltc impo- 
fition fut gardée,& que chafque contrée ne fut te¬ 
nue payer fon tribut en autre chofe,qu’en ce, que 
produifoit le terroir,fil y auoit de l’or,qu’ô payai 
en or:fi de l’argent.en argent,ou en cotton,fcl, bc- 
ftail,&cn toutes autres chofes que le pays produir. 
Il commanda toutcsfoisàplufieurs pays de payer 
en or,ou argent,cncor’ qu’ils n’eulTent aucunes nai¬ 
nes de ces métaux, à fin qu’ils trauaillaient, & em¬ 
ployaient leur efprit à gaigncrcct or, en nourrit 
£mt des oyfeaux,ou cheures,ou porc$,ou autre bc- 
llail.oubien femployant à faire de la foye, &puis 
vendre leurs nourritures, 5c labeur,en les tran(por¬ 
tât aux autres villes,foircs,ou marchez, menas auf- 
fi ou du boys,herbes,grain,ou autres telles chofcs: 
voulant par cela Lagafca,qu’vn chacun faccouftu- 
maft à gaigner fa iournec en trauaillant, &fcruant 
. auxmaifons,& boutiques des Elpagnols, à fin que 
peu à peu pat celle voyeils apprinllènt leurs cou- 
ftumes, & changeaient leur rudeie , & aufterité à 
vne vie huraaine,doucc,& chreltiénc, oublias leur 
idolâtrie,leur yuronenerie,&vic brutallc,à laquel¬ 
le ils femployoient du rout,& de corps,ôcd’efprir, 
demeuras au relie en perpétuelle oifiuetémercde 
tous maux. Lagafcafcitdonc publier celle taxe au 
grand contentement des Indiens,qui auparauât ne 
dormoient.ny repofoict aucunemét penfans toui 
iours à leurs rançonneurs.-ou fils dormoient, ils ne 
faifoient qu’y refijer. Quant à la peine,il la feit tel- 
lc,que fi les Indiens dedans certain téps de l’annec, 
& vingt iours apres ne payoient leur tribut & im- 
pofitiôjoufi ceux, qui auoict quelqucdepartemçt 




GENERALE DES INDES, }0Ï 

à la charge de payer à l’Empereur quelque penfion 
ou rente fuiuantla couftume,.cftoient negligensà 
payer,ou u ceux,qui ont des vaflàux.ou font com¬ 
mis à leuer le tribut, receuoient plus que ne mori- 
te le tribut, ou la peine, ils payeroient pour la pre¬ 
mière fois quatrefois autant: & pour la fecondc,ils 
pcrdroient leur bien, lcurficf,leureflat,&dep»rte- 
ment qu’ils autoient. • 

Cobicn dcfpcndit LaQ>fu,tylt trifor qu'il rtJfëbU.ch.lSo 

Q Vand Lagafca arriua aux Indes, 6c qu’ilentra 
en la ville du Nom de Dieu il n auoit pas plus 
de ^oo. ducats. Mais il emprunta tous les deniers, 

dcfquels il eut affaire pour la guerre qu’il eut con¬ 
tre l’izarrcjdc ces deniers ilacheptaarmes,artille¬ 
ries, & chcuaux, il payafes foldats,& feicpluficurs 
autres dcfpenfes.efqucllesil defpédit 900000.pc- 
fans d’or depuis le premieriour qu’il arriua auPeru 
iufqucs au dernier qu’il en partit.Celle defpécefut 
grande à raifon qu’il falloir qu’il fc môflraft liberal 
aux foldats, & toutes les marchâdifes qu’onappor- 
toit d’Efpagne cftoient fort cheres,non feulement 
les viures, & habillcmens, mais auffitoutes autres 
chofes de guerre,corne chcuaux, arqucbuzes.&coc 
fclcts:&fi il faut noter que,encor’ quccepaysfoit 
loing,on y trouue toutesfois de fort bôs chcuaux, 
& bonnes armes,& en grand nôbre-.car vn chacun 
fçaitqucles marchandifcs font pottees en lieux où 
elles valent de Target, & n’y a pays,où il y euft de¬ 
niers pour en acheptcr, plus qu’en ceftuy cy.Lagaf- 
ca affenrbla les tcuenuz, & quints du Roy, & tout 
l’or &argét,qui appartenoit à ceux, qui auoiét efté 
çondemnez. La fomme fut fi grande qued’icellc 





\ 4- HVRI »E IHISI, 

il paya les neuf cens mille pefans d’or.&cn relia de 
bon pour porter à l’Empereur treize cens mille tac 

I en or, qu’en argent. Vn chacun fut cfmcrueillc dq 
cethrcfor, non pas pour la fournie, mais pour la 
manière, de laquelle il l’aflèmbla. Iamais ne print 
pour foy la paye d’aucun foldat: & fi dis,& l’alleu- 
re,que iamais Efpagnol ne palfa au Peru aucc char- 
ge,oùfans charge, qui ne prit quelque choie pour 
foy, excepte celluy-cy, auquel on n’a feeu remar¬ 
quer aucun ligne d’auaricc, n’ayant faidl fon prof- 
fit d’aucune chofc:auifiauoit il derrière luyplu- 
ficursyeux.qui attentiuement regardoient ce qu’il 
feroit, pourl’accufcr puis apres fil cuit verfe mal 
en fa charge. Ainfi il cuita celle note d’auaricc, 

i pour laquelle fe font perduz, &font morts tous 
ccux,defquelsnousauôs parléà’en mets hors Blaf- 
co Nugnez Vêla, par ce qu’il a iuftemet ferui l’Em¬ 
pereur, & a elle exéptdc ce vice. Gabriel deRoias 
fous couleur qu’il elloit pour le Roy print fur les 
Indiens grande quantité de Vacos, & furies Efpa- 
gnols, qui auoient porté faneur à Pizarrc ,& mef- 
mefurceux,quincl’auoient pointfauorife, mais 
luy eftoient fulpeds, dilànr.qu’il elloit bien vray 
qu’ils n’auoicnt point donc fccours à Pizarrc,mais 
eftoient attendans l’ilTu'c des guerres, pour lèlon 
icelle lè ranger d’vne parc où d’aufre. Celle leuee 
qu’il feit montoic àplus d’vn million d’or, & par¬ 
ce qu’il mouruc foudainemenc en chemin, on dit 
que ce fut par le iugeraent de Dieu, & que depuis 
il apparut en vilîon efpouuentablc à certains Iaco- 
bins en la ville de Lima. Mais puis que nous fom- 
m es fur ce point depatlet de trefors,il ne fera point 





GEMERAtï DIS INDES. }0j 

hors de propos de dire la richclfc, qui iufques au- 
iourdhuyaefte tirée du Pcru par nos Efpagnols, 
tant de l'or,qui a efté trouué tout affiné, & en œu- 
urc entre les Indiés.que de celuy.qul a efte tiré des 
mines. Mais à vouloir compter cccy ce feroit vne 
chofe autant impoffible, comme elle feroit inau¬ 
dible fl elle cftoit poffible à compter: iedirayfcu- 
lemét qu’Auguftin dcZarateraaiftredes Comptes 
du Roy à trouué que les Officiers, 8eThteforicts 
font demeurez en dchtt auxliures des comptes,qui 
auoient ja efté calculez,& arreftez .dedixhuiftcés 
mille pefans d'or, & de fix cens milleliures d’arget 
fur les quints, &. rcuenuz Royaux qu’il auoit char¬ 
ge de rcccuoir-.Et tout ceft or, &atgét a depuis efté 
apporté en Efpagne par vn moyé, où par vn autre: 

& encor’queDô Diego d’Almagto,VaccadeCa- 
£tro,Blafco NugncZjGonzalle P-izartc,Lagafca, 8d 
autres capitaines en ayent dcfpendu grande fom- 
mc és guerres/! en fin a il efté tout apporté, com¬ 
me i’ay dir,en Efpagnc,& eft vne quantité incredi- 

ble,trcfccrtaine toutesfois. 

Confident! ions- chtp. 130 . 

D E tous les Efpagnols, qui ont gouucrnélePe- 
ru il n’en eft efehappé aucun excepté Lagafca, 
qui n’y foie mort, ou mis prifonnier,qui n’cft pas 
vne chofe qu’il faille oublicr.François Pizarre, qui 
le defcouurit. Si fes frères, ont eftranglé dom Die- 
no d’Almagro.dom Diego fon.fils à faiift tuerFrâ- 
çois Pizarre.Le dofteut Vacca de Caftroàfaid dé¬ 
capiter dom Diego.Blafco Nugnez Velaà mis pri- 
fonnicr Vacca de Caftro,lequel eft encores prifon- 
nier .Gonzalle Pizarre tua en baraillcBlafco Nug- 



4. J- I Y K E UE E H I S T. 

nez. Lagafeafeie mourir par iufticc GonzallcPi-' 
z.irre, &meic en prifon l'Auditeur Cepeda, qui a- 
uoit défia perdu par mort fes trois autres compa- 
gnons.LcsContrcras,defquels nous parlerons tan- 
toft,cafcherent à tuer Lagafca.Éncor’trouucra-on 
plus de cent cinquante capitaines, & autres per- 
ibnncs ayans charge de iudicaturc morts,ou par la 
main des Indiens, où en combattît entre-eux mefi- 
mes,où pour auoir efté penduz, & maflacrcz. Les 
Indiens, & mefrrtc les Efpagnols attribuent tous 
ces meurtres, diflcmions,&guerrcsciuilesaux pla- 
nettes ,qui dominent fur le pays, & à la richellc: 
Quant à moy i’imputc cela à la malice, & auarice 
des hommes. Les Indiens difent queiamais d’au¬ 
tant loing qu’ils fe pcuuent fouucnir,&fi y en a au¬ 
cuns qui ont i oo.ans,!es guerres n’ont failli au Pc- 
ru.Car Guaynacapa,cedilènt-ils, & Opaynga fon 
.perc ont toufîours eu des guerres cruelles auec 
leurs voifins,&autresCaciques,pour citrc fculs fei- 
gneursdcccspays. Guafcar, & Attabalipa frères 
ont combattu à qui feroit d’eux deux Ynga,&mo- 
narque. Attabalipa pour ce faitt feit tuer fon frere 
aifné, & François Pizarrc tua, & priua du Royau¬ 
me Attabalipa comme traiftre,mais tous ceux, qui 
confeillerent dele tuer, & qui y confentirent ont 
finy malheureufcment,qui eftvneautre confide- 
ration, comme vous aucz défia leu de Diego d’Al- 
magro,de François, & Gonzalles Pizarres : en re¬ 
lie encor’plufieurs autres,qui eftoientprefens, qui 
feroient trop long à reciter, feulement i’en nom- 
meiay quelques vns: Ican Pizarre, qui de tous fes 
freres eltoitlcplus vaillant,fut tuéen la ville de 



GENERALE t> I S INDES.' 304 

Cuzcopar les Indiens,ïcandeRada.&fescom¬ 
plices tuèrent François Martin d’Alcantara, ceux 
de l’I fl® de Puna tuèrent à coups de ballons l’Euef- 
que frère Vincent de Valuerdc comme il fuyoic de 
dom Diego d'Almagro, & le doéteur Velafqucz 
fou coufin.S:le capitaine lean de Valdiuiefo auec- 

ques plufieurs autres. Almagro feit pendre à Chi¬ 
li Philippcs le truchemcnf.Fcvnand dcSotto mou- 
rut en la Floride, Sc plufieurs autres en diuers 
lieux. Aucuns font encoresviuans commeïerdi- 
nand Pizarre, qui, encor' qu’il n’cuft cfté à la mort 
d’Attabalipa , fi cft-il prifonnict au chafteau de 
Medinedu Champ .pour la mort de dom Diego 
d’Almagro,5cà caufc de la bataille des Salincs.&dc 
plufieurs autres chofes. 

^filtres ctnJUeuùons. Ch<tp. 191. 

L Es differens d’entre Pizarre, Se Almagro ont 
commence parambition.&pourlc gouuerne- 
ment de la ville, & Royaume de Cuzco. Mais de¬ 
puis ils fe font augmentez par auarice, & font ve- 
nuz iufques à exercer vnc grade cruauté par ire, Sc 
cnuie.La partialité à fuiui.par ce qu’Almagro don- 
noic libéralement aux foldats, & François Pizarre 
côme gouuerneur pouuoit iullemét dôner. Apres 
la mort d’eux deux.vn chacun à fuiui celuy,duquel 
il efperoit auoir plus de proffit, Seainfiplufieurs a- 
bandônoient le feruice du Roy.par ce qu’il nclcur 
dônoit quelafouldc ordinaitci&lenôbredeccux 
qui font toufiours demeurez loyaux, & fidclles ctt 
bien petit,par ce que l’or aueugle le fens naturel,Sc 
ce métal cft fi abôdat au Pcru qu’il met vn chacun 
•n admiration.Comme donc tousfuiuoicnt partis 



diffcrens, auflî tous auoicnt les affedlions doubles,- 
&mefmes leurs langues, tellement que «mais on 
n’oyoit vérité fi ce n’eftoitpourmalicc,& mcfchâ- 
ceté.On corrompoit les hommes par deniers pour 
iurervne faulfeté, on faccufoit l'v n l'autre rnali- 
cieufementvcrs l’Empereur pour auoirle commâ- 
dement, pour gouuerner, tantoft par vengeance, 
tantoft par enuie.aucuncsfois feulement pat palîc- 
remps. Onfaifoitmouririespcrfonnespariuftice, 
&fans iuftice, & le tout pour cftre trop riches, de 
façô que pluficurs chofes ont elle cachées, qui de- 
uoient cftre vcrifiees,mais elles ne pouuoicnt cftre 
cogneucs en iugement, par ce qu’vn chacun prou- 
uoit fon faidUly a encor'pluficurs perfonnes, qui 
ont ferui le Roy, dcfqucls on ne parle point pour 
cftre hommes priuez,& fans charge, & couftumic- 
rcment ne fc parle que des gouucrncurs,capitaincs 
&pcrfonnes notables, par ce qu’il feroit impofli- 
blc de difeourir du fait de tous: ioint auflî qu’il eft 
aucunesfois meilleur les retenir fous filcnccque 
de les donner à cognoiftrc.S’il y a donc quclqu’vn 
qui foit fafchédecc que l’ay mis en oublyieluy 
confeilledc f’appaifer ,& fc contenter defc veoic 
libre de mes eferits, Sc enuironné des richeflcs du 
Peru,& qu’il ne recherche fon mal: fil a faidt quel¬ 
que chofe de bon, & qu’il ne foit loué comme il le 
penfc mériter, qu’il en rciedtela faute fur fes com- 
pagnons-.fi au contraircila malfaidt Sc qu’il foit 
nommé par moy, qu’il nefen prenne à autre qu’à 
foy mefmc. 

Ce j»r Its Contreras Collèrent 4 Ugtfu comme ils’cn re¬ 
tournait en Efpagne. Chap. 191* 






GENERALE DES INDES. 3 °J 

L Agnlc.1, nptcsqu'il euftfaift execj uterPizarrc 
* les autres feditieux, fe diligenta aucc grande 
; . ul e d, aireotr les mbuts, de receuoir deniers, & de 
laifler cc peuple, & pays paifvblc, en repos Si le re'- 
dre plus profhtablc à l'Empereur qu’il n’auoit efte 
durant ces guerres, afin qu’il f- C n peut retourner en 
Efpagnc, laquelle ddefiroit grandement réueoirï 
A infi donc ayant faift toutes fes diligences meit en 
fes natures quinze cents millepcfans d’orpoutle 

Rov, Si encorcs autant, voiied’auantagcpour des 

particuliers, & feit voile à Panama, ou il laiffa fi* 

cens mille pcfans, ncpouuantàfautedefommien 

faire tran(porter tout fon or delà, & f C n allaau 
Motn de Dieu.Audi toft qu’il futparty deux fils de 
Rodcric de Contreras gouucrncur de Nicaragua, 
arriuerent à Panama auec deux cents bons foldats, 

Sc voilèrent les fix cens mille pefans d’or, que La-, 
gafea auoit laifîcz, & tout l’argent & l’or, & meu¬ 
bles des habitans qu’ils peurent enleuer ayants en¬ 
tre par force dedans la ville. L’vn d’eux fe retira en 
mer aucc deux, ou trois vaiffeaux pleins de butin; 

& l’autre f c alla apres Lagafca pourluy voiler tout 
l’or, Si argent qu’il menoit, & luy ofter la vie,tant 
ilcftoitaueuglc. Si fuperbe. Ces Contreras auOiet 
fait mourir frere Antoine de ValdiuefaEucfque de 
Nicaragua par-cc qu’il auoit mal eferit cnEfpagne 
de leur pere comme ilalloit vers l’Empereur pour 
' fes affaires: & fur les plainftcs qu’on auoit faift dé 
luy,fut fpolié de fon gouuernemcnt,tellement que 
fes fils apres la mort de cefl: Eucfque tombèrent en 
grande indigence, Si ne fofoicntplus trouuer en 
public, Si vagoient deçà de là comme v oleurs. Us 



4- I^IV RE D E l’hIST. 

recourent, St aflèmblcrcnt des foldats de Pizatre 
qui fen fuioient, & Ce fituuoicnt, & autres enfans 
perdus j & faccordcrcnt cnfemble de faire ce vol, 
difan's,quecethrcfor, & tout le Peru leur apparte- 
noit comme cftans nepueuz de Pierre Arias d’A- 
uilc.qui fieftoit mis en focietc auec Pizarre, Alma- 
gro.ôr Lucquc,& ainfi Ce mcirét aux champs. Cela 
leur pavtoit bien d’vnehumeur mefehante, &leur 
couleur n’eftoit gucrej mcilleurcrcllc cftoit,toutc- 
fois, allez fuffifitnte pour attirer à leur cordelle les 
plus mefehans. En fournie, ils foirent vn vol nota¬ 
ble,& d’importance,fils fefulfcnt contentez d’icc- 
luy:encor’ nefefuiTcnt-ils pas efehapez des mains 
du Roy,qui ferrent de loing. Lagafca,par quelques 
habitans de Panama, fccut l’vn & l’autre:!! meit le 
trefor en feure garde. Si marcha auec bon nombre 
de foldats au deuatd’cuxîil les combattir,les vein- 
quit,lespr'int,& en feit exécuter autant qu’il vou¬ 
lut. Contreras cfchappa,& en fuyant Ce noya en vn 
lleuueprcs de là. Lagafcaenuoya foubdaincmenc 
des nauires bien armez contre l’autre frète. Ils fei- 
rcnc fi bonne diligence qu’ils l’attrapcrenr.le com- 
bacircnr, prindrent fes vaüfcaux, & les deniers qui 
cftoientdedans,& tuèrent tous ceux qu’ils trouue- 
rent dedans, exceptez dix,ou douze. Parce moyen 
Lagafca recouuiit ce qu'on luy auoit voilé,& cha- 
lliaies volcurs.qui eft vne chofcaurat pour luy re- , 
marquablc, corne aduentureufe, pour fonhôneur, 
fiirenommce,& pour fa mémoire perpétuelle. En 
fin, il fembarqua au port de la ville du Nom de 
DieUj&arriua'enEfpagne au moys de Juillet 1550. 
amenant auec foy grande richelfe pour autruy, ôc 






^GENERALE DES INDï'si- 306 
plus grade réputation pour foy iiicfmc.il employa 
à aller,»: rcuenir,& faite tout ce que vous auez leu 
vn peu plus de quatre ans.L’Empercuv le feie Eucf 
que de PalEcc.qui vaut plus de looo.ducats de ici 
ùenu par an:& le fdt venir à AulBourg en Alema- 
gne.afin d’ouïr de fa bouche & entendre mieux de 

luy toutes les affaires du pays duPerù. 

£!< Ijiulilé CT lempemllireJn Ptin. cluf. ,9, 

S Oubs ce nom du Peru,on comprend tous les 
pays,qui font depuis le fleuuc nommé Pevu.iuf- 
ques à Chili,defqucls nous auons fouuentesfoii 
parlé en efenuant les conqueftcs, & les guerres ei- 
uiles,corne font Quito.Cuzco.Ciarcas,Poit-vieil, 
Tôbcz.Arcquipa,Lima,fie Chili. On diuifclcPcru 
cri trois parties en campagnes ou plaines, montai- 
gnes,& andes. La cariipagnc cft toute (ablonncufe, 1 
te eft fort chaude, elle cft fituee vers les nues de la 
nicr,clle entre peu dedans terre, mais elle f’eftend 
fortpres delamer. De Tombez èrt de làiamais 11e ' 
pleut, ne' tonne, ne grefle j & telle tempetatuve de 
f'air feftend le long de la coftc plus de 16ao.mil, &: 
enuiron 40. ou 60. mil dedans terre, tant ces plai¬ 
nes font longues. Les Indiens habitaus de ce pays,' 
•viuent lelongdcs riuicres qui viennent des mon¬ 
tagnes, arroufans pluficurs vallées, qui font abon¬ 
dantes cri fruifts, & en beaux arbres, foubs l'om¬ 
bre Si frefeheur, defqucls ils rcpofént.Sc dcniéu- 
tent,Si ne baftilfenr point autres maifdns.ny n v- 
; ferit d’autres lifts: Il cft bien vray que ceulx qui 
‘ ^eüieftt coucher plus mollement font des lifts de 
cdHttis iloncs, fpadanas, & d’autres fetnbkbles 
ItéîfÿgS ; qu’ils ont toufiours verdes. Ils en font 

. Q . ii 


4 - LIVRE DE L’HIST. 
aufîî de fucilles de certains arbrifleaux, qu’ils font 
fcc hcr incontinent en les maniant feulement.lls'fc- 
nient le cotton, qui de fa nature fort de terre aucc 
diuerfes couleurs, tellement que vous y en voyez 
d’azurc, de vcrd,dc iaulne,dc roux,& d’autres cou¬ 
leurs. Ils fement le mais, 8 c battatas, 8 c autres fc- 
mences, 8 c racines qu’ils ont accouftumc de man¬ 
ger. Ils arroufent leurs labourages par le moyen de 
petits foirez, 8 c ruiffeaux qu’ils font venir des fleu- 
ues. Il tombe encore vne roufee, qui leur fait grâd 
bien. Ils fement aufïï vne herbenppcllec Cocca,la- 
quellc ils eftiment plus qu’or, & que leur pain, elle 
demande vne terre fort chaude, tous en ont touf- 
iours en leur bouche, 8 c difent qu’elle cftcinét la 
foif, 8 c la faim : ils difent chofcs admirables de ce¬ 
lle herbe: ils la fement, & la recueillent tout le lôg 
de l’an. Il n’y a point és riuicrcs de ces plaines de¬ 
puis Lima en de là de grands laifards, ou crocodil- 
les, 8 c ainfi pcfchenr en toute aiïcurancc fans peur 
aucune.lls magent le poifl'on crud, 8 c en font pour 
lapluspart lcfemblablc delà chair. Ils prennent 
force loups marins qu’ils trouuent bons à manger, j 
8 c fe nettoient les dents auec leur poil dilàns qu’il ; 
cftbô pour côtregardcr les dents, 8 c fidifcntquelî 
on touche de leurs dents vne dét,qui fait mal qu’el¬ 
les ofteront incontinent la douleur. Ces loups ma- 
gent des cailloux, peut cftre que c’eft pour faire fô- 
demen t en l’eftomach. Les aultours tuét ces loups 
quand ils fortent en terre, qui eft vnechofe fort 
belle à voir,&lcs mangent.Plufieurs aultours aflàil- 
lerôr vn loup,& mefmedeux feuls prendrôt lahar- 
dielfe de l’aflaillioles vns Icpiquét à la queuc,&aux ] 


GENERALE DP. S INDES. 307 

pieds, autres aux yeux iufques à ce qu’ils les aycnc 
arrachez ou creuez,& puis le tuer. Les autours font 
grands en ce pays.&aucuns ont dix,douze,quinze, 

& dixhuiapalmcs de la telle à la queuc.On voit en 
en ce pays des cigongnes toutes blanches, &autres 
de couleur chagéantedes perroquets,des ciuettes, 
des roflignols, des catlles, des tuttetelles,des oycs 
des pigeons, des perdrix, & autres oyfeaux que 
nous auo ns accouftumé de manger : ils n’ôt point 
toutesfois de coqs, & poulies. De Cira.oùTom- 
bez, en deçà on trouuc des aigles, faulcons 8cau¬ 
tres oyfeaux de ptoyc, qui font de fort belle cou¬ 
leur . Ils ont vn certain petit oifellet, qui n’eft pas 
plus grand qu’vn grillon, qui cfl: reueftu d’vn plu¬ 
mage menu,&delié,beau,&diuerfifiéàpcrfc&iô,& 

fa couleur,ScpctitclFc fait efmcrueiller grandement 
ceux,qui le contemplcnt.il y a vne autre forte d’oi- 
feaux grands comme oycs, qui font fans plumes,& 
iamaisn’nb.tnddnnentlamer: ils ont toutesfois vti 
duuet par tout le corps doux, & fubtil au podiblc. 
On void encor en ce pays des cônils,dcs regnavds, 
des moutôs.des ccrfs,&autresbelles,apreslcfquel- 
les les habitans chalTét aucc les filets,toillcs,ôc aies. 
Leslndicns.qui habitent ces plaines,font gtoffiets, 
brutaux,n’ay ans point de cucur,ny aucune habilité 
ils font peu,& mal veftus-.ils ont des cheueux,mais 
ils n’ont point de barbe : & à raifon de l’eftendue 
de ces pays, ils parlent diuerfeslangues. Quant 
auxmontaignes, elles font fort hautes, & ont en 
hauteur plus de deux mille, & 300.mil de longueur 
& ncfelloignent delà mer pas plus de 50 .'ou 60. 
mille. En icelles il pleut, & neige abondamment, 




& f..i£t froid de mefme.Ceux,qui demeurent entre 
ce froid,& ce chaut font pour la plus part louches, 
ou aueugles, & cft domerueille lî de deux perfon- 
nes.qui l'erôc enfemble,il n’y en a aucun louche.Ils 
ont leurs telles enueloppces 4e certaines toiles de 
COtton,qu’ils lient fur leurs telles, &nâ pour cou- 
iirir.cpme aucuns vouloiét dire, de petites queues, 
qui leur nailToicnt derrière la tcfte.En pluficurs en¬ 
droits de ces môtagnes froides iln’yapointd'ar- 
breSj&auiieud’iccux ils fe chauffent d’vnc cer¬ 
taine terre,& de fouches, qui bruflent fort bien. Il 
y a des môtagnes de couleur, comme es Prouinccs 
de Parméga,& Guarimey,où il y en a aucunes, qui 
font rouges,autres noires,verdes,bleues,& turqui- 
nes,& de loing on les diftinguc toutesnifement de 
j’œil,& les fait beau veoir. On trouuc en ces pays 
montagneux des chcurculs, des loups, des ours 
noirs,& certains chats qui relient blét[à des Mores. 
II. y a icy deux fortes de vacos, que nous appelions 
mqutqns.-lcs vns, comme nous dirôs en autre lieu, 
font domeftiques, les autres laquages, la laine de 
l'yn cil: groiTe,& celle de l’autre cft fine,de laquelle 
on fait deshabilleméSjdes chaulfes, materaz,cou- 
ttcrtureSjdraps,cordes,du fil,& le petit Hoquet que 
portent les Roys Yngas. Ils fontgradamaz de ces 
ntarchandjfes à Cinca.à Caxamalca, & en pluficurs 
autres villes, &!es portoient pour vendre en pays 
loingrains, qu’eft Syrie de la ville de Scrcmàdure 
en Efpngne.Ils ontdesraues,refforts,lupins,dero- 
zeillc, & plufieurs autres herbes bonnes à xnanger. 
Ils en qnt vnc qui refemble au perfil, &c porte vnc 
fleur iaune, elle guarift toutes lesplayes , qui font 



GENERALE DES INjDES. JoS 

pourries, & fi on l'applique fur vn cndroidt, où il 
n’y ayr pointde mal, elle mangera la chair, ni/qlies 
àl’os : Scainfi elle cfl bonne-contre le mal, & mau- 
uaife contre vn endroit fain, le n’ay, que dire de 
l’or,encor’ moins de l’argent,puis qu’onen trouue 
entons lieux. Aux vallées de ces montagnes, qui 
font fort profondes,la challcut c(l grande, & là 
vient la coca, & autres chofes, quinc demandent 
terre froide. Les hommes portent des chcmifes de 
laine, Si ferrent leur telle par dcllus leurs chcueux 
auec vnc fangle.lls font plus forts,plus courageux, 
plus corpulens, plusrai(onnables,& humains que 
ceux, qui habitent es plaine? fablôneufes, Les fem¬ 
mes portent vn long habit firns manches, elles le 
fardent quafi toutes : elles portent de petits man¬ 
teaux fur leurs c'fpaules attachez auec des efpin- 
gles d’or, Si d’argent, ainfi que portent celles de 
la ville de CuzcoiElles trauaillét fort, & feçourent 
grandement leurs mariz. Ils baftillcnt encepaysi 
leurs maifôs de gros quartiers de pierre,& de bois. 
Ces montagnes font fort rudes, fil y en a au mon¬ 
de , Si viennent de la nouuellc Efpagne .• & encor’ 
plus au delà, paffans entre Panama, Sdç.Nomde 
Dieu,6c vont iufques au dellroit de Magellan.D’i- 
ccllcs nailtènt de grands flcuues,qui tombent en la 
mer de Midy,6c autres plus grands,qui coullent en 
celle de Tramontane, comme les flcuues de l’Ar- 
genr,de Maragnon, Si d’Oregliane, duquel encor’ 
on doubte fic’eft le mefmc Maragnon. Les Andes 
font montagnes. Si vallees fort peuplées, Sc riches, 
en mines ,8e beftaihmais on n’en a point encor’ fi 
grande cognoiflànce que des autres. 


* 



*uffi,qui leur eiloit vn grand deffaut, & vnc beftif c 
Iourde.prouenante d’ignorance. Mais maintenant 
ilsfçauenr en vfer, & l'aprennent de nous; ce qui 
leur vaut plus que toutes leurs richcflès,dcfquellcs 
ils ne fçauoient faider,ny en retirer proffir. • 
J7 il ne faut pas mettre en oubly la maniéré,de la¬ 
quelle ils vient à baitir leurs tcmplcs.fortcreiTcs,*: 
ponts.IÎStrainct leurs pierres, ouïes roulent à for¬ 
ce de bras iufques au lieu,où ils veulent baftir.par- 
cequ’ils n’ont point de belles pour f’aydcr d’elles à 
tels œuurcs.Les pierres font de dix pieds en quarré 
& encore d’auantage ils les aiTeoient auec delà 
chaux,&autrc mortier.Or pour monter leurs pier- 
res,ils apportent delà terre contre le mur, &autat 
que croift l’edifice,autât haudent-ils leur terre. Cat 
ils n’ontpoint d'autres engins à baftir,&ainfi font 
long temps deuant qu’achcuer telles entreprinfes. 
Si leur faut vne infinité de perfonncs.La forrcreiîc 
deCuzco eftoirdemefmcftruélure, &ciloitfort 
belle,Si magnifiquc.Quant aux ponts,cc font cho- 
fts dignes de rire, & cncorcs plus propres pour tô- 
ber.Sjls,veulét donc.faire vn pôt fur vn fleuue, qui 
jij foit fi creux, qu’ilJn’y puilïcnt ficher aucuns pillo- 

tiz,ils mettront aux riues,qu’ils trouueronc les 
plus hautes,vnc corde faiéle de laine,qui rrauerferd 
l’eau,à icelle pendront,auecvn neud coullant, vnc 
hotte fcmblablc à celles, defquelles on fe fert à fai¬ 
re vendanges en Efpagne, ou vn pannicr faiél à la 
façon des anfes, aufquels on porte la vendange en 
Touraine.Ce panier a deux oreilles,à chacune def- 
quellcs ils atrachentvne corde aufli longue que 
tout le trauers de l’cair. & attachent l’autre bout de 



generale des indes. , jio 
celle corde an Pau,qui tient la groflè cocde.Si quel- 
qu’vn veut palier,ils le mettent,dedans ce pannier, 

& font tirer la corde.qui eft attachée à la nue, où il 
yeult aller par ceux.qùi font dclà.Sur d’autres flou- 
ues, ils font des ponts fur pilotis : mai? ils n'ont la 
largeur que d’vn aiz, commeceux qu’on faidl en 
Efpagne lurle fleurie Tago, pour faire paflèt le? 
moutons Les Indiens palTent par delfus ces ponts 

fans tomper,ny fc troublcr.parccqu’ilslesonfac- 

pouftumez. Mais les Efpagnpls y ttcibuchenç fou- 
. pentfe troublanslaveu'c &la telle en regardant le 
coûtât de l’eau,qui coule roide, Sç aufli a caufc que 
ils les font couftumieremcnt hauts, & que les aiz 
pourcltre longs tremblent tqufiours : pour celle 
caufc nos Efpagnols quand ils veulent palfer fe 
mettent à quatre pattes. Ils font encore d’autres 
ponts des cordes dcüus des pillicrs, par deffuslef- 
quellcs ils iettent des rets faiéls de mefmc corde: 
par delTus ces ponts,les chenaux palTent,encofquc 
ils tremblent. La première fois que nos Efpagnols 
paflerent par deifus tels ponts fut entre Yminga,8e 
Guaillafmarca. Ce pont eftoit feparé en deux, pat 
l'vnc moitié pallbieqt les Roys Yngas.Orejons, Sc 
Soldats fculemcnt:parrautre,les autrespaffans; 5ç 
falloit payer vn certain péage parto 9 ceux qui paf- 
foient,pour entretenir le pont,nonobftant que les 
peuples voifins fuflent obligez à l’entretenir. Aux 
endroiéls où il n’y auoit nul pont, ils faifoient de 
petits bacs,ou autres barqucrollcs corne les equifs 
de vendangeurs deRonie,niais le coûtant de l’eau, 
les emportent bié fouuct,& àinfi citaient cçitraints 
palfer à nage : niais tous les Indiens font bons na- 



i 


4. LIVRE DE l’hIST, 
geurs. Autres paflet par deftiis vn rets de cordc fou. 
llcnu decoucourdes creufes,& le font nager de tel¬ 
le façon que l’vn le fait toufiours tourner,& l’autre 
le poulie. A faute de ponts, ou pour eftrc mal feurs 
plufieurs Efpagnols, & cheuaux ont efté noyez, 
beaucoup d’or, 8c d’argent a efté perdu. * 

28. Il y a en ce pays deux grands chemins royaux 
depuis la ville deQuito iufques à celle dcCufco,qui 
cft vn œuurc d’aufti grâd court comme il eft remar¬ 
quable . L’vn cft par les montaignes, & l’autre par 
les plaines,tous deux durent plus de 1000.mil.Cc- 
luy qui eft en la campagne cft reueftu de muraille 
des deux coftez, Sc cft large de vingt cinq pieds :il 
a en dedas des folïèz,oupctis ruillcaux pleins d eau 
coulante perpétuellement, 8c delliis iccux ont efté 
plante?; force arbres,qu’ils appcllentMolli. L’autre 
qui cft en la montaigne, eft de mrfmc largeur, en¬ 
taille par dedans les rochers, Sc aux endroiéts où il 
y aüoit des vallons rrop creux.pour cfgaller le che¬ 
min on les remplifToit de pierres màftbnnces, auec 
delachaux. Eufommc, c’cft vnœuurc, quimeC- 
me au dire de tous ceux, quiontveu l’vn,& l’au¬ 
tre , furpartc les Pyramides d’Egypte , 8c les 
grands cheminspauez des ancicnsRomains.&tous 
les édifices anciens. Guaynacapa les feit refaire, & 
eflargir : mais il ne fut pas le premier autheur d’i- 
ceux, commeaucuns veulent dire : car la malton- 
neric Ce môftrc bic plus âciennc,&fi ne les euft peu 
acheuerdurtfavie. Ces chemins vôttous droits 
lànsauoirpar deftùsaucunc colline, nymontai- 
gne, &fans faboutir à aucun lac, ou eftang : & déf¬ 
ais deiournee, en iourncc, on void de beaux grads 



CR N ER. A. Il VIS INDES. jt 1 

Palais battis,qu'ils appdlcmTambos,où felogcoit 
la court, & les années des Roys Yngas. Ces Palais 
cftoienc garnis d’armes, de prouvons, devefte- 
nicns,&de fouliers pour les foldats : les pays d'en- 
uiron eftoient tenus de fournir tous ces chafteaux 
de telles chofes. NosEfpagnols, parleurs guerres 
ciuiles ont rume ces chemins, les ayants couppez 
en plufieurs lieux, pour eniptfçher le partage fvnà 
l’autre. Les Indiens mcfmeen ont rompu leur part 
. quand on leur faifoit la guertc,8c quâd on affiegea 
la ville de Cuzco. * 

Concl ufion des chofes du P<r«. Ch*],. i 9J . 

L Es armes, defquclles leslndiens duPeru vfent 
communément, font frondcs,fleches, picques 
faictcs de palmiers, dards,haches,& hallebardes,le 
fer de ces baftons cft de bronze, d’argent, & d’or. 

Us portent des cabaflets dcmetail, & de bois, & 
des hallecrez rembourrez de cotton. 
i Ils comptent vn, dix, cent, mille, dix mille,dix 
cents mille, & ainfi multipliants toufiours. Ils get- 
tenr leurs comptes auccdes pierres, ouauec des 
neuds qu’ils font à des petites cordes dccouleur,8c 
leur compte cft fi certain, & fi bien accordant que 
nos gens fen cfmcrucilloient. 

5 Ils iouent auec vn dé fcul, quia cinq carres, Sc 
n’en ont point d’autre forte: 

4 Leur pain fe fai£t de maiz, ôdeurboifTonaufll' 
qui les enyure iolyement. Ils font encores autres 
breuuagcs de fruidts, 8cd’herbes,côme de molles, 
qui font arbres frui&iers,defquels auffiils font cer- 
tain miel quieft bon pour guarir les playes d’vn 
cheual,& les fueilles feruent auxhômcspourofter 




la douleur d’vne playe,& la güarir^&pourlouer Ici 
jambes,auffiles barbiers fçauentbien fen feruie 
pour guarir les playes. 

5 Leurs viandes font frUiéis, racines, poilton, Sc 
chair,fpecialcmenr de mouron.Ils ont grande qua¬ 
lité de chcureaux, tant es pays peuplez, qu’code- 
ferts,de propres,& de communes: mais ils eftoicue 
fainàs,& facrcz au Soleil. Les Roys Y ngas inuen- 
terent celle fainèleté, afin qu’en temps de guerre il 
n’y cull point faute de chair, deffendâs de les chaf- 
fer,& de les tuer, & commandant que ceux qui en 
auoicntdc propres à eux, en portailènt toriltours 
la difmcàleurPaciacama,&autres Guaches. 

6 Ils fen-yurent fi fort, qu’ils perdent tout iuge- 
menr. 

7 En matière de mariage,ils n’ont gucrcs d’elgard 
lia parcté,& les femmes moins à la loyauté qu’el¬ 
les doiucnt garder en mariage. Ils fc marient aueo 
autant de femmes qu’ils leur plaift: quelques Orc* 
jons efpouzcnt leurs fœurs. 

S Les ncueuz fuccedent à leurs ondes, & non les 
enfâs excepte entre lesRois Yngas,&les feigneurs. 
Mais diètes moy,qui feront déformais les heritiers 
puisquele vulgaire n’a, Scne veut-on permettra' 
qu’il aye aucun patrimoine} 

<j Us font mcntcurs,larrons,crüels,fodomires,in. 
grats,fans honneur,fanshonre,fans charité, Sc lans 
vertu. 

jo Us mettent les morts en terre, ifs en embaül- 
ment quelques vns leur iettans par le goficr vne li¬ 
queur qu’ils rirent de certains arbres odoriferans,- 
ou bien les oignans auec vne gomme. Us fe gardés 






générale des jnd'es. jtz 
fort-long temps es montagnes,àcaufe du froidt,& 
pour celte caufc on ttouue par deçà force mo- 

11 Pluficurs viuent plus de cent ans, en la Prouin- 
cede Colao, & en autres lieux du Peru , qui font 
froids. 

12 Les terres & pays ou ils Peinent leur maiz,& 
noftrejblé. Si orge,font fi fertiles qu’vnfeul grain 
d’orge en a rendu deux ccns,&vn autre trois cens: 
ce furent des premiers,qui furent femez. A S, kan 
qui eft au gouuerncment dePafcald’Andagoye-.ils 
femerenf vne efciiellce de bled, fie enrecucillercnt 
neuf cens . En pluficurs autres lieux on a cueilly 
deux cens pois, fie plus, pour vn qui auoit elléfc. 
méjfieainfi les feméces multiplioiét grandemétau 
commencement par deçà .Les racinesdeuenoient 
grofles comme la cuifi'e, fie aucunes corne ic corps 
de l’homme: mais depuis elles font diminuccs,au- 
tanten ont faidt toutes les femences qu’on auoit 
apporté d’Efpagne. Les fruits, qui ont le iuz doux, 
ou aigre,ont fort multiplié en ce pays, corne les ci- 
trons.fie les canncs,defquclles on faidt le fucrc. Le 
beflail f eft grandemet auflî multiplié:car vne chc- 
ure rendra cinq chcureaux, fie pour le moins trois: 
Si n’eu fl efté les guerres ciuiles,il y auroit défia par 
deçà force belles cheualines, nroutons.vaches, af- 
nes,8c mulets, qui porteroiét la fomme au lieu des 
Indiens. Mais deiut qu’il foit peu de temps il y en 
aura abondamment,fil plaid à Dieu:Scies Indiens 
feront traduidls à vne vie plus politicque, parle 
moyen dclapaix,qu’ils ont maintenant,Scdes pre- 
dicatiôs qu’on leur faidl,aufquelles parvnc faindle 





4- LIVRE DE L’HIST. 
chàrité,font fort attctifs les Efpagnols, tant Ecclc- 
j(îaftiqucs,que feculiers,qui ont des vaflàuxtlcs Au¬ 
diteurs auüi commandent toufiouts exprefl'émenc 
fur grolfes peines qu’elles foïent entretenues, autae 
cnfai£t le Viccroy Dont Antoine de Mendozzcj 
qui auoitdef-ja bien aduaneela côucrfîon des In¬ 
diens de la nouuellcEfpagnCjd’oùil futenuoyé 
par l’Empereur pourgouucrncr ccPcru.Cequia 
fai£t demeurer ces Indiens en leur Idolâtrie, Sévi¬ 
ces abominables, a elle par ce que les Euefques, 
Religieux, Se Prcftrcs, feftoient meflez parmy ces 
guerres ciuilcs abandonnans leur trouppeau , Se 
ceux.qui feftoient defja conuertis facillcment re- ^ 
nonçoient à la religion Chrcftiennc,voyans com¬ 
me les affaires fe portoycnc:pluficurs auflila rc- 
nioient par malice, 6c par la perfuafion du diable. 
Audi pluficurs ne vouloicnt enterrer leurs corps 
morts en nos Eglifes : mais les portoient en leurs 
Temples, Se Guachcs, Se bienfouucnt ils fc moc- 
quoient de nos Preftrcs, mettans dedans la bicre, 
aulieud’vn corps mort, vn bouchon de paille, ou 
de cotton. Autres difoient quand on leur pref- 
choiclefus Chrift, 6cfafoy,5creligion,que c’c- 
ftoit pour Efpagne, Se non pour eux , qu’ils fe 
contcntoient dadorer leur Paciacama créateur 
de toutes chofes. Se ccluy, qui donne dartéau 
monde. 

jj On ne prent point de difme fur leurs biens ,fi- 
non ce qu’ils offrent volontairement, de peur que 
vne telle leuec ne les fafche, Se par cela n’eftiment 
mal denoftrcreligion,laquellcils n’entendent pas 
encor’ bien. 


[4 Frère 




,4 Frcrc Hicrofme de Loayfa elt ArchêuèlqU 
dcsRois.il y a en outre trois Euefchez,Ciizco,que; 
elt entre les mains de frcrclean Soland-.Quito.qui 
tient Garzia Diez Alias: & Ciavcas , quieft à frcrc 
Thomas de S. Martin; 


livre cinqviesme 

de LHISTOIRE Gt.-NERA. ' 

le des Indes. 

Patuwa chitp. I $6. 

Epüis le demis: du Perü iuf- 
1 ques au cap Blanc, qu’on ap- 
| pelle autrement le porr de la 

' ferraille, on compte,füiuant 
Vk le long de la colle [560. mil, 

-n celte façon : du Pcru, qui 
(l à 1. degrez au deçà de l’E- 
1 quinoxial, y a 140. mil iuf- 
ques au goulfe de S. Michel, 
qui cft à <5. degrez, & n’elt qu’à ioo.mil de l ! autre 
gpùlfed’Vraba, ou Darien, & ade tour 200.'mil. 
Vafco Nugnez de Valuoalc defcoûurit l’an 1513, 
comme il cherchoit la mer de Sur, autrement, Mi- 
dy.ainfi que nous auôs recité en autre lieu,& troU- 
ua en iccluy force perles. De ce goulfe iufqucs à 
Panama il y a plus de 100.mil. Gafpar de Morales, 
capitaine de Pierre Arias d’Aude defcouurit celte 
coile.De Panama à la pointede Guera partant par 
Paris, & Natan on copte 1S0.mil.de Guera, qui cft 






vn peu pP qu’à 6. degrez,on met 400.mil iufquej 
àBorica,qui eft vue poimftc de terre àS.dcgvcz, de 
laquelle on côptcencore 400. mil iufques au cap 
Elanc,qui faitft la figure d’vn on gle d'aigle ,& eft à 
S.degrcz, & demy au deçà de l'Equinoxial. Ces 
1080.mil ont elle dcfcouuerts par le doétcur Gaf- 
par de Spinofa de Medi.nc du Champ, grand pre- 
uoft dcPedrarias l’an ijtj.ou id.&p.u Diego Arias 
d’Auilc filsdugouucrncur. Il eft vray qu’vn peu 
douant Gonzalle de Vadaioz, & Louys de Mcrca- 
do auoient couru par terre la cofte de Paris,& Na- 
tan bien enuiron 200.mil. Pierre Arias d’Auilc en- 
uoya plufieurs capitaines dcfcouurir, &pcupler en 
diuerspays, cômei’ay défiadidt en autrelicu.Entrc 
ceux-cy fut Gonzalle de Vadaioz, lequel pat tit de 
Darien au moys de Mars ijtj.aucc 8o.foldats,& fc 
alla auNom de Dieu,où il demeura quelques iours 
rafehant par vue paix attirer les habitas, mais il ne 
peur, par ce que le Cacicquc ne voulut aucuneméc 
prendre amitié aucc luy,ny négocier. Alors arriua 
encor’ là Louis de Mercado aucc 50. Efpagnols de 
Pcdrarias mcfmc, &C faccordcrcnt tous deux d’al¬ 
ler enfembleà la cofte delà mcrdeMidy,quiauoit 
brui&d’cftre vn pays plus riche. Us mencrct quel¬ 
ques Indiens pour les guider, & pour porter leurs 
hardes. Ils montèrent au haut des montagnes, à la 
cime defquclles cftoit Yuana feigneur de Coyua 
qu’ils nommèrent la riche, par ce qu’ils trouuc- 
rent l’or où ils vouloicnt. Le Cacicque fenfuic 
de peur qu’il eut deces noutieaux hommes barbus 
Sc ne voulut iamais venir pour quelques meflages 
qu’on luy enuoyaft,pour celle caulë ils faccagerér. 



OtKEKALt DIS INDES. 314 

gcbriiflerenc le pays,& puis pallcrent plus allant 
enimenons grand nombre d’efclaucs.Quand ic dis 
efclaucs, ie "'entends pas que ce fnflènt Indiens li¬ 
bres qti i'.s rendirent tels : mais cela le doit enten¬ 
dre de vrays efclaucs dcfia faits, dcfquels ils vfenc 
fort en ce pays pour faire leurs fcmences .pour ti¬ 
rer l'or des mines,S: pour faitcaitttc feruice. Us les 
marquent au viiàgcde noir, 8c de rouge auccvn 
fer cliauld.ouaucc vn os, ou efpincdcpoiflim -.ils 
leur font des rayes dedans les ioucs,8c mettent de- ; 

fc* dans cci taine pouldrc noire, ou rouge fi forte que 

K par quelques iours ils ne pcuucnt mâgct,8c depuis 
que cela tll (ec iamais ne perdét couleur. De Coy- 
ua nos gens ne feirent autre chemin que fuiure 
l’eau, par ce qu’ils n’en fçauoient point d’autre ne 
rencontrons pas vn village, nymaifon. En fin ils 
trouucrcnt deux hommes,qui portoient chacun 
. vnfac plein de pain. Iceuxlcs guidèrent vcrsleut 
Cacicquc nomme Togoua, qui eftoit aucuglc, & 
i lcsreccut amiabicment, & leur donna 6000. pe- 
fans d’or en grains, vafes, 6c ioyaux. Il leur donna 
encor’ nouuelles de la coile, 6c de la richelfe qu il* 

B- cherchoient.lls partirent d’auecluybiéioyeux,8c 
contcns,& peindront leur chemin vers ponent. Us 
■> arriucrent à vne ville de Taracuru, qui eftoic vn 
. Roy.quiauoir peu d’eilendue de pays,mais trefii- 
chc.il leur doua enuiron huit millepefans d’or.Ils 
S ruinèrent Pananomc par ce, qu’il 11c voulut poinc 
I les rcceuoir.Dc Taracuru ils fcallcrct àTauot,oi\ 
ils furent fort bié reccuz par Ceru, qui leur feitvn 
prefent de 4000. pefans d’or.Üs cflroict tichc pour 
le traffiç dc-fel.qu o tiroic de fon pays.Lc lédcmain 



I 


J. LIVRE DE L II I s T. 
ils furent à la ville de Natan, où ils eurent du fei- 
gneur iyooo .pefans d’or. Ils feiournereneen cède 
ville quelque efpacc pour la bonne chcre que leurs 
faifoient les habitans. Celle ville cil bien approui- 
lîonnce de coures chofcs, & a de bonnes maifons, 
qui ne font couuevtesquede paille. Vadaioz,&; 
Mercado auoict défia Soooo.pelàns d'or en grains 
collicrs,pendans, accoudremes de telle, vaillêaux, 
& autres pièces,qu'on leur auoit données,& qu’ils 
auoient prinfes,ou changées à autres choies. Ils a- 
uoict en outre .yoo.efclaucs pourporrer leurs har¬ 
des,&ceux,qui eftoient malades. Au partir delà ils 
cheminoiencfans ordre,& fins prendre garde à 
eux, par ce qu’ils n’auoient encore trouuc aucune 
rcfiltencc. Ils cherchoicnt le Roy Pariza, ou Paris 
comme aucuns veulét dire, qui auoit le bruidt d’e- 
llre le plus riche feigneur de toute celle code . Pa¬ 
ris en eut aducrtilTcment par les cfpions, il feit ar- 
mcrfesgcnsj&femeitau pad'ageen embufeade. 
Quand nos Efpagnols furent tombez en telle cm- 
bufche,ils furent pluftoll chargez, blcll'ez, & tuez 
que d’é appcrceuoir quelque chofe.ll demeura 80. 
Efpagnols,& les autresf'enfuyrent. Pariseutles 
Soooo.pelas d’or,lcs 400.cfclaucs, Sc toutes leurs 
hardes qu’ils emportèrent chez eux. Mais il ne 
iouyr paslong temps de telles dcfpouilles, par ce 
que depuis parplufieurs fois il perdit tout cet or,& 
deux fois d’auanragc,aucc tout fon pays.Pedrarias 
ne peut pas aller venger la mort des liens à caulë de 
û maladie,il y enuoya Galpar de Spinofa fon grand ( 
preuolt,qui côquelta tout ce pays,defcouurit tou¬ 
te la code, Sc peupla Panama.Panama ed vnepeti- 




te ville,mal fondee.&rnal fainc.mais a gad bruift, 
à raifon que ceftlc partagepour aller au Peru, & à 
Nicaragua, & que le parlement y aefté quelque 
t £p S ,& que c eftojt vu des premiers Eucfchcz: c’eft 
vue vijle de grande trafhcque. L’air y cft bon quad 
le vent vient de la mer,mais fil foufïle de la terre il 
cftforr mauuais,ainu cequieft bonicy cftmau- 
uais en la ville du Nom de Dieu,& au contraire.Lc 
pays cft feuille,& abondant,il produit de l’or il v 
a force belles, Si oyfeauxde charte: le longd’ela 
cofte on trouuc des perles, des baleines, 8e a oco . 
dillcs,qui ne partent point Tombez.On y en a tué 
quclqu es vus, qui auoient cent pieds de long, & a 
on trouué en leur eftomach force cailloux,n ils les 
digèrent ils ont vnc grande chaleur naturelle. Les 
habirans de Panama fe vcftenr, & parlent ne plus 
ne moins que ceux de Darieiv.&du pays deCueua, 
qu’on appelle Caftille de l’or. Leurs dances, ccrc- 
monics,& religion font vn peu differentes, & ref- 
fetnblen t mieux à celles de l'ifte de Hayti.& dcCu- 
ba.lls taillcnt,& peindent, &accouftrent leur Ta- 
uira,quieft le diable, en la forme qu’il fapparoift, 
& parle à eux, ils leictrent encore en or. Ils font 
fort addonnez au ieu, au plaifrr delà chair, aul’at- 
rec-in, & à oyfiueté. Il y a en ce pays plufieurs ef- 
prits,qui de nuift fucccnr les mammelles aux fem¬ 
mes. Il y a vn grand nombre d’hommes quiefti- 
ment que nous n’auons rien que naiftre,&mourir, 
aurtî ne fc foucicnt ils de fe faire enterrer auec du 
pain, & du vin, &moins encore auecques des fenv 
mes,& fcruitcurs. Mais ceux,qui croycnt l’immor¬ 
talité de l’ame,fils font feigneurs.ils fetôt enterrez 





aucc leur or, armes, plumes & pennachcs, Sc fi ce 
font autres on mettra en leur i'epulturc auec leurs 
corps dumays.du vin,&des couuerturcsifi ce (ont 
Cacicqucs on fait feichet leurs corps au feu,qui cft 
leur façon d'embaulmer, & puis on les met dedans 
leurs tombeaux faids en voulte où on met auec- 
queseux quelques vns de leurs feruitcurs,pour les 
feruir en enfer, & celle de leurs femmes qu’ils au¬ 
ront mieux aimces.Ce pendant qu’on met le corps 
enterre, celles qui doiucnt accompagner le mort 
danfent.tont cuire leur boi(lon,& puis la boiucnr, 
6 c aucunesfois vous en verrez cinquante. Il y en a 
plufieurs autres, qui fe fenrans mala.des à la mort, 
{•'en iront mouric au mcilieu d’vn champ, où les 
oyfeaux, les tygrcs , & autres animaux les manger. 
Les Cacicqucs eftansau lid de la mort bailcnr les 
piedz à leurs enfans, ou neueuz, qui font leurs he¬ 
ritiers , qui vaut autant à l’enfant comme fil cfloic 
ja couronné. Mais tout ce que nous auôs récité cft 
ailé à néant par leur conucrlion, & viucnt mainte¬ 
nant félon la religion Chrcftienne. Il cft bicu vray 
qu’ils ne font demeurez gueres à caufes des premie 
res guerres, &pourlepeudeiufticc qu’on a faidfc 
au commencement. 

Tjrsreejiii.lJle des Perles. clinp. IP7. • 

G Afpar de Morales fen alla l’an 15 ij.au goulfc 
de S.Michel auec ijo.Efpagnols par le coman- 
deméc de Pedrarias, cherchant i’ille de Tarai equi, 
que les foldats deValuoadifoieiu cftre trefriche en 
perlcs.Ii fccur qu’elle eftoic près de terre , il aftèm- 
bla grand nombre de Canons, & d’indiens queluy 
baillèrent Ciapc,( 3 c Tumaco amis de Vafco,&pafti 





--— r L „‘~: ~ -•“'•wgyanqs.lia- 

cicqucs,qiii L’cftoicnt vouluz attaquer à eux. Apres 

doncauoir concliidramitié^uccnosEfpagnoM 

les mena en fa maifon.qui cftoit belle,& grande: il 
leur feic vn feftin à leur mode,& leur dôna vnc caf- 
fore pleine de perles, qui pefoiçnt i îo.liures. Noz 
gens pour rccoràpenfc luy doncrcnt quelques mi¬ 
roirs, des couronnes de verre, des fonettes,des ci- 
fcaux,des haches, Se autres petites merceries, qu’il 
cftima encor' plus, que ne faifoicntles Efpagnols 
leurs pcrlcs.il les feir monter en hault d’vne petite 
tour. Se leur moudra des autres Ides trcfrichcs en 
perles,& en or auffi, difant qu’elleseftoienttoutes 
à lcurdciiotion. Il côfirmaderechcframitiéentre 
cux,&fe feit baptifer.on le nomma Piètre Atias du 
nom du gouucrneur , Sepromeit dcpayerài’Em- 
pereur,cn la fuuucgardc duquel il fe mettoie, pour 
tribut ioo.liurcs de perles par an. Noz gens puis 
apres fe retirèrent au goulfe de S. Michel, & de là 
fen retournèrent à Darien .Tararcqui cftàj'.dc- 
gtez de l'Equinoxialjdle cfl: fortabôdantecn poif- 
l'on,oifeaux,& connils,defqucls y en a telle qualité 


en celle Ifle auec ûo.EWnds'.lefcLeur fortk 
au deuant pour empefeher ladefeente, il combat¬ 
tit par trois ois auec noz gens auec-vrv heur elgal: 
m ais à la quatrième il fut rompu, & vouloir * 
rc fereioindre &deffendtefon llle.maisilquitta 
les armes & fcit paix auec Morales parle confcil, 
prières des Indiens du goulfe^ 
ftrcrenr que ces barbus eftoient innincibles ■ amis 
des amis,* ennemis extrêmes Meurs ennemis,co¬ 
nseils auoicnc bien demonftre àPonca,ï> 0 corofc 

o„prpn.r'.iaoe.&Tumaco.Sf Somr»__ _ ’ 





1} ), livn.i UI 

"tant aux lieux habitez qu’inhabitoz, qu’on les prêt 
auec la main. Il y a en celle 111e des arbres odorifc- 
nins approchas àl'efpicerie,qui fut caufe que quel¬ 
ques vns pcferent que 1’efpicede n’eftoit pas loing 
de là, 5 i fumant celte opinion il y en eut, qui de- 
manderentàfaireledefcouuremétà leurs propres 
defpcns.La peffcherie de perles clloit icy grande,Sc 
eftoient les plus grolTes, 8 c les meilleures qu’ô eufl: 
trouuc en ce nouueau monde.Dcs perles que don¬ 
na le Cacique de celle Iflc, y en auoit pluficurs de 
la gr o(Tcur de noifctcs.autrescomme noix mufça- 
des,&li en trouua vnequipcfoit iCcarats, 8 c vne 
autre ji.elleauoit la forme d’vne poire niufcadcl- 
le.ellc elloit bien Orientale, & pcrfaiélciPicrrc du 
port marchant l’achcpta de Gafpar de Morales 
noo.CaftilIans d’or. Depuis qu'il l’eut achcptcc,il 
ne peur dormir de melâcholic &de fafeherie qu’il 
prîntd’auoir baillé tant d’argent pour vne pierre, 
& des le lendemain la reuendit pour le mcfinc pris 
à Pedrarias d’Aude pour fa femme Dame Ifabelle 
de Bouadillia, depuis Bouadilliala vendit à l’Impc- 
ratrice Damelfabelle. 

Des perles. Cbup. 195. 

T E Cacique Pedrarias feit pefeher des perles à 
4->fes ouuriers en prefence des Efpagnols.qui l’en 
prièrent, 8 c prindrent grand plaifirà telle pefehe. 
Ceux, qujfe meirent en la mer pour les pefeher 
piloicntgés bien experts à nager entre deux eaux, 
auffi font ils nourris toute leur vie à ce mellier, 
Qmuid la nier eft calme ils vont dedans des petite^ 
barquerolles bien auant fur mer,5çau lieu d’vnan- 
cpepqur tcqir leur nafelle ils icçtent en mer vne 




GENERALE DES INDES. 317 

pierre attachée à vne corde faite d’cfcorçc d’albrc 
cetfeblant au couldte, Sepuis ils fe icttent dedans la 
tnerpour chercher les coquilles qu’ô appelle mè¬ 
res perles,ayans chacun vnfachet pendu au col.ll* 
fortirét plufieurs fois de l’eau chargez d’icelles, lis 
vôt fous l’eau plus de quatte.fi*. & dix ftades loin, 
par ce que d autat que la coquille eft grande, d’au¬ 
tant plus le tient elle auant en la mer,& fi quelque- 
fois elle fc trouue plus près des tiues.celaauiet par 
la tempefte de la mcr.aufli qu’elles fe coulent deçà 
de la pour chercher leur nournture.&l’ayans trou- 
uec ellesPy arreftent iufquesàcequellesayéttout 
mange,alors fi elles Tentent qu’on les chetcheelles 
factachcnt fi fort aux roches, & pierres.Sçl’vnc 
contre l’autre qu’il faut auoir grand force pour les 
tirer,& bien fouucnt ne les peut on auoir, aucune- 
fois on les laific penfant que ccfoient pietrcs.Plu- 
fieurs fe noyent en cefte pefche.ou à faute de pren¬ 
dre vent en f efforçant trop à arracher ces coquil¬ 
les, ou fcncheueftrant parmy lacorde.oueftans 
renuerfez par la rencontre de quelque gros poif- 
fo n. Les fachets qu’ils pendent à leur col,font pour 
mettre les coquilles. Ils f'attachét encore vne cor¬ 
de au delTus de la hanche,&au deux bouts ils y pé- 
dent deux pierres,qui portentiufques enterre, el¬ 
les leurferuent de contrepoix de peur que la force 
de l’eau les reieCte au deflus, ouïes poulie deçà, de 
là. Voila comment par toutes les Indes onpefchc 
les perles:& à caufe que plufieurs mouroient en les 
pefehat pour les dangers fufdi6ts,& pour les gtads, 
& continuels trauaux qu’ils enduroient,& pour le 
tqauuais traitement qu’ils receuoient des F-fpa- 







y. LIVRE DF. l’h IST.’ 
ÇnoIs,r£mpereur fcit vncIoy entre celles que Bla- 
Ico Nugncz apporta J par laquelle il défendit fur 
peine de mort qu’aucun n’euft à forcer les Indiens 
à faire teile pefche, eftiraaiit plus la vie des homes, 
que le proffit, qui luy venoit de ccs perles, encor’ 
qu’il fut grand. Ce fut vnc loy digne d’vn tel Priti- 
cc,& d’vnc mémoire perpétuelle. Les anciés eferi- 
uciu pour chofe merueilleufcauoir trouuc dedans 
vnecoquille où mcrc, perle quatre oucinqpcrles. 
Mais quant à moyie ne trouuc cela fi admirable, 
attëdu que par noz Efpagnols il Peu cil trouuc en 
ccs Indes,qui auoient dix,vingt,& trente pcrlcs,& 
aucunes en auoient plus de loo.mais elles cftoienc 
menues. Quand il n’y en a point plus d’vnc.ellc en 
eft plus groll'e, & meilleure. On dit que les perles 
font en leur coquille, comme les œufs font dedans 
vne'poulie, 8 c que lamereperle les iette dehors 
connue la poulie faid fes œufs : ce que ie ne croy, 
parce que fi elle les icttoit, elles ne deuiendroienc 
pas fi gro fies, fi ce n’eftoit quelle fut toufiours plei¬ 
ne. Il eft bien vray qn’cn vn certain temps de l’an 
la mer fe teint à Cubagua, où on a le plus pefche de 
perles, & de là on prenoit argument que les mères 
perles en certain temps iettoient leurs perles, & 
que, lors que la mer fe changcoit ainfi, c’cftoic vne 
purgation,qui leuraduenoit, comme aux femmes. 
Les perles iaulnes, cclcftcs, verdes, & d’autre cou¬ 
leur, qu’on rrouue en ce pays, doiucnt eftrcartifi¬ 
cielles, encor’ que nature les puillc diuerfificr aufli 
bien qu’elle faid les pierreries, & les hommes,qui 
eftans tous d’vne mefrne chair,fout neantmoins de 
diueriê couleur. Les Indiens mettoient fur le feu 




GENERALE DES INDES. Jl8 

les coquilles pour manger ce qui cftoit dedans, Se 
alors les perles deuenoient noires,tellement que la 
nacre ne valloit rien. llsn’auoicnt pas l’cfpril d’ou- 
urir autremét ces coquilles, audi n’auoicnt ils per¬ 
les , qui vallulTent. La meilleure façon de pelle clt 
celle,qui clt ronde: celle qui eft en façon de poire, 
ou de gland n’ell pas pire, on met pins apres celle, 

•qui cil comme vnc noifetc,encor’ neiette on celle 
qui ell tortuc,8c bofiuc.ny la petite, toutes fe por¬ 
ter, les vnes font pour les riches, les autres pour les - 

pauures : il n'y a celuÿ.qni n’en poite,hommes, 8c 
femmes,tant elles font deuenuës communes: auffi. 
ic ne fçachc Prouince.oùonayt porté plus de per¬ 
les qu’en Efpagne, & en peu de temps, ce qui me 
fuît admirée d’auantage. En fin les perles ont fut- 
palfé la riche fie de l'or,& l’argent, 8c des cfmcrau- 
des que nous allons apportées des lndes-.Sc toute¬ 
fois ie voudrois bien fçauoit laraifon pourquo